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21 octobre 2013

La vérité est aussi dans la rue


Massamagrell, 2013. Toros en la calle. Ici aussi la grandeur de la Fiesta, pour ceux qui, gratuitement, par pure afición, « s’y mettent devant ». Spectaculaire et, heureusement, sans conséquences.

La vidéo est d’Andrés Verdeguer Taléns.

23 septembre 2013

‘Santanero’


‘Santanero’, de l’élevage El Solivo (pure caste Navarra), propriété de Juan Bautista Giménez Martín et marqué du numéro 76, sortira dans le quartier Carbonaire de la Vall d’Uixó à la mi-octobre.

Félicitations à la peña Victorino, de la Vall d’Uixó, pour son acquisition et pour apporter de la variété dans nos rues. ¡Suerte ganadero!

19 août 2013

La Vilavella (II)


Vous n’irez probablement jamais à La Vilavella, pour la Sant Roc, rue Sant Roc.

Ce n’est pas qu’on vous empêchera d’approcher. C’est juste qu’approcher, si vous n’êtes pas recortador, coureur d’encierro, torero, raseteur, ou un truc dans le genre, ça peut être mortel, vraiment mortel.

Florent habite à côté et grâce à ses connaissances, quelques portes lui sont ouvertes. Pas des portes, plutôt des balcons, jusqu’au moment où, marre des balcons, il descend.

À La Vilavella, dans ce couloir, sinon de la mort du moins de la folie, les habitants vénèrent un élevage, celui de Cuadri. Ça ne date pas d’aujourd'hui, et Flo nous raconte : « La Vilavella (Sant Roc) et Cuadri, c’est une véritable histoire d’amour depuis les années 1990. Les habitants de la rue Sant Roc font des tee-shirts aux couleurs de Cuadri, peignent le fer de Cuadri sur leur porte et chantent en l’honneur de Fernando Cuadri. Véridique, il y a de quoi halluciner. Si Cuadri est célèbre dans le bous al carrer, c’est grâce à La Vilavella. Aux débuts des années 1990, les toros de Cuadri sont vendus à des “cebaderos” de la zone de Valence, mais personne n’en voulait. Et puis ils ont commencé à débarquer dans la rue Sant Roc, et quelques toros sont devenus célèbres. Depuis, Cuadri vend tout ce qu’il veut dans les rues. Ça fait donc vingt ans que les Cuadri sont au cartel de La Vilavella, chaque année avec un ou deux toros, comme le sont ou l’ont été Concha y Sierra, Miura, Pablo Romero, Torrestrella, Isaías y Tulio Vázquez et Felipe Bartolomé.

« Malheureusement, cette année, les toros de Cuadri déçoivent.

« J’en ai vu quatre ou cinq (La Vilavella, Faura, La Pobla de Farnals), et le manque de caste est préoccupant. La sauvagerie et la charge lourde du Cuadri n’ont pas brillé. La plupart des toros ont été arrêtés, se sont défendus et n’ont pas inspiré autant de peur que de coutume. Ils continuent d’exploser les barrières et les portes, mais manquent cruellement d’envie d’en découdre. Le Cuadri d’hier a passé un bon moment le cul contre un mur et la langue pendante. »


Photographies Florent Lucas

18 août 2013

La Vilavella


La Vilavella, Sant Roc — Florent Lucas
Cela fait des années qu’on a volé le rêve de Manolo, et, pourtant, il a toujours un petit espoir qu’on le lui rende. Il est quand même curieux de dérober un rêve sans être vu. Ça ne peut disparaître comme ça, sans laisser de traces. Toute cette histoire le fait un peu sourire, Manolo.

Son rêve ornait les murs des toriles de la rue Sant Roc. C’est don Fernando Cuadri qui l’avait exaucé aux débuts des années 1990. ‘Mi Sueño’ (‘Mon Rêve’) débarqua une journée d’août, en haut de la rue Sant Roc, pour le plus grand plaisir de Manolo. Curieux nom pour le fils de la vache ‘Cenicera’. Mais c’est pourtant ce nom que choisit l’emblématique éleveur pour que le rêve de Manolo devienne réalité. ‘Mi Sueño’ fit honneur à sa devise et sa tête fut empaillée pour orner le mur des toriles, jusqu’à ce qu’on la vole et qu’elle disparaisse quelques années plus tard. Qui peut bien vouloir voler la tête d’un taureau ?

Lundi, les fêtes de Sant Roc se termineront à La Vilavella. Ce sera le tour de l’autre quartier de rendre honneur à Sant Xotxim. Un village, deux quartiers, deux façons de voir le toro, et une énorme rivalité…

23 juillet 2013

Le règlement


Almassora est un village de Castellón, et qui dit Castellón dit bous al carrer, évidemment. Juste en guise de rappel, le bous al carrer est une fête taurine populaire dont une des modalités consiste en un lâcher de taureaux de combat au beau milieu du village pour le simple divertissement des autochtones et des gens de passage. Un truc sans importance, une tradition tauromachique populaire, locale et primitive.

Figurez-vous que ce village compte à peu près une quarantaine de peñas taurines dévouées aux bous al carrer. Pour ces peñas, un des moments forts de l’année a lieu, au mois d’octobre, lors de la célébration des fêtes de la Virgen del Rosario. Une excuse pour lâcher une bonne quinzaine de toros pendant une semaine de fête. Un truc de sauvages, une barbarie je vous dis.

Toutes ces petites peñas se regroupent au sein de l’Association des peñas taurines d’Almassora, qui garantit le bon déroulement et la correcte organisation des fêtes. Rien d’étonnant ni de très original, me direz-vous. Sauf que cette association a un règlement plutôt particulier qui veille à la bonne présentation du roi de la fête : le toro. L’article de journal que vous pouvez lire ici explique que diverses peñas s’exposent à une sanction pour avoir exhibé des toros laids lors des fêtes qui se sont déroulées en octobre 2012. Le toro ‘Tonadillero’, de Jacinto Ortega, acquis par la peña All i Oli, avait le défaut de ne pas avoir de queue. On reproche à ‘Romperejas’, de Rocío de la Cámara, qui fut acheté par six peñas, d’être plus petit que ce que la photographie du cartel ne semble présager. Quant à ‘Albertito’, exemplaire de Torremilla, de la peña El Porrat, il n’a pas convaincu le jury du comité des fêtes, qui n’a pas donné d’autres explications que sa médiocre présentation dans un cartel taurin aussi important.

Selon le règlement, les peñas qui exhibent un toro mal présenté sont sanctionnées sans pouvoir lâcher de toro pendant une année. Si elles récidivent, elles seront écartées deux ans de suite sans pouvoir montrer leur toro. À la troisième sanction, elles seront définitivement exclues et ne pourront plus acquérir d’animal. 

Quand vous faites partie d’une peña d’Almassora et que vous économisez tous vos petits sous pendant une année pour vous payer un toro à prix d’or dans un élevage important du sud de l’Espagne, vous avez intérêt à le regarder sous toutes les coutures, votre toro. Parce qu’on se fout pas de la gueule de la vierge du Rosario, à Almassora, ni de ses habitants ni de leur afición. C’est comme ça, c’est le règlement.

Pour vous donner un exemple concret, le genre de toro que l’on voit sur la photographie qui ouvre ce post ne serait pas sorti dans les rues d’Almassora. Il aurait fait honte à sa peña, à son éleveur, à l’organisation et aux aficionados. Ce genre de toros, on n’en veut même pas dans les rues, avec ou sans règlement. Et si, par hasard, le règlement permet de sortir ce genre d’animal dans des arènes garantes de l’intégrité du toro, eh bien il est préférable de le changer, ou de le faire sauter, ledit règlement.


Photographie ‘Churrero’, toro n° 40 de D. José Escolar Gil, sorti le 14 juillet 2013 dans les arènes de Céret — Florent Lucas

10 juillet 2013

29 juin 2013

National Geographic dans l’Horta Nord


Vous avez peut-être déjà vu, à la télé, ces magnifiques reportages du National Geographic, où l’on vous montre des ours polaires à la dérive sur un iceberg, la société patriarcale des babouins en Afrique, ou tout autre phénomène naturel qui peut se filmer au ralenti et en contre-plongée. L’autre jour, un samedi matin pluvieux (pluvieux chez vous, pas chez moi, évidemment), j’ai regardé un de ces reportages où des énergumènes avaient balancé une vieille voiture dans la mer. C’est crade, me direz-vous. Oui, mais non ! De cette carcasse automobile, qui n’a rien à faire dans la mer, est né un écosystème. Pas la peine de courir chercher le dictionnaire, j’en ai un sous la main.

Un écosystème est une « unité fondamentale d’étude de l’écologie, formée par l’association d’une communauté d’espèces vivantes (biocénose) et d’un environnement physique (biotope) en constante interaction. » (Le Petit Larousse, édition 2003.)

Pour expliquer ça simplement, notre carcasse de voiture fraîchement immergée se retrouve colonisée par des algues, qui y trouvent un point d’accroche. Ces algues sont l’habitat de crustacés ou mollusques, qui font partie du menu de petits poissons qui, à leur tour, se font manger par de plus gros poissons, qui adorent faire la sieste sur les sièges en skaï de notre 205 GT sport aquatique. En l’espace d’un an, notre carcasse de voiture (biotope) se fond dans le paysage marin et abrite une quantité de petits ou grands animaux (biocénose) convertis au tuning.

Ce même samedi pluvieux (chez vous, mais pas chez moi), je me rends à mes habituels bous al carrer, sensibilisé sur les incroyables possibilités de recyclage de nos produits de consommation désuets. Arrivé sur les lieux, je fus saisi d’une révélation : chaque samedi, dans l’Horta Nord, se créent de véritables écosystèmes éphémères. Je m’empresse d’appeler le National Geographic, et je vous en fais la démonstration. 

Pour constituer notre biotope, il nous faut un camion de sable soigneusement éparpillé à l’extrémité d’une rue, et une barrière. Postez-vous dans un coin et observez. En milieu d’après-midi, apparaît la première espèce colonisatrice de notre biotope. On l’appelle : le petit vieux. Doucement mais sûrement, le petit vieux est le premier à s’approcher du biotope pour se l’approprier. Le petit vieux, dans sa forme masculine, a une forte querencia aux planches et tentera de se hisser sur le haut de la barrière pour s’asseoir sur la dernière traverse. Quant à sa déclinaison féminine, celle-ci occupe généralement les parties inférieures et extérieures de la barrière, plus sûres et garantissant une certaine protection solaire. La chaise de camping est un outil regrettable parfois utilisé dans le processus de colonisation.


Plus tard, arrive une nouvelle espèce migratrice qui n’hésite pas à parcourir des kilomètres dans le but de peupler la barrière et satisfaire son afición. Cette espèce, généralement bien renseignée par les revues taurines, s’accommode plutôt bien de la présence des petits vieux, avec qui elle maintient de bonnes relations. Enfin, une espèce dite autochtone, plus ou moins concernée, surfe sur l’événement et navigue autour de la barrière accompagnée de sa progéniture. Cette progéniture est généralement confiée aux petits vieux des strates inférieures de la barrière qui possèdent une place de choix pour profiter du spectacle. À ce stade, notre milieu naturel est stratégiquement occupé à tous les étages. Toutes les espèces qui tenteront ensuite de se greffer à ce « biotope » seront qualifiées de parasitaires.

Ces espèces retardataires sont mal vues des précédentes et sont souvent repoussées dans leur tentative d’envahir la barrière par des « dis donc, on était là avant, hein ! », ou bien des « aïe ! mais c’est ma main que tu écrases, là », ou encore des « c’est la place de ma sœur, elle est partie un instant, mais elle va revenir de suite ».

Les peñistas, espèce bruyante, parfois alcoolisée, et portant des pantalons blancs et des t-shirts personnalisés souvent pathétiques, mettent fin à la lutte des espèces lorsque, juchés sur leur cajón, ils libèrent le quadrupède cornu que tout se petit monde est venu observer. À ce moment précis, l’écosystème de la barrière a intérêt à s’autoréguler comme il faut s’il ne veut pas afficher une perte de population.

À la fin du toro, notre population abandonne rapidement le biotope de la barrière, un peu comme si les poissons du National Geographic venait de se rendre compte qu’une 205 au fond de l’eau, c’est nul. Pourtant, tous les samedis de l’été, il suffit de jeter du sable dans une rue et d’y poser une barrière pour que le phénomène se reproduise. Et moi, j’ai envie que ce phénomène dure longtemps…

14 janvier 2013

Think different (IV)


Castellnovo, charmant village de la province de Castellón, marque le lancement de la nouvelle année des bous al carrer. La petite place du bourg peine à contenir la multitude d’aficionados venus passer leur samedi après-midi de janvier dans la fraîcheur des montagnes. Peu importe le froid et les kilomètres quand il s’agit de se retrouver avec le toro après un long sevrage hivernal. Je suis de la partie avec Albert, mais, dans notre désir de toro, nous débarquons une heure et demie avant le début des festivités. Lorsque nous nous adossons à la façade d’une bâtisse et que nous posons nos fesses sur le trottoir gelé, les petits vieux ont pris place sur les barrières depuis bien longtemps ; exit le café-cognac et la sieste du samedi quand on veut être certain de profiter du spectacle. Un jour, il faudra que je vous parle des petits vieux qui viennent au bous al carrer

Le cul meurtri par le béton glacé, nous assistons au remplissage de la coquette petite place de Castellnovo. Comme à l’habitude, un genre attire notre attention : le Photographus taurus sp. Je suis aussi un Photographus taurus sp., et mes semblables me fascinent. Depuis quelques années, ce genre prolifère dans le bous al carrer. Il n’y a que deux explications possibles : Internet et ses réseaux sociaux, et l’ère digitale, qui a l’avantage de nous montrer immédiatement sur écran LCD la médiocrité du cliché que l’on vient de réaliser. 

Pour choisir sa place, le Photographus taurus sp. essaie d’arriver tôt et se positionne invariablement aux mêmes endroits. S’il a été plus rapide que les petits vieux, il se perchera en haut des barrières afin de dominer la scène ; dans le cas contraire, il choisira la cage en face des cajones, qui lui offrira la meilleure vue sur la sortie du toro. Le Saint-Graal du Photographus taurus sp. se situe sur le cajón, là où s’installe la peña. Confortablement assis, il jouit du spectacle, persuadé d’y réaliser les meilleurs clichés. Pour celui qui foule le plancher des vaches, il faut jouer des coudes pour être le premier aux barreaux en brandissant son matériel de haute technologie et en arguant de sa page Internet, de son blog archiconnu ou, mieux encore, de ses connexions avec les magazines spécialisés.

Il ne faut donc pas s’étonner si, semaine après semaine, dans les fameuses pages Internet, l’on découvre des centaines de photos se ressemblant toutes : désespérément banales et ennuyantes. Bien entendu, dans le genre Photographus taurus sp. existent des exceptions qui savent rendre une copie originale et sublime de la fête du toro. Le résultat saute aux yeux ; la marque de fabrique est différente, le regard unique. Lorsque, avide de conseils, le commun du Photographus taurus sp. l’interpelle, le photographe avisé n’a que deux réponses possibles à lui donner : soit tu vends ton appareil, soit tu ouvres les yeux. Il n’y a pas si longtemps, j’ai décidé d’ouvrir les yeux.

17 novembre 2012

Combinaison gagnante


Ça n'avait pas commencé très fort en ce tant attendu samedi de septembre. En fin de soirée, les mines étaient longues et grises comme le ciel qui avait accompagné la journée. Les toros ont gâché la fête, et boudé l'anniversaire : 50 piges. Un demi-siècle à lâcher des toros dans les rues. C'est pas rien, c'est d'ailleurs la peña la plus ancienne de Massamagrell. Imaginez un peu des toros galoper dans la rue cinquante ans en arrière. Imaginez-vous l'Espagne de 1962, Valence, Massamagrell, un village entouré d'orangers et de champs. En 2012, tout paraît si simple ; en 1962, c'était une aventure, un défi au pouvoir en place, un vrai risque que de lâcher un toro dans une rue.

La Peña taurina de Massamagrell fête donc ses 50 ans. Trente-deux peñistas qui ont à cœur de marquer le coup, pour l'honneur et pour la fierté, dans un village qui compte une bonne douzaine d'autres peñas taurines. Alors on met les petits plats dans les grands et on se saigne aux quatre veines une longue année durant afin que le traditionnel jour de la peña se transforme en deux grandes journées de toros.

Pour l'occasion, ils ont choisi huit toros : deux Juan Pedro Domecq, l'élevage emblématique de cette peña, deux Conde de Mayalde et quatre Baltasar Ibán. Pour que le toro soit le roi, et lui donner l'avantage, ils ont réparti quatorze camions de sable sur l'immense parcours — saveur du passé, quand les rues du village étaient probablement en terre battue.

Le samedi, à 17 heures, tout était prêt. Et puis, rien, le champagne s'était éventé. Si le juanpedro avait un problème de vue, si le condeso manquait de jus, si son frère était neuneu et si l'ibán s'est éteint trop vite, qu'importe, le résultat fut le même, et l'analyser ne fait que jeter un peu plus d'huile sur le feu. Ça râle, ça jase, ça chambre comme de coutume ; le malheur des uns faisant le bonheur des autres dans un village où la concurrence taurine est de bonne guerre.

Aux moqueries et aux piques, les trente-deux peñistas n'ont qu'une réponse : il reste un jour et quatre toros. Et lorsque, très tard dans la nuit ou très tôt le matin, ils sont allés chercher quelques heures de sommeil, je suis sûr qu'ils ont fermé les yeux en pensant à ‘Fariseo’, ‘Rabosillo’, ‘Perdulario’ et ‘Lastimoso’. 

Dimanche 30 septembre, le soleil est revenu et divise le Camí la Mar en un sol y sombra de circonstance. Sur les coups de midi, les balcons sont garnis et la rue respire l'ambiance des grands jours. Le juanpedro et l'ibán font honneur à cette rue légendaire et les sourires reviennent. Les peñistas soufflent, sourient et retrouvent un peu d'espoir. Il reste encore l'après-midi ; il faut bien que le cadeau arrive. Le bous al carrer c'est un ensemble de facteurs, de paramètres, qui, mis bout à bout, peuvent assurer la réussite de la journée ou son échec. Les données de ce week-end me font penser à une combinaison de loterie : 50-32-14-30-2-8. Il me manque encore le numéro complémentaire pour peut-être toucher le gros lot. 

Le numéro manquant, je l'aurai à 17 heures. ‘Lastimoso’, de Baltasar Ibán, est le cadeau d'anniversaire de la peña, et le numéro 18 qu'il porte sur son flanc gauche est le chiffre qui me manque pour que la combinaison soit gagnante. Lorsque le cajón s'ouvre et libère ‘Lastimoso’, la caste et la bravoure inondent la grande rue de Massamagrell. ‘Lastimoso’ sort comme un obus, répond à tous les cites avec fougue, se retourne et poursuit sa proie. Rapidement le tri se fait parmi les recortadores. La seconde ligne des piétons recule de quinze mètres, alors qu'une poignée d'intrépides s'aventure sur le terrain de ‘Lastimoso’. Pendant une grosse demi-heure, le toro offre le spectacle de la bravoure aux yeux de tous, puis on décide de le changer de terrain, de l'emmener dans les ruelles du village et sur la place de l'église afin de voir s'il est capable d'y déployer le même allant. Pendant près d'une heure, ‘Lastimoso’ sera de tous les combats, la bouche fermée, chargeant avec vérité et générosité. Un grand toro. Un véritable cadeau comme on a peu de fois l'occasion d'en profiter. La peña jubile, ‘Lastimoso’ a justifié tous les sacrifices d'une année et à lui seul garantit le succès de ce grand week-end.

50-32-14-30-2-8… 18 : c'était la combinaison gagnante de ce dimanche, et le gros lot est tombé dans l'escarcelle de la Peña taurina de Massamagrell. ¡Enhorabuena a todos!

14 octobre 2012

Festejos populares


Nous ne vous avions pas encore proposé de galeries sur les fêtes populaires du Levante, sur le bous al carrer ; c’est désormais chose faite. 

Trois galeries sont à visiter sur Campos y Ruedos (galerie signée Florent Lucas) et sur le site de ma pomme : « Bous al carrer » & « Recortadores ».

Bonne visite.

11 octobre 2012

Quiebro


Je ne l'avais jamais vu, je ne le connaissais pas. Je n'y vais pas non plus tous les samedis au bous al carrer… enfin, presque. Le fait est que je ne l'avais jamais vu auparavant. Les bous al carrer c'est parfois monotone, un brin routinier, comme les corridas que l'on enchaîne sans qu'il ne se passe rien jusqu'au jour où tu prends une claque en pleine figure : les yeux écarquillés, le cœur à mille, le frisson qui te parcourt le corps et le cri qui s'étouffe dans la gorge. Tu penses avoir rêvé, tu regardes ton voisin de barrière qui a ses deux mains sur la tête et la bouche en cul-de-poule. Et puis viennent les applaudissements, la grande ovation. Des émotions et des souvenirs comme ça peuvent me durer une semaine. Ces samedis après-midi sont bénis.

Je fais ce que je ne fais jamais ; je regarde la série de photographies que je viens de faire. Je crois halluciner. Je fais défiler les images et, dans un premier temps, je savoure la précision du quiebro, la feinte parfaitement mesurée, subtile, exécutée au dernier moment, le toro qui, pensant la proie à sa portée, arme sa tête et s'emploie à fond, et puis la jambe du recortador qui revient à sa position initiale, la corne qui frôle le corps et le toro qui, ne trouvant que du vent sur son passage, « explose ». Je regarde encore et je vois la décontraction, le temple, l'élégance et ce corps raide et penché qui pèse sur la charge du toro. Comme une façon de cargar la suerte. 

Il faut que je sache qui a sauvé mon samedi et embelli ma semaine, qui m'a fait le cadeau de graver une telle image sur le capteur de mon Pentax. Le frère d'Albert a la réponse. Il s'appelle Juan, Juan de Museros. C'est lui qui a fait, trois semaines plus tôt, un magnifique recorte à un toro d'Hato Blanco, dangereux et terriblement armé, en plein Camí la Mar. C'est lui également qui s'est inventé un énorme quiebro face à ‘Lastimoso’, un toro bravo et encastado de Baltasar Ibán, dans la grande rue de Massamagrell. Un quiebro et un recorte par toro, pas plus. Façon de dire : « Voilà, Messieurs, à vous de jouer maintenant », mais sans fanfaronnade. La grande classe.

Je ne vous dirai pas son âge, ce serait indécent. Juan est jeune, très jeune. Je vous ferai simplement une confidence, encore plus incroyable : Juan n'a commencé à fouler la rue que l'année dernière, comme simple spectateur des bous al carrer. Cet été, petit à petit, il s'est rapproché du toro et a observé attentivement les recortadores pour, finalement, trouver son sitio. En un mot, Juan ne fait que débuter.

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Quiebro

No lo había visto nunca, no lo conocía. Tampoco voy todos los sábados a los bous al carrer… bueno, casi. El hecho es que no lo había visto antes. Los bous al carrer son a veces monótonos, un pelín rutinarios, al igual que las corridas de toros que encadeno sin que pase realmente nada hasta el día que recibes una auténtica bofetada en toda la cara: los ojos abiertos como platos, el corazón a mil, la piel de gallina y el grito que se te queda atrapado en la garganta. Piensas haber soñado, miras a tu vecino de barrera que se coge la cabeza con las manos y se queda boquiabierto. Entonces llegan los aplausos y la tremenda ovación. Emociones y recuerdos como éstos me pueden durar una semana. Estas tardes de sábado son benditas.

Hago lo que nunca hago; miro la serie de fotos que acabo de hacer. Pienso que estoy alucinando. Hago desfilar las imágenes y, en un primer momento, me deleito con la precisión del quiebro, el engaño perfectamente medido, sutil, ejecutado en el último instante, el toro, pensando hacer presa, arma la cabeza y se emplea a fondo, y la pierna del recortador que vuelve a su posición inicial, el pitón que roza el cuerpo y el toro, que sólo encuentra aire y vacío, “estalla”. Miro una vez más y veo la relajación, el temple, la elegancia y el cuerpo tieso e inclinado que pesa sobre la embestida del toro. Una manera de cargar la suerte. 

Necesito saber quién ha salvado mi sábado y alegrado mi semana, quién me ha hecho el regalo de grabar tales imágenes en el sensor de mi Pentax. El hermano de Albert tiene la respuesta. Se llama Juan, Juan de Museros. Él es quien hizo, hace tres semanas, un magnífico recorte a un toro de Hato Blanco, peligroso y terriblemente armado, en medio del Camí la Mar. Él es de nuevo quien se inventó un quiebro a pelo frente a ‘Lastimoso’, un toro bravo y encastado de Baltasar Ibán, en la calle grande de Massamagrell. Un solo recorte, un solo quiebro por toro, nada más. Una manera de decir: “Señores, aquí lo tenéis”, sin fanfarronadas. Calidad y clase. 

No les voy a desvelar su edad, sería indecente. Juan es joven, muy joven. Sólo les voy a hacer una confidencia, aún más asombrosa: Juan empezó el año pasado a meterse por medio de la calle como espectador. Este verano, poco a poco, se fue poniendo en la cara del toro y fijándose en los recortadores para acabar cogiendo el sitio. En resumen, Juan sólo acaba de empezar… 

08 octobre 2012

Retour à La Pobla de Farnals


« Ça va les gars ? Au niveau de la prise de risques, pas trop de stress ? »
Simon rigole, s’amuse de notre peur. Descendre dans la rue, avec une caméra ou un appareil photo, ça fait peur. Avec ou sans appareil, de toute façon, ça fait peur, même de loin. 
Nous sommes à Massamagrell. Il y a bien le cadafal* à droite, l’entrée de la peña du Blanco au coin de la rue et Florent pour me guider dans ces ruelles qu’il connaît comme sa poche, ça fait tout de même très peur. Se retrouver dans la rue peut être grisant, puis, subitement, totalement angoissant.
Tout peut changer très vite, même après plusieurs minutes de course. Il suffit que le seigneur toro que l’on pensait fatigué se mette en tête de charger pour que tout change, sans prévenir, à la vitesse de l'éclair. Et c'est l'angoisse. Un toro adulte, même fatigué, ça charge très vite, très fort. 

Simon s’en amuse. Simon court les toros, ici ou ailleurs. À Massamagrell, Simon reste en deuxième ligne, au cœur de l'action, mais plutôt discret. La deuxième ligne, pour vous, pour moi, ce serait déjà l'enfer. Lui s'en délecte.
— Et alors, Simon, tu ne vas pas au toro
Ce n'est pas la peur qui retient Simon, c’est plus simplement son admiration pour les gamins d’ici. Il reste presque sans voix devant leur façon de se la jouer. Alors, en retrait, à seulement quelques mètres du toro, il regarde, profite. Spectateur très privilégié.
— Tu as vu ça ? Ils se jouent la vie les gars ici ! Ils se jouent vraiment la vie. C’est dingue comment ils se la jouent. 

Massamagrell fait partie des coins phare du bous al carrer, pour ceux de Valencia. Plus au nord, pour ceux de Castellón, il y a La Vall d’Uixó et La Vilavella, évidemment. Sur la photo, ce n’est ni Massamagrell, où nous retournerons demain, ni « La Vall », comme ils disent, c’est La Pobla de Farnals, moins prestigieuse, mais où je me sens vraiment bien pour photographier. Le cadafal ne semble jamais très loin. 


* Il semblerait qu'il faille écrire « cadafal » et prononcer « carafal ». Sur place, pas grand monde ne semble d’accord sur la question.

08 septembre 2012

L'heure des vaillants


Il est 23 heures lorsque Javi s'empare d'un stylo et d'un morceau de la nappe en papier qui recouvre la table où sont installés la vingtaine de « Jovens però valents ». Quelques minutes plus tard, six noms figurent sur le morceau de papier : six volontaires pour trois élus.

Monas, Chapi, Edu, Cuervo, Mario et Tiru. Les six noms sont soigneusement découpés, enroulés et placés dans une corbeille à pain. Cela me rappelle le sorteo de la corrida, mais dans sa version populaire. Il n'y a pas de chapeau andalou, pas de président, pas de médaille que l'on embrasse en cachette avant de plonger la main pour sortir la petite boule de papier enroulé. Mais la tension est la même. Je regarde la tablée et je m'aperçois que les volontaires ont prémédité leur action. Devant eux, le Coca-Cola et l'eau minérale ont remplacé la bière depuis le début du repas. Aujourd'hui, c'est leur fête, mais le geste pour lequel ils sont volontaires est grave et ne s'improvise pas dans les vapeurs de l'alcool.

À La Pobla de Farnals, c'est à 23 heures que l'on se joue la vie quand on décide d'inscrire son nom sur ce petit morceau de nappe en papier blanc. À 23 heures, on risque sa vie, pour la beauté du geste, pour la fête et les traditions taurines de tout le Levante. À 23 heures, on décide de savoir ce que ça fait, ou de revivre une nouvelle fois cette expérience d'un torrent d'adrénaline parcourir son corps. À 23 heures, on devient un vaillant ou l'on se résigne à n'être que spectateur, par sagesse ou par manque de courage. Ici, personne ne sera jugé, ce n'est pas un concours de testostérone ; il y a ceux qui veulent et ceux qui ne peuvent pas. Un point c'est tout. Le temps d'un tirage au sort, et l'on saura qui va libérer ‘Caribello’, ‘Carasucia’ et ‘Botijero’ du pilón, qui aura la chance et l'honneur de couper la corde du toro embolado1.

C'est Ricky qui tire les trois petits papiers. C'est toujours la main innocente de Ricky qui a désigné les coupeurs de corde depuis que la peña existe… Tiru, Cuervo et Chapi. Les autres devront attendre un an de plus avant de retenter leur chance. La frustration se lit sur le visage des perdants, la tension et la responsabilité sur celui des gagnants.

Dans un peu plus d'une heure, ‘Caribello’ sera face au pilón avec sa demi-tonne de muscle et de rage. Je ne sais pas si, ébloui par ses boules de feu, il peut voir Tiru s'approcher, se mettre face à lui pour, et d'un coup de lame, le libérer. À 23 heures, Tiru a choisi de regarder ‘Caribello’ dans les yeux.




1 Le toro embolado est une tradition taurine du Levante qui consiste à immobiliser le toro au pilón, à lui placer sur les cornes une armature en fer terminée par une boule enflammée, et à le libérer en coupant la corde qui entoure son frontal.