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15 octobre 2013

Falta de trapío


Après les Cebada Gago de Pampelune refusés pour « manque de poids » (?) en juillet, ce sont les toros d’Ana Romero qui ont subi l’ire des vétérinaires de la plaza de toros de Saragosse. Nous n’avons pas vu les toros, ni au campo ni dans les corrals de la Calle Pignatelli ; il nous est donc impossible de donner un avis sur la question — avis dont on se moque d’ailleurs. 

De ce fait nous vous conseillons de vous rendre sur le blog El Secreto de la bravura pour découvrir, au campo et dans les corrals, les photographies de ce lot d’Ana Romero — ce ne sont certes que des photographies, et l’on peut souvent faire dire tout et son contraire à une photographie —, officiellement écarté du ruedo aragonais pour « falta de trapío »… Un seul toro a été accepté ; il pesait 629 kg !

24 août 2010

A quoi rêve Álvaro Conradi ?


Dans cette énième victoire de l'homme sur la bête, il me semblait qu'on oubliait un point culminant de la mathématique taurine, un détail fondamental pour qui frétille à l'idée de l'alchimie improbable : El Juli venait de s'envoyer goulûment les terribles Santa Coloma de La Quinta, pas moins ! Mais si l'âge m'a passé de contester ce succès pour m'attirer les foudres des candides talibans thermalistes, j'observais toutefois qu'il avait manqué à cette victoire par K.O. en 6 rounds, un poil de virilité dans l'Art de poser le godillot dans l'antre du cornu, exigence burnée mais sine qua non du dominio, à condition que le monstre en question puisse se secouer suffisamment afin d'en balayer l'intrus. C'était, à mon avis, largement le cas. Mais peu importe, nous conviendrons juste qu'il en faudra toujours plus à certains publics pour daigner se gâcher le plaisir d'une victoire à domicile. Qu'il en soit ainsi. Non, non, ma question à moi venait d'ailleurs : où donc était foutu le Santa Coloma des Buendía de ce jour ?

Les "number one" de l'escalafón s'étaient parés de leurs atouts les plus rutilants pour se mesurer à des tíos que l'on pensait forts en gueule et qui furent finalement à peine moins polis que des communiants.
C'est-à-dire que loin d'être des nigauds, qu'on appelle ici et là "modernes", ces bichos avaient toutefois oublié d'être des "hils de pute" increvables, des durs à cuire de ronds de sable, des caïds redresseurs de naseaux, quitte à choper de faux airs de vieux salopards. Même qu'on ne leur en aurait pas voulu.
Où donc avaient-ils balancé ce petit coup de godasse qui vous raye le blaze quand vous clignez hâtivement de la paupière pour une blondasse "plasti-poumonée" de barrera, ce coup de teston qui vous dézingue les molaires pour un derechazo pas bien appuyé, ce "tampon-sanction" qui vous pète en travers pour une naturelle un brin superficielle, et cette déferlante de rage hurlante dans les petos ? Ahhh... la rage hurlante dans les petos... Soupir.

Bref, il manquait cette trouille permanente qu'on déconseille aux femmes enceintes, ce danger pesant auquel on n'invite pas les mamies, cette guerre sans merci où même les braves se félicitent de n'y avoir laissé qu'un bras.

Hasard ou coïncidence ?

Oui, un peu trop bien éduqué, ce Santa Coloma-là, avec le trapío du gendre idéal, en plus. On peut toujours songer à l'erreur de casting, bien entendu, mais il se trouve qu'il y a, depuis peu, un retour suspect de senteur santacolomeña dans les ruedos les plus fleuris, un Santa Coloma que les figuras s'arrachent, telles des mamans devant un tricot soldé à 50 % qui irait bien au petit, un Santa Coloma plus fréquentable que certains Parladé, figurez-vous !

Alors, les questions finissent par débarquer, comme à Omaha Beach : où donc étaient les recalés de l'escalafón résolument collés à ce genre d'après-midis prétendus douloureux ? Et que diable venait faire le gratin du toreo dans ce rendez-vous inespéré ? Y a-t-il une raison pour laquelle El Juli ou José Tomás acceptent soudainement d'affronter les Buendía de La Quinta ou d'Ana Romero, quand il se murmure en même temps qu'ils refusent certains Domecq ou Núñez ? Cela voudrait-il dire qu'il vaut mieux un Buendía d'Ana Romero plutôt qu'un Núñez d'Alcurrucén ? Alors, finalement, faut-il vraiment se réjouir que les figuras souhaitent se cogner quelques santacolomeños bien choisis ?

Curieusement, l'heure n'est pas à l'avalanche de zèle couillu, au dégueulis de pundonor chevaleresque, et la "Légende des Siècles" ne s'écrira pas deux fois. Alors non, je ne crois pas que le mundillo se soit soudainement sensibilisé à la cause taurine, et je ne crois pas à ces effets d'annonce mensongers de l'incroyable rencontre du preux chevalier et de la bête immonde. Cela ne cessera jamais de se négocier à coups d'arrangements de branleurs, de deals foireux, de conditions puantes et autres sales regards de coins de rue sombre. J'ai pourtant espéré, mais le mundillo n'a rien à y gagner, il ne changera donc pas. Nous étions venus voir les Santa Coloma cárdenos d'Álvaro Conradi, ceux-là mêmes qui ont écrit jadis une solide page taurine dans les pinèdes de Roquefort, et nous ne les vîmes pas. Du moins, pas comme on croyait... disons, pas comme on aurait voulu.

L'alchimie brava est une science qui se dose et s'ajuste tous les jours à force de convictions et de sensibilité dans la quête de la Bravoure idéale, de la Caste pure, mais qui s'offre quotidiennement aux sirènes de toutes les facilités. "Je vous mets un peu de ci, si vous m'enlevez un poil de ça", et tout me fait penser qu'il y aura désormais, chez La Quinta comme chez Ana Romero, un Buendía pour Rafaelillo, et un autre pour El Juli. Tout bien refléchi, on en viendrait, dès lors, à prier que celui-ci ne souhaite pas s'en envoyer tous les dimanches après midi, comme on se tape une gaufre au sucre sur la jetée de Capbreton, ou ce Saltillo dénaturé des ruedos festifs du Nouveau Monde. Car, intimement, on préférera toujours la gaucherie "rafaelillesque", devant un tonton râpeux à qui on ne la fait pas, à l'enchanteresse gestuelle du "Juli" face à ce petit toro éduqué auquel on apprend à se servir du couteau à poisson.

Tout est affaire de croyance, de conviction... ou d'interêts, et c'est pour cela que, soucieux, je me demande désormais à quoi rêve Álvaro Conradi ?

Photographie © Jérôme 'El Batacazo' Pradet

26 juin 2010

Germán Gervás


Les novillos vont d’un enclos à l’autre, poussés par un vacher à cheval. Ils fuient, ne s’arrêtent pas, daignent à peine nous jeter un regard. Ils fuient, comme la plupart des toros braves lorsqu’on vient les déranger dans leur quotidien.
Pas chez tout le monde. Chez Cuadri, par exemple, ils ont l’habitude d’être conduits par les vaqueros pour venir saluer les visiteurs d’un jour. On pourrait presque penser qu’ils sont apprivoisés. Sauf lorsqu’il leur prend, sans prévenir, de se mettre une rouste mémorable, là, à quelques mètres, juste sous vos yeux.
Chez Pablo Romero, je me souviens d’un jour, gris et venté, de toros très nerveux, agressifs. Des toros ne fuyant pas, ne s’approchant pas, des toros juste tanqués, immobiles mais furieux, arc-boutés de rage, prêts à bondir. Un mystère effrayant, insondable et inoubliable.
Cela dépend donc des élevages, et peut-être aussi de l’humeur du jour, du temps et des amours, ou plutôt de leur manque. Allez savoir.
Chez Germán Gervás, ce jour-là, ils voulaient juste qu’on leur foute la paix.
On peut les comprendre notez bien. On peut comprendre que, dans ce paysage grandiose et apaisant de la Sierra Morena, sur les hauteurs d’Andújar, ils aient mieux à faire que de venir poser pour des photographes français.
Chez Germán Gervás, la couleur est annoncée dès le départ. Ici, on fait du toro pour le torero, du toro pour toréer a gusto. On s’affiche en Santa Coloma mais on travaille sans aucune ambigüité pour la torería. Ça a le mérite de la clarté et de la franchise. Pas de faux-semblants, pas de faux discours comme dans trop d’endroits. On s’étonne tout de même que Javier Conde soit parmi ceux qui viennent régulièrement tienter ici.
Javier Conde et du Santa Coloma, même en tienta, ça fait doucement sourire. Santa Coloma ne serait donc pas forcément synonyme de bagarres et de complications.
Ça vous étonne ? Oui ? Ah, ça vous étonne. Eh bien si cela vous étonne c’est que vous devez être relativement jeune en afición. Car chez Santa Coloma c’est comme partout, il y a du dur et du moins dur voire du mou, enfin, du malléable.
Prenez par exemple le cas d’Ana Romero.
Utiliser ce nom dans la programmation d’une féria pour justifier de la présence d’un élevage torista est tout simplement un foutage de gueule total.
Attention ! Que les dents qui commencent à grincer se détendent immédiatement. Je n’ai pas dit qu’Ana Romero c’était mal ! Je dis simplement que se servir du nom d’Ana Romero dans la programmation d’une féria en l’annonçant comme "la" course dure du cycle est une escroquerie intellectuelle pure et simple.
Pourquoi ? Eh bien car Ana Romero n’est pas du tout un élevage... effrayant ! Chez les élevages d’origine Santa Coloma, Ana Romero fait partie de ceux acceptés par les vedettes car sélectionnés dans une certaine optique.
C’était le cas jusqu’à il y a peu, très peu. C’était à Arles, en 1997, un cartel de vedettes : César Rincón, Joselito et José Tomás... La commission taurine refusa à Hubert Yonnet le lot d’origine Domecq initialement prévu pour manque de présentation. Un événement en France lorsqu’on y songe aujourd’hui. Et que croyez-vous que lesdites vedettes acceptèrent d’affronter à la place des Domecq : des Ana Romero.
Les taurins reprochent souvent aux aficionados d’avoir des idées trop arrêtées, de vouloir absolument enfermer les choses dans des cases trop étroites. Vous constaterez dans ce cas que ce sont en fait quelques professionnels taurins qui créent eux-mêmes ces cases pour entretenir ou tenter d’entretenir les idées préconçues qui au bout du compte les arrangent, eux...
Donc, oui, Santa Coloma n’est pas forcément synonyme de piquant ou d’âpreté.
Germán Gervás en est une illustration actuelle et assumée.

>>> Vous en trouverez une petite galerie à la rubrique CAMPOS du site www.camposyruedos.com.

06 août 2008

"Sœur Ana et ses zezen"... Azpeitia 2008


De sa Catalogne chérie, il a fait des centaines de kilomètres pour voir combattre 6 Ana Romero à Azpeitia... parce qu'il aime ces Santa Coloma-là, tout simplement. Merci à DD de nous faire profiter de ses analyses sur la course.

Après quelques heures de route et des milliers de virages pour éviter la côte basque et ses embouteillages, nous voilà enfin arrivés à Azpeitia. Tout ça pour voir combattre les disciples d’Ana Romero dans cette jolie place de Guipúzcoa et admirer les sœurs suspendues aux fenêtres du monastère adjacent. Comme nous, elles profiteront de la course car course il y eut grâce à trois toros nobles. De la noblesse de Santa Coloma, celle que devrait envier JP Domecq lui-même. Une noblesse qui remet chacun à sa place avec des toros tenant debout, bouche fermée, malgré les sempiternelles monopiques dévastatrices. Et, malheureusement ici comme ailleurs, les toreros oublient ou ne peuvent nous montrer ces toros. Les deux plus nobles échurent à Antonio Ferrera qui, après quelques séries, eut toutes les peines du monde à aller a más. Alejandro Talavante réussira à couper l’oreille de son second grâce à son aguante. Il le toréa entre raies et toril, dans le propre terrain d'un animal réfugié aux planches. 'Hornillo' se révéla tel qu’en lui-même, comme dans la ganadería quelques mois plus tôt quand il donnait des coups de cornes à ses frères en s’enfuyant à grand galop. Le jeune Daniel Luque aura beaucoup de mal avec le troisième animal qui coupait les terrains et repartait plein gaz vers l’homme, sans jamais se laisser fixer. Avec le dernier toro de l’après-midi, il aura quelques jolis gestes sur la corne gauche. 'Clementino' avait une excellente corne gauche mais le garçon n’en tira pas la quintessence.
Malgré la mauvaise qualité de certaines piques et les nombreux coups d’épées infructueux, la course s’avéra intéressante pour l’aficionado. De la noblesse pour trois toros malgré une faiblesse latente remarquée sur les antérieurs de deux toros. Un lot composé de trois animaux au trapío réduit et de trois de gros volume, avec plus de tête. Le seul regret restera de n’avoir pas pu voir s’exprimer ces toros à la pique. Cette phase, obsolète pour certains, restera pour nous toujours essentielle car elle est le baromètre infaillible de la révélation du véritable "toro bravo".
DD Catalunya

Photographie Un toro d'Ana Romero à Azpeitia le 2 août 2008 © DD Catalunya

03 août 2007

Santa Coloma à Azpeitia


LE CONTENU DE LA BOUTEILLE

Azpeitia 2ª de feria. Nuageux, quasi plein. 6 toros de Ana Romero.

A MOITIE PLEINE - Extraordinaire encierro d’Ana Romero, avec des toros nobles, maniables qui ont autorisé les matadors Antonio Ferrera et Alejandro Talavante, avec deux oreilles chacun, à sortir par la Grande porte. Ils ont été accompagnés dans cette sortie par le mayoral de l’élevage en reconnaissance de la qualité de l’encierro et la vuelta al ruedo accordée au sixième.
Ferrera a enchanté le public en posant les banderilles, en toréant avec envie. Il manque la mort du premier mais se reprend avec le second ce qui lui permet de couper deux oreilles.
Ça n’a pas été l’après-midi de Matías Tejela. Le premier derrote fortement aux tablas dès sa sortie, s’y abîme une patte et en devient inutilisable, se maintenant debout avec peine. Le cinquième ne fut pas non plus un grand "collaborateur". Il chargeait avec peine et était juste de forces. Le diestro se montra volontaire mais son travail ne recueillit que le silence eu égard à la nulle transmission du cornu.
Talavante, comme on le pensait, s’est mis l’arène dans la poche. Il toréa son premier toro avec intelligence, en le laissant se reposer et sans jamais l’obliger. Une estocade à peine atravesada et deux descabellos l’ont privé du succès. Son second, celui de la vuelta, permit de voir le meilleur Talavante. La faena fut intense dès le début avec des derechazos main basse, des naturelles supérieures au toro et une superbe estocade qui autorisa les deux oreilles.

A MOITIE VIDE - La corrida, très commode de tête, était trop grosse ce qui fit qu’elle se bougea avec difficultés et ne permis pas de voir le Santa Coloma dans son état idéal. Les toros ont été faibles en général et sosotes dans leur comportement. Une pique chacun aura été largement suffisante et le six, celui de la vuelta, ne reçoit même pas une pique, mais un simple simulacre.
Ferrera, avec ses courses et ses inévitables sauts lorsqu’il prend l’olive sait qu’il empochera une oreille si l’épée ne lui fait pas défaut. Cette fois ce fut deux pour une faena moins accélérée qu’à l’accoutumée et avec la collaboration de l’excellent et noble quatrième.
Talavante vertical, encimista, et pesant avec autant de promenades pour donner de l’air au toro, avec du temple lorsqu’il ne se fait pas engancher. Cette façon de toréer est émouvante mais lorsqu’en face il y a de la puissance, dans le cas contraire c’est à mourir d’ennui.
La présidence mal. Une seconde oreille pour Ferrera totalement excessive et une vuelta al ruedo au sixième alors que le plus potable de l’encierro était le quatrième mais pas non plus au point de faire sonner les cloches.
Urko