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12 septembre 2011

Courir le toro


Deux valent mieux qu'une : la formule n'est pas vraie dans tous les cas — vous serez d'accord avec moi qu'il est préférable, à force égale, de recevoir une gifle plutôt que deux... Bref, dans le cas qui nous occupe, deux barrières valent mieux qu'une et cet extraordinaire cliché de Galle en constitue sans doute l'illustration parfaite. L'unique barrière vient de céder1 sous la charge de la bête et tout le monde ne pense désormais qu'à une chose : sauver sa peau. Chacun tente bel et bien de fuir, mais dans la panique on se pousse, on trébuche, on s'agrippe, on s'élève et on crie sûrement beaucoup. La petite fille à la merci des cornes ne crie pas  — je suis convaincu que, ce jour-là et à ce moment précis, elle n'a pas crié. Elle a déjà vu les hommes « courir les toros » dans les rues et, ce jour-là et à ce moment précis, sous la menace, elle ne joue pas à les imiter ; elle ne donne pas non plus l'impression de paniquer tant son attitude rappelle celle des mozos les plus allurés. Ce jour-là et à ce moment précis, ce petit bout de femme « court le toro ».

Après avoir pris connaissance de l'incident du 7 juillet dernier lors du premier encierro — la porte d'Estafeta se refermant devant le museau d'un cabestro —, je me mis en quête d'informations sur le vallado (la [double] barrière en bois) en général et la porte d'Estafeta en particulier, sans pouvoir trouver de date précise (et satisfaisante) sur la mise en place de la double barrière. Au terme de mes recherches, à la mi-août, je décidai de retenir ce qu'Emmanuel de Marichalar a écrit dans son ouvrage de référence2 sur les « encierros de Pampelune et d'ailleurs » : « Pourtant, la présence des barrières n'est pas toujours synonyme de sécurité. La preuve en a été donnée en 1939. Le 8 juillet, un taureau de l'élevage de Sánchez Cobaleda3 brisa une des barrières et des spectateurs furent victimes de coups de cornes. Après cet accident, les barrières les plus exposées étaient renforcées de barres d'acier. Puis, en 1942, la totalité des barrières était doublée.
Le but essentiel de la double protection est d'éviter la fuite d'un taureau qui réussirait à rompre la première barrière. L'objectif secondaire est de permettre aux coureurs en danger de se réfugier entre les deux barrières, sans être gênés par les spectateurs. [...]
Depuis l'inauguration de la double barrière, une seule a cédé, le 14 juillet 1990. Un taureau du comte de la Corte percuta de tout son poids, dans une chute, la barrière du tournant entre les rues Mercaderes et Estafeta. Il la cassa sans même s'en rendre compte et les photographes, policiers, secouristes, employés et charpentiers qui se trouvaient là en ont été quittes pour une grosse frayeur.
Il existe encore des madriers centenaires, mais ils sont installés aujourd'hui sur le parcours de l'encierrillo. Dans l'éventualité où des morceaux se trouveraient en mauvais état, leur vérification débute chaque année vers la fin du mois de mai, leur pose n'intervenant au plus tôt qu'au début du mois de juin. »

1 À Lodosa, le 2 août 2011, un homme de 74 ans recevait une cornada mortelle d'un novillo qui s'était échappé du parcours de l'encierro après avoir brisé la barrière. Suite à cet accident, le Gobierno de Navarra réfléchissait à un nouveau règlement applicable dès l'année prochaine.
(Notes suivantes ajoutées par l'auteur du post.)
2 Emmanuel de Marichalar, Le souffle dans le dos. Encierros de Pampelune et d'ailleurs, J&D Éditions, 1997.
3 Du nom de 'Liebrero', celui de la carte postale.

Carte postale publiée avec l'aimable accord de Velonero (photographie © José Galle Gallego), auteur du touchant « Tiroirs ». Merci à lui.

02 mai 2011

« Il a coulé de l'eau sous les ponts depuis »


Bien qu'ayant vu le jour à Madrid — le 19 août 1902 — et grandi à Málaga, Luis Fuentes Bejarano1 était sévillan. À l'occasion de sa disparition le 25 avril 1999, la revue Tendido (numéro de mai 1999) publia en forme d'hommage, sous le titre « Mort d'une époque », le savoureux entretien qu'il avait accordé à José Manuel Carril — en janvier 1993 sur le sable de la Maestranza. Morceaux choisis.

[À propos de la mise à mort.] La malchance ne peut-elle jouer ?
Au moment de tuer, très peu. Quand j'entends dire qu'un torero n'a pas eu de chance à la mise à mort, je demande : « Qu'est-il arrivé, son épée s'est cassée ? » On peut parler de chance, bonne ou mauvaise, selon les toros que l'on a tiré au sort. Mais, au moment de tuer, la chance, chacun se la fabrique.

Mais parfois, quand même...
Bon, parfois, oui... mais le problème est que ce « parfois » les toreros le transforment en « souvent ». C'est une peine qu'ils ne se décident pas à apprendre ce qui devrait être la règle d'or du toreo. [...] Il y a autre chose qui me fait beaucoup de peine, c'est de voir les toreros d'aujourd'hui réaliser les faenas de muleta avec l'épée de bois. Mais où allons-nous ? Est-ce que les jeunes d'aujourd'hui ne sont pas capables de manier l'épée d'acier, ou est-ce qu'ils se présentent tous blessés2 ? L'une des quatre épées que j'ai conservées — celle dont je me servais habituellement, je l'ai offerte au musée taurin de la Maestranza — pesait 600 grammes, fourreau compris. Un million de billets neufs pèse un kilo. Et y a beaucoup de toreros qui encaissent plusieurs « kilos » par tarde qui ne peuvent pas soulever 600 grammes d'acier et ont recours à l'épée factice. Et ceci s'est tellement généralisé que ce qui était autrefois une exception est devenu la norme. Je ne le comprends pas. D'autant que bien souvent, sinon presque toujours, quand le toro demande la mort, le matador perd un temps précieux dans l'aller-retour pour changer l'épée. La vérité du toreo est dans l'épée, les triomphes aussi, et je crois que l'épée doit toujours être celle « de vérité ».

Dites-moi, allez-vous encore aux arènes ?
Non, plus maintenant. J'ai cessé d'y aller il y a cinq ans3 à cause d'une novillada de mon grand ami Javier Moreno de la Cova. Sa ganadería est de pur sang Saltillo et se sont de vrais toros. Cette tarde, ils furent difficiles, avec du danger, et ont fait tourner en bourrique les toreros. Le résultat est que, depuis, on ne lui a plus jamais acheté le moindre bout de corne. Alors j'ai abandonné parce qu'il est inadmissible, puisque le toro est la vérité première de la Fiesta, de boycotter un ganadero dont l'unique péché est d'élever de vrais toros. C'est ainsi que je ne suis plus retourné voir une corrida.

Même pas à la télévision ?
À la télévision, si, de temps en temps, mais toujours sans le son. Je sais que les commentaires doivent se justifier et, comme disent certains, enseigner à ceux qui ne savent pas ; mais trop souvent ils passent les bornes et, à la longue, personne ne peut résister à ça.

Pensez-vous que la retransmission de corridas à la télévision soit bénéfique pour la Fiesta ?
[...] Je ne me lasserai jamais de répéter que la vérité de la Fiesta c'est le toro, que plus il est sauvage, mieux c'est. Et que si ce qui se passe entre le toro et le torero — même entre un becerro et un becerrista — ne transmet pas la peur sur les tendidos, tout ça n'a plus aucune importance et ne sert à rien. Cette peur, cette sensation du danger qui te serre le cœur sur les tendidos, jamais la télévision ne peut les procurer. C'est vrai qu'une pierre transmet encore moins...

Est-ce que l'on toréait mieux ou plus mal autrefois qu'aujourd'hui ?
Autrefois, on toréait mieux les toros d'autrefois ; aujourd'hui, on torée mieux les toros d'aujourd'hui. Pour pouvoir répondre en toute connaissance de cause, il faudrait voir les toreros d'hier toréer les toros d'aujourd'hui, et les toreros d'aujourd'hui toréer les toros d'hier. La seule chose que je peux dire, c'est que le toro d'autrefois était plus « toro » que celui d'aujourd'hui.

Savez-vous que vous êtes le doyen des matadors ?
Oui, je crois que c'est moi.

Et savez-vous que vous êtes le seul survivant des huit toreros du cartel d'inauguration des arènes de Las Ventas4 ?
Oui, je le sais aussi. Il a coulé de l'eau sous les ponts depuis.

1 De son vrai nom Luis Moragas Fuertes.
2 Le règlement taurin obligeait autrefois le torero à présenter un certificat médical pour pouvoir utiliser l'épée de bois. Actuellement [1999], deux toreros respectent la tradition et utilisent l'épée de mort dans la muleta : Tomás Campuzano et Juan Mora. (Note Tendido.)
3 En 1988, donc, à l'âge de 86 ans. (Note Campos y Ruedos.)
4 Le 17 juin 1931. (id.)

Images La première carte postale (Eugène Pacault, éditeur-photographe à Biarritz, non datée) est issue de ma petite collection & la seconde d'une banale recherche via l'onglet « Images » de Google Chrome.

07 avril 2011

« Ton ami Charles »



Pour un jeune du Ribatejo, le Portugal des sixties était aussi chiche en emplois que celui des années 2000. Originaire du district de Santarém, Carlos Pereira Costa n'avait été retenu ni par l'administration ni par les champs ; le manque de diplôme et l'absence de soutien lui avaient fermé la première, tandis que les seconds n'avaient jamais été envisagé, du fait d'un rhume des foins tenace, et pour tout dire stupide, alors même que son travail le fascinait. La vingtaine, fiancé depuis quelques mois et un bébé bientôt sur les bras, Carlos avait reçu la lettre d'un cousin qui, mis dans la confidence par un oncle ou une tante, lui proposait de le rejoindre dans le centre de la France, à Montluçon.

La manufacture de pneumatiques (et de balles de tennis) embauchait des ouvriers, et Carlos ne tarda pas à rejoindre l'industrieuse et prolétaire sous-préfecture de l'Allier — Moulins misant sur le tertiaire, et Vichy, les pastilles. Traversée par le Cher et gérée par le PC, ce qui n'était pas pour lui déplaire, il y construisit sa maison, s'y fit des amis — des camarades, aussi —, et ses deux filles y trouvèrent chacune un mari. Dunlop payait suffisamment pour envisager un aller et retour par an au pays ; quand le CE et le syndicat, eux, permettaient à moindre frais d'envoyer les enfants en colonie de vacances — à cette époque, conscience de classe, progrès social et solidarité avaient encore un sens.

Pendant plus de trente ans, Carlos sua aux côtés de Pierre à l'assemblage ; autour des machines, ils se tuèrent à la tâche, se donnèrent du courage. A l'usine, au local syndical ou au bistrot, Carlos parlait tant du Ribatejo — le Tage, les chevaux, les paysages et les touros —, qu'une fois à la retraite Pierre n'avait pu faire autrement que s'y rendre avec sa femme. Quelques années auparavant, Carlos — les copains le taquinaient en l'appelant Charles avec une pointe d'accent bourgeois — avait écrit à son « Très cher ami », au 3 rue de la Lombardie, une carte postale de « L'entrée de Taureaux » dans sa très chère ville de Santarém. Pierre la garda précieusement dans son portefeuille, jusqu'à la fin.

Jusqu'à ce que ses fils la remettent à un cartophile de Saint-Pourçain... et qu'un bouquiniste de Lille la revende à un aficionado corrézien.

Image Carte postale (bilhete postal) sans date ni éditeur.

28 mars 2011

Ce 25 juin 1995


Ce 25 juin 1995, comme chaque année à pareille époque, la petite ville de Coria se dévergonde sous un soleil de plomb. Echouée là, non loin du Portugal à une soixantaine de kilomètres au nord de Cáceres, à flanc de colline au bord du Río Alagón, la cité extremeña célèbre avec ferveur les fêtes de la San Juan pour peut-être rappeler une fois l'an au monde qu'elle existe. Pierre angulaire de cette catharsis populaire : le toro, vers lequel convergent tous les regards — et les dards expédiés à l'aide de sarbacanes* —, que l'on vienne se faire peur au bout des cornes sous les yeux d'une foule bigarée et surchauffée, ou manifester son dégoût et sa colère.

Née en 1955, fondatrice avec son mari du Combat contre la cruauté animale en Europe (FAACE), l'Ecossaise Vicki Moore est descendue dans un hôtel de Coria, grimée et sous une fausse identité. Depuis 1987 et un toro de fuego à Canet de Berenguer (Valence), elle arpente sans relâche, en long en large et en travers, cette Espagne attachée à des traditions riches en sacrifices d'animaux (ânes, toros, chèvres, etc.) afin de pouvoir témoigner de l'incroyable barbarie dont sont capables les habitants de ce bout d'Europe — à Villanueva de la Vera (Cáceres), elle sauvera un âne, et à Manganeses de la Polvorosa (Zamora), deux chèvres.
Curieusement accoutrée — trop couverte par cette suffocante après-midi d'été —, Vicki Moore filme en caméra presque cachée. Sans doute en quête de fraîcheur, elle s'est postée dans une ruelle quasi déserte du vieux Coria à une encablure de l'église Santiago. Les cris et les « Hé ! toro ! » se faisant entendre de plus en plus distinctement, la menace 'Argentino', toro cárdeno de grand respect des frères Pérez Escudero, se rapproche sûrement. Long, ensellé et le « cul serré », l'« Adolfo » du Campo Charro est entier. Le museau en nage, le morrillo congestionné et les muscles bandés, il n'a, jusqu'alors, guère été écarté, encore moins toréé — à peine banderillé.

Parce qu'elles n'offrent que de maigres refuges — grilles de fenêtres et balcons —, les ruelles du centre ancien sont peu courues des Corianos. À dire vrai, elles ressemblent fort à des coupe-gorges, et 'Argentino' — une brute très armée — à un redoutable malfaiteur. Son dos a beau craquer à chaque volte-face et ses sabots claquer aux oreilles des rares présents qui osent le provoquer, 'Argentino' semble progresser en silence avec la froide détermination du prédateur. Il débouche maintenant au coin de la rue. Il aurait pu prendre à gauche ; il oblique à droite. Là où précisément se trouve, immobile, comme pétrifiée, l'activiste animalière.
Un bras qui se tend, un corps qui se hisse, un autre qui détale ou se cache : 'Argentino', stressé et aveuglé, ne perçoit plus que des déplacements furtifs ayant pour conséquence de toujours élever le niveau du danger. Dans un contexte déjà terriblement défavorable — grosse chaleur, « sol y sombra » incessant, toro à la traque, passage étroit, « sorties de secours » dérisoires —, le comportement insensé de Vicki Moore n'arrange rien à l'affaire. Tout habitée qu'elle est à ne rien manquer d'une scène dont elle paraît s'être absentée, elle n'entend ni n'obéit aux mises en garde répétées et angoissées de la rue — occupée, elle, à se protéger de la bête.

13h51. 'Argentino' aurait-il senti une odeur ? aperçu un tissu de couleur ? décelé un mouvement de peur ? Qu'importe, la foudre va impitoyablement frapper là où elle ne pouvait que tomber. Mû par une férocité tout droit venue du fond des âges, le Saltillo bouscule, accroche de sa corne et expédie une première fois dans les airs une femme de quarante ans, avant d'encorner à dix reprises une vulgaire poupée de chiffons — puis l'abandonner. Disloquée, agressée de manière effroyable sans que personne n'ait pu éviter ou écourter son cauchemar, Vicki Moore vit. Toutes sirènes hurlantes, l'ambulance ne transporte qu'un paquet de chair, d'os et de sang.
Au soir du 25 juin 1995, si le cœur de la militante du FAACE battait, il le devait à l'effet conjugué de la chance et du professionnalisme des médecins. Au terme d'une opération de survie de plus de sept heures, Vicki Moore sera transférée, en hélicoptère, de Coria à l'hôpital régional San Pedro de Alcántara de Cáceres pour y être maintenue dans un coma artificiel pendant quatre semaines. De retour chez elle, en Angleterre, l'icône et martyre restera clouée six mois en fauteuil roulant, et subira de nombreuses autres opérations jusqu'à son décès, survenu le 6 février 2000, soit quatre ans et demi après la rencontre avec 'Argentino'.

* Pratique délaissée depuis 2009.

*  *  *  *  *  *  *

'Argentino' portait le fer et la devise bleu pavot et blanche de la ganadería Hermanos Pérez Escudero. Propriété de Jesús 'Chuchi el Coriano' Pérez Escudero, l'élevage avait acquis à Coria une réputation sulfureuse — qui là-bas ne se souvient de ce toro qui, après avoir explosé l'entrée, avait ravagé l'immeuble du rez-de-chaussée jusqu'au dernier ? — et un surnom : « El toro del miedo ».
Deux cents têtes de bétail déplacées des environs de Ciudad Rodrigo à Funes (près de Peralta en Navarre), car vendues aux frères Domínguez : ce sont bien des vaches marquées du « PE » cerclé de la ganadería Hermanos Pérez Escudero qui seront tientées, à Orthez, le samedi 2 avril prochain.

>>> Parce qu'il n'est pas souhaitable que ces 12 interminables secondes (une partie seulement de la cogida) puissent être vues trop facilement, et parce qu'il est grandement préférable qu'elles le soient avec ce qu'il faut de recul et de précaution, le lien http://www.youtube.com/watch?v=bmZFVfGtsds doit être copié et collé.

Image Carte postale © Cy Twombly (Lexington, Virginie 1928) / Summer Madness, 1990 / Huile, gouache, stylo et crayon sur papier, 150 x 126 cm.

11 janvier 2011

Ce labyrinthe est un théâtre


À boire, à voir et à manger ! Par terre. On y mangerait. Dans ces mangeoires et ces abreuvoirs. On passerait des étés entiers collés à la fraîcheur des murs. C'est un théâtre, à l'espagnole, avec de grands fils comme pour les marionnettes, propre et beau comme un laboratoire ou un appartement témoin. Et les toros y boivent et mangent tout leur soûl et font des voltes-faces parfois. Le couloir est large et les égards dus à leur rang. On se plaît à deviner qu'ici, un beau negro zaíno au port de tête royal, esquisse un demi-tour au claquement de la porte qu'actionne cette poignée. On imagine tressaillir yeux et oreilles, la queue et le porte-manteau. Ordre et beauté sans nul doute, luxe indéniable, calme précaire. Volupté recalée. Un mensonge merveilleux pour qui se lasse d'arpenter le campo depuis sa tendre enfance : des couloirs et des refuges, des ors charpentiers, des velours de chaux et des lambris en forme de carreaux. Un théâtre avec tenailles et poulies, chiqueros et oubliettes. Un théâtre, d'ombres et de résonances, à la Piranèse. Une prison imaginaire profondément tangible, un paradoxal labyrinthe en ligne droite où tout vous pousse vers la sortie. Et des recoins, inaccessibles aux poignards avisés où se cachent des employés en costume, architectes et tacticiens, manipulateurs avisés. Orfèvres de robustes fluides à cornes et poils. Tressaillants. Aiguilleurs de paires d'aiguilles. Des complots de serruriers s'ourdissent en sourdine et grincements. Des chefs de gare de triage rugissent : "Départ immédiat pour le soleil de fin d'après-midi !" Là-bas : froid et électrique. Au-dessus de la porte. Soleil à l'Occident, couchant. Dernier leurre, éblouissant, encore cru, presque déjà saignant. Occident morbide. Ce labyrinthe est un théâtre, ce théâtre une farce et cette farce une métaphore de bas-étage. Le Negro Zaíno qui, dans le couloir se tourne vers son Orient, ne pourra qu'y contempler des souvenirs.

>>> Les Prisons imaginaires, ou Carceri, de Piranèse sont à redécouvrir par là.

Photographie © Joséphine Douet pour Campos y Ruedos

20 octobre 2010

Un monument historique, un supermarché


Nous vous causons trop rarement d'architecture ici pour que vous ne jetiez pas un œil attentif à ce post... Il s'agit donc d'architecture, d'architecture moderne et plus particulièrement des menaces qui pèsent sur un bâtiment remarquable de Claude Parent — un centre commercial1 situé à Sens, dans l'Yonne. Oui, vous avez bien lu, les Sénonaises et les Sénonais pourront peut-être prochainement se vanter d'acheter leur beurre et leur PQ dans un monument historique2 ! Finalement il n'en tient qu'à nous, et avouez que le jeu en vaut la chandelle...

Que cela vous intéresse ou pas, la démarche est la même !
1/ Vous contactez David Liaudet — le grand initiateur de cette belle et importante initiative — en lui laissant une adresse postale (ex. : « Bonjour, une carte postale SVP. Merci. Vos nom et adresse. »
2/ Il se fera un immense plaisir de vous envoyer une carte postale (gratuite) que...
3/ Vous renverrez aussitôt.

Coût de l'opération : un timbre-poste, autant dire que dalle quand on pense aux milliards d'euros perdus par an par l'Etat... Oups, je m'égare !

La balle est désormais dans votre camp pour que la France entière soit au courant. Parlez-en autour de vous, au marché, au stade... dans les manifs...

1 Si cela doit permettre de vous convaincre, pensez « arènes » — qui soit dit en passant ressemblent très souvent à des supermarchés où l'on vous propose des promos d'enfer sur les piques et où l'on vous vend des passes et encore des passes, avec de la musique en fond sonore.
2 Un Carrefour à l'heure qu'il est.

L'indispensable adresse : david.liaudet@orange.fr.

Image La fameuse carte postale © Architectures de cartes postales

05 juillet 2010

Plaza de Toros


Carte postale ancienne, non datée, montrant la « Plaza de Toros de Pamplona » (nom officiel et œuvre de Francisco Urcola) telle que les Pamplonais l'ont connue entre 1922, année de son inauguration, et 1967, date à laquelle elle fut agrandie (+ 5 799 places) par l'architecte navarrais Rafael Moneo.
Construite en béton armé et pouvant accueillir 19 721 personnes, la plaza de toros de Pampelune, propriété de la Casa de Misericordia1, occuperait le 4ème rang de l'arène la plus grande au monde2. Et parce qu'elle est spéciale en tout, sa catégorie (2nde ?) le serait également... Chaque année, du 7 au 14 juillet, les toros participant aux encierros y ralentissent leur course avant de prendre la porte du toril...
Source : www.feriadeltoro.net de Mariano Pascal.

1 D'où, vraisemblablement, l'appellation quelque peu usurpée de « La Meca » puisqu'elle crée la confusion avec la Plaza de Toros de Saragosse dite « La Misericordia » ou « La Meca ».
2 Pas grand monde ne semble d'accord à ce sujet, les chiffres en circulation étant souvent donnés à la louche et rarement actualisés : seules la Monumental de Mexico (41 262 places), Las Ventas del Espíritu Santo de Madrid (23 798 places) et la Monumental Playas de Tijuana au Mexique (22 000 places env.) devanceraient la Plaza de Toros de Pampelune ; viendraient ensuite les plazas de toros Monumental de Barcelone (19 582 places) et de Valence au Venezuela (18 708 places)...

Image Acquise chez un bouquiniste à demeure dans la cour de la majestueuse Vieille Bourse de Lille, cette carte postale sera suivie d'autres ; en attendant, elle me donne l'opportunité de vous présenter l'épatant blog de David Liaudet, Architectures de cartes postales — celles et ceux intéréssé-e-s par l'architecture moderne et contemporaine, du Bauhaus à aujourd'hui, y trouveront matière à enchantement —, dont les premiers posts de juillet sont consacrés à l'Espagne, de Port-Bou à Bilbao en passant par Valence et Madrid © Camposyruedos.com

23 avril 2010

Les combats de coqs


Au sujet des combats de coqs en Flandre, je ne vous dirai pas grand-chose de plus que ce qu'en dit Le Nord Pas-de-Calais, le site non officiel de la région Nord-Pas de Calais. Extrait : « En 1850, la loi Grammont interdit les combats de coqs, de fait ils n'étaient plus guère pratiqués qu'en Flandre et continueront à l'être clandestinement pendant plus d'un siècle. La justice locale restera durant toute cette période fort tolérante envers les milliers de coqueleux qui maintinrent la tradition dans notre province. Une loi du 19 novembre 1963 durcit cependant encore l'interdiction des combats ; elle provoque une telle mobilisation des Nordistes que le parlement rétablit le 8 juillet 1964 l'autorisation de pratiquer les combats dans les lieux à tradition locale ininterrompue. Le Général de Gaulle, lui-même Nordiste, aurait pris parti : "Puisque l'on mange des coqs, il faut bien qu'ils meurent d'une façon ou d'une autre." La loi demeure cependant très restrictive car elle interdit toute création de nouveaux gallodromes et même, d'une certaine manière, le remplacement d'un gallodrome qui viendrait à fermer. » Tiens, tiens ! toros et coqs même combat ? Certainement, à en croire l'inénarrable Luce Lapin de Charlie Hebdo...

Imaginez que vous soyiez du Nord et que vous souhaitiez, pour la première fois, assister à une corrida — non, ne prenez pas le tramway pour Roubaix. Optez plutôt pour le Sud au mois d'août (Est ou Ouest, décidez-vous à Paris sinon gare...), posez votre sac dans une ville taurine, regardez les vitrines puis, au jour et à l'heure dits, présentez-vous au guichet... d'où vous ferez rapidement demi-tour, direction le distributeur de billets, car vous n'aviez prévu que quarante euros...
Imaginez maintenant que vous soyiez de n'importe quel coin de notre douce France, même du Nord, et que vous souhaitiez, pour la première fois, assister à un combat de coqs — non, n'achetez pas La Voix du Nord et ne poussez pas la porte du syndicat d'initiative. Prévoyez au moins une semaine, soyez malin et armez-vous de patience, sachez dire « non merci » en ch'timi lors de vos tournées des estaminets puis, si vous avez l'esprit taquin ou du temps à tuer... vous écrirez à Luce un récit outré sur les combats d'lapins !

En plus Pour le lecteur curieux, un article passionnant de Marie Cegarra paru en avril 1988 dans Terrain, revue d'ethnologie de l'Europe : « Les coqs combattants ».

Image Rémy Cogghe © Combat de coqs en Flandre, 1889 / Huile sur toile, 206 x 129 cm / Legs Henri Selosse en 1924, La Piscine — Musée d'Art et d'Industrie André Diligent de Roubaix.

19 avril 2010

Picador


Au sujet du peintre Michel Delporte (1927-2001), je ne vous dirai pas grand-chose de plus que ce qu'en dit Musenor, le site de l'Association des Conservateurs des Musées du Nord-Pas de Calais : « Michel Delporte eut d’abord une vocation d’architecte et ce goût de la construction le marque toute sa vie. Artiste autodidacte, mélomane averti, lecteur infatigable, il s’inscrit très tôt parmi les acteurs du Groupe de Roubaix dont il devient le mémorialiste. Pour créer, il utilise des fragments d’héliogravures découpées puis déchirées dans des magazines, et invente une nouvelle palette et des compositions d’abord très rigoureuses puis de plus en plus oniriques. Son œuvre peint, quant à lui, qui se raréfie à partir des années 1970, joue souvent entre figuration et abstraction. » Contentons-nous de cela mais, à l'évidence, l'homme et son œuvre mériteraient que l'on s'attarde davantage...

Nos billets et nos pastilles autocollantes roses nous autorisaient uniquement l'accès à l'exposition temporaire consacrée à Jean-Pierre Pincemin — ceux qui se rendront à Céret cet été ne manqueront pas de visiter celle du Musée d'art moderne — et, sans une irrépressible envie d'admirer le fabuleux bassin de cette ancienne piscine municipale art déco, jamais nous n'aurions rencontré ce Picador, petit joyau de Michel Delporte. Que le personnel du musée rencontré ce jour soit ici vivement remercié de nous avoir permis d'approcher les tapisseries et les assiettes de Pincemin — qui venaient, de façon inespérée, joliment complétées les séries peintes et sculptées de l'exposition —, les céramiques de Picasso et d'Edouard Pignon, l'Etudes de lions de Rosa Bonheur et, ô surprise, les Delporte présentés dans le très intimiste Cabinet des dessins longeant le bassin.

Eugène Leroy (1910-2000), Michel Delporte, Marc Ronet (1937) et Jean-Pierre Pincemin (1944-2005) : quatre grands peintres, quatre souvenirs, quatre belles émotions pour un chouette week-end dans l'Nord !

L'exposition Les Michel Delporte de La Piscine est visble à La Piscine de Roubaix* jusqu'au 13 juin 2010.

* Roubaix qui, soit dit en passant, a accueilli des courses de taureaux à une époque, fin XIXè début XXè, où ce spectacle était particulièrement en vogue. En fouillant dans vos TOROS...

Image Michel Delporte © Picador, vers 1965 / Monotype, huile sur papier, rehauts de craie, 45 x 32 cm / Legs Michel Delporte en 2001 au musée de Roubaix, La Piscine — Musée d'Art et d'Industrie André Diligent.

21 août 2009

Crèmes catalanes


Parce que l’Espagne était à feu et à sang. Parce que vous devez être un certain nombre à connaître ses clichés de guerre (surtout) et d’exil sans pouvoir mettre un nom derrière. Parce que je n'oserai pas gloser sur le talent et la personne d’Agustí Centelles. Parce qu’à l’heure qu’il est j’en connais qui se morfondent dans la capitale sans savoir que le Jeu de Paume expose à l’Hôtel de Sully1 une centaine de photographies du Catalan.

Parce que je ne les verrai pas. Parce que d’autres les verront pour moi...

Agustí Centelles, Journal d’une guerre et d’un exil, Espagne-France, 1936-1939 à l’Hôtel de Sully, du 9 juin au 13 septembre 2009.


Parce que la musique adoucit les mœurs. Parce que vous devez être un certain nombre à attendre avec joie les premières notes du paseo de Céret. Parce que je ne n'oserai pas gloser sur le talent et la personne de Pascal Comelade. Parce qu’il n’apprécierait vraisemblablement pas. Parce qu’à l’heure qu’il est j’en connais qui se morfondent dans la capitale sans savoir que Les Arts Décoratifs2 exposent une partie des « outils sonoto-luddiques »3 du Catalan.

Parce que je ne les verrai pas. Parce que d’autres les verront pour moi...

Musique en jouets au Musée des Arts Décoratifs, du 25 juin au 8 novembre 2009.

1 Des liens sont proposés en bas de page (à gauche et au centre).
2 Mettre le son et cliquer à droite sur la petite flèche verte.
3 À voir absolument, ne serait-ce que pour le passage sur le « lapin batteur »...

Images Alexander Calder / Le taureau, 1926-32 / Encre sur papier, 28 x 22 cm © Maeght éditeur Couverture du livre Agustí Centelles, Agustí Centelles 1909-1985, Actes Sud, 2009.

11 avril 2009

Une journée à Céret


Notre correspondant permanent à Céret nous informe gentiment, quoiqu’un peu tardivement, que les derniers tableaux du peintre-cuisinier Marc Fourquet (Céret 1953) occupent actuellement, et ce jusqu’au mercredi 22 avril, les cimaises de la Galerie Odile-Oms — à une encablure de la très agréable médiathèque Ludovic-Massé où vous consulterez à loisir votre blog préféré sur un des ordinateurs mis à votre disposition.
Après vous être régalé les mirettes devant cette peinture hors mode tout entière peinture, vous pourrez contenter vos papilles en savourant la cuisine de votre hôte d’un jour — ou de deux si vous décidez de descendre à l’Hôtel Vidal — au Restaurant del Bisbe de la place Soutine.

En déambulant sur les boulevards bordés de leurs platanes plus que centenaires — un sachet de cerises à la main ? —, vous tâcherez de faire une halte à la petite mais non moins excellente librairie du Cheval dans l’arbre, vous n’oublierez pas de passer en revue la riche collection du M.A.M.C. et vous achèverez — « achevé » mais heureux — votre tour de Céret en pensant à jeter un coup d’œil aux créations originales de la boutique-galerie Maria Dos. Ou vous ferez ce que bon vous semble… Ou vous n’irez pas, mais je me devais quand même de vous informer de l’existence de cette exposition, venant ainsi confirmer celle de notre correspondant. Merci à lui.

Et si par chance autant que par hasard vous deviez rencontrer au détour d’une rue, lors de sa promenade quotidienne, la frêle silhouette du peintre Jean Capdeville, adressez-lui un sourire.

À Céret-66400 Galerie Odile Oms • 12, rue du Commerce • 04 68 87 38 30 Médiathèque Ludovic-Massé • 2, rue du Commerce • 04 68 87 21 76 Hôtel Vidal & Restaurant del Bisbe • 4, place Chaïm-Soutine • 04 68 87 00 85 Le Cheval dans l’arbre • 26, bd Maréchal-Joffre • 04 68 87 68 38 Musée d’art moderne • 8, bd Maréchal-Joffre • 04 68 87 27 76 Maria Dos • 2, place de la Mairie • 04 68 68 90 62

Images Cette peinture fait partie des collections du Musée d’art moderne — une de ses cousines illustrait le premier Céret de Toros (1988). Marc Fourquet / Sans titre, 1988 / Acrylique sur toile / 160 x 120 cm © Photo Joseph Gibernau pour le M.A.M.C.  Il y a une dizaine d’années déjà, Céret c’était aussi pour moi le plaisir de retrouver la boutique-galerie Lleó i Gall et l’accueil toujours chaleureux de celui qui la tenait : Marc Fourquet. C’était, car Lleó i Gall n’est plus. Cette affiche sérigraphiée de 50 par 35 cm, offerte par le maître des lieux, me permet d’en conserver, avec un brin de douce nostalgie, le souvenir.

02 février 2009

Cette année-là...


En ce deux février de cet an deux mil neuf naissant, j’ai pensé qu’elle ne pouvait rester cachée plus longtemps ; parce que vous la méritez bien cette photo, vous qui nous lisez fidèlement depuis plus de trente ans !

Un beau jour de 1976, tandis que nous étions déjà sur la brèche et que feue l’ANDA n’avait pas encore tout à fait vu le jour, nous autres reçûmes une lettre. Une lettre dans laquelle une poignée d’aficionados du nord de l’Angleterre écrivait vouloir nous remettre leur « plume d’aigle » à eux : une terrorifique tête de Miura... que Laurent garde jalousement. Une poignée d’aficionados un peu allumés, donc, prêts à traverser la Manche en ferry (point de tunnel à cette époque) et la France en Rover P6 pour aller voir les tulios et les pablorromeros de Bilbao, ou le jeune Frascuelo s’y faire étripailler par des villagodios. Originaires d’Halifax, ville ouvrière à la dérive entre Leeds et Manchester, ils vénéraient la capitale de la Biscaye — son crachin, ses hauts fourneaux et leurs fumées, ses docks, ses bars populaires et sa ferveur pour l’Athletic — et Vista Alegre — sa brique rouge, son sable charbonneux et son décor de banlieue, ses toros con toda la barba —, adoraient la bière et abhorraient Thatcher, mais ceci est une autre histoire. Au nord de l’Espagne, sur ces rives du Nervión au fort accent british, les gars du West Yorkshire étaient chez eux — assouvir leur afición en poussant jusqu’à la douce Séville relevait de l’extravagance pure et simple.

Nous réussîmes à rejoindre Halifax en récoltant des fonds issus d’une souscription qui disait finement : « Un franc par lecteur et la perfide Albion est à nous ! ». Autant jouer franc jeu, on dut mettre tous nos bas de laine la tête à l’envers pour rallier l’Angleterre... et en revenir. Vous compter par le menu notre périple de l’hiver 1977 serait d’autant plus hasardeux que la mémoire, plus souvent qu’à son tour, m’en joue désormais de mauvais. Cela étant, des bribes de souvenirs me reviennent à l’esprit...

Soucieux de soigner notre présentation, nous avions choisi de laisser au vestiaire non seulement les us et coutumes de nos belles régions, mais également certains attributs vestimentaires comme le béret ou les lunettes de soleil (sur le crâne). C’était sans compter sur cet original de Solysombra qui remisa ses lunettes, certes, mais préféra la veste au manteau, et eut l’idée saugrenue de conserver dans sa poche une bouteille de rouge durant tout le séjour... qui fut heureusement assez court. Les chefs, ça se permet tout ; c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnaît ! Hum... Et puis, je me souviens de l’après-midi de notre arrivée. Après avoir éclusé dans un pub enfumé une demi-douzaine de bières chacun, et alors que nous nous ennuyions comme des rats morts, nous emboîtâmes le pas d’un groupe de joyeux supporters en route pour le vieillot Shay Stadium que se partageaient, et se partagent encore, le FC Halifax Town (foot) et le Halifax Rugby League FC (XIII). Au grand dam du Batacazo ce sont les « manchots » qui ce jour-là occupaient les lieux ; aussi fit-il tout, mais absolument tout son possible pour nous entraîner ailleurs dans ce fief treiziste où toute rencontre est un derby. En vain. Pour l’anecdote, le FC Halifax Town prit une bonne dérouillée par je ne sais plus qui et, malgré quelques velléités vite avortées, nous eûmes la délicatesse de n’y point faire allusion lors de la soirée (très encastée la soirée) de remise de notre encombrant trophée (très armé le trophée)... Vous dire comment nous avons retrouvé notre hôtel — à peu près aussi minable que nous —, alors là, mystère !

Bref, tout avait pourtant bien commencé — but de la tête du défenseur central local —, jusqu’à ce que JotaC se crût obligé de rappeler « en pleine paix » à Tendido69 que son OL chéri avait perdu la Coupe de France 76 contre les Marseillais et, surtout, surtout, que l’honnie AS Saint-Étienne avait, cette même année, raflé le titre de champion. C’en fut trop pour notre pacifique « bouchon lyonnais » qui sentit le gaz lui monter le long de la colonne et s’en alla bouder à l’abri des planches le restant de la partie — et ce malgré l’intervention subtile de Yannick censée ramener à la raison nos deux querelleurs en herbe. Une partie qui se termina dans un calme fort relatif, vu que Thomas ne put s’empêcher de faire remarquer au Rhôdanien qu’il avait, dans cette affaire, eu un comportement de manso ! Punaise ! il aurait mieux valu écouter le Batacazo et partir chez la voisine Bradford se farcir les treizistes... dont pratiquement tout le monde se fichait.

Cette année-là Serge Gainsbourg chantait son bijou L’Homme à tête de chou* et, quelque part au milieu de la Manche, une singulière équipée jouait à L’Homme à tête de Miura sur le pont d’un ferry anglais à destination de Calais.

* Je suis l'homme à tête de chou / Moitié légume et moitié mec / Pour les beaux yeux de Marilou / Je suis allé porter au clou / Ma Remington et puis mon break... Album enregistré à Londres en 1976. La sculpture de la pochette « habite » la cour de l’hôtel particulier de Gainsbourg, rue de Verneuil à Paris.

L’exposition Gainsbourg 2008 est visible jusqu’au 15 mars 2009 à la Cité de la Musique (Paris).

Image Et Martin Parr traînait par là... On reconnaît aisément Solysombra et Tendido69... Quant aux autres, le compte y est... /// Halifax Town football ground, Yorkshire, 1977 / Phaidon Press Limited, 2003 © Martin Parr (Agence Magnum)

06 juillet 2008

Tres exposicions a Catalunya


Je recherche dans la peinture le terrain sur lequel je combats. Jean Capdeville

Les expositions de Jean Capdeville (Saint-Jean-de-L’Albère 1917) sont suffisamment rares et discrètes pour que l’on puisse les qualifier d’exceptionnelles. Au sens propre comme au sens figuré. Celle1 que lui consacre la ville de Perpignan au Couvent des Minimes — en voilà un lieu bien choisi —, en collaboration avec la Fondation Miró et dans le cadre de la manifestation « Perpinyà Capital de la Cultura Catalana 2008 », vaut le détour à plus d’un titre et... pas seulement parce qu’elle partage le Couvent avec celle2 de son compère cérétan, le photographe Robert Julia (1920 - 2003) — parmi la centaine de clichés présentée, dont trente tirages couleur inédits, vous croiserez probablement le doux regard et la silhouette monacale de Jean Capdeville... Pas seulement non plus parce que la capitale de la Catalogne nord n’est qu’à une trentaine de kilomètres de celle de la cerise ; pas seulement parce que l’affiche de Céret de Toros 1994, c’est lui3 ; pas seulement parce qu’à le voir en photo, chose rarissime, il vous prend l’envie de lui donner un abrazo ; pas seulement parce qu’il vit en ermite et travaille — toujours — à Céret ; pas seulement parce que sa main inspirée a illustré des livres de poètes — Paul Celan, Jacques Dupin, Yves Peyré, Georges Badin, Serge Pey et j’en passe ; pas seulement parce qu’il s’agit là de la première grande rétrospective de son travail ; pas seulement parce que l’exposition estivale du Musée d’Art Moderne de Céret ne vous dit rien qui vaille et vous pousse à fuir, un temps et à regret, la cité du Vallespir... pour vous rendre pas très loin, entre Canigou et Méditerranée, à Saint-Cyprien par exemple où ses Collections4 présentent l’intégralité des estampes réalisées par le peintre anglais Francis Bacon (Dublin 1909 - Madrid 1992). Au nombre de 54 et appartenant à la Collection Alexandre Tacou, toutes originales, signées et numérotées par ce grand maître de la peinture (un classique ?), elles seront réunies au complet pour la première fois... Avouez tout de même qu’il serait dommage de s’en priver... Outre cette lithographie taurine "jaraldelamiresque" (quel coloriste ce Francis !) ou ce portrait gravé et monstrueux de l’auteur du Miroir de la tauromachie et de La Course de taureaux5, j’ai grande hâte de savoir si j’aurai la joie — une joie mêlée de crainte — de retrouver sur les cimaises catalanes quelques hallucinants et hallucinés papes peints d’après Velázquez, qui m’avaient fortement tourneboulés à l’époque (Centre Pompidou, 1996).

Quête légitime puisque, comme le précise opportunément le texte de présentation du site des Collections, ce travail de gravure a plus que quelque chose à voir « avec ce que le XVIIIe siècle appelait l’interprétation : la reproduction d’œuvres peintes par des procédés lithographiques. À l’exception notable d’une seule, inédite, toutes les images sont issues des tableaux de Bacon. »

En guise de conclusion, vous pouvez dès à présent noter sur vos agendas que le Museo del Prado de Madrid, après la Tate Britain de Londres et avant le Metropolitan Museum of Art de New York, proposera sa première rétrospective de l’œuvre de Francis Bacon, du 3 février au 19 avril prochain. En 2009 donc, année du centenaire de sa naissance... À Madrid, ville qui l’a vu mourir... Amen.

1 Jean Capdeville – 60 ans de peinture (1948-2008), du 14 juin au 20 août 2008 et du mardi au dimanche de 12h à 19h. Entrée 4 €. Catalogue.
2 Robert Julià (écrit ici "à la catalane"), du 31 mai au 8 août 2008 au Couvent des Minimes. Du mardi au dimanche de 12h à 19h. Entrée libre. Catalogue.
3 Ne pas confondre Jean avec son neveu Jacques Capdeville (Céret 1953) peintre lui-même et auteur de l’affiche de Céret de Toros 1990.
4 Francis Bacon : Estampes, du 30 juin au 21 septembre 2008 aux Collections de Saint-Cyprien. Tous les jours 10h-12h / 15h-19h. Entrée 6 €. Catalogue.
5 Michel Leiris, André Masson (Ill.), Miroir de la tauromachie, Fata Morgana, 1981. Michel Leiris, La Course de taureaux, suivi de Calendrier et Souvenirs taurins, Édition établie et présentée par Francis Marmande, Fourbis, 1991.

Images Jean Capdeville / Sans titre, 1979 / Acrylique et technique mixte sur toile, 196 x 261 cm. Photo © Joseph Gibernau pour le Musée d’art moderne de Céret Robert Julia / Inauguration de la rue de la Sardane, Céret 1962 / Tirage argentique n&b, 20 x 30 cm © Galerie Odile Oms, 12 rue du Commerce à Céret Francis Bacon / D’après Study for a Bullfight n°1, 1969 / Lithographie, 1975 / Papier, 160 x 120 cm # D’après Portrait of Michel Leiris, 1976 / Gravure, 1978 / Papier d’Arches, 67,4 x 52 cm © Panopticart.fr

03 novembre 2007

Las Ventas, cuvée 2007


Madrid, c’est fini ! La temporada madrilène 2007 est close depuis le 28 octobre dernier ; 42 corridas et 26 novilladas, dont 1 n.s.p., furent organisées à Las Ventas par l’empresa Taurodelta. Avec 68 rendez-vous con los toros, Madrid est incontestablement la ville taurine la plus importante du cosmos ! N’en déplaise aux Nîmois(es)… Ne seront pas pris en compte dans la petite analyse qui va suivre, les sobreros (quelle galère !), les 4 corridas de rejón ainsi que le seul contre 6 de 5 élevages différents (sic) de la Beneficencia. Sur les 63 lots de toros et novillos qui nous intéressent ici, 25 étaient d’encaste Domecq ; comptabilisant à lui seul près de 40 % des élevages invités à en découdre sur le sable de la capitale ! Waouh ! Et l’on s’étonne de voir les ganaderos opter pour ce cépage ? À noter également que 64 fers (94 %) appartenaient à la toute puissante Unión de Criadores de Toros de Lidia (UCTL) et seulement 4 à la Asociación de Ganaderos de reses de Lidia (AGL). Quant aux deux autres…

Blogger n’ayant pas voulu de mon tableau (tant pis), le résultat des opérations sera présenté ainsi :
après Domecq (25 élevages sur 63, dont quelques récidivistes # 39,7 %) et Santa Coloma (9, se déclinant en 5 Albaserrada — 2 contrats pour chacun des Martín ; pas de jaloux ! —, 3 Buendía et 1 Buendía/Graciliano # 14,3 %), viennent Atanasio Fernández (6, mais 3 apparitions pour le seul El Puerto de San Lorenzo !!! C’est bien connu, quand on aime… # 9,5 %) et Torrestrella (3 # 4,8 %) ;
ensuite, avec 2 représentants (3,2 %), arrivent Núñez, Saltillo et Villamarta ;
puis avec un seul (1,6 %), Conde de la Corte, Contreras, Cuadri, Gallardo et Pedrajas ;
les 14,3 % restant se partagent entre du Domecq/Núñez (3 qui n’en font que 2, Núñez del Cuvillo doublant), de l’Atanasio Fernández/Conde de la Corte (2), du Domecq/Contreras (1), sans oublier les cas "compliqués" de Palha, Murteira Grave et Araúz de Robles.

Absents les encastes Hidalgo-Barquero et Murube (hors rejón), "pur" Gamero Cívico, Urcola et Vega-Villar ; absents aussi Coquilla et "pur" Graciliano ; absentes les castas Cabrera, Navarra et Vazqueña !

À titre de comparaison, Terre de toros nous proposait, pour la temporada madrilène 2005, une étude plus visuelle et complète. Allez-y voir !

Image En 1995, le grand peintre allemand © Gerhard Richter (Dresde 1932) réalise cette magnifique Arena (51 cm x 71 cm). À la rubrique Paintings, vous pourrez admirer toutes ses peintures ! Émotion garantie… Arena est disponible en format carte postale à la librairie du Carré d’Art de Nîmes. Il s’agit très vraisemblablement de Las Ventas si l’on en juge, notamment, par les drapeaux de la Comunidad de Madrid.