
"Pousse toujours , tu m'intéresses..." doivent se dire les
piqueros modernes bien peinards sur la muraille matelassée qui leur sert de cheval. Et les
toros poussent et s'époumonent silencieusement sous un bas-ventre équin qui leur plie les dorsales. La pique actuelle, si dévoyée, si critiquée, si vilipendée et tout cela à juste titre, n'est plus qu'un assassinat dans certains cas, une mascarade grotesque d'autres nombreuses fois.
La suerte de varas n'existe pas écrivait il y a peu Philippe et l'on ne peut qu'aller dans son sens en lisant le court texte mais hautement éducatif du vétérinaire taurin Renaud Maillard sur le site
Terre de toros. Au-delà de l'explication scientifique du professionnel, l'auteur enfonce encore une fois le clou d'une évidence, à très forte raison, selon laquelle tout le petit monde intéressé par le combat des
toros gagnerait énormément à respecter la logique de la
lidia et, donc, à faire piquer correctement les
toros en leur évitant cette vaine et lamentable lutte de la monopique interminable au cours de laquelle la majorité des cornus s'épuise au sens littéral du mot. "
En piste, il faudrait que le toro
reçoive des piques bien placées et surtout appliquées pendant une courte durée. Tout le monde y serait gagnant : le ganadero
(qui jugerait mieux de la bravoure de ses pupilles sur trois piques), le public, qui verrait le toro
venir de loin sur plusieurs piques avec émotion, le maestro et ses compagnons de cartels
qui pourraient offrir plusieurs quites
vibrants". Dans sa démonstration, le vétérinaire laisse clairement supposer que ce n'est pas en changeant la taille actuelle de la
puya que le
tercio de piques retrouvera son attrait certain. Sans bouleverser le débat autour du changement nécessaire du
tercio de piques, M. Maillard permet au moins de le recentrer sur l'essentiel et d'en écarter les scories avancées par d'autres, tenants d'une réduction de la taille de la
puya (voire utilisation de piques de
tienta en spectacle officiel) qui serait gage de futures profondes transformations du moment des piques. C'est en poussant trop longuement que le
toro souffre le plus, qu'il se tue contre un obstacle insurmontable et surtout voué à l'immobilisme. Que les
toros aillent mal actuellement est une évidence maintes fois confirmée, mais il faut bien avouer que ce
tercio de piques contemporain ne fait que l'enfoncer un peu plus dans sa décrépitude.
Mais la saison 2008 est déjà lancée avec sa horde de pronostics, de souhaits et de courses revées. Les premières combinaisons voient le jour, les
camadas sont peu à peu distribuées et les choses changent... si peu.

Dans cet amas d'informations sans aucun intérêt, certaines nouvelles n'arrangent pas la morosité ambiante. A titre d'exemple, l'élevage de Partido de Resina, auquel tiennent les aficionados malgré l'hideuse utilisation des capotes à
pitón, ne donnera aucune corrida de
toros en 2008, comme ce fut le cas en 2007. Les suites de la brucelose semblent être la cause de cette absence des
ruedos (pour les
cuatreños car il y aura cependant des novilladas). Ces
toros de Pablo Romero connaissent une éclipse maintenant trop longue mais qui devient presque le symbole d'un monde qui disparaît. Disons simplement que les
partidoderesinas n'ont pas (encore ?) su faire oublier la beauté et la combativité des vieux
pabloromeros. En 1961, la corrida de Pablo Romero de Séville fut une des belles course de la Feria. Trois
toros se mirent en valeur lors de cette course, 'Roscón', n°25 qui s'envoya 4
puyazos en grand brave, 'Barquero', n° 53, qui eut également l'appétit pour quatre et enfin 'Procurador', n° 18, adepte de ce chiffre pair lui aussi. Le
revistero de la revue
El Ruedo (n° 883 de mai 1961) mentionne que le cinquième, 'Yeguerizo', n° 37, eut les honneurs de la
vuelta al ruedo car il fut
"ideal para los toreros"... Le nombre de lignes accordées à 'Roscón' par rapport à celles offertes à 'Yeguerizo' laisse comprendre que le premier était un
toro exceptionnel, car son caractère s'était révélé lors du
tercio le plus essentiel pour juger si oui ou non un
toro mérite l'apodo
"de lidia". La seconde photographie saisit l'instant ou 'Roscón' envoie sur orbite
caballo et
piquero... Dur métier, dur métier... parfois... des fois...