Massamagrell, 2013. Toros en la calle. Ici aussi la grandeur de la Fiesta, pour ceux qui, gratuitement, par pure afición, « s’y mettent devant ». Spectaculaire et, heureusement, sans conséquences.
La vidéo est d’Andrés Verdeguer Taléns.
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| La Vilavella, Sant Roc — Florent Lucas |
Almassora est un village de Castellón, et qui dit Castellón dit bous al carrer, évidemment. Juste en guise de rappel, le bous al carrer est une fête taurine populaire dont une des modalités consiste en un lâcher de taureaux de combat au beau milieu du village pour le simple divertissement des autochtones et des gens de passage. Un truc sans importance, une tradition tauromachique populaire, locale et primitive.
Plus tard, arrive une nouvelle espèce migratrice qui n’hésite pas à parcourir des kilomètres dans le but de peupler la barrière et satisfaire son afición. Cette espèce, généralement bien renseignée par les revues taurines, s’accommode plutôt bien de la présence des petits vieux, avec qui elle maintient de bonnes relations. Enfin, une espèce dite autochtone, plus ou moins concernée, surfe sur l’événement et navigue autour de la barrière accompagnée de sa progéniture. Cette progéniture est généralement confiée aux petits vieux des strates inférieures de la barrière qui possèdent une place de choix pour profiter du spectacle. À ce stade, notre milieu naturel est stratégiquement occupé à tous les étages. Toutes les espèces qui tenteront ensuite de se greffer à ce « biotope » seront qualifiées de parasitaires.
Le numéro manquant, je l'aurai à 17 heures. ‘Lastimoso’, de Baltasar Ibán, est le cadeau d'anniversaire de la peña, et le numéro 18 qu'il porte sur son flanc gauche est le chiffre qui me manque pour que la combinaison soit gagnante. Lorsque le cajón s'ouvre et libère ‘Lastimoso’, la caste et la bravoure inondent la grande rue de Massamagrell. ‘Lastimoso’ sort comme un obus, répond à tous les cites avec fougue, se retourne et poursuit sa proie. Rapidement le tri se fait parmi les recortadores. La seconde ligne des piétons recule de quinze mètres, alors qu'une poignée d'intrépides s'aventure sur le terrain de ‘Lastimoso’. Pendant une grosse demi-heure, le toro offre le spectacle de la bravoure aux yeux de tous, puis on décide de le changer de terrain, de l'emmener dans les ruelles du village et sur la place de l'église afin de voir s'il est capable d'y déployer le même allant. Pendant près d'une heure, ‘Lastimoso’ sera de tous les combats, la bouche fermée, chargeant avec vérité et générosité. Un grand toro. Un véritable cadeau comme on a peu de fois l'occasion d'en profiter. La peña jubile, ‘Lastimoso’ a justifié tous les sacrifices d'une année et à lui seul garantit le succès de ce grand week-end.
Nous ne vous avions pas encore proposé de galeries sur les fêtes populaires du Levante, sur le bous al carrer ; c’est désormais chose faite.
Je ne l'avais jamais vu, je ne le connaissais pas. Je n'y vais pas non plus tous les samedis au bous al carrer… enfin, presque. Le fait est que je ne l'avais jamais vu auparavant. Les bous al carrer c'est parfois monotone, un brin routinier, comme les corridas que l'on enchaîne sans qu'il ne se passe rien jusqu'au jour où tu prends une claque en pleine figure : les yeux écarquillés, le cœur à mille, le frisson qui te parcourt le corps et le cri qui s'étouffe dans la gorge. Tu penses avoir rêvé, tu regardes ton voisin de barrière qui a ses deux mains sur la tête et la bouche en cul-de-poule. Et puis viennent les applaudissements, la grande ovation. Des émotions et des souvenirs comme ça peuvent me durer une semaine. Ces samedis après-midi sont bénis.
Il est 23 heures lorsque Javi s'empare d'un stylo et d'un morceau de la nappe en papier qui recouvre la table où sont installés la vingtaine de « Jovens però valents ». Quelques minutes plus tard, six noms figurent sur le morceau de papier : six volontaires pour trois élus.