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07 juin 2007

"Bonjour tristesse"


À Vic-Fezensac, les Barcial, poils blancs sur le front, formèrent un lot à la présentation d’ensemble très acceptable mais décevante malgré tout pour cet élevage, en raison, notamment, de trois toros — 2, 5 et 6 — aux cornes en forme de "pinces de crabe", sans parler du 1er pas franchement net. Sauf omission, tous s’approchèrent des burladeros sans les esquinter. Tous s’élancèrent prestement au cheval (les yeux soigneusement bandés) et subirent, à l’exception du 4, la "première pique assassine" (trasera, carioquée, longue, rectifiée parfois), équivalant à deux voire trois piques, orchestrée sans contrariété (ça sert à quoi un alguazil ?), par 6 picadors saboteurs et cyniques. Comme de coutume, les toros sortirent du tercio le morrillo impeccable ; foutu peto-blindage qui autorise les picadors à ne plus (savoir) déplacer leurs montures, à ne plus s'engager, avant contact, dans la suerte, à ne plus défendre le cheval contre la corne ! Aucun matador ne crut utile de proposer de quites... Aucun toro ne crut nécessaire de poursuivre les banderilleros jusqu’aux planches. Tous les Barcial baissèrent le mufle sans mauvaises manières ; ils ne cédèrent pas un pouce de terrain et se pointèrent, sans surprise, la gueule fermée à la suerte suprême.

Afin de pouvoir juger valablement leurs prestations lors du dernier tiers, les Vega-Villar auraient mérité des lidias autres ; étant entendu que toutes les cuadrillas firent ce qu’il fallait pour rendre moribonds des toros aux comportements, de fait, faussés et trompeurs. Des toros que les matadors auraient souhaité voir, après leur honteuse et insultante entreprise de malfaisance, comme par enchantement, "donner du jeu", "servir", "collaborer", etc. Les toreros, solidaires dans leurs agissements coupables, et tous les toros, bien malgré eux les pauvres, nous infligèrent une farce taurine au cours de laquelle danger et émotion choisirent de rester au chaud, à l’abri des intempéries... Puisque les premiers avaient écrit le scénario bien avant le paseíllo...

Mais que leur passe-t-il donc par la tête ? De quoi est constituée leur afición ? Pourquoi tant d’irrespect vis-à-vis de ceux qui font ce qu’ils sont, à savoir les toros et les aficionados ?

● 'Batanerito', les cornes sales dont la gauche suspecte, porte une queue courte. Il reçoit "officiellement" deux piques et Denis Loré, chef de lidia transparent toute la tarde durant, l'étouffe d’emblée, avance timidement la jambe lors du premier passage pour mieux la reculer ensuite et oublie souvent les trois temps censés composer une passe un tant soit peu classique et profonde — remarques valant pour ses compagnons de cartel. 'Batanerito', les cornes escobillées (?), veut dire au Nîmois qu’il peut en finir maintenant mais ce dernier, sourd et lourd, s’acharne pathétiquement.
● 'Batanerito I', je ne le trouve pas beau depuis mon tendido. Tel un gros chat, il chasse le dos bombé et cherche, de façon désordonnée, à atteindre le "mulot" Rafaelillo. Au 1er tiers, pas regardant sur la qualité, il demande du rab et, veinard, on lui sert une troisième assiette. Bien que 'Batanerito I' (aussi maso qu'un aficionado a los toros) partit trois fois au cheval avec un allant de bon aloi , le Murciano "décide" de l’emmener au toril et de l’y tuer en sortant au centre ! Le Vega-Villar, dans un excellent castillan de Salamanque, veut l’en dissuader mais le petit blond frisé et têtu, sourd et lourd aussi, s’en contrefiche éperdument.
● 'Cararoso', rizado de morrillo et très bien armé, me tire un sourire ; c’est un toro con trapío. Lors de la deuxième rencontre, il pousse en mettant les reins tout en distribuant des coups. Le public qui veut de la distraction enjoint Sánchez Vara à banderiller ; puisse-t-il, le même public avec la même ferveur, lui demander tout à l’heure de diriger la suerte de vara dans les règles ? 'Cararoso' goûte peu le pico de la muleta et le toreo fuera de cacho du gars de Guadalajara qui loge, par chance, une estocade foudroyante. Dans leur grande mansuétude, en oubliant le déroulement du 1er tiers au moment d’agiter le poignet, d’aucuns réclament une oreille que la présidence accorde généreusement.
● 'Coleterón', une estampe musclée et caillée, se trouve être LE toro con trapío de la course ; ça tombe bien, les angelures me guettaient ! Mais, pas de bol, sa patte avant droite déconne. Des spectateurs impatients frappent dans leurs mains... Une fois n’est pas coutume, nous n’assisterons pas à une "première pique assassine" complète vu que le patas blancas se charge, la pique dans le dos (et avec poder ?), d’envoyer bouler Riboulet Olivier d’un croche-patte vengeur. L’insouciant picador, éleveur de taureaux de combat de son état (!), avait osé lui présenter, sans nul doute dans un moment d’égarement, le poitrail de son cheval ! Et comment allait-il s’y prendre pour exécuter la funèbre carioca ? Second tiers express, c’est ce que j’apprécie quand officie le matador non banderillero, puis 'Coleterón' semble faire non de la tête et trouver le travail laborieux. Il finit par le dire au Nîmois qui se vexe et l’occit laborieusement, fort logiquement.
● 'Lunarito', cárdeno lucero, est particulièrement enmorrillado. Rafaelillo l’accueille par des véroniques sympas. Ça chahute et ça tangue, le picador profitant exagérément des "qualités" de la cavalerie. Par deux fois, le petit blond frisé m’agaça en sortant du mauvais côté du cheval en conclusion de ses mises en suerte. La troisième pique n’est pas dégueux, parce que dosée (?), tandis que la lidia, elle, atteint des sommets de médiocrité. Après un brindis déplacé au public, Rafaelillo, vulgaire face à ce toro qui ne l’est pas, aurait dû finir sa soirée à l’hôpital d’Auch : c’était, heureusement, sans compter sur la vigilance du callejón et des gradins. Fin pénible avec avis et un toro (de plus) gâché.
● 'Rosito' ne porte pas de bas blancs mais une queue courte, lui aussi, bouclant ainsi la boucle. Sánchez Vara, gonflé à bloc, le reçoit par une larga à genoux le long des planches. Lors de deux rencontres — la première du centre (?) — sous les lazzis, 'Rosito' s’élance sans se faire prier vers le picador, dont je ne sais s’il se fait réellement ballotter ou s’il soutient vaillament la charge de l’animal faiblard qu’on a vu trébucher auparavant. Après que Sánchez Vara s’est fait prier, lui, pour banderiller — la capacité d’amnésie du public me sidèrera toujours —, le voilà qui choisit de poser une de ses paires précisément du côté où les péons sont aux abonnés absents ! Il fut long et énergique bâtons en mains ; il est expéditif et las avec le drap où il distille un copier-coller abrégé de son toreo de verdad... Il plie bagages après 2h17 de course.

Occupé à partager mon désarroi, je ne pris même pas la peine de huer les 12 piétons (et les 6 fins cavaliers mais, pour eux, j’avais déjà donné !) qui, pourtant, le méritaient plus que largement.

Image Bonjour tristesse (photo de ?), immeuble d’habitation berlinois (1984) de l’architecte portugais Álvaro Siza (Prix Pritzker 1992), affublé peu de temps avant sa livraison d’un tag Bonjour tristesse réalisé "à l’arrache" mais avec un style certain par un plaisantin, poète sur les bords, qui, plus de vingt ans après, pourrait bien voir son œuvre se prolonger sur les façades des arènes de France et d’ailleurs... Qui aime bien châtie bien !

05 juin 2007

"Viconographie"... Féria de Vic-Fezensac 2007

Ne restent que les os, sans la moelle. De la poule au pot, de Vic 2007 !
Le bleu de ses yeux caressant le vert sombre de son "joli petit jardin" derrière la maison, elle a lâché ce poème orphelin que d'autres anciens de Gascogne distillent encore, de-ci de-là, quand le ciel inquiétant met des ténèbres dans leur dure caboche. "Si l'on peut faire une robe à la vierge avec un bandeau de ciel bleu, au milieu des nuages, alors, viendra le beau temps." Six paires d'yeux ont regardé comme elle, juste au-dessus du prunier au fond de son "joli petit jardin"...

Il pleut, il pleut,
Sur les jardins alanguis,
Sur les roses de la nuit,
Il pleut des larmes de pluie,
Il pleut,
Et j'entends le clapotis,
Du bassin qui se remplit,
Oh mon Dieu, que c'est joli,
La pluie
*

...Fredonnait-elle, peut-être, le bleu des yeux dans le vert sombre...
La vierge, pauvre d'elle, s'habillera de vent, de grosses gouttes d'eau, d'un manteau de frissons. Ce week-end de Pentecôte, la Gascogne s'est fait méchamment refaire le portrait, d'uppercuts diluviens en droites de bourrasques, de crochets orageux, malotrus, en K.O. de Celsius. Une vraie "branlée" diraient de fantasques sémiologues de banc de touche. Et nous, ô pauvres de nous, en-dessous, au dedans, le cul mouillé, les pieds comme des plants de riz, une procession immobile de déceptions capotées de plastoc. Ecoeurés ! Le cœur vide aussi, gonflé de rien et de pourquoi, plein de "assez".

Vic 2007 nous a rendu Barcial, recouverts de noir avec ce soupçon de blanche innocence car, c’est forcé, il faut en garder un peu pour continuer à y aller. Nous étions comme ces douloureux Barcial sortis le samedi. Je me demandais en glissant lentement vers les habituelles dionysies vicoises s’il était possible d’écoeurer un taureau de combat. Peut-on, par l’infect truchement de mauvaises manières, conduire un animal de combat à l’écoeurement, au dégoût du combat ? OUI ! C’est possible, demandez à messieurs Loré, Sánchez Vara et Rafaelillo. Ils savent comment faire, ils ont les clés hypocrites de l’effondrement de feues nos espérances. Ce sont les picadors qui furent sifflés, pas assez, pas assez fort, pas assez bruyamment, j’en conviens. Mais qui commande ces troufignons de la Fiesta ? La présidence ? Deux secondes... je vais rire. Le CTV ? Je suis hilare, arrêtez ! Non, ce sont bien ces messieurs contractés des mois à l’avance - parce qu'« il a été bon ici ou là ou à Madrid... », parce que c’est l’ami d’un tel, parce qu’il est apodéré par cette empresa et qu’il faut rendre la politesse d’autres contrats, ailleurs - qui donnent les ordres. Contractés donc des mois à l’avance, comme une maladie qui incube discrètement et qui se réveille un soir de corrida, stigmates bien réels s’ouvrant sur les reins massacrés de taureaux de combat. Evidemment, les Barcial ne furent pas ces bestioles super encastées d’il y a encore quelques lustres. Non ! Mais quand même. Des toros qui foncent sur la cavalerie dès qu’elle entre en piste, des toros que ça titille d’aller cogner dans le peto, des toros qui veulent combattre, vous n’en verrez pas tous les jours. Certains peut-être trop lourds, d’autres sans classe (le 1), tous pourtant montrèrent un fond de race indéniable, tant aux piques qu’à la faena. Ils avaient en eux de la noblesse et de la bravoure ! Nous ne les avons pas vus ! Ces messieurs contractés des mois à l’avance ont abandonné leur honneur professionnel au bout d’une lance de bois et de fer destructrice et toujours baladeuse. Combien de piques ont-ils pris réellement ces toros de Barcial ? Ils ont souffert en tout cas, le dos labouré, les épaules hâchées... Oui, souffert car un toro souffre bel et bien dans l’arène, n’en déplaise à tous ceux qui voudraient nous faire prendre des vessies pour des lanternes ou pour autre chose de plus nauséabond. Les Barcial ont souffert mais ils ont pris leur ration de dégueulasserie sans rien dire à personne, sans se révolter peut-être mais en mettant malgré tout la tronche. Point. Il n’y a pas de quoi danser la gigue du bonheur Arturo ; ton élevage n’est pas au mieux (état sanitaire, sélection) mais entre tes mains vit encore un sang qui demande à charger, à combattre, à couler au creux de stigmates honorables. Un sang que l’on suicide, avec l’assentiment de tous !

A trois glands d’encinas de Barcial, presqu'au bout de la petite route qui mène à Las Veguillas, un type qui porte le nom de sa terre élève des pléonasmes. Des Atanasio, grands, très grands. Ceux de Vic le furent. "Le lundi au soleil, c’est une chose que l'on n’aura jamais..." Fallait pas rêver non plus, naïfs que nous étions. Ça a continué, la pluie et le reste, en pire, en plus gris, y’avait plus de couleurs du tout, que du noir comme les robes uniformes (un burraco quand même) de ces Charro de Llen, à mon goût trop lourds. Monsieur de Llen avait conservé au fond de sa finca un lot de cinqueños bien passés, armés correctement et de présence... lourde. En face, trois autres contractés, un dans l’urgence, les autres parce que... Le bal de l’infâmie a poursuivi ses rondes, ses tours de jambes, ses notes fausses. En pire ! Padilla... Non, aucun mot, rien si ce n’est le geste le plus abject de la féria, cette poignée de main échangée avec M. Bonijol alors même que 'Pitillito' subissait le calvaire d’une carioca haîneuse, lui, 'Pitillito', qui était brave et puissant. C’est peut-être pour cela d’ailleurs. M. Bonijol pouvait bien serrer la patte du minable remplaçant, son canasson ne craignait plus rien à cet instant-là. 'Pitillito' fut la rumeur qui se confirme, le on-dit qui prend corps. Six toros dézingués par des piques de bouchers entraînés dans un camp spécial dissimulé au tréfonds du Japon impérial, de l’URSS stalinienne, de l’Allemagne moustachue et noire, caché ailleurs aussi. Six taureaux de combat qui ne rendirent jamais les armes avec leurs charges lourdes mais pesantes, inquiétantes on le comprend. Les Charro de Llen permettaient mieux que ce non-spectacle mené par trois messieurs déloyaux. López Chaves pensait à Madrid, comme Rafaelillo, comme Fundi, comme Sánchez Vara, comme Vilches, comme Encabo... Savalli pensait peut-être qu’il n’y avait pas assez de mouches à gober (voir "Viconographie 2006") sous ce ciel de tristesse. Padilla... Non...

Dans les corrales, ils étaient beaux. Un ancien président du CTV est même venu nous le confirmer au cas où nous n’aurions pas bien vu. J’ai compris après la course pour quelle raison on avait acheté des toros à M. Margé. Les Vicois, géniaux devins, savaient que le temps serait pourri en cette Pentecôte. Il doit y avoir un chaman en leur sein. Ils savaient ! Ils ont donc fait venir, en Ténarèse, de la couleur, de la variété de pelages pour donner à leur féria une autre teinte que celle du sombre et des soucis. Ils étaient donc beaux et bien habillés, comme pour le mariage de la cousine. Des toros sur leur 31, il ne leur manquait que le nœud papillon, la pochette fleurie et la cavalière pour guincher peinard. Ils se sont tenus correctement, n’ont pas abusé de l’apéro et on ne les a pas non plus forcés, eux. Y’en a même qui faisaient la fine bouche, malpolis va ! Ils ont dansé un peu, d’un pas assez léger, certains allègres mais la tête ailleurs on aurait dit. Comme Encabo, tout de blanc luisant habillé, ils ont réussi à rester bien propres, bien nickels. Des enfants sages au mariage de la cousine. Elle était contente la cousine finalement, elle le disait partout le lendemain à qui voulait l’entendre. Elle en a un peu rajouté bien-sûr, c’est normal c’était son mariage, elle ne pouvait faire autrement. Elle doit préférer les Beatles au Rolling Stones ! Il se disait dans la satisfaction générale (sauf d'autres et moi) qu’ils étaient invités au mariage d’une autre cousine en juillet. Peut-être qu’ils vont se cogner une bonne cuite ce coup-ci... avec le soleil.

Comme ce dimanche où il a enfin montré le bout de son peignoir entre un café et une biscotte, mal rasé en plus. Feignasse ! Il s’est certainement levé pour voir la course phare, en tout cas dans l’esprit du lieu, de cette féria vicoise. La corrida con tout court. Six toros sélectionnés parmi les meilleurs pour défendre les couleurs de leur patron. Ah ! ah ! ah !... Un Fraile malade (il avait perdu un paquet de poids), un Valverde tuberculeux dont on pouvait entendre saigner les poumons à Condom, un Adelaida qui n’était pas celui prévu initialement et, enfin, un Nieves que certains montreurs de choses étranges et terrifiantes du XIX° siècle auraient certainement engagé sur le champ. "Un toro à l’envers" me disait un pote à la sortie. C’est ça. Tout dans la croupe, laid comme un poux. Merci le CTV d’avoir eu l’audace de montrer tout cela car ce coup-ci la faute est bien vôtre et celle de personne d’autre. Vous pourrez toujours rétorquer que Chopera est un sacré magouilleur (c’est vrai car le Nieves traînait dans ses corrales depuis un moment) mais oser sortir ce Valverde assurément déjà malade à l’apartado montre le respect que vous affichez à l’égard d’un public que vous chatouillez dans le sens du poil le lundi après-midi (discours larmoyant d’un membre du CTV pour nous remercier d’être restés fidèles malgré le temps déplorable !) et d’un jeune torero qui doit affronter une bête malade et aveugle, et qui s'est mis devant. Bravo le CTV ! Il restait le Sánchez-Fabrés, Coquilla croisé de Buendía, bête superbe, auteur de la seule sortie sauvage de cette féria (avec le Charro de Llen n°5). En deux secondes, un péon aux ordres et plus con qu’une endive a éteint nos espoirs et cassé l’estampe cárdena. Il l’a fait taper dans un burladero, sachant très bien que le toro s’y déchaînerait, et il a réussi son œuvre quand le Coquilla repartit d’un pas incertain vers un destin banal. Merci l’endive et merci Luis Vilches qui pourrait donner des conférences sur la construction de boulevards et autres périphériques. Une corrida con tout court dans laquelle on avait l’intention de croire aux vœux de bonne année du CTV prônant la défense du 1er tiers. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Je suis d’accord aujourd’hui. Ce fut la féria de Vic la plus nulle en ce qui concerne le tercio de piques et cette corrida, que je refuse de nommer concours, en fut le paroxysme navrant. Les picadors auraient dû sortir sous une pluie de noms d’oiseaux, sous la diatribe populaire... Il n’en fut rien et certains même furent applaudis pour avoir su savamment doser les châtiments et piquer dans les reins pendant de tristes cariocas. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient mais aussi tous ceux qui refusent de voir.

Il restera de Vic 2007 trois jeunes mecs devant lesquels il convient de s’incliner car ils ont toréé l’orage, la bourrasque, le déluge, le froid, les gouttes, les frissons et de vrais taureaux de combat encastés qui étaient des novillos. Il restera 'Nicotina', premier Adelaida Rodríguez, qu’un président ballot honora d’une vuelta posthume illogique mais demandée par tant... C’était un vrai bon toro plein de caste et d’allant. C’était un taureau de combat, tout court. Bravo les « gosses » et encore bravo !
Il restera des toros morts pour rien, des tricheurs à la petite semaine, des magouilleurs ayant pignon sur rue, des chevaux adulés qui se couchent sur des toros (faudrait quand même que la cuadra Bonijol arrête ces dérives), des picadors indignes, des gouttes d’eau trop froides, une vierge drapée de frissons et sur les feuilles du prunier au fond de « son joli petit jardin », le bleu de ses yeux qui caresse le vert sombre...

* Extrait de "Pierre" de Barbara.

03 juin 2007

"Un peu de bleu dans le paysage"


Il pleut, il fait froid et le ciel on ne le voit pas. De bout en bout, des nuages de suie, des routes piégeuses, des paysages graves et la radio qui égrène des prévisions météo de mauvais augure. À destination, j’improvise avec légèreté une pause pipi trente mètres en face de la boutique de la cave coopérative que j’imaginais fermée ! Juste le temps de capter un sourire complice et, soulagé, je remonte dans la voiture que je réussirais finalement à garer, pas trop mal, derrière les arènes après m’être faufilé au milieu de grappes de festayres, pas très frais. Suite à un contrôle de routine, le nez dans le coffre, je constate, navré, que j’ai oublié mon K-Way — pas le poncho mais lui je ne l’aime pas car je sais qu’il me faudra bien un quart d’heure pour l’enfiler de travers.
— Vous cherchez une place ?
— Non, désolé, elle m’attend au guichet.

Mon billet en poche, en guise d’échauffement, j’arpente l’esplanade au radar, je croise des visages "qui me disent quelque chose" et je me salis les doigts avec un programme de féria, vilain comme tout, en tous points.
— Vous cherchez une place ?
— Non merci, bonne chance !

C’est le moment de rejoindre les corrals via la galerie des arènes où, mis à part les photos de chez Cuadri de Javier Arroyo, rien n’incite à s’attarder. Les Adelaida, groupés et sur le qui-vive, me demandent ce qu’ils fichent encore là, je leur réponds que je viens seulement d’arriver mais que je vais aller me renseigner, si le temps, au propre comme au figuré, me le permet. Quant aux Margé bien encornés, sages comme des images et immobiles sur la paille humide, disposés de telle façon qu’ils se répartissent parfaitement l’espace, couchés les yeux mi-clos avec leurs (courtes) pattes recroquevillées sous leurs robes (certaines spectaculaires), j’ai l’impression d’avoir sous les yeux les santons d’argile d’une crèche. Même pas déçu, presque indifférent, je pars échanger quelques paroles précieuses lors d’un rendez-vous éclair de fraternité taurine valant à lui seul le déplacement. Nous croisons les alguazils qui paradent (leur unique vocation ?) en rêvant tout haut de voir, rigolards, les picadors enjamber des montures aussi sveltes et à peine plus habillées. Nous nous séparons, rigolards toujours, sur une maxime cérétane en terre gasconne : « Le bœuf est lent mais la terre est patiente. »

Escalier F, « Bonjour ! », « C’est cet escalier » m’informe la sécurité, « Merci ! », « Bonjour ! ». Je me munis de l’apartado traditionnellement allégé des indications de poids et annonçant : 6 barcial marqués du f (nada en réserve...), deux cinqueños en 2 et 3ème position, des noms du cru comme 'Batanerito' ou 'Rosito' (qui ne montrerait pas pattes blanches, pour un patas blancas ça fait désordre) et 'Lunarito', en mouton noir, qui pousserait la coquetterie jusqu’à ne pas arborer l’autre trait caractéristique de la maison : la tache blanche sur le front. File 7, « Bonjour ! », je saisis le programme, je lis « Sauvegarde du 1er tiers »1 et je deviens soudain anxieux, feignant de ne pas comprendre. Place 11, « Bonjour ! », « Je s’rais vous, j’enfilerais mon poncho tout d’suite », « Ah, vous croyez... », « Regardez ! », « Grrr... ». J’ai l’air de quoi avec mon bob et mon poncho bleu ? À mon aise (la pluie a du bon), le derrière posé sur mon coussin CTV, je suis fin prêt pour accrocher de l’œil les Barcial dans la pénombre avant de les voir débouler dans le ruedo, leur devise noire et blanche fraîchement clouée dans le morrillo2 par l’énigmatique et quasi mythique silhouette coiffée du couvre-chef des mayorales. Je pense tout bas : « Pas si malheureux, ceux capables de se contenter de si peu. » Il est 18 heures, escalier F, file 7, place 11.

1 S’agit-il d’un simple slogan ou, avant que la course ne commence, la présidence est-elle amenée (soyons naïfs !), entre autres possibles initiatives, à s’entretenir avec les picadors et les matadors pour leur signifier ses attentes comme, par exemple, exiger une troisième mise en suerte après les deux réglementaires et quelque soit l’"état" du toro, si la première rencontre au cheval devait s’éterniser plus que de raison ?
2 Qui ne connaîtra malheureusement pas d’autres agressions...

Image Vic 2005 : sortie du La Quinta lors de la corrida concours © François Bruschet
Le titre est celui d’un ouvrage de Pierre Bergounioux (Brive 1949).

02 juin 2007

Comment massacrer un toro dans le ruedo (I)


Nous connaissons tous les recettes permettant de préparer un toro aux triomphes insipides auxquels nous avons pris l'habitude d'assister : gommage des aspérités indésirables de la caste, coiffage des cornes, voire méthodes plus inavouables encore si le sujet se montre particulièrement récalcitrant.

Abordons à présent quelques moyens simples de réduire à néant les efforts déployés par l'éleveur pendant quatre ou cinq ans pour produire un taureau de combat, mais cette fois dans le ruedo, dans le cas (de plus en plus rare en pratique) où celui-ci, en dépit de l'application des recettes précédemment évoquées, ressemblerait encore trop, lors de sa sortie, à un véritable taureau de combat.

Prenons par exemple un taureau encasté de Sánchez-Fabrés, d'encaste Santa Coloma (rama Coquilla) qui, comme les novillos lidiés récemment à Saint-Martin-de-Crau en ont apporté la preuve, ont parfois le mauvais goût de se montrer tel.

Dès sa sortie du chiquero, sans perdre une minute qui pourrait lui permettre de se remettre du stress accumulé pendant son transport et son séjour dans les corrales, chargez vos peones d'attirer son attention en le citant à l'abri du burladero.

Le bicho, selon toute vraisemblance, répondra à ces sollicitations sans se faire prier. Il suffira alors de le faire taper contre les planches pendant de très longues minutes, afin qu'il y épuise ses forces.

Si la méthode est mise en œuvre avec succès, on obtient alors un toro très largement affaibli, voire, avec un peu de réussite, handicapé, et dans tous les cas ayant laissé une partie importante de son moral sur le burladero. Les individus aux cornes dites pudiquement "fragiles" peuvent aussi abandonner, lors de l'exercice, une partie supplémentaire de leur substance. Cet aspect n'est pas déterminant s'agissant de Coquilla, mais pour des opposants issus d'autres origines, cela peut s'avérer intéressant.

Et le tour est joué ! En un tournemain, vous obtenez un toro moribond, sans vous mettre le public à dos, et si plus rien ne peut en être tiré, ce ne sera pas de votre faute.

Le toro, dans la presse du lendemain, sera qualifié de violent à sa sortie, puis allant a menos, se révélant ensuite impropre à la lidia moderne.

A suivre...

03 avril 2007

Toros en Vic 2007


L'un des élevages pressentis pour la corrida concours sera finalement remplacé, le reste des toros prévus demeurant inchangé.

L'affiche du dimanche 27 mai à 11 heures est donc la suivante :

Corrida concours avec des taureaux de Juan Luis Fraile, Justo Nieto Santos, Valverde, Adelaida Rodríguez, Sánchez-Fabrés et Don Ángel Nieves García pour El Fundi, Luis Vilches et Julien Lescarret.

Il s'agit d'un élevage d'origine Santa Coloma, créé il y a trois ans à partir d'un achat effectué auprès de San Martín.

Vous en saurez prochainement davantage sur cette ganadería en consultant les pages de Terre de Toros et de Campos y Ruedos.

18 mars 2007

Vic, Feria del Toro 2007

Les carteles de la Féria de Pentecôte 2007 sont les suivants :

Samedi 26 mai
11h /
Novillada de Adelaida Rodríguez pour Joselito Adame, El Santo et Marco Leal.
18h / Corrida de Barcial pour Denis Loré, Rafaelillo et Sánchez Vara.

Dimanche 27 mai
11h / Corrida concours avec des toros de Juan Luis Fraile, Justo Nieto Santos, Valverde, Adelaida Rodríguez, Sánchez-Fabrés et Clemares Pérez-Tabernero pour El Fundi, Luis Vilches et Julien Lescarret.
18h / Corrida de Robert Margé pour Luis Miguel Encabo, Fernando Cruz et Iván Fandiño.

Lundi 28 mai
17h / Corrida de Charro de Llen pour Antonio Ferrera, Domingo López Chaves et Mehdi Savalli.

21 février 2007

"Montrer pattes blanches"... Les Barcial de Vic sur Camposyruedos...


La bouteille de fino "Tío pepe" est consommée. La cerne lourde, la mèche en cabale et le teint grisonnant, Arturo Cobaleda González se remplit de fumée comme un boulimique de mets chocolatés. Il parle sans cesse, n’écoutant que de loin nos questions, l’œil au plafond, dans le passé.
Barcial est partout autour de nous, aux quatre points cardinaux de ce salon où plus personne ne semble vivre aujourd’hui, à part les souvenirs, lointains et récents. Au milieu, nous observe le portrait jauni de l’abuelo, Arturo Sánchez Cobaleda qui fonda un "empire" en 1928 en rachetant 250 têtes de bétail brave à Francisco Villar, celui-là même qui en 1914 avait acquis, avec son frère Vitorio, l’élevage créé, voire élaboré, par José Vega en 1910 quand ce dernier croisa un lot de 40 vaches du duc de Veragua avec un semental de Santa Coloma. Les "patas blancas" étaient nées.
Longtemps sélectionnés « humainement », ce que ne manquait pas de critiquer l’autre Tío Pepe, le critique taurin celui-là, les barciales firent les beaux jours de Las Ventas et de quelques figuras goûtant la "dulzura y la suavidad" ( in Las Claves del toro, Joaquín López del Ramo, colección La Tauromaquia, Espasa Calpe, 2002) des cobaledas dans les années 1950 et 1960.
A partir de 1972, Arturo Cobaleda González entreprit une sélection plus agressive de ses pupilles, arrivant à créer un toro bas, imposant et très armé.
Et Vic tomba « en amour » ! 'Cidrón', lidié en Ténarèse en 2001, trône de sa tête superbe sur ce salon trop froid. 'Cornicorto' (1993) s’affiche sur de vielles photographies, les autres font des murs de l’escalier une mosaïque déconstruite de blanc et de noir et de cornes immenses. Il y a un bout de Gers sur ces terres charras.
Cette année, Vic renoue, une nouvelle fois serait-on tenté de dire, avec ces Barcial qui firent souvent la joie des amoureux du 1er tiers, les samedi matin et les nuits fraîches d’août. Point de novillada mais une cuatreña pour ce retour attendu même s’il convient d’être prudent au regard des dernières sorties de ces patas blancas.
Espérons, rêvons un peu que tout fonctionne bien, fin mai 2007.
Pour le reste, le lot est beau, déjà bien fait et en pointe (comme on dit) comme vous pourrez l’observer très vite dans la galerie consacrée aux Barcial de Vic sur le site.

Patience à vous, lectrices et lecteurs, et rendez-vous très vite dans la rubrique CAMPOS de Camposyruedos.

03 janvier 2007

Vic-Fezensac, Feria del Toro 2007


La formule restée célèbre de Jean Cau (qui, contrairement à ce que pourrait laisser croire une autre citation de l’auteur publiée sur ce blog, ne faisait pas qu’aller au bordel) nous le rappelle : être aficionado consiste « à croire au Père Noël et, chaque après-midi, vers les cinq heures, à aller à ses rendez-vous »*. C’est pourquoi plutôt que de vous souhaiter mes vœux dont vous n’avez probablement que faire, je formule celui que vous ayez demandé comme moi au barbu de faire sortir dans nos arènes des taureaux qui tiennent debout, de temps en temps, à l’occasion de la saison qui s’annonce.

Pour bien commencer l’année, comme les sites spécialisés s’en sont fait récemment l’écho, les élevages qui seront présents cette année dans la cité gersoise les 26, 27 et 28 mai ont été dévoilés :

Novillada Doña Adelaida Rodríguez (Atanasio Fernández par Lisardo Sánchez).
Corridas Barcial (Vega-Villar rama Cobaleda), Charro de Llen (Atanasio Fernández) et Robert Margé (Domecq-Núñez par Cebada Gago d’une part, et Joaquín Núñez del Cuvillo et Santiago Domecq d’autre part).
Corrida concours (élevages pressentis) / Juan Luis Fraile (Santa Coloma par Graciliano Pérez-Tabernero), Justo Nieto (Vega-Villar par Caridad Cobaledad), Valverde (Conde de la Corte), Doña Adelaida Rodríguez, Sánchez-Fabrés (Coquilla et Sepúlveda) et Clemares Pérez-Tabernero (Santa Coloma rama Graciliano Pérez-Tabernero par Alipio).

Sur le papier, le contrat est donc rempli, car même si un certain nombre de ces ganaderías ne sont malheureusement pas actuellement au meilleur de leur forme, nous avons au moins quelques motifs d’espérer. En outre, la belle diversité dans le choix des encastes et rames sélectionnées a été cette fois encore respectée.

Pour tromper notre attente en attendant de découvrir in situ ce qu’il en sera, et le millésime 2007 des « Viconographies » de Laurent, nous essayerons cet hiver d’aller à la rencontre de nos chers monstres sacrés. A suivre...

* Les Oreilles et la Queue [1961]. Nouvelle édition en 1990, 252 pages + 8 p. hors texte, 10 ill., sous couv. ill., 140 x 205 mm. Hors série Connaissance (1990), Gallimard. ISBN 2070719863.