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13 décembre 2012

Niemeyer n’a pas construit les arènes de Luanda


Le geste taurin du mois écoulé est unanimement attribué à Tendido69 par moi-même. Résister une semaine à la tentation de vous balancer une galerie de photos sur les avenues désertes de Brasilia sous ciel nuageux en hommage à Niemeyer, appelez ça comme vous voudrez, moi je colle un 10 en aguante. Et puis Philippe a insisté, et puis on a débattu entre nous : pour ou contre Brasilia ? Vous ne savez pas à quoi vous échappez sur la liste des collaborateurs ! Personnellement, je suis plutôt pour, mais Batacazo est plutôt contre. Je résume. En ce qui me concerne, je pense à la feijoada et au manguier qui, cette fois-ci, va avoir des fruits pour Noël, et puis c’est cool, un concept quasi intact, des lois antipublicité sur l'Eixo monumental ; j’y connais des gens sympas avec qui la vie a plutôt été agréable elle aussi. BataKa, lui, y a vu des mecs se fracasser au crack… Forcément, ça donne pas une première impression terrible. Il y aura un jour une vie à Brasilia, une identité pour ses habitants qui ira au-delà de la ville bizarre et du statut de fonctionnaire qui s’ennuie dans la complaisance du boulot parfait. Faudrait penser à y installer un vrai club de foot pour commencer ; je n’ose évoquer des arènes.

Pour ma part, je traînais à Luanda pour quelques heures la semaine dernière et, bien sûr, j’y ai cherché des arènes via Internet. Pourquoi pas ? Vous trouverez à Lisbonne des magasins de gravures vendant des affiches de corrida à Lourenço Marques, au Mozambique, alors oui, pourquoi pas l’Angola ? Elles existent mais semblent inachevées. Profitant de la présence de notre collègue Alva, Portugaise exténuée sous les tropiques depuis trente ans, je me renseignais sur ces arènes entre deux rendez-vous. « Pendant la guerre civile, ils y organisaient des procès publics… » Charmant. On imagine le dialogue MPLA/Unita réglé à la kalach’. Olé ! D'une pierre deux coups : Niemeyer n’aurait-il pas chantourné un bâtiment « inspiré des courbes féminines », comme le déclamaient les nécros de la semaine passée, ou posé un immeuble délicieusement sixties, avec le rez-de-chaussée ouvert, quelque part entre l’Avenida da revolução de Outubro et l’Avenida Engels ? Nenni ! Tout juste fut-il pressenti pour un projet de nouvelle capitale pour l’Angola il y a quelques années. Quand la conviction communiste, la légende de Brasilia et la communauté linguistique ne suffisent pas…

Niemeyer toujours, mais de son vivant : une semaine avant le départ du grand architecte, Diego Urdiales passait une soirée parisienne au Club taurin. Wolff en embuscade, Araceli assurant la traduction en simultané, l’éloge liminaire du président de l’association justifiait à lui seul de risquer sa peau face à des carnes des années durant. J'aurais dû faire torero ! Urdiales, stoïque, droit comme un « I », le sourire avenant et le profil tranchant, promenait sur l’assistance débonnaire son regard intrigant. Il y a du Jack Palance chez cet homme, pas seulement dans le physique. 

Belle initiative que celle d'inviter un torero de cette catégorie venu expliquer, en toute simplicité, le quotidien d’une « access figura » et l’abnégation quotidienne nécessaire, année après année, pour se hisser à une place au soleil parmi les vedettes, quand le mundillo vous a assuré dans le hall d’accueil que la réception était privée. Vinrent les questions… « Quels élevages aimeriez-vous toréer plus ? — Eh bien… (sourire radieux) Garcigrande, Núñez del Cuvillo, El Pilar, Juan Pedro, Parladé, Domingo Hernández, etc. » La salle attendrie communie, « se forge une félicité qui la fait pleurer de tendresse » (La Fontaine) devant tant de bon sens. Ce garçon mérite sa place au banquet quand se présente le chariot de desserts !

Soit. « Maestro, quels élevages ne voulez-vous plus toréer ? Parce que le Domecq à la longue… ça lasse et c’est là qu’est l’os… Ne vaudrait-il pas le coup de devenir la figura faisant de vrais gestes au cours d’une saison avec des élevages réputés plus difficiles ? » 
Vous connaissez la réponse, elle est invariable : « Il n’existe pas de toros difficiles et de toros faciles, mais de bons et de mauvais toros. Le torero croit au toro bravo permettant le toreo, pas au toro manso sorti de son morphotype par les exigences de publics ignares. De tout temps les vedettes ont choisi leurs toros, et si elles toréaient les Pablo Romero c’est parce que ceux-ci étaient bons à l’époque. Et puis ce genre de gestes n’est pas reconnu… » Dans la salle, les regards se font lourds. On jurerait avoir manqué de délicatesse. J’aurais dû dire que j’étais à Nîmes, en septembre, pour ne pas avoir l’air trop léger dans mon afición…

La dernière question fut la plus intéressante, elle évoquait une citation d’un livre de Domingo Ortega : « El toreo empieza cuando se para el toro. » La réponse s’avéra passionnante mais fut écourtée, car il fallut passer à table, le poulet allait refroidir. Diego Urdiales vint « remater » la question un brin gênante des toros en privé, de façon simple et cordiale : « Y torear de verdad, ¿qué es? — C’est  toréer avec les talons bien plantés dans le sol. » Olé Maestro !

01 juillet 2011

Padilla plus fort que Le Corbusier


Ce matin, quasi simultanément à la découverte de la photo brûlée de Padilla, je suis tombé sur une information étonnante.
Le patrimoine de Le Corbusier a été recalé par l’UNESCO. Pas de Le Corbusier au patrimoine mondial de l’UNESCO.  Ils n'en veulent pas.
Par contre, si la tauromachie y entre un jour, nous nous retrouverions alors avec un Padilla — c’est un exemple — inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Padilla, c’est un exemple, plus fort que Le Corbusier... Etonnant non ?
Enfin, c’est surtout l’occasion de vous remettre la photo de notre Tendido69 non recadrée.

PS très personnel Barth, je te laisse Padilla, je conserve la chaise longue ;-)

10 janvier 2011

Les arènes de Fréjus


Télégramme
La ville de Fréjus possède un amphithéâtre datant de la fin du Ier siècle et classé monument historique depuis 1940 STOP La dernière corrida a eu lieu en août 2006 et le maire a plusieurs fois laissé entendre qu'il y en aurait d'autres1 STOP Quatre ans plus tard j'ai de mes propres yeux vu que les lieux étaient investis par la grue d'un grand groupe du BTP et largement bétonnés STOP Un maire ne faisant jamais rien sans penser aux prochaines élections celui de la cité varoise se montre désormais « très réservé »2 quant à la tenue de corridas sur sa commune STOP Tout retourné le petit monde de la tauromachie ne sait plus à quel saint se vouer3 STOP Corridas ou pas d'aucuns qualifient à juste titre ce projet municipal financé à 50 % par l'État de « massacre patrimonial »4 STOP Si les fossoyeurs de la corrida se portent à merveille ceux du patrimoine s'en donnent à cœur joie STOP !

1 « Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. », dixit Henri Queuille (1884 – 1970).
2 La Provence, 27 novembre 2010.
3 FSTF, 8 décembre 2010. Soit dit en passant, je ne suis pas tout à fait certain que les courses données à Fréjus aient beaucoup servi la cause tauromachique — que Fréjus se console, elle peut partager la critique —, mais ceci est une autre histoire...
4 La Tribune de l'Art, 22 juin 2010.

Revue de presse
Dans La Tribune de l'Art par Didier Rykner :
Sur le site Internet de France 2 par Laurent Ribadeau Dumas :
Sur celui de la ville de Fréjus.

Image Août 2010 © Campos y Ruedos

20 octobre 2010

Un monument historique, un supermarché


Nous vous causons trop rarement d'architecture ici pour que vous ne jetiez pas un œil attentif à ce post... Il s'agit donc d'architecture, d'architecture moderne et plus particulièrement des menaces qui pèsent sur un bâtiment remarquable de Claude Parent — un centre commercial1 situé à Sens, dans l'Yonne. Oui, vous avez bien lu, les Sénonaises et les Sénonais pourront peut-être prochainement se vanter d'acheter leur beurre et leur PQ dans un monument historique2 ! Finalement il n'en tient qu'à nous, et avouez que le jeu en vaut la chandelle...

Que cela vous intéresse ou pas, la démarche est la même !
1/ Vous contactez David Liaudet — le grand initiateur de cette belle et importante initiative — en lui laissant une adresse postale (ex. : « Bonjour, une carte postale SVP. Merci. Vos nom et adresse. »
2/ Il se fera un immense plaisir de vous envoyer une carte postale (gratuite) que...
3/ Vous renverrez aussitôt.

Coût de l'opération : un timbre-poste, autant dire que dalle quand on pense aux milliards d'euros perdus par an par l'Etat... Oups, je m'égare !

La balle est désormais dans votre camp pour que la France entière soit au courant. Parlez-en autour de vous, au marché, au stade... dans les manifs...

1 Si cela doit permettre de vous convaincre, pensez « arènes » — qui soit dit en passant ressemblent très souvent à des supermarchés où l'on vous propose des promos d'enfer sur les piques et où l'on vous vend des passes et encore des passes, avec de la musique en fond sonore.
2 Un Carrefour à l'heure qu'il est.

L'indispensable adresse : david.liaudet@orange.fr.

Image La fameuse carte postale © Architectures de cartes postales

05 juillet 2010

Plaza de Toros


Carte postale ancienne, non datée, montrant la « Plaza de Toros de Pamplona » (nom officiel et œuvre de Francisco Urcola) telle que les Pamplonais l'ont connue entre 1922, année de son inauguration, et 1967, date à laquelle elle fut agrandie (+ 5 799 places) par l'architecte navarrais Rafael Moneo.
Construite en béton armé et pouvant accueillir 19 721 personnes, la plaza de toros de Pampelune, propriété de la Casa de Misericordia1, occuperait le 4ème rang de l'arène la plus grande au monde2. Et parce qu'elle est spéciale en tout, sa catégorie (2nde ?) le serait également... Chaque année, du 7 au 14 juillet, les toros participant aux encierros y ralentissent leur course avant de prendre la porte du toril...
Source : www.feriadeltoro.net de Mariano Pascal.

1 D'où, vraisemblablement, l'appellation quelque peu usurpée de « La Meca » puisqu'elle crée la confusion avec la Plaza de Toros de Saragosse dite « La Misericordia » ou « La Meca ».
2 Pas grand monde ne semble d'accord à ce sujet, les chiffres en circulation étant souvent donnés à la louche et rarement actualisés : seules la Monumental de Mexico (41 262 places), Las Ventas del Espíritu Santo de Madrid (23 798 places) et la Monumental Playas de Tijuana au Mexique (22 000 places env.) devanceraient la Plaza de Toros de Pampelune ; viendraient ensuite les plazas de toros Monumental de Barcelone (19 582 places) et de Valence au Venezuela (18 708 places)...

Image Acquise chez un bouquiniste à demeure dans la cour de la majestueuse Vieille Bourse de Lille, cette carte postale sera suivie d'autres ; en attendant, elle me donne l'opportunité de vous présenter l'épatant blog de David Liaudet, Architectures de cartes postales — celles et ceux intéréssé-e-s par l'architecture moderne et contemporaine, du Bauhaus à aujourd'hui, y trouveront matière à enchantement —, dont les premiers posts de juillet sont consacrés à l'Espagne, de Port-Bou à Bilbao en passant par Valence et Madrid © Camposyruedos.com

26 mars 2009

Feria del Toro par Rafael Moneo


À l’occasion du 50° anniversaire de la Feria del Toro, la Casa de Misericordia a demandé à l’architecte navarrais Rafael Moneo (Tudela 1937) de concevoir l’affiche. Ce qu’il a fait avec force élégance ; de celle qui semble émaner de sa personne et qui se dégage de ses bâtiments : Bankinter à Madrid, Kursaal à Saint-Sébastien, les Archives de Navarre dominant Santo Domingo à Pampelune, l’auditorium de Barcelone ou une toute récente bibliothèque universitaire à Bilbao.

El pálpito vital del encierro
ressemble à s’y méprendre à un cartel des San Fermín. Peut-être une manière de dire qu'en l'absence d'encierros il n’y aurait pas de corridas à Pamplona...

En plus Sur Flickr, il existe AUSSI un « pool » consacré à l’architecte espagnol...

Image Rafael Moneo dans « ses » arènes, agrandies par lui en 1967 © Sanfermin.com

22 septembre 2008

Tomás Agbar


Je vous mettrai en ligne, ce soir, les images de la corrida de Barcelone du dimanche 21 septembre 2008, avec bien sûr la deuxième faena de Tomás. Je ne vous en dirai pas grand-chose. Je me suis contenté d’y prendre grandement mon plaisir et la photographier. C’était grand, très grand parfois. Muletazos templés et surtout des passes liées et enchaînées dans quelques mètres carrés de terrain. Quelques enganchones également mais minoritaires. On s’arrête, on se replace, et on y replonge. Et puis sutout l’émotion de la profondeur des muletazos lorsqu’ils sont suaves et interminablement liés les uns aux autres.
Adolfo Rodríguez Montesinos, qui a assisté aux deux événements, m’a dit avoir préféré le 5 juin à Madrid, avec un ensemble plus complet, notamment à gauche, et avec plus de toro également ; mais un Tomás « en la misma línea »…
Ah oui… et puis il y eut cet indulto aussi. Pour un peu je l’oubliais, volontairement bien sûr. C’est la première fois que j’assiste à pareil dérapage. Sur le moment ça m’a fichu KO debout. Je me suis dit : « Merde, ce truc-là va donc tout gâcher ? »
Ce qui m’a le plus étonné, c’est que la grâce du toro a été demandée – c’est ainsi que je l’ai ressenti – plus comme un prix au torero qu’au toro. Et sauf si ma mémoire me trahit je n’ai à aucun moment senti le public se mettre réellement avec le toro. Cette grâce était donc, dans le fond, sans objet. Mais immédiatement orchestrée par José Tomás, elle devenait inéluctable, même si elle restera aux yeux de quelques-uns totalement hors de propos.
La faena de Tomás me restera, le toro non. C’était un toro normal qui a pris une pique et un picotazo, et s'est ensuite révélé vif, mobile et allègre. Un bon toro pour voir toréer, noble mais pas idiot, excellent sur la corne droite, un toro normal, rien de plus. C’est Tomás qui a été grand, le toro simplement propice.

21 septembre 2008

Cornada pour Viallat


S’imposer une petite séance de rangement un samedi après-midi peut parfois avoir du bon. Vous êtes tranquillement installé dans votre fauteuil et vous regardez, perplexe, la pile poussiéreuse de magazines et de journaux posée en équilibre instable au pied du canapé. Ça ? Vous jetez. Et ça ? Aussi. Ça ? Non, ça vous gardez.
Vous l’avez cherchée quelquefois — sans trop y croire à la longue —, vous vous êtes demandé souvent où elle avait bien pu passer et vous venez, comme par enchantement en cette tarde d'été finissant, de remettre fortuitement la main sur... une chronique d’Olivier Cena paru dans un vieux Télérama — Télérama sans la chronique de Cena ne serait pas Télérama, et vous ne l’achèteriez pas.
Quand j’appris au printemps dernier que Nîmes avait choisi de célébrer "son" Claude Viallat (Nîmes 1936), en lui confiant notamment la réalisation de l’affiche de sa temporada, je m’étais (re)mis fébrilement en quête de ce précieux papier qui émettait de salutaires réserves sur la démarche picturale du Nîmois, et jouait (déjà) l’arlésienne...
Voulant voir dans cette découverte inespérée faite en pleine feria un signe, et parce qu’il n’est jamais trop tard, je m’empresse de la partager en l'allégeant — ce dont vous ne me tiendrez pas rigueur — de quelques lignes sur... Takashi Murakami !

« La chronique d’Olivier Cena
Gris d’angoisse
Au fil des ans, le support a légèrement évolué : les bâches, simples surfaces de toile brute, sont maintenant des morceaux de tentes militaires avec leurs sangles et leurs petites fenêtres fermées. La présentation aussi a changé : la bâche a fait place à des toiles superposées. Mais le motif demeure identique depuis quarante ans : des empreintes colorées en forme de haricot. Claude Viallat, qui fête cette année ses 70 ans, reste pionnier de la théorie qui fut à l’origine du mouvement Support/Surface, dont il fut l’un des créateurs au milieu des années 60, théorie fondée sur la répétition de motifs simples sur un matériau libéré du cadre et du châssis. Seules demeurent les variations de couleurs et leurs harmonies, ce que Claude Viallat maîtrise parfaitement. Mais au-delà de cet aspect technique, quel est le désir du peintre ? Que veut-il nous transmettre ? En 1979, Francis Bacon confiait à David Sylvester (1) que « la seule chose qui me fasse avancer, c’est le désir de travailler — de travailler sans but... Si vous n’avez pas de sentiments religieux ou quelque chose de ce genre, comment ne pas penser que la vie est totalement futile — et c’est encore plus patent avec l’âge, parce qu’on a perdu les plaisirs de la jeunesse. Ce qui est flagrant, bien que je sache que cela ne veut rien dire, c’est que j’aime travailler, j’aime la possibilité d’invention, de faire advenir quelque chose. Non que je pense que cela ait quelque valeur que ce soit, mais parce que cela m’excite ».
Que peut-il advenir dans l’œuvre de Claude Viallat que l’artiste ne sache pas depuis longtemps déjà ? Le résultat — la mutiplication d’un motif géométrique en forme de haricot — est à la fois chatoyant, plaisant, prévisible et ennuyeux — c’est-à-dire décoratif. Et le peintre, répétant le même geste depuis quarante ans, semble avoir perdu l’excitation de faire, ce plaisir de travailler sans but dont parle Bacon. Il illustre. Il s’illustre lui-même. [...]
Le peintre d’origine serbe Vladimir Velickovic, d’un an plus âgé que Claude Viallat, ne cesse de préciser sa vision du monde. Il aurait pu se contenter de décliner les œuvres du début des années 70, inspirées par les photographies de Muybridge, qui assirent sa réputation, mais le devenir du monde l’inquiète et la peinture l’excite toujours. La folie et la violence des hommes l’effraient et le poussent à chercher d’autres images expiatoires : hommes crucifiés et terres désolées en feu où ne vivent plus que des corbeaux. Les regarder pourrait être insoutenable s’il n’y avait la beauté de la lumière sépulcrale, l’élégance du geste et du trait, la somptuosité des gris, que sais-je encore ? le grand talent d’un peintre qui jamais ne renonce.
(1) Francis Bacon à nouveau, éd. André Dimanche. » Télérama - Décembre 2006

« Chatoyant, plaisant, prévisible et ennuyeux — c’est-à-dire décoratif » : en voilà des mots bien choisis pour qualifier le "spectacle strass et paillettes" voulu, défendu et vendu par "Nîchmes" (cherchez pas !)...

En plus
— Un lien « chatoyant » sur la prochaine exposition de Claude Viallat à Clermont-Ferrand, du 20 octobre prochain au 15 janvier 2009 ;
— Un autre somptueusement « sépulcral » sur une exposition passée de Vladimir Velickovic à Anglet en décembre 2006/janvier 2007. Celle-là même qu’Olivier Cena annonçait au bas de sa chronique ;
— Et tant qu'on y est, l'enseignant et architecte Luc Baboulet dressa, dans la revue Vacarme (n°19, printemps-été 2002), un "portrait critique" fort instructif du célébrissime Jean Nouvel, affichiste plus que poussif du solo de SB.

Image
Olivier Cena faisant référence à la « multiplication d’un motif » (Viallat), ainsi qu'à Eadweard Muybridge (Velickovic)... Ici, la séquence photographiée du galop d’un bison © Wikipédia

07 juin 2007

"Bonjour tristesse"


À Vic-Fezensac, les Barcial, poils blancs sur le front, formèrent un lot à la présentation d’ensemble très acceptable mais décevante malgré tout pour cet élevage, en raison, notamment, de trois toros — 2, 5 et 6 — aux cornes en forme de "pinces de crabe", sans parler du 1er pas franchement net. Sauf omission, tous s’approchèrent des burladeros sans les esquinter. Tous s’élancèrent prestement au cheval (les yeux soigneusement bandés) et subirent, à l’exception du 4, la "première pique assassine" (trasera, carioquée, longue, rectifiée parfois), équivalant à deux voire trois piques, orchestrée sans contrariété (ça sert à quoi un alguazil ?), par 6 picadors saboteurs et cyniques. Comme de coutume, les toros sortirent du tercio le morrillo impeccable ; foutu peto-blindage qui autorise les picadors à ne plus (savoir) déplacer leurs montures, à ne plus s'engager, avant contact, dans la suerte, à ne plus défendre le cheval contre la corne ! Aucun matador ne crut utile de proposer de quites... Aucun toro ne crut nécessaire de poursuivre les banderilleros jusqu’aux planches. Tous les Barcial baissèrent le mufle sans mauvaises manières ; ils ne cédèrent pas un pouce de terrain et se pointèrent, sans surprise, la gueule fermée à la suerte suprême.

Afin de pouvoir juger valablement leurs prestations lors du dernier tiers, les Vega-Villar auraient mérité des lidias autres ; étant entendu que toutes les cuadrillas firent ce qu’il fallait pour rendre moribonds des toros aux comportements, de fait, faussés et trompeurs. Des toros que les matadors auraient souhaité voir, après leur honteuse et insultante entreprise de malfaisance, comme par enchantement, "donner du jeu", "servir", "collaborer", etc. Les toreros, solidaires dans leurs agissements coupables, et tous les toros, bien malgré eux les pauvres, nous infligèrent une farce taurine au cours de laquelle danger et émotion choisirent de rester au chaud, à l’abri des intempéries... Puisque les premiers avaient écrit le scénario bien avant le paseíllo...

Mais que leur passe-t-il donc par la tête ? De quoi est constituée leur afición ? Pourquoi tant d’irrespect vis-à-vis de ceux qui font ce qu’ils sont, à savoir les toros et les aficionados ?

'Batanerito', les cornes sales dont la gauche suspecte, porte une queue courte. Il reçoit "officiellement" deux piques et Denis Loré, chef de lidia transparent toute la tarde durant, l'étouffe d’emblée, avance timidement la jambe lors du premier passage pour mieux la reculer ensuite et oublie souvent les trois temps censés composer une passe un tant soit peu classique et profonde — remarques valant pour ses compagnons de cartel. 'Batanerito', les cornes escobillées (?), veut dire au Nîmois qu’il peut en finir maintenant mais ce dernier, sourd et lourd, s’acharne pathétiquement.
'Batanerito I', je ne le trouve pas beau depuis mon tendido. Tel un gros chat, il chasse le dos bombé et cherche, de façon désordonnée, à atteindre le "mulot" Rafaelillo. Au 1er tiers, pas regardant sur la qualité, il demande du rab et, veinard, on lui sert une troisième assiette. Bien que 'Batanerito I' (aussi maso qu'un aficionado a los toros) partit trois fois au cheval avec un allant de bon aloi , le Murciano "décide" de l’emmener au toril et de l’y tuer en sortant au centre ! Le Vega-Villar, dans un excellent castillan de Salamanque, veut l’en dissuader mais le petit blond frisé et têtu, sourd et lourd aussi, s’en contrefiche éperdument.
'Cararoso', rizado de morrillo et très bien armé, me tire un sourire ; c’est un toro con trapío. Lors de la deuxième rencontre, il pousse en mettant les reins tout en distribuant des coups. Le public qui veut de la distraction enjoint Sánchez Vara à banderiller ; puisse-t-il, le même public avec la même ferveur, lui demander tout à l’heure de diriger la suerte de vara dans les règles ? 'Cararoso' goûte peu le pico de la muleta et le toreo fuera de cacho du gars de Guadalajara qui loge, par chance, une estocade foudroyante. Dans leur grande mansuétude, en oubliant le déroulement du 1er tiers au moment d’agiter le poignet, d’aucuns réclament une oreille que la présidence accorde généreusement.
'Coleterón', une estampe musclée et caillée, se trouve être LE toro con trapío de la course ; ça tombe bien, les angelures me guettaient ! Mais, pas de bol, sa patte avant droite déconne. Des spectateurs impatients frappent dans leurs mains... Une fois n’est pas coutume, nous n’assisterons pas à une "première pique assassine" complète vu que le patas blancas se charge, la pique dans le dos (et avec poder ?), d’envoyer bouler Riboulet Olivier d’un croche-patte vengeur. L’insouciant picador, éleveur de taureaux de combat de son état (!), avait osé lui présenter, sans nul doute dans un moment d’égarement, le poitrail de son cheval ! Et comment allait-il s’y prendre pour exécuter la funèbre carioca ? Second tiers express, c’est ce que j’apprécie quand officie le matador non banderillero, puis 'Coleterón' semble faire non de la tête et trouver le travail laborieux. Il finit par le dire au Nîmois qui se vexe et l’occit laborieusement, fort logiquement.
'Lunarito', cárdeno lucero, est particulièrement enmorrillado. Rafaelillo l’accueille par des véroniques sympas. Ça chahute et ça tangue, le picador profitant exagérément des "qualités" de la cavalerie. Par deux fois, le petit blond frisé m’agaça en sortant du mauvais côté du cheval en conclusion de ses mises en suerte. La troisième pique n’est pas dégueux, parce que dosée (?), tandis que la lidia, elle, atteint des sommets de médiocrité. Après un brindis déplacé au public, Rafaelillo, vulgaire face à ce toro qui ne l’est pas, aurait dû finir sa soirée à l’hôpital d’Auch : c’était, heureusement, sans compter sur la vigilance du callejón et des gradins. Fin pénible avec avis et un toro (de plus) gâché.
'Rosito' ne porte pas de bas blancs mais une queue courte, lui aussi, bouclant ainsi la boucle. Sánchez Vara, gonflé à bloc, le reçoit par une larga à genoux le long des planches. Lors de deux rencontres — la première du centre (?) — sous les lazzis, 'Rosito' s’élance sans se faire prier vers le picador, dont je ne sais s’il se fait réellement ballotter ou s’il soutient vaillament la charge de l’animal faiblard qu’on a vu trébucher auparavant. Après que Sánchez Vara s’est fait prier, lui, pour banderiller — la capacité d’amnésie du public me sidèrera toujours —, le voilà qui choisit de poser une de ses paires précisément du côté où les péons sont aux abonnés absents ! Il fut long et énergique bâtons en mains ; il est expéditif et las avec le drap où il distille un copier-coller abrégé de son toreo de verdad... Il plie bagages après 2h17 de course.

Occupé à partager mon désarroi, je ne pris même pas la peine de huer les 12 piétons (et les 6 fins cavaliers mais, pour eux, j’avais déjà donné !) qui, pourtant, le méritaient plus que largement.

Image Bonjour tristesse (photo de ?), immeuble d’habitation berlinois (1984) de l’architecte portugais Álvaro Siza (Prix Pritzker 1992), affublé peu de temps avant sa livraison d’un tag Bonjour tristesse réalisé "à l’arrache" mais avec un style certain par un plaisantin, poète sur les bords, qui, plus de vingt ans après, pourrait bien voir son œuvre se prolonger sur les façades des arènes de France et d’ailleurs... Qui aime bien châtie bien !

20 janvier 2007

Marqués de Riscal


Un peu de gastronomie pour changer... Voici quelques clichés pris sur le web du célèbre Marqués de Riscal. Il s’agit du centre construit chez ledit marquis par le célèbre architecte Franck O. Gehry, celui-là même qui a réalisé l’époustouflant Musée Guggenheim à Bilbao. Chez Riscal les chambres sont à 300 euros (faut avoir vraiment envie de bien dormir...) et le complexe propose un restaurant dirigé par Francis Paniego, le chef du Echaurren de Ezcaray, un centre de vinothérapie et tout et tout. Pour en revenir au Guggenheim de Bilbao, n’hésitez pas à réserver au restaurant du musée. Le rapport qualité/prix y est excellent, comme la cuisine. Il faut dire que le lieu est tenu par le second de Martín Berasategui.