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16 juillet 2013

Dans Gascon, il y a con, mais pas que


Entre le tournoi de pétanque patati-patata et le concours de pêche à la ligne tagada-tsoin-tsoin, j’apprends au détour de l’info po-po-poh Sud Ouets ts-ts-ts, que quatre toros de Núñez del Cuvillo « Aïe aïe aïe ! Ouille ! Aïe aïe aïe !* » sur six, se sont retrouvés par hasard, ce matin glin-glin, dans les corrals de la préfecture landaise, aux senteurs de féria la-la-la, sans y avoir été invités… « Crac boum huuuuuu* » ! 

On y dit que dame Guenièvre a, d’un coup, pour soulager son courroux, réexpédié sans attendre le convoi et les présents pas souhaités au marchand de bétail peu soigneux dans ses bons de commande, et l’on découvre au passage que deux ou trois noms glorieux et de grande lignée pourraient ainsi avoir convaincu le maquignon de procéder à quelques revirements anodins dans le menu, préférant, aux kilos et aux armes, des camarades plus festifs.

On devine un peu les termes de la rançon et de l’échange, et l’on imagine alors d’autant mieux aisément que dame Guenièvre n’ait que peu goûté au fameux sens de l’humour de nos trois ou quatre compères ibères et de leurs visions des choses plus « sociales », mais on soupire fort à l’idée que ces trois-là aient finalement dû abdiquer et admettre qu’ils auront donc bien à palabrer avec les invités initiaux sinon rien, leurs quatre remplaçants n’étant ni du goût de la baronne ni de celui de ses conseillers, encore moins de celui de ses sujets.

De cette anecdote, il fut entendu que la valeur d’un individu ne se mesure pas seulement aux broderies d’or cousues sur le revers de son veston et, bien que l’on sache déjà qu’il ne se fût agi là que d’un bête malentendu, d’une banale mégarde ou d’un inopportun moment d’inattention, nous nous associons vivement à la démarche des élus locaux et espérons d’ores et déjà que le peuple du fief en question aura pris acte de l’événement, et qu’il saura se souvenir de cette tentative de surpercherie au moment où les trois zozos défileront, de toute leur morgue et de toute leur fierté combattante, sur le sable du champ de bataille landais. 

Et tiens, tant que j’y suis, si cela peut aider ces quelques sagouins à se souvenir que, même si l’on est des couillons de Gascons, on ne l’est pas tant que ça non plus, NOUS VOUS PRENONS AU MOT DE LES ACCUEILLIR EN LEUR TOURNANT LE DOS, SUR L’AIR DE PAN Y TOROS, DEPUIS LES TENDIDOS, LE TEMPS D’UN PASEÍLLO !… Poil au dos !


* Extraits, respectivement, des chansons Les Cactus et Les Play-boys, de Jacques Dutronc. 

20 décembre 2011

Capture d'écran


« On ne peut pas systématiquement récompenser la connerie et espérer que cela demeure sans conséquences. » Carlos Granés

27 novembre 2011

Núñez del Tontillo


Ça vient d’être publié sur Mundochoto.com. Álvaro Núñez Benjumea, «ganadero» et fils de D. Joaquín, non, pas Vidal… et fils de D. Joaquín Núñez del Tontillo, Álvaro Núñez Benjumea, donc, il dit des choses… mais vraiment, des choses… Par exemple : «Los encastes que funcionan, que embisten los siguen matando las figuras: La Quinta, Victorino, Cuadri… Creo que el mercado es más sabio que los aficionados y que están las que ahora mismo deben estar.» Soit : «Les encastes qui "fonctionnent", qui chargent, les figuras continuent des les tuer : La Quinta, Victorino, Cuadri… Je crois que le marché est plus savant que les aficionados…»

Déjà, on est vraiment content d’apprendre que les figuras tuent les corridas de Cuadri. Ensuite, il ne doit pas voir beaucoup de corridas de Cuadri le señor de Núñez del Tontillo… Enfin, dans le cas où les figuras en tueraient, serait-ce réellement un critère qualitatif ? Franchement… Et puis, entre nous, à l’époque de Ruiz Miguel, les Victorino ne devaient pas charger, ou alors très mal.

Mais le pompon, c'est bel et bien ceci : «Je crois que le marché est plus savant que les aficionados…» Autrement dit, laissons Wall Street et les agences de notation diriger la planète. Ben voyons ! Indignez-vous ! Non mais, pour de vrai, indignez-vous ! Vraiment !

Je sais, je sais… Les «Oui-Oui à la plage de la planète taurine» ne manqueront pas de dire que nous prétendons avoir la science infuse à oser contester pareils propos. Qu’importe. Les «Oui-Oui à la plage de la planète taurine» ne sont que des «collabos», de vils «collabos» du mundillo. Pas plus. Ça ne pisse pas bien loin et ce sont déjà trois lignes de trop.

Et il continue le fils Núñez del Tontillo : «Je crois qu’un toro doit peser moins de 500 kg.» Bon, là c’est certain, le fils Núñez del Tontillo n’a jamais vu un Cuadri de sa vie… Je ne vais pas vous faire l’insulte de développer que chaque encaste doit sortir, etc., etc. Je suis convaincu que vous le savez mieux que le fils Núñez del Tontillo.

Sinon, à part ça, aujourd’hui, aux halles de Nîmes, il y avait des cèpes très tardifs, un truc fort rare pour une fin de mois de novembre. Et vous savez quoi ? En omelette avec un pic Saint-Loup d’une dizaine d’années, ça le faisait parfaitement.

15 novembre 2010

Vingt ans


Le site Internet du Diario vasco (rubrique «Culture» évidemment) a tout récemment publié une entrevue du «ganadero» de Núñez del Cuvillo, Álvaro Núñez Benjumea, fils de Joaquín. À la question «Comment doit-être un toro pour Álvaro Núñez Benjumea ?», celui-ci, après avoir grosso modo décrit le toro terciado, enchaîne : «Ensuite il doit avoir une grande aptitude pour humilier, une grande aptitude à la course et, surtout, de la fixité. Le toro doit toujours être suspendu à la muleta ; même quand l'épuisement1 le gagne il se doit de charger avec clarté et fixité. J'aime les toros qui chargent jusqu'au terme de la faena ; ce sont ceux-là les bons toros. La sauvagerie2 du début ne vaut rien si elle disparaît à la fin. Il est clair que tous les toros ne sortent pas ainsi.» C'est clair ! Vu que ses toros ne doivent déjà pas en avoir des masses de fiereza quand ils pénètrent dans le ruedo... Sinon, ses bébêtes, au premier tiers, elles se vernissent les sabots ? elles feuillètent ¡Hola! ? elles se carressent les c... ?...

Vingt ans plus tôt, en mars 1990 pour un hors-série bricolé du Courrier de Céret (ça existe encore ça ?), José Antonio Hernández Tabernilla, ganadero de l'élevage Hros. de Don Gabriel Hernández Pla, affirmait : «Un toro est bon quand il a une sortie allègre, quand il met bien la tête dans les premières passes de cape. Ensuite, il doit aller trois ou quatre fois au cheval sans y être obligé, en chargeant avec bravoure, en mettant les reins, la tête, et en se laissant piquer sans se défendre ni partir. Puis il doit charger avec rapidité les banderilleros, répéter sa charge à la muleta, et avoir cette classe qui lui fait frôler le sol avec le mufle. Il doit permettre au torero qui sait toréer de triompher. Voilà, à mon goût, ce qu'est le toro bravo.» Bon, finalement c'est juste une affaire de goût... et d'exigence. Mais si le toro doit être bravo pour José Antonio, que doit-il être pour Álvaro ?... Ah oui, il l'a dit : «Le toro doit toujours être suspendu à la muleta»3 ! S'il vous plaît, José Antonio, expliquez-lui ce qu'est la suerte de vara...

1 Agotamiento dans le texte.
2 Fiereza dans le texte.
3 Si le bout de bois de la muleta c'est la tringle, et que le toro est suspendu à la muleta, alors le toro c'est le rideau, non ? Il est donc décoratif, et/ou destiné à cacher quelque chose... Mais quoi ?

Image La hache de Hernández Pla © François Bruschet

07 octobre 2009

¡Viva la casta y el flamenco!


L'incongruité de ce cri du cœur, en plein milieu d’un tablao totalement renversé par le talent, le don de soi, l’art et, oui, la caste d’une danseuse et d’un danseur de flamenco, ne m’est apparue que tardivement, dans le taxi battu par un torrent de pluie qui me ramenait de l’aéroport. Il devait être aux alentours d’une heure du matin, et le malaise ressenti en promenant nos pas calle de Alcalá avait fini de s’estomper et de se dissoudre lentement dans le chant inspiré, le frottement des cordes et le martellement convulsif d’un sol de bois usé déjà de tant d’outrages. Le sable de Las Ventas n’était plus qu’un lointain et dérangeant souvenir, entièrement recouvert par le parquet de cette salle dans le quartier de Lavapiés.

Six toros de Núñez del Cuvillo venaient d’offrir leur silhouette anovillada et leur bonté enjouée à trois matadors dont ce type d’adversaires forme le quotidien, faisant varier le nôtre du pensum pour aficionado à l’enthousiasme mesuré. Deux artistes ou supposés tels, et un torero moderne. Ce jour-là, les deux premiers ne firent pas briller leur corps – épuisé sans doute par de lointains affrontements pour l’un, aboulique allez savoir pourquoi pour l’autre – de ces étincelles d’art précieuses qui émaillent parfois leurs apparitions. Le dernier gratifia un public venu nombreux sous un soleil de plomb d’une faena techniquement parfaite, comprenant deux séries gauchères dotées d’une profondeur que nous ne lui connaissions pas, et que beaucoup parmi nous contestèrent d’ailleurs.

La routine, sans doute. Sauf que dans notre imaginaire naïf, Madrid demeurait cette place où la présentation du taureau de combat est superlative, où l’on ne fait pas tomber les mouchoirs comme les feuilles l’automne venu après une mise à mort défectueuse, où l’on ne réclame pas à cors et à cris la vuelta al ruedo pour un toro tel ce troisième. Quelques contestations s’élevèrent bien ici et là, vite étouffées par des applaudissements frénétiques qui contribuèrent bien plus à notre vague à l’âme que l’octroi certes excessif de trophées récompensant une prestation finalement bonne, à mon très humble avis.

Madrid es mucho Madrid. Oui, sans doute. Mais il fallut pour nous en convaincre bien plus que cette tarde irrémédiablement vouée à l’oubli, dénotant un virage dont plus d’un voit déjà se dessiner le caractère inéluctable.

Il fallut que la nuit panse nos plaies, et que la dégaine improbable de Juan Ramírez surgisse de derrière le rideau. Costume de tergal rose Haribo, chemise verte, une fraise tout droit sortie du jardin de papi. Le danseur traine son âme d’artiste sur les marchés poussiéreux où il vend des chemises, peut-être semblables à celles qu’il arbore lorsqu’il monte sur scène. Quelques sourires se dessinent sur les lèvres, quelques regards moqueurs s’échangent, le temps pour Juan de prendre ses marques et de s’installer dans un monde dont on devine au premier regard, la surprise passée, qu’il nous sera à jamais inaccessible. Une poignée de minutes se sont écoulées, et personne ne songe plus à railler qui que ce soit. Chacun se sent plus riche de quelque chose, sans trop savoir de quoi. Tenter de décrire les émotions communiquées par le bailaor serait un pis-aller, bien au-delà de mes maigres connaissances et de toute façon parfaitement inutile.

Auxi Fernández et Paloma Fantoba distillent à leur tour, doucement d’abord, puis de façon quasi-incommensurable, toute l’étendue de leur talent. Autant le reconnaître, c’est la violence inouïe de Paloma qui a fini de nous subjuguer. C’est quand celle-ci eut achevé de nous faire basculer dans une intériorité confinant au jadis que ce spectateur, comme pour faire exploser des sentiments d’une force trop grande pour les contenir plus longtemps, se mit à hurler pour les partager avec tous.

¡Viva la casta y el flamenco!

Et soudain Madrid redevint Madrid. Juan et Paloma ont accompagné notre callejeo dans les rues du quartier, ont donné du goût aux verres que nous buvions, ont fait taire la musique que l’on diffusait dans les bars, et se sont même invités chez Begoña, leur visage trempé de sueur apparaissant tel un spectre sur le petit-écran de l’appareil photo.

Et ils nous ont redonné espoir jusqu’à ce que celui-ci vienne se fracasser contre quatre carcasses vides, moches, et deux sobreros. Instruits de nos récentes expériences, nous attendions peu de ces victorinos, mais tout de même, quand on a tant aimé, il faut bien passer par la haine, avant que n’arrive l’oubli. Face à eux, trois torerazos donnèrent tout ce qu’ils avaient, eux aussi. Tout. L’engagement, le classicisme et la toreria de Diego Urdiales demeureront, je veux le croire, imprimés sur la rétine des spectateurs qui remplissaient Ventas en ce jour jusqu’aux drapeaux. Je veux le croire malgré l’invitation incompréhensiblement timide à faire le tour du rond. Mais ensuite ?

Ensuite, Diego Urdiales continuera sans doute de se jouer la peau devant ces toros que d’autres, plus fortunés, ne veulent pas même voir en photo. Ignoré du grand public, si la chance ne lui sourit pas un jour, il poursuivra son chemin sur cette route de sang, de sueur et de larmes, pendant que Juan Ramírez vendra ses chemises, dans quelque village perdu.

A moins, bien sûr, que Madrid joue son rôle de faiseuse et défaiseuse de destins. En est-elle encore capable ?