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28 mai 2013

Même pas drôle


Veuillez bien vouloir excuser la qualité médiocre de cette image capturée lors du visionnage, sur le site Las-ventas.com, de la vidéo(surveillance) de l’apartado de la course d’El Ventorrillo qui sera combattue ce soir à Madrid.

On y voit ‘Bromista’* le lourdaud negro emplâtrer méchamment et sans raison apparente un des trois colorados du lot, et ‘Cañamón’ le beau castaño, qui n’a jamais vraiment apprécié les facéties du frangin — avec ou sans fundas —, et qui sent peut-être son tour arriver, amorcer un pas de côté afin de gagner un coin de corral moins agité. Du haut de ses cinq ans et dix mois, ‘Bromista’ fait la loi et montre à qui veut l’entendre qu’ici c’est lui le roi.

‘Cañamón’ (n° 17, né en décembre 2007, guarismo 8, 556 kilos) et ‘Bromista’ (n° 58, né en août 2007, guarismo 8, 626 kilos) sortiront respectivement en quatrième et cinquième positions ; je serai, n’en doutez pas, devant mon écran pour les surveiller de près.


* Farceur, plaisantin, blagueur, rigolo — bromista pesado : mauvais plaisantin.

13 avril 2013

On les évite


Soyons francs : on les évite. 

Préparer une sortie au campo est devenu un exercice schizophrène. Le bonheur d’imaginer ce que l’on y trouvera s’égratigne au fil des pages d’un annuaire que l’on égrène avec une rigueur chirurgicale pour n’en conserver que l’information digne d’intérêt. Il en va de la lecture des annuaires de ganaderías comme de celle des magazines féminins dans lesquels une fois survolées les pubs, on se sent plus léger. Le Domecq, dans les annuaires de ganaderías, c’est la pub dans la presse féminine. Le Domecq enlevé, on se sent plus léger, mais l’exercice prend du temps et racornit la joie que l’on se fait d’y être bientôt… au campo. 

Alors soyons francs, on les évite… les Domecq. Soyons francs aussi, il y a dans ce choix une part assumée de sectarisme et d’idéologie tout à fait critiquables. Il y a aussi et avant tout le goût de la diversité et des encastes moins chanceux, plus rudes, moins formatés, plus âpres… Alors voir des centaines de Domecq, que ce soit dans les noms de gala ou dans le réseau plus modeste des discounts, ne nous enchante guère. Et puis il y a les fundas chez beaucoup de Domecq. 

Pour autant, le Domecq n’existe pas. Il y a des Domecq et non pas un Domecq ! Ce sont les ganaderos qui font les toros et le sang originel est excellent. Physiquement, qu’y a-t-il à voir entre un Juan Pedro Domecq préparé pour Nîmes (c’est à peu près le standard de la maison) et un Sánchez de Ybargüen qui achèvera sa vie dans les rues du Levante ? Rien. Un Garcigrande a les mêmes ancêtres qu’un Guadaira, mais l’un ne s’envisage pas de la même façon que l’autre pour un torero ou un aficionado.

Bref, nous sommes sectaires, mais il existe des circonstances — ô joie de l’incertitude de vivre ! — qui incitent à se faire mal et à s’imposer la visite d’une ganadería de sang Domecq. Sánchez de Ybargüen reste un mémorable souvenir, Guadaira une belle rencontre et les Infante da Câmara ont laissé en nous cette impalpable sensation agréable et douce de la beauté naturelle et sans fard, livrée telle quelle, libératoire pour se libérer de rien, belle juste pour elle-même. Sensation qui revit sans prévenir, sans coup, délicate, soyeuse quand le vent glisse le matin dans les arbres éveillés, jubilatoire quand la lumière s’irise dans les épis mouvants des blés qui s’annoncent. 

Et dans tout ça, des Domecq ! Des de chez Juan Pedro, depuis 1986, quand les héritiers de José Infante da Câmara (mort en 1962) décidèrent de rafraîchir leur croisement Campos Varela/Parladé/Tamarón avec du moderne et du toréable. 

Alors on peut regretter les choix, on peut se dire que c’est dommage d’en trouver ici aussi, mais il faut se rendre à la raison : qu’ils étaient beaux ces toiros dans cette forêt tapissée de sable fin. Des toros qu’il fallait chercher, guetter, suivre entre les arbres, dans les rais de lumière et au loin des fougères. Des Domecq un brin sauvages !

Ils sortiront le 1er mai 2013 dans une tourada à Alcochete.


>>> Retrouvez, sous la rubrique « Campos » du site, une galerie consacrée à la ganadería Herdeiros de José Infante da Câmara. 

11 août 2012

Lu dans « Sud Ouest »


« Samedi 11 août

Toros de Jandilla (sang Juan Pedro Domecq Solís) — 2011 : 19 corridas, 95 toros, 58 oreilles, 1 queue, 2 vueltas, 2 indultos.

Enrique Ponce — 2011 : 51 corridas, 68 oreilles, 1 queue.

El Juli — 2011 : 72 corridas, 198 oreilles, 3 queues, 2 indultos.

Daniel Luque — 2011 : 65 corridas, 91 oreilles, 4 queues, 2 indultos. »


Dax, ou l'art de communiquer pour remplir les arènes et vider les campings…

19 janvier 2012

En peu de mots #01


Julio de la Puerta © Albert de Juan
Rome 2011

Pour débuter l'année, je prends un malin plaisir à montrer un Domecq figurant en bonne place sur une « liste noire des élevages » (sic)…
Pour clore la précédente, je tenais à rappeler la disparition des « Géants » Cy Twombly (Lexington 1928 - Rome 2011) et Walter Bonatti (Bergame 1930 - Rome 2011), mais, une fois de plus, le temps m'a manqué.


Albert de Juan sur Internet

09 novembre 2010

Entre-temps


Pour le Panis et Circenses de Jérôme j'avais pondu un commentaire qui débutait ainsi : « Que El Juli et les autres commencent par se farcir du Domecq cinqueño qui ne proviendrait pas des « usines à "toros" » favorites du mundillo... » Puis, me prenant au jeu de répondre à la question d'un des portails taurins où il-est-plus-aisé-de-trouver-un-torero-sur-son-lit-d'hôpital-qu'un-toro-sans-fundas, question qui, pour rappel, était posée en ces termes : « Si vous deveniez ganadero de bravos, de quel encaste et de quelle ganadería achèteriez-vous les produits pour former la vôtre ? », je me laissais aller à une révélation : « Moi, ça ne me dérangerais pas d'élever du Domecq... Je ferais l'impasse sur les élevages inscrits à la Unión, ceux qui produisent de "gros cochons encornés" — entre-temps j'aurais divorcé —, je mettrais tout le bétail au pré et ficherais une paix royale aux mâles pendant cinq années bien tassées — entre-temps j'aurais mis à prix la tête du banquier —, avant qu'ils ne finissent dans quelque rue du Levante, et moi, sur la paille... »

Nota bene Ce post ne doit son existence qu'à l'effet conjugué de la fuite du temps et de l'engourdissement passager des doigts de ceux qui animent ce blog...

Image Campos y Ruedos ne possédant pas de photographies de toros de Domecq au campo... © http://www.editions-gang.com/

27 septembre 2010

« Extra-large »



Depuis le temps que l'armada Nikon de Campos y Ruedos lui réclamait la possibilité d'afficher en grand, voire en très grand format, ses clichés sans devoir systématiquement passer par Flickr, Blogger s'est enfin exécuté en proposant une nouvelle interface utilisateur pour la mise en forme des posts en vue de leur publication. Bon, O.K., ça ne s'est pas réellement passé comme cela — à dire vrai nous ne savons rien du pourquoi de ce changement —, mais nous ne comptons pas nous gêner pour vous en faire profiter...

Après le Miura du 24 septembre dernier saisi lors de sa toilette, ce Domecq cornalón se ménageant un moment de détente méritait bien un affichage « extra-large ».

Image Un colorado ojo de perdiz bocidorado astiacaramelado dans les Corrales del Gas de Pamplona © Laurent Larrieu/Campos y Ruedos

04 juin 2010

JC : « On m'aurait menti ? »


Le pauvre JC n'en est toujours pas revenu. Quand on lui a parlé de Madrid, il a tiqué. Quitter Málaga et monter à la capitale c'est sympa pour faire les boutiques, assister à un spectacle flamenco, sortir en boîte ou participer à une séance photos, mais pour y combattre deux toros, pfff... On lui a dit qu'il serait entouré de Juan Mora et de Curro Díaz*... mais que les plus belles Madrilènes n'auraient d'yeux que pour lui — rassuré, JC s'est fendu d'un sourire ultra bright. Quand, avec insistance, on lui a annoncé qu'il allait avoir affaire à des Domecq, il s'est tout de même méfié — pourquoi diable ont-ils pris la peine de le préciser puisque JC n'a jamais accepté autre chose que des Domecq ? Le matin de l'apartado, il était bien trop occupé par ailleurs pour en être. Lorsqu'il a retrouvé sa cuadrilla au restaurant de l'hôtel, JC a ressenti comme un malaise — pourquoi diable ont-ils baissé les yeux ? Il est parti illico aux toilettes se mirer dans la glace pour constater que, oui sa gomina était impeccable, que, non ses sourcils n'étaient pas en bataille — bataille ? En revanche, il avait bien une crotte de nez qui pendouillait, ce qui a fini de le rassurer sur la vraie raison de l'accueil réservé, au propre comme au figuré. JC s'est signé. De retour à table, se voyant probablement déjà, une rose aux lèvres, sur les épaules d'un gars baraqué en train d'envoyer des baisers aux groupies en délire, il n'a pas remarqué l'interruption soudaine de la conversation... Dans le calme d'une douce et radieuse après-midi de printemps, JC s'est vêtu de noir et d'argent — tout en sobriété, le JC — et s'est longuement entretenu au téléphone avec sa muse, son étoile, la si bien nommée Estrella.

A las siete de la tarde, il n'a pas bien vu Mora, celui-ci caché par son opposant la plupart du temps, et a demandé le nom du sien, le prochain. « 'Colombino' » lui a répondu son péon de confiance à qui il aurait glissé un « très mignon » — tout en sensibilité, le JC. L'homme au panneau, dans son affreux costume, s'est avancé et a tourné, tourné et JC avait la tête qui commençait gravement à l'imiter, l'homme au panneau. JC avait chaud, affreusement chaud. JC s'est signé. « 'Colombino', de Vellosino, n° 14, 11/04, 593 kilos » affichait le panneau. 'Colombino' de Vellosino, il savait déjà ; du numéro, il s'en fichait — et puis 14 n'est pas 13. Il a calculé, recalculé et calculé encore : 5 ans et demi ! « On ne devrait pas avoir le droit », a-t-il pensé tout bas... Colorado ojo de perdiz ne précisait le panneau, pas plus que bociblanco : 'Colombino' était un pavo et JC a eu chaud, affreusement chaud. Le Domecq parlait moldave, norvégien, turc, hindi et même mongol et JC n'a rien compris — l'essentiel étant pour lui, comme toujours, de finir debout sous la bronca et non au sol les bras en croix.

A las ocho y media de la tarde, il n'a pas bien vu Díaz et Mora, ceux-là cachés par leurs ennemis aussi grands qu'ils sont petits, et a demandé le nom du sien, le prochain. « 'Guasón' » lui a répondu son peón de moins en moins de confiance à qui il aurait lancé un « je l'sens pas » plein de méfiance — tout en lucidité, le JC. L'homme au panneau, dans son affreux costume d'oiseau de mauvais augure, s'est avancé et a tourné, tourné et JC a commencé à avoir de la température. JC avait froid, terriblement froid. JC s'est signé. « 'Guasón', de Vellosino, n° 10, 08/04, 610 kilos » informait le panneau. 'Guasón' de Vellosino, il savait déjà ; du numéro, il s'en fichait — et puis 10 n'est pas 13. Il a calculé, recalculé et calculé encore : 5 ans et 9 mois ! « Ils veulent ma peau », a-t-il grommelé tout bas... Negro ne précisait le panneau, pas plus qu'astifino : 'Guasón' était con toda la barba et JC a eu froid, terriblement froid. Le Domecq a dégommé Pepillo Hijo à la pique ; il parlait tchèque, pachto, tadjik et hindi, lui aussi, et JC n'a rien compris — palmas nourries pour l'inusable 'Guasón' et almohadillas en pluie pour l'inénarrable Andalou. A las nueve y cuarto de la tarde, le beau brun ténébreux cherchait du regard son apoderado qui avait quitté les lieux depuis belle lurette...

* Il semblerait que l'Artiste ait particulièrement souffert de la comparaison avec ces deux matadors pétris de torería, eux.

Images 'Colombino' & 'Guasón' : deux des six Domecq de Vellosino (quel lot !). Y'a Domecq et Domecq... © Juan 'Manon' Pelegrín

05 décembre 2009

Fausses évidences


C’est toujours la même question.
– "Y sont bien les toros aujourd’hui ?" Sous-entendu, auront-ils le comportement que nous sommes en droit d’attendre d’un toro de combat, nous qui n’y connaissons rien ; nous, touristes traînant la patte dans Séville endormie, nous qui allons assister dans dix minutes à notre première course de taureaux de notre vie (de novillos en l’occurrence) ? Parce que tu nous en as parlé des toros avant cette novillada, parce que tu nous a donné l’envie d’y assister et parce que donc nous nous faisons une infime mais bien réelle idée de ce que doit être le comportement d’un toro de combat. Agressif, puissant, brave (ça, nous n’avons pas tout compris), montrant sans cesse l’envie de charger et le faisant avec certaines manières (tu nous as dit que nous comprendrions mieux ce que tu disais sur les gradins).
Et je vous ai répondu que, malheureusement, ce n’était pas aujourd’hui que vous alliez pouvoir ne serait-ce que toucher du doigt toute l’étendue et toute la grandeur du comportement d’un toro de combat. Je vous ai répondu cela comme une évidence - et elle en était une pour moi - en regardant sans m’y intéresser vraiment les vendeurs ambulants s’abriter du soleil.
- "Ah bon ? Mais pourquoi ça ne serait pas bien aujourd’hui ?"
Parce que ! C’est comme ça, aujourd’hui ça ne sera pas bien, c’est tout, c’est comme ça ! Il aurait été nécessaire que je vous explique Domecq, le mono-encaste, le toro pasteurisé, l’évolution de la tauromachie, Pepe-Hillo, Francisco Romero, El Gallo, Manolete, El Cordobés et Enrique Ponce. Il aurait fallu que je parle alors que je n’en avais aucune envie. Il aurait fallu que vous entendiez des mots insensés comme encastes, généalogie taurine, sélection, tienta. C’est cela que vous vouliez ? Engloutir en dix minutes un magma à peu près aussi indigeste pour vous qu’eut pu l’être un cassoulet casero pour un anorexique ? C’est ça ?
Et puis je n’avais pas envie de parler. Il faut se taire avant une course, c’est mieux ainsi. Je ne saurais dire pourquoi, mais c’est mieux ainsi. Je voulais seulement me laisser bercer par le déambulement détendu des coussins rouge et jaune. Je voulais seulement me taire... et attendre.
- "Ils étaient bien quand même les toros ! Ils avaient vraiment envie de combattre, du début à la fin, non ?".
Déjà, personne n’était parti avant la fin. Personne n’avait eu la nausée. Vous étiez tous restés, en plein soleil, le soleil d’Andalousie.
Personne non plus n’avait déclaré que j’étais un grand con. Vous auriez pu et vous auriez eu raison. Bien sûr qu’ils avaient été bons ces domecqs que je ne connaissais pas, ils avaient même été excellents. Braves, à l’affût de tout, mobiles et piquants à souhait, un "torrente de casta brava" pour paraphraser Joaquín Vidal. Je m’étais planté dans mes pronostics de type gonflé de ses certitudes et vous vous en étiez rendu compte. Ce n’était pas difficile de s’en rendre compte. Au moins aviez-vous appris que la corrida n’est qu’une incertitude sans cesse renouvelée, à tous les niveaux.
Il existait donc en ce bas monde des domecqs qui pouvaient plaire aux amoureux de toros de combat. Oui, ça existait ! J’avais du mal à l’accepter et j’espérais peut-être secrètement que cette novillada sévillane ne soit qu’un heureux et ponctuel accident. Je savais qu’un jour lointain les domecqs avaient été de bons et passionnants toros mais je constatais aussi souvent que les élevages issus de ce sang étaient pour beaucoup dénués d’un quelconque intérêt. En traversant les ombres de la nuit andalouse, j’énumérais les noms de certains que j’avais déjà vu combattre : Daniel Ruiz Yagüe (détenteur du fer historique des coquillas !), El Torero, Juan Pedro Domecq, Santiago Domecq... C’était mauvais tout ça, faiblasse, molasse, bonasse... Putain je n’aimais pas ! Mais Guadaira, je m’étais planté, ça existait !
Et ça existe encore semble-t-il. Au regard des résultats de ces trois dernières années, il semblerait que le comportement se complique un tantinet pour ces jandillas des années 2000 mais cela reste un fer à suivre de près, de très près même.
Je n’avais pas eu le cran de l’avouer complètement à l’époque, en traversant les ombres de la nuit, en énumérant les édifices laids du toro moderne et modélisé, mais je m’étais senti con dans mes évidences. La corrida n’est pas une évidence, c'était certain !

>>> Retrouvez sur le site, rubrique CAMPOS, une galerie consacrée à l'élevage Guadaira.

Photographies Un novillo de Guadaira lidié à Séville en 2005 et le mayoral au milieu des futurs novillos de 2010 © Camposyruedos

24 mai 2009

Le campo aux mille drôles


Le séjour touchait à sa fin. On avait bouffé du toro à toutes les sauces, au campo ou dans le ruedo, de pas d’heure le matin à pas d’heure le soir. Les filles, qui jusque-là avaient préféré les tentations de la calle Sierpes, se désolaient en silence, parce qu'elles comprenaient bien l'importance de cette escale sévillane de début de temporada. Il faisait beau, il faisait chaud et l’on avait donc décidé de faire partager un peu de cette si singulière passion du campo, à nos chères et tendres, qui ne rechignaient finalement pas devant la proposition de visiter un élevage de bravos andalous, du moment que ce n’était pas loin, que c’était joli, de préférence équipé de toilettes, qu’on pouvait s'y dorer la couenne et y profiter du soleil et que patati et patata... semblant offrir toutes garanties, on partit donc chez Guadaira.
Au premier abord, on n’y voyait pas d’intérêt capital, si ce n’est celui du plaisir rétinien. Certes, ces toros-là, essentiellement sortis en novillada, affichaient une bonne forme dans les ruedos les plus significatifs de la planète taurine, mais nous autres, couillons que nous sommes, on s’attache parfois trop à quelques idées parvenues et un peu faciles d’apparence : ces Guadaira sont des Domecq, et ça raisonnait dans nos tronches comme si le CAC40 avait pris du plomb dans l'aile pendant la nuit. En gros, ça nous touchait de loin, cette affaire-là. Mais bon, why not ? Et puis, on avait promis aux gonzesses, alors...

Du coté du Río Guadaira, le campo a de la gueule. Tu quittes l’urbaine folie sévillane et à quelques stations Repsol de là, les champs sont dorés jusqu’à l’horizon, quand ils ne sont pas entachés de quelques rangées d’oliviers, d’eucaliptus ou de parquets de fleurs parmes. Le ciel est bleu, pardi : la carte postale pour baisouilleurs transis, l’Andalousie comme tu la rêves. Au milieu, la « Dehesa del Conde », elle aussi, superbe. De part et d’autres, les toros.
Ici, la vie est paisible. Il y a le vent, le poids du soleil, la mouche sur ton front qui manque de prendre ta main sur la gueule à chaque instant, le vol des cigognes et l’amour du toro. On ne parle pas beaucoup, à la « Dehesa del Conde », mais on t'ouvre le portail comme on t'ouvre les bras : chaleureusement. T'aimes les toros, amigo, alors t'es un frangin...
Le mayoral de la maison est un type charmant, la tronche du brave mec gentil, qui pue la « Passion » à plein pif. As-tu déjà vu un gars plus amoureux de son métier, plus amoureux de sa terre, plus amoureux de ses bestiaux... plus amoureux de sa vie ? Suis-le, il fera le reste. Rien que pour toi, il te débusquerait un tigre du Bengale derrière chacun de ces buissons, tellement il est sûr que tu ne t'es pointé chez lui que pour y voir ce que tu n'attendais pas. Et il avait raison, le "con" !
Dans les cercados vastes comme des champs à pétrole texans, on observe les joyaux de Guadaira, aux pintas domecquisantes , du jabonero au negro absoluto. C'est paisible. Ombre et poussière. Des novillos, beaucoup, puis quelques sementales, dont un, là... tu le vois pas ? Mais si, penche-toi, regarde bien, là, juste là, dans le fourré, planqué comme un croco dans la mangrove du North Tropical Queensland... T'inquiète pas, il va te le sortir de là, notre mayoral ! 3 caillasses que je te balance par le museau, et té ! Tu l'as là, ton tigre du Bengale qui reprend le large du cercado. Fallait le voir, le bestiau, dans les branchages. Et puis il fallait l’en sortir aussi... Lui , il te l’a fait, rien que pour toi, sans que tu lui demandes rien, pour 0 centime, même.
Je te le dis, ne résiste pas, laisse-toi juste emporter. Il te révélera les secrets de la tienta al campo abierto comme on la pratique ici... du coup, le 4x4 à bloc, comme si on jouait a l’accoso y derribo, on regardait ce grand enfant qui s’imaginait sans doute lui-même toro, galopant comme un con dans les hautes herbes jusqu'à y croiser le fer avec le cavalier à la longue lance. Là-bas, t'aurais rêvé si t'avais vu ce troupeau d’erales transporté dans un nuage de poussière, mélancolique, comme une caravane touareg qui déchire le désert de sa lame de poussière. La photo est belle, et il le sait. Ensuite, il s’arrêtera au milieu d’un champ mauve et te fera remarquer la cigogne plantée, là-bas, tout au fond, et que t'aurais pas pu voir s’il ne l’avait pas trahie pour toi. Un régal. Puis la confrérie paisible des cabestros, surpris au détour d’un bosquet joliment fleuri, et dont les cornes « festives » émergent à peine.
On regardait ses yeux s’ouvrir comme ceux d’un drôle devant un sapin de Noël . Ce mec jubilait autant que nous, et semblait découvrir son campo à chacun de ses battements de cils. Tout l’émerveillait. Sûr qu'il prenait son pieds, le type !
« Cherry on the cake », il nous révélait enfin LA novillada qu’il offrait à Las Ventas. Du vrai Toro de Madrid, con trapío, sérieux et solide. Un imposant jabonero, un impressionant colorado, un tío negro, on scrutait avec précaution le guarismo de tous ces magnifiques spécimens et nous finissions par admettre qu’il s’agissait bien là d’une novillada. Terrifiant !
On savait que cette ganadería avait été Buendía, un temps, et on savait aussi que, depuis dix ans, elle s’était domecquisée, et plus particulièrement « jandillisée », ça nous piquait un peu mais bon, on se consolait en se disant que, après tout, Fuente Ymbro était Jandilla aussi, et que ma foi, avec un peu de bol... Et puis, en fait, on s'en foutait. On était bien, là, avec rien pour te gâcher la vue, rien pour te gâcher le vie. Tudo bom.

Quand on revint sur terre, que le charme s’apprêtait à rompre et que nous réalisions enfin le précieux moment campero que nous venions de vivre en silence et les yeux grands ouverts pour ne rien manquer du spectacle, trois énormes et affreux bus à tête d'insecte stagnaient à l’entrée de la finca comme pour nous rappeler que la fête était finie. On entendait des cris de mômes, surréalistes dans pareil lieu, et l’on découvrit avec étonnement et non sans ravissement, que les gamins de l’école du bled, camarades de la nièce du ganadero, venaient également se défaire du stress de leur vie de nains à la « Dehesa del Conde »... C’était bien la preuve que la vie règne en art dans cet endroit.
Notre ami mayoral, lui, repartait « tranquilot » à dos de canasson s’émerveiller davantage de ce campo qu’il découvrait à chaque battement d’aile des cigognes. Dieu sait où il s’en allait... mais si le campo ressemble à ceux qui le font, celui de Guadaira est un oasis de silence émouvant et de tendre passion. Même les filles le disent...
El Batacazo

>>> Retrouvez sur le site, rubrique CAMPOS, la galerie de la camada de Guadaira.

Photographies Chez Guadaira © El Batacazo

30 septembre 2008

Une certitude


- Papa ?
- Oui.
- Pourquoi le toro on lui a enlevé le bout de ses cornes ?
- Euh… tu vois ma chérie, cette bouteille de lait là…

Tout le monde le sait, la vérité sort de la bouche des enfants. Lorsque ma fille de sept ans m’a posé cette question pleine d’innocence, j’étais simplement en train de chercher une photographie pour illustrer un post vous donnant notamment un lien vers le Toroprensa de notre ami Pablo G. Mancha. Il s'agit d'un post confirmant la sanction de Borja Domecq pour afeitado. Je ne sais si la doctrine accréditée, qui avait qualifié en son temps João Folque de Mendoça de « ganadero voyou » lors de semblables péripéties, fera preuve dans le cas présent d’autant de virulence à l’égard d’un ganadero qui porte le nom de Domecq... En attendant, vous pouvez toujours cliquer sur la photo, prise dans une arène française de première catégorie, les pueblos étant à la vérité souvent bien plus rigoureux.

04 mai 2008

Mundotoro


J’ai lu, je ne sais plus où, que les aficionados toristas ne supportent pas les autres, qu’ils leur veulent du mal, qu’ils leur reprocheraient même d’exister.
Ils sont vraiment graves ces toristas. Quoique rien n’est écrit non plus. Tenez, par exemple –décidément j’aime bien les exemples, c’est parlant les exemples – prenez le site Mundotoro. Pas plus tard que ce matin, ces braves gens nous ont entretenu du remplacement de Joselito Adame par Castella. Au passage, ils en ont profité pour nous rappeler que la féria de Nîmes commence... le jeudi. Autrement dit, la victorinada du mercredi, ça compte pour du beurre. Faut-il voir là une petite vengeance de Jean-Pierre Domecq contre le paleto qui a remporté les prix de Séville ? Oui, parceque Mundotoro, encore faut-il le savoir, est la propriété de Monsieur Jean-Pierre Domecq, grand financeur de cet organe de presse. Et dire que certains, ici, ont reproché à Nicolas Sarkozy de se la couler douce sur le Yacht de Bolloré... Vive le mélange des genres !

12 avril 2008

Un poème pour Jean-Pierre Domecq et ses « toros »


El toro de Juan Pedro sale y se cae
humilla y se hunde, se entierra entero como si un precipicio fuera
Anda y se deshace y como se sabe lo que es es,
se desploma siempre, sin temor a los insultos
porque asume que no está soñado como toro
y no se piensa como tal
y que no tiene de toro ni las pezuñas, ni las pestañas

El toro de Juan Pedro por oler ni a toro huele
Huele a lilimento y a hospital, a disco duro
a badajo de campana, a excremento de gato, a orín de paloma
huele a todo menos a toro
porque no se sabe toro

Es cosa o bolsa, papel, azulejo, estafermo, sillín de bicicleta, peldaño, rasca de la Once, piedra, ochavo, goma de borrar, manubrio, dislate, imán, tuerca...
Cualquier cosa menos toro, todo menos bravo

Hay un rinoceronte en Babia más fiero y noble
Un perro de Cuenca tiene más gracia en la muleta, más pasión, más desparpajo

Porque el toro de Juan Pedro es pura casquería, costra, barro, nieve sucia, demagogia, polen derramado, vómito, gasóleo viejo, chapapote, monda de naranja, peladura de patata, hiel, mierda esplendorosa, mierda en fin, pero mierda cara y apoteósica.

Pablo G. Mancha

10 avril 2008

Feria de Abril 2008 - Campos


Bientôt sur Campos y Ruedos, les splendides Veragua de Prieto de la Cal, que l’on verra enfin fouler le sable des arènes françaises après de trop nombreuses années d’absence, en espérant qu’ils nous procureront beaucoup d’émotions, notamment lors du premier tiers ;

les Vázquez de Concha y Sierra, offrant à la vue leurs lourdes silhouettes au milieu de l’un des campos les plus splendides qui puisse nous être donné de voir, là-bas près de Huelva, et malgré le soleil implacable, dont certains exemplaires viendront enfin montrer le bout de leur corne ailleurs que dans les pueblos et les arènes de recorte ;

les Domecq-Osborne de Los Recitales (qui a dit que nous étions sectaires ?), qui viendront nous démontrer, pour ceux qui en doutaient encore, que les taureaux de cet encaste peuvent ressembler à autre chose qu’à des chèvres, et nous faire nous exclamer : « Tiens, ça ressemble à ça une corne de Domecq non aféitée ?! » ;

et plein d’autres surprises que vous retrouverez au fil des semaines à venir sur Campos y Ruedos et Terre de toros.

L’avantage de l’Andalousie c’est aussi cela : même s’il ne se passe rien dans le ruedo, il reste toujours le campo si proche et si envoûtant, qui s’offre à ceux qui ont le courage de se lever après les excès de la belle et tentatrice Séville.

Photographies Campos de Andalucía 2008 © Campos y Ruedos

05 janvier 2008

Juan Pedro Domecq = Afeitado...


... si nous en croyons le communiqué mis en ligne sur le site Burladero.com. Pour le reste, c'est l'ANDA qui pose les questions...

Ci-joint lu dans Burladero :
El Ayuntamiento de Nîmes ha comunicado que dos toros de la ganadería de Juan Pedro Domecq, lidiados el domingo 16 de septiembre en Nîmes en la corrida matinal, han sido "manipulados en sus pitones de manera artificial". El análisis de las astas de los toros que se han lidiado esta temporada en Nîmes ha corrido a cargo del profesor J. Sautet, de la Unidad de Anatomía Embriología de la Escuela Veterinaria de Toulouse, que ha sido quien ha detectado "manipulación" en los pitones de esos animales de Juan Pedro Domecq. Un año más, el Ayuntamiento de Nîmes mandó analizar los pitones de dos toros por cada corrida, extraídos bajo sorteo. En concreto, los dos toros sorteados para los análisis del domingo 16 de septiembre que han dado positivo por “manipulación”, son los números 128 y 142, lidiados por César Rincón y Javier Conde, respectivamente.

- Les presses locales "mettront-elles la jambe" en avant ou brosseront-elles dans le sens de Casas comme l'a fait Midi Libre vendredi 5 janvier ?
- La ville de Nîmes donnera-t-elle les résultats dans leur integralité ou s'enfermera-t-elle dans le mensonge, la contradiction puis le silence comme en 2007 ? (Nous n'avons toujours pas reçu les résultats complets des analyses des toros de 2006. Il nous manque 2 toros sur les 6 positifs, ainsi que les toros positifs sur une corne.)
- La ville de Nîmes prendra-t-elle enfin ses responsabilités en évinçant les éleveurs fautifs ?
- Y a-t-il une différence notable entre les manipulations des Juan Pedro Domecq 2007 et celles des Palha et Juan Pedro 2004 ? Si oui, quelles sont les nouvelles façon d'analyser trouvées par Mr Sautet ?
Laurent Giner
Président de l'ANDA

11 novembre 2007

« Domecquismo »


Nous avons vu récemment que, majoritaire au campo, l’encaste Domecq l’était aussi, sans surprise, dans le ruedo. Il y a près d’un an de cela, j’avais eu l’occasion de lire, dans l’édition internet de la Tribuna de Salamanca et via le blog de Rosa Jiménez Cano, un article polémique de Paco Cañamero sur la famille Domecq1.

Quelque temps auparavant, apparemment à la suite d’une critique des carteles de la féria locale lors de leur présentation à la presse, le journaliste charro se vit sanctionner par une mise au ban du journal. Histoire de réfléchir un peu...

Aux dernières nouvelles, il semblerait que Paco se soit calmé, si j’en juge par cet improbable papier « promotionnel », portrait consacré à notre « Dédou Premier »2 national, aussi mignon et convenu que celui sur Domecq était féroce ! Imprudent, Paco Cañamero fait le grand écart ; mal informé (?), il manie avec zèle la brosse à reluire. Décidément, André Viard est vraiment très fort !

1 Avant lui, son mentor Alfonso Navalón s’était déjà essuyé les bottes sur Álvaro Domecq…
2 Sobriquet © ANDA.

Un petit niveau de castillan comme le mien + un dico devraient suffire :
Juan Pedro Domecq, el verdugo de muchos históricos encastes (21.12.2006) ;
La pasión taurina de un entusiasta artista francés llamado André Viard (03.11.2007).

Image Des Domecq au campo © jamonesdomecq.com

25 juillet 2007

La théorie du complot


Une équipe vétérinaire a osé refuser une corrida entière de Zalduendo qui devait être tuée en mano a mano par le Juli et Castella à Santander. Le ganadero, le même qui a fourni le matos pour la corrida d’Ávila en « défense » de la Fiesta, s’en étonne et n’y va pas par quatre chemins. Il dénonce, sur le site Burladero, un complot anti-Juli : « Personalmente creo que es una de estas que hay contra El Juli. Igual que no le dan las orejas hay como una situación contra él…». Ce refus de ses bêtes irait donc, selon le ganadero, de pair avec les manigances obscures de ceux qui refusent les oreilles au Juli. A Camposyruedos nous sommes très inquiets car nous n’avons aucune piste et le ganadero n’en donne aucune. Mais à la réflexion il a raison, il doit bien y avoir complot. Mais qui ? L’ANDA ? Les francs-maçons ? L’église de scientologie ? Ou pire... Le Hezbollah ? Affaire à suivre. En fait non. Car le fer titulaire déchu a été remplacé par bien plus "terrorifique" : Montalvo. Ouf ! L'honneur est sauf.

PS
Nous ne pouvons nous empêcher de mettre ici en exergue le truculent commentaire d'el truco : "Putain, tous ces types qui refusent des oreilles (encore un à Mont-de-Marsan dimanche), ça fait vraiment froid dans le dos..."

02 mars 2007

Ah, malice quand tu nous tiens...


Qu'il me soit permis de publier ce commentaire reçu la semaine dernière sur ce même blog et d'y répondre...

Monsieur,
Merci de l’intérêt que vous portez à l’émission Face au toril et de l’attention avec laquelle vous avez regardé, dans le dernier numéro le reportage intitulé "La question de la grâce". Je suis moi-même un lecteur plutôt assidu de Campos y Ruedos dont j’apprécie la pertinence et l’impertinence. Et c’est un honneur de faire un programme regardé par des gens de qualité ! J’ai bien noté votre malicieux conseil, mais je n’ai pas l’intention pour l’instant de "courir" chez Juan Pedro Domecq. Du reste, c’est vous qui trouvez "géniales" les paroles de Fernando Domecq, pas moi. Nous nous sommes contentés de les recueillir et de les diffuser. Cela ne préjuge en rien de notre point de vue sur la question. En revanche, vous reconnaîtrez que c’est "grâce" à notre émission que les positions de cet éminent éleveur ont pu être connues du plus grand nombre (vous-même, peut-être ?). Vous relevez un passage du commentaire faisant état de l’unanimité du callejón à propos de la grâce obtenu par 'Desordenado', toréé par Ponce à Murcie. J’ai donné cette indication parce qu’elle est le reflet de la réalité, et aussi parce qu’elle vient tout de suite après ce commentaire, je me cite : "Desordenado, ça fait désordre, n’a subi qu’une petite pique et il est sorti tout seul de sa rencontre avec le cheval, comme un qui fuit la bagarre. En plus, il s’est cassé la figure tout seul au début de la faena, comme un quelconque mou du genou". C’est vous qui indiquez que le point de vue du callejón est "un gage de reconnaissance et de qualité", pas moi. Je ne regrette pas d’avoir intitulé le reportage "La question de la grâce". Il me semble que les réactions qu’il provoque (dont la vôtre !) justifient ce choix. Je reconnais volontiers que mon but n’est ni de "mettre en perspective les abus de l’indulto", ni même de conduire quelque "réflexion" que ce soit. Nous essayons simplement – objectif immodeste – de tenir la chronique du petit monde des toros comme il va. Je ne sais pas du tout si "l’afición" n’est plus intéressée que par les "records". Contrairement à vous sans doute, je ne dispose d’aucune étude me permettant de déterminer ce qui l’intéresse le plus. Et pour tout vous dire, je m’en fiche un peu. En outre, nous nous efforçons de nous adresser à tous les téléspectateurs, qu’ils soient ou non aficionados. Nous pensons qu’il n’est pas nécessaire d’être marin pour regarder (et apprécier Thalassa). Nous espérons qu’on peut regarder Face au toril sans être un aficionado chevronné. Ce qui nous guide dans les choix de nos reportages, c’est notre seule curiosité. Et nous essayons de faire en sorte que cette curiosité soit aussi libre que possible. Nous avons la chance, depuis maintenant 20 ans, de faire cette émission avec le soutien constant des directions successives de France 3 Sud. Nous n’avons à faire, au moment de choisir les sujets, qu’à des contraintes de budget et de planning. Je me répète : notre libre curiosité est notre seul guide. Voilà pourquoi nous ne courrons certainement pas chez Juan Pedro Domecq. Bien à vous.
Joël Jacobi

M. Jacobi,
J’ai coutume, lorsque des lecteurs postent des commentaires sur ce blog, d’employer le tutoiement, c’est peut-être l’anonymat de la toile qui veut ça. Ce soir, face à tant d’honneur du seul fait de votre présence en ce lieu (certes virtuel), j’agirai comme Espartaco usait de le faire avec Antoñete (du temps où Espartaco était numéro uno de l’escalafón !), j’emploierai donc le "usted". Voyez-y toute ma considération au moment de vous écrire tous les mots qui vont suivre.
Tout d'abord je tiens à vous écrire que vous avez tort !
Personnellement, je me rendrai chez Juan Pedro Domecq dans les, disons, deux mois à venir, más o menos. Pour quelle raison me direz-vous ? Mais parce que le Jean Pierre remet le couvert en mars à Morón de la Frontera et que ça fleure bon l’indulto tout ça, voire même une doublette lors du même spectacle (vous remarquerez que je ne nomme pas cela une corrida de toros), sait-on jamais ? Ça va concurrencer le Fernand à force ! Ainsi, peut-être serait-il envisageable que Face au toril élabore une série de reportages intitulée : "La guerre des frères" ou "Brother’s in arms" ou "Un Domecq peut en cacher un autre" ou même, oui osons, "Je vous salue Domecq pleins de grâce"… J’ai bien noté moi aussi que mon conseil était "malicieux" et sachez que je prends acte de vos remarques, elles aussi malicieuses, me semble-t-il. C’est de bonne guerre !
Je prends acte tout d’abord de cette phrase écrite et lue par vous dans le reportage "Desordenado, ça fait désordre, n’a subi qu’une petite pique et il est sorti seul de sa rencontre avec le cheval, comme un qui fuit la bagarre. En plus, il s’est cassé la figure tout seul au début de la faena, comme un quelconque mou du genou". Je l’avais relevée mais je ne l’ai pas citée car elle me semblait bien légère et bien seule dans l’intégralité du document. Elle m’a même paru tomber comme un cheveu sur la soupe, trop isolée, trop solitaire sans doute. Cependant, je vous accorde que j’ai mis le doigt sur ce qui m’avait agacé dans le reportage et c’est peut-être un peu facile. Je bats donc ma coulpe… pas trop longtemps quand même.
Ecrire que le point de vue du callejón est "un gage de reconnaissance et de qualité" était, je pense que vous l’aurez compris étant donné que vous êtes un lecteur "plutôt assidu" de Camposyruedos, une note d’humour ou de malice, comme il vous plaira. Ecrire également que le Fernando distille de "géniales" paroles sur l’indulto relève du même cheminement, dicté comme souvent sur ce blog, par la dérision.
Pour le reste, je vous accorde que "grâce" (j’ai bien aimé vos guillemets à cet endroit) à vous un certain nombre de téléspectateurs connaît mieux les "positions de cet éminent éleveur" sur l’indulto mais je vous avoue ne pas être entièrement convaincu par la démarche. Vous écrivez que vous ne faites pas Face au toril pour le seul public aficionado (de toute façon c’est aussi un public aux multiples facettes) et que vous espérez "qu’on peut regarder Face au toril sans être un aficionado chevronné". Bien, je ne peux que louer ce parti pris d’ouverture et de volonté d’étendre notre passion à d’autres cercles de personnes. Néanmoins, après ce reportage, que restera-t-il chez le téléspectateur lambda comme souvenir de l’émission ? Certainement pas votre phrase isolée et pourtant fort à propos mais plutôt l’idée qu’il y a un éleveur en Espagne qui est si balaise que les maestros ne veulent même plus porter le coup de grâce aux bestiaux qui naissent chez lui. Il leur restera l’idée que l’indulto s’octroie à des animaux qui courent sans fin après une muleta capable de faire des centaines de passes. Il conserveront l’idée que la "grâce" n’est pas quelque chose d’aussi "extra-ordinaire" que cela (ce que cela devrait être en définitive). Et puis, sobre todo, ils garderont en eux l’idée que l’indulto ne s’applique qu’à des animaux de troisième tiers et peut-être même que pour eux, la corrida se résumera à cela. C’est là que mon désaccord est le plus grand. Votre émission est une émission de télévision, de ce fait elle est fondée sur le pouvoir de l’image. Evidemment il y a votre voix, évidemment il y a vos textes mais finalement c’est l’image que viennent voir les téléspectateurs, vous en conviendrez j’imagine. Alors, pourquoi ne pas montrer les tercios de piques dans ce reportage ? Ils me paraissent pourtant fondamentaux, primordiaux, pour déclarer un indulto. Pourquoi ne pas montrer à ceux qui découvrent la corrida qu’un toro indulté peut être "mou du genou" et sortir "seul de sa rencontre" ? C’est aussi cela la triste réalité de ces indultos de pacotilles qui fleurissent aujourd’hui. Certes, je comprends que l’on ne puisse pas tout montrer. Faire des choix est difficile. Peut-être aussi que les droits télé des chaînes espagnoles coûtent chers (je ne connais pas bien le sujet je l'avoue) et qu’ils imposent de n’exposer que "l’essentiel" (donc la faena aux yeux de beaucoup) ? Peut-être mais tout de même.
Enfin, j’ai également conscience que votre émission ne soit en rien une émission à but éducatif ou plutôt pédagogique. Ainsi, je salue votre logique dictée par "la curiosité" "aussi libre que possible", c’est à peu de choses près cette même logique qui nous porte à Camposyruedos, mais je reste persuadé que la curiosité, flanquée d’un zeste de liberté, n’empêche pas de montrer les choses avec un peu de recul et d’analyse ; ne serait-ce que pour créer des interrogations chez vos téléspectateurs. Mais nous touchons là un débat plus large sur le rôle et la place de la télévision dans la société.
Voilà donc, rapidement, ce que je désirais vous répondre M. Jacobi. Je lisais il y a quelques jours une critique cinématographique concernant le dernier film de Clint Eastwood, Lettres d’Iwo Jima. A priori amateur de ce grand cinéaste, l’auteur de l’article concluait pourtant en ces termes : " …on aime et respecte Clint, mais pas au point de visiter pendant deux heures vingt-deux un monument aux morts". J’ai alors pensé à votre émission, avec qui j’ai eu la chance de grandir et qui mérite le plus grand respect mais vis-à-vis de laquelle j’ai été déçu quand elle m’a contraint à passer une dizaine de minutes à regarder un campo de miraculés absurdes. Mais Clint va se reprendre…
Sachez enfin que nous aussi sommes sous le couperet de "contraintes de budget et de planning" et c’est d’ailleurs ce qui me cause un grand regret. Celui de ne pouvoir offrir à nos lecteurs la possibilité d’enregistrer les commentaires vocalement car ça aurait eu de la gueule tout de même d’avoir la voix de Face au toril rien que pour nous... Cela aurait été "bat" comme disait Gabin !
Bien à vous et à bientôt sur Camposyruedos
Laurent Larrieu

26 février 2007

Pour que les choses soient claires


Le Juli a gracié un toro de Juan Pedro Domecq à Morón de la Frontera. Les commentaires du site Mundotoro sont des plus élogieux, pour les deux protagonistes.
Maintenant... je n’y étais pas... vous non plus sans doute. Le toro n’aurait pris qu’un picotazo. Contrairement à ce qui s’est passé pour la grâce, très décriée, du toro cinqueño de Pablo Mayoral, dans le cas présent c’est une pluie d’éloges, on se vautre dans le superlatif.
Alors, et pour que les choses soient claires, voici l’exposé d’une situation réelle, vérifiée et vérifiable qui est présentée dans le blog ci-après :

Juan Pedro Domecq Solís, depuis le 4 de janvier 2001 est l’administrateur de Mundotoro (Tauromaquia S.L., antes Tauromaquia S.A.). et compte avec le soutien financier de Explotaciones Ganaderas Feligrés S.L. depuis le 31 décembre 2003, entité dont le président est Julián López Escobar.

Journalisme... vous avez dit journalisme ? Commentaires évidemment superflus. Lien utile : le blog de Rosa Jiménez Cano.

08 septembre 2006

Domecq, salsa Mayalde


"Qu’avez-vous à nous proposer, Monsieur ?
- "Aujourd’hui, le chef s’est décarcassé, bonnes gens, jugez plutôt, vous m’en direz des nouvelles : terrine de toros cuits à la vapeur de l’eau thermale de Dax en su salsa de figuras. Succulent !"
- Avec ces chaleurs, ça nous semble un peu lourd, mon cher. La digestion risque d’être difficile.
- Dans ces conditions, je peux vous proposer des canapés de novillos multicolores en su salsa Domecq, c’est léger, ça se mange sans faim !
- Bien, va pour les canapés, ça nous reposera !"

Ce week-end, l'Adour va bouillir, c'est promis, juré, craché. Ponce, Rincón, Juli et Castella vont se la jouer au milieu de la pluie... d'oreilles et pourquoi pas de queues. Mousson de cartilages, faudra faire mieux que le week-end dernier à Bayonne. Intervilles n'est pas loin !
Pour ceux qui craignent les chaleurs, qui ne goûtent pas les succédanés de toros bravos ou les guidons du team Samuel Flores, rendez-vous à l'heure de l'apéro, il y a quatre novillos du Conde de Mayalde à occire. Ça apparaît à peine sur les affiches, quelle importance.

Le Conde de Mayalde n'est pas encore un élevage très connu chez nous. Ça sort pas mal pourtant depuis quelques années, les Tyrossais peuvent en témoigner. Cette année, c'est Gijón qui a raflé le gros lot, semble-t-il.
Mayalde, ça sonne "grand d'Espagne", généalogie à rallonge et patronyme long comme l'Amazone. L'élevage a été fondé en 1949 par José Finat y Escriva de Romani1 qui deviendra le Conde de Mayalde. Il achète cette année-là la ganadería de Humberto Sánchez-Tabernero qui recouvre deux encastes marqués de nostalgie : Coquilla et Vega-Villar. En 1958, le Conde acquiert la moitié de la camada de Ignacio Sánchez-Sepúlveda qui détient du pur Contreras dans la ligne Sánchez-Terrones (Baltasar Ibán vient de la ligne Sánchez-Rico). Evidemment, comme souvent, le ganado antérieur est éliminé.
Jusqu'en 1986, le sang Contreras reste pur de tout croisement mais les temps sont à l'uniformité et il faut bien vivre. C'est tout d'abord 'Jirivilla', un semental de Juan Pedro Domecq qui livre sa miraculeuse semence aux "petites" vaches Contreras. Prudent, le Conde conserve tout de même une lignée pure Contreras, on ne sait jamais avec ces Domecq. Cependant, le croisement opéré en 1986 est consolidé en 1990 avec un autre "macho" de Juan Pedro et le tout est entériné en 1995 par l'achat d'un lot de vaches El Ventorrillo, encastées... Juan Pedro Domecq. Actuellement, les produits du Conde de Mayalde sont fortement marqués par l'apport Domecq et la lignée pure Contreras semble n'être plus qu'un doux souvenir. ¡Lástima!

C'est justement en mai 1995 que disparaît le Conde de Mayalde dont la vie suscite l'intérêt des férus d'histoire contemporaine. Entre autres fonctions, il fut ambassadeur d'Espagne à Berlin au moment où le petit moustachu aux idées noires (euphémisme) mettait le vieux continent à genou. A partir de 1955, ce proche de Franco donc, fut maire de Madrid, mandat qu'il occupa jusqu'en 1964. Question toros, il dirigea l'UCTL de 1972 à 1982 puis en devint président d'honneur. Homme public, côté pouvoir et dictature, grand ganadero, le Conde de Mayalde a laissé son héritage taurin à Rafael Finat Rivas (Conde de Mayalde) et à Fernando Finat Bustos (Marqués de las Almenas, vendu depuis à Francisco Medina, l'ex d'El Ventorrillo).
L'élevage est situé sur plusieurs fincas. La maison mère, si l'on peut parler ici de maison, se nomme "El Castañar" et se trouve à Mazarambroz (Toledo). Le reste est regroupé à côté d'El Espinar, au nord de Madrid, sur la route d'Ávila, dans les fincas "El Atillo" et "Batanejos". C'est un pays charmant, presque bucolique. On peut compter les arbres sur les doigts d'une main de manchot et le vent est aussi caressant que la barbe de la tante qui pique à Noël. Un régal.
Les animaux y sont clairement influencés Domecq. Pour reprendre les éminentes explications du Docteur Daulouède dans son livre Toromanie2, les toros sont plutôt dans le type "por abajo", c'est-à-dire avec une croûpe plus haute que l'avant et un cou assez long (voir le toro noir et blanc en photo). Ça embiste mieux paraît-t-il. Le côté légèrement ensillado du Contreras disparaît peu à peu.

Néanmoins, les ultimes sorties de cette ganadería devraient pousser les aficionados à se rendre à Dax dimanche matin vers 11h15 ; Domecq ou pas, cela risque d'être intéressant. Il n'y en aura que quatre (va comprendre !) mais sait-on jamais.

1 Sur l'histoire du Conde de Mayalde, se référer à l'article de Pierre Dupuy dans Toros, n° 1502-1503 du 26 mai 1995.
2 Toromanie de Pierre Daulouède, 2003, Editions Atlantica.

11 janvier 2006

Le Béarn des Domecq


C'est une histoire de vins et de toros (ça va souvent ensemble) qui débute en Béarn ou plutôt à la limite du Béarn et du Pays Basque. La famille Domecq, "Tsunami" du sang brave, est originaire d'un petit village béarnais, à deux lancers de béret de Sauveterre-de-Béarn, la commune de Tabaille-Usquain. Ça sonne joli à l'oreille, c'est presque exotique. L'étymologie de ce nom est floue semble-t-il. En 1385, on écrivait plus volontiers Tavalhe et Usquenh. Les deux villages, distant de quelques centaines de mètres, furent réunis en 1842. Le nom de Tabaille voudrait dire : "ensemble de maisons en torchis " et celui d'Usquain : "au-dessus de la prairie ". Toujours est-il que dans ces terres de piémont pyrénéen, Tabaille sonne béarnais alors qu'Usquain sonne franchement basque. D'ailleurs, il semblerait que les Tabaillais surveillaient le passage vers le proche Pays Basque. Les Domecq, qui aux dires de Juan Pedro Domecq Solis seraient toujours propriétaires de neuf hectares sur la commune, sont mentionnés en octobre 1385 à Usquain dans un recensement fait pour le compte de Gaston III Phébus ; on y découvre la maison "Domecq et son gentilhomme". L'étymologie même du nom de Domecq va dans ce sens qui voudrait signifier en béarnais un "fief noble". Aujourd'hui, la partie française de la famille serait éteinte mais l'Espagne a fait revivre et resplendir ce produit du Béarn.

Rapidement, car l'histoire est connue, c'est un certain Pedro Domecq Lembeye qui a fondé en 1822 la société "Pedro Domecq compaña" pour commercialiser le vin de Jerez ; son rang de noble l'aurait obligé à fuir la France révolutionnaire. A sa mort en 1839, c'est son frère Juan Pedro Domecq Lembeye qui reprend la gestion de la société jusqu'en 1869, en y associant peu avant sa mort son neveu Pedro Domecq Loustau. Celui-ci reste connu pour la création du célèbre Brandy "Fundador" apparu en 1874 et pour être le premier Domecq à avoir épousé une espagnole, en l'occurence une certaine Carmen Núñez de Villavicencio. Celle-ci lui donna dix enfants dont seulement six survécurent. Juan Pedro Domecq de Villavicencio étaient de ceux-là. Pedro Domecq Loustau décède en 1894 et ne connut de gloire que posthume. En effet, en 1920, le roi Alphonse XIII ennoblit sa veuve en la faisant Marquesa de Domecq d'Usquain ; rendant, même indirectement, hommage au village qui avait vu naître les aïeux de la famille.
  1. Vue de Tabaille-Usquain
  2. Portrait de Pedro Domecq Loustau