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20 octobre 2013

Petit Nuage


Petit Nuage : voilà qui ferait un joli nom d’indien dans Yakari, la BD gentille de notre enfance. Je n’ai pas tardé à préférer les indiens méchants de la série Mac Coy, dont l’ami Lagorce vient de me parler d’ailleurs. Mac Coy : une série qui fleurait bon les westerns de Peckinpah, les traversées du Río Grande, les poursuites dans les déserts et les canyons, les quêtes et les contrebandes improbables. Avec vingt ans de patine là-dessus et autant d’années de poussière, j’y vois du Maqroll el Gaviero, le personnage d’Álvaro Mutis — cela fait longtemps que je n’ai plus lu Mutis non plus, et il est probable que je tire des parallèles un peu biscornus. 

Je voulais vous lâcher le nom de Mutis depuis sa mort récente (22 septembre 2013), voilà une bonne chose de faite. L’intégrale des tribulations de Maqroll m’attend toujours dans la bibliothèque ; et, quand je la regarde, je crains d’y trouver la folie et le courage de quitter trop de choses, ou plus sûrement la déprime du perpétuel retour aux affaires financières. Je m’égare un peu, mais à peine… Mutis le Colombien a passé une grande partie de sa vie au Mexique, et c’est bien d’un Mexicain dont je tiens à vous parler. 

Nous avions un peu perdu sa trace depuis son alternative arlésienne et quelques courses où il avait paru très puesto. Croisé au hasard de quelques corridas ces dernières années, il ne m’avait pas plu du tout, mais Joselito Adame a remis de l’ordre dans ses critères et son toreo, en juin dernier, à Madrid. 
Il y a deux semaines, pour la course du samedi automnal à Madrid, il affrontait les Lisardo du Puerto de San Lorenzo (plus deux Aldeanueva de La Ventana del Puerto), pour un genre de finale entre trois toreros encore jeunes, pas encore éclos au succès et ayant gagné l’intérêt du coso madrilène au printemps. Juan del Álamo, blessé, n’était pas de la fête. 

À voir Joselito Adame se jouer la peau, les ballerines et tout le reste, il semblait qu’en ce monde injuste Madrid restait une bonne piste pour qui veut se frayer un chemin vers les sommets. « Péguer » une porta gaiola à des toros qui ont la réputation de commencer à passer la tête à la sortie du toril comme on ose un orteil au printemps à la piscine était un signe encourageant. Le reste fut à l’avenant : décidé à faire passer tant que cela ne casserait pas, le petit Adame témoigna, par son engagement, qu’à la différence de son toro pas clair il savait parfaitement ce qu’il faisait sur la plage de Las Ventas ce soir-là. Chargeant la suerte, croisé, « aguantant » jusqu’à une fracture du péroné après une cogida consécutive à une erreur de placement, il donna une série et tua dignement avec une jambe en vrac. On ne le revit plus. 

Peut-être commotionnée par le Cid de la veille, Las Ventas ronronna d’ennui durant le reste de la course, dédaignant les trois toros d’Aguilar (pas si mal à son premier) et méprisant à juste titre Jiménez Fortes. Joséphine adore sa démarche (je parle bien de sa façon de marcher) ; son temple, objectivement, est très enviable, mais le garçon n’a pas le moindre critère ni le commencement d’une idée sur les manières pour plaire dans le coin : jambe contraire systématiquement en retrait quand le toro commençait à s’y mettre, tentative de l’infâme « passe du rétroviseur » (© Jean Le Gall) et tendance à s’éterniser en piste pour ne rien dire. Il est probable qu’il se sentit incompris. 

Dans l’ennui ambiant, quand les arènes sont calmes et qu’invité par mon hôtesse du week-end je paressais en delantera de grada du soleil, je vis passer ce petit nuage. Rien d’exceptionnel : un surnom facile pour un petit indien héroïque et une photo mignonne.

13 octobre 2013

El ángel de la guarda


Dans les années quatre-vingt-dix, il y avait un matador, Ángel de la Rosa, élégant, plutôt fin. Dans ses bons jours, Ángel de la Rosa toréait plutôt pas mal de la main gauche, et Joaquín Vidal l’avait noté un jour de mars, sans doute à Valence : « Una faena con la mano izquierda enterita hubo, instrumentada con la izquierda de principio a fin por Ángel de la Rosa para la insistente ejecución del pase natural, que es suerte básica del toreo… […] Fue una faena que deberá figurar en los anales de la tauromaquia, porque los toreros de la época torean todos con la mano derecha, y si por una de aquellas casualidades de la vida al toro le repugna tomar los derechazos, esos toreros derechacistas ya no saben qué hacer y se quedan perplejos. »

C’était en 1994, un peu le coup d’un jour, car Ángel de la Rosa laissera le souvenir d’un torero élégant mais modeste qui, parfois, toréait de la main gauche, comme les anges, mais pas assez souvent pour s’envoler au firmament de la Fiesta. Cette année-là, on se souvenait aussi que soixante ans auparavant, en 1934, un toro en avait terminé avec la vie d’Ignacio Sánchez Mejías. « Eran las cinco de la tarde… » et aucun ange gardien n’avait rien pu faire pour sauver Sánchez Mejías de l’irrémédiable.

Dans les années quatre-vingt-dix, il y avait un autre Ángel, el ángel de la guarda, l’ange gardien. Lui ne s’appelait pas Ángel mais Joselito, comme le grand Joselito. Et le 29 septembre 1994, l’ange gardien a tiré sa révérence après mille sept paseíllos effectués dans les arènes de Madrid. Plus de mille… Ni Joselito, ni Belmonte, ni Guerrita, ni personne avant eux, et encore moins après.

L’ange gardien s’appelait Joselito Calderón, José Cabezas Porras pour l’état civil comme le rappela le lendemain Joaquín Vidal dans El País : « El ángel de la guarda saludó a la Afición y se fue. ¿Y ahora qué hacemos? Porque ir a los toros en Madrid sin que esté el ángel de la guarda, que para el mundo artístico tiene adoptado el nombre de Joselito Calderón — José Cabezas Porras en el Registro Civil —, va a suponer un vacío, una carga de añoranzas ; eso desde el tendido, mientras en el ruedo lo que se va a echar en falta es su benefactora intercesión. Mil paseíllos llevaba Calderón en Las Ventas, según sus propias cuentas, y quizá sean asimismo mil los quites que ha hecho a sus compañeros. Con los palitroques anduvo seguro tiempo atrás, no tanto últimamente, fino casi nunca, pero con el capote y al quite era el número uno, la eficacia personificada, la providencia vestida de grana y plata. Toreros se ha visto en Las Ventas a punto de ser entrampillados por el toro, cuando se les aparecía el ángel de la guarda, este Joselito Calderón tauromaturgo y torero, que se cruzaba raudo, deshacía el embroque echando el capotillo al hocico de la fiera y se la llevaba lejos embebida en sus vuelos. El último par de su vida lo consumó Joselito de sobaquillo y dejó prendidas en lo alto las dos banderillas, que algo es, en los tiempos que corren. Óscar Higares, en cuya cuadrilla militaba, le brindó el toro. Terminada la corrida, su hijo le desprendió la coleta. Todos los toreros le abrazaron en medio de la ovación cerrada del público puesto en pie, y Curro Romero hasta le dio un beso. »

Avec cette photographie prise lors de la dernière Féria d’automne, Juan Pelegrín a réveillé quelques souvenirs… ¡Gracias Manon!

07 octobre 2013

Madrid élit Miss Camping


Deux jours après avoir écrit que le public de Madrid tenait la barre du haut de son Everest au firmament des cieux Hosanna ou autre poussée d’enthousiasme, me voici à lui mettre un puyazo monstrueux et trasero, pompé, « carioqué » et sur le côté, bien entendu, par le biais d’un titre racoleur et injuste. Qu’il en soit ainsi… J’ai promis !

La Féria d’automne s’est achevée hier sur la course la plus attendue du week-end : la confrontation de Fandiño aux Adolfo, dont nous avions été privés en mai dernier à la suite de la blessure du torero d’Orduña. À l’image de la corrida de vendredi, Fandiño s’est fait voler la vedette par son compagnon de cartel, Antonio Ferrera. L’encierro d’Adolfo Martín, desigual de poids et d’âge, était d’un trapío respectable ; plutôt manso à divers degrés, juste de forces parfois, il manqua souvent de fixité et de mobilité au troisième tiers. Douze puyazos réglementaires sans terriblement s’employer sous le fer : premier tiers tristement banal. 

La course avait mal commencé par un salut à l’issue du paseíllo : stupide habitude qui vous ruine à coup sûr les deux grosses heures qui suivent — c’est presque un axiome. Qui donc était invité à saluer ? Ferrera pour sa prestation de mai dernier face aux Adolfo ? La cuadrilla hype de Castaño ? Le doublé volontaire de Fandiño ? Je ne suis toujours pas sûr. 

Le public, dans sa diversité, semble aimer Ferrera pour son repentir (il ne lève plus, à Madrid, les fesses lors de la pose de banderilles), son assagissement, ses scories et ses éclairs, ses cannes de trois-quart aile, son inlassable envie de triompher coûte que coûte et vaille que vaille… Mon a priori à son égard s’avère légèrement éloigné de ces quelques traits, mais venons-en à la course. Le premier m’a semblé être le toro de plus de trapío de la tarde ; ne laissant guère au matador le temps de le citer du centre aux banderilles, il partit deux fois de suite des tablas comme une fusée malgré la surveillance du peón affecté à la garde du burladero. Ferrera ne s’en sortit que grâce à ses qualités athlétiques hors du commun : deux paires à cornes passées. Un sesgo por dentro serré clôtura ce tiers ordinaire survendu. L’Extremeño d’Ibiza prit, dès le début de la faena, grand soin de réduire la distance et d’étouffer le toro, rendu immobile par l’écœurement. Salut.

La grande affaire débuta avec le cinqueño ‘Madroñito’, le plus lourd et grand de l’envoi. Sans fixité et querencioso, il se vit administrer une lidia omniprésente de la part d’un Ferrera tourbillonnant en chicuelinas de recours, l’une légitime sur un quite au sortir du cheval, les autres torchonnées sur le passage. Sortira du lot un quite par trois véroniques profondes et toreras, quoiqu’un peu affectées, noyées dans le nombre. ‘Madroñito’ n’eut jamais le choix et se trouva contrarié dans sa distraction par un harcèlement constant, débuté tambour battant au centre de la piste. Le deuxième tiers débuta par cette mauvaise idée, hélas récurrente chez Ferrera, de prendre le capote avec les banderilles pour administrer une pseudo-brega inopérante et laisser la cape, incongru et inutile accessoire, au centre de la piste. Ce tiers de banderilles, approximatif, brouillon, mais surtout vulgaire et racoleur, sembla durer des plombes, parachevé par une paire débutée cul au toro, involontairement posée en deux temps (une banderille lui restant en main se retrouva plantée sur le retour du toro). Une synthèse ! Le « 7 » commença à houspiller ; la faena se fit à l’opposé.

Une fois le toro rendu, Ferrera s’appliqua à toréer avec un temple assez sensationnel des deux mains, mais pa’ fuera usant du pico. Le sommet du mauvais goût consista à donner des naturelles des deux mains à un toro moribond, en tenant systématiquement la muleta en bout de palo, « rématant » par le haut et passant lui-même lorsque l’Albaserrada ne consentait plus à prendre la muleta présentée à hauteur de hanche. Ce travestissement ventajista d’un moment vendu comme un summum d’engagement et de pureté m’a paru parfaitement obscène. Le temple et le relâchement ne sont pas les seuls points cardinaux du toreo, et la sincérité de la chose se révéla douteuse (à moins que ce ne soit une question de critères). Pinchazo et estocade, quelques passes données à nouveau à un toro quasi mort, mise en scène sobre et de bon goût comme peut l’être un rejoneador sous cocaïne, et l’arène fut alors une grande division. L’oreille tomba. L’appendice fut très protesté par une partie du public, mais nullement refusé par le torero. La vuelta refléta la complexe géopolitique des tendidos de Las Ventas. Le toro reçut l’ovation récompensant sa coopération à l’œuvre controversée, et tout le monde sembla se rasseoir un peu fâché. 

Si Antonio Ferrera prend souvent des allures de personnage de la commedia dell’arte (Brighella) pour son aspect bouffon et astucieux, Javier Castaño, lui, donne l’impression de s’enfoncer dans un rôle de clown triste filmé seul et abandonné devant son miroir par un néoréaliste italien aux ambitions lacrymales. Est-ce là le syndrome de tant de toreros brûlés par quelques saisons au contact des corridas « dures » ? Le public madrilène n’attend plus de lui que sa cuadrilla : Tito Sandoval, qui piqua au milieu du dos et sans se croiser une fois (rajoutez à cela que les chevaux de Las Ventas sont de braves carnes), ne reçut les applaudissements que de quelques gogos. Quant à la cuadrilla à pied, elle salua de façon inexplicable au second toro, avant de se rattraper face au cinquième. Jarocho, sobre au troisième, bandérilla valeureusement dans l’indifférence générale. Le public, visiblement navré par les carences de Castaño, se trouva très peu démonstratif et bruyant dans sa désapprobation du naufrage enduré par le matador au cinquième toro. 

Lorsque Fandiño tenta de tirer les muletazos et d’allonger la charge de son premier adversaire, je me surpris à penser que, à presque mi-course, c’était la première fois que nous assistions à pareille tentative. Le toro, réservé, n’humiliant pas, ne permit au matador que d’apprécier le silence de Las Ventas. Le sixième, bronco au troisième tiers, fut sommé de s’en tenir à prendre les passes une à une dans l’attente de la découverte du sitio et du rythme adéquat. La tentative à droite, peu convaincante, fut suivie d’un rapide passage à gauche démontrant un parfait manque d’idée à propos de la question du moment. C’est à peu près là que s’en tint le torero de Biscaye, plus tout à fait frais en cette fin de grosse saison. 

Le patio d’arrastre résonne encore des querelles au sujet de la prestation de Ferrera. Vous n’aurez pas à aller bien loin pour lire (souvent) à peu près le contraire de ce que j’ai écrit à son propos. Les élections de Miss Camping constituent des sujets inépuisables, celles-ci font parfois preuve de douceurs inattendues.

05 octobre 2013

El Cid et le toreo ressuscités


« Que você é diferente de essa gente que finge querer*» — João Gilberto, Curare.


La résurrection du Cid, hier, à Madrid, consista en une démonstration éclatante que la grandeur de la tauromachie s’affranchit des effets et de l’affectation, et que nul n’est besoin de cinquante passes pour amener Madrid à se fendre en deux et à se livrer tout entière à la célébration du toreo éternel.

La chose (la fête ?!) prit son envol lors de la rare competencia de quites à laquelle se livrèrent Manuel Jesús ‘El Cid’ et Iván Fandiño à ce quatrième toro. 

Parones de Salteras, gaoneras cintrées façon haute couture du côté d’Orduña, amples véroniques et demie de cartel andalouses sous la clameur. 

La faena chavira les tendidos en seules quatre séries à gauche. Le corps à l’abandon le plus total, la distance donnée au toro, le Cid citant de face, la main gauche offrant l’étoffe avec une quiétude et un naturel inédits, donnait l’impression de poser pour une gravure du siècle dix-neuf.

Son toreo al natural, plus vertical qu’à sa grande époque victorine, et ses remates par le bas ou de poitrine constituèrent un sommet de goût, d’élégante simplicité, d’intelligence et de plaisir retrouvé. 

La grande porte n’était plus que petit bois et poussière. Toréer ces quatre séries avec l’épée de mort, monter l’acier et trucider la bête auraient à coup sûr rendu vaine la nécessité de retourner voir toréer pendant quelques siècles. 

La droite était dispensable ; une seule série suffit à le prouver avant d’aller chercher l’épée sous les acclamations et, déjà, quelques galurins finissant leur vol sur la piste. 

Retour au ciel de gauche sur une série. Pinchazo, pinchazo, bajonazo. Madrid ne sortit pas le moindre mouchoir, mais, d’une clameur unanime et superlative, ordonna une vuelta pour témoigner sa gratitude à cet immense torero. 

La plaza, magnifique de bonheur et de dignité, tenait ferme son rang à l’Everest du monde taurin. La soirée ne fut que joie. Nous y reviendrons.

Frédéric Bartholin


* Car tu es différente de ces gens qui font semblant de toréer.

Photographie Rabia. El Cid y la espada. — Juan Pelegrín

28 septembre 2013

Rêver un peu


Demain, à Las Ventas, aura lieu une novillada concours de ganaderías dites d’« encastes minoritaires ». Si le principe de novillada concours peut être discutable et discuté (on imagine que le comportement type d’un animal choisi par un ganadero doit s’exprimer quand l’animal est considéré comme adulte), si l’expression « encastes minoritaires » est un doux euphémisme au regard de l’état déplorable et uniformisé de la cabaña brava actuelle, il convient de noter que, à l’intérieur même d’une dénomination réduisant de beaucoup les attendus et les possibles, la plaza madrilène a réussi à composer une affiche ganadera vraiment originale et sortant des sentiers battus. Le résultat sera ce qu’il sera : s’il est négatif, gageons que les critiques s’en donneront à cœur joie pour expliquer que ces élevages ne correspondent pas au toro espéré actuellement (sans prendre en considération les camadas très réduites de certains d’entre eux, qui ne sont maintenus que par pure passion par leur propriétaire et qui ne « lidient » que très rarement) ; s’il est positif, tout sera oublié dès les premières lueurs de la temporada 2014.

Écartées toutes ces prévisions de mauvais temps, force est de reconnaître que présenter le même jour un Juan Luis Fraile, un Sánchez-Cobaleda, un José Joaquín Moreno de Silva, un Manuel Quintas, un Paloma Sánchez-Rico de Terrones et un La Interrogación n’est pas chose habituelle ni classique. Autant les trois premiers sont assez connus des aficionados et extrêmement intéressants, autant les trois derniers sont la bonne surprise du jour pour qui goûte la nouveauté. Les Sánchez-Rico de Terrones ont foulé le sable parentissois cet été, divisant les opinions. Les Quintas sont des berrendos en negro que Goyo et ses frères élèvent à l’abri des regards, comme un trésor dans lequel coule un peu de feu le sang Jijón. Enfin, après les abandons de Mariano Cifuentes, Sánchez-Fabrés et Sánchez-Arjona, l’avenir de la rame Coquilla semblait définitivement scellé, même si le fer El Añadio conserve encore quelques vaches. C’était sans compter sur l’obstination (pour combien de temps encore ?) du jeune ganadero Antonio Martín-Tabernero Ramos, de Casasola de la Encomienda, qui élève — à côté de bestioles plus modernes — les derniers purs Coquilla (origine Matías Bernardo ‘El Raboso’) du campo sur lesquels un étrange point d’interrogation inversé fait office de fer.

Et si la grande vertu de cette novillada était finalement de nous faire rêver…


Photographie Un novillo de Quintas, en 2011. — Laurent Larrieu/Camposyruedos.com

01 septembre 2013

Veragua or not Veragua ?


Si la rentrée vous met le blues, et que vous trouvez la jetée de Capbreton trop bucolique, il ne vous reste plus qu’à vous rendre à la controversée novillada que donne Aurelio Hernando, aujourd’hui, à Las Ventas, en ouverture du « cycle des encastes minoritaires ». Un événement en soi puisque la polémique enfle sur l’origine à confirmer de ces toros annoncés Veragua qui ne le seraient peut-être pas autant que le prétend le charmant Aurelio, et puis aussi parce qu’il s’agit tout simplement d’une novillada complète d’un encaste devenu pièce de musée — jusqu’à ce qu’on nous démontre le contraire.


OrdenGanaderíaNúmeroGuarismoNac.NombreCapaPesoNovilleros
1
Aurelio Hernando
16
0
2/10
Bombonero
Negro
506
Jorge Escudero
2
Aurelio Hernando
17
0
1/10
Algarrobo
Jabonero
460
Diego Fernández
3
Aurelio Hernando
13
0
4/10
Extremeño
Negro bragado
490
Jesús Duque
4
Aurelio Hernando
4
0
4/10
Vieira
Negro salpicado
487
Jorge Escudero
5
Aurelio Hernando
14
0
4/10
Secretario
Jabonero
492
Diego Fernández
6
Aurelio Hernando
27
0
10/09
Casero
Jabonero
505
Jesús Duque
Sob.
Toros de Mollalta
8
0
10/09
Tremendo
Castaño
468
Sob.
Toros de Mollalta
20
0
5/10
Escandaloso
Negro listón
526







Alors, Aurelio, Veragua or not Veragua ? Affaire à suivre…


>>> Sorteo et photographies (de Juan ‘Manon’ Pelegrín) extraits du site Las-ventas.com.

13 juin 2013

Six cents kilos


Madrid, juin 2013

Elle n’est pas sortie bonne, mauvaise même. Rien, ou pas grand-chose la corrida de Cuadri. Ça ne prête même pas à discussion. 

Il y a eu ‘Brigada’, castaño, pour une chute de picador dantesque, puis, regard de tueur, Robleño qui a eu peur et qui l’a dit, paraît-il, à la télé, et puis rien. Même pas de quoi cacher la forêt. ‘Brigada’, cinq ans, devait prendre la route de Céret, mais il a fini à Las Ventas pour des questions de couleur de peau. Il se passe des choses curieuses parfois au campo.

Il s’est écrit beaucoup de choses sur cette course, il s’est donné des explications, échafaudé des raisonnements, dicté des sentences, parfois définitives. En résumé, la tendance générale c’est la faute aux kilos, beaucoup trop de kilos, et donc ça ne bouge pas. Foutaise. 

Chez Cuadri, on arrive facilement à 600 kilos, surtout sur la tête de camada. Au campo, en mai dernier, la corrida prévue pour Céret, quoique moins homogène, semblait encore plus impressionnante que celle qui est sortie à Madrid. Nous verrons bien. 


Alors la corrida de Cuadri a été mauvaise, et c’est tout. C’est juste que la caste n’était pas là, et les kilos ne sont vraisemblablement pas le début d’une explication. 

Le poids n’a rien à voir avec le manque de caste. 


Madrid, mai 1993

‘Clavellino’, numéro 7, couvert de prix, de reconnaissance et de souvenirs. Le 30 mai 1993, à Madrid, il faisait chaud et le fils de la ‘Clavellina’ affichait sans complexe ses 600 kilos. À la fin de la corrida, José Escobar avait été poussé à saluer, pour l’ensemble de la course, et personne ne se posait la question du poids des toros

« Vieja estampa » avait titré le père Zabala dans ABC. Joaquín Vidal, à l’unisson, s’en était réjoui dans El País : « La afición madrileña se apercibió en seguida del festival de casta que estaban ofreciendo los toros, siguió con interés su lidia, calibró los distintos grados de bravura en la medida que la brutal torpeza de los picadores lo permitía y reaccionó finalmente con verdadera emoción y agradecimiento, aplaudiendo largamente al mayoral y obligándole a que saliera a saludar. Hubo de ser por la fuerza, pues se resistía, y el hombre — incrédulo y quizá tímido, según les suele ocurrir a la gente de campo cuando la trasplantan a la urbe, bien que a su pesar — se limitaba a dar cabezadas y mover la manita desde el callejón. Empleados de la plaza abrieron entonces una puerta, lo sacaron a empujones y entonces el mayoral no tuvo más remedio que salir al tercio, ponerse marchoso y saludar sombrero en mano. Estampa torera la del mayoral, que no se veía en Madrid desde hace mucho tiempo. Tampoco hubo motivos hasta ahora. Los aficionados ya habían perdido la costumbre de ver toros tan encastados. Y los toreros, más aún, de encontrárselos delante. »

‘Clavellino’, quatre piques dures, éprouvantes, destructrices, assassines, mais aux effets nocifs annihilés par la caste. Et ensuite… noblesse et mobilité. Vingt ans après, ‘Clavellino’ et ses 600 kilos galopent encore dans nos souvenirs et dans la muleta de Pepín Jiménez.

Le 1er juin 2013, ce ne sont pas les kilos qui étaient de trop, c’est la caste qui fit défaut. Et ça…


Photographie Un Cuadri pour Céret — Frédéric ‘Tendido69’ Bartholin

08 juin 2013

02 juin 2013

Humeur madrilène


El problema fundamental no es que Cuadri (o Adolfo el jueves) echasen mansadas, aunque ello no sea ni mucho menos cuestión baladí. 

El quid de la cuestión está en que, gracias a un público ignorante, a unos taurinos desvergonzados y a unos comunicadores indecentes, se ha subvertido completamente la esencia de la Fiesta. 

Se ha sustituido la ética por la estética, cuando deberían ir de la mano. 

Por ejemplo, se aplaude a rabiar que un picador caracolee subido a un penco acorazado al bies de un toro que ni le mira, alargando la vara como si estuviese de pesca, y no clavando el puyazo o levantándolo de inmediato cuando el toro ha llegado al peto. 

La única vara de verdad que ayer puso Sandoval fue trasera y mala, y el resto no tuvo ningún fundamento.

Otras veces sí, pues hacer lo mismo con un toro bravo que se va a arrancar de largo tiene un sentido ético y un valor estético. Daba mucha pena ver ayer en lo que se ha convertido la Monumental de Las Ventas, y por ende la Fiesta. Mucha pena, de verdad.

Martín Ruiz Gárate — Facebook


Photographie Las-ventas.com/Juan Pelegrín

28 mai 2013

Même pas drôle


Veuillez bien vouloir excuser la qualité médiocre de cette image capturée lors du visionnage, sur le site Las-ventas.com, de la vidéo(surveillance) de l’apartado de la course d’El Ventorrillo qui sera combattue ce soir à Madrid.

On y voit ‘Bromista’* le lourdaud negro emplâtrer méchamment et sans raison apparente un des trois colorados du lot, et ‘Cañamón’ le beau castaño, qui n’a jamais vraiment apprécié les facéties du frangin — avec ou sans fundas —, et qui sent peut-être son tour arriver, amorcer un pas de côté afin de gagner un coin de corral moins agité. Du haut de ses cinq ans et dix mois, ‘Bromista’ fait la loi et montre à qui veut l’entendre qu’ici c’est lui le roi.

‘Cañamón’ (n° 17, né en décembre 2007, guarismo 8, 556 kilos) et ‘Bromista’ (n° 58, né en août 2007, guarismo 8, 626 kilos) sortiront respectivement en quatrième et cinquième positions ; je serai, n’en doutez pas, devant mon écran pour les surveiller de près.


* Farceur, plaisantin, blagueur, rigolo — bromista pesado : mauvais plaisantin.

27 mai 2013

Nostalgie taurine


Il y a dix ans, Joaquín Vidal cessait d’écrire ; je recevais Toros, La Lettre de l’ANDA et El Aficionado ; je lisais Tendido et La Voz de la Afición ; les lots de la San Isidro prenaient le métro — de Batán à Ventas —, moi, des photos… argentiques ; j’allais seul à Vic ; je rêvais Bilbao et Pamplona ; Luis Francisco Esplá et sa cuadrilla donnaient des leçons de lidia ; les fundas n’étaient encore qu’une mauvaise plaisanterie ; à Las Ventas, une « Delantera baja » au soleil coûtait 12,50 euros de moins qu’aujourd’hui ; j’achetais des livres taurins ; je regrettais Burladero.com ; les Victorino avaient de la caste et Terres taurines n’existait pas ; les Valverde, Hernández Pla, Conde de la Corte, « Pablo Romero », Barcial et autres Tulio sortaient à Madrid ; Céret présentait des novillos navarrais… Navalón fumait et Dolores souriait.

21 mai 2013

0 + 0 = la tête à Toto


Et Talavante s’est planté… Alors oui, le vent, la tempête, le déluge et les bourrasques, ça pourrait expliquer pas mal les choses. Mais cette tronche noire et déconfite, et ces cárdenos que les figuras découvrent avec cinq ou six trains de retard, c’est comme si Ducasse vous annonçait l’invention du hachis Parmentier en vous racontant qu’on a découvert la patate ce matin.

Tu parles, Charles !… Un peu que les Victorino sont à côté de la plaque, et que c’est pas de ce week-end, même ! Oh ben, tiens, bien sûr qu’il peut toujours t’en sortir un de derrière les fagots qui va te détartrer les molaires en quelques coups de tromblon bien placés ; mais, d’une manière plus générale, le temps des Victorino pas rigolos est un peu passé… Z’ont l’air de sortir du micro-ondes, ces temps-ci… Plutôt Findus que légumes du jardin, si vous voyez ce que je veux dire ! Alors annoncer à grand renfort de tambours et de trompettes un « seul contre tous » majuscule à Madrid face à ces toros — de légende, certes, mais plus vraiment au sommet —, c’était comme engager une competencia avec le Cid de Bilbao… avec cinq ans de retard et toute l’eau qui a coulé depuis !

Que je sache, c’est pas nouveau que les toros c’est comme les pastèques. Question de cycle, de temps, de pas grand-chose, de coups de pas de bol et, peut-être un peu, le résultat de cette division d’opinions entre le vieux et le jeune Victorino dont on sait depuis perpette qu’elle est évolutive, et pas forcément dans le sens qu’on aimerait. Bref, un peu de tout ça pourrait expliquer qu’il ne se passa rien, samedi soir, à Las Ventas. Mais, de grâce, comment allez-vous me raconter, vous autres, qu’après un tel barouf le sieur Talavante himself eut l’air de se sentir si peu concerné, si peu présent, si peu engagé dans cette affaire, qui bourdonnait lourdement pourtant dans les rues de la capitale du monde taurin et s’annonçait, à grands coups de teasers « tarantinesques » et de discours pleurnichards aux balcons de la plaza royale, comme l’événement de la temporada ?

Demandez à Botha ou Fernández Lobbe s’ils crevaient pas de bouffer du bougnat, ce même jour vers 18 heures, malgré les bourrasques « dubliners » ? Autres mœurs, autres principes, je vous l’accorde, mais ceux qui savent confirmeront qu’une finale c’est un rendez-vous pas comme les autres, où les forces se décuplent, l’agressivité est à son comble, et où l’on surgit du couloir sombre, fumant comme la Grosse Bertha, avec un mental de déglingo. Bref, faut reconnaître que ça claquait plutôt pas mal, tout ça, mais aujourd'hui que le score est affiché au planchot, tout ce tapage a l’air de pas grand-chose… À peine une mauvaise blague carambar qu’on balance après s’être désolé de tant de nullité et avant de passer à autre chose… Quant à nos espoirs, nos croyances et nos désirs, pschiiiiiitt… comme dirait le père Chirac. Que dalle, partis en sucette, nada et peau de zob… Rien il n’y eut, à Madrid. Rien de rien de rien de rien… On attendait Fellini, et on nous a servi un Ontoniente des grands jours : con et mauvais.

Alors, c’était quoi l’objectif d’un tel plan com’ pour nous vendre un nanar pareil ? Personnellement, je n’en vois pas… à part peut-être la com’, tout bêtement. Car j’ai beau tourner le problème dans tous les sens, moi j’invite pas mes potes à l’apéro du siècle si c’est pour leur servir un Lipton Yellow et leur raconter comment la crise me mine. Mais je les invite pas non plus sur des promesses de millésimes frelatés et bouchonnés. Pourtant, on aura du mal à me faire croire que les choses n’avaient pas été taillées et cadrées au millimètre. Alors quoi ?… Période fatale pour l’Espagne, où le seul moyen de remplir les gradas était de s’afficher quinze jours à l’avance sur les écrans plats, entre la lessive et les yaourts 0 % de matière grasse ? Eh bé, je me demande si je vais pas finir par le croire quand on voit l’entrega de celui qui aurait dû être le héros du jour, et qui a visiblement changé d’opinion comme viendrait la « caguère » sitôt sorti son premier pénible adversaire, car, il faut l’admettre aussi, Victorino n’est pas en odeur de sainteté dans les arènes, et s’y précipiter à la seule annonce de son nom est, en ce moment, aussi risqué que de parier sur la bonne foi d’un ministre.

C’est prouvé, c’est comme ça, tous connaissent le bache. Bien sûr, nous souhaitons que les choses s’arrangent rapidement, mais quelque chose me laisse penser que tant que les cárdenos de Galapagar sortiront autrement qu’avec leurs légendaires trognes de guidon, tous les Talavante du monde pourraient se donner la main que ça ne suffirait pas à changer le cours des choses. Les esprits chagrins et autres pisse-vinaigres vous diraient qu’il y a peut-être matière à s’inquiéter de voir le gratin du toreo parader avec le sorcier et son lardon en s’affichant dans les soirées de gala, tapis rouge et robes de soirée façon « montée des marches », car on se doute que cette opulence bling-bling est toujours un peu suspecte ; ça assure le lleno, pardi, mais ça aide parfois aussi à mieux masquer le vide sidéral du film qui vient derrière… même à Cannes où l’on oublie si souvent qu’on y va généralement pour autre chose que les stars — l’événement s’arrêtant parfois quand la projection commence.

Alors oui, peut-être un simple ratage… ou bien une stratégie destinée à mieux faire passer les pilules qu’on prévoit acides ? Allez savoir… Moi, je n’ai pas de réponse, mais je fais le constat que lesdits « événements » s’enchaînent et finissent par se ressembler suspicieusement. D’abord Manzanita, puis Talavante qui choppe à son tour le bonnet d’âne alors que Victorino n’en finit plus de porter sa croix… Les tendidos se remplissent, certes, mais ça commence à faire tache tous ces ratages… Alors, gaffe à pas trop renouveler l’« événement », les gars, car au vu des résultats, on pourrait se lasser de vos effets d’annonce un peu démesurés, si l’on compare la réalité aux faits…


« On peut tromper une personne mille fois. On peut tromper mille personnes une fois, mais on ne peut pas tromper mille personnes mille fois. » — Alain Berbérian

11 mai 2013

Génial


Superbe aux yeux de glace, Talavante, mèche laquée ramenée vers l’arrière en vague et costard Smalto ouvert façon golden boy en roue libre, zone dans les rues bleues de la capitale espagnole, conscient qu’il est maintenant face à son destin, conscient qu’il a jeté lui-même sa peau dans la cage aux fauves, par honneur, par fierté, par torería et par tout ce que vous voudrez… Parce qu’il ne peut plus reculer, il avance, pas après pas, les yeux dans le vide, le cœur gros et le compte en banque pesant… Des toros gris, puissants et furieux, zèbrent ses pensées… Regard perdu sur la ville, quelques millimètres de vitre et, là, le vide… glacial, infini. Au fond, l’avenir, le destin — le sien… Le rendez-vous est pris, ce sera le 18 mai… à Las Ventas… Madrid. 

Génial, vraiment génial, cher Alejandro, je te l’accorde, mais, après ça, faudrait voir à pas te rater si tu veux pouvoir circuler toujours aussi sereinement dans les rues de la ville, sans déclencher la poilade… ou la compassion. 

Suerte, Maestro. 

10 mai 2013

Toro rouge et haines noires


Les toros sont « racistes » !

Les mayorales et autres vaqueros en sont persuadés. Il n’y a chez les toros, évidemment, aucun fondement idéologico-culturo-religio-couillono-frontiste qui puisse expliquer cette tendance assurée à la discrimination. Néanmoins, il est souvent facile de constater dans les troupeaux un comportement peu amène à l’égard de certains congénères, comportement qui pourrait être classé en deux catégories : un racisme d’encaste, qui relèverait plus d’un communautarisme assez obtus, et un racisme de pelage, assez proche du bon vieux « t’as vu le bougnoul ? »

Pour étayer la démonstration, citons le cas des erales Veragua de Javier Gallego, qui ne supportent pas leurs confrères d’origine Las Ramblas (Domecq). Ils ne jouent jamais avec. Idem entre les Urcola et les Vega-Villar de la famille Galache. Même constat autrefois chez Zaballos entre les Saltillo et les Clairac.

Chez Cuadri, les toros marrons (castaños) sont rares. Il se raconte qu’à l’origine le fondateur de la ganadería, qui ne les aimait pas, tenta de les éliminer. Hélas — pour lui —, la génétique en a voulu autrement, et, depuis quelques années, la casa Cuadri présente de magnifiques — et souvent très « encastés » — toros castaños, en particulier à Madrid. Pour cette année 2013, un castaño seulement pourra défendre les couleurs de la devise. Il ronchonne dans le cercado du lot de Céret et déteste se faire photographier. Selon le mayoral, les autres le malmènent et font tout pour lui pourrir la vie pour la simple raison qu’il serait castaño, et que les autres n’ont pas l’habitude d’en voir. Et d’ajouter que, pour cette raison, la famille préférerait envoyer ce toro à Madrid plutôt qu’à Céret, où l’exiguïté des corrales risquerait de lui coûter la vie.

Longtemps a été répétée cette idée que le rouge comptait peu en tauromachie, car les toros ne le percevaient pas. C’est faux.
Les toros, comme la majorité des bovins, perçoivent des couleurs avec plus ou moins de définition. Des études très sérieuses ont montré que « la vision des couleurs pose une grande question dans le monde animal ; en effet, il est très difficile d’obtenir des informations exactes sur ce problème. Étant donné la pauvreté de la rétine des bovins en cônes, eux-seuls responsables des impressions chromatiques, nous pouvons concevoir une déficience de la vision des couleurs. Néanmoins, la simple présence des cônes prouve qu’ils distinguent les couleurs. […] Les résultats de toutes les expériences convergent. Ils indiquent que les bovins perçoivent et différencient correctement les couleurs de longueurs d’onde moyenne et longue, c’est-à-dire proche du rouge. En revanche, ils discernent mal les couleurs de faible longueur d’onde, c’est-à-dire proche du bleu. De plus, l’orange est souvent confondu avec le jaune*. »

Rien d’étonnant, à la lecture de ce court extrait, que le toro rouge chez Cuadri soit considéré comme un paria par tous les autres, uniformément noirs… À moins que les toros ne rejouent une pièce sombre de l’histoire nationale durant laquelle le rouge n’était pas en odeur de sainteté.

* Entre autres sources possibles, il convient de parcourir la thèse de pharmacie de Renaud Valette soutenue en mai 2002 à l’université Nancy I et intitulée « La vision chez les bovidés, cas particulier du taureau de combat ».


>>> Retrouvez, sous la rubrique « Campos » du site, une galerie consacrée aux toros de Cuadri prévus pour la San Isidro de Madrid 2013.