
Restent les réfractaires : flagrants ou non. Réfractaires face auxquels on a pas envie de passer son chemin et dont on est curieux... les insondables et les difformes qui dépassent des dossiers, un "Freaks Barnum" dans le confort duveteux du comportement classifié.
Février 2009, Villejuif : Agujetas gonfle son torse formidable, torture pêle-mêle l'air, sa poitrine, ses cordes vocales, éreinte ses muscles et lessive son public : c'est une évidence, là-dedans il se passe quelque chose qui me dépasse.
Il se passe aussi quelque chose dans la tête d'Hervé Galtier, c'est une certitude. Et une énigme. J'irais bien y faire un tour un jour et vous raconter le voyage (pour Agujetas, la visite de ses tripes et de son coeur tient de l'aller sans retour). Hervé Galtier est un réfractaire moins flagrant de prime abord, mais pas forcément moins flamenco. Quelques faits :
Hervé Galtier a commencé en capea avec Nimeño, Bonijol et des vaches de race indéfinie. L'un est devenu Nimeño, l'autre novillero et Hervé a fait des études. S'en est-il jamais remis ? Les vaches sont restées et continuent à "cadrer-déborder" les prácticos qu'Hervé emmène faire leurs premières armes. D'EPS, de judo et de toreo, Hervé Galtier est professeur.
Prof, Il en a la dégaine, engoncé dans son bonnet et sa parka, bloc-notes et stylo à la main, distillant ses instructions du bord de la placita. Se croiser, toquer, se placer, "Quite ! — A gauche ! — Dépègue-toi !" Le vade-mecum du práctico inlassablement répété au catéchumène en train de perdre papiers, repères, foi et latin en piste. Du Catéchisme à la Liturgie, Hervé nous explique pourquoi et comment. Il prêche pour sa paroisse à travers les rencontres taurines des alentours, où les clubs taurins font couler le jaune quand il n'est pas temps de répandre le sang. Hervé Galtier est prosélyte.

Quand Hervé parle à ses pratiquants, il est question de sérieux, de dignité, d'attitude. Quelque chose de torería, dans et en dehors de la placita. Pas de paillettes ni de dorures. Nombreux sont les éleveurs qui lui font confiance pour tienter leurs vaches après des années de pratique appliquée et exigente. Il a tué le premier de ses 120 toros ou novillos il y a 26 ans. Dimanche à Franquevaux, en traje de campo, il en passera 6 au fil de l'épée. Qu'il le veuille ou non, Hervé Galtier est torero.
>>> Plus de détails sur le solo de Franquevaux ce dimanche 17 mai, par ici & par là.