10 novembre 2008

Patas, Patas Chico y callejeo...


C'était une fin de nuit, ou un début de matinée, c’est selon. Une demi-douzaine d’irréductibles traversent comme des fantômes la plaza del Ángel, pour rejoindre la calle de las Huertas. Un appartement chaleureux et reposant nous y accueille, après une nuit à callejear, de bar en bar, de mojitos en Havana club con Limón. A Madrid, au petit matin, dans le coin de Santa Ana, on croise toujours quelques irréductibles du callejear. Enfin, ça n’est pas vraiment ça « callejear ». « Callejear » ça vient évidemment de « calle », la rue. Mon dictionnaire le traduit par « flâner ». Mais ce sera incomplet. Callejear suggère une implication plus forte dans l’oisiveté que celle d’une simple flânerie. S’impliquer fortement dans une sorte d’oisiveté. Ça ne peut être qu’espagnol ça comme concept… Et j'ai pris la liberté de lui adjoindre l'activité de picoler. Picoler avec oisiveté de bar en bar. Ce sera le « callejear » façon Camposyruedos. Toujours est-il qu’après une nuit très oisive, nous nous retrouvons au calme pour un ColaCao bienvenu.
Il y a là Begoña Fernández Pellicer, une des responsables de la Fondation Casa Patas, et Luis, un jeune guitariste flamenco qui se prépare à partir pour une tournée aux States où Bego l’amènera. Il est très intrigué par l’afición aux toros de ces Français. Il en est d’autant plus intrigué qu’il ne la partage pas, même s’il la respecte, évidemment. C’est l’occasion de comprendre que les deux mondes ne sont pas forcément si intimement liés que ce que l’on pourrait imaginer. Luis, guitariste gitan de Madrid, a assisté à très peu de corridas. Il aime bien ça, mais sans plus. Son truc à lui, c’est le flamenco, sa guitare flamenca, qui lui a laissé une corne impressionnante au bout des doigts. On y distingue très nettement les sillons creusés par les cordes qui ont ainsi leur place pour venir s'y loger. Luis nous raconte la dureté de son art, le travail et les efforts que cela représente. Mais il nous raconte aussi ses espoirs, sa vie, ici à Madrid.
Bego, elle, nous précise que si le flamenco, comme le toreo, est né en Andalousie, tout le microcosme flamenkiste ne se trouve pas forcément Despeñaperros pa’bajo. Pour Begoña, Madrid est même actuellement la capitale mondiale du flamenco car « Madrid qui est le centre économique et culturel du pays, est avant tout un lieu de rencontre pour des personnes venues de tous les point cardinaux, qui ont souhaité maintenir leurs traditions, et qui ont su les partager et les enrichir avec d’autres. C’est pour cela que cette ville peut être considérée comme étant la capitale mondiale du flamenco… Et c’est dans ce contexte qu’a été fondée la Casa Patas en 1983 dans un des quartiers les plus populaires de la capitale, un restaurant avec spectacle qui, aujourd’hui, est devenu une référence dans le monde du flamenco. Ce quartier de Lavapiés est le centre du flamenco madrilène. Ici vivent depuis plus de 150 ans d’importantes familles flamencas
Du succès de la Casa Patas est née en 2000 la Fundación Conservatorio Flamenco Casa Patas qui est hébergée dans les étages supérieurs du bâtiment. La fondation se charge d’organiser et dispenser des cours pour des élèves de différents niveaux, que ce soit pour la danse, le chant, la musique ou les percussions flamencas. La fondation se charge également de la programmation de jeunes artistes au-delà des murs du tablao de la calle Cañizares, comme Luis, qui va s‘envoler pour les States...
Mais l’Espagne, comme la France, n’échappe pas à l’évolution hygiéniste, très anglo-saxonne. On a l’évolution qu’on peut me direz-vous. Du coup, le tablao, comme la salle de restaurant, sont devenus « non fumeurs ». Mais l’Espagne n’est pas encore la France. Alors, dans la même rue, juste en face de la maison mère, a été créé le Patas Chico, un bar plus modeste, mais fumeur celui-là. Ça aussi ça ne peut être qu’espagnol comme concept… Et après les spectacles, c’est au Patas Chico que les artistes ont coutume de se retrouver, pour continuer la soirée, dans une ambiance évidemment très enfumée. Ils y improvisent souvent des fêtes, plus ou moins privées, et généralement totalement endiablées.
Ce soir-là, avant de callejear, nous avons vu danser Juan Andrés Maya accompagné de ses neveu et nièce, deux époustouflants bailaores, Alba Heredia et Iván Vargas. Vous les trouverez tous dans une galerie de la rubrique « Photographies » du site. Je vous laisse avec eux. Et moi, il faut que je me prépare à faire découvrir à Pepina, une autre Madrilène, le callejear nîmois, en plein mois de novembre. C’est pas gagné…