
Il ne courait pas les toros à l’époque, il aimait juste un peu ça et puis on lui a passé commande, le genre qui se refuse difficilement. Ernest Hemingway remplissait de mots le blanc du papier ; lui, Leopoldo Pomès, à peine connu, déjà catalan, granulait de noir le blanc des photos. C’était le contrat, la mission, un deal qui jamais n’alla au-delà du rêve de départ. Le manuscrit de l’Americano se serait perdu, va savoir… mais les photos existent, depuis 1957, depuis le départ. Elles sont d’autres photos sur le monde de la corrida, des "encore" serait-on tenté d’écrire avant de pénétrer ce recueil de clichés publié conjointement en 1995 par la Junta de Andalucía et par le Centro andaluz de la fotografía. Une fois ouvert, ce ne sont plus des "encore" ou des "toujours pareil" qui remplissent les yeux ; pour cause, Pomès n’était pas et n’est toujours pas un photographe taurin (si ce terme et cette fonction ont réellement un sens). Il était là par hasard, sur commande et a shooté pile ses sensations. Il n’y a rien chez lui de pédagogique, rien de technique taurinement parlant ; ne restent, nappées d’un grain parfois zélé, que les photos qui lui ont sauté aux yeux. Il y a peu de toros mais surtout ceux qui meurent, il y a des toreros mais souvent sans toro, il y a surtout le peuple et les plus populaires.

Et puis, et puis, il y a trois pages ou quatre ou cinq ou plus qui annoncent Crouser ou font penser à lui. Et page 88, le bonheur, presque trouble de honte (photo prise en 1957), de ce dos nu d'une brune inconnue qu’un képi ridicule semble effleurer du venin de ses yeux...

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