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01 mai 2010

6 imponentes toiros


Cette affiche, il vaut mieux l'avoir sous le nez et ne pas être trop pressé car elle en dit long...
Le 2 mai à Vila Franca (de Xira), dans les arènes Palha Blanco (tiens, tiens), dont on célèbre le centenaire en 2010, seront combattus en corrida portugaise 6 imposants toiros de Vale (do) Sorraia* par les cavaliers Paulo J. Santos, João Telles Jr. (le ganadero du jour, Manuel Ribeiro Telles, est, si je ne m'abuse, un de ses oncles) et Salgueiro da Costa. Deux groupes de forcados, l'un de Vila Franca, l'autre d'Alcochete, seront chargés (!) d'immobiliser les 6 bestiaux à la devise bleue et blanche. « Parrainée » par l'Association pour le bien-être infantile à l'occasion de son 35ème anniversaire, cette course constituera la deuxième (grande) corrida de la temporada locale. Et ceux qui possèdent déjà un billet — 10 euros premier prix —, se verront offrir l'entrée pour assister, ce samedi 1er mai à 22 heures, au débarquement public des 6 fauves marqués d'un D et d'un G enlacés surmontés d'une croix — dans le cas contraire, tarif unique de 2 euros.
Au final, cette affiche, dans le style propre aux carteles des corridas portugaises et malgré la quantité d'informations présentes, réussit le tour de force d'être bien fichue et de laisser la part belle au toiro.

* Aux cornes gainées de cuir...

Rappel Retrouvez Une traînée blanche, laissée sur le blog par Laurent, ainsi que sa galerie consacrée aux Vale (do) Sorraia (sur le site à la rubrique CAMPOS), ceux-là mêmes débarqués ce soir.

Image Quoi dire de plus qui n'ait été dit ? © Naturales

07 avril 2010

Une traînée blanche (Vale do Sorraia)


Pour Yannick,

Regarder filer les nuages. Se caler. Un rocher, mouillé de mer. Un bout de jardin. N’entendre que la fuite feutrée de nos pensées rejoindre les nuages. Ils tardent à partir. Ils partent.
Nuages, vent... vide bientôt. Ils t’enlèvent. Le vent a murmuré. Ne reste plus que l’ondoiement délicat de leur langue prise toute entière dans ce murmure qui te porte au départ. Une traînée blanche. Ciel parfait. Tu pars.
Colère. Ténèbres. Noir. 2 heures. Vol. Taxi. Paris. Gris.
Tout va trop vite. Tu es parti. Arrivés. Une traînée blanche. Rien.
L’as-tu senti au moins ?
Quatre traits, quatre angles presque droits. Un bout de terre à taille humaine que quittent les avions, la fureur. Une traînée blanche.
Un village minuscule et blanc et bleu. Direction Pavia. Quatre petits corps nippés de noir blanchissent le linge à la main, au lavoir. 100 km/h. Le temps se compte. Elles passent comme un voile flou dans le verre fumé de la vitre mais elles sont là. Et j’imagine à 100 que dans les appartements Ikea du Bairro Alto de jeunes gars branchent leur mobile à cette heure où s’immaculent les draps de famille et se gèlent le cuir chevelu déjà gras des excès de la nuit. Je me dis à 130 que d’autres partent taffer, vêtus comme à Paris, raide costard et blackberry high tech. Elles frottent parce qu’existent encore entre leurs mains de vieilles les barbiers de Lisbonne qui de derrière leur vitre épaisse observent les errances de tramways jaunes qui grincent au bas de l’Alfama. Elles frottent parce que c’est de leurs mains de vieilles qu’est né ce Portugal où le fado s’écoute en MP3 quand José Saramago conte les vies de Pessoa sur un blog du fin fond des Açores*.
Tu es parti. Enlevé. Une traînée blanche.
Colère. Ténèbres. Noir. 2 heures. Vol. Taxi. Paris. Gris
Les Ribeiro Telles sont le Portugal (aristocrate, convenons-en). Comme les autres ils ont des noms comme un fantasme syntaxique proustien. Celui de la maman toujours devant. Vise un peu : António de Jesus de Castro Palha Ribeiro Telles, fils de David Manuel Godinho Ribeiro Telles et de Dona Maria Isabel de Castro Van-Zeller Ribeiro Telles. Comme les autres ils adorent les toros forts, l’échine en forme de courbe d’évolution de la population africaine.
Manuel Ribeiro Telles conduit un gros 4x4 blanc... ses frères, eux, montent à cheval. Ses frères élèvent des Domecq (sous l’appellation David Ribeiro Telles)... lui fait pousser des bestioles plutôt grises et qui foutent la frousse. Des toros descendus d’on ne sait où comme un ciel de grêle l’été. Des toros rectangles avec des triangles devant. Des cornes qui regardent en arrière et en haut. Vale do Sorraia**. Le Portugal d’avant. Les restes. La fureur. La traînée blanche.
Tu es parti.
Va savoir ce qu’il y a là-dedans. Norberto Pedroso paraît-il. Santa Coloma ? Pinto Barreiros ? Vaz Monteiro ? Albaserrada ? Branco Teixeira ? Palha Blanco ?*** Ça court à droite, ça fuit derrière, ça te tourne autour et ça a l’œil assassin d’un boxeur cubain au premier retentissement de gong. Engageant.
Quand ils se sont posés, au 12ème round peut-être, je me suis dit que ça t’aurait plu. C’était évident. Il faisait beau en plus. Ciel parfait. Pas de traînée blanche. J’ai regardé, promis. Pas de traînée blanche.

>>> Retrouvez les galeries conscrées à l'élevage Vale do Sorraia sur le site, rubrique CAMPOS.

* A lire, la superbe évocation des "vies" de Fernando Pessoa par José Saramago dans "Le Cahier", Le Cherche midi, 2010. Il s’agit d’une compilation de textes écrits par José Saramago sur un blog entre septembre 2008 et mars 2009.
** A propos de Vale do Sorraia, nous vous invitons à visiter la galerie consacrée à cette ganadería par le photographe David Cordero sur son site : David Cordero. De même, l'élevage a son propre blog, c'est par ici : Vale do Sorraia.
*** Nous reviendrons sous peu sur les origines touffues et complexes de l'élevage Vale do Sorraia... A suivre donc.

Photographies Toros de Vale do Sorraia © Laurent Larrieu / Camposyruedos.com

05 mai 2009

Toiros


Récemment, le photographe espagnol David Cordero proposait sur son site une galerie d’un élevage portugais avec pour seule et unique information son nom : Irmãos Dias. Dans la foulée, Toro, torero y afición mentionnait l’existence de la galerie avec pour seule et unique information : le site de David Cordero... On tourne en rond ! Et toujours pas la moindre allusion quant à l’origine de ce surprenant bétail ; vous restez sur votre faim.

Se cantonner à un seul rappel historique tel que l’UCTL — ici la Associação Portuguesa de Criadores de Toiros de Lide — en distille dans son annuaire ne serait pas très consciencieux... N’étant pas spécialiste (euphémisme) de généalogie taurine, ni même super passionné par elle je dois vous avouer, je vais vous refiler quelques bribes d’informations récoltées à droite et à gauche — quel écheveau ! — et vous vous débrouillerez avec... Inutile de vous dire que le doute est ici plus que jamais permis, comme le conditionnel. Les obsédés de pureté génétique — au campo, vous y croyez, vous, au « pur machin » ou au « pur bidule » ? —, d’exactitude généalogique et/ou de vérité scientifique passeront leur chemin...

On commence par où ? Peut-être par préciser que l’appellation « encaste português », trouvée sur un certain nombre de sites taurins lusitaniens qui se la repassent, n’a pour elle que de tenir en deux mots. Pour le reste... Remarquez que vous risquez de ne pas être beaucoup plus avancés à la fin de ce papier !

Ceci dit, l’annuaire de l’Associação annonce l’élevage Irmãos Dias Norberto Pedroso1, élevage qui aurait été formé à partir de bêtes de Manuel Duarte Oliveira, Condessa da Junqueira et Emílio Infante da Câmara. Jusque-là, c’est très portugais (sans doute des restes de casta Vazqueña, du Parladé, etc.) et... très vague. Il y a une date aussi : 1910.
Norberto de Vasconcellos Mascarenhas Pedroso (Chamusca 1877 – Chamusca 1968) aurait, selon José Manuel de la Cruz Velasco2, construit son élevage à partir de bétail de Doña Casimira Fernández « Viuda de Soler »3 (1902-1920) — soit du Jijón (Marqués de la Conquista) avec adjonction, dans l’ordre, d’un semental Ibarra, de bêtes Campos Varela (Jijón + Vistahermosa), Lizaso (du navarrais) et, pour finir, d’un semental du Conde de la Corte (1920)4 —, du bétail de la « Viuda de Soler », disais-je, associé à du Pinto Barreiros (1925), soit un mélange de Santa Coloma par Félix Suárez, de Gamero Cívico et de Conde de la Corte.
D’ailleurs, ces deux origines, dans le cas par exemple d’une élimination de la première et de son remplacement par la seconde, ne sont pas incompatibles. Bref, vous prenez ce qu’il vous plaît, vous secouez et vous obtenez... des bêtes exotiques à l’allure unique.

Quoi ?, vous leur trouvez un petit air de famille avec les voisins... albaserradas ? Eh bien, dites-le, il n’y a rien d’aberrant à cela... Car à s’attarder sur la fiche de l’élevage voisin de Vale do Sorraia (propriété de la famille Ribeiro Telles) proposée par l’Associação, on y lit certes comme il se doit des origines fort complexes et « mystérieuses » (dont, entre autres, un rafraîchissement avec des bêtes d’Irmãos Dias, tiens, tiens, annoncées Norberto Pedroso sans citer Pinto Barreiros !) mais enrichies, toujours d’après José Manuel de la Cruz Velasco, d’un apport ultérieur d’« albaserradas y santacolomas ». D’albaserradas ? Notez bien que "Las Tiesas" n’est pas très éloignée du Portugal...
Attendez encore un peu, j’ai oublié de vous conter une chose : José Manuel de la Cruz Velasco écrit dans son article que Vale do Sorraia est « de procedencia Pinto Barreiros y Norberto Pedroso (procedencia de Vda. de Soler y Pinto Barreiros, con posterior adición de albaserradas y santacolomas). » ! Si la parenthèse est correctement refermée, je ne vous dis pas l’angoisse. Et à défaut de pouvoir poser la question à feu Norberto, on tâchera tout de même, à l’occasion, de demander des précisions à De la Cruz Velasco... ou au ganadero.

1 On en trouverait des traces chez Fernando Palha... Selon Pierre Dupuy, cette origine aurait disparu — ça démarre bien ! In Joël Bartolotti & Pierre Dupuy, TOROS, Regards sur la tauromachie, La Renaissance du Livre, 1999, pp. 98-99.
2 José Manuel de la Cruz Velasco, « Empeño ganadero », El Aficionado n°25, Avril 2007, pp. 19-25.
3 Tableau tiré du blog Casta Jijona.
4 Bernard Carrère, Les Élevages de taureaux de combat, Origine et évolution, Éditions Jean Lacoste, 2001.

En plus Élevage Irmãos Dias (Benavente) > Diaporama Aficionados da Moita Élevage Vale do Sorraia (Coruche) > Blog de Manuel Ribeiro Telles Bastos animé par João Costa Pereira.

Images Un irmãos dias un poil basto... Capture d’écran du site de © David Cordero Un fin et précieux toiro de Vale do Sorraia par João Costa Pereira © Tauromania Malgré le goût douteux de l'affiche, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter les six vaz monteiros qui seront combattus le 10 mai prochain à Salvaterra de Magos. Vous aurez peut-être un peu de mal à retrouver chez certains les lignes de leurs grands frères cérétans lidiés en 2005 ; il paraîtrait qu'un semental encasté Saltillo...