A Sébastien, planta aficionada vindicative d'une dizaine d'années (et assis derrière moi aux arènes).

« ¡Aquí hay un par! » observe Bego quand le Mexique se joue l'objet en question sous le cagnard et face au Veragua. Notre muse secrète a trouvé le leitmotiv du week-end. Toreros de tous métaux, monosabios costauds et palefreniers garibaldiens associés, chacun à son poste, ça va secouer. C'est chaud sur le ciment numéroté, bouillant en bas et quasiment tout le monde aguante.
Comme prévu : supposé, espéré, prié. Attendu ? Attendu que les toros sur le papier se froissent trop souvent au contact de la réalité, l'impression de mauvais déjà-vu assortit tout "prévu" d'un "pourvu" adverbial et exclamatif. On n'est jamais trop prudent, on est surtout prévenu. Les férias ne sont jamais gagnées d'avance en dépit du soin attaché au choix des ingrédients et si tout ne fut pas parfait pendant deux jours, les corridas s'avérèrent toujours pour le moins entretenidas. Deux jours en forme de récompense, d'encouragement. Un cageot entier de poires au pays des cerises pour la persévérance, la soif de caste, les longues soirées d'hiver et les jours difficiles qui continueront à venir. Avec un peu de recul, je plains ceux pour qui ce fut le premier shoot de toros, pour la quête d'intensité qui s'en suivra. Ça leur coûtera un bras. Le concept reste extrême, âpre et limite, berceau outrancier sur sardine sobrera chez Fidel San Román, poids des novillos pudiquement dissimulés, maintien de Paco Chaves, un puyazo de plus (prononcez pouillaaasse) pour la gourmandise ou par nécessité, toros de tous âges et tailles, larmes inutiles et émouvantes de Meca et Aguilar quand deux (vueltas) valent mieux qu'une (petite oreille), du Vázquez qui se crame consciencieusement au premier tiers, des Portugais jetant un regard affamé au cheval tels des cannibales tombant sur un missionnaire et un Albaserrada punk et décoloré pour clore le cycle... En voulez-vous ?
Vous n'emmènerez jamais votre belle-mère voir une corrida là-bas (déjà votre copine ça ne sera pas chaque année), parce qu'après avoir trop cherché la fraîcheur dans votre bière sous les platanes périphériques entre deux courses, vous ne sauriez décemment lui proposer une sieste à l'ombre des pins dans le parc, qu'elle n'a pas l'odorat raffiné pour apprécier les effluves de crottin ni l'audacieuse politesse de demander au voisin de tendido d'allumer un autre cigare pour le bonheur du mélange. Parce que Céret reste un lieu d'amateurs à partager avec les fols amis, les amoureux transis ou dépités, les Madrilènes égarés et les futurs mariés qui en fait ont annulé. Parce qu'un match de foot à la saucisse, fut-ce une finale, c'est beaucoup après douze toros dans la journée. Parce qu'elle a un gros cul sur les gradins étroits et que le mien déborde déjà un peu mais surtout parce que si par hasard elle s'avérait anti-taurine, il n'est pas exclu que la prochaine fois, on préfère lâcher le toro.