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21 octobre 2013

Une photo de passe (!)



Combien de jours, de semaines sans une photo de passe ?

Oui, une passe, souvenez-vous : un gugusse habillé de doré qui fait passer un toro avec un morceau de tissu… Vous voyez le concept ? Pendant que certains d’entre nous promènent leur afición dans des rues, sur des étals de boucheries et, bientôt, sur une chaîne de réfrigération chez Charal, je me suis dit que, ce soir, au cul du scanner, ça ferait peut-être plaisir à quelques lecteurs précieux de voir une photo de passe — un torero, un toro, du sable et quelques mètres carrés d’étoffe. Bien sûr, ce n’est pas Javier Conde en festival ; le dérapage reste sous contrôle. Il s’agit du grand Fernando Robleño, aka. ‘Fernandazo Robleñazo el torerazo’ avec un mauvais toro d’Escolar Gil, cette année, à Céret.

Ce n’est pas grand-chose : un cadrage basique, une media, avec la queue qui s’enroule autour du torero, l’anus bien visible (oui, c’est important) et la belle richesse de gris qu’offre le F100 combiné à la TriX. J’ai hésité à l’obscurcir davantage, pour donner du mystère ou je ne sais quoi, mais, finalement, je la trouve pas mal comme ça. Et puis juillet, Céret, Robleño…

23 juillet 2013

Le règlement


Almassora est un village de Castellón, et qui dit Castellón dit bous al carrer, évidemment. Juste en guise de rappel, le bous al carrer est une fête taurine populaire dont une des modalités consiste en un lâcher de taureaux de combat au beau milieu du village pour le simple divertissement des autochtones et des gens de passage. Un truc sans importance, une tradition tauromachique populaire, locale et primitive.

Figurez-vous que ce village compte à peu près une quarantaine de peñas taurines dévouées aux bous al carrer. Pour ces peñas, un des moments forts de l’année a lieu, au mois d’octobre, lors de la célébration des fêtes de la Virgen del Rosario. Une excuse pour lâcher une bonne quinzaine de toros pendant une semaine de fête. Un truc de sauvages, une barbarie je vous dis.

Toutes ces petites peñas se regroupent au sein de l’Association des peñas taurines d’Almassora, qui garantit le bon déroulement et la correcte organisation des fêtes. Rien d’étonnant ni de très original, me direz-vous. Sauf que cette association a un règlement plutôt particulier qui veille à la bonne présentation du roi de la fête : le toro. L’article de journal que vous pouvez lire ici explique que diverses peñas s’exposent à une sanction pour avoir exhibé des toros laids lors des fêtes qui se sont déroulées en octobre 2012. Le toro ‘Tonadillero’, de Jacinto Ortega, acquis par la peña All i Oli, avait le défaut de ne pas avoir de queue. On reproche à ‘Romperejas’, de Rocío de la Cámara, qui fut acheté par six peñas, d’être plus petit que ce que la photographie du cartel ne semble présager. Quant à ‘Albertito’, exemplaire de Torremilla, de la peña El Porrat, il n’a pas convaincu le jury du comité des fêtes, qui n’a pas donné d’autres explications que sa médiocre présentation dans un cartel taurin aussi important.

Selon le règlement, les peñas qui exhibent un toro mal présenté sont sanctionnées sans pouvoir lâcher de toro pendant une année. Si elles récidivent, elles seront écartées deux ans de suite sans pouvoir montrer leur toro. À la troisième sanction, elles seront définitivement exclues et ne pourront plus acquérir d’animal. 

Quand vous faites partie d’une peña d’Almassora et que vous économisez tous vos petits sous pendant une année pour vous payer un toro à prix d’or dans un élevage important du sud de l’Espagne, vous avez intérêt à le regarder sous toutes les coutures, votre toro. Parce qu’on se fout pas de la gueule de la vierge du Rosario, à Almassora, ni de ses habitants ni de leur afición. C’est comme ça, c’est le règlement.

Pour vous donner un exemple concret, le genre de toro que l’on voit sur la photographie qui ouvre ce post ne serait pas sorti dans les rues d’Almassora. Il aurait fait honte à sa peña, à son éleveur, à l’organisation et aux aficionados. Ce genre de toros, on n’en veut même pas dans les rues, avec ou sans règlement. Et si, par hasard, le règlement permet de sortir ce genre d’animal dans des arènes garantes de l’intégrité du toro, eh bien il est préférable de le changer, ou de le faire sauter, ledit règlement.


Photographie ‘Churrero’, toro n° 40 de D. José Escolar Gil, sorti le 14 juillet 2013 dans les arènes de Céret — Florent Lucas

22 juillet 2013

Noms d’oiseaux


C’était il y a un an, et après ‘Mirlito’ venait ‘Canario’. ‘Mirlito’ s’éloignait, emporté par les mulets lustrés de l’arrastre, pendant que Fernando Robleño entamait une vuelta bruyamment fêtée. Le torero songeait, avec regrets, au triomphe qui venait de lui échapper. Sa féria montoise était terminée. ‘Mirlito’ était son dernier adversaire, un dur à cuire qu’il avait su dominer, mais qu’il avait mal tué. C’était il y a un an, tout juste, le dimanche 22 juillet 2012. ‘Mirlito’, un drôle de petit merle âpre et rude, quittait la scène et laissait place à ‘Canario’, le cinquième toro de l’après-midi de l’élevage D. José Escolar Gil.

‘Canario’ s'envolait vers la postérité, gagnant en un instant les plus hauts sommets du panthéon des souvenirs aficionados. En quittant le toril, il s’était déployé d’un seul mouvement, comme un éventail qui s’ouvre, et avait rempli le ruedo tout entier, fondant sur ceux qui avaient l’outrecuidance de s’aventurer sous son mufle. Au premier appel, ‘Canario’ avait tapé violemment contre les planches, sans remords, avant de se jeter à corps perdu dans la cape de Javier Castaño, et, sans la moindre rancune, il avait envoyé valdinguer le diestro dans les airs comme un vulgaire fétu de paillettes.

‘Canario’ avait pris de vitesse le maestro. Il l’avait dépassé, terrassé et blessé en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Terrifiant !

La panique s’était alors emparée de l’arène. Le Moun tout entier retenait son souffle. Désormais, chacun retiendrait son souffle tant que ce toro n’aurait pas rendu le sien. Du simple spectateur du dernier rang au plus modeste des areneros du callejón, jusqu’à la fin, le Moun ne serait plus qu’un spasme. Et du simple spectateur du dernier rang au plus modeste des areneros, toute la plaza, sans exception, allait toréer à l’unisson. Tous toreros !

Fernando Robleño et Julien Lescarret étaient entrés ensemble en action, se chargeant d’assurer une brega commune pour le moins complexe. Ils tentaient de rassurer des cuadrillas en déroute et de remettre de l’ordre dans la lidia. On avait vu, à plusieurs reprises, des grappes de peones sauter simultanément dans le callejón pour se mettre à l’abri. Il fallait ramener le calme dans les esprits, et ce n’était pas une mince affaire, car le toro ne faiblissait pas. Il suivait et poursuivait le moindre de ses opposants sans rechigner. Cinq fois il s’était élancé au cheval. Cinq fois il avait poussé fort, venant de loin et revenant à la charge violemment. Il revenait chaque fois et chaque fois plus loin jusqu’à traverser le ruedo, complètement. L’arène s’était alors levée, droite comme un seul homme, dans un cri unique entre l’angoisse et l’admiration. 

Le toro ne faiblissait toujours pas, bouche close et dents serrées. Chaque banderillero était bousculé à son tour, pourchassé, traqué, repoussé, suivi jusqu’à la barrière. L’arène, parfois assise, souvent debout, puis à nouveau assise et encore debout, séchée, desséchée, saisie et scotchée était aussi lessivée que les toreros, pleine mais vidée. 

Lorsque le petit bonhomme s’était avancé, muleta en main, l’arène entière n’était qu’un souffle, mais l'arène entière n’attendait rien. Le Plumaçon n’y croyait pas. Ce toro n’a pas une passe, pensait-on. Il va tout emporter sur son passage, comme le tourbillon, l’ouragan, la tempête qu’il est.

Le toro ne faiblissait jamais, gardant toujours la bouche close, la rage au ventre et le cœur serré. Mais Robleño, lui non plus, ne renonçait pas. Il s’accrochait, luttant sans cesse, pliant la jambe, tendant le bras, se replaçant constamment, sans rompre d’un pas. Il était comme suspendu au bord d’un gouffre, un poignard plaqué sous la gorge, l’autre sur le cœur, mais il était toujours là. Lui aussi tenait tête et serrait les dents. Il résistait sans faiblir, et chaque passe était un combat. Il a fini par cadrer le toro et, enfin, lentement, il a levé le bras. Alors, sept mille poitrines se sont arrêtées. Sept mille paires d’yeux ont fixé la pointe de la lame, en même temps, puis son corps a basculé dans le vide et sept mille autres ont suivi, en même temps. Toute une arène a plongé derrière l’épée. Il y eut une explosion. L’estocade était à fendre la pierre. La lame s’était enfoncée, entièrement. ‘Canario’ n’avait pas bronché. Il retenait son souffle. Bouche close et dents serrées. Il a retenu son dernier souffle, jusqu’au bout. Jusqu’à un énième descabello. Bouche close et dents serrées.

Un frisson a parcouru les tendidos et, à fleur de peau, la caste s’est envolée.


>>> Escolar Gil 2013, c’était ça !

15 juillet 2013

Estocada


Ce toro fut aussi mal piqué que tous les autres, mais Fernando Robleño sut tirer parti de sa noblesse lors d’une faena vibrante, surtout à gauche, qui rappela les meilleurs moments de son encerrona du 15 juillet 2012.

Fidèle au dicton, l’histoire n’a pas bégayé. Cette faena, conclue par un estoconazo et un descabello magistral, fut un des rares instants d’émotion de l’après-midi.

Le reste, nous le devons essentiellement à la Cobla Mil.lenària. Visca !


Photographie ‘Camorrista’, toro de José Escolar Gil de 490 kg, né en octobre 2008 — JotaC

13 juillet 2013

Volver


Fernando Robleño, encerrona 2012 — JotaC

Y volver, volver, volver a tus brazos otra vez…

12 juillet 2013

Les voix du campo


« Tu vois, lui, il leur parle… Il parle à ses toros. Comme si c’étaient des enfants… »

Pour l’instant, c’est Thierry qui parle. Il me montre le mayoral de Cuadri, celui qui a la difficile tâche de remplacer José Escobar, le mythique cigar hero de « Comeuñas ». Personne ne connaît le nom du nouveau maître ès toros, mais il était déjà là avant. C’est comme ça que les choses se font chez Cuadri, avec respect, dans le calme et la continuité. La maison est bien tenue, le campo aussi. On ne court pas dans une arène. Ici non plus. C’est l’éloge permanent de la lenteur et de la sérénité. Du temple, rien que du temple. Le temple du temple.

Thierry reprend. Il a besoin de raconter comme on raconte les rêves, pour les revivre et s’en convaincre. Il est à deux doigts de se pincer : « Nous avons assisté à trois faenas de campo différentes. » Il faisait partie de l’équipe qui est allée embarquer les toros, leurs toros, ceux qu’ils ont attendus pendant un an. Ils ont roulé plusieurs jours, traversé l’Espagne de part en part en passant par le Portugal, et se sont dépêchés de rentrer pour entrapercevoir, dans la pénombre, la lourde masse des Cuadri qui tombent du camion. Le voyage est fini, mission accomplie, au lit !

Thierry raconte, encore et encore. On sent qu’il n’en revient toujours pas. Ses yeux brillent comme des calots. C’est pour vivre ces moments-là qu’il est entré à l’Adac, comme on entre en religion. En français, ça s’appelle l’afición.

« Tu vois, ça, mon poulet, ça vaut tout l’or du monde ! Dans chaque élevage, ils travaillent à l’ancienne. Ils font tout à cheval, une vraie faena campera chaque fois. D’abord, chez Escolar. Cette année, on a embarqué dans l’ordre inverse de la sortie en piste, les derniers en premiers et les premiers, les novillos de Yonnet, arriveront les derniers… au dernier moment. Tu me suis ?
— Oui, bien sûr ! Continue.
— Chez Escolar, donc, c’est Julián, le mayoral, qui bouge les toros, tout seul sur son cheval. Tout seul au milieu du campo avec ses cabestros. Il les dirige d’un côté, de l’autre. Il faut voir ça, c’est superbe ! Et chez Palha, ils ont construit un nouvel embarcadero. Ils l’ont construit sur un sol sableux, trop meuble… Pas bon, ça… pas bon du tout... Et ça n’a pas tenu. Un groupe de cavaliers est arrivé, poussant la camada plein gaz et, quand ils sont entrés dans la manga, l’entonnoir avant le corral, tu vois ? ça n’a pas fait un pli. Enfin, si, les toros ont tout plié. Plus de clôture… Un trou, mon pauvre ! Heureusement qu’il n’y avait que de bons cavaliers, sinon… Faut dire qu’avec ce foutu 802 et l’autre, là, le 98, ça ne rigole pas… Tu les a vus ?
— Oui, bien sûr !
— Alors, le mayoral a préféré changer d’endroit. Il nous a dit que les toros ne passeraient plus parce qu’ils avaient vu la faille, et que ce serait trop risqué. On s’est déplacé jusqu’à l’ancien embarcadero. Un endroit magnifique, une véritable carte postale ! Un paysage de toute beauté, près d’un lac, à l’abri des chênes-lièges… Là, mon poulet, c’est que du bonheur ! Tu imagines ?
— Oh, oui… j’imagine très bien. Continue, s’il te plaît.
— Et on a fini par Cuadri. C’est vraiment un Monsieur, Fernando. Simple, courtois, agréable, prévenant… Comme d’habitude, il a été parfait. Un grand monsieur ! Il est entré à cheval dans le cercado. Le mayoral l’a rejoint avec une parade de cabestros à couper le souffle… Faut voir ça ! Il faut vraiment voir ça… Et tout s’est passé tranquillement, à la voix et au pas, sans soulever un grain de poussière… Pas de gestes brusques, pas de cris… Juste à la voix. Le mayoral parle. Il parle à ses toros. Il leur dit des choses du genre : « Ces gens sont venus de loin pour vous voir, alors, du sérieux ! » ou bien : « Allez ! allez ! Et qu’on soit fier de vous, montrez-vous à votre avantage. » Tout ça avec un accent andalou rempli de grumeaux gros comme des olives… Que du bonheur ! Tu imagines ? Je me suis “bardé”, mon poulet… “bardé”* !
— J’imagine… j’imagine très bien ! Merci. »


* « Se barder » : expression typiquement typique, utilisée dans le vocabulaire courant des tribus autochtones du sud du pays vivant dans un triangle compris entre Arles, Beaucaire et Caissargues, grosso modo. Le sens profond de la formule varie peu. Il s’agit essentiellement de mettre en évidence un état de plaisir extrême. Souvent elle s’accompagne d’une interjection telle que « Oooooooh ! » immédiatement suivie de la ponctuation de circonstance « con », ce qui signale l’imminence du nirvana tauromachique. Exemple : « Oooooooh ! con, hier, aux arènes de Bouillargues (au hasard), on s’est bardé ! » Pour les circonspects, une traduction en français de France s’impose : « Hier, voyez-vous, mon ami, dans la Monumental de Bouillargues (toujours au hasard), je vous prie de bien vouloir excuser la trivialité de mon propos, nous avons pris notre pied ! » Capito ?


>>> Vous pouvez imaginer à votre tour les corrals de Céret de toros 2013 en cliquant sur « Ruedos ».

Image Les mayorales dans les corrals de Céret, juillet 2013 — JotaC

09 juillet 2013

À vendre… (II)


Trois places pour les trois corridas de Céret.

>>> 3 x « Rang 5 - Ombre - 75 € », soit 225 € les 3 places.

Écrivez à contact@camposyruedos.com, et nous transmettrons.

Jeu de regards


Célia avait déjà vérifié, à plusieurs reprises, posant son nez contre la vitre, et puis rien, toujours rien. Peut-être n’étaient-ils pas encore arrivés ? Alors, pourquoi tout ce branle-bas, tous ces va-et-vient ? Les corrals demeuraient désespérément vides, mais elle sentait que ça n’allait pas durer.

























Une fois encore, elle est revenue sur ses pas, pour réexaminer les lieux. Comme elle l’avait fait quelques instants plus tôt, elle s’est approchée de l’embrasure creusée dans le mur, la plus basse, celle qui se trouvait à sa hauteur, une poignée de centimètres au-dessus du sol à peine, juste trois pommes. Elle pouvait l’atteindre facilement, seule.

























Soudain…

























Ils sont là ! Les toros sont là ! Tout à l’heure ils n’y étaient pas, mais, maintenant, ils sont là, les Palha. Les Palha sont là, et les autres aussi. Les Escolar sont dans le corral d’à côté et les Cuadri, arrivés dans la nuit, derrière.




















Nous ne manquerons pas de vous tenir plus amplement informés par la suite ; pour l’heure, l’actualité de la plaza cérétane est ici.

24 juin 2013

Une passe n’est pas toréer


La tauromachie peut-elle n’être qu’esthétisme ? À observer les novilleros venus hier à Saint-Sever, il serait envisageable de le croire tant leur démarche semble se résumer à enchaîner des passes sans avoir une once de souci de la lidia idoine.

Hier, la meilleure illustration est venue d’un certain Tomás Angulo, dont la détermination était lisible sur son visage un rien féminin, dès le paseíllo. Angulo a proposé de biens beaux gestes tout l’après-midi — chacun étant ponctué par les olés vulgaires, parce qu’exagérés, de deux béats en barrera. Pourtant, Angulo n’a pas toréé, et c’est bien ballot pour un torero. 

Toréer ?… Toréer : c’est-à-dire prendre la mesure d’un novillo, savoir juger de sa charge, des défauts de celle-ci, de ses qualités, de sa longueur ; c’est-à-dire savoir jauger le châtiment correct à donner au novillo, et ne pas demander automatiquement un changement après la première rencontre — heureusement, le président Amestoy fut sur ce point intraitable ; c’est-à-dire trouver le sitio et évaluer la bonne distance pour exploiter au mieux les charges intéressantes du novillo ; c’est-à-dire tirer la main pour donner une sortie au novillo, et non pas l’ouvrir pour l’envoyer sur l’extérieur ; c'est-à-dire avancer la jambe et tendre le bras vers la corne contraire pour se croiser; se croiser d’autant plus quand le novillo l’exige par des charges lourdes, pesantes et un retour rapide ; c'est-à-dire tuer avec la main gauche et non pas en plongeant sur le frontal du novillo.

Tomás Angulo a de très beaux gestes et un poignet soyeux, déjà. Tomás Angulo est jeune et encore inexpérimenté, en devenir donc, et il convient de lui accorder son manque d’expérience pour juger sa prestation. Tomás Angulo fait partie de ces rares novilleros qui acceptent de s’envoyer des Escolar Gil quand d’autres chipotent sur des Fuente Ymbro. Tomás Angulo a envie de toréer, mais, hier, Tomás Angulo n’a pas toréé. Il a seulement enchaîné des passes. Tomás Angulo pourrait être Borja Jiménez ou Cayetano Ortiz, à qui sa cuadrilla susurrait depuis les burladeros de toréer en ligne droite. Tomás Angulo a fait deux vueltas al ruedo et coupé une oreille. Il souriait, mais n’avait pas toréé.

19 juin 2013

Céret de toros au campo



L’Adac propose sur son site
des 
vidéos des novillos et toros

du prochain Céret de toros…
Enjoy.

12 février 2013

El Fundi & Escolar Gil à Nîmes ce week-end


Communiqué

En cette fin de semaine, l’association Les Amis de Pablo Romero organise une série de rencontres qui devrait réjouir les aficionados plongés dans l’impatience du démarrage de la temporada.

Jeudi 14 février
Le week-end commence, dès 19 heures, avec une exposition de peintures de Mario Pastor Cristobal et José García Ramírez — l’exposition sera également visible les vendredi et samedi de 17 h à 23 h.
Vendredi 15 février
À partir de 19 h 30 (¡en punto!), c’est José Pedro Prados ‘El Fundi’ qui sera à l’honneur de l’association. Il retracera les grands moments de sa carrière de figura del toreo — une vraie figura.
Samedi 16 février
À 19 heures (¡en punto!), on reste en famille avec Don José Escolar Gil, le beau-père d’El Fundi, qui évoquera son élevage et le bon moment qu’il traverse depuis maintenant plus de trois ans.

>>> Rendez-vous à l’Espace Pablo-Romero (12, rue Émile-Jamais, Nîmes).

05 janvier 2013

Céret 2013


L’Association des aficionados cérétans (Adac) vient d’annoncer les élevages du Céret de toros 2013.

Samedi 13 juillet
Corrida de Palha (Portugal)

Dimanche 14 juillet (matin)
Novillada d’Hubert Yonnet (France)

Dimanche 14 juillet (après-midi)
Corrida de D. José Escolar Gil (Espagne)

28 décembre 2012

Communiqué de presse… pas banal


Communiqué

« Lors de son assemblée générale annuelle, la Peña Campo Charro de Dax a attribué, à une forte majorité de ses membres, son prix pour la temporada dacquoise 2012 au jeune et prometteur picador Alberto Sandoval.
Le 12 août, à la demande bienvenue et historique de la commission taurine de Dax, et avec l’accord des maestros et des picadors de la tarde, un seul picador s’est présenté en piste cet après-midi-là.
Alberto Sandoval exécuta le tercio de piques devant le 5e toro de la corrida de la ganadería D. José Escolar Gil (‘Milagroso’, n° 28, né en octobre 2007).
En appliquant les règles de cette suerte (qualités de cavalier, présentation du cheval, placement de la pique) par trois fois, le toro partant de distances croissantes, Alberto Sandoval a déclenché une émotion générale démontrant que le public est sensible et adhère à un tel moment grâce à la présence de véritables taureaux de combat et à la volonté des acteurs.
Sa remarquable prestation a été honorée par un tour de piste au côté du maestro Javier Castaño. »
Peña Campo Charro


Dessin À Dax, le prix « Campo Charro » 2012 décerné à un picador torero — Jérôme ‘El Batacazo’ Pradet

24 août 2012

Aléas d'août


Azpeitia 21, avenue de Landeta, poussez la porte, entrez, asseyez-vous. Public détendu et sans artifice. Beaucoup de musique et souvent des toros, mais peu cette année.

Solidité et bravoure Valdellán à Parentis.

Moreno de Silva Plof !

Bayonne Bon ben va falloir aller soutenir Bayonne… Les jours avec El Juli ou les jours de toros ?

Saint-Sébastien ? Un endroit improbable pour une clientèle ciblée dont on nous avait vanté le concept génial au moment de l’inauguration, et qui aujourd’hui ressemble à un bunker sentant le pipi gardé par un service d’ordre qui découragerait un peloton de la légion étrangère. Bildu ou pas bildu, cet endroit est dépourvu de charme et de passion. La page est tournée depuis la destruction du Chofre.

Dax Cinq ans d'absence et passage rapide pour voir les toros d'Escolar et le public bicoloré. Les tercios de piques ont mis en évidence un manque de fond pour les 1er et 5e. Plus sérieux, les 4e et 6e (qui prend trois piques dont deux cariocas parce qu'il a cinq ans et demi et des cornes) ont été aussi dégonflés par la lidia. Le sérieux 2e a développé un genio inquiétant et le 3e méritait bien davantage la vuelta al ruedo que le 5e. Le vilain 1er, sans race, s'est vite réservé. Le public hésitait, recherchant à la fois succès et consistance. J’ai bien noté que les escaliers 17 et 18 résistaient avec une admirable constance. Qu'ils sachent que, depuis le G10, Pierre-Albert Blain les soutient et qu'El Juli ne pratique plus « tauromachie éjaculatoire » (sic). Dax a mis soixante-dix ans pour placer le picador en face du toril et quatre-vingt-cinq pour faire passer l'écartement des lignes concentriques d'1,80 m à 2,50 m. À noter aussi que la plupart des puyas étaient bien posées ce jour-là. Autrefois convaincue d’avoir un train d’avance, Dax doute désormais, et c’est peut-être bon signe, mais que de temps perdu.

Vic-Fezensac Le Cercle taurin de vieux (CTV) s’inquiète pour les sous mais s’enferme puisqu’il est vieux et que Chopera administre le fonds de pension.

Morante de la Puebla Dans l’échec il reste un savant, un torero libre et créatif. Rare et cher… Depuis 2011, et malgré 2012, le 23 août reste un jour férié sur mon calepin.

Bilbao et Jandilla Tant de bravoure qui se perd dans tant de faiblesse.

Cuéllar Partir, voir ailleurs pour réfléchir… mieux, bien sûr.

Mario Tisné

13 août 2012

D'axe pour homme...


À Isa, Coco et José, enfin dépucelés


... sur le sable, et « Eau de Guerlain » dans les gradins, perlimpinpin — ça rime.

J’ai eu peur de l’avoir perdu. Durant deux toros j’ai cru que le public de Dax n’était plus lui. J’avais lu les comptes rendus de la corrida d’hier (des jandillasses de troisième catégorie), et vas-y que tous nos génies de la dialyse taurine s’inscrivaient en faux avec ce public râleur, mécontent et injuste envers certains toreros (Luque et Díaz). Fichtre ! Quand ceux-ci bavent sur le public, c’est que tout n’est pas foutu, m’étais-je lancé à moi-même comme un clin d’œil de connivence — je suis souvent de connivence avec moi-même. J’ai même écouté la tertulia de midi sur la radio locale de service public (ils ont tendance à oublier qu’ils sont un service dédié au public) en coupant mes premières tomates du jardin bien rouges du jardin, quoique non certaines étaient jaunes parce qu’il existe des tomates qui ne sont pas rouges — oui, il en existe des jaunes, des noires aussi. À la tertulia, j’ai pas entendu grand-chose mis à part la respiration de plus en plus saccadée d’un des deux chroniqueurs. En préparant la vinaigrette à la moutarde à l’ancienne, bienveillant, humain, un rien souriant, j’ai trouvé qu’après tout si ça lui faisait plaisir de venir souffreter (je sais, ce n'est pas français) en direct fallait pas le priver le bougre, et puis ça donne un tempo un brin cadencé à l’autre qui déblatère des métaphores « Arlequin » à la vitesse de la lumière. J’ai rien appris de plus sur ce méchant public dacquois à la tertulia et j’ai becqueté mes fruits de toutes les couleurs, car les tomates sont des fruits et non pas des légumes.

Pendant deux toros, j’ai eu peur de l’avoir perdu. Au fond de moi, loin quand même, j’ai ressenti ce goût amer de la déception. L’avait foutu le camp mon cher public de Dax. Absent, on me l’avait changé en bon public de toros attentif aux piques, que Robleño et Castaño prirent soin de mettre en valeur par des mises en suerte à distance, sifflant juste, reconnaissant le toro quand il y avait lieu de le reconnaître. Pourtant, je sentais que ça montait, que ça voulait, que ça allait revenir. Une atmosphère, une fragrance de femme qu’on reconnaît en marchant dans la rue. « Eau de Guerlain » parce que j’aime beaucoup les publicités « Eau de Guerlain ». Alors Castaño a mis son toro à distance, le 5, ‘Milagroso’, et en trois rencontres il était aux anges, mon cher public. Trois rencontres de loin, la dernière al regatón, mains en transe et debout, mon public, redevenu lui, gobant et heureux de gober. Regatón ? Mais il faut choisir ! On pique ou pas, on ne triche pas avec un regatón pour une troisième pique, serait-ce dans le but louable de faire briller un toro brave ; on choisit, on pique ou pas. C’est noir ou blanc, le gris c’est le dosage ! Après ça, il était prêt mon public de Dax. Prêt à se pâmer pour une faena de redondos inversés, pour des passes de peu, de loin, de moins ou plutôt de trop. Et pschitt, l’oreille, et pschitt et pschitt je t’en remets une dose, deux petits coups encore et la vuelta au toro de deux piques et de charge molle. Ça sentait bon l’« Eau de Guerlain ».

C’était pas fini, faut pas croire, comme enivré de son odeur retrouvée, fallait que le petit Aguilar sorte en triomphe et qu’on termine saoulé de ses propres effluves. Deux oreilles pour une faena mi-figue, mi-raisin, excitée mais parfois inspirée comme dans deux séries de naturelles fort bien exécutées. Le nez plein de soi, de sa joie, de son temps retrouvé, mon cher public oubliait l’assassinat aux piques contrôlé et voulu par le petit bonhomme Aguilar, trois piques dans les reins, carioquées à un toro brave et armé à faire peur, un toro qui portait son grand âge (cinq ans et demi) en bandoulière d’une patte arrière gauche laide d’où essayait de s’extraire un œdème ou les scories d’une patte cassée, mal réparée. La tête ne fait pas tout et l’on ne présente pas ça dans une arène de première catégorie. J’aime bien les pubs de Guerlain, mais je n’étais pas saoul.

À la fin, le pschitt de trop, celui qui fait passer la femme de désirable à odorante : sortie a hombros de Monsieur Escolar Gil en compagnie d’Alberto Aguilar. Le parfum, c’est difficile à doser mais mon cher public de Dax exagère toujours, comme une bonne vieille femme fardée de bijoux lourds et jaunes, la peau mitée des traces du soleil et des excès d’« Eau de Guerlain ».

Les toros ne pipent rien aux exhalaisons immodérées des vieilles bourgeoises grimées de trop — les Escolar Gil assez peu et hier encore moins. Et pourtant, pourtant, la vieille peau a aimé les fauves, leur suc martial, leur remugle mâle. Superbe lot de toros, bêtes brutes de combat, ardents mauvais coucheurs qu’un coin de rue la nuit eût choisi pour bretteurs, cape grise de mise, œil noir aussi piquant que la pointe des cornes. Face à eux, il convenait de rester dans l’axe, jambe avancée, main devant, œil contraire. Ô trilogie, en garde, parade et coup d’estoc. Y revenir, se replacer, s’y remettre et avoir peur. À ce jeu du toreo de domination, Fernando Robleño est capitaine de la troupe. À son premier toro, il entame sa faena en voulant lier les passes à droite mais se rend vite compte de son erreur. Leçon de tauromachie : changer de terrain (imperceptible), se croiser, tendre la main bien devant et tirer la passe loin derrière. Le toro tourne, se contorsionne, a mal. Le coin de rue s’éclaire un peu. Ne pas lier. Se replacer, refaire le même geste pour le plier, le chiffonner. De l’après-midi, et sans idolâtrie aucune pour cet homme au sommet, c’est lui, Robleño, qui, à cet instant-là, montra à la vieille peau mitée ce qu’était le toreo d’un taureau de combat.

En quittant la vieille dame, me restaient Robleño et ‘Mislito’, sobrero estampe, fauve d’entre les fauves, agressif et mordant, chien sauvage de rue, tigre et lionne. L’axe de la peur. Puissant, insatiable, bondissant, un toro comme on n’en voit plus et dont l’image rude surgira de nulle part dans l’inconscient de Castaño lorsqu’il entamera ses atroces redondos inversés pour plaire aux vieilles dames.

Il aura peur alors.

12 août 2012

Lu dans « Sud Ouest » (2)


« Dimanche 12 août

Toros de D. José Escolar Gil (sang Marqués de Albaserrada) — 2011 : 4 corridas, 23 toros, 7 oreilles, 2 vueltas.

Fernando Robleño — 2011 : 14 corridas, 25 oreilles, 1 queue.

Javier Castaño — 2011 : 24 corridas, 23 oreilles.

Alberto Aguilar — 2011 : 23 corridas, 12 oreilles. »


Pas beaucoup d'indultos ni de queues coupées au programme… Ça m'inquiète.

01 août 2012

Azpeitia, un 30 juillet


Toro du fer D. José Escolar Gil — JotaC

Corrida de D. José Escolar Gil à Azpeitia (Guipúzcoa), le 30 juillet 2012.

Il existe peu d’arènes qui permettent de boire une bière DANS la taquilla, qui fait aussi musée et salon de réception avec mini-bar attenant et public. Un endroit charmant Azpeitia, un public agréable, de la musique locale et, pour le cadre, il faut choisir le tendido soleil qui permet un coup d’œil sur les verts pâturages de la montagne proche. 

Mais aussi les toros de José Pedro Prados ‘El Fundi’, qui finira par bien par administrer l’héritage de son épouse, fille de qui vous savez. Je suis en plein Dallas sur Gredos, revenons aux ruedos.

Sánchez Vara ouvre les hostilités, hélas le toro aussi. Fin, léger, corniabierto, manso, douteux, vil, fourbe, pervers sur les deux cornes, pas gentil, querencioso, salopard du genre qui gagne à ne pas être connu de près et de loin. Il reçoit deux puyazos durs et aurait mérité en plus un coup de bazooka, puis expédie le peón El Javi à l’infirmerie et récidive plus tard sur l’espada qui y laisse son falsard. Sans que l'on puisse parler de déculottage, l’épisode final est poignant voire catastrophique. Son deuxième toro est présenté « très comme il faut », tout comme le sera S. V. aux banderilles. Côté pique : une carioca imméritée et une puya. Côté cœur : un toro sérieux et bravito qui n’arrive pas à s’enthousiasmer dans les muletazos isolés qui lui sont proposés. Une lame convenable.

Serafín Marín, grand, costaud, Catalan, entreprend le second, léger, corniabierto y reparado de los pitones. Une carioca injustifiée au bravito qui me semble clair dans la muleta mais, après tout, je ne suis pas torero et vous n’êtes pas obligé de me croire. Serafín — c’est le grade le moins élevé avec les chérubins dans la hiérarchie des anges qui sont dans le ciel —, Serafín donc, d’avantage en attitude qu’en plénitude n’atteint pas les sommets avec ses petites ailes. Une lame potable. Copier-coller à son second, léger, etc., pas bien costaud le pauvre et dont la relative « bravitude » sera récompensée de trois puyas qui ne vont pas le revigorer. Serafín trouve enfin l’occasion de lier trois muletazos à deux reprises sur les deux cornes. Pendant ce temps, sur les tendidos, on se refait une beauté, on sifflote, on fume, mon voisin envoie des textos, deux Montois arrosent un indulto. Bref, rien de consistant. Une lame… confortable.

« Esaú Fernández ?!… Je vous parle, Esaú !… Vos parents sont inquiets, Esaú, et l'on ne sait pas si l'on va pouvoir vous garder ici. Passe pour votre premier Escolar, qui est léger et corniabierto, bravito mais tardo. Pourquoi ce long puyazo trasero, Esaú ?… Esaú, je vous parle ! Vous avez fait illusion, mon garçon… au cours des deux semestres. Or, le deuxième Escolar était un beau brave gaillard, puissant sur deux gros puyazos, secouant un peón. Vous n’avez jamais trouvé le sitio, puis vous démissionnâtes. Esaú, sortez de ce bureau ! »

Mario Tisné

26 juillet 2012

Le détail et le geste : una tarde con Fernando Robleño


« Au delà du possible, au delà du connu »La Voix, Charles Baudelaire


Je déplore que les (fines) allusions bilingues perdent toute leur saveur lorsqu'elles sont expliquées en long, en large ou en travers… En espagnol, le terme « detalle » signifie, au sens figuré, une attention pour quelqu'un. Un geste élégant et gratuit. Si certains toreros bâtissent une carrière sur des détails rares, voire même sur l'intarissable excitation jaillissant de l'attente de ceux-ci, nul ne peut à cette heure dire si la carrière de Fernando Robleño se trouvera relancée par le monumental detalle de s'envoyer un lot plus que sérieux d'Escolar Gil sur le sable cérétan, mais nombreux nous sommes à le souhaiter depuis le 15 juillet 2012.

Filons plus avant la métaphore et la sémantique. En décidant de tuer six toros dans le ruedo de Céret, le torero a transcendé et revisité le terme de « geste », outrepassé son acception moderne, bousculé les genres et renversé l'étymologie (du latin gestus) en accomplissant l'exploit, l'acte véritablement héroïque, que le latin désignait par gesta, puis qui devint la geste, soit le récit médiéval relatant les hauts faits d'un personnage historique. Voici donc ce terme aussi essoré qu'un lot cárdeno d'Albaserrada en cette fin de week-end. Le geste pur et total, quand d'ordinaire le mundillo et sa valetaille de rimeurs s'épuisent en effets de manche.
Naturellement, le tour de force fut tout autre qu'une une pirouette linguistique, Fernando Robleño pesa toute la corrida durant sur le destin de cette après-midi, de son entrée en piste jusqu'au descabello final, et imposa à tous la décision de son esprit et la fermeté de son attitude par la plénitude d'un toreo technique, engagé et sincère, tel qu'il ne semblait exister que dans les livres, les comptes rendus de corridas inédites ou les souvenirs des grands moments d'un maestro colombien.

Si l'exploit lui-même mériterait l'édition d'une épopée en bonne et due forme — en in-folio et enluminures, et chants immémoriaux de trouvères et d'aèdes —, la simplicité de la démarche et le toreo épuré incitent autant à la rigueur qu'à la modestie et à la justesse dans l'éloge. La richesse du moment, en faits bruts comme en émotions et sentiments générés, mine dangereusement le chemin de l'écriture. Si le torero culmina en deux faenas extraordinaires et différentes, celle qui lança la corrida face à 'Calerito' et celle qui la clôtura face au somptueux 'Caloroso', son entrega et sa décision ne faiblirent jamais, tant à la cape qu'à la muleta, dans la lidia et l'engagement à porter l'estocade.

L'homme pénétra dans le ruedo le visage peint d'une volonté criante et refusa de céder un pouce à l'un de ces six toros. La mesure de l'attitude contrastait avec ce visage déterminé, venu pour remporter chaque bataille d'une guerre qu'il avait lui-même déclarée. Seule, peut-être, l'impatience d'obtenir l'autorisation de la présidence d'entamer les hostilités pour la première faena trahit dans ses gestes l'état d'esprit dans lequel se trouvait le torero. Il existe un néologisme hérité du jargon taurin espagnol pour désigner cet état d'esprit : mentalisé, comme si toute sa vie avait tendu vers ce rendez-vous. Dès les premières passes de muleta, la sincérité entrevue à la cape, cette détermination teintant le regard de folie, transparurent dans la précision des trajectoires et la proximité du toro. Ce fut alors le moment le plus riche en art, dans ce sens généralement galvaudé par les taurins de faire joliment les choses. 'Calerito' n'ayant d'autre choix que de se rendre à la puissance de la muleta.

Ainsi commença le cycle…

Au fur et à mesure des toros, le visage du torero se grisa de fatigue, sans se départir de cette lueur furieuse et précise dans le ciel livide de son regard, à même de faire perdre le sommeil à des camadas entières de toros. Il n'y eut guère de clarté dans le comportement du lot, nul toro ne fut véritablement brave au cheval en dépit des conditions parfaites de mises en suerte, nul toro ne fut terriblement manso mais chacun développa une personnalité propre, riche comme un rapport d'autopsie et plus opaque qu'une psalmodie coranique. De toro en toro, Robleño s'employa à défaire ou trancher des nœuds gordiens, psychanalyser des demi-tonnes de muscles, faire s'inféoder des guérillas, éteindre des incendies, ranimer des braises ou faire marcher des colonnes récalcitrantes, usant pour cela non pas de ficelles mais d'une technique à la fois pléthorique et rayonnante de sincérité s'épanouissant dans un toreo corto et intemporel. Ce ne fut pas un mince exploit que celui d'avoir tenu en haleine quatre mille personnes pendant deux heures et demie avec pour seule fantaisie une magnifique réception à la cape en quelques véroniques genou ployé. Pas un quite superflu, pas un afarolado, ni même un molinete, mais un souci permanent du placement et du replacement, de la perfection du cite, du ligazón et du dominio face à un lot pour lequel ces termes prennent tout leur sens. La variété, nous l'avons vu, se trouvait, non pas dans les « figures » (quel terme misérable !) mais dans la lidia, le toreo et « les tout puissants accords de leur riche musique ». Jamais, je crois, ne flotta dans l'arène la fétide et gênante impression qu'il y avait en piste plus à prendre ou à donner.

Cependant, à mesure qu'avançait la course et que se creusaient les traits, les rascladors prenaient plus de temps entre chaque toro et la « Santa Espina » fut durant deux minutes une véritable bénédiction. Quand, telle une bombe, et ainsi que ses frères, sortit 'Caloroso', estampe de six cents kilos qui manqua s'assommer à un pilier des tablas, le frisson du « grand » toro parcourut le public, mais, quand débuta la faena, ce n'était plus que l'amère conviction de voir un toro éteint qui s'était emparée des mêmes gradins. Au fil des planches et à l'abri du vent, Robleño dicta à son adversaire les passes et les séries que celui-ci ne semblait ni vouloir ni pouvoir permettre. Et, de fait, il ne permit ni ne donna rien, mais dut se rendre au pundonor d'un torero qui n'entendait pas remater son exploit autrement qu'en apothéose. La faena et l'épée firent tomber en toute justice deux oreilles qu'aurait justifiée la seule répétition des efforts, mais la paire de mouchoirs qui tomba instantanément ne devait sa prompte sortie à rien d'autre qu'à cet ultime combat. J'avais douté avant la corrida, j'étais à ce moment-là incrédule à l'idée d'avoir vécu pareil moment.

Fernando Robleño laissa alors tomber le masque de poussière, de fatigue et de volonté pour célébrer avec une humble et humide sincérité ce moment d'exception. Le public, quant à lui, désespérait de ne pouvoir faire plus de bruit. Les arènes ne se vidèrent que très longtemps après…

À suivre.


Photographie Florent Lucas

21 juillet 2012

La guerre


Donnez-m'en 6, donnez m'en 100 ou 1 000, je les briserai d'un coup de ma lame, et vous chanterez pendant des siècles ce jour de bataille où tous furent de fiers et rudes combattants. Que les âmes des vaincus soient glorifiées à jamais et que mon nom évoque à chacun le souvenir de ce jour de sueur, de terreur et de sang. C'était la guerre, et je l'ai gagnée. 








20 juillet 2012

Fernando Robleño (II)


Aujourd’hui sur Mundomachin.

Un aficionado — ¿Ha tenido ya alguna repercusión el éxito cosechado? ¿Has recibido la llamada de algún empresario? 
Fernando Robleño — Siento decirte que no, que no me ha llamado nadie aún. He recibido miles de llamadas de todo el mundo, de aficionados, de profesionales, de periodistas, pero de empresarios ninguno. 

(Un aficionado — Est-ce que ton succès a déjà eu des répercussions ? As-tu été contacté par un imprésario ? Fernando Robleño — J'ai le regret de te dire que non, personne ne m’a appellé. J’ai reçu mille appels de tout le monde : des aficionados, des professionnels, des journalistes, mais aucun imprésario.)


Photographie Florent Lucas