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03 octobre 2010

Foire d'automne à Madrid


Ce samedi 2 octobre, 'Fumador' s'invita à la « corrida del arte » de Torrealta. Corralero depuis un bon bout de temps, il en savait beaucoup trop — par les portes entrebâillées et autres bruits de couloir. Cuajado, il pesait 580 kilos et il les portait bien — comme son toupillon fourni. Il avait une allure furieusement inquiétante avec ses yeux de perdrix et son regard de braise, son museau baveux rosé-blanchi et son morrillo saigné, ses oreilles entières et en alerte, son armure dirigée vers l'arrière et couleur caramel. Il était rouge, colorado, mais d'un rouge intense et brillant, de feu... ¡Batacazo! Marqué du guarismo cinq, 'Fumador' avait l'âge de son numéro moins un mois, et un tío de six ans, même de Martín Lorca, ça impressionne.

J'aime la Feria de Otoño madrilène car elle réserve toujours son lot de surprises et d'étrangetés : ce sobrero de quasiment six ans donc, le capirote et ce « faux girón » de Pereda, le jabonero sucio de Torrealta, ces deux utreros adelantados du Puerto de San Lorenzo (guarismo 7, nés en septembre 2006) dont l'un sortira avec ses boucles d'identification (!), ou bien encore l'écart de poids plus que conséquent (139 kilos) entre le second de ces jeunots (649 kilos !) et un de ses frères aînés (510 kilos)... Sans parler d'un Juan Mora qui aurait toréé par naturelles (pléonasme ou redondance, à vous de choisir) avec l'instrument ayant servi à faire rouler sur le sable la bête d'un coup d'estoc loyal et efficace. Et d'aucuns de titrer : « El toreo es grandeza ». J'aurais aimé voir ça.

Images 'Fumador' © Juan 'Manon' Pelegrín pour Las-Ventas.com (y compris les liens ci-dessus).

30 août 2009

Histoires de sobreros


La première est celle de ‘Reganchado’1, jeune frère et compagnon de corral du bel ‘Oreganer’ qui aura, lui, joué son rôle de sobrero jusqu’au bout, un jour d'août 2008. Car si ‘Reganchado’ passa l’hiver au campo, il vint finalement compléter comme titulaire un lot de son fer, el de María del Carmen Camacho. Ironie du sorteo, celui-ci le désigna sixième toro de la tarde du 15 août dernier à Las Ventas. Destin peu banal d’un animal qui aurait eu six printemps à l’automne prochain.

La seconde concerne ‘Buscón’, un toro de l'élevage charro d’Ana María Cascón. En l’espace de quelques semaines, ‘Buscón’2 eut tout le loisir d’arpenter les couloirs des arènes de Madrid avant de, lui aussi, figurer dans « le six de départ » aux côtés des noirs gracilianos de « Cojos de Robliza ». Convaincu qu’on lui faisait là une fleur, il gratifia son éleveur d’un combat si intense que les rares aficionados présents, les deux mules et la présidence l’honorèrent d’un tour de piste.

La troisième, enfin, évoque le souvenir de ‘Solitario’ — un nom prédestiné pour un sobrero. L’heureux ganadero dut être bien embêté à mesure qu’il voyait grandir celui qui allait devenir un tío propre à dépareiller, par le haut, n’importe quel lot. Au début de l’été madrilène, rien d’étonnant à ce que ‘Solitario’ ait fait sensation lors de son apparition. ‘Solitario’, c’était « un « barbas » de Navalrosal qui, quel hasard !, exhiba force et puissance tout au long de son combat »3. Une étoile filante dans la galaxie taurine...

1 ‘Reganchado’ (Núñez), n° 61, né en octobre 2003, toro negro bragado meano de 586 kilos.
2 Né en juin 2005, ‘Buscón’ était curieusement annoncé sobrero d’une corrida le 10 mai 2009 ! Mais le 23 août, jour de sa sortie, sa date de naissance était juillet 2005. Sans doute une erreur quelque part...
3 D’après Bastonito. Un « barbas » équivaut au toro con toda la barba — celui qui « a (presque) tout pour lui ».

Images © Juan ‘Manon’ Pelegrín
‘Buscón’ (Atanasio Fernández), n° 34, né en ? 2005, toro negro de 598 kilos ‘Solitario’ (Núñez), n° 19, né en décembre 2003, toro negro lombardo bragado meano coletero de 526 kilos.

En plus Sur le blog Larga Cambiada, deux autres photos de ‘Solitario’ : l’une de Manuel Durán Blázquez et l’autre, en noir & blanc, de Paloma Aguilar.

07 octobre 2008

'Bananero'


Infatigable compagnon de voyage d''Oreganer', 'Bananero' était né un jour de novembre 2002. Il ne lui restait donc plus, pour cette temporada et pour pouvoir espérer en découdre sur le sable, que la course de Peñajara et celle du douze : toros du Conde de la Maza.

L’abattoir agitait ses bras noirs et froids.

'Petunio', dernier peñajara de la tarde, estimant que 'Bananero' l’éternel sobrero ne méritait pas ça, lui qui écuma les corrals de Las Ventas des mois et des mois durant*, vint au quite et laissa le vieux jandilla exhiber ses splendides réminiscences veragueñas.

Joselillo refroidit 'Bananero'. Fin du voyage. Fin d’automne à Madrid.

* Déjà remplaçant de ses cousins juanpedros... le 10 juin 2007 !

Image Annoncé melocotón à l’époque, 'Bananier' (?) était bel et bien, le 5 octobre, jabonero claro de l’extrémité de la queue à la pointe des cornes © Manon

01 septembre 2008

Le grand voyage


Pendant au moins 180 jours, probablement 200, peut-être bien davantage, sa puissante silhouette a hanté le labyrinthe de brique, de bois, de tôle et d’acier des corrals de Las Ventas. L’an passé, en pleine Feria de Otoño, des habitués de l’apartado se souvenaient l’avoir déjà aperçue... En ce temps-là, la bascule affichait 573 kilos et personne ne le regardait encore comme une bête curieuse. Une semaine plus tard, il faisait équipe avec un vieux menacé par la limite d’âge et franchissaient ensemble le col de San Lorenzo — ils venaient de laisser 'Ilustrado' sur le bord du chemin... La temporada achevée, lorsque l’ennui menaçait, il racontait à son frère núñez des histoires de campo partagées dans les environs de Medina Sidonia. Quand les premiers frimas de l’hiver castillan les enveloppèrent tous, ils se tinrent chaud.

Au retour du printemps et des beaux saints-martins, il avait cinq ans, il était toujours aussi long. Pour la San Isidro, tantôt premier, tantôt second, il fut le fidèle et sérieux compagnon de route des "modestes". Les autres, ceux qui triomphent sans peine, ne voulurent pas le voir, l’ignorèrent. Bien planté et armé, il semble n'avoir jamais dépareillé la fragile homogénéité des lots les mieux présentés. C’est ainsi qu’il apparut sur les fiches sorteo du début et de la toute fin de mai, et que l’on ne le vit point à l’entame de juin. Son numéro 38, ses yeux noirs et humides, sa peau de tigre, les cabestros de Florito les croisèrent souvent. Et cela les rassurait.

Au cœur de l’été, le 24 août dernier, l’aiguille tutoyait désormais la barre des six quintaux. Au pied levé, et parce que le quatrième La Cova traînait la patte, il finit par poser les sabots sur le sable de la Monumental madrilène en combattant sans honte ni gloire devant à peine un quart d’arène. L’épée libératrice du matador navarrais Francisco Marco le transperça après deux avis, et les mules venteñas l’emportèrent sous une chape de silence trouée par d’ignorants et malheureux pitos — digne paraphe d’un singulier voyage ?

Depuis, 'Reganchado' — son frère —, 'Aperador', 'Campañazo' et 'Bananero' le cherchent. Il portait le fer de María del Carmen Camacho et s’appelait 'Oreganer'.

Image En exclusivité pour Camposyruedos, 'Oreganer' dans les corrals de Las Ventas lors de son ultime enchiqueramiento... © Manon. Merci à toi.