07 août 2010

Moreno de Silva à Parentis, demain...


A Jean-Marc, en souvenir...


Madrid, 18 août 1996, au cœur de l'été, une corrida de 5 toros de Joaquín Moreno de Silva et un remiendo de Carlos Núñez. La chaleur est écrasante et les arènes plus vides que pleines. Au centre de l’immensité, le fragile Luis Parra 'Jerezano' dépose précautionneusement sa montera à ses pieds, se redresse, se cambre et pointe du menton le Saltillo, à l’autre bout, collé aux planches.
Au premier mouvement de la flanelle rouge le toro gris et fin n’hésite pas une seconde. Il s’élance, allègre, vif, et fait l’avion lorsqu’il pense pouvoir attraper la muleta qui se dérobe sous ses cornes astifinas.
Les passes s’enchaînent, la faena se construit rapidement et sans hésitation ; la personnalité et la vivacité du toro l’imposent ainsi. Il ne peut en être autrement, ou c’est le fracaso. Jerezano fait face et se hisse à la hauteur de l’opposant qui semble se faire partenaire. Le moment est précieux, intense, et effrayant pour finir, au moment de l’estocade. La caste n’est jamais innocente. Deux coups de cornes, 15 et 20 centimètres.
La corrida fut très sérieuse de présence et de comportement, très complète, passionnante, mobile et piquante.
La caste vive des Saltillo et la décision de Luis Parra 'Jerezano' nous ont rendu cette après-midi intimiste absolument inoubliable.
Quelques mois plus tard, nous rencontrons l’éleveur dans un bar proche des arènes. Il est évidemment enchanté. Il nous parle d’avenir, de ses projets, de ses envies. Deux corridas, peut-être trois, c’est ce qu’il voudrait faire combattre chaque année et en priorité à Madrid. Car Madrid est pour tout éleveur le centre de la galaxie taurine.

Nous étions tous aux anges, comme des voyageurs égarés dans le désert découvrant sans vraiment s’y attendre une oasis inattendue et prometteuse.
L’oasis ne fut hélas qu’un mirage puisque, très rapidement après cette course mémorable, la vacada de Moreno de Silva fut frappée par la maladie, la tuberculose je crois, et décimée en grande partie.
Désenchantement total de la petite partie de l’Afición concernée par ce genre d’élevage, désespoir on l’imagine chez l’éleveur. Envolés les prévisions et les projets. L’horizon se fit plus que sombre.
Ce que l’Afición ne savait pas c’est que Joaquín Moreno de Silva ne s’était pas découragé. Il puisa dans ses réserves et dans des sangs similaires la force de tout recommencer, presque repartir de zéro.
La résurrection, quasi officielle, eut lieu à Madrid, en 2007 en novillada, et les années suivantes avec trois autres novilladas qui firent beaucoup parler. La caste parle et la caste fait parler.

Madrid, septembre 2008. Le torero retiré André Viard, pourtant absent des arènes ce jour-là, dénoncera sur son site Internet « des novillos faits de mauvaise caste, de genio intoréable, qui avaient mis deux novilleros à l'infirmerie dont le français Camille Juan »
Manipulation de l’histoire car ce fut en réalité un second succès qui valut à l’élevage d’être répété une troisième fois, en 2009.

Nouveau succès pour la troisième comparution, cette fois sans histoire, et Moreno de Silva s’ouvrit ainsi les portes de la San Isidro.

Madrid 2010, Feria de San Isidro.
La novillada sort moins imposante que les années passées mais très encastée, mobile et de comportements très divers, du brave au très manso, mais toujours avec cette caste qui maintient un intérêt majeur et constant.
Fait rarissime, deux novilleros totalement dépassés par cette caste vive, quoique nullement assassine, ne pourront venir à bout de leurs adversaires et écouteront les trois avis fatidiques.
A l’issue de la course, le novillero Paco Chaves, dont j’ai peur que l’histoire ne retienne pas le nom, se laissa aller à déclarer que « de pareils élevages ne devraient même pas exister ».

Madrid, mais aussi la France. Un novillo à Parentis en novillada concours et puis, surtout, l’inoubliable novillada de Carcassonne en 2009, avec 'Diano' en point d’orgue.
Et demain Parentis avec une expectación certaine, une attente que nous ne voudrions pas être déçue. Croisons les doigts.

Image Reseña de Luis García pour © ABC