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21 mai 2013

0 + 0 = la tête à Toto


Et Talavante s’est planté… Alors oui, le vent, la tempête, le déluge et les bourrasques, ça pourrait expliquer pas mal les choses. Mais cette tronche noire et déconfite, et ces cárdenos que les figuras découvrent avec cinq ou six trains de retard, c’est comme si Ducasse vous annonçait l’invention du hachis Parmentier en vous racontant qu’on a découvert la patate ce matin.

Tu parles, Charles !… Un peu que les Victorino sont à côté de la plaque, et que c’est pas de ce week-end, même ! Oh ben, tiens, bien sûr qu’il peut toujours t’en sortir un de derrière les fagots qui va te détartrer les molaires en quelques coups de tromblon bien placés ; mais, d’une manière plus générale, le temps des Victorino pas rigolos est un peu passé… Z’ont l’air de sortir du micro-ondes, ces temps-ci… Plutôt Findus que légumes du jardin, si vous voyez ce que je veux dire ! Alors annoncer à grand renfort de tambours et de trompettes un « seul contre tous » majuscule à Madrid face à ces toros — de légende, certes, mais plus vraiment au sommet —, c’était comme engager une competencia avec le Cid de Bilbao… avec cinq ans de retard et toute l’eau qui a coulé depuis !

Que je sache, c’est pas nouveau que les toros c’est comme les pastèques. Question de cycle, de temps, de pas grand-chose, de coups de pas de bol et, peut-être un peu, le résultat de cette division d’opinions entre le vieux et le jeune Victorino dont on sait depuis perpette qu’elle est évolutive, et pas forcément dans le sens qu’on aimerait. Bref, un peu de tout ça pourrait expliquer qu’il ne se passa rien, samedi soir, à Las Ventas. Mais, de grâce, comment allez-vous me raconter, vous autres, qu’après un tel barouf le sieur Talavante himself eut l’air de se sentir si peu concerné, si peu présent, si peu engagé dans cette affaire, qui bourdonnait lourdement pourtant dans les rues de la capitale du monde taurin et s’annonçait, à grands coups de teasers « tarantinesques » et de discours pleurnichards aux balcons de la plaza royale, comme l’événement de la temporada ?

Demandez à Botha ou Fernández Lobbe s’ils crevaient pas de bouffer du bougnat, ce même jour vers 18 heures, malgré les bourrasques « dubliners » ? Autres mœurs, autres principes, je vous l’accorde, mais ceux qui savent confirmeront qu’une finale c’est un rendez-vous pas comme les autres, où les forces se décuplent, l’agressivité est à son comble, et où l’on surgit du couloir sombre, fumant comme la Grosse Bertha, avec un mental de déglingo. Bref, faut reconnaître que ça claquait plutôt pas mal, tout ça, mais aujourd'hui que le score est affiché au planchot, tout ce tapage a l’air de pas grand-chose… À peine une mauvaise blague carambar qu’on balance après s’être désolé de tant de nullité et avant de passer à autre chose… Quant à nos espoirs, nos croyances et nos désirs, pschiiiiiitt… comme dirait le père Chirac. Que dalle, partis en sucette, nada et peau de zob… Rien il n’y eut, à Madrid. Rien de rien de rien de rien… On attendait Fellini, et on nous a servi un Ontoniente des grands jours : con et mauvais.

Alors, c’était quoi l’objectif d’un tel plan com’ pour nous vendre un nanar pareil ? Personnellement, je n’en vois pas… à part peut-être la com’, tout bêtement. Car j’ai beau tourner le problème dans tous les sens, moi j’invite pas mes potes à l’apéro du siècle si c’est pour leur servir un Lipton Yellow et leur raconter comment la crise me mine. Mais je les invite pas non plus sur des promesses de millésimes frelatés et bouchonnés. Pourtant, on aura du mal à me faire croire que les choses n’avaient pas été taillées et cadrées au millimètre. Alors quoi ?… Période fatale pour l’Espagne, où le seul moyen de remplir les gradas était de s’afficher quinze jours à l’avance sur les écrans plats, entre la lessive et les yaourts 0 % de matière grasse ? Eh bé, je me demande si je vais pas finir par le croire quand on voit l’entrega de celui qui aurait dû être le héros du jour, et qui a visiblement changé d’opinion comme viendrait la « caguère » sitôt sorti son premier pénible adversaire, car, il faut l’admettre aussi, Victorino n’est pas en odeur de sainteté dans les arènes, et s’y précipiter à la seule annonce de son nom est, en ce moment, aussi risqué que de parier sur la bonne foi d’un ministre.

C’est prouvé, c’est comme ça, tous connaissent le bache. Bien sûr, nous souhaitons que les choses s’arrangent rapidement, mais quelque chose me laisse penser que tant que les cárdenos de Galapagar sortiront autrement qu’avec leurs légendaires trognes de guidon, tous les Talavante du monde pourraient se donner la main que ça ne suffirait pas à changer le cours des choses. Les esprits chagrins et autres pisse-vinaigres vous diraient qu’il y a peut-être matière à s’inquiéter de voir le gratin du toreo parader avec le sorcier et son lardon en s’affichant dans les soirées de gala, tapis rouge et robes de soirée façon « montée des marches », car on se doute que cette opulence bling-bling est toujours un peu suspecte ; ça assure le lleno, pardi, mais ça aide parfois aussi à mieux masquer le vide sidéral du film qui vient derrière… même à Cannes où l’on oublie si souvent qu’on y va généralement pour autre chose que les stars — l’événement s’arrêtant parfois quand la projection commence.

Alors oui, peut-être un simple ratage… ou bien une stratégie destinée à mieux faire passer les pilules qu’on prévoit acides ? Allez savoir… Moi, je n’ai pas de réponse, mais je fais le constat que lesdits « événements » s’enchaînent et finissent par se ressembler suspicieusement. D’abord Manzanita, puis Talavante qui choppe à son tour le bonnet d’âne alors que Victorino n’en finit plus de porter sa croix… Les tendidos se remplissent, certes, mais ça commence à faire tache tous ces ratages… Alors, gaffe à pas trop renouveler l’« événement », les gars, car au vu des résultats, on pourrait se lasser de vos effets d’annonce un peu démesurés, si l’on compare la réalité aux faits…


« On peut tromper une personne mille fois. On peut tromper mille personnes une fois, mais on ne peut pas tromper mille personnes mille fois. » — Alain Berbérian

11 mai 2013

Génial


Superbe aux yeux de glace, Talavante, mèche laquée ramenée vers l’arrière en vague et costard Smalto ouvert façon golden boy en roue libre, zone dans les rues bleues de la capitale espagnole, conscient qu’il est maintenant face à son destin, conscient qu’il a jeté lui-même sa peau dans la cage aux fauves, par honneur, par fierté, par torería et par tout ce que vous voudrez… Parce qu’il ne peut plus reculer, il avance, pas après pas, les yeux dans le vide, le cœur gros et le compte en banque pesant… Des toros gris, puissants et furieux, zèbrent ses pensées… Regard perdu sur la ville, quelques millimètres de vitre et, là, le vide… glacial, infini. Au fond, l’avenir, le destin — le sien… Le rendez-vous est pris, ce sera le 18 mai… à Las Ventas… Madrid. 

Génial, vraiment génial, cher Alejandro, je te l’accorde, mais, après ça, faudrait voir à pas te rater si tu veux pouvoir circuler toujours aussi sereinement dans les rues de la ville, sans déclencher la poilade… ou la compassion. 

Suerte, Maestro. 

15 février 2008

Talavante et les Adolfo


"Mundomachin" l'a annoncé, Manon le reprend... Alejandro Talavante s'est proposé pour tuer la corrida d'Adolfo Martín à l'occasion de la prochaine San Isidro.



Photographie de Juan 'Manon' Pelegrín /// N° 15, 'Chaparrito', cárdeno claro, 533 kg, né en novembre 2002 et lidié par Domingo López Chaves le 1er juin 2007 et ovationné à l'arrastre.

18 septembre 2006

Nîmoiseries


Il y a bien longtemps que je n’assiste plus aux corridas matinales à Nîmes. J’ai fait une exception ce dimanche pour enfin y découvrir Alejandro Talavante.
Les quelques amis aficionados qui ont eu le courage d’assister à la féria dans son intégralité étaient démoralisés. Et le spectacle auquel j’ai pu assister m’a fait comprendre leur désespoir.
Jugez plutôt. En trois corridas commerciales sont sortis 16 animaux parmi lesquels 13 étaient nés entre août et septembre 2002. Cela a beau être légal, c’est inadmissible pour tout aficionado qui se respecte. Autrement dit, Nîmes a confirmé des alternatives avec des novilladas. Quelle bouffonnerie !
Quant au trapío desdits animaux, ceux que j’ai pu voir en tout cas, il était ridicule, les pitones honteusement douteux, imprésentables. Je n’ai jamais été concerné par les poids des toros mais par leur trapío. Il y a cependant des limites. Et le fonds a ici été atteint par une fiesta en plein naufrage.
Comment peut-on, sérieusement, annoncer des poids tels que 460, 460, 460, 463 kilos, etc., etc. ? Soit le veedor à le compas dans l’œil, soit on se moque du cochon de payant. Payant et très cher en plus.
Et personne ne dit rien ni ne proteste. C’est à se demander s’il reste plus d’une dizaine d’aficionados sur les gradins. Et que font les clubs taurins et les membres de la CTEM ? Et leur président ? Visiblement rien d’autre qu’avaler goulument les énormes couleuvres que leur propose le prestataire de service. L’appel d’une éphémère mais médiatique présence au palco (ça impressionne la boulangère le lundi ça !) l’attrait des soirées mondaines et petits privilèges est visiblement plus fort que l’intérêt de l’afición. Mais de l’afición, leur en reste-t-il ?
Après ce coup de gueule, que dire de Talavante ? Si ce n’étaient les échos unanimes d’excellents aficionados madrilènes j’aurai tendance à penser, peut-être rapidement, que nous n’avons à faire qu’à une pâle copie de l’autre, une sorte de clone. Ceci étant, la ressemblance est parfois vraiment troublante. Une démarche, un port de tête, une manière d’aller au toro, de présenter la muleta… Le reste est moins convaincant. Mais il nous manque tellement ce Tomás... Alors parfois l’émotion d’avoir l’impression de voir le véritable Tomás est assez troublante. Une impression assez jouissive même, mais contrariée par le sentiment que, peut-être, cela n’est pas vraiment naturel, ne sort pas vraiment de lui, mais est étudié, composé. Impossible évidemment de se prononcer sur cette première découverte. En outre, Tomás, à ses débuts, s’est envoyé des toros, des corridas sérieuses. Talavante en sera-t-il capable ? Je me garderai bien de le juger sur cette unique impression et dans ce contexte de dératisation massive. J’irai le revoir, dans des plazas réellement de première catégorie, dans d’autres contextes, plus sérieux que celui d’une arène à la dérive.

25 mai 2006

Alejandro Talavante


Il est difficile entre le politiquement correct, voire plus, des journalistes taurins et les opinons tranchées des aficionados véritablement libres qui s’expriment sur le net de trouver deux opinions concordantes sur la féria de la San Isidro 2006.
Le miracle a pourtant eu lieu à l’occasion de la novillada du 24 mai 2006 (bétail de El Ventorrillo).

Que le très policé et transparent Zabalita de la Serna (ABC) ait vu en Alejandro Talavante la résurrection d’un certain José Tomás n’a eu que peu d’effet sur mon esprit encore embrumé lorsque je prends mon cortado du matin. En revanche, que l’appréciation de la presse politiquement très correcte, voire plus, soit partagée et corroborée par les écrits de l’afición réellement libre pour aboutir à une étonnante et joyeuse unanimité ne peut qu’exciter la curiosité de tout aficionado et donc nous exciter tout court.

Je vous propose ici une traduction approximative de la chronique «Desde el 7» publiée par Joaquín Monfil sur Opinión y toros. Et du coup, j’ai retrouvé l’espoir et l’envie de faires quelques centaines voire quelques milliers de kilomètres pour découvrir ce novillero : Alejandro Talavante. Ouf ! Il était temps. Souhaitons que la bonne nouvelle se confirme au fil de la temporada et croisons les doigts pour qu’il ne s’agisse pas d’un simple feu de paille.

Aún nos queda esperanza (extrait de la chronique publiée dans opinionytoros.com)
Les gens du tendido se demandaient si José Tomás était de retour. En tout état de cause et même s’il ne l’était pas l’impression de son retour était là. Un jeune de Badajoz, de 18 ans, qui répond au nom de Alejandro Talavante a donné une leçon de toreo durant toute la tarde. Tout ce qu’il fit, depuis le paseo jusqu’à sa sortie des arènes était plein de cette toreria qui nous manque tant dans l’actualité. Les aficionados qui n’applaudissent jamais applaudissaient à tout rompre, se frottaient les yeux et ne croyaient pas ce qu’ils étaient en train de voir. Cela est le toreo éternel. Et il a fait la vuelta la plus acclamée à Las Ventas depuis bien longtemps. Le meilleur de la feria jusqu’à ce jour et sans discussion possible.
Son professeur est Antonio Corbacho, le même qui s’occupa des débuts de José Tomás. Et cela se sent. Enfin un torero différent du reste de la majorité des pegapases qui garnissent les deux escalafons.
Il est certain qu’à ce jour il lui manque la technique du maniement de l’épée. Mais cela s’apprend, il est très jeune et la technique de tuer les toros est quelques chose qui peut s’acquérir avec des efforts et la pratique. Et aucun aficionado du tendido ne doutait de cela. Tout le reste de sa prestation a été empreint de ce sentiment que seuls les élus possèdent. Et les aficionados ont retrouvé espoir dans le futur. Si Talavente continue ainsi il va occuper une place laissée vide depuis le départ du diestro de Galapagar qui manque tant aux aficionados de toujours et à la fiesta tout entière. Il lui faudra avoir de la chance et qu’il ne tombe pas entre les mains d’une quelconque "mosca cojonera"...


D’après Joaquín Monfil & les photographies sont de Juan Pelegrín.