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11 octobre 2013

The Volvo Toro Experience


C’est de la pub, mais c’est bien plus que de la pub… C’est un délire, c’est du plaisir, du soleil et de l’Espagne.

Ça vous donnerait presque envie d’acheter un camion — non mais, vraiment !… Bon, un camion peut-être pas, mais de retourner à Ciudad Rodrigo, ça oui !

Ça donne clairement envie d’Espagne, de soleil, de chaleur, de Campo Charro et de toros. Alors, merci Volvo !

De la pub qui ferait aimer la pub… On connaissait The Jimmy Hendrix Experience, il y a maintenant The Volvo Toro Experience. OK, j’exagère, mais quand même…

Bravo ! Et remettez-nous ça ! Ah, le lien, c’est par là.

14 juillet 2013

Petite conne




Tu verras, tu finiras par ne plus y penser… après tout. La vie fait son affaire, et le temps passe, même s’il est vrai que les choses sont ainsi faites, que l’on ne maîtrise rien, ou presque, et qu’il faudra que tu affrontes ce moment, tôt ou tard, tout au long de ta vie qui te verra devenir femme, mère et grand-mère. Je te le souhaite d’ailleurs, quelque part. Ça voudra dire que t’es restée jolie, et attirante. Et pourtant, d’évidence, dans ton intimité, on ne manquera pas de te le rappeler. Parce que ces choses-là ne s’effacent pas… Elles sont là, sur ta peau, dans ta chair, comme une brûlure au fer rouge, comme une morsure terrible, comme un coup de corne de Miura dans la poitrine, un dimanche matin ensoleillé, à l’autre bout de la planète.

Tu te rappelleras alors ce moment où ta mère, impuissante, bercée entre colère et angoisse, s’est mise à pleurer, là-bas, sanglot lointain à travers le téléphone de ton Queensland natal… Te reviendra en tête cet instant de ta vie où tu as réalisé en un quart de seconde que tout allait peut-être basculer dans le néant, toi qui préparais si impatiemment cet agréable petit bagpacker trip navarrais, à l’autre bout du monde, chez ces fous d’Espagnols qui font la bringue comme personne et qui ont l’amusante manie de se lever tôt pour courir devant des toros…

Des toros ? Oui, des bulls si tu préfères… Une tradition un peu dingue avec des animaux, une fantaisie rigolote qui fait marrer tout le monde… Aujourd’hui, tu es certes bien vivante, grâce au santo bendito (mais ça, comment pourrais-tu le savoir ?), mais cette plaie béante dans ton cœur, là, sous ton sein, cette affreuse cicatrice recousue dans l’urgence aux urgences d’un hôpital aux abois sept jours par an qui n’avait que foutre de savoir si tu aurais cette année encore les plus beaux nichons du campus ; celle-là, tu ne pourras plus jamais la refermer, elle fait partie de toi, comme un tatouage rageur d’adolescent ; et, désormais, tout ceux qui la verront ne pourront faire autrement que de te demander : « Mais, putain ! qu’est-ce que t’es allée foutre là-dedans ?… »

Alors, tu ne pourras t’empêcher de baisser les yeux, et à jamais réentendre les sanglots matinaux de ta mère, impuissante, bercée entre colère et angoisse… petite conne. 


Photographie Begoña Dang/Sanfermin.com

13 juillet 2013

27 juin 2013

Silencio


Et cette musique est là, inévitable ; surgie de nous tous, elle serre la gorge comme une criminelle. Cette musique, de trois notes, peut-être, que l’on désirerait inépuisable malgré sa ritournelle de douleurs, elle nous parcourt, nous passe derrière, marche devant au pas pour ne pas qu’on la manque, creuse au-dedans de nous ; nous qui n’aurions aimé qu’une chose : ne pas l’entendre, parce qu’elle est le cri féroce de la mort.

La tauromachie est un silence, mais la mort, elle, intranquille, n’est qu’une plainte sans fin. Elle a ses sons à elle, et nous en inventons des plus beaux pour les taire, les étouffer, les faire fuir et pour ne pas que nos larmes ne soient que solitude. 

Quand du tréfonds de ce chaudron vert et bouillant s’évadent ces quelques notes, c’est que la mort a déjà mû en cri. Le cri strident des femmes aux balcons, le cri des secouristes pour aller vite, les cris des fêtards qui ne savent même pas que des toros ont traversé la rue, le cri inaudible qui abandonne un corps par des yeux absolument ouverts et blancs qui ne peuvent se raccrocher à rien, qui tendent les bras pourtant, qui cherchent une branche irréelle, une main, un autre son, enfin. 

Il y a un trou au milieu du ventre, large, trop large, et l’on voit le sang noir, déjà comme une croûte, qui ne sait où aller. Les rainures des pavés sont devenues ruisseaux et font couler ce cri, inécoutable, sous les grolles salies de tous ceux qui sont là, par hasard, d’autres pas, et qui déjà ne supportent pas que leurs larmes ne soient que solitude. 

Les minutes de silence sont hypocrites. Le vrai silence, en nous, n’existe pas. L’esprit, comme un pétillement, se carapate loin de ce non-bruit trop vaniteux, devenant sa propre musique parce qu’il faut bien lutter. 

Ici, dans ce chaudron vert et bouillant, le silence est une musique, un rythme qui ressemble à la danse ralentie des battements d’un cœur mélancolique. 

Et rien n’y fait, elle serre la gorge, criminelle, et l’on manque d’air. Au loin, le cri féroce de la mort est emporté par le vent.


>>> Pour vous faire une idée de cette musique qui se joue à Pamplona quand quelqu’un meurt lors de l’encierro, rendez-vous ici.

11 mars 2013

Aux portes de Rome


Cheyenne dressé sur son promontoire rocheux. Silhouette. Inquiétante. Fixe l’horizon. Désert. Pinède infinie. Le jour se lève. Silence et oiseau mort. Le vent et la poussière. Patience. Où ? Quand ? Combien ? Patience. Long nuage blanc sur horizon. Mont pelé qui gronde. La terre vibre. Ils arrivent…

Fatal. Inévitable. Imminent.

Cailloux qui roulent. Herbe sèche. Terre ocre. Vent et poussière. Soleil levant. Lumière blanche. Désert. Volcan. Terre qui tremble, tremble… tremble !

Ils sont là.

Ciel blanc… Les voilà. Ombres noires sur horizon. Silence. D’abord les cavaliers, les lanciers. Douze, vingt, cent et mille. Immense. Masse sombre et mouvante. Monstre rampant au dos dardé de pieux. Nuage blanc. Vent et poussière. Silence pesant.

Inquiétant. Terrifiant. Avance.

En face. L’horizon vibrant, noir de silhouettes qui se dessinent dans la brume. Fantomatique. Grondement sourd. Lourd. Roulement de tambours. Sol qui se déchire. Machine en marche, s’élance. Déterminée. Extraordinaire. Maintenant.

Lièvre qui fuit. Peur. Volcan qui explose. Panique. Terre qui brûle. Magma en fusion surgit du cœur de la pinède et qui dévale le mont pelé. Puissant. Invincible. Infernal. Dévaste tout. Branches qui craquent. Sol vibrant, pierres qui se détachent des montagnes, roulent. Poussière, poussière et poussière. Fracas et hurlements, ferraille, cuir, sueur, vent, galop, fureur, écume aux lèvres.

Effrayant, énorme, monstrueux, sauvage. Terreur ! Fuir ou mourir. Que dieu nous sauve.

Rome, résignée, attend son châtiment. L’armée mongole déferle. Gengis Khan est à ses portes.


>>> Retrouvez, sous la rubrique « Campos » du site, une galerie consacrée aux plus vieux encierros d'Espagne.

Cuéllar, ou le peuple du toro


Rentrer dans l’arène habillé de lumière pour y flinguer un bestiau furieux selon les règles qu’un obscur zozo répondant au nom de Cucháres a pris la peine de taper à la machine sur un joli papier quelques siècles plus tôt, ça n’a pas vraiment de sens.

L’Espagne crève la dalle, et ces choses-là ne font pas bouffer le peuple. On pourra toujours gueuler contre une pique mal branlée, des derechazos sans fond et un torero hors de forme, ça ne remplira pas le frigo de l’Espagnol et ça ne lui mettra pas de truelle entre les mains… Les gens de Castilla y León le savent mieux que les autres, et quand on arpente les ruelles sans âme de la cité de Cuéllar, on comprend que les pensées aillent ailleurs. Le centre des ruedos vous caresse vaguement les pupilles, et vous aurez beau tenter de vous enflammer pour le minot du coin et ses trois pirouettes, l’esprit n’y est pas… ou plus. Au fond, je crois que la corrida, ici, tout le monde s’en fout.
Ça divertit, me direz-vous, et c’est déjà pas mal, ma foi. Alors bon, c’est comme ça, à Cuéllar, et c’est comme ça dans bien des bleds d’« Hispanie »… La corrida sent le formol ; il faudra bien un jour s’en convaincre.

Mais si vous vous levez tôt, à l’heure de l’encierro, et que vous traînez votre derche à travers champs poussiéreux et rocailles, à la sortie de la ville, vous croiserez l’autre trogne de ce peuple désœuvré. Ce peuple-là, qui se fout pas mal de savoir ce que l’on fait à un toro de Santa Coloma et ce que l’on ne fait pas à un de Domecq, est pourtant bel et bien le peuple du toro. Ce petit peuple, humble et râpeux comme un mauvais pif de campagne, généreux et grossier comme une soupe de topinambours, épais et pesant comme un açaï de cinquante réaux, aime les jeux de la rue, les divertissements du populo, les amusements de la masse et les toros qui vont avec. La voilà l’âme de ce pays qui, aujourd’hui plus que jamais, à défaut d’avenir, veut son pain et ses jeux, avec des toros au milieu.

Non, même par temps dégueulasse, vous ne tuerez pas le peuple du toro. 

10 mai 2012

Encierro d'Escolar


... à Brasilia. Je me suis dit que, à deux mois de Céret et à quelques semaines de Madrid, ça vous ferait plaisir.

12 septembre 2011

Courir le toro


Deux valent mieux qu'une : la formule n'est pas vraie dans tous les cas — vous serez d'accord avec moi qu'il est préférable, à force égale, de recevoir une gifle plutôt que deux... Bref, dans le cas qui nous occupe, deux barrières valent mieux qu'une et cet extraordinaire cliché de Galle en constitue sans doute l'illustration parfaite. L'unique barrière vient de céder1 sous la charge de la bête et tout le monde ne pense désormais qu'à une chose : sauver sa peau. Chacun tente bel et bien de fuir, mais dans la panique on se pousse, on trébuche, on s'agrippe, on s'élève et on crie sûrement beaucoup. La petite fille à la merci des cornes ne crie pas  — je suis convaincu que, ce jour-là et à ce moment précis, elle n'a pas crié. Elle a déjà vu les hommes « courir les toros » dans les rues et, ce jour-là et à ce moment précis, sous la menace, elle ne joue pas à les imiter ; elle ne donne pas non plus l'impression de paniquer tant son attitude rappelle celle des mozos les plus allurés. Ce jour-là et à ce moment précis, ce petit bout de femme « court le toro ».

Après avoir pris connaissance de l'incident du 7 juillet dernier lors du premier encierro — la porte d'Estafeta se refermant devant le museau d'un cabestro —, je me mis en quête d'informations sur le vallado (la [double] barrière en bois) en général et la porte d'Estafeta en particulier, sans pouvoir trouver de date précise (et satisfaisante) sur la mise en place de la double barrière. Au terme de mes recherches, à la mi-août, je décidai de retenir ce qu'Emmanuel de Marichalar a écrit dans son ouvrage de référence2 sur les « encierros de Pampelune et d'ailleurs » : « Pourtant, la présence des barrières n'est pas toujours synonyme de sécurité. La preuve en a été donnée en 1939. Le 8 juillet, un taureau de l'élevage de Sánchez Cobaleda3 brisa une des barrières et des spectateurs furent victimes de coups de cornes. Après cet accident, les barrières les plus exposées étaient renforcées de barres d'acier. Puis, en 1942, la totalité des barrières était doublée.
Le but essentiel de la double protection est d'éviter la fuite d'un taureau qui réussirait à rompre la première barrière. L'objectif secondaire est de permettre aux coureurs en danger de se réfugier entre les deux barrières, sans être gênés par les spectateurs. [...]
Depuis l'inauguration de la double barrière, une seule a cédé, le 14 juillet 1990. Un taureau du comte de la Corte percuta de tout son poids, dans une chute, la barrière du tournant entre les rues Mercaderes et Estafeta. Il la cassa sans même s'en rendre compte et les photographes, policiers, secouristes, employés et charpentiers qui se trouvaient là en ont été quittes pour une grosse frayeur.
Il existe encore des madriers centenaires, mais ils sont installés aujourd'hui sur le parcours de l'encierrillo. Dans l'éventualité où des morceaux se trouveraient en mauvais état, leur vérification débute chaque année vers la fin du mois de mai, leur pose n'intervenant au plus tôt qu'au début du mois de juin. »

1 À Lodosa, le 2 août 2011, un homme de 74 ans recevait une cornada mortelle d'un novillo qui s'était échappé du parcours de l'encierro après avoir brisé la barrière. Suite à cet accident, le Gobierno de Navarra réfléchissait à un nouveau règlement applicable dès l'année prochaine.
(Notes suivantes ajoutées par l'auteur du post.)
2 Emmanuel de Marichalar, Le souffle dans le dos. Encierros de Pampelune et d'ailleurs, J&D Éditions, 1997.
3 Du nom de 'Liebrero', celui de la carte postale.

Carte postale publiée avec l'aimable accord de Velonero (photographie © José Galle Gallego), auteur du touchant « Tiroirs ». Merci à lui.

16 juillet 2011

De la tradition


À Malcos, Éric...

En Pamplona, Navarra, on court Cebada, Dolores ou Miura comme on transmet le zuzulu familial trois fois centenaire de père en fils, parce que c'est comme ça. La tradition c'est quand on peut plus s'en passer et qu'on a oublié pourquoi, et, ici, la peur en est une. Même sans caste et avec un mental de daurade, les toros doivent avoir l'air de dieux terrifiants. Même avec les convictions guerrières de Marie-Chantal, ils sont beaux et fiers, armés et couillus, et c'est d'abord ça qui compte. Qui ne sait pas que le galop d'un sardo au milieu du peuple ruant d'Estafeta jusqu'au grand cirque navarrais de la Casa de Misericordia est un spectacle qui mettrait à genoux tous les jardins suspendus de Babylone ? L'histoire, elle, ne s'écrit que dans les reseñas du lendemain mais, au fond, ici, à Pamplona, ce qui compte avant tout c'est l'excès, surtout quand il s'incarne en explosion magnifique de bois, de chair et de rage à vif défiant la terre entière au milieu de ce gouffre hurlant peuplé de fous ; et ça, personne n'a le droit de l'ignorer.
Voir les toros de Pamplona, les courir, devenir un homme, et mourir... Le reste, on s'en fout. Sauf que le parfum enchanteur unique et archaïque des gaïtas et tamboriles de la fiesta sin igual se dilue chaque année un peu plus dans les effluves puantes des plus célèbres matins du monde, au nom de la liberté de tous. San Fermín ne pouvait pas garder son secret de famille indéfiniment...
A l'heure des churros dans le chocolat made in la bétonnière, les divins chauves à moustache, cons comme des pelles, avaleurs de potxas et de costas de buey, larges d'épaules mais pas de Q.I., ne font plus le show au rendez-vous dantesque des hommes courage et des aurochs terrifiants, et pourtant, c'est bien eux qu'on attendait, qu'on cherchait, qu'on repérait. Autrefois, on ne voyait qu'eux, on ne regardait qu'eux, on les admirait et l'encierro de Pamplona tonnait comme une avalanche parce qu'il avait quelque chose à dire, parce qu'il faisait peur, parce qu'on le craignait. Ça sentait le vieux chêne et le fer fraîchement martelé, ça sentait le cuir des pelotes malmenées, la pierre usée par les hivers rugueux et les chaleurs intenses, ça sentait la testostérone rêche des hommes de ce pays, ça sentait la tradition, ça sentait la Navarre, et tout le monde aimait ça, étendards haut dressés, et lauburu sur le cœur. Tension et peur engendraient le respect. À la place, ce trop-plein de faux Hemingway à la con, nouveaux rois bouffons de la Estafeta à la dégaine ridiculement élaborée, qui s'étirent grotesquement aux angles noirs de la rue, annonçant mondialement la promesse d'une course titanesque dans le berceau d'un Miura qu'ils raconteront longtemps, sans jamais l'avoir faite. Menteurs, tricheurs, baltringues et ignorants, tous sont là, sur le coup de 7h45 au matin, quand les caméras n'ont rien d'autre à croquer que les clownesques yankees bedonnants auxquels même un pañuelo rouge ne va pas bien. Parfois, même, une paire de gonzesses lustrées comme des enjoliveurs que certains reconnaissent parce qu'ils les baisaient lamentablement dans les chiottes d'une peña suante 2 ou 3 heures auparavant... Bref, tous sont là, à pisser sur les arpions du Santo Bendito sans même le savoir, dans une esclaffade générale à Santo Domingo, Telefónica ou Mercaderes. Et ça fait marrer la foule. Bienvenue dans le plus grand cirque du monde, l'amusement mondial number ONE qui fait poiler les grands et les petits ! Et surtout, n'oubliez pas : L'ENCIERRO C'EST DANGEREUX CAR VOUS POUVEZ VOUS FAIRE MAL !
Aucun n'arrivera dans l'enceinte, on le sait... car aucun ne partira. Mais la peur d'autrefois n'a rien à voir dans tout ça, car tous étaient là, pour maman restée dans l'Ohio, pour la chérie coincée de l'autre côté des Pyrénées, ou pour honorer la mémoire glamour du grand Ernest, l'américain barbu alcoolo sans qui la Navarre ne serait qu'une province à pinard de mesa, oui, mais c'était sans compter sur la tradition de cette terre, LA terre des traditions. Et quand on la sait, la tradition, celle d'ici, celle qui part de Santo Domingo et court jusqu'au cœur du joyau austère de la Casa de Misericordia de Pamplona, on ne pose pas sa main sur le bois royal d'une corne. Pas même pour redresser une course devant un Miura. Jamais...

À ceux d'ici, à ceux qui savent, à ceux pour qui la peur se respecte parce qu'elle est tradition.

12 juillet 2011

SF 2011


¡Viva San Fermín!

À la rubrique RUEDOS du site, retrouvez une galerie consacrée à San Fermín 2011 et à la corrida de Miura.

08 juillet 2011

Faenas de carpintero


À Pampelune les toros ont la bougeotte. De leurs fincas respectives ils commencent par être débarqués aux Corrales del Gas. De là, sur le coup de 22 heures la veille du combat, ils quittent leur confortable appartement pour aller passer la nuit dans un bien plus sommaire, les Corralillos de Santo Domingo ; c'est l'encierrillo. Le lendemain matin à 8 heures pétantes ils participent à l'encierro au cours duquel à vive allure et encadrés par leurs cousins cabestros ils sont invités à rejoindre les corrals de la plaza — non sans avoir préalablement bousculé, piétiné voire encorné quelque piéton inconscient ou tout simplement malchanceux. Quatre heures plus tard l'apartado dispersera la fratrie pour toujours.

En dehors des opérations de débarquement et de mise en chiqueros, aucun transfert des toros ne serait possible en l'absence du vallado1, autrement dit la clôture en bois. Dès le début du mois de juin, les employés de la menuiserie Hnos. Aldaz Remiro, de Puente la Reina (Navarra), installent les éléments du tronçon de l'encierrillo et des Corralillos, éléments qui resteront en place durant toute la durée des San Fermín. En revanche, les 64 « menuisiers-charpentiers » abattent un boulot titanesque les jours d'encierro dans le Casco Viejo ; tous les matins entre 5 et 6 heures ils montent la clôture du parcours, et tous les matins, une fois l'encierro terminé, la démontent ! Inutile de préciser que la « petite armée » en gilet beige passent beaucoup plus de temps à dresser la clôture qu'à la faire tomber...

L'armature du vallado dans son entier (encierrillo + Corralillos + encierro) se compose de 900 piquets2 (de 30 kg chacun), 2 700 grosses planches, 200 palissades, 2 400 cales, 2 000 vis et 40 portes environ, dont l'une est d'un genre très spécial : la puerta de Estafeta. Située dans la Curva, entre Mercaderes et Estafeta, il s'agit d'une authentique porte, fort large et plutôt lourde. Depuis 1987 les toros viennent y frotter cuir et cornes suite à une glissade ou un virage mal négocié ; depuis 24 ans elle se referme après le passage du dernier toro ou cabestro. Poussée par plusieurs gilets beiges mais commandée depuis toujours par Alfredo Macuso Amadoz, la porte d'Estafeta empêche et les cornus braves ou mansos de revenir en arrière et les coureurs des secteurs Ayuntamiento et Mercaderes de poursuivre la manade dans Estafeta. Malgré une expérience incomparable, il arrive parfois à Alfredo d'ordonner sa fermeture un peu précipitamment, comme cela s'est produit hier...

1 Là où il n'y a pas de murs (rares trouées dans Santo Domingo, Ayuntamiento, La Curva, Telefónica et Callejón), il y a le vallado, constitué de deux barrières (intérieure pour les coureurs, extérieure pour les spectateurs) formant un couloir qu'occupent les secouristes, les agents de la sécurité, les photographes et... les coureurs qui y trouvent refuge.
2 L'emplacement d'un piquet du vallado est matérialisé au sol par une trappe métallique.

Liens Vidéos Vallado 1 & Vallado 2 ; vidéos Puerta 1 & Puerta 2 Une galerie du Diario de Navarra.

Images Détail du vallado © Laurent Larrieu / www.camposyruedos.com Signe des temps, pour la première fois une partie du vallado est issue de forêts navarraises (pin sylvestre) gérées durablement — à titre d'exemple, 8 à 10 piquets sont étrennés chaque année.

06 juillet 2011

Du 7 au 14 juillet



En vous levant avant 7:59 AM et en cliquant sur ce lien vous devriez pouvoir suivre les encierros sanfermineros en direct.

¡Viva San Fermín!

Dessin Avec l'aimable autorisation de © César Oroz | www.latiradeoroz.es

30 août 2010

Coureur d'encierro


Cette photographie, à l'image de la précédente, aurait pu être « sans paroles ». Sauf qu'en la voyant, un papier de TOROS a jailli de ma mémoire — il ne restait plus qu'à mettre la main dessus.
Trois coureurs invités par un club taurin, et Miguel Darrieumerlou qui prend des notes pour la « vieille dame ». Les propos recueillis respirent l'intelligence et l'afición. Voici quelques courts extraits :


« L'encierro va se passer, avec tout son rite de bonheurs et de frustrations possibles et, à la fin de l'encierro, l'événement majeur c'est de nous retrouver, comme nous ne courons pas tous au même endroit, ni sur la même distance ; il y a d'abord une quête de l'un et de l'autre. Le groupe se recompose, ça va mieux, tout le monde est là, il n'y a pas eu de blessés... »

« [Le regard des autres] peut être parfois dubitatif, moqueur, mesquin... peu importe. Il n'y a pas d'un côté les très bons coureurs et d'un autre les mauvais coureurs. À partir du moment où un homme s'est mis sur le parcours, où un homme a décidé de ne pas s'échapper, il est coureur d'encierros. Après, il fait en fonction de ses capacités, physiques et psychologiques. »

« Bien sûr, implicitement on a envie, lorsqu'on s'apprête à courir, de faire quelque chose de fort, de grandiose. Paradoxalement, l'homme qui a été très fort pendant la course tente souvent de disparaître rapidement, d'être le plus discret possible, le plus humble, presque anonyme. [...] Si les autres l'ont vu, cela suffit à sa quête, à sa réalisation. »

>>> Miguel Darrieumerlou, « À propos de Pamplona. L'Association française des coureurs d'encierro ou l'art de courir pour l'art ! », revue TOROS n° 1631, 6 juillet 2000, p. 1-3. Merci Vincent !

Image © Laurent Larrieu

14 juillet 2010

Courir !


À Eric...

Combien de pas pour ne pas y penser ? Marcher. Lentement. Marcher pour courir. Devant des toros. Combien de marches ? Cinq étages au bas mot d’un vieil immeuble en bois. La lumière du jour peine à guider les pas. Combien de marches ? Combien pour se dire qu’on aurait dû pisser un coup avant de démarrer ? Combien pour se demander comment éviter de regarder dans les yeux des copains dans 30 secondes, dans deux minutes, dans deux étages encore, pour ne pas y voir ce qui traîne au fond de nos propres entrailles ? Un étage encore. Quelques marches. Assez pour remettre en place la faja et remonter le pantalon. Il faudra en changer demain. La fête salit. Il faudra aussi appeler la famille pour dire que tout va bien. La porte. Le bruit. Ça y est. Le ronronnement d’un peuple en éveil forcé qui s’installe et attend l’ultime vacarme des pavés avant de se coucher. Mercaderes. La curva. Combien de pas encore ? Combien pour embrasser les amis qui ne regardent pas dans les yeux ? Leur dire de faire attention. Marcher. Lentement. Cette ville pue "comme un bordel à marée basse". L’odeur ne compte pas. Marcher. Il fait frais. Marcher fait du bien. On mangera plus tard. En bas de la ville. Entre potes qui marchent pour courir. Loin du bruit. Abrazo. Fais attention ! Les balafres de la nuit tirent les yeux vers les pavés mouillés. Les membres s’étirent. Plaza Consistorial. Combien sont-ils en équilibre sur les poutres de bois ? Regarder passer les toros. Et ceux qui vont avec. Devant, derrière, autour. Partout. Trop de monde. Après Pamplona ? D’autres courses aux quatre coins de la Navarre, de La Rioja, jusqu’à Madrid. Plus au sud ? Non. Plus au sud, les toros se parfument. Santo Domingo. C’est bon de marcher à cette heure. Le ronronnement grossit. Les balcons overdosent. Les bars se taisent. Combien de pas encore ? Combien pour ne pas y penser ? Les toros ? Ne pas les voir avant. Combien de pas ? Le ciel est bleu ce matin. Deux murs. Sombres. Raides comme des falaises. Santo Domingo. Ne pas y penser. Marcher. Lentement. Marcher pour courir.
Ici ! 8h00.
Courir !

>>> Retrouvez sur www.camposyruedos.com, dans la rubrique RUEDOS, une galerie consacrée aux Sanfermines 2010 (corrida de Cebada Gago et encierro de Fuente Ymbro).

Photographie Encierro de Fuente Ymbro © Laurent Larrieu/Camposyruedos.com

09 juillet 2010

Cours l'encierro au blanc


En voilà une belle initiative, allant à contre-courant de tous les discours hygiéniques et bien-pensants, que celle d'encourager les mozos à courir au blanc histoire de donner un coup de pouce aux blancos de Navarre, territoire davantage réputé pour ses rosados et sa forte production de tintos — une bouteille de vin navarrais sur deux serait une de rouge.

Camarade coureur, délaisse ton tord-boyaux préféré, le patxaran, et mets-toi au blanc, si rafraîchissant... Et n'oublie pas, el vino sólo se disfruta con moderación.

Surtout avant 8 heures !

Image Il est interdit de citer ou d'attirer l'attention des toros, de les toucher, de rendre difficile la course des autres coureurs en s'arrêtant sur le parcours / Dans tous les cas, si tu tombes, ne te relève pas avant le passage de la manade © Ayuntamiento de Pamplona