
Si Nénèche avait un père, ce serait Victorino, s'il avait un frangin, ce serait Paco... et ces deux-là étaient d'ailleurs là, parce que René n'a jamais aimé les toros autrement que cárdeno, et n'a jamais pensé qu'on pouvait les toréer mieux que le fit jadis Ruiz Miguel. Et il jubilait, le Nénèche, de les voir là, tous deux réunis, pour célébrer ses 50 baluches à lui de fiesta a los toros. Tu parles, « 50 baluches », juste un prétexte à se faire plaisir, juste un prétexte à les voir là, à les avoir pour soi, à la maison, pour lui, rien que pour lui, à un hachazo de son coeur d'éternel chaval.
Au bout de la table, chez Auguste, entre 2 quilles de rouge et un cendrier, 40 ans d'Afición, d'histoire de toros, de gloire et de fracasos, d'éclats de rire, de coups de sang, d'émotion salée qui se laisse aller discrètement sur la joue... 40 ans d'une passion amoureuse, éclose en un bel après midi gascon de mai 1970, quand Victorino n'était plus tout à fait Escudero Calvo, et que Ruiz Miguel débarquait, minot, dans ce trou gersois pour y écrire sans le savoir la plus émouvante des pages de l'Histoire de l'Afición française. Pouvaient-ils se douter, ces deux messieurs-là, qu'à quelques tendidos de leur historique rencontre de sang, le jeune Berlandier mêlait en même temps son destin au leur, pour ne plus jamais lâcher l'étreinte...
Ils n'étaient donc pas deux, mais trois, ce jour-là, et 40 ans après, chez Auguste, dans l'unique saveur des nuits arlésiennes, planait à nouveau la douce caresse des collines du Gers, la rudesse d'un ruedo intemporel et le souvenir d'un moment unique en noir et blanc qui appartient à l'Histoire des hommes et des toros... Une Histoire pour l'éternité. Celle de Victorino, Ruiz Miguel et… René, qu'on appelle aussi Nénèche. Ils n'étaient pas deux, mais trois, ce 18 mai 1970, et personne n'y pourra plus rien. C'est écrit et c'est comme ça.
Parce que les toros sont arrivés quand les hommes se sont mis à rêver...
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