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27 septembre 2013

Balade chez Los Maños


Si les carteles de la prochaine Feria del Pilar de Saragosse n’ont rien de folichons pour nous pousser à prendre la route de l’Èbre, c’est pourtant vers là-bas, chez Los Maños, que nous portent ce soir les photographies de notre compañero et néanmoins ami Étienne Barbazan. Coureur invétéré de… campos, il a eu la chance de pouvoir photographier toute la camada de novillos de l’année 2013 — ces mêmes novillos qui ont été « lidiés » dans la plaza d’Andorra, début septembre. Du Santa Coloma plein les yeux pour un Vicois qui en a presque fait une religion.

>>> Retrouvez, sous la rubrique « Campos » du site, une courte galerie des photographies d’Étienne Barbazan prises dans l’élevage Los Maños.

15 août 2013

La faute de goût


Séville, Real Maestranza de Caballería. 18 avril 2004. Toros de La Dehesilla pour Rivera Ordóñez, Juan Diego et El Fandi.

Il y a des jours où l’on se demande pourquoi l’on va aux arènes ; il paraît même que le sujet est d’une inspiration telle qu’il suscite des livres… Ce jour-là, moi, je savais très bien pourquoi j’allais aux arènes. J’allais voir Jua’nm’a.

Jua’nm’a alliait à la fois le meilleur et le pire de l’afición sévillane. Au-delà des connaissances taurines, il y avait le personnage et, par-dessus tout, la culture du bon goût. Si bien que la plus mauvaise des corridas pouvait se transformer en délice, le temps qu’une poignée de mots amputés de consonnes s’échappe de sa bouche.

Jua’nm’a n’était pas un bavard, quelques mots lui suffisait pour tout dire. Parfois, même, il commençait une phrase lors de la corrida du lundi pour la terminer au cours de celle du mardi. Il s’empressait alors de défier du regard le tendido pour repérer ceux qui n’avaient pas saisi. Pour eux, la sentence était sans appel : un an de déni. Peut-être leur reparlera-t-il l’année prochaine… Si Dios quiere. Jua’nm’a était le « jefe del tendido », et j’étais à côté de lui. Aux alentours, on me plaignait autant que l’on m’enviait, car il y avait une seule place à côté du Jua’nm’a. Non, ce n’était pas un cadeau d’être à côté de lui, mais, moi, je me régalais ; j’étais en compagnie du Guerrita des temps modernes.

Ce jour-là, lorsque le troisième toro sortit en piste, Jua’nm’a attendait El Fandi. Il savait que je ne le portais pas dans mon cœur, mais parce qu’il était andalou il fallait attendre. Lorsque le Granadino prit les palos, la musique se mit à jouer Nerva. Jua’nm’a esquissa un discret sourire. La première paire le fit bouillir, la deuxième se lever, et le tendido avec. Mais, à la troisième, le toro fut difficile à placer. Cela ne constituait pas un problème, puisque le trompettiste était dans son solo et les Sévillans proches de l’extase. El Fandi s’élança et cloua la paire. Le public applaudit et recouvrit la fin du solo, amputant ainsi le fameux « Olé ! » de clôture. Jua’nm’a faisait la moue ; il me jeta un regard noir et lança : « Quelle faute de goût ! » Pour Jua’nm’a et son tendido, c’en était fini du Fandi, qui n’était plus un torero andalou, mais un torero de Grenade, de par là-bas dans les montagnes.

Une des nombreuses choses que m’a apprise Jua’nm’a est la perception du temple1, au sens large du terme, c’est-à-dire la situation des actions dans l’espace temporel. L’action a un sens, mais sa situation dans le temps, dans un environnement, lui confère également une signification, qui est tout aussi importante. Séville entretient des rapports bien particuliers avec le temps ; et savoir prendre ou ne pas prendre le temps est tout un art. La patience n’a rien d’un acquis binaire pour l’homme, mais représente une qualité qui va et vient selon les instants de la vie, selon que l’on soit en voiture ou aux arènes. Son à-propos se révèle indispensable aux arts vivants, et fait toute la différence entre le bon et le mauvais goût.


Vic-Fezensac. 9 aôut 2013. Novillos de Valdellán pour Manuel Dias Gomes, Rafael Cerro et César Valencia.

La nuit est maintenant tombée, le dernier novillo de Valdellán vient de mourir et César Valencia entame une vuelta al ruedo. Aux trois quarts du rond, César, le callejón et le public forcent le temps pour associer le mayoral au tour de piste. Du coup, le tour de piste n’en est plus un, et il a fallu recommencer. Pendant ce temps, les toreros sortent des arènes et les applaudissements pour le mayoral se mêlent aux sifflets adressés aux toreros — la boiterie du mayoral renforçant encore l’impression de pagaille.

C’est alors que je me mis à penser à Jua’nm’a. Cette faute de goût l’aurait mis hors de lui, certainement. Pourtant, cette vuelta était des plus méritée, récompensant un excellent lot de novillos. Mais on n’avait pas envie d’y inviter les novilleros.

Le bon goût aurait voulu qu’on laissât le novillero terminer sa vuelta, puis qu’on laissât les novilleros sortir, et, enfin, qu’on fêtât le mayoral, et seulement lui. Oui, c’est comme ça que cela aurait dû se passer : donner de son temps pour choisir le moment juste afin que l’ovation trouve toute sa résonance, que la fête du triomphe atteigne son point culminant. Ce qui n’aurait été que justice, tant les novillos de cette soirée, et seulement eux, furent bons.

Par les temps qui courent, il est rare de voir des toros ou des novillos avec du poder au cheval. Cela arrive parfois, mais sur une pique ou deux. Il est également rare de voir du bétail avec du moteur et qui le conserve jusqu’à la mort. Lorsque l’on peut apprécier l’une ou l’autre de ces qualités rares, on sort généralement satisfait des arènes. Vendredi soir, nous eûmes la chance de voir ces deux qualités fondamentales se conjuguer.

Il y eut de la puissance et de belles poussées franches, la tête dans le peto, la bête forçant sur ses reins et faisant reculer le groupe équestre jusqu’aux planches. Le scénario se répéta dans une majorité des rencontres, allant de deux à quatre par exemplaire. Et le châtiment fut loin d’être excessif ; deux novillos auraient mérité une pique supplémentaire. Le Santa Coloma de ligne Ibarra est brave au cheval, mais gratte généralement le sable avant de s’élancer tardivement au cheval. Ce soir-là, les Valdellán contredirent la littérature, le cinquième se permettant même d’être allègre et pronto.

Par la suite, les novillos gardèrent toute leur mobilité grâce à un moteur attisé par la caste. La caste santacolomeña du meilleur aloi, celle qui fait parler la poudre, fait monter l’émotion et honore le travail des hommes qui osent la contrer. Bouche fermée, d’une grande fijeza, ils allaient et venaient au moindre site. Tous imposèrent une forte présence en piste et une personnalité toutes particulières. Les seuls regrets de la soirée iront aux novilleros, auxquels on reprochera surtout de ne pas nous avoir permis d’apprécier plus encore les qualités de charge d’excellents novillos.

Aucune vuelta al ruedo ne vint couronner le lot, et je ratifie cette décision du palco. Pourtant, il y eut des novillos de vuelta — un, deux et peut-être même trois —, mais le manque de métier et/ou d’intelligence des novilleros ne permit pas de le démontrer. Peu importe car, une fois n’est pas coutume, les vertus (évidentes) du lot firent l’unanimité auprès des aficionados.

Si le sixième baissa d’un ton, c’est davantage en raison du haut niveau du lot que de ses qualités propres, bien au-dessus de la moyenne des autres courses. Resteront dans la rétine des moments rares. Outre les poussées rudes et sérieuses au cheval, on se remémorera la grande noblesse « encastée » du premier ; la classe et les ardeurs du deuxième, très typé Graciliano ; la force brute du troisième ; l’excellente charge, lourde et longue sur les deux cornes, du quatrième ; l’alegría et la promptitude du cinquième, typé Coquilla, qui allait de partout — dommage de ne pas l’avoir positionné au toril pour la troisième pique.

Si Jua’nm’a avait été là, il aurait lancé, à la mort du dernier novillo : « Si señor, también hay toros bravos en León. »

1 Le temple est un terme tauromachique, mais sa signification, universelle, s’applique à tous les instants de la vie.


Photographie Lionel Thuriès

23 novembre 2012

Un peu d'air


C'est l'automne ; un peu de campo vous fera le plus grand bien. Si, si, il faut s'aérer un peu malgré les impôts, le froid, les fêtes qui arrivent et le suspens à l'UMP… Faut dire qu'on est inquiets, houlala !

Voici donc un jeune exemplaire de Sagrario Huertas, Santa Coloma plutôt dans la ligne Sotillo Gutiérrez. Début octobre, à quelques heures de la despedida madrilène d'El Fundi, Pedro et moi participions à un rodéo automobile épique aux côtés de Víctor Benayas. Un immense souvenir sur lequel nous reviendrons. Le campo plat comme le dos de la main, la promesse de la chaîne de Gredos au loin et le soleil déjà rasant. Une merveille. 

Sortez donc prendre l'air.

08 mai 2012

Être ou ne pas être ganadero


Novillo d'Ángel Nieves García, Orthez 2009 © Frédéric 'Tendido69' Bartholin / Camposyruedos.com

Je viens de lire la nouvelle sur un blog espagnol : Ángel Nieves García vend sa petite ganadería Santa Coloma qu’il avait achetée à San Martín au début des années 2000. L’aventure aura finalement été de courte durée quand on l’observe sous l’angle du temps ganadero qui, forcément, est un temps long. La nouvelle ne va pas révolutionner le monde taurin ni l’apitoyer. Ángel Nieves s’ajoute à la maintenant longue liste de ganaderías qui rendent les armes face à… Face à quoi, au juste ?
La crise ? On imagine. Les débouchés infimes des petites ganaderías ? Certainement. L’épée de Damoclès qui oblige ces petits élevages à n’être jugé, critiqué, pendu, dézingué qu’au regard d’une seule course ? Orthez fut l’unique d’un Nieves qui en sortit bien déçu, comme nous d’ailleurs. Les excuses ne tiennent pas. Le débarquement titanesque des novillos la veille de la course (certains montaient au mur) ? Le manque de temps de récupération ? Tout cela ne compte pas finalement.
C’est triste une aventure qui s’achève. Quelle qu’elle fût. Ça enlève encore un peu de folie ou de romantisme à ce monde taurin qui en manque de trop.
Pour autant, l’annonce de la vente de cette ganadería pose aussi d’autres questions peut-être plus fondamentales pour le monde ganadero.
Aimer les toros est une chose, les élever en est une autre. Personnellement, j’ai mis du temps à comprendre tout ça. Je me souviens de ces premières visites au campo où nous alternions les grands noms de la cabaña brava avec les plus humbles. Ángel Nieves faisaient partie de ces derniers. Il croyait beaucoup à ses vaches mais il n’était pas ganadero. C’est difficile à écrire mais c’est ainsi. J’imagine que, durant cette petite dizaine d’années, il a appris le métier, a découvert qu’il fallait se méfier de ces animaux, s’est un peu fait la main. Mais il en faut plus au final pour élever des toros. J’écris ces lignes hors de tout jugement sur les critères de sélection des ganaderos. J’ai mes goûts en la matière, je respecte plus les choix de certains que d’autres mais il ne me viendrait pas à l’idée d’écrire par exemple que Victoriano del Río n’est pas ganadero. Petit à petit, au fil de mes tribulations camperas en Espagne et au Portugal, j’ai pu observer, certes peu, certes de manière toujours trop superficielle, le travail consistant à élever des toros. J’ai le sentiment qu’Ángel partait de trop loin. Pour mener une ganadería, il faut de l’argent et, si on l’a, il convient de s’entourer de personnes qui connaissent les toros ou être soi-même aguerri à la chose. Être aficionado ne suffit pas. Je serais un piètre ganadero, j’en suis certain. Avoir de l’argent ne suffit pas et l’exemple récent de Mariano Cifuentes est là pour le prouver. Il faut du temps. Ángel l’avait-il ? Le temps c’est de l’argent — c’est bien connu. Le temps de mener une vraie sélection, le temps de constater les résultats en privé, le temps de ne pas vouloir sortir trop vite en spectacle de premier plan, le temps de faire son autocritique. J’ai mis du temps à saisir tout cela, moi qui ne suis pas ganadero. La ganadería brava est tout sauf une improvisation ; c’est parfois un caprice mais qu’il faut pouvoir assumer à tous les niveaux. C’est là que c’est injuste pour Ángel. Pétri d’afición, passionné de Santa Coloma, il aurait mérité d’y arriver, peut-être plus que d’autres qui achètent du sous-Domecq de sous-Domecq en flinguant les vieux sangs ; d’autres qui s’en sortent parce que le fric, parce que Domecq, parce que c’est ainsi ; c’est injuste et ceux qui prennent les plus grands risques (Santa Coloma par San Martín) sont ceux qui logiquement nous quitteront les premiers.
¡Un abrazo Ángel!

17 avril 2012

En peu de mots #07


Graciliano

« Quand tu [le] regardes, il faut que tu voies un señor toro, pas un gamin. Un athlète, avec le “cul serré”, les défenses bien armées, tout en muscles, la queue qui touche presque terre. Hasta el rabo, todo ha de ser toro. »

José Manuel Durán, vétérinaire


Photographie
'Jaquetón' de D. Juan Luis Fraile y Martín — Madrid, 2010 © Juan 'Manon' Pelegrín

29 décembre 2011

Les ganaderías de Parentis 2012


Après Céret, Orthez et Vic, c'est au tour de Parentis-en-Born (40) d'annoncer les élevages qui seront combattus en 2012, et autant écrire d'ores et déjà que les membres de l'ADA Parentis ont préparé une belle féria ganadera avec, en particulier, le retour des trop rares Raso de Portillo sur les terres de leurs triomphes. Enhorabuena l'ADA et vive la Sen Bertomiu 2012 !

Un toro du Raso de Portillo photographié en 2009 © Laurent Larrieu / Camposyruedos.com

Communiqué de l'ADA Parentis

« L’Association des aficionados de Parentis et
la commission taurine viennent de rendre public les ganaderías de la prochaine féria de la Sen Bertomiu qui se déroulera les 4 et 5 août 2012.
Retour des Raso de Portillo
En 2012, l’ADA de Parentis-en-Born poursuivra l’organisation d’une troisième novillada piquée avec 4 novillos le dimanche 5 août en matinée. La ganadería de Raso de Portillo reviendra à Parentis après ses succès de 2007 et 2008. Contrairement à 2009, les novillos choisis seront exclusivement issus d’un croisement entre les vaches d’origine Raso de Portillo et des sementales d’origine Dionisio Rodríguez (Santa Coloma).
Reconduite de Valdellán
Après le succès de 2011, la devise de Valdellán d’origine Graciliano (Santa Coloma) sera reconduite le samedi 4 août après-midi. Pour mémoire, rappelons que l’Association des critiques taurins du Sud-Ouest avait décerné son prix à la meilleure novillada au lot combattu en 2011 dans les arènes Roland-Portalier.
Débuts parentissois pour Flor de Jara
Carlos Aragón Cancela, ganadero de Flor de Jara, fera ses débuts à Parentis le dimanche 5 août après-midi. Cette ganadería s’inscrit dans la plus pure tradition torista de l’ADA qui maintient sa confiance dans l’encaste Santa Coloma (présent dans les trois lots de l’édition 2012). »

14 décembre 2011

Céret de Toros 2012


Pour ses 25 ans, l’Association des aficionados cérétans a souhaité offrir à l’Afición un « Céret de Toros » exceptionnel. Les fers mythiques de Don José Joaquín Moreno de Silva et  Don José Escolar Gil, qui se sont illustrés lors des précédentes éditions, seront à nouveau au rendez-vous. Fidèle à sa politique, l’ADAC complètera l’affiche avec les novillos de la ganadería Escobar. Fernando Robleño, le torero emblématique du ruedo cérétan, qui s’est toujours distingué face aux ganaderías de respect, affrontera seul les 6 toros d’Escolar Gil. Ce défi, loin des triomphes programmés, constitue un acte de courage auquel peu se hasarderaient. Les 14 et 15 juillet 2012, à Céret, en Catalogne, un évènement torista à ne pas manquer. 

Samedi 14 juillet - 18 h
6 toros de D. José Joaquín Moreno de Silva - « La Vega », Palma del Río (Cordoue) - Marqués de Saltillo.

Dimanche 15 juillet - 11 h
6 novillos de Hros. de D. José María Escobar et D. Mauricio Soler Escobar - « Isla Mínima », La Puebla del Río (Séville) - Conde de Santa Coloma via Graciliano Pérez-Tabernero et Joaquín Buendía Peña.

Dimanche 15 juillet - 18 h
Pour Fernando Robleño, único espada, 6 toros de D. José Escolar Gil - « Monte Valdetiétar », Lanzahíta (Ávila) - Marqués de Albaserrada et Joaquín Buendía Peña.

Lien 
La rubrique CAMPO du site de l'ADAC.

09 août 2011

Valdellán en Born


Novillada de Valdellán /// Parentis-en-Born /// Dimanche 7 août 2011.

Valdellán : six toros-novillos, cinq guerriers. Oublions l’inconséquent premier ; oublions les affres de Daniel Martín, pauvre misère ; oublions le public abominable applaudissant ce mauvais premier novillo pour mieux humilier le gamin qui avait sombré... Salaud de public ! Siffleurs à roulette !
D’abord, ces novillos dits d’origine Gracilliano-Buendía étaient hauts sur pattes, plutôt élancés, armés par devant... Pas grand-chose qui fasse penser aux Hoyo de la Gitana ou à des petits gris... Cela dit, moralement, on se trouvait dans la bonne crèmerie : jamais fourbes mais vifs dans la muleta, il s’agissait bien de « caste » au sens premier de ce mot galvaudé. Cinq guerriers rudes, endurants, braves, et qui ont imposé aux novilleros de rompre, voler des passes, se profiler, décharger la suerte... quand ils la chargeaient — pas souvent. Le deuxième novillo méritait de recevoir une distinction ; parti quatre fois au cheval, il n’a jamais lâché le morceau ni desserré ses dents de ruminant affamé.
Souvent courts aux banderilles, ils reprenaient du poil de la bête dans des muletas craintives... et les novilleros perdaient du terrain, se replaçaient, gagnaient de précieuses secondes en bricolages divers de leur matériel et s’élançaient enfin pour des "couci-couçadas" (estocades portugaises approximatives), et on était soulagé de les retrouver indemnes.
Dix-neuf piques en novillada, c’est trois fois plus que dans bien des corridas. Et des piques, il y en eut de toute sorte. Retenons une volonté de bien faire avec des moyens limités et je hurle dans le désert contre cette carioca contemporaine qui consiste à accompagner le toro vers l’intérieur quand il arrive sur l’épaule droite pour le laisser parallèle au peto où il vient se décourager dans une poussée inutile. Le cheval mobile utilisé de cette manière devient alors aussi démolisseur que le cheval immobile. Et ne parlons pas du cheval gaillard et mobile capable de pousser un novillo sur trois ou quatre mètres, chose que l’on vit au 5e.
Le cheval grand et mobile est un danger possible. Il répond à la demande d’organisateurs soucieux de revitaliser le tercio de varas sans sacrifier au confort des picadors. C’est le péril du moindre mal qui se concrétise par exemple avec la cuadra de Navarro de Valencia vue à Teruel cette année et qui se vend comme un compromis idéal. A ver...
Pour votre information, ce week-end, il y aura des toros à Tobarra, Roa de Duero, Burgo de Osma, Blanca, Guijuelo, Cenicientos, Ayora, Pinto, Arguedas, Miraflores de la Sierra, Rueda, Navalmanzano, Puertomingalvo, Silla, Molinicos, Amposta, Castrejón de Trabancos et Dax.
Mario Tisné
>>> Bientôt en ligne, la galerie des Valdellán de Parentis...

21 juillet 2011

Pattes blanches


 Patas blancas en negro y rojo © José 'JotaC' Angulo 2011

Quand on longeait la route, là-bas, entre Salamanque et Ciudad Rodrigo, elles attendaient posées sur l’herbe tendre, les vaches blanches et noires, comme les touches d'un vaste piano champêtre.
C’était une symphonie bicolore du Campo Charro qui valait le déplacement, qui régalait l'œil et relançait les rêveries taurines pour toute une temporada. Quand elles étaient suivies par un añojo, c’était une faena entière qui se déplaçait, un combat épique qui germait dans la tête du moindre observateur à peine aficionado. Désormais il ne reste que la prasine de l'herbe au milieu des chênes ancestraux. Les toros ont déserté les lieux comme ils désertent l’arène.
En novembre dernier, l’éleveur a dû se résoudre à conduire ses bêtes à l'abattoir. Il l'a fait pour des raisons diverses. Pour des problèmes sanitaires, bien sûr, mais aussi à cause du désintérêt total des organisateurs pour ce type de bétail que les toreros refusent d'affronter. On entrevoit encore, de loin en loin, la pointe d'une patte de patas blancas lors d’une course de rejón, guère plus.
Exit Los Majadales. Justo Nieto a rendu son tablier, Sánchez-Cobaleda vient de jeter l’éponge. Il ne reste, pour maintenir la lignée, que les Paco Galache, les Barcial ou les Monteviejo de chez Victorino. C’est bien peu. Les Vega-Villar vont disparaître du paysage. Seule subsistera leur légende centenaire, résultat du croisement mythique entre le sang des illustres Veragua et celui des fougueux Santa Coloma. Ces toros comptaient pourtant parmi les préférés des vedettes, Manolete les réclamaient et ils étaient incontournables lors des grandes férias... d'autrefois.
Aujourd'hui, on multiplie les programmations aseptisées, démagogiques et répétitives. On se complaît dans un faux-semblant de bon aloi. On tente de nous faire prendre des vessies plus ou moins "domecqstiquées" pour les lanternes magiques d'une tauromachie de pacotille. C'est consternant. Nous sommes entrés dans l'ère de l'artifice et du régime dissocié : du Vega-Villar, pourquoi pas, mais fragmenté en plusieurs courses, un indigeste carpaccio de pièces très détachées !
Dans ce registre, l'insipide Madeleine qui s’est achevée mardi par une soupe à la grimace est un modèle du genre. Elle proposait, pour commencer, des Garcigrande. Une sorte de gaspacho léger, relevé par quelques micro-gouttes de Veragua, diluées à dose homéopathique dans du jus de Juan PedrO. Un vague rappel des origines qui permettent encore à ces bestioles de tenir en piste sans s’avachir complètement. Pour conclure, un plat dit de résistance : La Quinta, fade, édulcoré, sans gras ni couenne, désossé. Du Santa Coloma ultra-light, des Buendía rachitiques, commodes de pied en cap, gentiment compréhensifs, ineptes collaborateurs.
De la camelote de bout en bout !
Les temps changent. Autres temps, autres mœurs, à vaincre avec peu de péril... on évite bien des dangers.
Heureusement, il reste çà et  des organisations fidèles à des valeurs d'indépendance qui défendent la diversité des encastes et qui offrent leur place aux élevages marginalisés ou minoritaires.
Les temps changent. Lentement, les noirs et blancs s'effacent du campo... Autres goûts, autres couleurs.

Puisque la mode est au réchauffé, permettez que je vous présente un plat encore tiède, un texte qui abordait la dernière course montoise dans Le Petit Journal du Plumaçon.


La Quinta, le goût des autres...
Non monsieur, non ! La Quinta n’a jamais été fabriquée à Aulnay-sous-Bois. Non ! La Quinta n’est pas l’épouse de Charles Quint. Non, non et non ! Rien à voir avec le loto sportif ibérique et les paris "fôteubollistiques". Perdu ! Ça, c’est la Quiniela. Non ! Monsieur, vous faites fausse route. Ne vous obstinez pas. En classe, c’est sûr, vous n’écoutiez déjà que d’une oreja. Distraite et sélective, l’oreja. Vous êtes convaincu depuis toujours que l’espagnol est une langue facile : au masculin, ça finit en "o", au féminin tout se termine par "a". Et voilà, un apprentissage rapide, vingt ans de lacunes : aujourd’hui, on contemple les dégâts.
Heureusement qu’il vous reste les souvenirs d’enfance et les vacances sur la Costa... ?
— Euh... Bravo ? Comme les toros...
— Non, Brava, comme la vaca !
— Brava, c’est ça... La Costa, féminin, Brava.
— Bravo !
Et surtout, la paella. Vous vous rappelez ? Le couple, au bas de l’avenue, la Casa Chopero (je crois)... C’est si loin tout ça... Un vieux bonhomme rabougri, fripé, tordu et sans âge, sec comme un coup de trique. Antonio, Pablo, Luis Mariano ? C’est si loin tout ça... Et sa femme ? Comment déjà ? María, Conchita, Carmencita ? Rosa, c’est ça ! Elle s’appelait Rosa.
C’est elle qui vous gardait le mercredi. Le mercredi, chez Rosa, c’était paella.
¡Hola, muy bonitas! 
Rosa souriait. Votre usage de la langue d'El Cordobés lui semblait surréaliste et poétique. Elle adorait.
Buenos días, répondait-elle en avançant le premier plat. ¿Quieres zumo? Elle attendait pour se délecter d’un double sourire. Ah ! la jota !
De narranrra por favor.
La paella, jusque-là, vous n’en aviez mâché qu’à la cantoche. Une sorte de pâté jaune et gluant avec des petits bouts de caoutchouc planqués à l’intérieur qui collaient aux dents et vous restaient sur l’estomac. Bizarre tout de même que ça s’appelle pareil !
Suculenta, "excelenta", enfin bref, super buena ta paella, Rosa !
Muchas gracias. Une fois vous en avez repris cinq fois. Rosa n’en revenait pas, elle a juste dit à Pablo : "Es la quinta."
Il y a peu, par nostalgie, vous êtes repassé par là. C’est devenu un restaurant branché, "La casa de Simón y Mari". Service impeccable, trois garçons très stylés : Curro, Julián et Thomas. La paella, c’est le mardi, une sorte de pâté jaune et gluant avec des petits bouts de caoutchouc planqués à l’intérieur qui collent aux dents et vous restent sur l’estomac. Parfois, pour le piquant, il y a une tranche de chorizo très très fine, mais c’est rare. Bizarre que ça s’appelle pareil !
La Quinta, m’étonnerait beaucoup que vous en repreniez cinq fois ! 

10 mai 2011

« Santa Coloma et sélection »


Le samedi 14 mai 2011, à partir de 21 heures et à l'invitation de la peña Los Pechos (entrée libre au 6, rue Claude Dépruneaux à Mont-de-Marsan), notre camarade Thomas Thuriès (terredetoros.com) animera une conférence* sur le thème « Santa Coloma et sélection » ; conférence au cours de laquelle il s'attachera « à présenter l’évolution de l’encaste Santa Coloma et à expliquer comment la sélection de l’homme en a fait aujourd’hui un encaste synonyme de diversité ».

Précision Le texte qui suit n'est qu'une plaisanterie en même temps qu'un (vilain) plagiat de l'incroyable présentation de l'opus 29 « Le roman de Vistahermosa » — l'ego de notre camarade étant d'une grosseur inversement proportionnelle à celle des chevilles de l'auteur dudit opus.

Ce samedi, donc, les chanceux qui assisteront à la conférence « Santa Coloma et sélection », ou « Le roman de Santa Coloma », découvriront les secrets de cet encaste florissant et de ses quatre progénitures encore en vie : (dans l'ordre alphabétique) Albaserrada, Buendía, Coquilla et Graciliano. Au sommaire : dans un contexte historique fondamental, la véritable histoire du Conde de Santa Coloma comme jamais elle ne fut racontée ; la vraie histoire de son gendre, de la mère de celui-ci et du fils de cette dernière ; celle des « veuves » du petit coquin que fut Félix S. (y a rien à faire, y a toujours des veuves dans ces contes ganaderos) ; la légende réelle des « toros gris » (on saura enfin d'où viennent les cárdenos) ; une évocation des derniers Vega-Villar (Santa Coloma x Vázquez), ainsi que, pour la première fois au monde, un reportage complet sur la famille Ibarra réalisé grâce aux descendants de ce bon vieux Edouard dans sa finca de « La Carscajera », « La Carsajera », non, « La Casajera » (pfff, j'y arriverai jamais) où étaient jadis les toros. Pour terminer, grâce (j'ai la grâce) à une foultitude de livres ganaderos consultés (liste fournie sur simple appel téléphonique, 3,50 €/min), une révélation extraordinaire qui remet en question — preuve à l'appui — la généalogie officielle de l'encaste Coquilla, c'est-à-dire celle de la plupart des ganaderías contemporaines... Il est prudent de réserver auprès de l'ambassade de France à Madrid.

* Accompagnée d'un vin d'honneur.

Image Chez Adolfo Rodríguez Montesinos © Laurent Larrieu

17 avril 2011

Ce samedi 16 avril


C’est 'Gargantillo' qui a gagné. Il en faudra plus que cet unique exemplaire pour redonner du lustre à la ganadería de Felipe Bartolomé Sanz mais 'Gargantillo' peut laisser toutefois espérer le ganadero. Les autres ont perdu parce que moins bons que 'Gargantillo' peut-être ou parce que les conditions de leur lidia ne leur auraient jamais permis de gagner, quoi qu’ils eussent fait dans le ruedo pour le mériter. Mais les prix importent peu et le principe du concours de ganaderías n’est à la fin qu’un prétexte pour voir le toro combattre. C’est déjà énorme par les temps qui courent. Et il y eut des toros à Saragosse ce samedi 16 avril 2011 ; aucun grand toro mais une franche rasade de bons toros, intéressants et chacun fidèle à ses origines.
Le problème des corridas concours est le choix des maestros chargés de combattre les six toros. Car au-delà de leurs qualités avérées ou non de torero, la vérité oblige à reconnaître ce que l’on oublie trop souvent : la lidia d’un toro débute dès la sortie du toril et s’achève avec la puntilla. Et cette lidia essentielle est menée par une équipe, une cuadrilla, qui se doit d’être au point. Ce samedi 16 avril, Serafín Marín et sa cuadrilla étaient prêts et même plus. Le diestro catalan a été excellent de bout en bout, intelligent, meneur d’hommes et de toros. A sa suite, sa cuadrilla brilla par l’économie de gestes et le sens de la lidia. En point d’orgue, il y eut ce spectacle rarissimissime d’un torero a caballo encore capable de piquer un toro brave ('Garboso' d’Adelaida Rodríguez) dans le morrillo... une fois, deux fois, trois fois, quatre fois et même cinq fois. Sur le programme était écrit : « Manuel Molina (grana y oro), pica el 5°. »
Mais Serafín Marín et sa cuadrilla démontrèrent en contrepoint qu’une corrida concours ne peut pas être confiée au premier torero local ou au protégé de l’empresa. Une corrida concours, si elle doit être organisée, se doit de proposer au cartel des toreros lidiadores, c’est une chose, mais avant tout et surtout, des toreros accompagnés d’une cuadrilla digne de ce nom. C’est triste à écrire mais c’est ainsi et, ce samedi 16 avril, Serranito et sa cuadrilla de mercenaires ont massacré (le terme « saigné » serait plus adéquat) un toro très intéressant (Juan Luis Fraile) et ont faussé le tercio de piques du dernier (La Reina) en étant incapables de contenir et de guider la charge encastée de cet animal.
'Gargantillo' a gagné parce qu’il était beau ! Ça compte. 'Gargantillo' avait du trapío. 480 kilos de trapío et de présence (la queue un peu courte peut-être). 'Garboso' (Adelaida Rodríguez) a perdu à cause de son asphyxie lors du troisième tiers (il n’a pu recevoir que 4 passes puis s’est couché longuement sur le sable), mais surtout parce qu'il était sans trapío. 581 kilos de non trapío. 'Sortijero' (Juan Luis Fraile), malgré d’indéniables qualités de caste et malgré un assassinat aux piques, n’aurait jamais pu gagner car il n’avait pas lui non plus de trapío avec ce cul étroit et cette colonne vertébrale mal tombée. 'Sedero' (La Reina) avait du trapío mais il n’a pas gagné car trop dans le concept moderne d’un toro fabriqué uniquement pour le troisième tiers (même s’il démontra une belle caste débordante pour Castaño). Et puis on ne gagne pas avec deux cornes éclatées ! Elles servent à quoi leurs fundas Monsieur Joselito ? 'Aviador' (Adolfo Martín) pesait 475 kilos. 'Aviador' était beau. Vraiment beau et vraiment con trapío ! Une "estampe". 'Aviador' n’a pas gagné car 'Aviador' s’est comporté comme un Albaserrada au cheval — j’y vais mais pas trop, j’y repars mais sans conviction — et comme un pu... de sa ra... d’Albaserrada au troisième tiers. Le truc qui charge avec allant mais l’œil sur les chevilles, les deux yeux même. Un Albaserrrada que l'on aimerait revoir plus souvent pour dire vrai. Le trapío, le poids... Eternel dilemme réglé ce samedi 16 avril par un Santa Coloma de 480 kilos et par un Albaserrada de 475 kilos ! Enhorabuena.
Alors oublions le Concha y Sierra, oublions les piques de tienta, oublions le manque de public et la moyenne d’âge cheveux blancs, oublions Castaño et surtout Serranito. Oublions tout cela. Ce samedi 16 avril, il y avait une bonne cuadra de caballos, deux bons picadors, un maestro et des toros de lidia.

>>> Retrouvez une galerie consacrée à cette corrida concours sur le site www.camposyruedos.com, rubrique RUEDOS.

Photographie 'Aviador' d'Adolfo Martín Andrés © Laurent Larrieu

28 mars 2011

Ce 25 juin 1995


Ce 25 juin 1995, comme chaque année à pareille époque, la petite ville de Coria se dévergonde sous un soleil de plomb. Echouée là, non loin du Portugal à une soixantaine de kilomètres au nord de Cáceres, à flanc de colline au bord du Río Alagón, la cité extremeña célèbre avec ferveur les fêtes de la San Juan pour peut-être rappeler une fois l'an au monde qu'elle existe. Pierre angulaire de cette catharsis populaire : le toro, vers lequel convergent tous les regards — et les dards expédiés à l'aide de sarbacanes* —, que l'on vienne se faire peur au bout des cornes sous les yeux d'une foule bigarée et surchauffée, ou manifester son dégoût et sa colère.

Née en 1955, fondatrice avec son mari du Combat contre la cruauté animale en Europe (FAACE), l'Ecossaise Vicki Moore est descendue dans un hôtel de Coria, grimée et sous une fausse identité. Depuis 1987 et un toro de fuego à Canet de Berenguer (Valence), elle arpente sans relâche, en long en large et en travers, cette Espagne attachée à des traditions riches en sacrifices d'animaux (ânes, toros, chèvres, etc.) afin de pouvoir témoigner de l'incroyable barbarie dont sont capables les habitants de ce bout d'Europe — à Villanueva de la Vera (Cáceres), elle sauvera un âne, et à Manganeses de la Polvorosa (Zamora), deux chèvres.
Curieusement accoutrée — trop couverte par cette suffocante après-midi d'été —, Vicki Moore filme en caméra presque cachée. Sans doute en quête de fraîcheur, elle s'est postée dans une ruelle quasi déserte du vieux Coria à une encablure de l'église Santiago. Les cris et les « Hé ! toro ! » se faisant entendre de plus en plus distinctement, la menace 'Argentino', toro cárdeno de grand respect des frères Pérez Escudero, se rapproche sûrement. Long, ensellé et le « cul serré », l'« Adolfo » du Campo Charro est entier. Le museau en nage, le morrillo congestionné et les muscles bandés, il n'a, jusqu'alors, guère été écarté, encore moins toréé — à peine banderillé.

Parce qu'elles n'offrent que de maigres refuges — grilles de fenêtres et balcons —, les ruelles du centre ancien sont peu courues des Corianos. À dire vrai, elles ressemblent fort à des coupe-gorges, et 'Argentino' — une brute très armée — à un redoutable malfaiteur. Son dos a beau craquer à chaque volte-face et ses sabots claquer aux oreilles des rares présents qui osent le provoquer, 'Argentino' semble progresser en silence avec la froide détermination du prédateur. Il débouche maintenant au coin de la rue. Il aurait pu prendre à gauche ; il oblique à droite. Là où précisément se trouve, immobile, comme pétrifiée, l'activiste animalière.
Un bras qui se tend, un corps qui se hisse, un autre qui détale ou se cache : 'Argentino', stressé et aveuglé, ne perçoit plus que des déplacements furtifs ayant pour conséquence de toujours élever le niveau du danger. Dans un contexte déjà terriblement défavorable — grosse chaleur, « sol y sombra » incessant, toro à la traque, passage étroit, « sorties de secours » dérisoires —, le comportement insensé de Vicki Moore n'arrange rien à l'affaire. Tout habitée qu'elle est à ne rien manquer d'une scène dont elle paraît s'être absentée, elle n'entend ni n'obéit aux mises en garde répétées et angoissées de la rue — occupée, elle, à se protéger de la bête.

13h51. 'Argentino' aurait-il senti une odeur ? aperçu un tissu de couleur ? décelé un mouvement de peur ? Qu'importe, la foudre va impitoyablement frapper là où elle ne pouvait que tomber. Mû par une férocité tout droit venue du fond des âges, le Saltillo bouscule, accroche de sa corne et expédie une première fois dans les airs une femme de quarante ans, avant d'encorner à dix reprises une vulgaire poupée de chiffons — puis l'abandonner. Disloquée, agressée de manière effroyable sans que personne n'ait pu éviter ou écourter son cauchemar, Vicki Moore vit. Toutes sirènes hurlantes, l'ambulance ne transporte qu'un paquet de chair, d'os et de sang.
Au soir du 25 juin 1995, si le cœur de la militante du FAACE battait, il le devait à l'effet conjugué de la chance et du professionnalisme des médecins. Au terme d'une opération de survie de plus de sept heures, Vicki Moore sera transférée, en hélicoptère, de Coria à l'hôpital régional San Pedro de Alcántara de Cáceres pour y être maintenue dans un coma artificiel pendant quatre semaines. De retour chez elle, en Angleterre, l'icône et martyre restera clouée six mois en fauteuil roulant, et subira de nombreuses autres opérations jusqu'à son décès, survenu le 6 février 2000, soit quatre ans et demi après la rencontre avec 'Argentino'.

* Pratique délaissée depuis 2009.

*  *  *  *  *  *  *

'Argentino' portait le fer et la devise bleu pavot et blanche de la ganadería Hermanos Pérez Escudero. Propriété de Jesús 'Chuchi el Coriano' Pérez Escudero, l'élevage avait acquis à Coria une réputation sulfureuse — qui là-bas ne se souvient de ce toro qui, après avoir explosé l'entrée, avait ravagé l'immeuble du rez-de-chaussée jusqu'au dernier ? — et un surnom : « El toro del miedo ».
Deux cents têtes de bétail déplacées des environs de Ciudad Rodrigo à Funes (près de Peralta en Navarre), car vendues aux frères Domínguez : ce sont bien des vaches marquées du « PE » cerclé de la ganadería Hermanos Pérez Escudero qui seront tientées, à Orthez, le samedi 2 avril prochain.

>>> Parce qu'il n'est pas souhaitable que ces 12 interminables secondes (une partie seulement de la cogida) puissent être vues trop facilement, et parce qu'il est grandement préférable qu'elles le soient avec ce qu'il faut de recul et de précaution, le lien http://www.youtube.com/watch?v=bmZFVfGtsds doit être copié et collé.

Image Carte postale © Cy Twombly (Lexington, Virginie 1928) / Summer Madness, 1990 / Huile, gouache, stylo et crayon sur papier, 150 x 126 cm.

15 mars 2011

Coquillalive


Un clin d'œil pour Philippe, pour les autres aussi. Deux Coquilla de Sánchez-Fabrés qui jouent le matin au réveil.

12 février 2011

Parentis-en-Born 2011


L'Association des aficionados de Parentis (ADA Parentis) a choisi ses élevages pour la Sen Bertomiu 2011 :

Samedi 6 août
Après-midi
6 novillos de MURTEIRA GRAVE (encaste Murteira Grave... pour faire simple).

Dimanche 7 août
Matinée
4 novillos de FRANCISCO MADRAZO DE LA VADIMA (encaste Santa Coloma : Gracilliano & Coquilla).

Après-midi
6 novillos de VALDELLÁN (encaste Santa Coloma : Buendía & Graciliano).

Image Un Murteira Grave © Thomas Thuriès

11 novembre 2010

Salida 177


Le samedi 14 mars 2009 entre Segurilla (Toledo) et Siete Iglesias de Trabancos (Valladolid), via Salamanca.

Nous aurions pu quitter Adolfo Rodríguez Montesinos plus tôt — après coup, pour mieux se persuader de l'impossibilité de la chose sur le moment, on emploie souvent le conditionnel. À mesure que nous avalions les hectomètres, au nord de Talavera de la Reina en direction de la vallée du Tiétar, le soleil ne cessait de descendre, et la lumière de baisser avec lui — nous devions avoir une bonne petite heure devant nous. Quand allions-nous pouvoir mettre la main sur celui qui nous conduirait vers eux ? On n'a jamais vraiment la réponse à ce genre de questions.

Il avait tenté de joindre sa femme. Il la savait sortie à cette heure, mais il avait quand même essayé. Pas pour le plaisir de pester, non, simplement parce qu'il désirait ardemment, au moment précis où il s'était garé, entendre sa voix.

Dans ce paysage d'abandon se cachait, sur les lieux même de ce qui fut une finca, un centre de remise en forme ultramoderne avec le spa là où jadis l'on tientait vaches et machos. Une pression sur le bouton de l'interphone et Adolfo Sánchez Hernando apparaît — Adolfo, un prénom de ganadero. L'heure passée en sa compagnie nous aura révélé un homme simple et débonnaire, soucieux de préserver un patrimoine unique et lourd à gérer, à l'avenir incertain — il en profita pour proférer quelques vacheries sur l'univers passablement médiocre des toros.

Il saisit son volant avec rage et dépit, serra les mâchoires, inspira puis expira profondément comme pour chasser tout ce qui était indésirable en lui. Il ouvrit la portière, et ses sabots cognèrent l'asphalte noir et gras du parking.

Nous tenions un personnage haut en couleurs : il eût fallu le voir sortir de son complexe érigé au milieu de nulle part ; nous transporter dans son mini-bus Volkswagen sur une langue de bitume balisée de petits ravins et de gros rochers ; nous présenter ses jeunes et beaux Santa Coloma-Vázquez aux pelages fascinants et à l'aspect sauvage ; nous expliquer le pourquoi de ce filet branlant au-dessus d'installations d'un autre temps, et nous conter ses difficultés d'atteindre et de rassembler les vaches planquées tout là-haut dans la montagne — sans se départir de son air mélancolique. 

Il n'était pas seul — tous les poids lourds circulant sur l'autoroute de Castille semblaient avoir pris la salida 177. En l'absence probable de compatriotes, rares à fréquenter cet axe, tout indiquait qu'il allait traverser la soirée en solitaire.

Depuis l'antédiluvienne, miniature et romantique placita de tienta, il nous confia son goût pour les spécialités savoyardes auxquelles il eut l'occasion de faire honneur lorsqu'il était informaticien en poste à Genève ! Et c'est ensuite, sur le chemin du retour, que Ponce en prit pour son grade puisque, si ma mémoire ne me trahit pas, ce dernier se fit plus ou moins traiter de tricheur. Et nous nous sentîmes obligés, pensant par la même adoucir la lourde charge dirigée contre ce pauvre Enrique, d'enchérir en affirmant qu'ils l'étaient tous. «Pobre Fiesta...»

Il entra et ne lui adressa pas un regard. Il la connaissait cette tête, depuis le temps. Un jour, parce qu'il avait dû poser la question, un serveur lui expliqua d'où elle venait — San Pedro de Rozados, salida 260 — et pourquoi elle était là.

Débarquer à sept heures, repartir à huit — six, peut-être sept ou huit : le nombre de piques que les novillos d'Adolfo auraient reçu à Mocejón, et ce dans la plus pure tradition de leurs origines —, repartir à huit, donc, avec en tête l'idée farfelue de rallier Salamanque pour une improbable halte culturelle... Au travers de la vitre de la voiture, l'Espagne minérale et torturée défilait en cinémascope, éclairée par la lune, bientôt relayée par les silhouettes végétales et pommelées du Campo Charro que les griffes de l'agglomération salmantine agrippent de plus en plus loin.

Il prit place au comptoir, encadré par des tortillas et de curieux desserts dont les gens du cru ont le secret — «Ils peuvent se le garder», pensa-t-il. Yeux fermés et paumes sur les tempes, il resta immobile un long moment. Une éternité.

Là-bas comme par ici, les villes grignotent les campagnes laissant leurs centres se dépeupler pour se transformer en musées. Salamanque fait partie de ces vieilles cités qui vous font remonter le temps autrement plus vite que ne le firent nos jambes pour gravir la pente en haut de laquelle bat son cœur ancien. Cette étape se transforma en un fiasco aussi monumental que les environs de la Plaza Mayor. Perdus au milieu de la foule, et refoulés à la réception de quatre ou cinq hostales, nous quittâmes la trépidante capitale charra non sans un certain soulagement.

Il n'a jamais compris et ne comprendra jamais. Chez lui, cela ne se verrait pas. Il commanda une bière, la première d'une trop longue série, et de quoi manger. Il avait besoin de mâcher pour ne pas avoir à remâcher — son amertume.

«Mayalde est à côté et Ángel nous laissera avec plaisir un bout de grange pour passer la nuit...» Les trois qui n'avaient rien dit restèrent bouche bée — oh ! tu es sérieux l'ami ? —, et l'un d'eux proposa que fût organisé un référendum en urgence. Un parce qu'il était tard, deux parce que nous avions faim, et trois parce qu'en prenant la direction opposée nous faisions d'une pierre deux coups : nous nous rapprochions et de la frontière et des pins du Raso de Portillo. Résultat définitif de notre consultation populaire : 2 voix contre, 1 pour et 1 abstention.

Elle lui faisait peine accrochée là en plein courant d'air, comme collée au plafond en face du poste et de ses programmes en boucle — il vit pour la cinquième fois les buts de l'Athletic face au Real — sous une de ces vicieuses machines à sous.

À l'aller, quelque part entre Valladolid et Tordesillas — toujours un léger frisson me parcourt l'échine à son approche —, nous repérâmes un parallélépipède rectangle éclairé sur le toit arrondi duquel il nous avait bien semblé lire «Los Toreros», sans retenir toutefois le numéro de la sortie. Au retour, il était assez clair qu'il nous fallait d'abord dépasser Tordesillas et s'arrêter avant Valladolid ; ce que nous fîmes en apercevant le parallélépipède étrangement échoué dans la nuit froide et déserte de l'austère plateau castillan. Salida 177, «Los Toreros del Trabancos».

Des trophées de bêtes aussi majestueuses que le bison d'Europe de Podlachie ou le cerf de Poméranie, bien entendu qu'il en avait déjà admiré, lui qui était issu d'une famille de paysans-chasseurs. Ça oui, mais pas dans un endroit pareil...

Nous dormirons là. Dans la salle, guère de monde et cette télé omniprésente qui permet d'interpeller son voisin ou de rire fortement sans faire tourner les têtes. J'en ai remarqué deux : l'une ne bougera plus, l'autre aura besoin d'aide. L'homme est avachi sur le comptoir. Perclus de fatigue, il a sans doute trop bu — probablement un de ces routiers en transit, atteint du mal du pays et perdu dans les limbes de son âme. Il a sombré avant même de pouvoir mater les étreintes érotico-cathodiques. Qu'importe, il avait déjà vu et revu tous les buts de la Liga.

Ça non, pas dans un lieu si impersonnel où la pensée est consignée. Ici, on dort, on mange, on s'abrutit devant l'écran, on boit, on pisse, on joue, on met de l'essence... Ici, on consomme. Deux costauds le ramenèrent à son Volvo.

Nulle plaque, nul nom, mais nous étions au moins deux à l'avoir reconnu(e) : Toro de la Vega 2004, careto de Barcial à l'encornure «barcialesque», 'Rodanero' se montra à ce point manso et décasté que ceux de Tordesillas le sifflèrent — la première peine — avant de l'achever, dans les règles et le sable, à pieds et à coups de lances. Après un passage chez l'empailleur, sa tête a atterri là : vissée au-dessus d'une de ces minables machines — la double peine — et décentrée par rapport à elle, provoquant ainsi un trouble légitime chez l'amateur de décoration intérieure.

En plus Sur l'élevage d'Adolfo Sánchez Hernando : Terre de toros En juin dernier, Josemi a pris la salida 260 Salamanque est à l'honneur sur son pool Flickr Toro de la Vega 2004 Le site de l'hôtel où les chambres sont «actuelles» et impeccables : http://www.hotellostoreros.com/.

Images © Laurent Larrieu/Campos y Ruedos
'Rodanero' dans son «écrin» Chez Adolfo Sánchez Hernando à la tombée du jour Les toits de Salamanque 'Rodanero' à San Pedro de Rozados.

02 novembre 2010

Panis et Circenses


Selon le site Burladero.com, ses lecteurs souhaiteraient élever du Santa Coloma, en réponse à la question : "Si vous deveniez ganadero de bravos, de quel encaste et de quelle ganadería achèteriez-vous les produits pour former la vôtre ?"

Etonnante réponse si l'on en juge par les propositions de carteles de la saison passée et celle d'avant, et celle d'encore avant, sans compter celles à venir, que les organisateurs, la larme à l'oeil, argumentent généralement en fonction de la désormais célèbre "demande du public" qui, cela ne vous aura pas échappé, ne concerne généralement que les toreros.

En fait, le site précise que le Santa Coloma aurait été le plus mentionné, notamment par le biais d'Ana Romero, puis le Graciliano de Juan Luis Fraile, Pablo Mayoral et... La Quinta, puis les Albaserrada de Victorino jusqu'aux Saltillo de Moreno de Silva qu'un illustre novillero souhaitait voir disparaître il y a peu, pour le bien du toreo...

Ensuite, fut mentionné l'encaste Núñez, puis Pablo Romero, Urcola, Atanasio et Domecq, avec notamment les élevages de Núñez del Cuvillo ou Victoriano del Río, visiblement loin de faire autant l'unanimité qu'on s'obstine à le faire croire.

Etonnante réponse, je vous disais, car si Burladero.com n'en tire aucune conclusion, l'on peut quand même se pencher sur la question : qui sont les lecteurs votants de Burladero.com ? Quel pourcentage les aficionados représentent-ils dans une arène et que vaut réellement la voix de ce peuple aficionado, sur la décision d'une empresa au moment de ficeler ses carteles ?

Rien, apparemment... en ce qui concerne les toros. Mais si Burladero s'amusait à demander son torero chouchou à cette même "gente popular" qui réclame son Santa Coloma quotidien, nul doute que la réponse nous surprendrait moins, situant les Juli, Morante, Manzanares et autres têtes d'escalafón aux places habituelles. Finalement, les aficionados sont de doux rêveurs qui voudraient le beurre, l'argent du beurre, et le cul de qui vous savez... Seulement, les empresas vous diraient qu'en tauromachie, c'est pas possible, ou presque pas, car on ne fait pas combattre Cuadri et Morante sur le même sol, au même instant.

En effet, selon les sondages, l'alchimie "parfaite" couplerait donc vraisembablement les figuras avec le toro Santa Coloma... mais si les ganaderos ont peu de chances d'exprimer leurs souhaits aux grandes empresas, l'on ne sait que trop bien que les figuras, elles, savent se faire comprendre sur le sujet...
Et c'est là que cesse curieusement l'influence de l'Afición sur la balance de l'organisateur, qui se targue bien d'honorer le souhait du peuple quant à son torero fétiche, mais oublie systématiquement son avis sur la question du bétail qu'il souhaiterait voir combattre. C'est de bonne guerre, me direz-vous, mais cela prouve que la vraie bonne question n'a toujours pas été posée, ni par Burladero.com, ni par personne, ou alors pas dans les bons termes, à moins qu'on n'ait simplement jamais eu vraiment envie de la poser. Cette question majeure qu'il faudrait d'abord poser à l'Afición qui paye, selon toute logique, avant de l'afficher au blaire des empresas qui se "réclament tant de la vox populi". Alors Campos y Ruedos va se faire un malin plaisir de le faire pour les autres :

Entre Santa Coloma/Juli et Domecq/Juli, pour lequel des deux seriez-vous prêt à faire péter le porte-monnaie ?

10 octobre 2010

Jean-Louis


À court d'idées (et de contrats) pour son poulain, l'apoderado de Javier Conde, le taurino sévillan Manuel Álvarez Canorea, compose le numéro du gominé le plus célèbre de l'escalafón : « Allo, Javier ?
— C'est lui-même.
— J'ai une course à te proposer (il marque un temps en laissant entendre un raclement de gorge) dans la capitale.
— ...
— Allo ?
— J'écoute.
— Le jour de la fête nationale1 ! Pour la confirmation d'un Aztèque.
— Et avec ?
(nouveau raclement de gorge) Des Fraile.
(sortant de sa réserve) Oh ! mon ami Moïse !
— Heu, non, ce n'est pas Moïse...
(visiblement inquiet) Nicolas ?
— Non plus... (d'une voix basse) C'est Jean-Louis.
Bip, bip, bip, bip... »

Les apoderados d'El Fandi, El Juli, El Cid, Enrique Ponce, Alejandro Talavante, Morante de la Puebla, Daniel Luque, Sébastien Castella, Francisco Rivera Ordóñez, Rubén Pinar, Miguel Tendero, El Cordobés, César Jiménez, Cayetano, Luis Bolívar, Matías Tejela, Finito de Córdoba, Jesulín de Ubrique (vous l'aviez oublié ?), Joselito Adame, Salvador Vega, El Capea et El Cordobés hijo n'auraient pas imaginé le quart d'une seconde leur faire pareille proposition ; les médecins de Julio Aparicio, José María Manzanares et Miguel Ángel Perera auraient dit clairement non, pas question ; il se murmure que José Tomás aurait oublié, pour de bon, ce qu'est un toro, et Juan Bautista confirmé sa présence à Sangüesa ce jour-là ; Juan José Padilla, Rafaelillo, Antonio Ferrera et d'autres, grands princes mais trop nombreux à énumérer — qu'ils nous pardonnent —, auraient préféré laisser leur place à des collègues moins gâtés, et, enfin, l'inénarrable imprésario d'Alberto Aguilar aurait répondu à l'empresa madrilène qu'elle pouvait aller se faire foutre...
Au bout du compte, les noirs, costauds et fort rares Graciliano2 de Juan Luis Fraile seront passés au fil de l'épée par l'illustre inconnu Alfredo Ríos 'El Conde' (comte mexicain qui, pour confirmer à Madrid, était prêt à s'envoyer « n'importe quoi » !), Luis Vilches (avec deux contrats cette année, il aurait hésité à entamer une grève de la faim avant d'apprendre que Madrid lui offrait une occasion inespérée de relancer sa carrière) et Eduardo Gallo (l'éternelle promesse du toreo « parrainée » par César Rincón serait en proie à une profonde dépression depuis plusieurs années déjà)...

1 El Día de la Hispanidad, le 12 octobre.
2 Fossiles vivants du campo...

>>> Une fois n'est pas coutume, nous vous redirigeons vers ces portails publicitaires sans intérêt où il est beaucoup plus aisé de rencontrer un torero sur son lit d'hôpital qu'un toro sans fundas : « Toros para Madrid de Juan Luis Fraile » & « Los toros que lidiará El Conde en Madrid » (Carolina, si votre père voyait ça !).

Images Dans les corrals de Las Ventas le 23 août 2009, détail d'un Juan Luis Fraile portant la marque du fer sur le haut de la cuisse (guarismo impair), alors que l'unique guarismo pair l'a en bas... Précision Après avoir observé les photos de l'apartado des toros 2010 — le 4° montrant le flanc gauche —, les guarismos pairs portent le fer en haut de la cuisse à l'exception d'un (?), tandis que le seul guarismo impair l'a lui aussi en bas ! Si quelqu'un connait les us et coutumes de la maison... Le lot de Fraile de 2009 donc, complété par deux Ana María Cascón — l'autre devise partageant le campo des Graciliano —, fut combattu par les « seconds couteaux » Carnicerito de Úbeda (tiens, Úbeda), Francisco Javier Corpas et Serranito © Juan 'Manon' Pelegrín  Si vous souhaitez vous rendre à « Cojos de Robliza », finca des Fraile,  en provenance du Portugal sur la E-80/A-62, tenez-vous prêt à prendre la prochaine sortie, la 269 pour « Robliza de Cojos », lorsque vous apercevrez ce panneau © François Bruschet