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05 décembre 2008

Fuente Ymbro en... Vic-Fezensac


Ce n’est encore qu’une simple hypothèse, pas tout à fait une information, même si ça a été annoncé par le ganadero. Ricardo Gallardo, le propriétaire plus énervant que charismatique de la vacada de Fuente Ymbro l’a déclaré à Mundochoto. En 2009, une corrida de ce fer devrait fouler le sable du ruedo vicois. Une corrida entière, ou un toro pour la concours, cela n’est pas précisé. Mais il me plaît de penser et d’envisager qu’il puisse s’agir d’un encierro complet.
D’un côté, j’entends déjà quelques dents grincer d’étonnement. De l’autre, je m’imagine déjà lire la prose démagogique des quelques-uns qui ne manqueront pas d’utiliser la présence de ce fer dans le Gers pour tenter de marginaliser un peu plus encore une partie de l’afición. Vous verrez qu’ils ne s’en priveront pas. Ça n'aura aucune importance au bout du compte.
Une corrida de Fuente Ymbro, à Vic, l’idée m’enchante. Je n’écris pas que ça va sortir bien, ou comme ceci, ou comme cela. Non, je dis simplement que l’idée me ravie et qu’il sera du meilleur effet sur mon moral de voir l’hypothèse se transformer en information. Ojalá.
Le motif de mon intérêt tient à plusieurs choses mais c’est de la dernière en date qu’il me semble opportun de vous entretenir ce soir.
Madrid, octobre 2008, Miguel Ángel Perrera, seul contre six, et seul pour finir, par la porte de l’infirmerie. Dans le ruedo, un sobresaliente dont l’histoire ne retiendra pas le nom. Face à lui, un toraco de Fuente Ymbro qui aura reçu plus de ration de fer que la totalité de la course de Victorino du lendemain. J’exagère, à peine. Les images pas encore trop lointaines de ces instants me reviennent comme des photographies. Milan Kundera avait bien raison d’écrire que « la mémoire ne filme pas, elle photographie ».
Ma mémoire de ce jour-là a photographié la sale lumière de cette fin d’après-midi, un Francisco Rivera Ordóñez déambulant dans le callejón, manteau impeccablement ajusté, démarche raide et difficile, aidé d’une canne. L’Andalou suit du regard et accompagne David Saleri, le sobresaliente, tout en lui prodiguant d’inutiles conseils. La lumière est vraiment trop sale et trop faible pour espérer obtenir quelque chose de correct de là où je me trouve. Je me contente alors de regarder. Et c’est ma mémoire qui photographie, ces cornes astisfinas, luisantes ; et cette caste, émouvante. Le Fuente Ymbro malgré un châtiment extrêmement sévère n’a de cesse de charger, d’attaquer, de bouger, et tout ça sans le moindre signe de faiblesse. Plusieurs fois, le sobresaliente frôle la correctionnelle. Il voudrait bien, il voudrait tellement, mais il ne peut tellement pas. Comment lui en vouloir ? Et qui était le plus torista en ce mois d’octobre 2008 ? Ce toraco de Fuente Ymbro où la corrida de Victorino du lendemain… à peine piquée, et qui, elle, en a montré de multiples signes de faiblesse ? Alors oui, on peut espérer, pour le ruedo vicois, à six toracos de Fuente Ymbro aussi encastés et aussi puissants que ce 'Comisario' lidié à Madrid, le 3 octobre 2008, par un sobresaliente dont l’histoire oubliera probablement le nom.

La photographie qui illustre ce post est de l’ami Manon, tirée de Las-ventas punto com.

29 mai 2008

Dans les corrals


Vic-Fezensac, vendredi 9 mai 2008.

Quelques heures avant le déclenchement des hostilités, quelques privilégiés, parmi eux quelques membres de Campos y Ruedos — quelque part ça fait bizarre —, ont eu l’opportunité de passer quelques minutes à quelques mètres — voire à quelques centimètres — de quelques-uns des toros combattus lors de la Feria del Toro. Je me doutais bien que ces quelques minutes allaient m’inspirer quelques lignes, sans savoir toutefois que je retrouverais quelque part dans une pile de papiers — pas non plus par hasard — quelques réflexions de José María Cruz Ruiz, parues il y a quelque temps dans quelque numéro d’El Aficionado* : « Le poil, le type, el respeto, las hechuras, la alegría, la corpulence... influent aussi dans les corrals. Le lieu même a une influence, car dans les corrals les toros en imposent beaucoup moins qu’au campo. Et cela s’explique par le fait que l’on est plus à l’aise pour voir dans les corrals qu’au campo ; dans les premiers, les toros ont l’air d’un troupeau d’ânes. De plus ils ont perdu la prestance qu’ils avaient au campo parce qu’on les voit serrés, intimidés... Sans parler de l’importante influence du voyage qui les "abîme", malgré les tranquilisants, ou peut-être pour cette raison. Dans les corrals, on peut très bien apprécier si la course est homogène de taille car il est facile de repérer, parmi six toros, ceux qui sont les plus grands ; encore qu’il reste compliqué de qualifier un toro de grand ou de petit. Six toritos homogènes de taille passent mieux que quelques toros plus petits aux côtés d’autres plus grands. »

Dans des corrals au sol recouvert de paille, on peut tout à fait trouver que six bravos à l’instinct grégaire aient « l’air d’un troupeau d’ânes » ; il n'empêche que de derrière les palissades, on voit les toros autrement, à hauteur d’homme. Voilà, c’est cela, vous êtes Homme, ils sont Toros. Et même après avoir vérifié l’épaisseur et la solidité des planches, vous percevez comme l’ombre d’un danger ; vous vous sentez tout fragile. Vous respirez un bon coup ; très vite vous commencez à imaginer des scénarii dramatiques : « Les gars, je crois que je vais vous attendre dehors... ».

Là vous distinguez une cicatrice, ici une plaie ; vous révisez votre alphabet — le « A » du Miura, le « U » de la Unión, le « a dans le C » des santacolomas ; vous souriez en apercevant cet enfant dans les bras d’un parent ou cette fresque naïve ignorée depuis la coursive — réminiscence picturale du campo, paysage mural d’un monde qu’ils ne reverront plus ; au moindre bruit vous remarquez l’extrême mobilité des oreilles ; vous êtes frappés par la lenteur des gestes et le peu de paroles — là-haut d’aucuns s’agitent et causent « pour être vus et entendus » ; un compagnon de corral remarque une corne fendillée sur le dessus, vous une autre mani... festement limpia ; rêveur, vous vous laissez aller à suivre les plans et perspectives dessinés par un toit, une corde, un linteau, une porte ou un mur ; vous attaquez un nouvel inventaire : béton, bois, tôle et fer, brique, acier, ciment et pierre, et vous trouvez ça beau ; les corps se frôlent vu l’étroitesse des lieux et les regards se cherchent ; vous volez une photo, puis deux, trois, et cetera ; d’un côté une main qui s’attarde sur une épaule, de l’autre un cou qui s’allonge et se pose sur une croûpe ; ici un doigt qui montre et là une corne qui gratte ; votre vision se brouille à s’attarder sur la brillance des diamants et le chignon seyant du Buendía, sur la beauté des cárdenos, du Guardiola, du carbonero ou du Veragua ; vous plongez la main dans un sac de pienso que vous écrasez entre le pouce et l’index ; vous ne manquez pas de noter des profils concaves, droits ou convexes, des différences de hauteur au garrot et de grosseur des morrillos ; vous jouez à vous faire peur en fixant un Pérez de la Concha dans les yeux... que vous ne tardez pas à baisser pour mieux admirer la finesse des extrémités ; vous profitez à plein d’un temps printanier et d’une palette d’odeurs en provenance directe de la ferme — conditions idéales pour des mouches qui brillent pas leur absence ; vous évacuez momentanément le couloir — dans le patio vous écoutez les voix qui râlent et les portes qui claquent — en plaignant vos chaussures en toile noire qui font désormais grise mine ; de retour, vous êtes sous le charme de la diversité des encastes et du jeu de lignes des échines ; demain à cette heure, certains cornus ne seront déjà plus et vous songez à les rassurer — savent-ils seulement pourquoi ils sont là ? Vous êtes parmi eux, tout simplement, et si ce n’est pas le bonheur cela y ressemble fortement. En haut je n’aurais pas trouvé les mots ; en bas, ils ne demandaient qu’à sortir.

* José María Cruz Ruiz, « Notas sobre el tamaño del toro », El Aficionado n° 26, Octobre 2007, pp. 13-14. L’auteur est aficionado, peintre, vétérinaire et membre fondateur de l’ANVET (Asociación Nacional de Veterinarios de Espectáculos Taurinos). El Aficionado, fanzine taurin édité et distribué gratuitement par La Cabaña Brava de Saragosse.

>>> Retrouvez sur le site la galerie "Corrales de Vic".

Images Novillos de Pérez de la Concha & Toro de La Quinta © Camposyruedos

22 mai 2008

Cuvée Marie (II)


Je rebondis sur le post Cuvée Marie de l’ami Batacazo. Pour conforter Ludo dans ses supputations, et sachant que ce flacon provenait de la cave de Marc, je peux avancer sans trop de risques qu’il s’agissait probablement de l’excellent Jurançon sec de Charles Hours... Mais ce n’est pas sur le flacon de Marc que je voulais rebondir ici ; plutôt sur un cliché assez fabuleux qu’il nous a ramené de Vic. Donc oui, Jérôme, ce n’est pas sur la base de la lidia du Prieto que je m’étais persuadé d’une possible issue différente, plutôt sur les conséquences éventuelles d’un remate en tablas à vous exterminer un troupeau entier de Domecq... Pour en finir avec mes rebondissements sans issue, voici la photo de Marc Gérise, qui fait bien de picoler, entre autre chose, du Jurançon sec de Charles Hours et qui surtout a mieux fait encore de nous offrir ce cliché tout simplement hallucinant. Voilà, la boucle est bouclée, et je persiste à vouloir me persuader que ce remate n’a peut-être pas été sans conséquences sur la suite de la lidia de ce Veragua... Une grande photo assurément.

Photographie Marc Gérise. Evidemment, on clique sur la photo, on regarde la corne droite du Prieto, les visages (y'a pas de mots...) de Vara et du peón, et on hallucine sans retenue...

Cuvée Marie


Tout a commencé par un éclat de rire... Le père Souquère nous avait embarqués dans une affaire dont on ne pouvait sortir indemme. On arrivait à Vic, et on y était déjà bien. Moi, j'y reprenais mes esprits, mes forces vives. Quelques déceptions auparavant m'avaient largement entamé et je savais que le séjour ne serait pas simple à vivre pour moi, loin de la fournaise de la vie que je venais de quitter. J'avais laissé Marie, et je venais voir Pérez de la Concha, Margé, Prieto, Escolar, Fundi et les autres. Il fallait d'abord que j'explique : "Non , elle ne sera pas là... un peu difficile en ce moment... elle va bien et t'envoie le bonjour..." Je me répétais, mais je parlais d'elle, et j'aimais ça. J'étais à côté de Fred, l'ami Fred, quand la course des Pérez s'est élancée. Je portais une attention particulière à l'événement car j'avais vu le lot dans les cercados de "La Glorieta" à Azuaga, Séville. Et l'entreprise Pérez de la Concha, relique des temps anciens, me touchait par son histoire. Je les trouvais très beaux, très forts, très lourds, trop, très âpres et hormis le tout premier, décasté total, j'appréciais tout de même les trois du milieu qui me paraissaient encastés à l'ancienne. Sauvages et rêches comme on aime, intimement, sans oser l'avouer à l'entourage, de peur qu'il vous prenne pour un fou inculte peu avisé de la vraie chose taurine. Celle d'aujourd'hui, celle des "Cultures Taurines"... Je reparlais à Fred du regard du Santa Coloma, et Fred acquiesçait, entre 2 clichés. Le jeune Pereira dégueulait sa peur dans le ruedo vicois, alors que le blond Leal prenait l'aventure à son compte, tirant les meilleurs derechazos ou les seuls possibles, c'est selon, de la matinée. Moi, j'apercevais le vieux Léon dans les tendidos, l'Ariégeois que tout le monde voit sans jamais l'entendre. La présence fantomatique de ce brave Léon qui vous surprendrait avec sa dégaine d'ancien "bab britt" à la dérive. Pas un mot, ou presque pas, puisqu'il ne peut pas, mais son oeil vous dit tout ce que vous ne pouvez entendre. Personne ne le connaît vraiment, mais tout le monde l'aime bien, Léon. Et puis surtout, il connaît Coco, la grand-mère espagnole, alors, forcément, on l'aime bien... Léon.
Fin de la novillada de Vic. En général, c'est un peu le début des hostilités. On retrouve toutes les bonnes têtes, les grosses gueules, les emmerdeurs et ceux qu'on ne connaît pas encore. Et bien évidemment, ça se passe autour d'un Tariquet. Ou deux... Et puis y’a toujours la surprise. Celui qu'on n'attendait pas et qui a fini par se pointer... Alors tout le monde est content et on attaque le troisième Tariquet.
Le soleil est là, pardi, le Gers est beau, sublime, et Fabienne, Marc et tous ceux qui ne savent pas me demandent : « Alors , Marie, elle est où ? »... « Et ben, Marie, elle est pas là, elle est chez une copine... un peu difficile en ce moment... mais elle va bien et t'envoie le bonjour... » Fais chier, je commençais à oublier, et puis là, c'était reparti ! Heureusement, y’a Vincent. Je l'attendais pour lui remettre son abono, celui que Marie n'a plus voulu. Il sera à côté de moi pour les Margé et le reste de la féria. Tant mieux.
C'est marrant tout de même comme ces Pérez de la Concha ont intrigué les gens. Il y a ceux, comme moi, qui les ont trouvés "intéressants", reconnaissant même des qualités à certains novillos, et puis les autres, comme Patxeco, le rossignol des Pyrénées, le Zébulon de Chueca avec qui vous avez déjà parlé sans le savoir, car tout le monde connaît Patxeco, et Patxeco connaît tout le monde. Bref, Patxeco, lui, les Pérez de la Concha : une mansada de su madre la gran Puta !... C'est sûr, on en reparlera.
A Vic, soit on se pose à table pour s'exploser au canard, soit on bouffe rien et on reste à l'apéro. Et cet après-midi-là, on est resté à l'apéro. Les Margé sont sortis très beaux, racés jusqu'au diamant. Rien à la pique, mais alors rien, si ce n'est un obscur fond de race et cette force débordante qui a rendu le lot pas complètement anodin. N'empêche qu'ils ne m'ont pas laissé totalement indifférent, moi, les Margé, notamment ce sardo que je voyais venir avec force sur tout ce qui se présentait, muleta, banderilles. Un joli galop et une vraie présence, il s'exposait en authentique sardo, rare et beau, espoir de toute une ganadería, espoir de quatre années de labeur. Mais bon...
Fundi s'affichait en maître des lieux, Cesare Imperator, incontestable, posé, serein, qui tue fort et bien... Des descabellos de fou. Ça tombe et ça fait pas un pli, c'est le Fundi, énorme de présence et de savoir. Impressionnant. J'avais plus de doute sur Rafaelillo, et pourtant Mario m'avait dit qu'il le verrait bien un jour au niveau de celui de Fuenlabrada. Quand même... Il s'est accroché en vaillant, ce qu'il fait de mieux. Et puis, bon... je ne me souviens pas de Lescarret, sans doute l'esprit ailleurs, un peu perdu par ce chamboulement dans ma vie, juste un très beau traje, et je me dis que c'est pas si mal d'avoir du goût quand on n'a pas le reste... Courage, Julien, la vie continue.
4 oreilles au final... Début festif... Un peu trop, et puis saludo du jeune Margé pour ses bichos. N'importe quoi.
La nuit, à Vic, c'est toujours un monument. C'est Vic...
Les yeux dans le café, je réalisais que j'avais rêvé d'elle, si lointaine, et qu'il fallait maintenant que je me prépare pour la concours, avec le Prieto qui m'enflammait, le Miura, le La Quinta dont je n'espérais rien, ou si peu, et puis les autres aussi...
Je ne comprenais toujours pas ce que Valverde foutait dans un cartel de concours, ni même ce Serranito que je ne connaissais, au fond, pas vraiment. J'avais déjà aimé Bolívar, surtout pour ses épées et je me disais que, après tout, pourquoi pas...
Au final, bonne course, quoique un peu tendre. Un Miura pas assez Miura, trop doux et sans vice, rendez-vous compte un Miura sans vice... même si le piquero avait dû voir sa vie défiler chaque fois que le toraco colorado s'élançait. Il devait d'abord sauver sa peau. Sa femme et ses gosses avaient dû brûler quelques cierges...
Le cinqueño de La Quinta opéra en monument de chair et de bois, une présence hautaine dans un si petit ruedo. 4 puyas de classe, dont une de tienta (ah bon ?...), un varilarguero appliqué, très appliqué, mais qui situe encore mal l'arrière du morrillo, l'endroit exact où doit se faire l'impact. Mais bon, de l'application dans la tâche, de nos jours, qui s'en plaindrait ? Bolívar tuait ce magnifique La Quinta d'un coup de hache de Dieu norvégien. Fin du toro de la concours.
Serranito m'ennuyait, quand bien même, je ne le trouvais pas si inintéressant... Muy torero. A revoir. Ailleurs, dans un autre contexte. Le Prieto m'avait un peu déçu. François s'était persuadé qu'avec une autre lidia... mais je n'en étais pas certain... Le Victorino, la gueule dans la terre comme vous le demanderiez à un cochon débusqueur de truffes, m'a copieusement gonflé. Je ne lui ai rien trouvé, pas le moindre échantillon de bravoure pure, juste de la classe dans la charge... machine à être toréé, à enfiler les muletazos comme les perles, bêtement, jusqu'aux bouts de ses rêves de bovidé, en ayant pas la moindre vision de l'avenir, affrontant l'inconnu comme on prend un pain dans la gueule, il éclaboussait le ruedo de son affligeante candeur... Pour un peu, il faisait presque pitié, on aurait aimé le prendre dans ses bras pour le soulager de ce carcan de niaiserie magnifique. Un abruti, je vous dis... Les gens aiment bien, malgré tout. C'est Victorino, et c'est forcément bien. Mais le Guardiola de Fidel San Román me rassura sur le concept de corrida concours. Un tío plein de foutre et d'hormones qu'il fallait négocier à grands coups de fouet. Pas droit à l'erreur, ou alors sanction. Des coups de tronche, des retours de hil de pute façon Jean-Claude Coudouy, une sortie très en Guardiola, chercheuse, un peu mansita, puis une vraie révélation à la pique, mal négociée évidemment, ce toro-là avait enfin donné à cette course le piquant général qui lui fit tant défaut. Fidel San Román + La Quinta = toro idéal. C'était pour moi, l'équation du jour.
L'inquiètude me rongeait. Je n'avais pas eu de nouvelles de Marie, sauf ce texto qui disait "je vais bien, ne t'en fais pas, prends soin de toi". Ça voulait dire tout et rien. J’appréhendais les Adelaida de l’après-midi, qui m'avaient tant désespéré en Arles, et après un concours de foie gras que j'ai failli gagner, et une rasade montoise de patxaran devant l'entrée principale, je demandais à François de ne pas m'attendre ce soir, que j'avais plutôt besoin d'un grand "n'importe quoi". Je quittais l'arène à la mort du premier. Ça ne m'a pas dérangé, et j'ai même eu raison... On m’a ensuite raconté Ferrera, et je me désolais pour lui, brave garçon…
Lundi matin. "Allo ? Papa ? Ouais, faut que je te parle... Comment va Marie ? Ben, justement... un peu difficile en ce moment... mais elle va bien et t'envoie le bonjour..."
Mario, entre deux assiettes à essuyer, me regardait de temps en temps du coin de l'oeil compatissant, la bonhomie assurée et la présence réconfortante. Y’a des gens comme ça qui transpirent le bien. Mario est de ceux-là. J'ai bien vu que lui, Jeff, Jean, Fabienne et Marc avaient tout fait pour me soutenir dans ce pénible épisode. Mais ils auraient pu s'empêcher de clore ce séjour sur une "Cuvée Marie" que je ne jugeais pas du meilleur goût mais et qui nous fit toutefois marrer par tant d’opportunisme. Alors que les oies, au fond, cacardaient, le Gers était là, devant nous, superbe de tranquillité, de simplicité et de rusticité, et c'est bien tout ce qu'on lui demandait.
Pendant ce temps, 'Confitero' gagnait son chiquero et attendait son tour, dans le stress et l'obscurité. Le souffle chaud et l'oeil luisant, il s'apprêtait à livrer bataille à l'inconnu...

J’en aurais bien repris encore un peu, mais il n’y avait plus de « Cuvée Marie ». C’était fini...
El Batacazo

20 mai 2008

'Confitero' et ses secrets

A la commission taurine montoise

Il y a quelques jours, je vous ai entretenu d’un toro énigmatique : 'Feudal'. La vie publique de ce toro de Zalduendo fut une intrigue palpitante, remplie de suspens et attisant la réflexion du spectateur.

Ce jour-là, une lidia selon les canons ancestraux de la tauromachie nous a permis de percer le mystère de 'Feudal'. Trois piques pour mettre 'Feudal' à l’épreuve, tel était l’exercice qui lui fut demandé. Un problème éternel, immuable. Un questionnement à poser à tous les taureaux de combat et ce depuis toujours. A ces trois questions, 'Feudal' répondit de manière différente mais cohérente, l’ensemble de l’exercice permettant aux spectateurs d’évaluer sa bravoure, de mieux le comprendre et de donner un sens à la suite du spectacle en valorisant la prestation de son torero.

Si la problématique est ancestrale, elle n’en a pas moins évolué au fil du temps. D’un unique devoir en trois actes, nous sommes passés à trois épreuves complémentaires, les unes donnant un sens aux autres. Les piques puis les banderilles et enfin la muleta. Le niveau d’accession à la bravoure s’est ainsi élevé. Enfin, c’est une façon de parler car, tout ceci remis dans le cadre de la réalité, il serait plus juste de dire « aurait dû s’élever ». Car si, jadis, l’unique épreuve du spectacle était le premier tiers, aujourd’hui l’exercice reste dans la plupart des cas symbolique. Mais l’épreuve a changé ; il s’agit désormais du troisième tiers. Les qualités faisant la réussite d’un tiers n’étant pas forcément les mêmes qui aboutissent au succès de l’autre, l’évaluation s’est compliquée pour parfois s’avérer confuse et s’achever par des erreurs de notation. Des contresens qui auraient pu être évités avec un examen en trois tiers. Des trois tiers dont la corrida est composée. Du moins en théorie, puisque en pratique ces trois épreuves sont certes réalisées mais rarement entreprises comme il se doit, les rendant dans la plupart des cas symboliques.

'Feudal' eut de la chance puisqu’il fut soumis à une évaluation correcte. Complète en tous les sens du terme. Il dut non seulement se soumettre aux trois devoirs de la lidia, mais aussi participer à des épreuves entières. La première comportant les trois questions essentielles : les trois piques, minimales pour juger des qualités nécessaires pour passer la première étape de la notation.

Malheureusement, 'Feudal' est une exception. 'Confitero', lui, n’eut pas cette même chance. Ce cárdeno de don José Escolar Gil est pourtant sorti dans la plaza vicoise, l’une des arènes où l’on aime les examens corsés. Sculptural, d’un trapío irréprochable, 'Confitero' illumina dès son entrée en piste la plazita gersoise de sa sauvagerie et de sa beauté. Essence même du toro bravo (sauvage) aux belles lignes et au bon sang. Ses premières charges énoncent une problématique ardue. Donnant des coups de tête, paraissant bronco, il est déjà une chose certaine, 'Confitero' n’est pas un tendre. Le problème dans cette histoire, c’est que l’on ne peut pas vraiment dire que 'Confitero' n’eut pas de chance, mais plutôt qu’on ne lui donna pas sa chance. Et ce par la faute de plusieurs facteurs : le manque de maîtrise des hommes en piste, l’incompétence de la présidence mais aussi et surtout les mauvaises habitudes : un toro doit prendre tout au plus deux piques, peu importe pourquoi et comment. Il en est ainsi. Malheur des paradigmes. Ces phénomènes de non pensée qui par les habitudes rejettent le raisonnement. Celui-là même qui permet à l’homme de triompher de la force brute supérieure de son adversaire. Car un toro peut prendre plus de deux piques et même il le doit. Les plus grandes dégénérescences physiques causées par les piques proviennent de la phase de poussée et non de saignée, comme l’explique le vétérinaire Renaud Maillard. Ce n’est donc pas une rencontre supplémentaire qui affaiblira fortement un toro, mais plutôt des piques aux longueurs excessives. Si bien qu’une seule rencontre peut causer d’avantage de dommage qu’un tiers complet. Un toro digne de ce nom doit pouvoir prendre trois piques. Trois piques mesurées, mais trois piques.

Il s’agit là d’un devoir réciproque. Tâche du toro, mais aussi des hommes. Les hommes en piste ayant le devoir d’honorer le toro. Malheureusement, l’honneur ne fut pas de ce jour et 'Confitero' s’échappa seul sur le cheval, donnant quelques coups de têtes avant de se fixer pour charger avec force. Placé à distance convenable pour une seconde rencontre, il poussa à nouveau, sa charge et sa puissance étant supérieures encore à la première, le cheval reculant sur plusieurs mètres. Par laxisme sans doute, les hommes laissèrent aller le cours des choses et tandis que 'Confitero' s’évertuait à renverser le groupe équestre, les toreros le regardaient comme des spectateurs. Sans personne pour défaire son attention, il resta au contact du peto pendant de longues, trop longues secondes. Et pourtant 'Confitero' ne tint pas cas de ces excès, sortant de l’assaut sans faillir et ne paraissant pas amoindri.

Honoré de combattre un adversaire de cette qualité, les hommes présents ce jour-là auraient dû rendre la pareille à 'Confitero' et lui permettre d’étaler une dernière fois toute ses qualités afin de clore définitivement les débats. Si les hommes avaient voulu rendre la pareille à 'Confitero', ils lui auraient donné une troisième rencontre et auraient écourté la seconde, trois trous dans sa chair et des poussées abrégées faisant moins de dégâts que deux poussées interminables. Cela étant, 'Confitero' ne fut nullement endommagé par les deux premières piques ; dans son cas, une troisième « vraie » rencontre était aussi nécessaire qu’évidente.

Aux banderilles, la caste de 'Confitero' le poussa à couper les trajectoires avec violence. Tendance naturelle de la caste Santa Coloma mais sûrement aidée par le manque de confiance d’une cuadrilla en déroute. L’examen fut truqué, falsifié.

Ensuite et enfin, 'Confituro' étala de belles charges sur les deux cornes, tête basse. Une bonne charge mais toujours aussi difficile et exigeante. Une charge qui accrocha à de très nombreuses reprises la muleta de son adversaire, mais celui-ci ne se réserva jamais et poursuivit le leurre avec mobilité jusqu'à son dernier souffle. A lui seul, 'Confitero' de José Escolar Gil creva les yeux des aficionados vicois sans que personne ne le mette en valeur.

En somme, 'Confitero' passa avec succès les épreuves auxquelles il fut soumis. Les résultats étaient là, nous les avions sous les yeux. Excellents bien sûr, mais…

Mais à l’excellente impression d’ensemble laissée manque l’assurance d’avoir bien vu, mais surtout les regrets des questions inédites. Car 'Confitero' ne nous avait pas tout dit. Il n’avait pas pu répondre aux questions oubliées, aux tests non prononcés, conservant peut-être inexprimé un savoir supérieur. Non par sa faute mais par celle de ses examinateurs. Nous étions contents, même fiers, d’avoir connu 'Confitero', mais insatisfaits d’ignorer quelques facettes de sa personnalité. 'Confitero' avait tant à partager. Il nous a donné beaucoup et nous pouvons nous en réjouir, mais il avait plus encore à nous offrir et à nous conter. Au moment même où il allait nous formuler le plus beau, la bravoure de la troisième pique, savoir suprême et si rare, on lui a demandé de se taire. 'Confitero' ne s’est pas vexé et a continué à étaler d’excellentes réponses à des questions banales, nous laissant un sentiment de frustration immense. 'Confitero' s’en était allé avec ses secrets.

19 mai 2008

Vic, Fabrice et la pique de tienta


Fabrice, vous le connaissez maintenant sur CyR. "Toros y vinos en "Mirandilla"" bien évidemment, dont nous allons prochainement reprendre le cours.
Lorsque débuta le débat après l’utilisation de la pique de tienta de macho lors de la corrida concours de Vic, c’est le nom de Fabrice qui m’est immédiatement venu à l’esprit. Fabrice, car il vit au plus près du toro et au plus près des néophytes qui vont à "Mirandilla" découvrir cet univers si particulier. Qui donc mieux que Fabrice ? Personne sans doute. Vous allez voir, c’est clair, net et concis. Et ça suffit. Même si, évidemment, ça ne clôture pas le débat.


« Je suis totalement contre l'utilisation d'une puya de tienta en corrida (ou novillada) formelle. Chaque chose à sa place. Une puya de tienta doit servir à tester en tienta et pas ailleurs. Toute modification qui lime les aspérités de l'authenticité de la corrida n'est pas à imaginer. Et puis quel paradoxe : d'un côté on donne une première pique sans mesurer le châtiment et de l'autre on change la pique pour une de tienta ! Je me rends compte, lorsque j'explique le tercio de piques aux visiteurs néophytes de "Mirandilla", qu'en argumentant les règles, l'éthique, la pureté, la vérité de cette phase, les gens adhèrent sans problème, alors que c'était évidemment une phase qu'ils n'acceptaient pas auparavant. Par contre, lorsque j'assiste a une corrida avec ces mêmes personnes, il m'est impossible de justifier ce tercio tant il est donné sans aucun respect, ni des règles ni du toro. La seule solution est de revenir aux fondements : distance, première pique seulement pour que le toro comprenne, quite rapide, éloigner le fauve, le placer plus loin.
Existe-t-il un moment plus émouvant que le galop d'un brave vers le troisième ou quatrième châtiment ? Le tercio de piques est en réel danger de mort. On s'en rend compte en tentadero chez les ganaderos : seule la muleta et la durée du bicho comptent. L'exemple frappant est chez Victorino qui a totalement abandonné l'importance du combat de ses pupilles au cheval au profit de la toréailité à la muleta. Il faut réagir, sinon les éleveurs ne verront plus aucun intérêt à sélectionner la pelea au picador. Appuyons les corridas concours sérieuses et, poussant le raisonnement, pourquoi ne pas organiser de temps en temps des corridas où le tiers des piques serait le plus important, et ce au détriment de la muleta qui ne servirait qu'à dominer le toro afin de le cadrer pour le tuer... Un abrazo. »
Fabrice Torrito

Poème


Nous étions partis à Vic sous ses injures... "Quand on est Nîmois ou qu'on est si bien accueilli dans cette belle préfecture gardoise pour la féria, on ne va pas chercher plus cornu dans le Gers !" qu'il disait... Il a même réussi à me faire un rien culpabiliser ce con avec ses cheveux frisés, son haut lignage protestant et son air de ravi de la crèche : ça n'a pas duré longtemps, le déjeuner à la ferme (de l'autre bled sur le GPS), la visite des corrales vicois m'avait tout de suite conforté dans mon choix, et on n'avait pas encore rencontré la famille Larrieu !

De retour plus tard dans cet ailleurs sans toros, j'ai voulu prolonger la magie de Pentecôte en demandant des comptes rendus aux copains de Vic et de Nîmes et à "Stive" en particulier : le parpaillot nîmois bien né et bien frisé... Si avec ça il choppe pas le prix Hemingway l'an prochain, c'est vraiment qu'ils n'ont aucun goût ! Voilà la magie de ses mots :

Pour situer le contexte, bodega des Amis de Pablo Romero : la soirée qui a précédé ledit poème a été une pure "stivade", à savoir une petite blondinette plutôt mignonne à qui j'ai fait danser 3 rocks au milieu d'une foule alcoolisée et en délire... Je me dis : "Au 3ème rock langoureux, j'emballe..." Et j'emballe, 1/2 seconde, un petit coup de langue et puis plus rien... La belle me plante au beau milieu d'un bordel sans nom en me jetant à la tête un vilain : "Mais tu sais, c'est un jeu..." Et puis plus rien, je ne l'ai jamais revue. La soirée se finit à 05h00 du mat' avec Nico Vaudran dans mon salon, je crois que j'ai même pas vomi ce soir-là... J'aurais dû...

Voici donc le poème qui s'appelle Un petit coup de langue

Un petit coup de langue et ça fait pchit.
Disparue dans la foule, entraînée par le monde,
Celle de ma vie s'enfuit parmi les femmes de la ville.
Un petit coup de langue échangé par ici
Et tout fout le camp par là.

Triste est ma vie, sans elle,
Blonde parmi les brunes sévillanes,
Blonde parmi les putes occitanes.
S'il n'y en a qu'une, elle est passée sans s'arrêter,
Comme un train sans escale.

Un petit coup de langue et ça fait pchit,
Comme si l'amour n'était beau qu'dans la fuite.


Nîmes, le 10 mai 2008 à 05h00.

18 mai 2008

J'ai aimé, j'ai pas aimé # Vic 2008


Cet inventaire en 2 fois 30 points (ben oui, 2 fois 30), sans ordre d’importance, prend en compte trois jours de féria (de vendredi à dimanche) et uniquement les trois premières courses : Pérez de la Concha, corrida concours & Margé. Vendredi, au départ de Brive, seules les deux premières étaient au programme...

J’ai aimé :
- beaucoup aimé, mais vraiment beaucoup, retrouver les ami-e-s et l’accueil gasco-landais ;
- mettre (enfin) des visages sur certains noms ;
- descendre dans les corrals pour... renifler le pienso ! ;
- ne jamais voir personne devant le stand (le long de la haie sur le parvis des arènes) qui présentait des piles de bouquins et proposait un badge "à la con" ;
- le confort du 807 et, surtout, la compagnie du chauffeur et de sa passagère ;
- avoir tenu bon dans ma volonté de ne pas assister à la course du dimanche après-midi ;
- les lunettes de Marcello O. et de Boutros Boutros-B. ;
- les tercios de banderilles, dans l’ensemble rapidement et bien menés, accompagnés de fort belle manière par le monsieur à la casquette et aux castagnettes ;
- que la pluie ne s’invite pas ;
- l’âge avancé du La Quinta qui s’est plutôt pas mal comporté, n’est-ce pas ? ;
- vendredi après-midi, passer sans m’arrêter le contrôle de gendarmerie alors que je pensais être en retard ;
- retrouver tous les toros de la corrida concours dans le même corral ;
- les vins bordelais... et languedociens... sans oublier l’espagnol ;
- les mises en suerte sobres et efficaces de Bolívar ;
- aux corrals, le musculeux et entipado Veragua (voir image ci-dessus) ;
- écouter Charlie nous conter avec amour et tendresse les secrets et merveilles de la chasse à la palombe ;
- la façon muy torera avec laquelle El Fundi a gardé dans sa cape son premier margé, en alliant la voix aux jambes ;
- dormir dans un vrai lit ;
- la dose de genio du San Román qui manquait au La Quinta ;
- le collier de perles offert par Domi (ma fille était ravie), merci à toi ;
- les nouveaux "WC DAMES" (comment a-t-on pu oser mettre un panneau aussi laid sur un si bel ouvrage ?) ;
- une fois n’est pas coutume, le quite opportun d’un peón empêchant une pique "sur le voyage" à un toro qui venait d’échapper à son patron ;
- le costume de Lescarret ;
- l’application de Bolívar à "donner de la distance", à laisser la possibilité au La Quinta de s’exprimer ;
- qu’on m’offre si gentiment la place de samedi après-midi (merci Jean-Maurice !) ;
- ne pas assister au salut du fils de Robert ;
- les descabellos foudroyants d’El Fundi ;
- les repas (asperges et tourtière, carcasses de canard, etc.) et le pique-nique (rôti de veau aturin et chorizo "Saint Martin") ;
- voir le torero colombien réaliser de la main gauche les deux tiers de sa faena à 'Huracán' ;
- la vuelta de la tortue.

J’ai pas aimé :- que Bolívar, comme tous ceux que j’ai vus d’ailleurs, ne soit pas allé chercher, n’ait pas su soumettre, "tordre", dominer son santacoloma (toro de vuelta mais vuelta usurpée) ;
- le coup de soleil que j’ai pris dans le cou ;
- toutes les premières piques, traseras, bien trop longues — « El quiiiite ! » —, carioquées... et ce même lors de la corrida concours ! ;
- les comptes rendus enchantés et pétris de métaphores (relisez Bourg !) des gazettes locales ;
- constater qu’aucun morrillo n’avait été agressé par le fer de la pique ! ;
- avoir manqué la course d’Escolar Gil ;
- les quelques petits toros français escurridos de carnes qui se cachaient derrière leurs cornes (valait mieux ne pas connaître le poids de certains) ;
- le retard de 15 minutes samedi matin ;
- samedi après-midi, les 3 paires de banderilles à cornes passées d’El Fundi à son second ainsi que l’improbable moisson d’oreilles (4 !?) réalisée lors de cette course... ;
- apprendre qu’El Santo prenait l’alternative dans un mois ;
- le volume important du La Quinta, un pavo enmorrillado qui reçut un castigo en varas mal placé, mal dosé et mal distribué par un picador pourtant habile cavalier ;
- voir le (jeune) toro de Charro de Llen s’affaler plusieurs fois et la présidence ne pas le changer — « Caaaambio !!! » ; c’est bien connu, il n’y a pas de petites économies ;
- la présence de cette banderole "à la con" si près de la porte du toril ;
- l’absence totale de quites entre les piques et l’incapacité chronique des toreros à mettre en suerte les toros, impliquant une accumulation néfaste de capotazos et d’accrochages ;
- dans un si petit ruedo, l’abondance de cibles humaines en piste lors du premier tiers (idem au second) et la curieuse manie de certains matadors de sortir à la droite du cheval... puis d’y rester ! ;
- les vilaines estocades du dimanche matin, à l’exception de la dernière ;
- ceux qui ne se gênent pas pour dire, à des connaissances assises trois rangs plus haut, tout le bien qu’ils pensent de la course triomphale qu’ils viennent de voir à Nîmes ;
- ceux, en général les mêmes, qui ne se gênent pas pour demander, sur un ton excédé, à quelques-uns de cesser de critiquer les toros mal présentés, les piques traseras, le toreo superficiel (une vraie gangrène, ça aussi !) ou les oreilles généreuses, entre autres ;
- les costumes violet de Leal, vert d’El Fundi et rose de Serranito ;
- la qualité médiocre du mégaphone vicois... qui n’a pas fonctionné au moment d’annoncer l’utilisation de la pique de tienta lors de la quatrième rencontre (et seulement lors de la quatrième !!!) du la quinta avec la cavalerie ! Comme c’est bête, d’autant plus que le minimaliste "règlement-sorteo" ne mentionnait que le regatón ! ;
- entendre que le fils de Robert avait salué... ;
- le Victorino, d’un format qui le rendait imprésentable dans une corrida concours, inexistant aux piques et idiot au troisième tiers ; en deux mots, affreusement "moderne" — « Bouuuuh ! » ;
- disons que je n’ai pas été convaincu par El Fundi, très, trop démonstratif, semblant vouloir à tout prix provoquer, "se bagarrer" avec des toros sans histoire ;
- ne pas pouvoir apprécier une quatrième rencontre au cheval (avec une pique "normale"...) de l’encasté Guardiola ;
- l’entêtement de la plupart des toreros à essayer de relever des faenas plates (Leal avec son dernier...) ou à toréer des invalides (Serranito face au Charro de Llen) ;
- l’inutile présence du picador qui garde la porte dans un ruedo qui n’en supporte aisément qu’un (elle se garde toute seule la porte, c’est une grande maintenant) ;
- le physique exagéré du dernier "novillo" de Pérez de la Concha qui dépareillait le lot ;
- l'état des cornes du premier margé après une ébauche de vuelta de campana, celles... ;
- soit dit en passant et sans vouloir donner de leçons, l’impuissance des novilleros face à un bétail, en tous points sérieux, auquel il convenait de faire "bien" les choses ; Ferreira n’aurait rien perdu à enchaîner des doblones face au costaud 4°, surpuissant et pas assez piqué... Évidemment, dans d’autres mains, nous aurions assisté à une autre course... ;
- le café du Ski club vicois.

Images © Camposyruedos
Dans le patio des corrals 'Alondro' de Prieto de la Cal Ceux qu’elles n’attendaient plus...

Vic, suite et fin


Vous avez accès depuis la rubrique RUEDOS du site aux deux dernières galeries consacrées à la féria de Vic. Il fallait bien finir par quelque chose. Ce furent donc des novillos de Pérez de la Concha destartalados y descastados et une corrida d’Adelaida Rodríguez version colosses aux pieds d’argiles. Nonobstant ces deux courses, la féria fut d’un très bon niveau... mais il fallait bien en terminer ici par ces deux galeries, et puis le week-end fut éprouvant tout de même...

17 mai 2008

Vic, dimanche : la concours et le regatón moderne


Nous continuons nos galeries vicoises. Voici maintenant la corrida concours qui fut d’une grande tenue. Le prix a été logiquement attribué au toro de La Quinta, un cinqueño frôlant la perfection de toro. Pour être réellement un toro historique, sans doute lui manquait-il une pointe de sauvagerie, de puissance, malgré quatre rencontres au cheval, car seule la première fut réellement appuyée, les autres extrêmement légères. Un grand toro tout de même.
A ce propos, la quatrième pique fut donnée avec une pique de tienta de machos. Une sorte de regatón moderne en quelque sorte. Au bout du compte ce cinqueño de La Quinta aura reçu plus de ration de fer que s’il avait été mis en évidence pour la quatrième rencontre avec le traditionnel regatón ainsi que le prévoyait le règlement.
Nous regrettons simplement que la chose n’ait pas été annoncée au préalable car l’immense majorité du public n’a pas eu connaissance de l’utilisation de cette pique. Pourquoi donc avoir ainsi utilisé cette pique et ne pas l’avoir annoncé ? Y avait-il un malaise ? Une gêne ? Il n’y avait pourtant pas de raison car cette pique de tienta est venue en lieu et place du regatón – un bâton quoi – uniquement après les trois rencontres réglementaires données avec une puya normale... comme à Zaragoza. Malgré l’intérêt de la démarche en corrida concours, il y a évidemment le risque de voir certains taurins s’engouffrer dans la « brèche » et tenter d’utiliser ceci pour, à l’avenir, imposer cette pique de tienta en corrida formelle. On se doute que les abolitionnistes du tercio de varas, ceux qui nous expliquent que la bravoure ne se mesure plus lors du premier tercio mais essentiellement à la muleta, sont à l’affût, la langue pendante... Le danger est là.
Encore qu’il n’est pas non plus interdit de considérer l’utilisation de la pique de tienta comme un faux problème. Il suffirait que les picadors mesurent l’intensité du châtiment qu’ils infligent au toro et fassent également attention à l’endroit où ils piquent. Mais je reconnais que cela fait beaucoup de « si »...

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16 mai 2008

Vic, samedi : un fracaso numérique


En presque vingt ans de photographie argentique, je ne n’ai pas le souvenir d’avoir raté un développement de film... Eh bien, en pleine féria de Vic, mon disque dur videur de carte me lâche sans prévenir. Résultat des courses, la moitié des photographies de la corrida de Robert Margé resteront à jamais perdues dans les méandres de ma carte mémoire. Du coup, la galerie sera très succincte. Je le regrette, notamment pour la seconde faena du Fundi où je crois me souvenir de quelques clichés bien supérieurs à ceux de la première. C’est ainsi. Ceci dit et pour enchaîner sur l’annonce des prix du Club Taurin Vicois, disons que j’y souscris totalement, à l’exception de la mention pour ladite corrida de Robert Margé justement. Je ne l’ai pas aimée. Dans un mauvais style au cheval, mansita, elle ne se livra guère plus ensuite au troisième tercio malgré une certaine mobilité. Mon sentiment est que sans les deux faenas impressionnantes de mando d’un Fundi au sommet de son art et, à un degré moindre, sans la générosité de Rafaelillo, cette course aurait pu rester inédite. Samedi dernier, à Vic, ce sont les toreros qui ont fait la course.

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15 mai 2008

Vic 2008, les prix

Prix attribués par le Club Taurin Vicois

Trophée Paul Clarac au meilleur toro de la féria :
'Confitero', n° 13 de José Escolar Gil lidié en 2 le lundi 12 mai par Sergio Aguilar
Mention à l’ensemble de la corrida

Prix à l’éleveur ayant fourni le toro le plus complet à la corrida concours :
Álvaro Martínez Conradi de la ganadería de La Quinta
pour son toro 'Huracán', n° 44 lidié en 2 par Luis Bolívar

Mention au toro de Fidel San Román lidié en 5 par Luis Bolívar
Prix au picador Ismael Alcón Bueno et à la cuadrilla de Luis Bolívar

Prix à la meilleure corrida : Escolra Gil lidiée le lundi 12 mai
Mention à la corrida de Robert Margé lidiée le samedi 10 mai

Meilleur matador : José Pedro Prados 'El Fundi'

Mention spéciale à Sergio Aguilar

14 mai 2008

Vic, le lundi


Après "Vic, un vendredi", voici pour continuer la galerie de la grande corrida de José Escolar Gil qui a clôturé la féria. Nous aurions pu commencer par la novillada, continuer par la première corrida et ainsi de suite. C’eut été plus logique. Mais la logique et CyR... Ce sera donc Vic, un lundi... car nous commencerons par le dessert. Enfin, quand je dis dessert, rien de sucré, bien au contraire. De la caste, des pattes, du piquant, de la mobilité, de la sauvagerie, de la fixité. Je n’ai rien oublié ? Ah si ! Des toros qui prennent des piques, des vraies. Et de la toréabilité également. Oui je sais, c’est nul comme terme. Une grande course dont seul le premier fut en dedans et dont on regrettera éternellement que le second n’ait pas reçu une lidia adéquate, dont on se dit qu’elle aurait pu nous ouvrir des horizons inespérés... Nous regretterons éternellement cette troisième pique que nous attendions tous... Sergio Aguilar ne fut pas à la hauteur de la tâche. Il a voulu mais n’a pas pu. Mais qui aurait pu ? Le Fundi probablement ou El Cid... Un Sergio Aguilar qui se rattrapera en revanche avec le cinquième auquel il offrit son corps et sa virilité. Il est extrêmement rare de voir, en France, un torero se la jouer à ce point. Impressionnant, émouvant et vivifiant. Ce genre d’arrimón c’est généralement à Madrid que nous y avons droit. La faena est allée a más pour culminer dans quelques naturelles d’un autre monde. Maintenant, et là encore, fut-il réellement à la hauteur de l’adversité ? Rien n’est moins sûr. Toutes proportions gardées, c'est un peu "le triomphe du vaincu" tel que Javier Villán l'avait titré pour Rincón le jour de 'Bastonito'... Et ça n’est pas lui faire insulte que de se poser la question. Ses naturelles furent d’une rare intensité, d’un engagement total et d’une grande vérité. Les photos sont là pour en témoigner. Olé ! Une course qui marquera les mémoires.

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13 mai 2008

Vic, un vendredi...


Nîmes, mercredi 7 mai 2008. Une corrida de Victorino Martín décevante mais digne, qui ne s’emploie pas au cheval, et se laisse simplement piquer. Mais ceci n’est plus une nouveauté. Chez le paleto, ça semble même être devenu la règle. Nous en aurons une nouvelle confirmation, quelques jours plus tard, pour la corrida concours de Vic, d’une grande tenue au demeurant.
Nîmes, jeudi 8 mai 2008. Comme une envie de dégueuler. Je ne suis pourtant pas encore dans le Gers. Ou plutôt, excusez-moi (!), nous n’avons pas encore débuté notre cure d’Armagnac, fois gras, carcasses, cœurs et autres spécialités locales, très généreusement arrosées...
Mon état nauséeux du jour est en fait la conséquence de quelque chose de très contemporain. Sans doute avez-vous entendu parler de Thierry Marx, un chef à la mode, doublement étoilé, et très créatif. Marx a inventé un plat, le saucisson virtuel. C’est moderne et curieux. En Espagne, de supposés ganaderos de taureaux de combat ont inventé, eux aussi, le saucisson taurin virtuel. Un toro anovillado, sospechoso de pitones et qui supporte à peine deux picotazos, virtuels eux aussi. C’est nouveau, moderne, curieux et c’est en train de devenir une norme. Si vous mélangez ce toro virtuel avec le délire « orejista » d’une présidence sans critères et un public à l’avenant, vous risquez fort de vous retrouver avec un mal de tronche à vous gâcher le reste de la féria si vous n’y prenez garde. Car le toro virtuel, même à petites doses, c’est traître. Mais ça n’est pas non plus rédhibitoire. Nous avons trouvé un remède. Voici, dès le vendredi matin, vous prenez votre voiture car il faut agir sans attendre pour que le remède soit efficace. Vous prenez immédiatement la direction de Vic-Fezensac, dans le Gers. Ceux qui ne connaissent pas peuvent programmer Vic sur leur GPS, c’est direct et très facile.

Dès votre arrivée, garez-vous à proximité des arènes et allez visiter les toros dans les corrales. Vous verrez que très rapidement ça ira beaucoup mieux. Restez y tout de même une bonne heure. Ça ne peut pas faire de mal. J’y ai même croisé une blonde figurez-vous. Au début je croyais voir double car le saucisson virtuel c’est vraiment traître. Même en faisant attention, vous pensez être à l’abri, maîtriser la situation et, subitement, un mal de tête horrible s’empare de vous, comme ça, sans prévenir. C’est traître je vous dis. Et donc je croyais voir double. Mais non, en fait, il s’agissait de jumelles, venues également à Vic, depuis Nîmes, peut-être pour échapper, elles aussi, au mal de tête du saucisson virtuel. Allez savoir...

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Vic, bientôt....

30 avril 2008

Pérez de la Concha, Georges Clooney et Bertrand Renard...


L'occase était trop belle, on pouvait pas rater ça...
Vitres ouvertes, le compteur a tope, on écoutait pour la 35ème fois, le dernier album de Chambao. A l'arrière, ceux qui avaient entamé les stocks du "Lo Nuestro" jusqu'à pas d'heure, finissaient leur nuit. Et nous, on savourait la diversité des rouges de la terre, le voile argenté des champs d'oliviers et puis, de temps à autres, au milieu, la petite chapelle en ruine d'une finca isolée qui a dû connaître son âge d'or à une époque où, assurément, ni vous ni moi n'étions de ce monde. On allait voir les Pérez de la Concha, ceux de Vic.
Au fond de nous, on spéculait pas mal sur ce "détail" de l'Histoire qui nous animait et qui avait réussi le fol exploit de nous arracher de la torpeur nocturne de la calle Betis.
Pour être honnête, on ne savait pas grand-chose de ces Pérez de la Concha mais on imaginait beaucoup. Aucun de nous n'aurait pu évoquer le moindre souvenir de la moindre lidia au moindre de ces spécimens, mais il suffisait de savoir que leur présentation madrilène s'était faite en 1850 pour deviner l'ampleur de l'entreprise généalogique, avec tout ce que cela implique de croisements, d'héritages et autres ventes au gré du souffle de la vie des hommes, de leur travail, leur passion et leurs drames aussi. Et puis, Pérez de la Concha, ça sonnait un peu comme un de ces noms de ganaderías d'antan qui faisaient hurler d'effroi les foules, et peuplaient les colonnes de faits divers morbides des diarios taurinos des siècles passés. On en aurait presque des visions goyesques. Mais bon, il y a bien longtemps que Pérez de la Concha n'évoque plus la moindre sueur froide. Un peu comme la petite chapelle sans son clocher, là-bas plus au sud, dans son champ d'oliviers, avait fini d'évoquer la moindre illumination divine depuis... allez savoir, tiens ! Ainsi, la destinée glorieuse des toros de Pérez de la Concha s'était diluée dans le puit sans fond des souvenirs anciens d'une tauromachie qui ne s'accorde plus avec les tempéraments piquants du passé. Et c'est bien tout le drame de la maison... et finalement peut-être un peu de la tauromachie aussi.
En bref, c'est Joaquín de la Concha y Sierra qui créa l'édifice avec des vaches de "Curro Blanco" et du bétail de "Las Ninas de Pérez", tous issus des alentours de Séville. Puis, il acquit des vaches et des étalons de Picavea de Lesaca (Marquis de Saltillo devenu Félix Moreno). Il céda le fer à son neveu Joaquín Pérez de la Concha à sa mort en 1861, qui céda lui-même à ses fils. La ganadería s'appelle alors Señores Hermanos Pérez de la Concha. En 1924, des vaches et un semental de Santa Coloma viennent donner une nouvelle "coloration" au sang des bravos lesaqueños .
1928 enfin, la ganadería est vendue en 2 lots. Le premier partira chez Esteban González Camino et le second restera toutefois dans la famille puisque c'est un fils, Tomás Pérez de la Concha, qui en devint acquéreur en donnant au passage son nom à l'entreprise. Quelques lectures nous avaient renseignés sur ce que l'on s'apprêtait à voir, et l'on imaginait surprendre peut-être quelques jaboneros, résurgences accidentelles d'un passé vazqueño du lointain Concha y Sierra originel perdues au milieu de cárdenos définitivement santacolomeños car, oui, c'est bien sous cette bannière là que s'annonce le sang des toros bravos de "Hijos de Tomás Pérez de la Concha" . Oh bien-sûr, on ne boude jamais son plaisir de voir son propre reflet dans l'oeil d'un Santa Coloma, mais bon sang ! Où donc est passé cet exotisme qui manque tant à la planète des toros d'aujourd'hui ? Qu'il en soit ainsi, alors... tant qu'on n'annihile pas complètement les vertus d'un sang royal pour de trop basses raisons.
Justement, alors que l'on avait décimé des armées de moustiques à grands coups de pare-brise sur environ 200 bornes, on arrivait à Azuaga, finca "La Gloria", anciennement celle de Pepe Chafik, ganadero de San Martín. Pas de souci, ses anciens trésors qui n'ont pas été du voyage outre-Atlantique sont toujours bien gardés dans leur écrin cárdeno et leurs "très vilains" cercados, à la différence près que le gardien du temple s'appelle aujourd'hui... Ignacio Huelva Manrique. Beau gosse à la quarantaine "GeorgesClooneyesque" (fallait la tenter, celle là... ), ce "golden boy" aux dents longues a la bosse des affaires et l'afición a los toros... los de verdad. What else ?... Eh bien, que quand on investit dans du San Martín, Hernández Pla ou du Pérez de la Concha, soit on est un peu perdu avec la notion de rentabilité, soit on aime profondément le toro rustique, à l'ancienne, qui vous colle une migraine à l'évocation de son nom, en ayant bien conscience que la poule aux oeufs d'or n'est pour l'heure qu'un gros caillou tout brut. Ainsi Ignacio Huelva est aficionado, et après pareille évocation on n'oserait en douter. Tant mieux pour lui, pour eux (les bichos), et puis pour nous aussi, un peu... après tout.
La terre est belle à Azuaga, et le campo se magnifie sous l'ardente chaleur. A l'heure où même les arbres s'endorment pour ne pas avoir à supporter la présence étouffante du soleil, on fait le tour de la propriété. On shoote plein tube le moindre cornu qui ose s'aventurer dans notre champ de vision... Ici, chez San Martín, évidemment, du cárdeno "en-veux-tu-en-voilà", et là, tout de suite, au milieu de ce maudit cercado, les pupilles de Pérez de la Concha. Stupéfaction.
De suite, tu sens bien que l'oeil du Santa Coloma te guette. Il y a cette présence qui te pèse et l'atmosphère qui devient lourde, très lourde. Cette lueur terrifiante au fond du regard qui te rappelle terriblement ta condition de petit homme au milieu d'un royaume qui n'est pas le tien. Bien-sûr, il n'était pas question de grandes étendues sauvages, mais chez ce genre de Seigneur-là, toute terre foulée devient un bastion immédiat à défendre. Ils ne te lâchent pas, te fixent, te surveillent, vigilants au moindre cil qui bat. Des combattants à l'affût. Ça tourne, ça rode... Laisser distraitement traîner une main le long de la portière serait un défi à l'apparente paix qu'évoque l'ampleur pesante de ces monstres. Nul doute que s'ils préfèrent éviter l'affrontement, c'est qu'ils accordent leur pardon à l'inconscience. Mais quand le Santa Coloma se retire du débat, il ne te tourne pas le dos... Oh non, ça, jamais.
Souviens-toi toujours de l'oeil du Santa Coloma qui ne te perd jamais de vue. Il n'abdique pas, ne crois pas ça... Pas le Santa Coloma... même là-bas, au fond, derrière l'arbre et dans sa volute de poussière, il t'observe et ne perd rien de ton séjour en son antre. Il s'en souviendra longtemps, même, jusqu'au moment ultime de sa vie où il se sentira serein d'avoir pardonné à ceux qui ne savaient pas qu'ils le défiaient. N'oublie jamais l'oeil du Santa Coloma, petit Homme... n'oublie jamais.
J'abandonnais le cercado sur ce regard ultime plein de promesses que me lança le dernier "Pérez" de la troupe, avant de disparaître plus loin, là-bas. Il me disait qu'on allait se revoir bientôt...
En quittant les lieux, on venait de laisser derrière nous les vestiges d'une histoire de bravoure qui dure depuis plus de 150 ans. Mais à l'image de ces noms anciens qui illustrent d'antiques épopées, où le sang d'avant n'est plus et où l'allure qu'on devinait sur de vieilles gravures ne rappelle en rien celle que l'on discerne, là, juste sous notre nez, ces toros de Pérez de la Concha venaient d'ouvrir une nouvelle brèche dans nos fraîches connaissances, car si l'on envisageait honnêtement assez peu de percevoir quelque "lesaqueño" de l'ancien temps, on s'attendait toutefois, à juste titre, à croiser ce bouleversant regard de Santa Coloma cárdeno. Mais pas le Santa Coloma type Buendía de... Hernández Pla, oh non, pas celui-là. Et pourtant, si...
On mordait l'asphalte bouillant du retour, Chambao jouait rien que pour nous pour la 36ème fois et l'on décimait encore une quinzaine de dynasties de moustiques avec frénésie, en ruminant sur notre "découverte" comme Bertrand Renard* sur une équation à 18 inconnus, quand le nom d'Ignacio Huelva revint à nos esprits comme un revers qui vous claque au blaire, car il nous aurait suffi d'ouvrir plus tôt les yeux pour déduire que les toros de Pérez de la Concha partagent le quotidien, entre autres confidences, de ceux d'Hernández Pla dans leurs fincas respectives de Ciempozuelos, Zufre et Puerto Moral, toutes trois outrageusement identiques et propriétés d'une seule et même société, la S.A. Horsebull (yes it is...), que représente si "georgesclooneyesquement" (celle-la aussi, fallait la tenter...) l'ami Ignacio (yes he is...). Vous saisissez ?
Mais allez savoir, peut-être un pur hasard... sans doute, même.
Oui , sûrement un hasard.

To be continued...
El Batacazo

* Honnêtement, vous auriez pensé qu'on pouvait citer Pérez de la Concha , Georges Clooney et Bertrand Renard dans un seul et même texte ?

>>> Retrouvez la fiche complète de la ganadería sur Terre de toros & la galerie des Pérez de la Concha qui sortiront à Vic-Fezensac sur Camposyruedos.

Photographie Un novillo de Pérez de la Concha au campo en avril 2008 © Camposyruedos

29 avril 2008

Toro lunar


- ¿Y este? El con la capa...
Silence, d’un coup.
- Este... para la concurso de Vic !
- Vale...
"Vale" ? Mais rien du tout, "vale". Mais c’est quoi ce pelage, c’est quoi cette flaque blanche qui noie la droite du regard ? José Ignacio Charro Sánchez-Tabernero de Llen et des coquilles comprime son large réseau de rides creuses dans une moue je-m’en-foutiste.
- ¡Un lunar!
- Vale, un lunar...
"Vale" ? Mais rien du tout, "vale". Qu’es acco un lunar ?
France. Retour. Dictionnaire (oui ça existe encore). "Lunar".
Larousse, dis-nous tout : "Lunar : adjetivo : lunaire ; sustantivo masculino : en la piel : grain de beauté, en telas : pois".
- ¡Vale!
Des grains de beauté, des pois et la lune dans l’oeil. Ça fait beaucoup pour un seul toro.
De loin, en entrant dans le cercado, il semblait burraco, de ce blanc et noir qui habillent ces insupportables piafs vociférant. Le burraco, c’est un salpicado dont les taches blanches sont plus nombreuses et plus abondantes que chez le simple salpicado. C’est clair non ? Adolfo Rodríguez Montesinos précise en outre que chez le burraco ces taches blanches se situent plutôt sur la partie basse du ventre. Donc, dans le cas qui nous intéresse ici, il ne s’agit pas d’un toro burraco pourtant assez fréquent dans cette ligne Tamarón–La Corte–Atanasio Fernández. Non, ce n’est pas un burraco, c’est un carbonero ! Et si le burraco a souvent l’occasion d’être observé, force est de constater qu’il n’en va pas de même pour le carbonero. Un carbonero, c’est un toro à la "robe claire, cárdena mais aussi berrenda ou ensabanada, sur laquelle le blanc du pelage est sali par des taches plus obscures ou noires"1. Et celui-ci est un superbe exemplaire de pelage carbonero. Ni noir, ni blanc, ni gris, un peu de toutes ces teintes à la fois.

En regardant de près la partie centrale de son corps, au niveau du ventre, l’on constate facilement la présence de taches noires de petites tailles et de formes circulaires. S’il s’était agit d’un exemplaire berrendo ou ensabanado, il aurait été possible de qualifier ce toro de atizonado voire, pour les taches noires plus petites, de mosqueado. Mais ce Charro de Llen (Atanasio Fernández) n’est pas berrendo, pas plus qu’il ne peut être décrit comme un ensabanado. Il est carbonero et une lune peint son œil droit. Donner un nom correct à cette rare tronche n’est pas une mince affaire. Ce qui s’en rapproche le plus est le terme de careto qui désigne "un toro avec une tache blanche sur le front et sur la tête, tache qui contraste avec le reste du pelage"2. A moins que cette large flaque blanche ne soit tout simplement une mauvaise et disproportionnée symétrie d’un animal ojalado. En observant de près l’œil gauche de l’Atanasio, cette hypothèse pourrait éventuellement tenir debout. Disons pour faire simple que c’est un careto loupé, un ojalado déséquilibré et que le coup de pinceau final a dérapé... Peut-être l’artiste avait-il l’esprit dans la lune...
Ce toro sera (normalement) lidié à Vic-Fezensac lors de la corrida concours du dimanche matin à 11 heures (11 mai 2008).

1 et 2 Pelajes y Encornaduras del Toro de Lidia, Adolfo Rodríguez Montesinos, Consejo General de Veterinarios de España.

Adolfo Rodríguez Montesinos nous a fait l'honneur de bien décrire le pelage de ce magnifique toro. Voici donc le résultat de son observation :
"La reseña sería cárdeno salpicado, carbonero, ojalado, bragado corrido y rebarbo. En cuanto a la mancha del lado derecho de la cara es un simple accidente, que puede estar producido por un golpe que hace convertirse en canas los pelos de esa zona, o bien una reacción de tipo alérgico, que produce la caida del pelo en la misma. También podría tratarse de un antojo. Si miras el libro de pelajes yy encornaduras hay una foto de un animal con una característica parecdida en el tronco y que aparece descrita como falso girón. En este caso no podría utilizarse ese término ya que el girón se refiere al tronco, pero no a las extremidades, la cabezxa ni la cola. Un abrazo."

25 avril 2008

Reventa sur CyR


Non, pas encore de places pour les Victorino ou José Tomás à Madrid, mais cela pourrait venir...

En attendant, deux aficionados empêchés cèdent à prix coûtant 2 abonos pour les 4 corridas de Pentecôte à Vic [Tendido 2 (5ème rang), escalier C, Soleil, places n°21 & 22] à 51 euros la course soit 408 euros l'ensemble.

Ceux qui sont intéressés nous contactent et nous transmettrons...

22 mars 2008

"Ça avait quand même une autre gueule"


Parce que son nom a été évoqué, et qu’il suscite toujours chez l’aficionado a los toros des commentaires nostalgiques et élogieux, il n’est pas inutile de se remémorer une des puissantes compositions de Jean-Paul Chambas pour la plaza vicoise. Cette affiche incroyablement vivante a quelque chose de mythique ; n’ayons pas peur des mots !

L’afición en bandoulière et le cigare au coin des lèvres, le foulard noué sur la tête et les manches retroussées, le peintre vicois a écrit un opera seria campesino en trois actes, ou quatre, c’est selon... Avec un sens aigu de l’équilibre et de la mise en scène, je veux croire qu’il a souhaité nous rappeler que des toros sortaient avec du poder, que la suerte de vara pouvait être mouvementée voire épique, et que Vic, il y a bientôt quatorze ans, programmait la même année des barciales, des cebadagagos, des doloresaguirres et des palhas d’antan...

Image Pour El Batacazo, qui m’a donné le titre sans le savoir, Ludo, José & tous les autres, TOROS en VIC 1994, œuvre de Jean-Paul Chambas que le Club Taurin Vicois serait bien inspiré de réimprimer... © CTV