« On ne peut pas systématiquement récompenser la connerie et espérer que cela demeure sans conséquences. » Carlos Granés
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20 décembre 2011
01 octobre 2011
28 septembre 2011
Autorovia (XI)
Les voisins d’en face, des Français eux aussi, ont adopté le même rythme que nous. Ils sont polis et j’apprécie qu’ils se comportent avec moi comme moi avec eux : nous en restons aux bonjour bonsoir de circonstance et évitons les uns les autres de nous interroger sur nos vacances respectives. Le tourisme a ceci d’horripilant qu’il provoque chez certains des éruptions soudaines de fraternisation nationale qu’ils s’empressent de vouloir vous refiler par des contacts que proscrivent pourtant tous les dermatologues de la terre. Et vous avez visité quoi ? Oh que c’était beau ! Vous trouvez qu’on mange bien ici ? Mais la question pole position, l’inquiétude maillot à poids reste et de loin : Et vous venez d’où en France ? Et c’est là, quand le mot Sud-Ouest réveille leurs neurones anesthésiés par la crème solaire et les glaces à 4,50 euros achetées en face de la cathédrale, c’est là donc qu’ils vous contaminent pour de bon, ça sort par tous leurs pores, ça bave, ça suinte, pour un peu ils te refilent leur femme en maugréant sur la supposée gentillesse de l’autochtone que lui promettait le Guide du routard page 52. Le regard figé sur le chapeau de paille de la voisine qui seul dépasse de ses ablutions quotidiennes, l’esprit dans le vague, je m’enguirlande de tant de cynisme à l’encontre de l’espèce touristique. Je sais pourtant qu’ils économisent toute l’année pour venir becqueter du poulet frites aux Golondrinas. Ils veulent faire plaisir aux gosses, ils se saignent, ils s’engueulent onze mois durant pour être là, ici et maintenant. En rentrant, ils devront payer les impôts, la taxe d’habitation, les taxes foncières, les assurances scolaires, la fuite d’eau, les étrennes des postiers et les rennes du Père Noël. J’en finis avec ma cigarette que j’ai consumée lentement cette fois. Putain ! je me dis, faudrait pas être touriste, c’est pas une vie !
On fait quoi aujourd’hui ? Voilà la question que je redoute. Elle me rappelle trop sa jumelle de la vie quotidienne : Qu’est-ce qu’on mange ce soir ?
Rien ! Je ne trouve pas mieux comme réponse, et puis rien c’est déjà une réponse. J’ai pas envie de devoir faire quelque chose. Je veux rester en moule bite bleu sur la terrasse à cloper et à lire, à regarder ma femme et les gosses qui jouent dans l’eau. Je rassure mon moi hyperactif en lui rétorquant que c’est pas rien de faire ça. Je vérifie qu’il reste assez de clopes dans le paquet de Marlboro light pour passer la journée. Je m’allonge sur une chaise longue à l’ombre, le fil de mon moule bite bleu dépasse mais j’ai décidé de ne rien faire, je lui accorde quartier libre à lui aussi. Ce moment mériterait un fond musical adéquat. Le poste est en bas et il est hors de propos que je bouge d’un pouce ou d’un fil de moule bite. Je regarde ma femme qui lit. Je lance au vent, un fantasme, un baiser. Je regarde les mômes. L’eau de la piscine frémit de leurs jeux et esquisse sur eux d’indécises boursouflures d’or. Je croquerais bien quelques Lays pour honorer ce trésor mais la vue de mon corps blanc si mal dissimulé par le moule bite bleu m’impose un soupçon de raison. Je feuillette une pub sur Séville. Le genre de papier glacé où en dix lignes un génie de la com t’explique que la culture a été inventée en Andalousie entre deux claquements de doigts d’un chanteur flamenco (Ludo, ne m’en veux pas, je ne sais absolument pas si les chanteurs de flamenco claquent des doigts). Faut pas pousser, la culture c’est français, tout le monde le sait même le plus décérébré des Andalous. Séville a son Museo de Bellas Artes comme toutes les villes espagnoles d’importance et comme toutes les villes européennes aussi. J’aurai plus d’hésitation concernant les villes étasuniennes et je ne m’avancerai pas sur le cas des asiatiques. Les africaines ? Un de mes professeurs entama un jour un cours de la sorte : Vous voyez ce continent (il indiquait l’Afrique du doigt) ? Et nous, en chœur, trop cons, trop fiers : Oui ! Nous savions où se trouvait l’Afrique. Il a rayé l’Afrique de deux gros traits noirs, épais, larges, indélébiles. Ça n’existe pas ! il a hurlé dans l’amphi, droit et solennel, militaire. Ce continent n’existe pas ! (Économiquement parlant et en comparaison de ce qui se passe dans les pôles de la Triade, voulait-il nous démontrer.) Il se trouve donc des musées des beaux-arts aux quatre coins des rues dans les pays qui ont le temps de s’émouvoir de l’art. Il y en a partout. Le musée des beaux-arts, c’est le McDo de l’art. En soi, je n’ai rien contre les musées des beaux-arts mais je n’ai jamais compris par quel sombre et sinueux destin on en est arrivé à intituler ça musée des beaux-arts. Beaux arts ? Comme si en contrepartie il existait un art laid. Comme si l’art pouvait se réduire au beau ou au laid, au blanc ou au noir. Pour autant, ça colle bien de nos jours. Il y a les toristas et les toreristas, Secret Story ou Xfactor, les jaunes contre les rouges de Koh-Lanta, Houellebecq contre Beigbeder, les autres contre moi. Je dois confesser que j’éprouve toujours un enjouement presque jubilatoire lorsque je déambule dans un musée, fût-il des beaux-arts ou non. Et cela n’a rien à voir avec la qualité des œuvres d’arts exposées. J’ai un rituel, je m’en suis rendu compte. Je fais semblant de scruter un tableau avec le plus grand sérieux du monde, collé à un couple de petits vieux qui eux font semblant d’élaborer une analyse savante de la peinture — analyse qu’ils viennent de lire dans le catalogue de l’exposition vendu à l’entrée — tout en détaillant du coin de l’œil l’attitude du gardien de la salle. C’est là que ça devient jubilatoire. C’est ça qui m’intéresse : le gardien de la salle. La visite des musées m’a permis d’inscrire dans ma réalité cette phrase si souvent entendue : Il faut toujours relativiser ses malheurs face à ceux des autres. J’ai longtemps cru qu’il s’agissait d’une sentence d’adulte pour mieux dresser les marmots trop gâtés. Mais je suis un adulte aujourd’hui, j’essaye de le devenir en tout cas. C’est donc en observant du coin de l’œil les gardiens de salle de musées que j’ai acquis la certitude que ces gens s’ennuyaient à mourir, debout, contraints de voir passer devant leurs yeux des centaines de shorts prêts à tout pour ramener à la maison une photo prise au flash d’un Goya ou d’un Schiele. Le gardien de musée ne transige pas avec sa vie de merde : elle se lit en caractères gras sur son faciès de paria. J’aime les musées pour ça, pour ce côté rassurant qu’ils m’offrent sur ma propre vie. Aller au musée, c’est se rassurer sur soi en zieutant lâchement d’autres qui souffrent plus que nous et c’est se dire à voix basse qu’il vaut mieux eux que moi. Je me sens très français dans ces moments-là. Sur le fascicule touristique, je reconnais une œuvre qui avait attiré mon attention lorsqu’il y a deux ans déjà j’avais visité ce musée. Il était l’heure où les Sévillans achètent de l’huile d’olive au litre, où les touristes commandent à manger sur une terrasse canardée de crotin de cheval — autant avouer que j’avais été plongé dans des conditions proches de la perfection pour m’esbaudir, discrètement il va de soi, du beau que contenait ce lieu. À l’extrémité d’une grande pièce achevée par un court escalier, le tableau était là. C’est sa taille qui me causa forte impression. Les hommes vêtus d’or étaient aussi grands que moi et, je le répète, dans un pays petit comme l’Espagne, ce n’est pas banal. Je n’avais jamais entendu parler de ce peintre ni de cette œuvre : La Muerte del maestro (hacia 1913), José Villegas Cordero (Sevilla 1844 – Madrid 1921). Depuis j’avais cherché et j’avais trouvé somme toute assez facilement des renseignements sur ce Villegas Cordero sans même prendre la peine de fouiller dans la pile de Toros au fin fond de laquelle j’imaginais que se cachait un semblant de réponse à ma curiosité. Je m’étais dit d’ailleurs, en refusant la facilité de fureter dans les index de la revue nîmoise, que, parfois, et j’en éprouvais une fierté certaine, j’étais un homme qui prenait des risques. Villegas Cordero fut un peintre, car il est mort à cette heure, parfois qualifié de régional, d’autres fois de réaliste décoratif influencé par l’orientalisme. De 1901 à 1918, il fut directeur du musée du Prado de Madrid qui se trouve juste en face d’un Quick. Il s’avère que le tableau La Muerte del maestro est grandiloquent. Je ne trouve pas d’autres mots. Les ors des toreros reflètent la lumière, le mort est bien mort, étendu sur un brancard drapé de blanc et d’une cape rouge, la chapelle est pleine à craquer et ce ras bord donne au prêtre inquiétant l’apparat d’une satiété obscène, la vierge est là qui veille — ou qui ne veut pas voir — son fils crucifié derrière son épaule. En bas à gauche, un monosabio fait le monosabio mais pour un mort, sérieux et concentré, et deux gens d’armes, dans un coin assombri, miment sans y croire la peine. C’est grandiloquent, c’est réel, c’est aussi grand que moi. La taille renforce l’effet. Un toro a tué le maestro. Deux ans plus tard, en moule bite sur une terrasse de Triana, vaguement circonspect à la lecture d’une brochure touristique, je revis ce tableau comme on sort la poubelle, en pensant à autre chose, en me disant que la corrida ne me touche plus au fond. Je sais que j’ai tort et je saurai me le prouver. Une bise veloutée parcourt maintenant la terrasse. Les cheveux fins de ma femme gambillent en caressant sa nuque dégagée. J’essaye de suivre leur mouvement vaporeux dans la lumière cotonneuse du soleil qui descend. Je me régale d’une pub de Guerlain faite pour moi, pour moi seul. Je me dis qu’il y a pire. Ce tableau me fait penser au G10. En fait, non, il me fait penser, subtilité insidieuse de la pensée humaine, que je ne pense pas au G10 en le regardant. Et j’y pense. Au G10. Dans le Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis, Pierre Desproges avait utilisé un tableau larmoyant comme celui-ci et auquel il offrait une légende nouvelle en lien avec chaque mot choisi pour remplir son dictionnaire. Brève digression. C’est en lisant Desproges que j’ai saisi ce que put être la moelle épinière métastasée du communisme à l’Est. Je cite donc pour les incultes (je sais qu’il en existe sur d’autres blogs et ils vont encore s’énerver en écrivant que Campos y Ruedos se la pète et tout le ramdam ! Vous fatiguez pas les doigts sur le clavier, Campos y Ruedos aussi vous aime) : « Warszawa (fr. Varsovie) : Ville polonaise où les arbres ont le droit de pousser la nuit. » Je m’incline mais la nuit je dors. En regardant La Muerte del maestro, j’ai pensé que ce tableau aurait mérité le même traitement que celui élu par Desproges. J’ai imaginé qu’il aurait été cocasse de légender : « Le G 10 qu’il fallait laver le linge, merde ! » au chapitre « Linge sale » ou « Le G 10 des conneries, mon père » au chapitre « Corrida ». En vérité, en conjecturant sur le G10, là, en moule bite bleu, je prends conscience qu’en tant qu’aficionado je ne pense jamais au G10. Jamais je ne me dis Tiens Juli torée là demain, j’irais bien le voir, jamais ne frétille en moi le désir de me rendre quelque part savourer le génie de Cayetano ou la tauromachie de train électrique de Miguel Ángel Perera. On a les penseurs de son temps, on a les maestros qu’on mérite. Le G10, je le peins au noir indélébile qui a effacé l’Afrique. Pareil. Noir. Nuit. Ténèbres. Ça n’existe pas le G10 ! hurle mon prof militaire, ça n’existe pas ! Garde à vous ! Je me fais la promesse de ne plus y penser parce que la tauromachie mérite mieux à mon sens que ces figures d’enfants polis moisies au jus de putes de luxe.
Ce soir je mange dehors c’est-à-dire dans un bar au coin de la rue. Il y a des têtes de toros au-dessus des gosses et des affiches de corridas devant nous. Une qui retient mon attention dès l’entrée. Il n’y a pas un touriste ici, que des autochtones qui picorent en causant de la crise qui les frappe, cette « salope » qu’ils appellent Europe, dette, immobilier, banque, politiques, Zapatero mais jamais Morante. Moi, je l’appelle pas la crise, qu’elle reste loin et chez les autres. J’ai des vacances à achever, moi, messieurs les rogneux ! Sur l’affiche que le temps a jaunie, un nom évoque quelque chose mais je ne me souviens pas. Je cherche en passant la commande : épinards à la sévillane, jamón, solomillo al whisky et pinard, rouge évidemment. Les gosses trouvent l’endroit super, Loulou court autour et sous les immenses tabourets de bar, la nuque de ma femme est toujours dégagée et c’est beau, et je m’impatiente de boire ce vin de Ribera de Duero. Il fait très chaud et j’aurais été mieux en moule bite. Jesús Franco Cardeño ! Ça y est. En avalant une bouchée d’épinards, j’ai retrouvé qui était ce type. En 1997, un toro de Prieto de la Cal (‘Hocicón’) lui avait tracé une autoroute du menton à l’oreille. Quand il s’est relevé, parce qu’il s’est relevé, il avait terminé sa carrière de torero, son visage pendait comme un scalp amateur et dessous, sur les nervures de la chair, s’ébauchait un tableau d’Otto Dix. En sortant, Loulou a voulu jouer sur le toboggan avant de rentrer. J’ai pensé à ce Cardeño et une dernière fois au G10, je me le suis promis, une dernière fois. En me couchant, la nuit régnait depuis longtemps, G10 à la nuque de ma femme d’éteindre la lumière. Elle a éteint dans la seconde. Ça n’existe pas ! a hurlé mon prof, ça n’existe pas !
Photographies Au Musée des beaux-arts de Séville © Laurent Larrieu/Camposyruedos.com
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01 septembre 2011
Autorovia (VII)
MardiOn aura beau s’évertuer à me convaincre qu’il en va du futur de la planète et de celui des générations à venir d’êtres humains et de pingouins, je garderai intacte la certitude que l’invention de la climatisation électrique mériterait un peu plus de considération. J’en aurais autant à écrire en ce qui concerne l’invention du gasoil, de l’électricité nucléaire, de l’enduit prêt à poser, des couches jetables et des chips Lays. Si je suivais les conseils de certains penseurs de l’apocalypse, j’éclairerais ma maison en pissant dans ma cafetière recyclée par une filiale au nom imprononçable d’une multinationale indienne à l’origine de la fabrication d’engrais chimiques pour betteraves vietnamiennes. Je refuse d’uriner dans ma cafetière.
J’en étais là de ma réflexion quotidienne sur l’état du monde en 2011, quoique je m’attardais quelques brefs instants supplémentaires — il s’avère que ces pensées profondes n’ont pas une durée de vie conséquente chez moi car j’ai ce défaut de me lasser très rapidement de tout ce qui ne concerne pas au premier chef ma vie et ma petite personne — sur les problèmes conjugaux de l’Albert du Rocher, sur le cours du peso péruvien et sur les soucis cellulitineux de Beyoncé Knowles quand j’ai constaté que le bouton vert de la climatisation était bien vert et qu’un très léger souffle ondoyait en continu, comme s’il se fût agi d’une caresse de ma belle, le long des traits musculeux de mon bras gauche et pourtant je suis droitier. Séville pouvait brûler, il m’en eût fallu bien plus pour me rendre aux théories à la Cohn de marchands de verre à un euro ou d’éoliennes aux quatre vents. Je profite de cette envolée lyrique pour y noyer sournoisement l’aveu de l’une de mes fautes. Je l’avoue puisqu’il s’agit d’un aveu ; il m’arrive de jeter la bouteille de lait vide dans la poubelle d’ordures ménagères et non, comme mon sens civique et l’avenir des pingouins devraient me le commander, dans la caisse jaune.
Ainsi donc, les muscles saillants de mon bras gauche tendrement câlinés par la fraîcheur artificielle de la climatisation électrique, j’épluchais sans plus d’attention un article écrit à l’enclume et publié dans 6 Toros 6. J’ai cette désagréable manie quand je séjourne en Espagne d’acheter des revues taurines et je suis le premier à en souffrir. L’auteur y développait l’idée largement resucée pour ne pas écrire pompée sur d’autres que les élevages de taureaux de combat permettaient le maintien d’un écosystème unique qui en lui-même faisait de la corrida une culture.
« Et merde ! », bafouillais-je en relevant nerveusement mon menton d’où chutaient de grosses gouttes de Coca-Cola zéro sans caféine, boisson fétiche des trentenaires bien dans leur peau mais pas trop. Mazette comme je le suis, j’avais réussi à graffiter au coke la tronche qui s’autosuffisait au-dessus de l’article écrit à l’enclume. J’ai remarqué que même la presse taurine s’est adaptée à cette mode ringarde, comme beaucoup de modes il faut le noter, d’accoler la tête des auteurs à côté de leur texte. Comme si l’effroyable vision d’un visage maudit par l’intelligence ou par Dieu allait nous incliner à la pitié. Et je suis même certain sans en avoir la preuve que derrière ces figures se cachent d’insondables souffrances de voir ainsi un bout de soi que l’on méprise (et il y a de quoi pour certains !) étaler de la sorte aux lecteurs. Ne doutons pas d’ailleurs que ces lecteurs se comportent ici de la manière que devant le pan de mur qui leur sert de télévision : ils se moquent, ils rient, ils insultent, ils jouissent des difformités et/ou des lacunes de personnes lambdas qui passent leur temps au bord d’une piscine à attendre d’être "éliminés". Ils se moquent, ils rient, ils insultent et ils jouissent sans s’apercevoir que les prochains seront eux.
Le Coca-Cola zéro sans caféine essuyé, il ne restait rien, je me perdais à nouveau dans la lecture de cet énième texte exhortant l’aficionado à comprendre qu’il fallait sauver la corrida car elle était une culture. Pfff...
— Chéri, c’est 19 heures, on va se balader ?
Je ne répondais rien d’audible. Je me levais. Je prenais ma femme dans mes bras. Je la remerciais de me sauver de mes manies. Je l’embrassais.
19 heures, débutait la journée.
J’ai aimé Séville dès le premier instant. Je continue de l’aimer même si j’ai conscience de ne la connaître que de loin. La première fois que j’ai vu Séville, après le panneau donc, depuis la vitre de la voiture, il faisait déjà chaud mais moins qu’aujourd’hui. C’était le joli mois de mars qui s’achevait emportant avec lui les effluves de fleurs d’orangers. Les terrains vagues du nord de la ville ne battaient pas encore la poussière, je cherchais la direction du centre. J’ai toujours eu du mal avec la logique des panneaux de signalisation espagnols. À un feu orange, on a ralenti. Sur le bord de la route jouaient des enfants sales et remuants, leurs bras s’agitaient au-dessus de leur tête comme s’il se fût agi de chasseurs de mouches ou d’insectes furieux, ils riaient tous. Derrière eux, sur la terre battue, entre deux immeubles moribonds, les adultes chantaient, les femmes tendaient leur cul dans des moues de dédain. L’image est restée mais comme filée. « C’était Séville », me suis-je dit, ça aurait fait une sacrée photo.
Je marche avec Loulou sur les épaules dans une rue parallèle à la calle Sierpes. On vient de croiser un type peint en vert, immobile et qui fait peur aux gosses. Je m’écarte sans rien regarder de précis. J’observe des regards, eux détaillent Loulou. Les gens marchent à leur train, la rue est à eux de nouveau. J’ai envie d’une tige mais je me retiens. Ça me rend fier de me retenir parfois. Un Christ pleure derrière une vitrine, une vierge soulage sa peine. Loulou voudrait savoir pourquoi il pleure le monsieur. Il doit avoir mal je lui dis. Je le pense. En lui répondant que Jésus souffre, je m’étonne de cette vitrine. Toute la religion catholique est là, sauf le pape qui sera à Madrid bientôt, en une mise en scène pastel et clinquante à la limite du génie. Jésus pleure, Marie est bleue et ronde comme la terre, les vierges de Séville sont parées pour le bal des débutantes. Qui achète ici ? Et quoi ? Étrangement j’ai espéré que cette boutique ne disparaisse pas dans l’anonymat de devantures internationales dans lesquelles j’avais pénétré à Lisbonne, Paris, Barcelone ou Madrid. « Por favor, los libros de tauromaquia ? — Aquí y hay mucho. »
Mucho, mucho de livres de corrida. Je n’ai pas pu m’en empêcher. Après le rayonnage du Corte Inglés, je détaille celui de la Casa del Libro, agenouillé, tout entier à ma concentration. Il y a une climatisation ici aussi. Je savoure... la climatisation pas les titres. "José Tomás", "José Tomás", "José Tomás", "José Tomás", "Manzanares", "Perera", "Ponce", Cómo ver una corrida de toros, "Ma vie amoureuse avec un torero raté", "J’ai été un torero raté", "Mon chien se prend pour un toro", "Recettes pour soir de féria", "La corrida pour les nuls", "Gueules de bois, têtes de cons, portraits en noir et blanc d’une cuadrilla", "El Gallo avait un gros nez", Tierras Taurinas, etc. J’ai lu tous les titres. Tous ! J’ai extrait du rayon le seul qui ne me rappelait pas le visage sur lequel j’avais bavé du Coca zéro sans caféine. Je l’ai acheté. Je n’ai pas réfléchi. Dix-huit euros. Je me dis que je l’ai sauvé peut-être. Que grâce à moi il a survécu à un naufrage, qu’il ne sera plus jamais seul ou triste. Je me dis que j’ai bien fait. Veinte toros de Martínez, Luis Fernández Salcedo.
Les toros sont une culture !
En sortant, j’ai téléphoné à Luis Cuadri. C’était la bonne heure pour appeler Luis. Il m’a répondu d’ailleurs. On a discuté un petit moment, il a beaucoup parlé en vérité, moi peu, pour ainsi dire pas. « Alors, à quelle heure demain ?, s’enquiert ma femme qui redoutait déjà l’heure à laquelle il faudrait programmer le réveil. — Je sais pas. J’ai rien compris ! »
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05 mai 2011
Heureusement, les blogs
Heureusement, les blogs, si décriés, si méprisés par ceux qui voudraient bien qu’on les laissât sucer tranquille ; les blogs ont pris le relais d’une presse aux ordres, vendue, et sans critères. Les blogs, seule et unique source de liberté d’expression et de contestation : comment ne pas s'en féliciter aujourd'hui ?
Il faut dire que les blogs n’ont rien à vendre, rien à quémander.
Parmi tout ce que j’ai pu lire, je vous engage à aller chez Casta y Bravura pour y découvrir le texte d'un aficionado sévillan, abonné de la Maestranza. Pour ceux qui ne lisent pas le castillan, vous en trouverez ci-après une traduction que je qualifierai de "libre".
Il faut dire que les blogs n’ont rien à vendre, rien à quémander.
Parmi tout ce que j’ai pu lire, je vous engage à aller chez Casta y Bravura pour y découvrir le texte d'un aficionado sévillan, abonné de la Maestranza. Pour ceux qui ne lisent pas le castillan, vous en trouverez ci-après une traduction que je qualifierai de "libre".
Séville...
J’écris depuis Séville, avec une peine qui étouffe tous mes espoirs, mes espoirs mis sur une arène, la Real Maestranza de Caballería de Sevilla que je fus capable de défendre a capa y espada (de toutes mes forces) comme l’édifice le plus parfait et le plus sérieux où les taurins organisent des corridas de toros ; Séville qui fut pour moi et pour beaucoup l’unique arène où l’aficionado était roi, l’aficionado réfléchi et expérimenté, l’aficionado qui comprenait chacun des détails de la lidia et analysait les mille facettes d’une après-midi de toros.
J’écris depuis Séville, avec une peine qui étouffe tous mes espoirs, mes espoirs mis sur une arène, la Real Maestranza de Caballería de Sevilla que je fus capable de défendre a capa y espada (de toutes mes forces) comme l’édifice le plus parfait et le plus sérieux où les taurins organisent des corridas de toros ; Séville qui fut pour moi et pour beaucoup l’unique arène où l’aficionado était roi, l’aficionado réfléchi et expérimenté, l’aficionado qui comprenait chacun des détails de la lidia et analysait les mille facettes d’une après-midi de toros.
L’aficionado majuscule, celui qui était capable de se gagner le qualificatif maximal, celui de RESPECTABLE. L’aficionado de Séville fut capable de remettre à leur place de nombreux toreros, de nombreuses époques, sans être vulgaire, sans crier, juste quelques sifflets ; c’était juste son silence, ce silence indifférent, sévillan, qui marquait au fer le moral des toreros.
L’aficionado de Séville a été mon idéal d’aficionado a los toros, le mien et celui de nombreux autres, la référence en matière d’éducation taurine.
Un jour de toros à Séville, tout était sérieux, depuis le paseíllo jusqu’au travail des mules ; tout était un mélange parfait de règles, lithurgie, duende et beauté. Ce jour-là, le toro était bien présenté, sérieux, bas et harmonieux, mais sérieux.
Un jour de toros à Séville, nous profitions du toreo comme dans aucun autre lieu au monde, sous le regard de personnes d’âge certain qui, sans avoir Internet, étaient aussi critiques que les blogs d’aujourd’hui ; ces personnes qui avaient vécu dans leur chair ces faenas historiques de Pepe Luis ou du Pharaon, et que pas grand-chose pouvait surprendre ; ces personnes capables de remettre un torero à sa place simplement en se taisant et faisant silence.
Aujourd’hui, comme je l’ai dit, mes espérances taurines sont détruites, ces piliers où s’est fomentée mon afición ont été démolis, et ma dignité d’aficionado foulée aux pieds. L’aficionado sérieux de la Maestranza est mort de vieillesse ; ces personnes âgées, avec lesquelles j’ai été élevé sur les gradins du coso del Baratillo, sont toutes désormais centenaires, et il en reste peu. Elles sont mortes comme est mort Diodoro Canorea, le dernier imprésario à la hauteur de l’arène la plus importante et la plus élégante de la planète taurine.
Aujourd’hui, les gradins de la Mastranza sont remplis d’un public qui n’a rien à voir avec celui d’hier, un public qui n’a pas le moindre respect ni pour l’histoire de ce lieu où il vient s’asseoir ni pour la Fiesta en général. C’est un public festif, peu éduqué en matière taurine, qui va aux toros en moyenne une ou deux fois par an et qui veut à tout prix que l’après-midi soit la plus historique des historiques ; un public qui ne me respecte pas, et ne respecte pas celui qui paye son abonnement ; un public « applaudisseur » et désireux d’oreilles ; un public qui n’a pas de honte à faire sortir El Juli en triomphe de manière tout à fait superficielle et gracier le premier toro de l’histoire de Séville ; un public qui se croit souverain sans avoir rien démontré.
Tout, cependant, n’est pas la faute du public, qui paye son entrée et soutient la Fiesta, voit et perçoit ce que l’imprésario veut montrer, ces imprésarios de Séville qui sont à moitié cachés ces jours de farolillos, eux qui font que le spectacle à Séville est depuis plusieurs années une sorte de pantomime superficielle sur la plus belle des scènes qu’est la Real Maestranza.
A Séville, nous n’en pouvons plus du toro harmonieux, des novilladas de Victorino en « Santa Coloma » et des toros de l’encaste Domecq. A Séville, nous voulons le TORO de Madrid, le TORO de Bilbao, le TORO en un mot.
Cela fait maintenant trop longtemps qu’ils nous trompent avec l’histoire du toro sévillan.
Les présidents et les équipes responsables sont l’autre grand problème de ce triangle vicieux dans lequel est entrée l’arène de Séville, car ils ne sont pas capables de contenir les « foules » lorsqu’elles demandent une grâce d’arène portative dans la Maestranza.
Quel est leur rôle ? Pourquoi des hommes dont le rôle est d’avoir des critères octroient des oreilles sans aucune valeur ?
Enfin, une série d’événements font que le fond est proche et mouvant et qu’en sortir sera compliqué.
Y a-t-il une solution ? Je crois que oui : un changement de direction, un changement de toro, investir pour former les aficionados, un changement de présidents… Des mesures pour palier au désastre, bien que le mal soit déjà profond. J’espère que ce n’est pas irréversible.
En ce qui me concerne, j’en finis avec mon abonnement, bien, je ne suis pas incohérent, je n’arrête pas, je l’offre à des amis, des familiers. Je ne le renouvellerai pas tant que les choses n'auront pas changées, et je tuerai ma nostalgie de Séville en allant voir ces corridas, l’été, avec un cinquième d’arène ; ces corridas sans glamour où vont peu de gens, mais où ces quelques personnes constituent le vieux réduit de ce que fut un jour Séville. Une arène qui représentait une manière bien à elle de comprendre la Fiesta unissant respect, exigence et élégance : la manière idéale pour apprécier le toreo.
Trincherazo_Sevillano
Trincherazo_Sevillano
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04 mai 2011
Indulto, la goutte d’eau...
L’Afición a los toros l’attendait, le guettait, le devinait derrière chaque cartel. Oh ! bien sûr, cette attente n’était pas empreinte d’impatience ! Ce moment était redouté comme la corde tenant le couperet lâché par la main du bourreau sur l’échafaud.
Séville est tombée. La faute à un mouchoir orange, tenu par un président sans critères, le 30 avril 2011. Que, du quatuor des plus importantes plazas d’Espagne, Séville tombe la première n’étonnera personne. Séville, la « torériste » de toujours, n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis longtemps. Il y a de cela 10 ans (jusqu’en 2000), l’afición sévillane était encore capable de se retrouver entre elle, el día de resaca, pour applaudir les charges sur les picadors des toros de María Luisa Domínguez y Pérez de Vargas (le pur Pedrajas de Guardiola). L’Afición sévillane est devenue comme les autres publics d’Andalousie ou d’Espagne. Aguichante, facile, putassière et, surtout, infidèle à ses aux fondements du toro brave (je n’ai pas dit noble) : telle est la Maestranza.
Barcelone était tombée au combat en première ligne ; mais quel était le poids de la Monumental dans cette guerre ?
Aujourd’hui, il ne reste plus que Bilbao, Madrid et Pamplona pour faire de la résistance. Jusqu'à quand ?
Au vu des vueltas accordées ces dernières années dans ces plazas, on peut dire, sans jouer les devins, que le ver est dans le fruit. Les batailles ont commencé dans une guerre perdue d’avance. Directeurs d’arènes, apoderados, toreros, novilleros, éléveurs, présidents de course, tout le monde est dans le moule de la pensée unique du toro de troisième tiers. S’il ne met pas la tête, c’est un « hijo de puta ». Leur analyse peut facilement se résumer à cela. De quoi foutre la gerbe !
Le public qui remplit les arènes n’est pas aficionado. Il ne connaît rien du règlement, encore moins des toros, car personne ne les lui a enseignés. Il est juste là pour consommer, passer un bon moment, en avoir pour son argent et éventuellement raconter que la corrida était extraordinaire avec un nombre incroyable d’oreilles coupées, d’indultos...
C’est vrai en Espagne mais aussi en France, sauf que nous n’avons, chez nous, aucune arène de première catégorie, ni aucune arène d’importance sur l’échiquier taurin. Ce qui s’y est passé est donc moindre mal. Aucun des indultos distribués en France depuis 15 ans n’étaient réglementaires. Soit il s’agissait de novillo et, dans ce cas, il n’a pas lieu d’exister, ou de toros incomplets car TOUS banals dans les premier et second tiers. Je rappellerai juste que pour atteindre le graal de la grâce, le toro se doit d’être exceptionnel dans TOUS les tiers. Piquer 2 fois un toro est réglementaire mais pas exceptionnel. Messieurs les présidents, à vos règlements taurins !!!
Le grand chambardement du premier tiers que veut orchestrer la France est louable. Mettre des moyens pour sauver cette relique de premier tiers, dont la mort est chaque jour un peu plus annoncée : amis aficionados, standing ovation !
Mais attention, à trop regarder l’arbre qui cache la forêt, on en oublie la forêt.
Le fond du problème est que les toros n’ont pas suffisamment de force pour être piqués et qu’il peuvent, dans 90% des cas, être toréés sans passer par le picador.
Jean Pedro Domecq, il y a peu, renvoyait la balle dans le camp de l’Afición en disant : « Si les aficionados veulent sauver le tercio de varas, qu’ils se battent : il faut un cheval plus léger, une pique moins meurtrière et un peto plus souple... » Bien sûr, le journaliste de service, et au service, ne lui a pas soufflé qu’il manquerait malgré tout l’ingrédient majeur de la sauce : un toro avec de la force ; chose que M. Domecq s’était employé à retirer de son élevage depuis des années.
Pourquoi s’obstiner à sauver ce premier tiers alors même que fort rares sont les présidents ayant le courage de refuser aux toreros un changement de tiers lorsqu’un toro mérite une puya supplémentaire ?
Paradoxalement, lorsque l’on sort des arènes de Céret, Vic, Parentis, Carcassonne (jusqu’en 2010), Cenicientos, etc., les questions existentielles sur la pique et le premier tiers ne se posent pas de la même façon.
Les toros ont de la force et doivent être piqués. Dans ces arènes, la longueur des piques n’a jamais tué un toro sauf si le torero et sa cuadrilla, morts de trouille et animés d'intentions à tendance destruction massive, préméditent un « assassinat » en règle.
Pour revenir au sujet de départ, si la France doit servir d’exemple afin d’enrayer cette hémorragie d’indultite aiguë, trois points à changer s’imposent aujourd’hui dans le règlement :
— la faena de muleta à rallonge, où les toreros ne rentrent dans le vif du sujet qu’au bout de 20-30 passes, doit être réduite. Le premier avis pourrait être sonné à 7 minutes au lieu des 10 actuels ;
— les trophées pour sortir par les Grande porte devraient être au minimum de 3. Madrid avait durci sa politique en matière de trophées, donc de Grande porte, après la scandaleuse queue coupée, par Palomo Linares en 1972, à 'Cigarrón' d’Atanasio Fernández ;
— les trophées accordés sur un toro indulté ne rentreraient pas en compte pour la sortie par la Grande porte, et les trophées symboliques pourraient être supprimés (donc non comptabilisés dans les statistiques).
Les toreros qui veulent couper des oreilles devraient entrer a matar et écourter leur démonstration du nombre de passes. L’« effet Témesta » sur l’ire populaire des bobos en manque de sensationnel serait radical. Car, au fond, ce public s’intéresse bien plus au triomphalisme et au superflu qu’à la grâce du toro et à ses qualités de combattant.
Tout ceci conjugué limiterait les excès que nous vivons aujourd’hui ; excès qui ont pour seul effet de banaliser une chose magnifique, donc rare, lorsqu’elle est méritée : l’indulto.
Laurent Giner
Gueule de bois
Indulto à Séville ! Hein ? Boh, tu déconnes ! Merde, ça sonne... Oh putain, indulto à Séville ! Les cons ! Ils l'ont fait... Vous reprenez une mousse ? Oui ? O.K., garçon ! Trois demis, s'il vous plaît ! C'est Jean qui te l'a dit ? C'est François ? Il y était ? Dis-moi, qu'est ce qu'il t'a raconté ?« Public débile... pas de pique, querencia, et puis une noblesse tout azimut et un moteur de Benz qui s'arrêtait jamais... Manzanita est un branleur... ça tombe... Séville en délire, le ciel s'est fendu en deux, la Giralda a tremblé, les hommes pleuraient et les femmes étaient nues... »
Pffffffffff... Séville...
Ah, tiens, message de Joséphine... Alors ? Elle dit que c'est merveilleux... c'est Joséphine. Ah bon ? Joséphine, Manzanares, Séville... tu comprends, quoi...
Un demi ? Toi aussi ? O.K., ben trois demis alors... Je peux te prendre une clope ? Merci, c'est cool... Putain, Séville... ça nous collait au blaire... c'est clair ! On racle... Non mais attendez, si ça se trouve, ce toro était très bon ! Si ça se trouve... ouais, mais faut quand même pas nous prendre pour des faisans dans une réserve de chasse ! La musique, on la connaît... toujours pareil... tu mets la pièce et ça galope comme un con, et ça tourne en rond... comme un con... Après ça, sûr que le peuple en redemande, du Cuvillo, du Garcigrande ou du Domingo Hernández... les mêmes... toujours.
Tiens, je vous présente Mariana... et Charles... des amis. Ça va ? Ouais ? Bien. Nous, ça va aussi... mais, on tire un peu la tronche... Un toro a été gracié à Séville... et on est moyen chaud pour l'enthousiasme... carrément perplexe, en fait... c'est un peu long à t'expliquer mais je te la fais « short » : des toros collabos et des toreros « pa caralhooo », chacun joue sa partoche, et généralement ça passe comme une blague de Carlos aux Grosses Têtes... et quand le public se met comme une bouilloire avant même le paseo, alors tu peux faire péter la soupape... et Séville a fait péter la soupape... une plaza de première... plaza historique... Plaza de Toros de Sevilla... la Real Maestranza de Caballería de Sevilla... Vous buvez quelque chose ? demi ? Ouais... O.K., cinq demis alors, s'il vous plaît... Tiens, file-moi ton feu, s'te plaît... merci... De toute façon, on n'ira plus à Séville, niet ! Mais quand même, ça fait chier... Séville, c'est Séville, quoi... Ce soir, Calle Betis, ils vont fêter ça, comme des cons de Sévillans qu'ils sont... J'te jure, ils sont trop cons... Ça faisait un bail que ça menaçait... et puis, là, pof ! Comme une bouse dans un pré... Demi, demi, demi ? Gin To' ? Tu passes au lourd, Charly ? Bon, très bien, quatre demis et un Gin To', s'il vous plaît... T'as vu, y a plein de gonzesses, aujourd'hui... Ben ouais, le printemps, mec... le printemps... Je me souviens de cette course de Victorino, avec Morante... Ah, quel mierdón ! Et tous ces bouffons, là, qui exultaient comme des veaux dès que l'Andalou clignait des yeux... Boh, quelle connerie... Tu vois, c'est pas d'hier que Séville part en vrille... Ils sont devenus dingues... S'il vous plaît, quatre demis et un Gin To'... On va chez David ? C'est un troquet tout prêt d'ici... Ça vous dit ? Ouais, bon mec, on le connaît... Sérieux, et passionné... On y becte pas mal, et c'est toujours sympa à l'heure du petit jaune...
...
L'est pas là le taulier ? Non ? En vacances ? Quel con... Bon, puisque c'est comme ça, mets-nous un bon petit rouge qui va bien... et puis une saucisse d'Ardèche... heu, deux saucisses d'Ardèche... merci. Alors ? Ça vous plaît ? Ouais, le rouge est bon... et la saucisse ? Bonne aussi, hein ? Je vous l'avais dit... sérieux et passionné, le type. Regarde, c'est plein à péter. Quand tu penses qu'y a un an, quand il a ouvert, on était trois au zinc... Ah tiens, un SMS... Ouais, je sais... indulto à Séville.... je sais, je sais... qu'ils aillent se faire foutre, tiens ! Et Madrid ? Vous y allez ? Moi, cette année, ça va être raide... pas d'Arles, pas d'Séville... et puis Madrid... bof, bof... M'enfin, c'est Madrid... comme Séville, même si c'est pour prendre un timbre à l'Arenal ou au Picadero, c'est toujours plaisant... bien qu'on y laisse les deux bras, c'est vrai... enfin là, Séville, pour moi, ça sent la marée... On reprend une quille ? O.K., Fabrice, une bouteille de rouge j'te prie... Oui, le même, il est bon... merci. Et Manzanares ? Il a été comment ? Bien, très bien ? Ah quand même... mais faut pas déconner ! On a touché le fond... à Séville... Les piques ??? Tu demandes pour les piques ? Núñez del Cuvillo ??? Enfin, Charly, t'es pas sérieux, là... Mon billet que t'auras eu un puyacito, et puis basta... Rêve pas, mon vieux... ces toros-là t'explosent pas une cavalerie comme on fait péter une villa en Corse ! Tu parles ! Des piques à Séville ! Boh boh boh, oublie les piques mon vieux... Ça détend pas une foule de sevillitas en costard vert pomme, ça. Non, aujourd'hui, tu indultes un toro s'il a pris ses quarante-cinq séries de muletazos sans broncher, la gueule en bas en faisant le Boeing... Mais pour ça, il faut qu'il soit toréé par un bon... et les bons, y'en a pas comme des lardons dans un plat de carbonara ! Et puis surtout, les bons, ils préfèrent les peluches pour se lisser le boulot... en optant pour des toutous de vieille, plutôt que des grands pas drôles, mauvais comme des hépatites. Logique. Dis, commande une dernière frangine de rouge pendant que je vais pisser... et un Gin To', s'te plaît... merci.
...
Et ouais, c'est bien ça, le bouzin... Les papas, ça inspire pas les minots, et c'est pas nouveau... Faut que ce soit mignon et bien poli, que ça dise bonjour à la dame et que ça lui tienne la porte... Alors, bon, t'as compris... c'est cuit, mon vieux ! Tiens, tant que t'y es, verse-moi un godet, j'te prie... Tu restes au Gin To' ? Ça vous dit qu'on sorte s'en griller une ? Ouais, donc, tout ça, je sais pas bien où ça va nous mener, là... Indulto à Séville, O.K., et après ? Ben après, la terre tournera encore, je crois, mais bon, en ce qui nous concerne, Séville a merdé... définitivement... et quelque chose a cassé... une page est tournée... et ça, ça fait un peu mal au cul, quand même... T'inquiète, le Moun aura le sien tout pareil... depuis le temps qu'ils le veulent ! Alors, quoi ? On jette l'éponge ? Je rentre, j'ai froid... L'addition, s'te plaît... On partage ? Non, pas toi, t'as déjà payé tout à l'heure... On va chez Céleste ? Vous allez aimer...
...
Salut Céleste ! Tudo bom ? Tu nous mets une carafe de rouge, s'te plaît ? Attends, attends... caïpis... vous voulez des caïpirinhas ? O.K., alors six caïpirinhas, s'te plaît... on prendra le rouge après... Y a de l'ambiance, chez toi... Bon, ben les gars, à la vôtre, et l'enfer aux autres... Me tarde de voir ce qu'on va lire comme conneries là-dessus... parce que de deux choses l'une, soit ce putain de bestiau se l'est réellement donné, soit on s'est foutu dans la nasse tout seul, comme des muges... Elle est bonne, la caïpi, vous trouvez pas ?
Après ça, Madrid, Pamplona, Bilbao ? Froid dans le dos... Ça nous fait de drôles de gueules, tout de même... On a l'air de quoi, là ? Ça va faire plaisir aux antis qui vont arrêter de nous les briser cinq minutes, et c'est pas si mal, au fond... et l'OCT ? Qu'est ce qu'il va dire, l'OCT ? Parce que maintenant que la corrida est classée "joyau de la couronne", peut-être qu'il va falloir s'activer le derche pour trouver enfin la panne, la vraie ! Parce que y a de la casse, là !... Céleste ! Six autres caïpis, s'te plaît ! Saùde pra vocês, amigos ! Je vous avoue que je me sens con comme un épagneul, ce soir... Je sais pas trop quoi penser de ce merdier... Fais gaffe, c'est des mentholées ! Tu veux du feu ? Qu'est-ce qui va se passer après ? Oui, parce que je veux croire que ça va secouer un peu, là, quand même... C'est sûr, les choses vont changer... enfin, ça va faire jaqueter dans les maisons Bouygues, cette histoire... Indulto à Séville... tu parles que la saison commence bien ! On n'a pas fini de breuguer ! La porte ouverte à toutes les fenêtres, j'vous dis... On est cuit... Dis donc, y a que des gonzesses ici ! Et des blondes, en plus... Tiens, je me ferais bien une petite goutte, pas toi ? Du rouge ? Tu veux du rouge ? O.K., alors, une carafe de rouge s'te plaît ! Et puis, finalement, on s'en fout... Indulto à Séville... après tout, ON S'EN FOUT... Y a rien dans cette carafe, elle est déjà morte... Céleeeeeste !!!!!! Remets-nous six caïpis et une carafe de rouge ! À la vôtre ! et à ce putain de bestiau qui aurait dû crever et qu'est toujours là ! Coup de bol pour sa trogne, l'enfoiré ! Merde ! J'ai laissé tomber le verre ! Ah ! putain de b... de m... d'... d'sa r... m... de f... de p... !!!! J'en ai plein les godasses ! Bon, ben, ch'uis obligé d'en reprendre un ! Je hais Séville... C'est tous des cons ! Allez, à la vôtre les gars ! Céleeeeeeeeeste !!!...
...
Bip... Bip... Bip... 8:00 du mat. Sous mon cuir chevelu, la bateria da escola do Samba da Mangueira... Dur, très dur. Plein, très plein. France Inter... On a tué Ben Laden, Karla ! Ils ont tué Ben Laden... Oh putain ! Karlaaaaaaaaaa ! Ils ont tué Ben laden ! Si si, j'te jure... Ils l'ont flingué, tandis qu'à Séville ils ont gracié un toro ! L'un est mort, l'autre vit... Là-bas, le délire yankee ; ici, la folie andalouse... Au milieu, le Bonheur du Peuple... Ben Laden est mort ; 'Arrojado' est vivant ! Et maintenant ?
Libellés :
Ben Laden,
Indulto,
Jérôme 'El Batacazo' Pradet,
Sevilla 2011
02 mai 2011
Yes they did
Vendredi matin, à la Maison Blanche, moquette bleu nuit et profonde. Budweiser au frais et pieds sur la table basse. Sur l'écran plat défilent des chapeaux bizarres, Elton John, son copain, Victoria Beckham, son copain... Et Pippa dans sa robe blanche. Elle a un copain, Pippa ? — Mister President ?
— Quoi ? Attends, là je suis en train de mater le boule de Pippa au mariage du grand dadais... Oh my god ! Look at this gorgeous ass !!
— Yes, sorry... but if I may... C'est pretty important !
— ¡Joder! pour une blanche, elle envoie. On aurait du mal à caser une seule cuisse de Michelle dans sa petite robe satinée, mais on en ferait bien son quatre heure de cette skinny bitch !! Oh yeaaah !
— Mister President... I'm proud to let you know that we got him !
— What's that ? Who ?!! Claude Puel finally ?!!
— Bin Laden, Mister President... Usama Bin Laden, il est au Pakistan, il se la roule doucement dans une villa à 50 kilomètres d'Islamabad, tranquille comme un Manzanita en Andalousie. On attend vos ordres pour intervenir.
— Ah... Finally... Son of a Bitch ! Let's kick his ass... ! Allons lui coller une bastos dans le p'tit pour nous apprendre à nous chier dans les bottes ! On l'empaille et on le colle à la place de la tête de 'Desgarbado' dans le salon ovale.
— But, 'Desgarbado' is alive... il est vivant !
— Ah yes, Fuck him too !! Anyway... On fait quoi alors ?
— We must act quickly... Faire les choses très très vite !
— OK guys, aujourd'hui on peut pas, Pippa's on TV ! Dimanche, ils déterrent le Polonais au Vatican donc forget it... Oh my God, c'est chargé comme semaine ! On peaufine ça et on se le fait sous huitaine ? Je voudrais en coller encore un peu dans la mouille de ce connard de Donald Trump pendant quelques jours.
— No we can't wait Mister President... Il n'y a pas que ça... We got more : il est en partance pour Séville.
— Séville au Portugal ?
— Presque... en Espagne Mister President.
— So Fuckin' what ? We'll kill him there, on ira le buter dans sa putain de Giralda ! Et on le débite en tapas et on se la colle au fino pour fêter ça. Toda la noche façon Batacazo et son orchestre brésilien !
— Il n'y a pas que ça... Mister President. Selon nos informations, il se prépare quelque chose à Séville, on sait pas encore quoi exactement, mais apparemment, on est sur le point de ne plus guère pouvoir tuer là-bas. And as soon as demain, samedi.
— WTF ?!! C'est quoi cette histoire ? No we can't ?
— On sait pas trop so far, une rumeur, une folie, un buzz... Ça part sérieusement en quenouille là-bas. J'ai entendu parler de grâce, de toros qui pourraient rentrer vivants aux corrales et couilles molles de série. Bref... C'est bon sentiment et guimauve à tous les étages, de l'exceptionnel dans le quotidien, la jambe contraire en arrière et le délire toro gentil... That kind of bullshit !
— Et de la margarine dans l'ibérico aussi ?! Fuckin' Sevillanos... Sont vraiment dégénérés ceux-là ! Ils font les malins avec leurs costumes pastels, leurs cheveux à l'huile et leurs ceintures tressées, mais ils ont pas vu un "bull" comme celui de Manhattan dans toute leur vie, les Señoritos ! Et les rats qui sortent dans leur "Masteranza", c'est pas a shame déjà ?! and now they don't even kill 'em ??! How dare they ?!! Can they, really ?
— Yes they can, Mister President... if Bin Laden arrive à Séville... We're fucked, on le dézinguera jamais. Avec ou sans picotazo andalou, même avec la langue pendante et la barbe en berne, le cul aux planches, ils sont foutus de l'épargner pour peu qu'il soit sympa avec le premier bullfighter beau gosse venu.
— All right, let's get him in Pakistan avant qu'il ne soit trop tard... Ohhh Pippa, Pippa ! You're so hot, baby !
Libellés :
Barack Obama,
Ben Laden,
Frédéric 'Tendido69' Bartholin,
Indulto,
Mariconadas,
Sevilla 2011
01 mai 2011
El cuerpo malo
J’ai lu ce matin que, peut-être, ce jour-là serait celui où tout a basculé. Je pense qu’il y a longtemps que tout a basculé, doucement. Là, c’est juste que ça s’accélère.
Ce matin, j’en ai reçu un dernier, celui d’un ami andalou :
« François,
Tengo el cuerpo malo por lo que ha pasado esta tarde en la Maestranza... Un toro que escarbó, que no peleó nada en el caballo, que se fue a refugiar en la querencia de los chiqueros, que tuvieron que banderillear en querencia, que terminó con el culo pegado en las tablas de los chiqueros... ¡Se haya indultado!
Díos mío, esta claro: el toro que triunfa es el manso sin casta, porque permite el triunfo del matador. »
Soit : "François,
Soit : "François,
J’ai la nausée de ce qui s’est passé cette après-midi à la Maestranza... Un toro qui a gratté, qui n’a absolument pas combattu au cheval, qui s’est réfugié dans la querencia du toril, qu’ils ont dû banderiller en querencia, qui a terminé le cul collé aux planches du toril... Et ils l’ont gracié !
Mon dieu, c’est clair : le toro qui triomphe est le manso sans caste, car il permet le triomphe du matador."
En trois lignes tout est dit. Circulez, y a rien à voir. D'ailleurs ce matin, dans l'ABC, on pouvait lire : "Si hay alguien que ponga en duda que lo vivido ayer en la Maestranza es discutible, mejor que se dedique a otra cosa."
Soit : "Si quelqu'un considère ce qui s'est passé hier à la Maestranza comme quelque chose de discutable, il vaut mieux qu'il aille s'occuper d'autre chose."
PS Un lien pertinent : "Un indulto con mucho cuento". Pour celles et ceux qui ne seraient pas encore au courant, hier, à Séville, José Maria Manzanares a gracié un toro manso de Núñez del Cuvillo.
Soit : "Si quelqu'un considère ce qui s'est passé hier à la Maestranza comme quelque chose de discutable, il vaut mieux qu'il aille s'occuper d'autre chose."
PS Un lien pertinent : "Un indulto con mucho cuento". Pour celles et ceux qui ne seraient pas encore au courant, hier, à Séville, José Maria Manzanares a gracié un toro manso de Núñez del Cuvillo.
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