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05 mai 2011

Heureusement, les blogs


Après la grâce du Cuvillito par Manzanita, qui restera sans doute une date clef dans la constatation de la décadence de la Fiesta, on peut dire aujourd'hui qu'il aurait été très difficile de se faire une idée assez juste de ce qui s'est passé en lisant uniquement la presse officielle, plus ou moins autorisée. Nous n’allons pas revenir sur le cirage de pompes général tellement il fut et continue d’être souvent consternant.
Heureusement, les blogs, si décriés, si méprisés par ceux qui voudraient bien qu’on les laissât sucer tranquille ; les blogs ont pris le relais d’une presse aux ordres, vendue, et sans critères. Les blogs, seule et unique source de liberté d’expression et de contestation : comment ne pas s'en féliciter aujourd'hui ?
Il faut dire que les blogs n’ont rien à vendre, rien à quémander.
Parmi tout ce que j’ai pu lire, je vous engage à aller chez Casta y Bravura pour y découvrir le texte d'un aficionado sévillan, abonné de la Maestranza. Pour ceux qui ne lisent pas le castillan, vous en trouverez ci-après une traduction que je qualifierai de "libre".

Séville...
J’écris depuis Séville, avec une peine qui étouffe tous mes espoirs, mes espoirs mis sur une arène, la Real Maestranza de Caballería de Sevilla que je fus capable de défendre a capa y espada (de toutes mes forces) comme l’édifice le plus parfait et le plus sérieux où les taurins organisent des corridas de toros ; Séville qui fut pour moi et pour beaucoup l’unique arène où l’aficionado était roi, l’aficionado réfléchi et expérimenté, l’aficionado qui comprenait chacun des détails de la lidia et analysait les mille facettes d’une après-midi de toros.
L’aficionado majuscule, celui qui était capable de se gagner le qualificatif maximal, celui de RESPECTABLE. L’aficionado de Séville fut capable de remettre à leur place de nombreux toreros, de nombreuses époques, sans être vulgaire, sans crier, juste quelques sifflets ; c’était juste son silence, ce silence indifférent, sévillan, qui marquait au fer le moral des toreros.
L’aficionado de Séville a été mon idéal d’aficionado a los toros, le mien et celui de nombreux autres, la référence en matière d’éducation taurine.
Un jour de toros à Séville, tout était sérieux, depuis le paseíllo jusqu’au travail des mules ; tout était un mélange parfait de règles, lithurgie, duende et beauté. Ce jour-là, le toro était bien présenté, sérieux, bas et harmonieux, mais sérieux.
Un jour de toros à Séville, nous profitions du toreo comme dans aucun autre lieu au monde, sous le regard de personnes d’âge certain qui, sans avoir Internet, étaient aussi critiques que les blogs d’aujourd’hui ; ces personnes qui avaient vécu dans leur chair ces faenas historiques de Pepe Luis ou du Pharaon, et que pas grand-chose pouvait surprendre ; ces personnes capables de remettre un torero à sa place simplement en se taisant et faisant silence.
Aujourd’hui, comme je l’ai dit, mes espérances taurines sont détruites, ces piliers où s’est fomentée mon afición ont été démolis, et ma dignité d’aficionado foulée aux pieds. L’aficionado sérieux de la Maestranza est mort de vieillesse ; ces personnes âgées, avec lesquelles j’ai été élevé sur les gradins du coso del Baratillo, sont toutes désormais centenaires, et il en reste peu. Elles sont mortes comme est mort Diodoro Canorea, le dernier imprésario à la hauteur de l’arène la plus importante et la plus élégante de la planète taurine.
Aujourd’hui, les gradins de la Mastranza sont remplis d’un public qui n’a rien à voir avec celui d’hier, un public qui n’a pas le moindre respect ni pour l’histoire de ce lieu où il vient s’asseoir ni pour la Fiesta en général. C’est un public festif, peu éduqué en matière taurine, qui va aux toros en moyenne une ou deux fois par an et qui veut à tout prix que l’après-midi soit la plus historique des historiques ; un public qui ne me respecte pas, et ne respecte pas celui qui paye son abonnement ; un public « applaudisseur » et désireux d’oreilles ; un public qui n’a pas de honte à faire sortir El Juli en triomphe de manière tout à fait superficielle et gracier le premier toro de l’histoire de Séville ; un public qui se croit souverain sans avoir rien démontré.
Tout, cependant, n’est pas la faute du public, qui paye son entrée et soutient la Fiesta, voit et perçoit ce que l’imprésario veut montrer, ces imprésarios de Séville qui sont à moitié cachés ces jours de farolillos, eux qui font que le spectacle à Séville est depuis plusieurs années une sorte de pantomime superficielle sur la plus belle des scènes qu’est la Real Maestranza.

A Séville, nous n’en pouvons plus du toro harmonieux, des novilladas de Victorino en « Santa Coloma » et des toros de l’encaste Domecq. A Séville, nous voulons le TORO de Madrid, le TORO de Bilbao, le TORO en un mot.

Cela fait maintenant trop longtemps qu’ils nous trompent avec l’histoire du toro sévillan.
Les présidents et les équipes responsables sont l’autre grand problème de ce triangle vicieux dans lequel est entrée l’arène de Séville, car ils ne sont pas capables de contenir les « foules » lorsqu’elles demandent une grâce d’arène portative dans la Maestranza.

Quel est leur rôle ? Pourquoi des hommes dont le rôle est d’avoir des critères octroient des oreilles sans aucune valeur ?

Enfin, une série d’événements font que le fond est proche et mouvant et qu’en sortir sera compliqué.
Y a-t-il une solution ? Je crois que oui : un changement de direction, un changement de toro, investir pour former les aficionados, un changement de présidents… Des mesures pour palier au désastre, bien que le mal soit déjà profond. J’espère que ce n’est pas irréversible.
En ce qui me concerne, j’en finis avec mon abonnement, bien, je ne suis pas incohérent, je n’arrête pas, je l’offre à des amis, des familiers. Je ne le renouvellerai pas tant que les choses n'auront pas changées, et je tuerai ma nostalgie de Séville en allant voir ces corridas, l’été, avec un cinquième d’arène ; ces corridas sans glamour où vont peu de gens, mais où ces quelques personnes constituent le vieux réduit de ce que fut un jour Séville. Une arène qui représentait une manière bien à elle de comprendre la Fiesta unissant respect, exigence et élégance :  la manière idéale pour apprécier le toreo.
Trincherazo_Sevillano

02 mai 2011

Yes they did


Vendredi matin, à la Maison Blanche, moquette bleu nuit et profonde. Budweiser au frais et pieds sur la table basse. Sur l'écran plat défilent des chapeaux bizarres, Elton John, son copain, Victoria Beckham, son copain... Et Pippa dans sa robe blanche. Elle a un copain, Pippa ? 

Mister President ? 
— Quoi ? Attends, là je suis en train de mater le boule de Pippa au mariage du grand dadais... Oh my god ! Look at this gorgeous ass !! 
Yes, sorry... but if I may... C'est pretty important !
¡Joder! pour une blanche, elle envoie. On aurait du mal à caser une seule cuisse de Michelle dans sa petite robe satinée, mais on en ferait bien son quatre heure de cette skinny bitch !! Oh yeaaah !
Mister President... I'm proud to let you know that we got him !
What's that ? Who ?!! Claude Puel finally ?!!
Bin Laden, Mister President... Usama Bin Laden, il est au Pakistan, il se la roule doucement dans une villa à 50 kilomètres d'Islamabad, tranquille comme un Manzanita en Andalousie. On attend vos ordres pour intervenir. 
— Ah... Finally... Son of a Bitch ! Let's kick his ass... ! Allons lui coller une bastos dans le p'tit pour nous apprendre à nous chier dans les bottes ! On l'empaille et on le colle à la place de la tête de 'Desgarbado' dans le salon ovale. 
But, 'Desgarbado' is alive... il est vivant !
Ah yes, Fuck him too !! Anyway... On fait quoi alors ? 
We must act quickly... Faire les choses très très vite ! 
OK guys, aujourd'hui on peut pas, Pippa's on TV ! Dimanche, ils déterrent le Polonais au Vatican donc forget it... Oh my God, c'est chargé comme semaine ! On peaufine ça et on se le fait sous huitaine ? Je voudrais en coller encore un peu dans la mouille de ce connard de Donald Trump pendant quelques jours. 
— No we can't wait Mister President... Il n'y a pas que ça... We got more : il est en partance pour Séville. 
— Séville au Portugal ? 
— Presque... en Espagne Mister President.
So Fuckin' what ? We'll kill him there, on ira le buter dans sa putain de Giralda ! Et on le débite en tapas et on se la colle au fino pour fêter ça. Toda la noche façon Batacazo et son orchestre brésilien !
— Il n'y a pas que ça... Mister President. Selon nos informations, il se prépare quelque chose à Séville, on sait pas encore quoi exactement, mais apparemment, on est sur le point de ne plus guère pouvoir tuer là-bas. And as soon as demain, samedi. 
WTF ?!! C'est quoi cette histoire ? No we can't ?
— On sait pas trop so far, une rumeur, une folie, un buzz... Ça part sérieusement en quenouille là-bas. J'ai entendu parler de grâce, de toros qui pourraient rentrer vivants aux corrales et couilles molles de série. Bref... C'est bon sentiment et guimauve à tous les étages, de l'exceptionnel dans le quotidien, la jambe contraire en arrière et le délire toro gentil... That kind of bullshit !
— Et de la margarine dans l'ibérico aussi ?! Fuckin' Sevillanos... Sont vraiment dégénérés ceux-là ! Ils font les malins avec leurs costumes pastels, leurs cheveux à l'huile et leurs ceintures tressées, mais ils ont pas vu un "bull" comme celui de Manhattan dans toute leur vie, les Señoritos ! Et les rats qui sortent dans leur "Masteranza", c'est pas a shame déjà ?! and now they don't even kill 'em ??! How dare they ?!! Can they, really ?
Yes they can, Mister President... if Bin Laden arrive à Séville... We're fucked, on le dézinguera jamais. Avec ou sans picotazo andalou, même avec la langue pendante et la barbe en berne, le cul aux planches, ils sont foutus de l'épargner pour peu qu'il soit sympa avec le premier bullfighter beau gosse venu.
All right, let's get him in Pakistan avant qu'il ne soit trop tard... Ohhh Pippa, Pippa ! You're so hot, baby !

01 mai 2011

El cuerpo malo


Des SMS, des messages, des mails, des coups de téléphone ; jamais comme hier soir. Ils m’appellent, de là-bas, pour me dire, pour témoigner, pour le partager, comme on partage une tristesse, ou pire, une douleur.
J’ai lu ce matin que, peut-être, ce jour-là serait celui où tout a basculé. Je pense qu’il y a longtemps que tout a basculé, doucement. Là, c’est juste que ça s’accélère.
Ce matin, j’en ai reçu un dernier, celui d’un ami andalou :
« François,
Tengo el cuerpo malo por lo que ha pasado esta tarde en la Maestranza... Un toro que escarbó, que no peleó nada en el caballo, que se fue a refugiar en la querencia de los chiqueros, que tuvieron que banderillear en querencia, que terminó con el culo pegado en las tablas de los chiqueros... ¡Se haya indultado!
Díos mío, esta claro: el toro que triunfa es el manso sin casta, porque permite el triunfo del matador. »

Soit : "François,
J’ai la nausée de ce qui s’est passé cette après-midi à la Maestranza... Un toro qui a gratté, qui n’a absolument pas combattu au cheval, qui s’est réfugié dans la querencia du toril, qu’ils ont dû banderiller en querencia, qui a terminé le cul collé aux planches du toril... Et ils l’ont gracié !
Mon dieu, c’est clair : le toro qui triomphe est le manso sans caste, car il permet le triomphe du matador."

En trois lignes tout est dit. Circulez, y a rien à voir. D'ailleurs ce matin, dans l'ABC, on pouvait lire : "Si hay alguien que ponga en duda que lo vivido ayer en la Maestranza es discutible, mejor que se dedique a otra cosa."

Soit : "Si quelqu'un considère ce qui s'est passé hier à la Maestranza comme quelque chose de discutable, il vaut mieux qu'il aille s'occuper d'autre chose."

PS Un lien pertinent : "Un indulto con mucho cuento". Pour celles et ceux qui ne seraient pas encore au courant, hier, à Séville, José Maria Manzanares a gracié un toro manso de Núñez del Cuvillo.