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01 août 2013

Musique, maestro !


Azpeitia est une adorable petite arène dans laquelle la bonne humeur l’emporte sur tout le reste : la crise, le chômage, les fermetures d’usines, les gosses malades, les impôts, les galères de la vie, quoi. Pourtant, en arrivant par la nationale, ce sont des croix qui accueillent les hordes de Français venus profiter d’une féria bien composée sur le papier et prompte à intéresser le dernier des aficionados un rien blasé : Cuadri, Palha et Pedraza de Yeltes. 

À Azpeitia, la musique joue tout le temps. Pendant les piques, pendant les banderilles, et deux passes suffisent à la déclencher lors des faenas de muleta. Finalement, une fois habitué et préparé à la chose, c’est agréable d’observer des gens heureux, de les entendre susurrer une chanson ou l’entonner à pleins poumons. C’est la Fiesta, sans les excès navarrais, sans les torpeurs françaises, sans les scories gueulardes de quatre ou cinq mulets qui n’envisagent la tauromachie qu’en une métaphore ridicule des flagellants du XIVe siècle. 

Pour autant, la Fiesta sans toros n’est pas tout à fait la Fiesta. On peut se satisfaire d’une ambiance, d’un lieu et de rencontres, mais c’est le toro que l’on vient voir, c’est son entrain à combattre que l’on vient contempler. Et les Cuadri ne sont d’habitude pas des rigolos en la matière. Las, ce mardi 30 juillet 2013, à Azpeitia, la musique a beaucoup joué, les gens ont souri, un petit vent frais a rafraîchi l’air guipuzcoano, mais les Cuadri ont gâché la Fiesta. Il leur manquait avant tout le poder et la bravoure. Au cheval, ils furent anodins voire, même, et c’est pire, non piqués (l’ultime ne reçut qu’un picotazo). Tardos, ils se collaient au peto sans mettre les reins, puis s’en allaient fureter ailleurs. Pour ne rien arranger, les picadors et les maestros ne firent absolument rien pour les mettre en valeur au premier tiers. Seul Javier Castaño s’essaya au jeu de la lidia, mais il le fit, comme d’habitude, à l’envers — placement pour la première pique trop loin, puis on rapproche la bête pour une seconde rencontre. Sandoval hurle fort, remue son cheval mais pique mal, très mal — piques traseras et dans les reins. 

Après, trois d’entre eux ont chargé avec joliesse, distillant une noblesse assez couillonne au final, sans poder, sans le danger sourd qui émane souvent des charges lourdes de la casa Cuadri. Castaño a été mauvais et décentré toute la course, Pinar a été lamentable de tricherie, de toreo profilé et d’abus du pico — ceux qui hurlaient à Orthez après Robleño auraient vu ce jour ce qu’utiliser le pico signifiait réellement !

Seul Uceda Leal, sans donner le frisson, sut montrer des gestes tous teintés d’une réelle planta torera. 

Au dernier toro, le public a chanté encore, et devant les arènes, après la course, les rues de la ville l’attendaient pour que la nuit chante jusqu’au matin.


>>> Retrouvez, sous la rubrique « Ruedos » du site, une galerie consacrée à la corrida de Cuadri d’Azpeitia.

06 mai 2013

Azpeitia 2013


Les carteles de la prochaine Feria de San Ignacio d’Azpeitia viennent de tomber, et l’on ne peut que constater le sérieux, une fois de plus, déployé par la plaza basque (en particulier en ce qui concerne les élevages présentés) :
— Cuadri, le mardi 30 juillet.
— Palha, le mercredi 31 juillet.
— Pedraza de Yeltes, le jeudi 1er août.

Pour les piétons, la jeunesse est présente, mais on pourra toutefois regretter l’absence de Fernando Robleño dans cette plaza qui aime le toro. Pour l’intégralité des carteles, voir les sites de petites annonces.

11 novembre 2012

Cuadri Tour 2013


Très jolie prochaine féria d’Azpeitia sur le papier :
— des Palha, qui furent très intéressants en 2012 ;
— des Pedraza de Yeltes, qui reviennent après leur succès de 2011, et, enfin,
— des Cuadri, qui se rapprochent lentement mais sûrement de la France puisque, outre le lot d'Azpeitia, la ganadería de Trigueros fera combattre un lot à Bilbao pour les « Corridas generales ».

A priori l’élevage ne devrait pas sortir en France en 2013, et c’est fort dommage même si une certaine commission taurine du Sud-Ouest avait des vues plus qu’appuyées sur le lot d'Azpeitia. Otra vez será, espérons-le.


Photographie Un Cuadri pour 2013 — Laurent Morincome/Camposyruedos.com

24 août 2012

Aléas d'août


Azpeitia 21, avenue de Landeta, poussez la porte, entrez, asseyez-vous. Public détendu et sans artifice. Beaucoup de musique et souvent des toros, mais peu cette année.

Solidité et bravoure Valdellán à Parentis.

Moreno de Silva Plof !

Bayonne Bon ben va falloir aller soutenir Bayonne… Les jours avec El Juli ou les jours de toros ?

Saint-Sébastien ? Un endroit improbable pour une clientèle ciblée dont on nous avait vanté le concept génial au moment de l’inauguration, et qui aujourd’hui ressemble à un bunker sentant le pipi gardé par un service d’ordre qui découragerait un peloton de la légion étrangère. Bildu ou pas bildu, cet endroit est dépourvu de charme et de passion. La page est tournée depuis la destruction du Chofre.

Dax Cinq ans d'absence et passage rapide pour voir les toros d'Escolar et le public bicoloré. Les tercios de piques ont mis en évidence un manque de fond pour les 1er et 5e. Plus sérieux, les 4e et 6e (qui prend trois piques dont deux cariocas parce qu'il a cinq ans et demi et des cornes) ont été aussi dégonflés par la lidia. Le sérieux 2e a développé un genio inquiétant et le 3e méritait bien davantage la vuelta al ruedo que le 5e. Le vilain 1er, sans race, s'est vite réservé. Le public hésitait, recherchant à la fois succès et consistance. J’ai bien noté que les escaliers 17 et 18 résistaient avec une admirable constance. Qu'ils sachent que, depuis le G10, Pierre-Albert Blain les soutient et qu'El Juli ne pratique plus « tauromachie éjaculatoire » (sic). Dax a mis soixante-dix ans pour placer le picador en face du toril et quatre-vingt-cinq pour faire passer l'écartement des lignes concentriques d'1,80 m à 2,50 m. À noter aussi que la plupart des puyas étaient bien posées ce jour-là. Autrefois convaincue d’avoir un train d’avance, Dax doute désormais, et c’est peut-être bon signe, mais que de temps perdu.

Vic-Fezensac Le Cercle taurin de vieux (CTV) s’inquiète pour les sous mais s’enferme puisqu’il est vieux et que Chopera administre le fonds de pension.

Morante de la Puebla Dans l’échec il reste un savant, un torero libre et créatif. Rare et cher… Depuis 2011, et malgré 2012, le 23 août reste un jour férié sur mon calepin.

Bilbao et Jandilla Tant de bravoure qui se perd dans tant de faiblesse.

Cuéllar Partir, voir ailleurs pour réfléchir… mieux, bien sûr.

Mario Tisné

04 août 2012

Abécédaire azpeitiarra


A comme Azpeitia. Un goût d'Amérique (centrale ou du Sud).

B comme banderilles.
L'éternelle obsession d'Antonio Ferrera. 

C comme chorizo.
Ferrera vient d'enfoncer l'épée à son premier ; une voix descend du tendido soleil : « ¡Chorizo! » 

D comme dure.
La piste était non seulement dure mais sèche — les toros s'en sont plaints. 

E comme euphorie.
Celle, impressionnante, qui s'est emparée du public après les faenas d'Alberto Aguilar (3°) et de Paco Ureña (4°)… 

F comme fer. Les sept brûlures blanches de ‘Joalheiro’, si caractéristiques du fer Palha. 

G comme grito. Le cri, lancé à Ureña lors de sa faena au troisième : « ¡Toreo por el culo! » — je vous épargne la traduction. 

H comme hommage. Celui, traditionnel, rendu au banderillero José Buenaventura de Laca, tué en 1841 à Azpeitia. À la mort du troisième toro, tout se fige, absolument tout, à l'exception de la banda qui interprète l'émouvant Zortziko fúnebre. 

I comme Ignacio. Ignace, saint Ignace. La féria porte son nom : Feria de San Ignacio. 

J comme jumeaux. Faux jumeaux. Les 2°/5° et les 3°/4° se ressemblaient drôlement. 

K comme… En basque, « dans la conjugaison avec l'auxiliaire avoir, le sujet est toujours suivi du suffixe “k”. Ex. : Aitak sagarra jan du = Papa a mangé la pomme (aita = papa, sagarra = pomme, jan du = a mangé). » 

L comme louches. Les cornes chez Palha — rien de nouveau sous le soleil guipuzcoano. 

M comme musique. Elle est partout : aux premier (!), deuxième et troisième tiers. À noter le très beau No te vayas de Navarra, repris en chœur au cinquième, et le Zortziko déjà évoqué — Azpeitia, une arène de mélomanes. 

N comme nuisible. Le sémillant et décomplexé dentiste bayonnais qui nous a tenu la jambe devant la porte principale des arènes. La soixantaine décontractée, il était fat et roulait en Vitara.

O comme oreilles. Évidemment généreuses pour Aguilar (2) et Ureña (2). 

P comme publicités. Celles qui enlaidissent l'intérieur de la pourtant coquette plaza de toros, notamment les burladeros (!).

Q comme quites. Celui d'Aguilar, au secours d'un peón bien mal embarqué (où donc était le chef de lidia Ferrera ? — Dans le callejón !), et celui de ‘Santanero’, ce dur à cuire qui, en sortant seul d'une belle première pique (voir photo ci-contre), s'est offert deux nouvelles rencontres (sans cariocas) sous la vara experte de José Manuel Tirado. 

R comme reins. Rien n'est plus beau qu'un taureau de combat repoussant le cheval à la force des reins. 

S comme sorteo. Celui, quasi exhaustif, affiché sur le mur des arènes entre les deux guichets. Un modèle du genre qui, pour autant, ne renseigne pas le poids des toros — troisième catégorie oblige. 

T comme ternera. Aguilar vient de transpercer (au sens propre) son second toro ; mon voisin, qui s'y connaît, me souffle : « Ternera. » (escalope). 

U comme urbain. Petite cité industrielle et commerçante entourée de collines verdoyantes, Azpeitia offre un saisissant paysage urbain. 

V comme vueltas. ‘Asustado’, le troisième Palha, aura connu deux vueltas : une sévère et handicapante de campana suivie d'une absurde et incroyable al ruedo (une pique sans s'employer !). 

W comme… Cette lettre ne figure pas dans l'alphabet basque. 

X comme… “chylophone” (en basque le “x” se prononce “ch”). 

Y comme… “W” (voir ci-dessus). 

Z comme zezen plaza. Celle d'Azpeitia date de 1903.


>>> 
La galerie photo de cette course de Palha est visible sur le site sous la rubrique « Ruedos ».

Photographies Azpeitia, juillet 2012 — Laurent Larrieu

01 août 2012

Azpeitia, un 30 juillet


Toro du fer D. José Escolar Gil — JotaC

Corrida de D. José Escolar Gil à Azpeitia (Guipúzcoa), le 30 juillet 2012.

Il existe peu d’arènes qui permettent de boire une bière DANS la taquilla, qui fait aussi musée et salon de réception avec mini-bar attenant et public. Un endroit charmant Azpeitia, un public agréable, de la musique locale et, pour le cadre, il faut choisir le tendido soleil qui permet un coup d’œil sur les verts pâturages de la montagne proche. 

Mais aussi les toros de José Pedro Prados ‘El Fundi’, qui finira par bien par administrer l’héritage de son épouse, fille de qui vous savez. Je suis en plein Dallas sur Gredos, revenons aux ruedos.

Sánchez Vara ouvre les hostilités, hélas le toro aussi. Fin, léger, corniabierto, manso, douteux, vil, fourbe, pervers sur les deux cornes, pas gentil, querencioso, salopard du genre qui gagne à ne pas être connu de près et de loin. Il reçoit deux puyazos durs et aurait mérité en plus un coup de bazooka, puis expédie le peón El Javi à l’infirmerie et récidive plus tard sur l’espada qui y laisse son falsard. Sans que l'on puisse parler de déculottage, l’épisode final est poignant voire catastrophique. Son deuxième toro est présenté « très comme il faut », tout comme le sera S. V. aux banderilles. Côté pique : une carioca imméritée et une puya. Côté cœur : un toro sérieux et bravito qui n’arrive pas à s’enthousiasmer dans les muletazos isolés qui lui sont proposés. Une lame convenable.

Serafín Marín, grand, costaud, Catalan, entreprend le second, léger, corniabierto y reparado de los pitones. Une carioca injustifiée au bravito qui me semble clair dans la muleta mais, après tout, je ne suis pas torero et vous n’êtes pas obligé de me croire. Serafín — c’est le grade le moins élevé avec les chérubins dans la hiérarchie des anges qui sont dans le ciel —, Serafín donc, d’avantage en attitude qu’en plénitude n’atteint pas les sommets avec ses petites ailes. Une lame potable. Copier-coller à son second, léger, etc., pas bien costaud le pauvre et dont la relative « bravitude » sera récompensée de trois puyas qui ne vont pas le revigorer. Serafín trouve enfin l’occasion de lier trois muletazos à deux reprises sur les deux cornes. Pendant ce temps, sur les tendidos, on se refait une beauté, on sifflote, on fume, mon voisin envoie des textos, deux Montois arrosent un indulto. Bref, rien de consistant. Une lame… confortable.

« Esaú Fernández ?!… Je vous parle, Esaú !… Vos parents sont inquiets, Esaú, et l'on ne sait pas si l'on va pouvoir vous garder ici. Passe pour votre premier Escolar, qui est léger et corniabierto, bravito mais tardo. Pourquoi ce long puyazo trasero, Esaú ?… Esaú, je vous parle ! Vous avez fait illusion, mon garçon… au cours des deux semestres. Or, le deuxième Escolar était un beau brave gaillard, puissant sur deux gros puyazos, secouant un peón. Vous n’avez jamais trouvé le sitio, puis vous démissionnâtes. Esaú, sortez de ce bureau ! »

Mario Tisné

La photo est un mensonge


La photo est un mensonge. Un mensonge par omission parce que l’autour n’existe plus, parce que le temps ne compte plus, parce que le lieu pourrait être ailleurs. Joaquim Isidro dos Santos, mayoral de la ganadería de Palha, salue du coin d’un burladero de la charmante et chantante plaza de toros d’Azpeitia. L’arrastre grelin grelot achève d’emporter la dépouille de 'Camarito' ; Alberto Aguilar vient de passer devant le conocedor de Palha et l’a invité à saluer. La photo ne raconte pas tout cela. 'Camarito' est le cinquième Palha de l’après-midi, pas le sixième. Attend dans les chiqueros 'Santanero', un Palha-Palha compliqué, bagarreur et lutteur. Joaquim dos Santos n’a pas attendu qu’entre en piste 'Santanero'. Il a salué, certes invité, dès le cinquième. La photo ne dit pas tout cela. Elle suggère seulement que 'Camarito' ne fut pas l’unique bon numéro d’un lot de Palha encasté et particulièrement adapté à des troisièmes tiers de bon aloi. Avant 'Camarito', 'Asustado' a offert à Ureña un triomphe rare et exagéré (deux oreilles), 'Joalheiro' a emmerdé un Aguilar accrocheur mais brouillon et 'Peluquero' (4°) a donné de Ferrera une bien piètre image de torero, de matador (catastrophique et surtout tricheur) et de lidiador. Alors Joaquim dos Santos a salué dès avant que ne surgisse 'Santanero', et le public a applaudi Joaquim dos Santos parce que le public était content. Il avait vu des passes, beaucoup de passes, inutiles ; il avait pu entendre la musique de fête (superbe No te vayas de Navarra au cinquième) ; il avait eu droit à la vuelta inconsidérée d’'Asustado' (certains demandèrent l’indulto) et le vent soulageait même le picotement d’un soleil au zénith. Le bon peuple était content ; il saluait le mayoral, fêtait les oreilles et n’hurlait plus à la vue des pantomimes de tiers de piques, ravageurs et saigneurs, habituels et rituels dans la corrida d’aujourd’hui. J’ai lu qu’Azpeitia ressemblait à ces rares plazas françaises où le toro est un roi, où les piques sont données avec raison, bon sens et qualité. Les écrits mentent aussi, comme les photos, comme cette photo.

>>> Retrouvez une galerie de la corrida de Palha d'Azpeitia sur le site, rubrique « Ruedos ».

04 août 2011

Œcuménique


Œcuménique...

Tout n’est pas joli dans ce mot mais il convient.
Victor Hugo trouvait que ce coin de Pays basque ressemblait à la Suisse : la taille des maisons, les collines, les géraniums...

À Azpeitia, aux arènes, porte principale, on trouve un "minibar" tout mimi à gauche pour les moments de détente... et, à droite, un minimusée taquilla où chacun se promène et bavarde paisiblement.

Azpeitia, samedi, corrida d’Adolfo Martín, avec beaucoup de cornes, bien du gris, pas mal de faiblesse et de sosería, peu de caractère ; on eût dit des Victorino des mauvais jours. Six puyazos et un refilón... mais... on ne s’est pas ennuyé. Trois toreros allaient nous sauver ; Eduardo Gallo le moins affûté, Iván Fandiño le plus pur et David Mora le plus élégant semblaient donner le meilleur d’eux-mêmes avec beaucoup de sincérité et des moyens différents. C’était une bonne soirée de toros, il faisait chaud mais pas trop, et la Banda Municipal donnait de la catégorie à la plaza. Les gens sont là sans artifice et les gamins piaillent au-dessus du toril. Bref, c’est gai sans tomber dans le bordel.

On pouvait croiser la p’tite mère De la Cal, trois Nîmois célèbres, un Lyonnais hirsute et sa distinguée fiancée, deux Cérétans, des Dacquois, un Hautbois, un Pierrot, des Beaucairois, des Saint-Paulois, des Paul Ricard, une journaliste d’El País, des éleveurs gersois et landais, et trois anciens présidents de l’ANDA, j’en oublie... Bref, que des marginaux, des agressifs, des incendiaires venus là comploter de sombres desseins. Ils auraient pu se retrouver à Bayonne, Hagetmau, Garlin, etc. Ce petit monde se connaît depuis parfois trente ans — baratineurs s’abstenir...
Mario Tisné

>>> Une pittoresque galerie de photos vous attend dans la partie RUEDOS du site.

03 août 2010

D'Azpeitia à Santander


...en passant par Bilbao où, si aucun toro n'était annoncé à Vista Alegre, force est de constater que le thème taurin était bien présent, comme dans le reste de toute l'Espagne en ce premier week-end post loi d'abolition de la corrida en Catalogne. Du toro dans les journaux, du toro dans les discussions, du toro dans les menus de restaurants. Et du toro à Azpeitia, du Dolores Aguirre Ybarra bien manso, puissant et compliqué. Un encierro fort intéressant mais bien en dessous du lot sorti une semaine auparavant à Orthez, à l'exception du noble sixième, une estampe de toro. Nous y reviendrons.
Du toro également à Santander mais là, du beaucoup plus suave, du beaucoup moins puissant, du gentil Victorino Martín qui décidement est passé définitivement au décaféiné trop sucré. Inquiétante évolution d'une ganadería pour aficionados. Nous y reviendrons aussi.

>>> Retrouvez les galeries consacrées à ces deux courses sur le site www.camposyruedos.com, rubrique RUEDOS.

13 décembre 2008

Des nouvelles d'Azpeitia...


Après celles de Séville, voici donc des nouvelles du pueblo vasco d'Azpeitia qui annonce les élevages prévus lors de la prochaine Feria de San Ignacio. Azpeitia n'est ni Madrid, ni Bilbao et encore moins Nîmes ou Dax vous l'imaginez bien, mais cette féria propose chaque année un réel intérêt ganadero et parfois des combinaisons hommes/toros audacieuses et novatrices. Et puis, il y a tout simplement le plaisir de venir se perdre dans ce coin charmant de Pays basque isolé des autoroutes du tourisme. Pour 2009, ce sont les ganaderías de Palha, La Dehesilla et Gavira qui sont retenues. Nous noterons l'absence des Santa Coloma "dulces" de Ana Romero qui avaient pourtant apporté ces trois dernières années un réel intérêt en piste. C'est ainsi, les Ana Romero vont retrouver leur Sud. Pour le reste, la féria 2009 est très teintée "Domecq & co". En effet, si La Dehesilla (venant de José Luis Pereda) est le prototype même d'élevage de toros post-moderne issu du désormais classique mélange Domecq/Núñez, Gavira présente une histoire plus variée certes mais qui, depuis le milieu des années 1980, est clairement axée sur la descendance de vaches et de reproducteurs venant de Salvador Domecq (et "Casa de los Toreros"). Souhaitons seulement que les Gavira continuent de faire lidier leurs bêtes à cinq ans comme avait le goût de le faire Antonio Gavira de son vivant. C'est du moins ce qu'il déclarait dans la revue Aplausos quelques mois avant son décès accidentel en février 2005. Quant aux toros de M. Folque de Mendoça, ces Palha honnis par les vierges effarouchées de callejones estivaux, ils portent en eux depuis quelques années le sang Baltasar Ibán (donc très fortement Domecq), Torrealta et un peut-être encore un vieux fond Pinto Barreiros et Tulio. Pour autant, ils sont la preuve qu'il est possible de faire des choses très intéressantes avec un sang (celui de Domecq) dont la connotation est si dégradée dans l'esprit de ceux qui aiment la diversité des comportements du toro. Ne jetons pas la pierre aux organisateurs d'Azpeitia avant de connaître les résultats de cette San Ignacio 2009 et ne soyons pas oiseaux de mauvais augure mais constatons seulement, avec un zeste de mélancolie, que chez eux aussi le filet du monde souvent très fade des Domecq est en train de s'abattre.

Photographie
Arrastre de 'Rabosillo', grand toro de Palha lidié à Azpeitia en 2007 © Camposyruedos

06 août 2008

"Sœur Ana et ses zezen"... Azpeitia 2008


De sa Catalogne chérie, il a fait des centaines de kilomètres pour voir combattre 6 Ana Romero à Azpeitia... parce qu'il aime ces Santa Coloma-là, tout simplement. Merci à DD de nous faire profiter de ses analyses sur la course.

Après quelques heures de route et des milliers de virages pour éviter la côte basque et ses embouteillages, nous voilà enfin arrivés à Azpeitia. Tout ça pour voir combattre les disciples d’Ana Romero dans cette jolie place de Guipúzcoa et admirer les sœurs suspendues aux fenêtres du monastère adjacent. Comme nous, elles profiteront de la course car course il y eut grâce à trois toros nobles. De la noblesse de Santa Coloma, celle que devrait envier JP Domecq lui-même. Une noblesse qui remet chacun à sa place avec des toros tenant debout, bouche fermée, malgré les sempiternelles monopiques dévastatrices. Et, malheureusement ici comme ailleurs, les toreros oublient ou ne peuvent nous montrer ces toros. Les deux plus nobles échurent à Antonio Ferrera qui, après quelques séries, eut toutes les peines du monde à aller a más. Alejandro Talavante réussira à couper l’oreille de son second grâce à son aguante. Il le toréa entre raies et toril, dans le propre terrain d'un animal réfugié aux planches. 'Hornillo' se révéla tel qu’en lui-même, comme dans la ganadería quelques mois plus tôt quand il donnait des coups de cornes à ses frères en s’enfuyant à grand galop. Le jeune Daniel Luque aura beaucoup de mal avec le troisième animal qui coupait les terrains et repartait plein gaz vers l’homme, sans jamais se laisser fixer. Avec le dernier toro de l’après-midi, il aura quelques jolis gestes sur la corne gauche. 'Clementino' avait une excellente corne gauche mais le garçon n’en tira pas la quintessence.
Malgré la mauvaise qualité de certaines piques et les nombreux coups d’épées infructueux, la course s’avéra intéressante pour l’aficionado. De la noblesse pour trois toros malgré une faiblesse latente remarquée sur les antérieurs de deux toros. Un lot composé de trois animaux au trapío réduit et de trois de gros volume, avec plus de tête. Le seul regret restera de n’avoir pas pu voir s’exprimer ces toros à la pique. Cette phase, obsolète pour certains, restera pour nous toujours essentielle car elle est le baromètre infaillible de la révélation du véritable "toro bravo".
DD Catalunya

Photographie Un toro d'Ana Romero à Azpeitia le 2 août 2008 © DD Catalunya

22 juin 2008

Azpeitia 2008


Cette année encore, et presque mieux que d'habitude, la petite plaza d'Azpeitia en Guipúzcoa propose des carteles passionnants pour les aficionados de tout poil. Des ganaderías intéressantes, des matadors de tout premier plan et, on l'imagine, cette toujours ultrasympathique afición locale sur les tendidos. A vous de juger :

Jeudi 31 juillet
Toros de PALHA pour Diego Urdiales, Francisco Javier Sánchez Vara et Javier Valverde.

Vendredi 1er août
Toros d'EL VENTORRILLO pour Pepín Liria, Manuel Jesús 'El Cid' y José María Manzanares.

Samedi 2 août
Toros d'ANA ROMERO pour Antonio Ferrera, Alejandro Talavante y Daniel Luque.

>>> Les toros, comme chaque année, seront débarqués en public le vendredi 25 juillet.

Photographie Détail d'une oeuvre d'art érigée face aux arènes d'Azpeitia © Camposyruedos

03 août 2007

Santa Coloma à Azpeitia


LE CONTENU DE LA BOUTEILLE

Azpeitia 2ª de feria. Nuageux, quasi plein. 6 toros de Ana Romero.

A MOITIE PLEINE - Extraordinaire encierro d’Ana Romero, avec des toros nobles, maniables qui ont autorisé les matadors Antonio Ferrera et Alejandro Talavante, avec deux oreilles chacun, à sortir par la Grande porte. Ils ont été accompagnés dans cette sortie par le mayoral de l’élevage en reconnaissance de la qualité de l’encierro et la vuelta al ruedo accordée au sixième.
Ferrera a enchanté le public en posant les banderilles, en toréant avec envie. Il manque la mort du premier mais se reprend avec le second ce qui lui permet de couper deux oreilles.
Ça n’a pas été l’après-midi de Matías Tejela. Le premier derrote fortement aux tablas dès sa sortie, s’y abîme une patte et en devient inutilisable, se maintenant debout avec peine. Le cinquième ne fut pas non plus un grand "collaborateur". Il chargeait avec peine et était juste de forces. Le diestro se montra volontaire mais son travail ne recueillit que le silence eu égard à la nulle transmission du cornu.
Talavante, comme on le pensait, s’est mis l’arène dans la poche. Il toréa son premier toro avec intelligence, en le laissant se reposer et sans jamais l’obliger. Une estocade à peine atravesada et deux descabellos l’ont privé du succès. Son second, celui de la vuelta, permit de voir le meilleur Talavante. La faena fut intense dès le début avec des derechazos main basse, des naturelles supérieures au toro et une superbe estocade qui autorisa les deux oreilles.

A MOITIE VIDE - La corrida, très commode de tête, était trop grosse ce qui fit qu’elle se bougea avec difficultés et ne permis pas de voir le Santa Coloma dans son état idéal. Les toros ont été faibles en général et sosotes dans leur comportement. Une pique chacun aura été largement suffisante et le six, celui de la vuelta, ne reçoit même pas une pique, mais un simple simulacre.
Ferrera, avec ses courses et ses inévitables sauts lorsqu’il prend l’olive sait qu’il empochera une oreille si l’épée ne lui fait pas défaut. Cette fois ce fut deux pour une faena moins accélérée qu’à l’accoutumée et avec la collaboration de l’excellent et noble quatrième.
Talavante vertical, encimista, et pesant avec autant de promenades pour donner de l’air au toro, avec du temple lorsqu’il ne se fait pas engancher. Cette façon de toréer est émouvante mais lorsqu’en face il y a de la puissance, dans le cas contraire c’est à mourir d’ennui.
La présidence mal. Une seconde oreille pour Ferrera totalement excessive et une vuelta al ruedo au sixième alors que le plus potable de l’encierro était le quatrième mais pas non plus au point de faire sonner les cloches.
Urko

02 août 2007

'Rabosillo' en Azpeitia


Avant l’avis de Laurent, voici un premier retour sur la corrida de Palha d’Azpeitia. Il est toujours très appréciable, dans ces cas-là, de pouvoir se régaler de la plume ultraobjective d’un aficionado ultraindépendant, Ignacio Gárate dans le cas présent. ¡Enhorabuena por tu crónica Urko!


TAMBIEN SE LLAMABA 'RABOSILLO'
Era hermano por parte de madre del aquel 'Rabosilllo' lidiado la pasada feria de San Isidro, el Palha corrido en sexto lugar, estoqueado por Javier Valverde y premiado con una merecida vuelta al ruedo. De los dos hermanos el de Azpeitia era el mayor, pues el próximo mes de Septiembre hubiera cumplido los seis años. De excelente presentación y cumplidor en varas, aunque solo recibió una, pero ella eterna, el morlaco estuvo varios minutos debajo del peto sin querer deshacer el encuentro. Tuvo que ser coleado para sacarlo del caballo. Tuvo tranco y dos pitones sensacionales. Poder y transmisión. Humillo con clase y hubo momentos que nos deleitó haciendo el avión. Un gran toro al que difícilmente podrán quitar el titulo de toro de la feria. Valverde le toreo con ganas y pocas veces se encontrara con un regalo como este. Lo que pasa que el salmantino no esta en el sitio y torea demasiado deprisa. Tandas eléctricas y sin cadencia. Falto de reposo, temple y eso que se llama “andar delante del toro”. No obstante cuajó una aseada faena, aunque muy por debajo de la condición del toro, emborronada por la estupidez de solicitar el indulto del toro intentando calentar al respetable, culminada con una buena estocada, que era en el fondo, el entrar a matar, lo que el diestro quería evitar con la comedia del indulto. El resto de la corrida tuvo también una excelente presentación, salvo el cuarto de la tarde, un playero asardinado, que desentonó por su trapio y por su condición de manso y síntomas de vista desparramada. El juego de los restantes, encastados con toques de mansedumbre. Duros y correosos como para hacer una tarde inolvidable a los subalternos que anduvieron al pairo. López Chaves se deshizo del que abrió plaza, el más cuajado, nada más ver su condición. No lo quiso ni ver. Al cuarto, el playero antes mencionado, le dio algún pase más pero sin pena ni gloria. No ha sido su tarde. Sánchez Vara, con cara de pocos amigos, pues no le habían concedido una oreja en su primero por una mas voluntariosa que acertada faena, salio a darlo todo en el quinto de la tarde. Otro gran toro. Banderilleo como acostumbra y en su tercer par fue cogido de muy mala manera. Segundos eternos colgado del pitón y la plaza pensando que allí había una gran cornada. Todo quedo en susto, pues milagrosamente el toro le había desojalado la taleguilla y de ella estuvo colgando el diestro. Una faena emotiva y una buena estocada le hicieron merecedor de una oreja. Pasó a la enfermería por su propio pie. Tarde entretenida y con un claro triunfador, 'Rabosillo', quien, por cierto, antes de morir dignamente en el coso azpeitiarra, se dedicó a la tarea de la procreación los TRES últimos años de su vida. ¡Toma ya!
Urko

01 août 2007

Palha en Azpeitia


Sur le site, retrouvez la galerie de la corrida de Palha lidiée le mardi 31 juillet 2007 à Azpeitia. Corrida intéressante et soutenue avec en point d'orgue la superbe caste du sixième exemplaire, 'Rabosillo'. Nous reviendrons dans quelques jours sur cette corrida...

11 août 2006

"Dies Irae" — Azpeitia 2006 (II)


Elles sont mises comme pour un mariage avec leur coiffe de fanfreluches et les petits drapeaux qui dépassent du tout. Il ne manque que les klaxons pour s’y croire vraiment. C’est pour la mort, pourtant, qu’elles se font si pimpantes. Une mort vieille de mille lunes, depuis longtemps sèche de larmes et de voix érayées. Face à elles, tout le long de son bois rouge qui lave les traces de morts moins célébrées, l’arenero, tunique bleue des cieux, mime l’immobile. L’arène est un missel, ouvert et silencieux, petits milliers de mots, de larmes oubliées qui disent la prière. Comme un vent qui caresse, rassure, le chant funèbre court sur ces mots, traverse les "a", s’enroule autour des "c", fait tressaillir les "s". Un souvenir lointain pour cercueil et cette masse noire, inerte et chaude encore, linceul de caste agonisante qui n’entend pas l’oraison, ne lit déjà plus le missel qui s’égrène sans voir sa mort naissante. Azpeitia a l’arrastre émotive. Au troisième toro achevé, on ne ripaille pas ici, on se recueille en souvenir d’un banderillero mort au XIX° siècle, dont le visage est oublié et le nom incertain. Azpeitia pleure presque, au son de notes qui « feraient pleurer les pottocks ». Le reste est anecdote. Six petits toros encastés de Fuente Ymbro (Jandilla), un derechazo du Cid aussi profond que le Tartare qu’Orphée brava pour ramener sa donzelle au jour et des assassins juchés sur des "Ulysse" carioquistes. Comme d’habitude. Comme d’habitude.

Je devais être un "o" dans ce missel du recuerdo, un minuscule "o" tout rempli de funèbre et de fatalité. Ce n’est pas ce banderillero que je pleurais mais ce monde qui s’écroule un peu plus tous les jours, ce monde « qui n’entend pas que l’on crie sans fin », ce monde des toros de combat. J’ai senti tout entier que rien ne changerait, que l’on continuerait à détruire volontairement cette bravoure qui nous fait rêver, que l’on poursuivrait toujours cette lutte contre la caste par des piques minables, des passes de maçon et des applaudissements stupides et sans fin. Ce toro de linceul annonçait une mort. Son frère, le marron, que tous virent manso n’annonçait rien, lui. Il n’était qu’une résurrection de ce que nous avons aimé, l’apparition brusque et soudaine d’un toro de combat brave, encasté y con mucho "poder". Un Manso ? Tas de brutes !

Toros du « Dies Irae » au milieu des lettres qui flottaient insouciantes...

02 août 2006

Les toros noirs des dames blanches — Azpeitia 2006 (I)

Ça a des airs de « nouveau monde ». Une Amérique latine à deux pas de pottock de Bayonne. Je n’ai jamais mis les pieds dans les férias américaines mais c’est l’image que j’en ai. Une placita de sable sombre qui s’esquive loin des heurts de nos vies, des mamelons de verdure grise qui protègent le calme et un ciel d’incertitudes noires sabrées d’un soleil piquero. Azpeitia est une féria du bout d’un petit monde où l’afición est grande et toute simple. L’ostentation, les parades mondaines étiquetées « Paseo » se meurent dans les virages qui effleurent l’Urola depuis Zestoa. Azpeitia est une féria « muy pequeña » à l’âme de grande dame, un point c’est tout.

Ce qui est sympathique quand on visite des couvents encore occupés par d’évanescentes apparitions aux formes toujours féminines, ce sont les gâteaux. Oui, les gâteaux. Ces petits bonheurs tout doux qui sont faits de cette patience qui n’est plus qu’un mot aujourd’hui. Madeleines, petites sucreries, douceurs de quelques secondes (10 ans sur les hanches dirait une amie) ; régalons-nous et merci les nonnes. Au-dessus de l’arène blanche d’Azpeitia s’élève un couvent retapé, beige, fringant. Aux plus hautes fenêtres, collées les unes aux autres , droites, la coiffe parfaite, nos sœurs guipuzcoanes président le spectacle. Elles sont là à 18 heures pétantes, elles ne partent que quand « la messe est dite », immaculées, bien rangées, discrètement ; elles doivent glisser sans bruit sur les parquets luisants.
C’est à croire que c’étaient elles, les blanches dames aux mains jointes, qui avaient envoyé ce lot de toros. Des gâteaux de toros, du savoureux pour l’aficionado, des petits délices de bravoure et de caste piquante. Des toros de combat dans des enveloppes de madeleine, des guerriers sous l’apparence de gâteries sucrées. Des palhas comme on désire en voir plus souvent. Evidemment, le sieur Folque de Mendoça, le vrai éleveur, n’avait pas envoyé le gratin de la camada niveau présentation. C’était logique mais ses errements aturins (en particulier) persévèrent outre-Pyrénées. Cornes escobillées, astillées, pointes douteuses, du Palha de scandale... en France. Qu’un toro fusse brocho, gacho ou cornicorto n’est pas en soi un problème si les cornes ne souffrent pas la suspiscion de l’afeitado. Lundi à Azpeitia, l’afeitado sentait plus fort que le pur brebis des Pyrénées du berger de l’Anie, c’est dire.

Je ne goûte pas du tout les pratiques de João Folque de Mendoça mais force est de constater qu’il élève de bien bons toros de combat. Un bémol cependant. Les palhas ne ressemblent plus aux palhas. Il faut laisser le temps au temps, j’en suis conscient, mais cet élevage est devenu une mesclagne d’origines diverses quoique très proches dans laquelle il est difficile de trouver une homogénéité physique. D’après des informateurs scrupuleux (merci Thomas), trois étaient Domecq (1, 2 et 6) et trois étaient Baltasar Ibán (3, 4 et 5). La différence, me direz-vous ? Le Baltasar Ibán paraît plus fin de type, plus léger et peut-être moins enmorrillado. Le pelage castaño chorreado du cinquième ne prêtait pas tellement à confusion. Tout ce mélange de sang s’apparente donc à un laboratoire de recherche, certes passionnant pour l’aficionado, mais qui ne donne pas à l’élevage une ligne directrice vers laquelle tendre même si le ganadero défend ses choix pour éviter, en particulier, la consanguinité*. Peut-être la réussite de notre entourloupeur lusitanien réside-t-elle justement dans le fait d’avoir réussi à donner un certaine (parfois relative mais bien réelle ici) homogénéité comportementale à ses toiros. Azpeitia aussi est un laboratoire où les éleveurs peuvent envoyer des toros de notes sans se prendre la tête sur la présentation. Une arène test en somme pour les familles d'une ganadería.

Ces palhas « modernes » firent honneur à leurs aïeux mais ne trouvèrent pas toujours de combattant à leur niveau. Et pourtant il y a avait de quoi ! Pepín Liria se montra timide face à son premier qu’il fit châtier au-delà du raisonnable, à dessein sans doute. C’est facile à réduire un toro encasté malheureusement. La charge du palha devint pastueña, lourde et incertaine et Liria n’arriva jamais ou ne chercha pas à trouver le sitio idéal. Et un toro gâché, un ! A son second, certainement piqué au vif par l’oreille de López-Cháves, notre émérite golfeur s’en alla recevoir 'Camarito' à genou et nous retrouvâmes le Pepín valeureux et gonflé des années 1990. Le toro poussa bien sous la première et unique pique, Pepín avait retenu la leçon. Confondant de noblesse, jamais stupide, le bicho s’engouffra avec faim dans les muletazos disparates du torero de Cehegín. A gauche, le palha se faisait des torticolis et Pepín esquissait la profondeur en quatre succulentes naturelles. Les tenues des bonnes sœurs frétillaient. Le pinchazo final interdit le trophée mais la vuelta fut chaleureuse.

Notre commercial de service était là sans ses rouflaquettes, sans son palmito, dans un sobre traje blanc maculé de rouge. Presque normal. Plus je vois Padilla, moins je veux le voir, la routine peut-être. Vulgaire, tricheur, sans poder, le "cyclón" afficha tout ce que certains détestent chez lui. Son premier palha est un grand toro de combat qui prend sa première pique en mettant bien les reins, calé par la fixité et la volonté d'en découdre. Padilla le voit et comprend. Etrangement, on le laisse s'échapper par deux fois au cheval de réserve contre lequel le "baragouineur de Jerez" devait espèrer qu'il s'épuise. Raté ! Padilla poussa même le mauvais goût juqu'à lancer sa montera sur son piquero pour faire croire au public qu'il trouvait lui aussi cela intolérable. Du grand Zavatta ! 'Marismo', n° 58, fond sur tout ce qui bouge, un léopard. Puissance et souplesse. Bien que "distraído", 'Marismo' ne demande qu'une chose : être toréé, contraint, dirigé. Sa caste est débordante, vive — peut-être gênante — mais Padilla en a vu d'autres se dit-on. Rien, nous ne vîmes rien d'autre qu'un rendez-vous manqué, une erreur de casting. Mille applaudissements à 'Marismo', l'animal le plus complet de la journée, une madeleine volontairement effritée par un grand enfant caractériel et fatigué. ¡Lástima!
Bis repetita à son second, le beau 'Saltillo', castaño chorreado armé fin et coupé court par l'enflure en rouge et blanc. Sur le deuxième muletazo, il s'envoit le marron dessus, exprès, et remue les épaules pour nous dire que nous n'étions qu'un tas d'ignares pour croire ce toro potable. Merci Juan José de tant nous éclairer. Hasta la próxima, puisse-t-elle venir un jour de gros orage...

López-Cháves toucha la madeleine de la journée, la moelleuse, toute de saveur douce. 'Sardinero' a dû taper la causette avec à peu près toutes les fourmis de la plaza. Il aurait fait l’autruche s’il avait pu la baisser plus sa tête. Une machine à charger droit et franc. Le laborieux López-Cháves en profita, animé par la faim de triomphe et de reconnaissance mais aussi par une bonne connaissance de la lidia. Toreo croisé, passes bien tirées et distance adéquate. Que du très correct même si ce torero charro n’a pas l’art gravé aux poignets. Une oreille et vuelta pour 'Sardinero' le tout doux. Encore une vuelta « marseillaise », sans fondement ni logique taurine. La noblesse, rien que la noblesse et toujours la noblesse. López-Cháves remontra ses bonnes manières au dernier et cette belle après-midi s'acheva, un petit rictus sur les visages basques et la robe légère pour nos "lointaines" dames blanches. A demain Azpeitia !

* Lire 6Toros6, n° 557, du 1er mars 2005.