Ça n'avait pas commencé très fort en ce tant attendu samedi de septembre. En fin de soirée, les mines étaient longues et grises comme le ciel qui avait accompagné la journée. Les toros ont gâché la fête, et boudé l'anniversaire : 50 piges. Un demi-siècle à lâcher des toros dans les rues. C'est pas rien, c'est d'ailleurs la peña la plus ancienne de Massamagrell. Imaginez un peu des toros galoper dans la rue cinquante ans en arrière. Imaginez-vous l'Espagne de 1962, Valence, Massamagrell, un village entouré d'orangers et de champs. En 2012, tout paraît si simple ; en 1962, c'était une aventure, un défi au pouvoir en place, un vrai risque que de lâcher un toro dans une rue.
La Peña taurina de Massamagrell fête donc ses 50 ans. Trente-deux peñistas qui ont à cœur de marquer le coup, pour l'honneur et pour la fierté, dans un village qui compte une bonne douzaine d'autres peñas taurines. Alors on met les petits plats dans les grands et on se saigne aux quatre veines une longue année durant afin que le traditionnel jour de la peña se transforme en deux grandes journées de toros.
Pour l'occasion, ils ont choisi huit toros : deux Juan Pedro Domecq, l'élevage emblématique de cette peña, deux Conde de Mayalde et quatre Baltasar Ibán. Pour que le toro soit le roi, et lui donner l'avantage, ils ont réparti quatorze camions de sable sur l'immense parcours — saveur du passé, quand les rues du village étaient probablement en terre battue.
Le samedi, à 17 heures, tout était prêt. Et puis, rien, le champagne s'était éventé. Si le juanpedro avait un problème de vue, si le condeso manquait de jus, si son frère était neuneu et si l'ibán s'est éteint trop vite, qu'importe, le résultat fut le même, et l'analyser ne fait que jeter un peu plus d'huile sur le feu. Ça râle, ça jase, ça chambre comme de coutume ; le malheur des uns faisant le bonheur des autres dans un village où la concurrence taurine est de bonne guerre.
Aux moqueries et aux piques, les trente-deux peñistas n'ont qu'une réponse : il reste un jour et quatre toros. Et lorsque, très tard dans la nuit ou très tôt le matin, ils sont allés chercher quelques heures de sommeil, je suis sûr qu'ils ont fermé les yeux en pensant à ‘Fariseo’, ‘Rabosillo’, ‘Perdulario’ et ‘Lastimoso’.
Dimanche 30 septembre, le soleil est revenu et divise le Camí la Mar en un sol y sombra de circonstance. Sur les coups de midi, les balcons sont garnis et la rue respire l'ambiance des grands jours. Le juanpedro et l'ibán font honneur à cette rue légendaire et les sourires reviennent. Les peñistas soufflent, sourient et retrouvent un peu d'espoir. Il reste encore l'après-midi ; il faut bien que le cadeau arrive. Le bous al carrer c'est un ensemble de facteurs, de paramètres, qui, mis bout à bout, peuvent assurer la réussite de la journée ou son échec. Les données de ce week-end me font penser à une combinaison de loterie : 50-32-14-30-2-8. Il me manque encore le numéro complémentaire pour peut-être toucher le gros lot.

50-32-14-30-2-8… 18 : c'était la combinaison gagnante de ce dimanche, et le gros lot est tombé dans l'escarcelle de la Peña taurina de Massamagrell. ¡Enhorabuena a todos!