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25 août 2013

Adame


Première passe de Joselito Adame à ‘Descarriado’, toro de Marqués de Albaserrada, à Tafalla — JotaC 2013

12 juin 2013

Tu quoque…


À lire, sur le blog de Fabrice Torrito, la fin césarissime de ‘Bigotero’, dictateur à vie d’un petit groupe de cuatreños d’origine Pedrajas.

Photographie ‘Bigotero’ gisant, mort, après le coup d’État © Fabrice Torrito/Les Carnets du mayoral

04 novembre 2012

Zanzibar et autres lieux (II)


De « Mirandilla »…

Une journée à « Mirandilla », ça commence à La Cantina, qui n’est plus un café taurin aujourd’hui, mais où l'on peut toujours demander à la serveuse de faire signe lorsqu’elle verra Fabrice Torrito arriver. Il arrive. Elle fait signe. Il m’embarque pour aller découvrir les Marqués de Albaserrada… et les Tulio.

À partir de cette minute, Fabrice prend son temps — il est vrai qu’il faut au moins ça pour vivre en Andalousie. Il ne méprise aucune ignorance, écoute, explique, répond, ré-écoute, ré-explique, re-répond. Fabrice s’est fait une religion de défier l’ostracisme du campo ; il évoque un peu le passé difficile, mais parle surtout du futur, en utilisant souvent l’humble conditionnel.

Les raisons du culte qu'il professe à l'endroit des toros sont là devant moi : des vaches vraiment très belles ; des Tulio moins impressionnants que dans les illustrations du Tío Pepe, mais Tulio quand même ; des erales qu’on aimerait voir sortir en novillada prochainement et des novillos aux cornes étonnamment tricolores qu’il serait chouette de voir en corrida en 2013.

Évidemment, je ne saurais vous raconter (que ce soit en mots ou en images) tout ce qui m’a été généreusement offert pendant ces quelques heures par Fabrice et ses compagnons de route, Javi et Jean-Christian, qui font un bout de chemin avec lui — et dont les parcours individuels pourraient inspirer plus d’un scénariste en quête de sujet palpitant.

Il s’agit de minuscules choses qui pourront prêter à rire pour certains, mais qui, avec la magie du campo (parce qu’il y en a une, je vous le jure), trouvent leur place dans la colonne des « grands moments de l'existence ».

Jean-Christian, par exemple, a tout compris. Il a compris que j’avais 42 ans à la ville mais moins de sept à la campagne. Moi, je me moque de mon idiotie, mais pas lui. Il me propose même de ramener un cheval au patio. Celui qui a pris la cornada. Lui se charge de l’entier. Je traîne le pas pour que la petite balade dure plus longtemps. Jean-Christian s’ajuste à mon rythme et me laisser profiter.

Javier, quant à lui, sourit. Presque tout le temps. Des fois, c’est juste un rictus, parce qu’il a le soleil dans les yeux. Mais le plus souvent il sourit pour de vrai. Il y a juste un moment où il a cessé de sourire pour franchement éclater de rire, c’est quand je lui ai demandé s’il n’avait pas un peu peur à l’idée de « tienter » les deux Tulio. En fait, il ne m’a pas vraiment répondu. Mais il a fait oui de la tête.

Fabrice a une spécialité. Il repère les vaches invisibles qui viennent de mettre bas dans les buissons et s’arrange pour poser les crotales aux nouveaux-nés de la manière la plus douce possible. C’est l’époque des naissances au campo, alors on est parti sur les traces des nouvelles mères. On (enfin, je dis « on » mais c’est pas vraiment moi, hein, c’est surtout Fabrice qui l’a vue) en a trouvé une avec son petit veau né dans la nuit. On voyait encore des résidus de placenta qui pendouillaient. Et là, Fabrice me propose de descendre du 4x4 pour poser une boucle à ce petit toro marron, couleur miel. Sa mère n’était pas loin mais je n’ai pas eu peur. C’était mon toro ! Heu, enfin, jusqu’à ce que Fabrice pense à vérifier… et m’annonce que mon toro était une vache. Mais c’est pas grave. C’est ma vache. Et elle sera sûrement très brave. C’est la 183. C’est écrit dans le carnet du mayoral : « 9/10 – 183 – H – Mulata* – 9396 ». Ma brave est endormie au soleil. Je remonte dans la voiture. Pendant ce temps, Fabrice la porte et va la mettre à l’ombre. À cet instant, je me dis que tous les « zantis » du monde peuvent bien aller manger des cailloux.

Une journée à « Mirandilla », ça se termine à La Rociana. Et ça, c’est inénarrable. Je suis sortie le ventre plein et le gosier largement hydraté, un bouquet de thym à la main et des anecdotes (pas toutes comprises) plein la tête. En guise de paiement, j’ai dû dire que José Tomás était le plus grand torero de tous les temps et chanter Non, je ne regrette rien plusieurs fois — car les présents trouvaient que mon interprétation ne ressemblait pas assez à la chanson de Doña Piaf.

* Negra mulata : ce sera sa couleur quand elle sera grande. C’est comme ça que j’ai appris que les « erreurs » de robe sur les sorteos ne sont pas (ou du moins pas systématiquement) le fruit du manque de professionnalisme ou d’une déficience visuelle des organisateurs ; c’est juste qu’ils reportent la couleur indiquée sur les fiches officielles établies par les vétérinaires alors que la bête n’a que quelques mois.


… à « Comeuñas »

J’avais rendez-vous un certain jeudi 9 octobre (un jour qui, dans le calendrier de l’an de grâce 2012, n’existe pas), à Huelva (150 000 habitants) ou à Trigueros (7 500 habitants), avec Luis Cuadri que je ne connaissais pas (seul indice : il est grand). Rencontre improbable donc… D’autant que les gens, là-bas, ne pouvaient m’être que d’une aide très modeste dans la mesure où ils parlent une langue très énigmatique. Mais c’est mal me connaître que de croire que ces menus détails auraient pu m’arrêter. Je suis finalement arrivée à « Comeuñas » où Luis avait trouvé plus sage de m’attendre, et m’a accueillie passablement sidéré en me voyant débouler à pied.

Les trois heures qui suivirent furent particulièrement néfastes pour le reste de mes vacances. À partir du moment où je suis sortie de la finca je n’ai plus eu qu’une idée : y retourner. Un peu comme quand j’ai vu ma première course ; en sortant de Las Ventas, je n’avais pas pu profiter de Madrid faute de réceptivité. Une seule pensée m’obsédait : revoir une corrida. Là, je suis un peu passée à côté de Séville parce que le campo me bouffait les terminaisons nerveuses, et ce chatouillis ne m’a pas laissée en paix.

Luis m’a ramenée à Huelva. Sur le chemin du retour, on a parlé de José Tomás. Il est très gentil, Luis. Et c’est le seul Espagnol à ne pas avoir rigolé quand je lui ai dit que j’avais préféré aller voir la concours à Arles plutôt que J. T. à Nîmes. Plus tard, tout à fait sincèrement, mais aussi un peu en manière de remerciement, je lui ai dit que l’an prochain je suivrai les Cuadri et essaierai d’aller voir combattre les lots qu’il m’avait montrés. Mais ça, je crois qu’il s’en foutait un peu. Ce qu’ils aiment là-bas, à « Comeuñas », c’est élever les toros dont ils sont amoureux et les voir sortir comme ils les ont rêvés. Le reste… c’est plus trop leur affaire. Alors j’ai simplement dit : « Merci. »

Zanzibar

22 décembre 2011

Autorovia (XIV)


À Fabrice, fais que nous puissions revoir des Pedrajas bientôt…

En coupant le contact dans la terre fumeuse de « Mirandilla », j’ai pensé que Fabrice n’était pas encore là et c’était le cas. Une femme du personnel nous a expliqué qu’il était au village (Gerena) faire réparer un tracteur. Je me suis dit : « tiens, c’est ça aussi son boulot de mayoral » et j’ai allumé une clope. Loulou court à pleins poumons. Fumer une clope pour endurer l’attente. Ça ne m’évite pas les cent pas, les réflexions à deux balles, les plans sur la comète et l’œil sur la lune que je vois là en plein jour. Sans Fabrice, tout paraît vide ici, comme si le temps avait anticipé une œuvre néfaste annoncée depuis longtemps. Je regarde Loulou qui gambade avec ses sœurs et je me dis qu’il ne reviendra peut-être jamais à « Mirandilla », parce qu’ici plus qu’ailleurs l’incertitude le dispute à l’oubli. Il y aurait de quoi s’interroger sans détour sur sa propre afición. La fumée, de moi, s’échappe en une étreinte grise sur le tronc d’un eucalyptus et je la regarde se perdre à hauteur des premiers feuillages. Finalement, Loulou et ses sœurs auront fait le tour des vieilles baraques qui ne font plus rêver (et encore) que quelques olibrius : Miura, Prieto, Cuadri et Albaserrada. Au moins, les auront-ils vus. Les souvenirs de jeunesses ne s’éteignent jamais complètement. Le tracteur vert a tout de suite épaté Loulou. Loulou aime les tracteurs, tous les tracteurs. Fabrice va s’excuser du retard, j’en suis certain en écrasant mon mégot, mais il ne devrait pas, il bosse. Fabrice nous accueille à la manière de Fabrice. En lui serrant la main, je sais que je suis venu aussi pour cela, pour ce bonjour à nul autre pareil, imperceptible, suave, léger comme le vent du soir agite à peine la cime d’un champ de blé, un bonjour délicat sous les frissons d’eucalyptus. Fabrice Torrito parle bas et doux. Il a dans ses mots le sud mais un sud sans forfanterie, apaisé et fragile. Un sud délectable d’où la délicatesse affleure sans le vouloir parce qu’elle est là, réelle et mélodique. Je l’observe contempler son pré de fleurs d’origine Pedrajas. Les vieilles vaches Pedrajas de chez le Marquis d’Albaserrada. Fabrice ne les élève pas (en vérité, si), il les admire, il les dévore de ses yeux protecteurs, même celle qui est morte parce que la vie s’arrête aussi pour les vaches braves. Elle s’éloigne mourir comme pour donner la vie ; elle laisse une place qu’elles sont de moins en moins nombreuses à prendre. Fabrice raconte aux enfants ce qu’elle fut et, du flot sucré de ses mots, les enfants comprennent que la mort fait partie de la vie et que même s’il ne reste qu’une peau dure et sèche sous leurs yeux, une peau qui fait résonner le vide au-dedans d’elle, cette peau mérite d’être là où elle a vécu, au milieu des herbes qui la cachent et sous la lune qui l’éclaire. Fabrice m’explique que le travail de récupération de l’élevage sera long et que les incertitudes et les turpitudes seront, elles,  infinies. « À part Tulio, tu veux aller chez qui pour rafraîchir ?  » Yerbabuena ? Guardiola (ce qu’il en reste) ? Je ne sais quoi répondre. Je repense à mon dernier passage chez Tulio l’an dernier. Tulio et José. Tulio, autre vieille baraque que j’ai contemplée de mon chemin. L’an dernier, j’avais une boule dans la gorge, même les belles choses du campo n’avaient pu me l’ôter. Fabrice a raison après tout. Il faut qu’il tienne ne serait-ce que parce qu’il est là. Ne serait-ce que parce qu’avec toute sa délicatesse d’un sud fragile et apaisé, il les emmerde tous à élever du Pedrajas. Ne serait-ce que parce qu’un Tulio, un Pedrajas, un Albaserrada, c’est beau et ça fait peur. Mets du Tulio ! Nous irons voir leur peau faire résonner le vide de ce monde taurin qui tweete mais ne tue plus.
À la fin, Fabrice s’est tu et nous allions partir. Dans la grange, dans la pénombre, Éléonore a photographié sa sœur. Au premier plan, il y a une tête de toro mort. Derrière elle, Fabrice marchait le long du gigantesque mur blanc et son ombre s’étirait avec douceur, comme ses mots, vers le bout d’un tunnel qu’il creusera de ses ongles s’il le faut. Mets du Tulio Fabrice.

>>> Retrouvez une galerie consacrée à la ganadería du Marqués de Albaserrada sur le site www.camposyruedos.com, rubrique CAMPOS.

15 août 2011

27 mai 2010

Silence


Andalousie, Gerena, Mirandilla. Une fin d’après-midi du mois de mai, au cœur du campo, juste après l’averse. Le moteur est arrêté, les portières ouvertes. Le silence, la sérénité d’un instant comme une parenthèse, loin de tout. Fabrice sait qu’il va venir le vieux semental, malgré notre présence. Peut-être pas si vieux d'ailleurs. Mais c'est mieux de l'imaginer vieillissant. Ça accentue le sentiment d'éternité. Il arrive, tranquillement, hésitant, nous observe de loin quelques minutes et s’approche enfin. Il n’y a rien à dire, ni à faire, juste une photo pour le souvenir, puis se taire, regarder et profiter. Surtout ne rien dire. Profiter.

10 janvier 2010

Un Torrito en Mirandilla...


“No hay mal que por bien no venga” dice el refrán…
Y el mal, lo muy mal, sucedió en octubre pasado. Algunos amigos nimeños viajaron a Sevilla, donde tienen una casa en Sanlúcar la Mayor, que no es un sitio cualquiera. Está a dos pasos de la hacienda Benazuza, finca histórica de la familia Pablo Romero transformada hoy en un hotel de lujo en el que se puede disfrutar de la delirante comida de Ferran Adrià.
No muy lejos de ahí, en la finca del Marqués de Albaserrada, vive y trabaja otro francés, Fabrice Torrito. Ese día de octubre él tenía la cara desencajada y su mujer, Isabel, presentaba lágrimas en los ojos, y es que aquella noche el almacén que albergaba su cosecha de forraje acababa de convertirse en humo.
No ocurrió el incendio por obra del Espíritu Santo, sino que fue provocado con nocturnidad por unos desalmados anónimos de los que solo se puede deducir que su afición se sitúa al nivel de las alcantarillas, pues en otro caso no se entiende que se ponga en peligro el futuro de una vacada nada más que por jorobar y asustar a un franchute.

Ciertamente, el hecho de que un francés pueda ser asociado de manera tan íntima al destino de la ganadería del Marqués de Albaserrada no gusta a todo el mundo, sobre todo en los ambientes rurales menos desarrollados.

Ese día de octubre Fabrice estaba en el fondo del precipicio, ahogado en un abismo de dudas y desesperación.
Los aficionados nimeños, testigos cuasi directos de la tragedia, ya de vuelta en Francia, no han perdido un minito en reunir a algunos de los amigos de Fabrice para pensar en la manera de ayudarle.
No les voy a comentar todas las cosas que ya se han hecho, que son muchas, pero sí quiero hablar de ese día de enero de 2010, cuando la asociación "Los Amigos de Pablo Romero" recibió a Fabrice Torrito para dar una conferencia en la que habló de su vida, de su afición a los toros, de su trabajo en la ganadería del Marqués de Albaserrada, y de la felicidad de vivir en el campo a pesare de los últimos reveses.
También se aprovechó para anunciar la creación de la asociación "Torrito Afición" y su blog Les carnets du mayoral, desde el que Fabrice nos informará de su vida en el campo y de su trabajo.

09 janvier 2010

Torrito Afición


Les choses ont commencé où elles auraient bien pu s’arrêter lorsqu’on y songe.
Peut-être un signe finalement, comme un nouveau départ, ou plus certainement le renforcement de quelque chose, l’affirmation de vingt années d’une existence qui ne pouvaient ainsi partir en fumée.
C’était en octobre dernier. Des amis nîmois descendent à Séville où ils possèdent une maison. A Sanlúcar la Mayor plus précisément, et pas n’importe où. A deux pas de l'hacienda Benazuza, finca historique de la famille Pablo Romero aujourd’hui transformée en hôtel de luxe, en Bulli hôtel, où l’on peut déguster la délirante et décoiffante cuisine de Ferran Adrià.
Ils y vont régulièrement les Nîmois à Sanlúcar la Mayor, pour bichonner leur maison. Il faut dire que même si elle est quasiment entièrement rénovée il manquera toujours un coup de pinceau à donner ou quelques trous à boucher. Prétextes à la vérité.
On ne leur en voudra pas. On les envierait même.
Non loin de là, à Gerena, vit et travaille un autre Français, Fabrice Torrito. Vous savez.
Ce jour d’octobre Fabrice a la tête des très mauvais jours et Isabel les yeux brillants. La grange qui abritait l’intégralité de leur récolte de fourrage venait de partir en fumée, et pas par l’opération du Saint-Esprit.
Non, l’action évidente et répugnante de quelques salopards anonymes et nocturnes. Algunos cabrones desalmados...
Faut-il donc que leur afición soit au niveau des égouts pour mettre ainsi en péril la pérennité d’un élevage, la survie d’une vacada, juste pour emmerder et faire peur à un franchute...
Car le fait qu’un Français puisse ainsi être associé au plus près à la destinée de l’élevage du Marqués de Albaserrada ne plaît pas à tout le monde dans les recoins les plus attardés du campo.
Ce jour-là, Fabrice était au fond du gouffre, noyé dans un abîme de doutes et de désespoir.
De retour en France, les aficionados nîmois, témoins quasi directs de la tragédie, ont immédiatement réuni quelques-uns des amis que compte ici Fabrice. Et le navire s’est mis tout aussi immédiatement en branle, poussé entre autres par l’immense grande gueule d’Arlette Chavanieu... Rien que ça déjà... Même Chacha a fait le déplacement. Et si les Chavanieu s’en mêlent, c’est un signe.
Je ne vais pas m’étendre sur les détails de l’organisation et sur ce qui a déjà été fait. Ce serait trop long. Mais cette première étape s’est vue concrétisée vendredi soir, à Nîmes, chez Les Amis de Pablo Romero. Fabrice était l’invité de la première réunion hivernale de l’association, pour y raconter sa vie, son afición, sa connaissance et sa pratique du campo. Un bonheur à déguster malgré les déboires récents.
Ce fut aussi et au final l’occasion d’annoncer la création d’un nouveau club taurin que l’on souhaite aussi atypique et riche que Fabrice : Torrito Afición.
Un site internet verra prochainement le jour et Fabrice nous fera partager assez régulièrement la vie du campo, sa vie au campo, au travers d’un blog : Les carnets du mayoral. De bien belles choses en perspective...

04 janvier 2010

Fabrice Torrito


Fabrice Torrito, à Camposyruedos, vous le connaissez. Il fut notre complice du « Toros y Vinos à Mirandilla ». Philippe nous en a parlé récemment et Yannick nous avait présenté cet agrotourisme intelligent tel qu’il se pratique chez le Marqués de Albaserrada.
Fabrice est nîmois d'origine. Il y a une vingtaine d’années, il a décidé de laisser de côté la voie professionnelle que lui avaient ouvert ses diplômes et il est parti s’installer, en Andalousie, au cœur du campo pour y vivre sa passion. Vingt ans plus tard il est devenu mayoral, aujourd’hui chez le Marqués de Albaserrada.
Le parcours est pour le moins atypique et passionnant, mais loin d’être une évidence. Beaucoup en on rêvé, personne ne l’a fait. Fabrice, oui...
Et ce vendredi 8 janvier 2010, Fabrice sera à Nîmes l’invité du club taurin Les Amis de Pablo Romero pour le premier rincón annuel de l’association.

Vendredi 8 janvier, 20 heures, 12 rue Émile Jamais à Nîmes.


L'entrée est évidemment libre. ¡Imprescindible!

19 décembre 2009

Paroles de conteur


Les vacances... Regarder la neige tomber, rajouter une épaisseur, boire un thé, prendre un livre — carré, rouge, à tranche fine. Un livre d'histoires qui a la sienne, belle et inoubliable, mais comme elle vous intéressera quand même moins que toutes celles qu'il renferme, je ne vous la raconterai pas. Chez moi, les ouvrages abordant de près ou de loin les bêtes à cornes se serrent les couvertures sur deux étagères de la bibliothèque. Sauf un, le rouge, carré, à tranche fine. Celui qui parle... Mais n'allez pas croire qu'il en a été chassé parce qu'il parlait — je pense à ces jouets à piles qui agacent tant les parents. Non, je l'ai offert1. À Céret, au Cheval dans l'Arbre2... Mais non ! À ma fille qui, depuis, le garde jalousement dans sa chambre, dans sa bibliothèque à elle — à la faveur d'un récent déménagement, j'ai tenté de lui extorquer discrètement cette publication unique dans la littérature taurine, mais rien à faire ! « Il est chouette ce livre. » Ce n'est pas moi qui le dis, même si je le trouve (très) chouette aussi. Et pratique quand il lui prend de me poser une question pour laquelle la réponse tarde à venir. Alors je lui réponds : « Prends ton Luminoso3 ! » — c'est vrai ça, tout y est, elle n'a qu'à chercher... Et comme elle fait bien, parce que la réponse de son père, elle l'attendrait encore !

Sommeil d'innocent, par Fabrice Torrito
L'homme à cheval est parti ce matin pour rechercher les veaux nés cette semaine. Il doit les identifier. Il note d'abord sur son carnet la date de naissance, si c'est un mâle ou une femelle, la couleur de sa robe, l'endroit où il l'a trouvé et quelle vache est sa mère. Il doit ensuite l'attraper pour lui poser sur l'oreille une boucle numérotée.
Aujourd'hui, il cherche le rejeton de la vache Artificia. Il sait qu'il est né puisque sa mère est revenue vers le troupeau de vaches, et il a observé que son ventre s'était vidé. Mais il n'a toujours pas trouvé la cachette. Connaissant l'intelligence de cette vache, il se doute que l'endroit doit être très compliqué à localiser. L'année dernière, elle avait dissimulé son bébé en creusant sous les racines d'un olivier centenaire.
Après deux heures de recherche, le cavalier sent qu'il est près du but. Il a repéré des empreintes de petites pattes sur la berge de la rivière. Le veau est venu boire ici il y a peu de temps. Les empreintes repartent vers la forêt. Le cheval stoppe net et tend les oreilles. Il a entendu un bruit. Le vacher écoute à son tour. Effectivement, sur sa droite, à une dizaine de mètres, un léger mouvement fait trembler les feuillages d'un buisson. Il y a quelque chose caché. Le vacher se rapproche. Plus rien ne bouge. Plus aucun bruit. Par expérience, il sait que le veau est bien là, tapi.

Le cavalier, avec sa lance, tape un petit coup dans le buisson. Rien ne réagit. L'homme insiste et frappe à nouveau, mais plus fort. Surgit alors le veau qui, sans y penser deux fois, se précipite vers le cheval. Le vacher ne peut s'empêcher de sourire. Il reste admiratif devant cet acte de courage. Comment ce si petit animal peut-il attaquer un cheval et son cavalier ? Ce volumineux ennemi a la taille d'un véritable géant pour lui. L'homme le sait depuis longtemps, un taureau en colère est l'animal le plus fougueux de la terre. Rien ne l'arrête. Rien ne l'effraie. Même pas peur ! Le veau butte contre les pattes du cheval. Il donne des coups de tête, utilisant déjà ses cornes naissantes.
Le vacher fait attention de ne pas piétiner le veau. Avec précaution, il s'éloigne en évitant que son cheval ne l'écrase. Il s'arrête un peu plus loin. Le veau l'observe, les muscles de son petit corps tendus, tremblant de rage, prêt à s'élancer à nouveau. Un véritable face à face s'instaure. Dans la tête du veau, la situation est claire, il a réussi à repousser l'ennemi. Son orgueil est sauf, il n'a pas reculé, et il peut partir en vainqueur. Dédaigneusement, il tourne alors le dos au vacher et s'éloigne en trottinant. Le vacher le suit, à une distance prudente. Il attendra un terrain plus propice pour l'attraper.
Le veau, qui se rend compte que l'ennemi ne lâche pas prise facilement, utilise une autre tactique : la fuite. Il s'élance au galop. Le cheval accélère à son tour. La poursuite est lancée. Le cavalier est heureux. Poursuivre un veau à cheval est toujours un moment agréable. Le veau sait par instinct que rejoindre la forêt est son salut. Effectivement, il y pénètre et le cavalier doit mettre pied à terre, la végétation devenant trop dense pour continuer à cheval.
L'homme court maintenant à pied derrière le veau. Il doit franchir des obstacles difficiles : un maquis dense de fougères, de bruyères, de lentisques, de buissons piquants, de ronces cuisantes et même des ruisseaux d'eau glacée. Le veau est étonnant de force et de résistance. Au soleil, le vacher calcule que cela fait plus d'une heure que la poursuite dure.
Soudain, il n'aperçoit plus le veau devant lui. Etonné, il avance avec précaution. Il découvre alors l'animal qui ne bouge plus, couché sous un chêne. Le vacher se demande s'il est en train de lui jouer un tour. Il se méfie. Il sait qu'il a affaire à un veau très malin. Quelle surprise ! Le veau ronfle. Il est tout simplement en train de dormir. Epuisé, comme un bébé qui a trop joué, il est tombé net et s'est assoupi.
Le vacher sourit à nouveau et pense que ce repos est plus que mérité. Il ne va pas le déranger, mais seulement apprécier en silence, respectueux de ce sommeil d'innocent.●

1 On peut l'offrir toute l'année... Noël était loin devant nous, son anniversaire déjà loin derrière.
2 Nom de la librairie cérétane.
3 Fabrice Torrito (dessins de Maria Torrito), Luminoso se mit à parler..., Lapuita/Sedicom, 2007.

Rappelons que l'auteur a son rond de serviette à Camposyruedos ; qu'il nous soit permis, ici, de le saluer chaleureusement.

Images Sous les chênes du Marqués de Albaserrada... ● Cette tête, une vraie réussite © María Torrito (une des filles de Fabrice) ● ... à « Mirandilla » © Camposyruedos

07 septembre 2009

Comment est mort ‘Desgarbado’


Une dizaine de jours avant « sa » Madeleine, la peña Escalier 6 me proposa de réfléchir à un court texte pour son Petit journal du Plumaçon du 18 juillet. Ce jour, certains d’entre vous l’ont peut-être eu entre leurs mains...

Il me fallait respecter deux contraintes : 1/ Causer de Victoriano del Río et de sa lubie pour le clonage ; 2/ Ne pas dépasser 2 000 caractères, espaces compris ! Sympas, les Montois…

Prisonnier de ma profonde vanité, j’ai pensé que ce petit papier pouvait être partagé avec d’autres… le jour même du premier anniversaire de l’indulto de ‘Desgarbado’.


L’élevage de Victoriano del Río est un laboratoire. L’objectif est clair : reproduire à l’infini le même toro. Deux piques et quatre-vingts passes. Une mentalité de becerro. Un cauchemar pour l’aficionado.

La menace Victoriano

Le plan était cousu de fil blanc. Emballé dans ce même tissu immaculé nécessaire à la confection des mouchoirs qu’on agite pour faire tomber les trophées, accéder à la gloire. Du jour où une incroyable ferveur populaire promit à ‘Desgarbado’ le repos éternel, Don Victoriano del Río, le proprio, se promit une fois encore et à grand renfort de billets verts de tout mettre en œuvre pour profiter de cette poule aux œufs d’or. Si trop belle fut l’occasion, irrépressible sera la folle tentation de cloner la bestiole1.

Cinq ans plus tard.

Dès sa sortie du
toril, ‘Desgarbado II’ impressionna l’assistance par son exceptionnelle présence — un frisson d’effroi parcourut les travées à la vue de cette forte tête finement armée. Sans jamais fléchir, il livra au cheval une fantastique bataille en cinq actes et fit mordre la poussière à une cuadrilla pourtant héroïque. Vendant chèrement sa peau tout au long du combat — quel manque de classe ! —, il s’appliqua sans relâche à casser autant le moral de son adversaire que l’ambiance avant de recevoir... une épée dans le cou.

Dépité, déshonoré par l’improbable prestation de son clone triste
2, c’est avec la queue entre les jambes et la nette sensation d’avoir été floué que Don Victoriano quitta précocement son tendido. Trahi par la Science, notre « Victorien de la Rivière » en voulait à la terre entière et plus particulièrement à quelques Amerloques et des milliers de Dacsois. Rien de moins qu’une tenace envie de meurtre lui chatouillait les doigts.

Sierra de Guadarrama (Madrid).

L’aube attendrait. On enfile bottes et veste en silence. On se saisit du canon et des munitions ainsi que de la casquette, sans quoi tout ne serait qu’opérette. Un grincement de porte. Les membres gourds, on sort comme dans un rêve. Pleine est la lune. Souffle court et fumée blanche, on s’avance lentement sur le sol gelé. Là, le 67. PAN !!!

Il allait sur ses dix ans.


1 En 2008, la société texane ViaGen assura le processus de clonage du semental ‘Alcalde’ de VDR.
2 © Laurent Larrieu.


Image tirée de la galerie consacrée au Marqués de Albaserrada, rubrique « Campos » du site. © Campos y Ruedos

22 octobre 2008

Faute !


Une fois n’est pas coutume, la mailing list interne de Campos y Ruedos a vu rouge tandis que j’enfilais mon pyjama... Vous faites ch... les gars ! Bien, les quelques lignes qui suivent sont ainsi, en grande partie, motivées par le dernier édito1 de M. Viard, particulièrement... discutable.

Gendre idéal d’âge mûr — celui auquel on reçoit prix et flatteries —, impeccable sous tous rapports et omniscient car riche de plus de trente ans d’afición (inclinez-vous pauvres gueux !), M. Viard semble mal vivre l’apparition des blogs taurins — requalifiés en forums pour mieux les discréditer (?) à moins qu’il ne confonde à dessein posts et commentaires (?) — et ne pas supporter davantage que l’on puisse penser différemment de lui. Depuis un an environ2, régulièrement, trop fréquemment sans doute, tel un gamin à qui l’on disputerait le jouet préféré, il dégaine son clavier et commet dans un tout autre style ce qu’il reproche à ses victimes trentenaires aigries et amères. Le voici donc, très sûr de lui-même, qui stigmatise et les « analphabètes ignares » (sic) — pléonasme quand tu nous tiens —, « démagogiques » voire « irrespectueux » et « la frange ultra qui [...] fait preuve d'un analphabétisme qui laisse pantois » !

Ce qui me laisse pantois, M. Viard, c’est lorsque vous écrivez sans état d’âme : « De même que pour écrire il faut d'abord apprendre grammaire et vocabulaire ». Admettons, mais sachez M. Viard que « sud-est » et « sud-ouest », faisant référence à une « partie d’un pays située dans cette direction »3, s’écrivent avec des majuscules ; que « spectacle » prend bien évidemment un « s » dans « la plupart des spectacle » ; que « quelque soit » se lit beaucoup mieux en décollant le « que » du « quel » ; que vous perdez les pédales en nous gratifiant de « perdre la pédales » ; que « quelque » ne prend pas de « s » dans « quelques temps » ; que le premier « o » de « cotoyé » se coiffe en revanche d'un chapeau — il fait parfois chaud au palco — ; que « la science infuse ne se décrète pas [elle] s'acquiert tout au long d'un parcours studieux » constitue un bel exemple d’antinomie car comment apprendre ce qui, par définition, relève de l’inné, et (enfin !) que « de bonne bases » n’est pas correct.

« Et il est malsain, je pèse mes mots » — la formule vous appartient —, de fonder sa critique en portant le fer sur la grammaire et le vocabulaire quand on accuse soi-même des lacunes dans ces matières. Allez, souriez quoi ! Tout ceci au fond n’est pas bien grave quoiqu’un peu minable, j’en conviens. Une seconde d’inattention et c’est la cornada !

1 Le torisme intelligent, édito du 21.10.2008.
2 L'aficion critique, édito du 25.10.2007.
3 Le Petit Robert.

Image Chez le Marqués de Albaserrada © Camposyruedos

17 juin 2007

"Mirandilla" ou l'agrotourisme intelligent - Marqués de Albaserrada 2007


Pousser le portail de "Mirandilla", à Gerena (province de Séville), c'est pénétrer dans une ganadería vieille de plus de quatre-vingt-dix ans. L'histoire de l'élevage du Marqués de Albaserrada, ou plutôt des deux élevages qui ont été successivement annoncés sous ce nom, est trop connue des aficionados pour qu'il soit besoin de s'y attarder. On sait notamment que le sang originel, constitutif d'un encaste à part entière, se retrouve aujourd'hui principalement dans les ganaderías de Don José Escolar Gil, d'Adolfo Martín Andrés et du plus connu de tous, Victorino Martín Andrés.
La ganadería actuelle de José Luis de Samaniego, créée en 1947 par le père de l'actuel propriétaire à partir de bêtes d'origine Juan Pedro Domecq (à dominante Veragua) acquises auprès de Rafael Romero de la Quintana qu'il croise avec du bétail de Isaías y Tulio Vázquez, ne contient plus rien du sang de l'encaste créée dans la première partie de son histoire. Le sang éponyme de l'élevage sera promis à un brillant avenir entre les mains du fameux sorcier de Galapagar.
L'élevage du Marqués de Albaserrada connaîtra son heure de gloire le 12 octobre 1965, lorsque le novillo 'Laborioso'1 sera gracié dans les arènes de Séville, ce qui reste à ce jour le seul cas d'indulto accordé à la Maestranza (sans doute pas pour longtemps...). Au cours de ses dix années d'activité de semental, il sera à l'origine de trois cent soixante-dix naissances. On peut sans doute le considérer comme le reproducteur le plus important de l'élevage, dont l'ombre et le souvenir sont encore palpables dans la finca plus de vingt ans après sa mort, tant sont nombreux les témoignages qui lui sont consacrés.
Au-delà de l'intérêt historique et de celui de découvrir un élevage dont les origines (Domecq-Pedrajas, dans des proportions que l'on renonce à quantifier) présentent un intérêt certain pour l'aficionado, visiter "Mirandilla" est un véritable bonheur pour les yeux : les bêtes sont superbes, le campo magnifique et le cortijo un modèle d'élégance et de pureté à l'andalouse.
Visiter cette finca, c'est aussi aller à la rencontre d'un Français qui, en avril 1992, décida de quitter la cité du crocodile et du palmier pour s'installer en Andalousie dans le but, comme il l'écrit lui-même, "de se rapprocher du taureau". C'est là qu'il tue son premier novillo, crée un élevage de taureaux de combat - sur lequel nous espérons avoir un jour l'occasion de revenir en détail - et écrit son premier ouvrage consacré au toro2. Mais surtout, c'est dans cette Andalousie qu'il découvre "Mirandilla" et les toros du Marquis. Très rapidement, un projet d'agrotourisme taurin voit le jour, pour faire découvrir aux aficionados (des plus novices aux plus expérimentés) les charmes de cet élevage prestigieux, et de l'élevage de toros bravos en général.
Réussir à se faire une place - lui le francés - dans ce campo certes accueillant mais peu œcuménique en dit beaucoup sur la légitimité qu'il a pu acquérir grâce à ses connaissances et, surtout, à son grand sens pédagogique. Sans jamais sombrer dans une vulgarisation exagérée, ni renier ses convictions "toristas", Fabrice Torrito a réussi le pari risqué qui consistait à participer à ue structure d'agrotourisme centré sur l'élevage de taureaux de combat. L'entendre parler de toros à de parfaits débutants (qui repartiront comblés et sous le charme, ravis d'avoir eu l'occasion de se voir dispenser un petit cours dans une matière habituellement réservée à la langue espagnole - avec prononciation andalouse...) procure une joie rare et le sentiment que tout n'est peut-être pas perdu.
La joie de visiter le campo sans contrainte, et la liberté qu'elle procure, font souvent voir d'un œil méfiant la création de structures de ce type. Les écueils sont d'ores et déjà nombreux en la matière, qui nous font appréhender le concept avec une certaine dose d'amertume ; nous aurons sans doute l'occasion d'y revenir. Mais il faut saluer ici une approche à la fois authentique et originale, dont la concrétisation ne souffre aucun reproche. Cela s'explique avant tout par la personnalité de Fabrice Torrito et la volonté qui l'anime. Ce qui rend la reproduction du modèle difficilement réalisable.


1 Pour l'anecdote, 'Laborioso' est aussi le nom du toro du retour de José Tomás dans les ruedos ce 17 juin 2007.
2 Toro : Cinq années de mystère, cinq mille ans de culte, mars 2004 (retirage septembre 2006). A noter que le livre a obtenu la Plume d'Aigle de l'ANDA en 2004. Le nouvel ouvrage de Fabrice Torrito (plus spécialement déstiné aux enfants) vient d'être publié. Je tâcherai de vous en dire davantage quand j'aurai réussi à me le procurer dans mes contrées lointaines et très peu taurines...