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11 août 2013

Silence


Les toros de Ricardo Gallardo, gentiment présentés, anodins pour dire vrai, et pour certains aux cornes bien abîmées, sont venus à Bayonne comme le gros du public local se rend aux arènes : en silence. Tout ce petit monde roule en 4x4 Audi ou Porsche, porte pantalon rouge tirant sur le bordeaux, chemisette blanche repassée au cordeau, et bat le pavé de Lachepaillet de ces indispensables espadrilles pour qui veut se fondre dans l’« ambiance » locale. Silence ! 

Six toros vides de Fuente Ymbro, sans force, sans envie, sans poder, sans bravoure, sans grande noblesse, sans bruit. Tout en silence.

Un bonhomme, seul, Iván Fandiño, qui avait envie mais dont le pouvoir sur les toros est trop puissant actuellement pour ce genre de vide. Silence ! 

Mais, chut, taisez-vous ! 

À Bayonne, en espadrilles et en goguette, en rouge et blanc, avec un chapeau de paille et des Ray-Ban, à Bayonne on se tait, comme les toros.


>>> Retrouvez, sous la rubrique « Ruedos » du site, une toute petite galerie consacrée au solo d’Iván Fandiño à Bayonne.

21 juin 2012

Game over !


Les corridas concours sont assez rares pour qu'on leur sacrifie un peu de notre temps et un peu d'écriture. C'est d'autant plus vrai quand la corrida concours dont il est question se déroule dans une arène de première catégorie espagnole (il faut préciser) considérée comme un des temples du taureau de combat : Bilbao.

Passons tout de suite sur les prix décernés à l’issue de cette corrida : le Torrestrella gagne, et alors ? Pas de prix pour le meilleur tercio de piques ? What else ? Les prix ne sont pas des souvenirs, ils s’oublient, et celui octroyé au Domecq d’Alvarito ne se gravera certainement pas dans les mémoires.

Cette corrida concours a été pour moi fidèle à l’image que je me fais — à tort peut-être et de manière exagérée certainement — de la corrida actuellement : elle manque de tout et surtout de toro. On aura beau s’échiner à commenter la faena donnée au La Quinta, au Victorino ou au Torrestrella, s’entêter à regretter le manque de quites et de variété proposés par Iván Fandiño, le constat restera le même : il a manqué du toro ce samedi sous le xirrimirri. Entendons-nous bien : il n’a pas manqué de quoi toréer pour le maestro, il n’a pas manqué de caste pour certains, d’envie ou d’intérêt pour d’autres, mais, au final, nous n’avons eu qu’un étalage bien mou de ce que produit actuellement une bonne partie de l’élevage brave. Après tout, me direz-vous, c’est peut-être le rôle d’une corrida concours que de donner un petit aperçu un tant soit peu réaliste de l’état du toro de lidia dans la diversité des encastes. Alors, si tel est le cas, le bilan est bien faible.

Trapío Deux toros seulement étaient présentés con trapío. Le Partido de Resina et l’Alcurrucén, qui tirait vers l’avacado mais dont les allures et les manières imposaient le respect. Les autres étaient certes respectueux du type de leur encaste mais de trapío ils n’en avaient point. Le trapío moyen n’existe pas ! Un toro a du trapío ou n’en a pas ; entre le ying et le yang, il n’y a rien ! Pour le coup, le Victorino n’avait rien à faire là.

Bravoure Le hic, pas chic ni choc, le hoquet généralisé. La bravoure s’exprime avant tout au premier tiers et les corridas concours ont pour but, entre autres, de mettre en valeur ce moment de la corrida. À ce sujet, les concours de ganaderías ne devraient plus exister car elles incitent le public à penser que des tercios de piques menés à peu près correctement sont des exceptions qu’il est impensable de revoir dans des courses classiques. Tous les toros devraient avoir la chance d’être piqués avec la même attention que lors d’une corrida concours.
Ce samedi à Vista Alegre les toros n’ont pas été braves. Ils ont démarré, ils ont chargé de loin, ils ont couru vers le cheval — sauf l’âne qui portait le fer de Victorino Martín —, mais aucun n’a réellement poussé en mettant correctement les reins, en se fixant et en montrant l’envie de foutre en l’air les chevaux de Monsieur Bonijol qui passe son temps à sauter le burladero pendant le tiers de piques. L’on pourrait nuancer le propos concernant le Torrestrella et l’Alcurrucén même si leurs peleas respectives n’eurent rien de transcendant.
Last but not least, il n’y a plus de poder ! Game over ! Car la bravoure doit être puissante, furieuse, tempétueuse et ravageuse. On l’oublie. Les toros de cette concours étaient donc dans la veine du produit actuel — oui, « produit » ! —, dégonflé, bravito mais pas trop, toro mais pas trop non plus, et piqués dès la troisième rencontre avec la puya de tienta !

Noblesse Ils ont tous chargé à leur manière et, comme je l’écrivais plus haut, il y avait de quoi toréer. Certains voisins se sont emballés sur la bourrique inutile de Victorino parce qu’elle mettait la tête bien en bas. Le toreo par le bas, érigé aujourd'hui en système, dictatorial, est en train — en vérité ça fait longtemps que cela dure — de pourrir les analyses de nombre d’amateurs de corridas. Il conviendrait selon eux que tous les toros sortissent en mettant la tête au ras du sol et chargeassent lors du troisième tiers le mufle dans le sable. Foutre dieu que l’ennui serait grand de ne plus rencontrer de bestiole, comme ce sobrero d'El Cortijillo manso perdido querencioso, âpre mais tout à fait possible à « lidier » ! Et Fandiño le prouva d’ailleurs dans sa meilleure faena de l’après-midi.
Bref, ils ont tous chargé et nous nous en fûmes en nos chaumières sans que de grands souvenirs ne viennent bercer nos nuits.

La faute à quoi ? à qui ?
Fandiño était prêt mais froid. Incomplet comme les toros, parfois décentré, tout d’un coup remarquablement croisé, la jambe en avant, la main tendue vers l’œil contraire.
Le ciel était prêt, « bilbaïnesque » à souhait, dans le tempo de l’événement.
Le sable était prêt ; prêt à recevoir ce ciel adapté.
Tout était prêt sauf le public. Il n’était pas là. C’est aussi simple que cela. Il serait là le lendemain mais il n’était pas venu aujourd’hui. On pourra le tourner dans tous les sens, mais c’est foutu pour le toro. Même Matías González n’y croyait pas ; il a été mauvais, très mauvais.

En sortant, Fandiño souriait.


>>> Retrouvez une galerie de cette course sur le site sous la rubrique « Ruedos ».

Photographie Le toro d'Alcurrucén © Laurent Larrieu/Camposyruedos.com

15 juin 2012

Iván Fandiño est un chic type



Le cheveu noir azabache parfaitement ramené en arrière et le profil abrupt et franc qu'ont les gens de Biscaye, sur une peau sombre venant incontestablement d'un temps où l'Espagne était un peu africaine, la gueule d'Iván Fandiño évoque à elle seule le drame, et la gloire. Ne serait-ce qu'en foulant le sol de Ventas en souriant, torse en avant, et l'œil de Pizarro, Iván Fandiño évoque ces vieilles gueules qui écrivaient la tauromachie héroïque, souriante, arrogante et machiste. On lui prêterait le panache romantique de Mazzantini ou la sauvage témérité du Cocherito de Bilbao…
C'est en entreprenant ce second Adolfo que l'on comprit qu'il pouvait se passer quelque chose à Ventas, même un jour sans toro. Jalabert nous ouvrait des perspectives festives bleu-blanc-rouge qu'on n'espérait pas, en quelques quites soignés et opportuns sur un bicho ô combien lourdingue, quand, dans le murmure vibrant de Madrid qu'il faut avoir entendu une fois dans sa vie, s'approchait en conquérant ce mioche à la gueule de pelotari basané. Pim ! pam ! déhanché, j'ouvre les bras et j'envoie au large, mouvement sec du poignet, je ramène tout à la hanche et je m'éloigne. Jean-Baptiste lui-même comprenait que la cuite à l'ombre des Cibeles s'évaporait, mais on s'en foutait parce que revenait à nous cette vieille notion parfaitement désuette du « parler » du milieu, qui valait pourtant bien tous les triomphes du monde : la competencia ! On jubilait un instant, le petit temps que les mecs se tirent la bourre, le menton en avant planté dans le jabot, et décident de défoncer le  « bestiau » à coups de charges dorées et de déboussolages fuchsias, avant que le brun vizcaíno d'Orduña ne lâche l'affaire et que le blond provençal d'Arles ne laisse sa baudruche se dégonfler totalement au soleil de Castille. Pchhht…
Et puis, déboula 'Mulillero', que le plus célèbre tendido du monde accueillait avec du tissu vert et des noms de volailles. 515 plombes de pas grand-chose, boitillant mais avec la politesse de répondre aux deux invitations de Pepe Aguado, ce qui n'était déjà pas mal. Ceci dit, il boitait… alors ça gueulait. Et comme ça gueulait et que personne ne voulait voir 'Mulillero', Iván Fandiño décida de nous inventer un toro. Comme ça, sans raison, juste parce qu'il était matador et qu'il l'avait décidé ainsi. Réveil brutal, sieste interrompue, brouhaha madrilène : mais nom de Dieu, que compte-t il-faire à ce « bestiau » ?
Fandiño court au centre de Ventas et se plante là. Et quand Madrid ne comprend pas, Madrid gronde. 'Mulillero', aux tablas, regarde, gueule en l'air, tête de nœud farouchement conne, le mufle baveux et fumant.

                                                                Entre eux, trente mètres.

Tonnerre madrilène. Ça s'agite, ça s'interroge, ça veut comprendre. Je rentre le cul, jambe gauche avancée, main à la taille, talons sous terre, et pansa de la muleta bien visible, évidente, là. La bouche en cul de poule et le regard du guerrier qui t'en promet, Fandiño appelle et « toque ». La foule doute. Impossible, 'Mulillero' ne viendra pas… il n'a rien dans les couilles… si loin… il ne peut pas venir…c'est impossible. Re-« toque ». La patte gauche frémit… Rien. Puis la droite, sans doute une mouche… soubresaut, croupe courbée, pattes arrières enfoncées dans le sable… Impensable. Devinez quoi ? La lourde machine Albasserrada se met en branle et s'élance. Stupeur. Madrid n'avait pas vu… C'était pourtant tout à fait impossible… Je le jure, à partir de là, la corne droite d'or et de platine de 'Mulillero' planait sur Ventas chaque fois qu'elle s'enveloppait dans le leurre de Fandiño, seul et unique à avoir vu quand le reste du monde fermait les yeux et s'excusait de l'avoir fait. Par la seule volonté d'un homme, ce toro passait par le périf', remontait la Castellana jusqu'à Alcalá, visitait trois fois les chambres royales du Palacio et s'enquillait un tinto de verano à La Latina avant de reprendre una tripa à Atocha, et finir sa course dans les plis de la muleta du torero qui s'amusait et emmerdait superbement le monde de son bonheur magistral. Définitivement, Fandiño tenait 'Mulillero' par les burnes et quand Rosco et ses frères, revenant à eux après l'avoir trop longtemps ovationné, lui rappelaient qu'ici on ne quitte pas les lieux sans un passage à gauche, il leur offrait un large sourire « émail diamant » qui voulait dire « branleurs ! », et rassasiait finalement le peuple de ce qu'il lui réclamait connement pour le prix d'un billet en temps de crise : la série de la gauche qui fit tressaillir tous les rêves. Patatras, merde, et dix fois merde : l'alchimie avait donc fini d'opérer, par ce trop plein de pragmatisme du plus célèbre tendido du monde qui ne saura donc jamais s'évader onctueusement le temps d'un songe cotonneux. Tant pis et, au fond, tant mieux. La quille de champagne s'était vidée de son jus, et les quelques tentatives al recibir qui suivirent avalaient définitivement nos espoirs. 'Mulillero' avait tout donné du peu qu'il possédait, en fait. Adieu souffle, adieu pattes et adieu rate. Vous n'existiez déjà pas, et l'on vous a inventés. Les pouvoirs de Fandiño avaient suffisamment fait merveille sur cette carne boitillante transformée en brave combattant juste par sa seule volonté d'en faire ce que bon lui semblait, et cela était déjà tellement ! Minuit sonné, il redevint citrouille et Iván Fandiño, roi de Biscaye, demeurait seul prince en Madrid, sans peur ni reproche, ni autre contrainte que d'irradier le monde de son bonheur d'être là, torero et libre.

08 février 2012

Adrienne !




Nos chers lecteurs ont certainement remarqué que l'hiver est fortement perturbé par les relations tendues qui se nouent actuellement entre les stars de la torería (je ne veux plus écrire figuras), les emprésarios, les ganaderos, les dames pipi, les vendeurs de pipas, les encapuchonnés de 6Toros6, les sites Internet d'annonces taurines. C'est le bordel pour faire court et utiliser un mot bien moins vulgaire que tous ces atermoiements ridicules. Ici, nous n'écrivons jamais sur ce sujet parce qu'on s'en moque. Il n'y a pas d'autre explication. En plus, comme nous allons voir de moins en moins de courses (y a des gens biens et très sérieux qui ne comprennent d'ailleurs pas que l'on puisse continuer à écrire sur les toros en voyant si peu de courses, je les salue au passage), et que les courses avec les Juli et autres relookés Armani on n'y allait déjà pas beaucoup, notre intérêt pour ce bordel ne va pas aller grandissant. Certains sont persuadés que si le club des capricieux est boycotté par les empresas, on devrait voir plus de toro en 2012. Des Miura à Nîmes avec Javier Castaño ; six tout seul il s'en prend la grande révélation de 2011 ! Et Casas nous parle de rêve ! Un tournoi de catch à trois à Castellón de la Plana avec qui comme ganaderías ? Je vous le donne en mille Mimile : Miura, Victorino et Cuadri. Mais qu'est-ce que Cuadri est allé faire là-dedans ? Croient-ils vraiment ces « certains » que l'occasion sera donnée à de jeunes matadors ou à d'autres pas si mauvais d'éclore un peu ? Verra-t-on de nouveaux fers ou d'anciens venir évaluer le niveau de leur troupeau ? Malheureusement, l'annonce du début de saison fait froid dans le dos même avec un pull parce qu'il fait quand même -8 aujourd'hui : Ruiz Miguel et Mendes à Arles ! Padilla en attraction morandinesque ! Mon œil ! C'est mauvais et de toro on n'en verra pas plus qu'en 2011, sauf ceux qui assistent à toutes les courses de Bilbao et qui voient en plus plein de courses toute la saison même celles de Vic 2012 et ils écriront dessus, eux.
Morose, ça sent pas la rose ma grosse.
Pourtant il en est des qui sont motivés, des qui s'entraînent dur, des qui courent dans les rues de Philadelphie avec des gosses derrière, des qui veulent mettre un gros pain dans la gueule d'un russkof typé Murube, des qui aiment Adrienne, des qui s'appelent Iván. C'est du niveau du reste. Mais ça fait rire, au moins…