30 mars 2011

Vous avez un nouveau message

 
"J'arrive de passer 2 jours (que du bonheur) chez Victorino. Aucune funda à l'horizon"
19 mars 2011 16:39 de RenéArles

28 mars 2011

Tchernobuffalobyl


Sur la placita de tienta, l’herbe a poussé. Sur les burladeros, le fer de Martínez* a été remplacé. Le soleil se couche. Rien n’accroche le regard. Le rond embrasse le vide. Il y a cent ans la descendance de 'Diano' déposait son caca prestigieux sur cette herbe douce. Le vent est bleu, la nuit vient. Le vide est parfait, mieux que le rien. RIEN. Le vent est bleu, la nuit vient. Reset.

En bas la route. La route se tait. Les urbanizaciones de Moralzarzal n’existent pas. La finca est ce vide, ce rien. L’herbe est douce, le ciel est près... plus près on le toucherait. La terre tourne encore. La ferme ! N’être que là. Bras d’honneur. L’herbe est douce. Elle mouille à mesure que la nuit vient. Viens la nuit !

N’écrire plus. Y’a plus rien à écrire de toute façon. Faudrait être un monstre pour soi-même et on l’est trop souvent le reste du temps. Et tous ils veulent savoir si y’aura le Juli deux fois ou le Morante dix, ça les excite ça, se mettre en goguette tout roide, s’imaginer les mains en transe, vibrionnant de partout, remués par l’ART, ce putain d’art sur lequel il est interdit de cracher. Politesse de l’horreur. L’herbe mouille. La nuit vient. Faudrait pas voir tout ça, faudrait pas se rendre compte. Les antis de Catalogne, l’Europe du propre, si propre que tout est transparent, lavé, blanchi, ça sent la lessive même au campo ; faudrait pas le dire, faudrait pas l’écrire... tout ça, c’est bagatelle ! Ritournelle d’hiver ! L’hypocrisie du regard de côté ! Le ver dans le fruit. Pourri. Il a raison. Il vient de t’expliquer tout ça, il vient de faire comme tous les autres rencontrés avant. Il te dit que le mal est dedans, les taurins, les suiveurs, les figuras sa race, le G 9+1, le G nocif. Et les ganaderos ? Y’en a plus de ganaderos qu’il t’a dit. Des vrais, des mecs qui sélectionnent, des types qui dorment pas la nuit parce que les toros gueulent sous la lune, des branques aux petits yeux fatigués de craindre l’attente des cinq ans à venir... quel semental sur quelle vache ? Et si cette vache ? Celle-là ? Non, ce toro ? Y’en a plus. Sauf un ou deux on est tous d’accord. Il a les noms. Nous aussi. Putain la belle jambe. Le vide. Ne plus entendre. Le ciel. Je le touche. Le vent est bleu, la nuit vient.

Même Martínez (ses héritiers en vérité) il élevait des toros pour figuras. 'Diano' c’était pour ça. C’était 1904. 'Solimán' et les autres, ils ont tué le Jijón. Même Martínez, même et surtout 'Diano'. Mais y’avait un risque. 'Diano' ça restait un risque. Un croisement c’est un risque, c’est tout, tout Ibarra qu’il était. Y’avait comme une démarche, une presque philosophie, une attitude en somme. On voulait du toréable, on s’entend du toréable pour l’époque, on voulait du qui dure, le temps commençait à compter mais y’avait le risque de l’erreur, y’avait l’humain quoi !

Derrière le grillage, c’est Tchernobyl. Y’a plus d’herbe, les arbres voudraient se foutre en l’air. Ils peuvent pas. Même les briques sont contaminées. Y’a plus d’herbe, y’a pas de place, y’a pas d’air. Tout manque d’air. Je veux pas m’approcher. Je veux pas muter. Pour eux c’est foutu. Le mal est fait. Ils sont radioactivés pour une arène de première, énooormes, noirs, ils vont plaire à tous les tarés qui veulent du gros et de la sensation. Ils ont mutés, cornes mortes, fundas, corne mute. Tchernobuffalobyl. Ne plus écrire. C’est mort !

* "Los Linarejos" était une des fincas de la famille de Vicente Martínez.

Photographies Détail de la finca "Los Linarejos", à Moralzarzal, aujourd'hui propriété de Hermanos González Rodríguez, et un machin mutant de Carmen Segovia élevé au radium © Laurent Larrieu

Ce 25 juin 1995


Ce 25 juin 1995, comme chaque année à pareille époque, la petite ville de Coria se dévergonde sous un soleil de plomb. Echouée là, non loin du Portugal à une soixantaine de kilomètres au nord de Cáceres, à flanc de colline au bord du Río Alagón, la cité extremeña célèbre avec ferveur les fêtes de la San Juan pour peut-être rappeler une fois l'an au monde qu'elle existe. Pierre angulaire de cette catharsis populaire : le toro, vers lequel convergent tous les regards — et les dards expédiés à l'aide de sarbacanes* —, que l'on vienne se faire peur au bout des cornes sous les yeux d'une foule bigarée et surchauffée, ou manifester son dégoût et sa colère.

Née en 1955, fondatrice avec son mari du Combat contre la cruauté animale en Europe (FAACE), l'Ecossaise Vicki Moore est descendue dans un hôtel de Coria, grimée et sous une fausse identité. Depuis 1987 et un toro de fuego à Canet de Berenguer (Valence), elle arpente sans relâche, en long en large et en travers, cette Espagne attachée à des traditions riches en sacrifices d'animaux (ânes, toros, chèvres, etc.) afin de pouvoir témoigner de l'incroyable barbarie dont sont capables les habitants de ce bout d'Europe — à Villanueva de la Vera (Cáceres), elle sauvera un âne, et à Manganeses de la Polvorosa (Zamora), deux chèvres.
Curieusement accoutrée — trop couverte par cette suffocante après-midi d'été —, Vicki Moore filme en caméra presque cachée. Sans doute en quête de fraîcheur, elle s'est postée dans une ruelle quasi déserte du vieux Coria à une encablure de l'église Santiago. Les cris et les « Hé ! toro ! » se faisant entendre de plus en plus distinctement, la menace 'Argentino', toro cárdeno de grand respect des frères Pérez Escudero, se rapproche sûrement. Long, ensellé et le « cul serré », l'« Adolfo » du Campo Charro est entier. Le museau en nage, le morrillo congestionné et les muscles bandés, il n'a, jusqu'alors, guère été écarté, encore moins toréé — à peine banderillé.

Parce qu'elles n'offrent que de maigres refuges — grilles de fenêtres et balcons —, les ruelles du centre ancien sont peu courues des Corianos. À dire vrai, elles ressemblent fort à des coupe-gorges, et 'Argentino' — une brute très armée — à un redoutable malfaiteur. Son dos a beau craquer à chaque volte-face et ses sabots claquer aux oreilles des rares présents qui osent le provoquer, 'Argentino' semble progresser en silence avec la froide détermination du prédateur. Il débouche maintenant au coin de la rue. Il aurait pu prendre à gauche ; il oblique à droite. Là où précisément se trouve, immobile, comme pétrifiée, l'activiste animalière.
Un bras qui se tend, un corps qui se hisse, un autre qui détale ou se cache : 'Argentino', stressé et aveuglé, ne perçoit plus que des déplacements furtifs ayant pour conséquence de toujours élever le niveau du danger. Dans un contexte déjà terriblement défavorable — grosse chaleur, « sol y sombra » incessant, toro à la traque, passage étroit, « sorties de secours » dérisoires —, le comportement insensé de Vicki Moore n'arrange rien à l'affaire. Tout habitée qu'elle est à ne rien manquer d'une scène dont elle paraît s'être absentée, elle n'entend ni n'obéit aux mises en garde répétées et angoissées de la rue — occupée, elle, à se protéger de la bête.

13h51. 'Argentino' aurait-il senti une odeur ? aperçu un tissu de couleur ? décelé un mouvement de peur ? Qu'importe, la foudre va impitoyablement frapper là où elle ne pouvait que tomber. Mû par une férocité tout droit venue du fond des âges, le Saltillo bouscule, accroche de sa corne et expédie une première fois dans les airs une femme de quarante ans, avant d'encorner à dix reprises une vulgaire poupée de chiffons — puis l'abandonner. Disloquée, agressée de manière effroyable sans que personne n'ait pu éviter ou écourter son cauchemar, Vicki Moore vit. Toutes sirènes hurlantes, l'ambulance ne transporte qu'un paquet de chair, d'os et de sang.
Au soir du 25 juin 1995, si le cœur de la militante du FAACE battait, il le devait à l'effet conjugué de la chance et du professionnalisme des médecins. Au terme d'une opération de survie de plus de sept heures, Vicki Moore sera transférée, en hélicoptère, de Coria à l'hôpital régional San Pedro de Alcántara de Cáceres pour y être maintenue dans un coma artificiel pendant quatre semaines. De retour chez elle, en Angleterre, l'icône et martyre restera clouée six mois en fauteuil roulant, et subira de nombreuses autres opérations jusqu'à son décès, survenu le 6 février 2000, soit quatre ans et demi après la rencontre avec 'Argentino'.

* Pratique délaissée depuis 2009.

*  *  *  *  *  *  *

'Argentino' portait le fer et la devise bleu pavot et blanche de la ganadería Hermanos Pérez Escudero. Propriété de Jesús 'Chuchi el Coriano' Pérez Escudero, l'élevage avait acquis à Coria une réputation sulfureuse — qui là-bas ne se souvient de ce toro qui, après avoir explosé l'entrée, avait ravagé l'immeuble du rez-de-chaussée jusqu'au dernier ? — et un surnom : « El toro del miedo ».
Deux cents têtes de bétail déplacées des environs de Ciudad Rodrigo à Funes (près de Peralta en Navarre), car vendues aux frères Domínguez : ce sont bien des vaches marquées du « PE » cerclé de la ganadería Hermanos Pérez Escudero qui seront tientées, à Orthez, le samedi 2 avril prochain.

>>> Parce qu'il n'est pas souhaitable que ces 12 interminables secondes (une partie seulement de la cogida) puissent être vues trop facilement, et parce qu'il est grandement préférable qu'elles le soient avec ce qu'il faut de recul et de précaution, le lien http://www.youtube.com/watch?v=bmZFVfGtsds doit être copié et collé.

Image Carte postale © Cy Twombly (Lexington, Virginie 1928) / Summer Madness, 1990 / Huile, gouache, stylo et crayon sur papier, 150 x 126 cm.

25 mars 2011

Blablas et autres mythologies


Dans la vie, il y a les cow-boys, et les indiens. Et moi, du fond de ma cour de récré, je me sentais généralement l'âme du bon, du pur, du rasé de près, mèche blonde parfaitement ondulée sur mon front de visage pâle, plus à mon aise dans le rôle de la sainte nitouche puritaine, au colt pas feignant et plutôt habile, que dans le rôle de l'infâme sauvage, hurlant comme un veau, à peine frusqué d'une peau de raton laveur en guise de cache-burnes, trois plumes d'aigle dans une tignasse hirsute et grasse, avec pour seule ouverture sur le monde extérieur, le scalp frais d'un yankee...
C'est culturel et de plutôt bonne guerre, dans le sens où, instinctivement, l'on se fie d'abord à ce qui nous rassure parce que ça nous ressemble.
Et puis, les années passent, et j'ai ouvert quelques bouquins et entendu trois palabres, passé des nuits entières avec Lévi-Strauss, Lewis Morgan, Bastide ou Voltaire, et me suis tourné vers l'autre, l'inconnu, celui que personne ne voulait incarner dans nos jeux de drôles. Ce sauvage, à l'apparence d'humanoïde et au mental de marcassin, m'est apparu sous un nouveau jour, et j'ai même fini par le trouver "bon".
En effet, j'ai parfois été stupéfait par tant de pertinence, de connaissance, d'esprit, et même ai-je compris que je lui devais beaucoup, tant dans mon confort quotidien, que dans ma modernité, et j'ai été ému d'apprendre que les miens ont été souvent plus barbares avec lui et ses frères que je n'aurais imaginé cela possible de sa part.
C'est l'Histoire de l'Homme. Celui qui parle fort et bâti des églises a souvent eu tendance à faire fermer la gueule du petit bronzé rigolo à grand coup de pétoire, pour mieux violer sa femme et faire réciter trois Pater et deux Ave à ses mioches.
On ne refera pas le monde, surtout pas l'Histoire, mais ceux qui l'ignorent ou en seraient perplexes, ceux-là, oui, me posent un velu problème.
Qu'ils ne sachent pas me peine, mais j'assimilerais davantage leur perplexité à une maligne affaire. Voici donc où je veux en venir :

Il y a donc les cow-boys et les indiens, et puis, dans une toute autre mesure, convenons-en, il y a les "toréristes" et les "toristes". Je la ferai courte en vous rappelant que la mythologie taurine, façon presse libérale autorisée, définit le "toriste" de l'an 2000 comme anti Domecq névrosé et frustré, alcoolique et gueulard insatiable, fâché avec la savonnette, ignorant et intellectuellement fade puisque n'ayant aucun penchant pour le Beau, pour l'Art ou les finesses de l'Esprit. Etre abject manifeste et connard improbable, le toriste a le don de friser les rouleaux de celui auquel tout l'oppose : le torériste. Celui-ci, à l'inverse, incarne le raffinement, jouit en se pinçant les lèvres pour ne pas pas réveiller le voisin, danse la valse de Vienne et ne pète que dans la soie. Il sait les choses et les comprend puisqu'il les théorise himself, aime le beau geste, désavoue l'excès et n'hésite pas à retourner les manches de sa chemise Sorteo pour mieux tendre la main à son prochain. Voyez donc où l'on en est...

Vous n'êtes ni l'un ni l'autre ? C'est normal... Pourquoi ? Parce que ni l'un ni l'autre n'existe. Ou si peu. Juste une vue de l'esprit de médias mi-girouettes mi-petits-bras qui, en manque d'affection d'un auditoire qui, jusque-là, les baisouillait jusque sous les aisselles, assurent désormais que le torisme est une "mode", une "fantaisie", voire un "lobby" qui serait à l'origine de la décadence de la diversité génétique du ganado bravo ! Car ce que l'on vous révèle enfin sur la nature déjà nauséabonde du toriste, c'est que l'énergumène n'aurait en fait attrait que pour l'exagération physique d'une bête enflée, aux pitones raides comme les perches de Twickenham, prompts à égorger une armée mongole au moindre balancement de teston, et que c'est pour cette raison-là que la pluralité de l'intarissable patrimoine génétique taurin, s'est réduite à "peau de zob" ! Or, ce farouche et méprisable individu, que l'on nomme occasionnellement "ayatollah", n'existe pas plus que les promesses électorales d'un président en campagne.
L'intoréabilité à tous prix de bestiaux plus tordus qu'un dictateur libyen dont on vous dit que ces toristes raffolent, est, selon toute raison, un leurre de gratte-papier, une rumeur d'ivrogne, une manière grossière d'enterrer l'épagneul dont vous vous êtes évertués à affirmer qu'il avait la rage.

La notion de torisme n'est pas née sur un échantillon aussi grossier de théorie pâtissière, vous vous en doutez. Ni plus ni moins que ce torériste enchanteur qui, pour le coup, ne serait que grâce et bienveillance dans cette affaire. Ce serait, pour tout dire, un peu facile. De là à penser que ceux qui l'affirment nous prennent pour des canards sauvages, il n'y aurait qu'un pas, un seul. Franchi...
Qu'on se le dise, ce torisme-là est autrement plus profond et raisonné. D'abord, il y a le toro, de trapío sans excès, dans le type de la "maison", c'est-à-dire correspondant aux particularités physiques de sa lignée (ce qui induit une connaissance minimum de la généalogie brava), ensuite, son traitement avant et pendant le combat, et, surtout surtout, son intégrité (encore faut-il vouloir s'en émouvoir). Puis, viendra sa lidia (impliquant un certain sens de l'observation physique, comportementale et psychologique quant à une situation donnée). Comme vous le voyez, juste un basique concept qui s'évertue à replacer théoriquement le toro au centre de toute pensée en tant que protagoniste essentiel et fondamental, tout en encourageant, je l'assure, toutes autres notions engageant l'évolution du toreo, à la seule condition que ces dernières s'adaptent à l'élément incontournable autour duquel tout doit s'articuler : le toro intégral. Ainsi, le torisme ne s'est donc justifié historiquement que lorsque l'évidence du "combat avant tout" s'est vue remise en cause par une notion nouvelle et plus rafraîchissante : l'Esthétisme. Quand le Beau est venu de la gestuelle, l'Esthétisme est né au sein du dictionnaire taurin, et a engendré, par défaut, le torisme. Rien de grave en somme, si ce n'est qu'avec le temps, cet Esthétisme a acculé le torisme dans un rôle de gardien du temple, ce qui, vous l'avez compris, empêche depuis les fossoyeurs du mundillo, de mener trop paisiblement leurs tristes besognes.

Ainsi, je vous l'affirme, cet abruti sanguinaire que la presse « baraque à frites » s'obstine à discréditer pour mieux défendre ses intérêts, cet être improbable, ce sauvage hirsute sans fond ni contenu que l'on affuble d'un accoutrement de toriste (qui induirait qu'à l'inverse le torériste aille aux arènes pour y abhorrer le toro), fait clairement la différence entre Domecq et Juan Pedro, entre un petit Santa Coloma cornicorto et un immense Miura corniabierto, un toro grand, gros et très armé avec un toro de trapío, bien fait, dans le type. Car, cet infréquentable toriste, c'est vous, c'est moi, c'est l'aficionado, ni plus ni moins, qui, par essence, s'est passionné d'abord pour l'Art de combattre... le toro.

Ensuite, il devient Belmontien ou Galliste.

En route vers l’autorégulation


Ce n’est peut-être qu’un début, mais ce n’est pas une nouveauté. Déjà un précédent, au milieu des années 1990.
Voici ce qu’en écrivait Joaquín Vidal en 1996 : "La autorregulación que pretenden los taurinos en unánime contubernio : el toro chico, el toro inválido; el novillo que parezca toro y tenga franquía para exhibir en cualquier parte su vergüenza sin que nadie ponga ninguna cortapisa. El toro que se anuncia toro — y se hace pagar como toro pero que no lo es. La corrida que se anuncia de lidia y muerte de los toros y sí, hay muerte, muerte total (el toro ya sale medio muerto, para mayor gloria de la fiesta) — pero lidia ninguna, pues nada hay que lidiar."

Traduction : "L'autorégulation à laquelle aspirent les taurins dans un rapprochement unanime c’est l’exhibition : d’un petit toro, d’un toro invalide ; d’un novillo qui paraisse toro, dispensé de dignité, dépourvu de honte et passe-partout, sans que personne ne trouve à redire. Un toro annoncé comme toro — payé comme tel — sans l'être. Une corrida annoncée comme un combat avec mise à mort ; car, certes, il y a mise à mort, une mort totale (le toro sortant déjà à moitié mort, pour la plus grande gloire de la Fiesta) — mais de combat, aucun, il n’y a rien à combattre."

La question est aujourd’hui de savoir si, après ses déclarations, le Juli  parviendra ou non à ses fins, à la fin tout court. Nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir.

Quoi qu’il en soit, souvenez-vous comment se faisaient traiter, il y a peu encore, les aficionados qui osaient prétendre que le pire danger de la Fiesta venait de l’intérieur, ce fameux ennemi de l’intérieur. No comment...

24 mars 2011

Les nettoyeurs


Voyons voir. Que reste-t-il d'authenticité à la Fiesta ?
Le campo ? Plus pollué par les fundas et les nouveaux riches que le ciel de Fukushima par les rejets radioactifs.
Le toreo ? Il va, il vient. Pour un Morante ou un José Tomás combien de produits manufacturés (toreo vertical, moderne) longs comme un jour sans pain ?

Les encastes ? Irrémédiablement en voie de disparition, sans que personne ou presque ne s'en émeuve. Croisons les doigts pour que les antis ne s'emparent pas — intelligemment — de la question.
Le public des grandes arènes ? Une illusion.
Tenez, prenez Bilbao, et suicidez — je suis certain que certains y on pensé — Matías González ; que restera-t-il de Bilbao ?
Voilà, Matías González, un des derniers bastions. Un président authentique.

Cela pourrait ne pas durer. Vous les avez sans doute lues, sur les sites espagnols, les idées lumineuses et définitives de nos deux nettoyeurs de service : Enrique Ponce et El Juli.
El Juli veut "un spectacle moins rigide, moins corseté, dans lequel le torero serait l'unique responsable de son actuación".
Ce qui voudrait dire que jusqu'à ce jour ils ne l'étaient pas. Diable... Imaginez alors un Curro Romero ou un Rafael de Paula en liberté... Qu'avons-nous donc manqué ! On en pleure.
Le Juli estime que le président d'une course ne devrait pas avoir autant de poids dans des décisions qui peuvent affecter la carrière des toreros.
Là on rêve, on se pince et on se mouche.
Alors, le Juli, dans sa grandeur, insiste et enfonce le clou en affirmant que les présidents devraient respecter les décisions du public.
"Si le public veut quelque chose, je ne comprends pas pourquoi le président doit le mettre en colère (le public)."
Populisme quand tu nous tiens. Toréer plus pour couper plus...
Et le Juli de poser une question grave, essentielle pour le devenir de la Fiesta : "Qui sanctionne le président lorsque celui-ci se trompe ?"

Frémissements. Mais qui sanctionne un président de course qui se trompe ? Eh bien personne, même pas l'ONU. Et nous avons vécu avec ça 30, 40, 50 ans, plus. Vous réalisez ?
Je ne sais pas si vous vous rendez bien compte de la portée des déclarations lumineuses du Juli. Ça y est, l'horizon s'éclaire, et cette Fiesta trop corsetée va, enfin, s'épanouir dans la foulée du printemps arabe, grâce à Ponce et au Juli. Allah akbar !
Ponce va enfin pouvoir réaliser des faenas, que dis-je, des oeuvres d'art d'une bonne demi-heure, voire d'une une heure et demie. Le Juli va enfin pouvoir couper non pas les cheveux mais les oreilles en quatre. Nous allons enfin toucher au sublime. Croyez-moi, l'orgie sera belle.
Mais arrêtons de rêver à nos lendemains qui ne vont pas tarder à chanter et continuons la réflexion présidentielle.
Donc, depuis que les présidents de course existent (faudrait vérifier depuis quand, mais ça doit faire un sacré bail) personne, absolument personne n'a été en mesure d'aller à leur encontre, et sanctionner les dérives ou les erreurs de ces inquiétants personnages.
Non, vraiment, on tremble lorsqu'on y pense. Un peu comme si nous avions eu des Kadhafi en puissance aux portes de nos maisons sans même nous en rendre compte. Nous sommes en 2011 et tout ça fait vraiment froid dans le dos. Heureusement, "Zorrojuli" est là pour sauver la Fiesta. Nous n'attendions que lui.

Et le Juli, avec cette clairvoyance qui fera date, précise son analyse, sa vision, ses visions, son grand projet, en affirmant que les présidents, les toreros et les organisateurs doivent se prendre par la main pour bien aller, tous, dans la même direction et ainsi aboutir et réaliser leurs objectifs communs.
Ça, pour moi, ce n'est pas très clair, car dans ma petitesse d'esprit, je ne vois pas très bien où ces braves gens réunis pourraient bien nous mener, sinon au fond d'un gouffre.

Heureusement, le Juli, petit scarabée, dans sa grande sagesse, dans cette analyse géniale qui marquera l'Histoire de la Fiesta (vous noterez au passage l'utilisation du H majuscule pour Histoire... faut quand même pas déconner) a une solution à proposer, un quasi miracle : le modèle français !

Et là, forcément, on pouffe de rire.

Soirée chez Pablo


Le vendredi 25 mars, à partir de 19h30, à la bodega Pablo Romero, 12 rue Emile-Jamais à Nîmes.

Invités : Francine et Charlotte Yonnet, Olivier Riboulet.

Nous terminons la saison des « rincón taurin » sur une note franco-française.
Avant le lancement de la temporada, nous aborderons le thème « Toro de France » avec Francine Yonnet, ex-présidente de l’Association des éleveurs français de taureaux de combat.
Avec Charlotte Yonnet et Olivier Riboulet, nous parlerons de leurs élevages respectifs, du « système » d’élevage français, du marché taurin, etc.

Entrée libre et gratuite avec quelques douceurs (tapas et vins) servies avant et après les débats.

21 mars 2011

Bruce Davidson, the Picture man


Il n'y a pas grand-chose à en dire. Juste regarder et se régaler...

Bruce Davidson Magnum Photos /// Edelman Gallery

20 mars 2011

Une affaire de boucles


Lorsque JotaC nous présenta sa très belle galerie sur l'embarquement des Yonnet pour Cenicientos, un « détail » me sauta aux yeux : les toros portaient encore leurs boucles d'identification (crotales en esp.). Ce dimanche matin, Arse&Azpi ont posté sur le sujet ; qu'ils en soient remerciés.

« C'est si compliqué de les enlever ? », se demandent-ils sur un ton faussement naïf, avant de préciser que le veau récemment mis au monde est immobilisé par le vaquero qui, après avoir vérifié son sexe, lui agrafe une boucle d'identification à chaque oreille.
Ces boucles l'identifieront jusqu'à l'herradero — mâles et femelles, tous les jeunes sont conduits dans une caisse en bois (le plus souvent) pour être marqués au fer rouge (numéro, fer de l'association d'éleveurs, guarismo et fer de l'élevage) —, faena au cours de laquelle on en profite (généralement) pour ôter au futur toro ses disgracieuses boucles d'oreilles, conservées par le ganadero jusqu'au jour du combat.
Suite à la course valencienne d'El Capea, où tous les toros sortirent avec leurs crotales, Arse&Azpi, inquiets de voir la pratique se transformer en « mode » — cf. les fundas au campo —, font justement remarquer que ces boucles d'identification dévaluent immanquablement la présentation des toros, dans les ruedos comme au campo, tout autant qu'elles les enlaidissent.

Dans le sillage d'Arse&Azpi, l'aficionado a los toros se devrait de ne pas accepter qu'un tel procédé se généralise... « Crotales, ¡NO! »

Image Un Yonnet « bouclé » prêt à être embarqué © José 'JotaC' Angulo

19 mars 2011

Vic 2011, les carteles


Samedi 11 juin
11h / Corrida de DOLORES AGUIRRE pour Julien Miletto, David Mora et José Miguel Pérez 'Joselillo'.

18h / Corrida de PALHA pour Juan José Padilla, Javier Castaño et Alberto Aguilar.

Dimanche 12 juin
11h / Corrida concours de ganaderías : 6 toros de PARTIDO DE RESINA, VICTORINO MARTÍN, CUADRI, FUENTE YMBRO, COIMBRA et FLOR DE JARA pour Domingo López Chaves, Julien Lescarret et Iván Fandiño.

18h / Corrida de ESCOLAR GIL pour Rafael Rubio 'Rafaelillo', Fernando Robleño et Luis Bolívar. 

Lundi 13 juin
17h30 / Corrida de ALCURRUCÉN pour José Pedro Prados 'El Fundi', Jean-Baptiste Jalabert 'Juan Bautista' et Sergio Aguilar.

16 mars 2011

Morante no existe


DÉBAT SUR L'EXISTENCE DE MORANTE, par Ugo Ceria

Si quelqu’un déclare qu’il ne croit pas aux fées, une fée meurt à l’instant. Ainsi le veut la légende. Joli paradoxe, qui nous condamne d’une certaine façon à croire, ou du moins à nous taire. Les prudents suspendent le jugement, afin d’éviter de commettre un assassinat féerique par le poids de leurs arguments.

La question de l’existence de Dieu est bien plus délicate et universelle, mais le problème de fond est semblable. Ainsi la théologie négative du Moyen Âge se refugia dans de longues spéculations sur ce que Dieu ne peut pas être, jamais sur ce qu’il serait. S’il est indescriptible, impossible d’en démontrer l’existence. Silence apophatique. Tombée de rideau sur la question divine.

Bilbao, 27 août. El Juli, Morante, Manzanares, la Trinité de figuras invoquée par le public. Le plus spirituel des trois : Morante. Une mythologie construite à coup de temple et toreo de arte, mais aussi nourrie par un air mystérieux, par la fumée des havanes — comme le Dieu de Gainsbourg —, et cette coiffure de torero du temps passé. Du marketing bien joué, la création d’une marque, de belles histoires pour le bouche à oreille, mais aussi une réputation d’artiste et de génie, d’interprète d’exception, de diestro touché par la Grâce.

Zalduendo avait amené des baignoires de sa collection pour que ces figuras puissent prendre leur bain de foule les yeux fermés et sans danger.

Je salue mon voisin de localidad et je profite pour lancer un début de conversation : « Est-ce que nous allons voir quelque chose, cet après-midi ? Morante sera-t-il en forme ?... » Bien basque, il me regarde perplexe et déclare solennel : « Celle-ci est peut-être la dernière fois que je viens le voir, j’en ai pas raté une seule depuis qu’il vient à Bilbao, mais là, s’il ne fait rien... j’arrête ». Un ultimatum à la foi : aujourd’hui ou jamais. Soit tu me fais un miracle, là, sans demeure, soit je ne crois plus que tu es l’envoyé du Seigneur.

Fallait-il donc que Morante ressuscite les Lazares de Zalduendo, qu’il transforme en vin l’eau de sa tasse en argent ? Non. Une belle (je dis belle, et non pas bonne) faena aurait suffit, trois ou quatre pases ligados, le grand capote soulevé avec légèreté dans l’air du soir, sur le sable gris de Vista Alegre...

Cependant, les deux pires toros du lot lui étaient destinés (« Mon Dieu, m’as-tu abandonné ? »), et les deux Torrealta qui les remplacèrent n’offraient aucune chance de réussite.

Devant ce spectacle ennuyeux, j’alimentais ma foi par mes meilleurs arguments, et je me disais que la prochaine fois — peut-être — j’aurais enfin assisté au miracle annoncé : Morante ramenant Curro Romero au milieu des arènes, la grâce, le geste, le sentiment du surnaturel... Mon voisin vint interrompre d’une phrase tranchante mes élucubrations, pour affirmer — en me regardant droit dans les yeux — : « Morante no existe. »

Silencio y pitos. Pour le dire avec Brassens : « Dieu, s’il existe, il exagère. »
Ugo Ceria

Photographie © Joséphine Douet

15 mars 2011

Coquillalive


Un clin d'œil pour Philippe, pour les autres aussi. Deux Coquilla de Sánchez-Fabrés qui jouent le matin au réveil.

13 mars 2011

¿Coquilla en Madrid?


Au cœur de l'hiver, je lisais sur un blog :
— que quelque chose était en train de changer à Las Ventas ;
Il faudrait être à Madrid pour pouvoir en juger. Ceci dit, l'empresa Taurodelta, dirigée par José Antonio Martínez Uranga et son fils, a souhaité ouvrir la temporada (sa dernière ?), ce 13 mars 2011, par une novillada de La Dehesilla... Pour Taurodelta, hip ! hip ! hourra !
— que l'empresa de Madrid, au fait de l'actualité, aurait été sensible au sort peu enviable réservé à certains encastes, et notamment à la ligne Coquilla de Santa Coloma ;
C'est si beau et touchant que l'on en aurait presque la larme à l'œil — il n'est pas inutile de rappeler que la Comunidad de Madrid publiera dans l'année son nouvel appel d'offres pour l'adjudication de Las Ventas en 2012...
A ma connaissance, le dernier Coquilla lidié à Madrid fut un novillo de Coquilla de Sánchez-Arjona sorti comme sobrero le... 17 avril 2005 !
— qu'elle serait donc prête à programmer des novilladas de Coquilla de Sánchez-Arjona et de Sánchez-Fabrés, mais « le trapío limité » (sic) des Coquilla, vu la rigueur des vétérinaires, ...
S'il existe une raison pour expliquer la non présence des Coquilla dans le ruedo madrilène, celle-ci n'est sans doute pas à chercher du côté de leur « trapío limité »1. Un Coquilla, c'est musclé et « caillé », en un mot : sérieux. Question kilos, tâchons de garder à l'esprit : 1) que la question du poids des toros n'est qu'une tarte à la crème dont se repaît le mundillo en attribuant à une frange ultraréduite de l'Afición, pour mieux la discréditer, l'opinion qu'un toro digne de Madrid doit peser plus d'un certain poids quel que soit son encaste ; 2) que le poids minimum d'un toro dans une arène de 1re catégorie, fixé réglementairement à 460 kg, ne constitue en aucune manière un obstacle, et, 3) qu'il n'est pas rare que deux toros d'un même élevage, de même encaste, ayant le même âge et appartenant au même lot (de Madrid) affichent des poids avec un écart de près de cent kilos — ces deux toros pouvant être tous les deux con trapío, ou sans, le plus léger avec et l'autre sans, et inversement.
Concernant l'encornure, admirer à Las Ventas un Coquilla, a fortiori novillo, encorné tels que le sont ceux « en type » présents sur la photo ouvrant ce post ne saurait donner matière à polémique. Réclamer davantage de variété d'encastes au campo et dans les ruedos tout en exigeant d'un Coquilla qu'il soit « taillé » comme un Atanasio et armé comme un La Corte n'a aucun sens. En choisissant les exemplaires les mieux présentés dans un élevage donné, sans perdre de vue le type de toro voulu par l'éleveur (plus encore que le type de l'encaste), tous les élevages, absolument tous, devraient avoir l'opportunité de combattre à Madrid.

... permettrait seulement de proposer une course composée de trois exemplaires de chacun desdits élevages, et
De même qu'une corrida concours — songer que l'empresa madrilène n'est pas fichue d'en prévoir une sur les 70 dates composant sa temporada ! —, certaines courses nécessitent un soin tout particulier dans leur préparation, voire une certaine... mansuétude ? Cela va sans dire mais un élevage Coquilla ne ressemble en rien à une usine à toros où le qualificatif « extensif » ne concerne plus guère que le nombre de têtes de la camada... Que penser d'une formule bâtarde « 3 et 3 » en lieu et place d'une course complète, sinon qu'elle agace l'aficionado attaché à la notion de « lot » (3 novillos ne constituant qu'un demi-lot) ; qu'elle ne rime pas à grand-chose sur un plan strictement taurin (Sánchez-Fabrés ayant rafraîchi ses Coquilla avec du Buendía dans l'intention, si je ne m'abuse, de les faire accepter un jour par les grandes arènes...), et qu'elle marginalise un peu plus un encaste qui n'en a nul besoin — viendrait-il seulement à l'idée de Taurodelta de programmer « 3 Domecq et 3 Núñez/Domecq »2 ?
— que Taurodelta, soucieuse de ne pas torpiller son initiative et de devancer les critiques de l'Afición — si j'ai bien compris —, aurait dépêché sur place les vétérinaires venteños afin d'approuver les novillos préparés par les éleveurs.
Les vétérinaires se seraient déplacés dans les élevages histoire d'éviter tout voyage inutile aux animaux — embarquer un lot pour Las Ventas, qui le renvoie chez lui sans autre forme de procès —, ainsi que tout refus intempestif de leur part lors des reconocimientos. Ne soyons pas de mauvaise foi et admettons que l'inspection préalable des vétérinaires participe de ce soin particulier que j'évoquais dans le paragraphe précédent. A moins qu'elle ait tout simplement été exigée, comme l'affirme l'auteur du post, par l'éleveur Juan Sánchez-Fabrés...
Ce déplacement exceptionnel aurait également eu pour objectif de désamorcer une éventuellle critique de la part des soi-disant fervents du novillo-toro ou du toro-éléphant qui, le jour des Coquilla, devraient selon toute vraisemblance représenter peu ou prou une demi-louche du cinquième d'arène majoritairement occupé par des touristes japonais. Pas de quoi, franchement, vraiment pas de quoi empêcher José Antonio Martínez Uranga et son fils de dormir paisiblement sur leurs deux oreilles.

1 Pour ma part, un toro est con trapío ou sin trapío, point. Quand un toro en est démuni, je ne le précise pas ; j'écris autre chose.
2 A titre d'exemple, en 2007, ces deux encastes — sur la vingtaine que compte la cabaña brava — réunissaient 50 % des bêtes combattues à Las Ventas.

Images Superbes novillos de Coquilla de Sánchez-Arjona (mars 2008) © Laurent Larrieu Superbe semental de © Mariano Cifuentes Superbes vache et becerro de La Interrogación © Laurent Larrieu

11 mars 2011

¡De casta Navarra!


Pour Richard,

Il n’y a pas de campo bravo. Il y a des campos bravos. Le pluriel est essentiel. La Navarre est brava mais en marge. Elle est un campo bravo parmi d’autres plus communs, plus connus, plus propices aux rêveries. Le campo navarrais ressemble aux vaches qui lui trottent dessus. Il est couleur terre, il est âpre et il ne s’embarrasse pas de détails superflus. Ici, point d’encinas centenaires, le violet n’est pas inscrit dans le cahier des charges des lieux et Monet n’est qu’un peintre de livre d’art.
Miguel Reta vit dans ce campo et de ce campo. Il élève des vaches d’origine navarraise dans un pueblecito (Grocin) embrassé par la culture du blé. Au loin les contreforts pyrénéens tracent une douce ligne bleue.
Miguel Reta s’est servi un tinto de verano et s’est assis face à nous. Dehors il fait chaud, dedans les mouches s’activent. Miguel Reta a quelque chose de doux dans le visage et dans le verbe. Les mots sont pesés et les phrases distillées avec la même lenteur qu’il met à avaler les gorgées rafraîchissantes de son verre. Oui, il est en train de tienter une partie de ses vaches navarraises dans l’espoir de redonner à cette caste une place dans la tauromachie à pied. Donner un masculin à ce féminin qui ne connaît que le tumulte des rues et le pavé. Il se tait et se tourne vers la porte d’entrée ouverte sur le paysage de blé. Il y arrivera. Il mettra le temps car tout cela demande beaucoup de temps. Alors il tiente. Il essaye. Il sélectionne. Il boit une nouvelle gorgée du bout des lèvres. Il nous regarde à nouveau. Il pique. Il envoie au matadero. Victorino Martín hijo lui donne des conseils. Ça l’aide bien, avoue-t-il. Il construit un futur sur cette terre sans fioriture.
En attendant, pour un millier d’euros, une dizaine de vaches attendent d’aller battre le pavé dans un pueblecito égaré sur un rocher de la Navarre. Ce sont elles qui nourrissent le rêve au masculin et qui permettent de perdre son regard dans le paysage de blé derrière la porte d’entrée entrouverte. La Navarre est une fête.

>>> Retrouvez une galerie consacrée à la ganadería (désormais inscrite à l'UCTL) de Miguel Reta sur www.camposyruedos.com, rubrique CAMPOS.

Photographie Détail d'une vache de Miguel Reta © Laurent Larrieu

Photographie sans paroles (XLIX)


07 mars 2011

Il revient bientôt


En février, il n'était pas là où on l'attend — Vistalegre, vous connaissez, vous ? Bientôt, il sera de nouveau fidèle au poste, discret, à déambuler, observer, viser, déclencher, puis grimacer — fichue lumière ! Bientôt, il sera de nouveau bloqué dans son burladero, toujours aussi mal placé, pour immortaliser une suerte de vara que l'écrasante majorité des bêtes choisies pour Las Ventas par l'empresa Taurodelta snobe superbement.
Vous permettez maintenant que je vous donne à lire le petit texte que j'avais consacré à Juan Pelegrín dans Campos y Ruedos 01 ? Oui ? Pour vous remercier, le voici agrémenté de quelques liens.

Juan Pelegrín et Manon, princes de Madrid
Un dimanche d’octobre en milieu d'après-midi, cet homme d’âge mûr étrangement mélancolique et à la mise irréprochable qui attend accoudé à un mur l’heure de la dernière course de la temporada, c’est Manon qui l’a vu. Un dimanche de juillet dans le callejón venteño, cette cheville égarée — tatouée d’un lézard rebelle et ourlée d'un morceau de tissu strictement impeccable — que prolonge non sans étrangeté un pied chaussé d’un classique mocassin en cuir, c’est Juan Pelegrín qui l’a repérée. Un dimanche de mai à l’heure du journal télévisé du soir, Morenito de Aranda de face et le menton dans le jabot qui dessine tout en puissance et grâce torera une naturelle à un Santa Coloma retors, c’est Manon qui l’a figé. Un dimanche d’août dans l’indifférence générale, Iván García, de dos, les mains accrochées à la barrière et la montera vissée sur une tête qui semble crouler sous la grandeur des lieux et la haute responsabilité de devoir s’y jouer la vie, c’est Juan Pelegrín qui l’a cueilli. Lors de la San Isidro, à quelques minutes du paseíllo, ce charmant minois d’aficionada barré d’une monture futuriste — au travers de laquelle on distingue nettement Las Ventas pleine à craquer — scrutant le sable que Morante ne va pas tarder à fouler, c’est Manon qui vous l’offre et aucun autre de ses confrères n’aurait eu cette délicate attention.
Un jour — peut-être à Madrid —, quelqu’un a dit : « N'est pas photographe celui qui prend des photos — aujourd'hui, tout le monde en prend —, mais celui pour qui faire des photographies et voir le monde ou une partie de celui-ci au travers d'un appareil photo est un trait constitutif de sa personnalité. » Hé bien ! l'auteur de ces propos ne peut pas être un mauvais gars, et c’est fort volontiers que je prendrais quelques verres et tapas avec. De Cruzcampo en hierba et de fino en Mahou, le sol jonché de papiers gras, je finirai par prendre mon courage à deux mains et par lui demander de m’autoriser à le suivre partout dans cet œil du cyclone de la tauromachie mondiale qu’est Las Ventas. Saoul, il accepterait, mais, pas devenu fou pour autant, il se saisirait du rebond en l’accompagnant d’une extravagante condition : que je me fasse le plus petit possible en... Et voilà que je deviendrai mouche sous le soleil de Madrid ; que je serai reine dans le ciel madrilène. A moi l’intimité des toros partagée dans les corrals, à moi le patio de caballos et les secrets des cuadrillas, à moi le crottin exquis butiné dans les écuries, à moi les huiles du callejón que j’embêterai frénétiquement avec délice, à moi le fabuleux terrain de jeu des tendidos. A moi, rien qu’à moi.

Juan Pelegrín Corbacho, alias 'Manon', vit et travaille à Madrid. Initiateur du site Internet des arènes de Las Ventas, il en assure, entre autres, l’intégralité de la couverture photographique. Photographe-voyageur et aficionado, il voue une passion inconditionnelle au club de basket Estudiantes.

Juan 'Manon' Pelegrín sur Internet
Site de Las Ventas : http://www.las-ventas.com/.
Site personnel : http://www.juanpelegrin.es/.

>>> Juan Pelegrín (photographies) et Luis Francisco Esplá (textes), Un día en Las Ventas, Bellaterra, 2010.

Images © Juan Pelegrín
Le mayoral de Juan Luis Fraile, le 12 octobre 2010 à Las Ventas — pas de figuras à l'affiche, tendidos clairsemés Pancho Jasen, l'ailier argentin de l'Estudiantes : un sacré lidiador.

05 mars 2011

Qu'on se le dise !


Bordelaises Bordelais, Girondines Girondins, Médocaines Médocains (parce que ça sonne bien), vous êtes toutes et tous convié-e-s à venir tenir compagnie à l'« échantillon » de Campos y Ruedos qui, à l'invitation des clubs taurins et autour d'un breuvage du coin, vous contera par le menu comment nous sommes passés d'Internet au papier, comme ça, sans forcer, presque les doigts dans le nez !

>>> Ce lundi 7 mars à partir de 19h30, rendez-vous au Xaintrailles, à Bordeaux.

Accessible par le tramway ligne A (arrêt Stade Chaban-Delmas), le restaurant café brasserie sis au 114 du boulevard Leclerc est coincé entre le cimetière de la Chartreuse, le parc Lescure, la caserne et... le Port de la Lune...

Image A l'imprimerie © François Bruschet

04 mars 2011

Complainte des filles de joie


Laurent Giner, ancien président de l'ANDA, nous a transmis le texte qui suit... Crrrrrr...

Reprendre de volée, quotidiennement, les contresens, les inepties ou les mensonges du Phare de Vieux-Boucau serait ennuyeux et redondant.
Depuis un certain temps, j’ai opté pour une position de recul et une philosophie qui ne me ressemble pas. La goutte d’eau vient de faire déborder le vase.
« Chers amis de Campos y Ruedos... Je ne voudrais pas vous paraître vieux jeu, encore moins grossier. L'homme de la pampa, parfois rude, reste toujours courtois, mais la vérité m'oblige à vous le dire : le PEC de Vieux-Boucau commence à me les briser... MENUES ! » (Adaptation d’Audiard.)

Et les piques par-ci, et les chevaux par-là, Orthez encore et toujours...
Puisque l’on parle d’Orthez, j’y étais. Oui, il y avait un cheval sorti de nulle part. Enorme, grand, lourd qui a piqué les novillos et les toros.
Une corrida par an : c’est le nombre de spectacle qu’organise Orthez. Heureusement qu’ils n’en font pas autant qu’à Nîmes sinon Terres Taurines ne parlerait plus que de cette ville du Béarn.
Il est évident que parlant d’Orthez il ne parle pas du reste. Il ne se fâche pas avec ses amies empresas qui lui payent de la publicité. L’argent public des conseils régionaux de PACA et d'Aquitaine ne le dérange pas non plus lorsque c’est lui qui en profite.
Monsieur le donneur de leçon devrait faire attention.

Les grands discours sur la pique, le premier tiers, ne sont que des faux débats qui permettent de ne pas poser les bonnes questions aux amis éleveurs. Questions du genre : quand allez- vous élever des toros avec de la force et de la bravoure ? Sélectionner dans vos tentaderos des vaches qui dévorent par leur force et leur caste tout ce qui se présente devant elles ? La vraie bravoure pimentée de force et de caste. Celle décrite par Cossio, Popelin, El Tío Pepe, Dupuy, Bartolotti ; celle qui se juge au cheval. Je ne parle pas de celle « journalistiquement » moderne, inventée dans les années 1990, que l’on ne voit qu’à la muleta, faute de la voir ailleurs.
S'il posait les bonnes questions, irait-il faire des photos chez ses amis éleveurs ? A-t-il seulement envie de poser ces questions, lui l’ancien torero ?

Les chevaux et leurs poids sont un autre débat. Je suis très à l’aise pour en parler. J’ai souvenir d’une pétition que nous avions faite avec l’ANDA afin d’éliminer la cuadra Fontecha du Sud-Ouest responsable de nombreux petardos de premier tiers. L’ANDA faisait peur et n’était certes pas une bonne locomotive, mais l’histoire nous a donné raison. Lorsque j’entends aujourd’hui tous les bien-pensants, revue Toros en tête, ne jurer que par Bonijol et n’avoir jamais levé le petit doigt à l’époque... Je peux me permettre de rire et d’être critique. Autant de bruit pour un cheval qui a piqué 2 ou 3 toros... Il y a plus grave.
Le poids des chevaux, O.K. c’est important. Il y a un règlement et il faut le respecter. Le poids des toros-novillos d’Arles, Nîmes, Mont-de-Marsan est aussi important. Lorsque dans des férias dites de "première catégorie" sortent des animaux de 430-450 kg affichés à plus de 500-550 kg, qu’est-ce qu’il en pense le grand manitou ? Visiblement rien puisqu’il n’écrit rien sur ces mensonges. Car ce sont des mensonges, de la tromperie envers l’Afición et les spectateurs.
Personnellement, le poids du toro je m’en contrefiche, pourvu qu’il ressemble à un toro, avec le tamaño propre à son encaste et le trapío de ses années d’herbe. Heureusement, chez nous, les corrals d’Arles seront bientôt équipés d’une balance. La SA Jalabert l’a ECRIT dans son dossier de réponse à la Délégation de service public (DSP). Nous saurons le lui rappeler.
Le déballage des infos étant en route, je vous en sers deux dernières... pour la route. La DSP qui a eu lieu à Arles, en juillet 2010, a dû laisser les élus arlésiens rêveurs car voilà ci-dessous la liste des élevages et des toreros que proposait la SA Jalabert sur son dossier de candidature (sources officielles). Vic et Céret ont dû trembler... pas longtemps.

Elevages
Miura, Núñez del Cuvillo, El Pilar, Escolar Gil, Adolfo Martín, Partido de Resina, Yonnet, Tardieu, Piedras Rojas, Adelaida Rodríguez, Moreno de Silva, Prieto de la Cal, Coquilla de Sánchez-Arjona, Conde de la Corte, Baltasar Ibán, Rehuelga, El Ventorrillo, Las Ramblas, Torrealta, Victoriano del Río, San Mateo, Bohórquez, Felipe Bartolomé.
Toreros
José Tomás, Juan Bautista, Ponce, Castella, Talavante, Sergio Aguilar, Morante de la Puebla, El Juli, Manzanares, Tejela, El Fundi, Padilla, Savalli, Urdiales, Rafaelillo, Bolívar, Moreno, El Cid, Arturo Macías, El Zapata, El Zotoluco, Israel Téllez, El Fandi, Perera, Cayetano, Luque, Pina, Tendero.

Les principaux absents des carteles 2011 sont soulignés. En rouge, les élevages qui sortiront 1 exemplaire en concours. Ces propositions ont certainement influé sur la note du projet artistique. Comparez avec les carteles officiels de la saison. Comment peut-on remplir un dossier d’appel d’offre en juillet 2010 avec les propositions ci-dessus, et sortir des carteles aussi différents six mois après ?

Autre info : les arènes de Nîmes suppriment les frais de location mais rajoutent 3 € par billet ! De qui se moque-t-on ? (Amphithéâtre : 21 € en 2010 contre 18 en 2009.)
De tout cela personne n’en parle, et surtout pas le leader autoproclamé.
La tauromachie c’est comme la politique. Si vous ne voulez pas que l’on parle d’un dossier à scandale, il vous suffit d’en inventer un autre. Et plus le sujet scandaleux est gros, plus on parlera du dossier secondaire. Aujourd’hui, ce sont les piques, le poids des chevaux ou Orthez au lieu de la force des toros, du "décastage" du campo, de l’ennui sur les gradins. Demain...

« Les cons ça ose tout ! C'est même à ça qu'on les reconnaît. » Michel Audiard
Laurent Giner

03 mars 2011

Aurelio sous la neige


Le périph' sous la neige, Colmenar sous la neige, Soto del Real ensevelie. Rendez-vous au bar du restaurant à l'entrée du bled, comme toujours ou presque. Ici Madrid, pas loin, mars 2010, il neige comme vache qui chierait du coton. Et toutes les dimensions ont changé : le bruit, les distances, la perspective même d'un retour, de la suite du voyage. Il neige et la côte qui mène aux cercados devient vertigineuse au camion et les toros hypothétiques. Nous passons tout de même. Les jeunes sont agglutinés, au loin, les vieux éparpillés ici et là, calmes, comme patients. La neige qui tombe colle à tout ce qu'elle trouve, la pierre des murs, les branches, les clôtures, le premier plan de l'autofocus parfois. Tout est blanc, unanimement. Seuls les Veraguas d'Aurelio Hernando résistent encore. Au froid, à la pensée monochrome du jour : negros, colorados, et tous les savons sont sales ce jour. Le long poil d'hiver colle en mèches mouillées à la peau des novillos, il fait aussi froid entre les quatre murs de la salle de réception où l'on expose les souvenirs de la ganadería. C'est insolite mais pas plus pour Aurelio et son fils, viscéralement liés à ce campo et ces toros, à leur miracle "Veragua puro". Un lien sans l'ombre d'un doute, difficile mais obstiné. Les añojos ne sont pas plus rassurés que leurs aînés dans leur cercado enneigé, ils hésitent même à courir quand on le leur demande. Nous partons pour la deuxième finca, celle de Colmenar, plus bas, où nous attendent les vaches. La neige est plus anecdotique, la colline au loin semble simplement givrée et, sous les roues, la boue est familière. Le jour a légèrement bleui, tout va bien. Le poil humide dessine des arabesques sur les vaches, la végétation buissonneuse éclôt toujours çà et là, les branches noircissent les pensées torturées des arbres.
Sur la voie rapide qui monte le long de Colmenar, la silhouette de la ville décrit un arc de cercle dont seule la plaza de toros semble rompre l'harmonie. Devant le restaurant où m'attend ma voiture, Aurelio regarde son volant, l'air un peu grave et admet dans un haussement d'épaule qu'il rêve d'une opportunité sur le marché français.

Les rêves deviennent parfois réalité et Aurelio Hernando se présentera en novillada à Orthez en juillet 2011. ¡Suerte!

>>> Retrouvez sur www.camposyruedos.com, rubrique CAMPOS, une galerie consacrée à l'élevage.

Rumeurs madrilènes


Javier Salamanca nous fait parvenir le texte suivant dans lequel il évoque une première rumeur sur les futurs carteles de la San Isidro 2011, dont à ce jour nous n’attendons pas grand-chose, pour ne pas dire rien du tout, vu la nullité — doux euphémisme — de la direction actuelle, et la pauvreté chaque jour plus criante d'un campo de moins en moins brave.
Il semble que Moreno de Silva ne reviendra pas pour la féria, ce qui,  en soit, discrédite totalement et définitivement les Choperita ; lesquels, me rétorquerez-vous, sont discrédités depuis longtemps.  Dommage, c’eut été l’occasion de faire croiser aux Saltillo la route de Juan del Álamo et de Victor Barrio, qui, eux, pourraient s’y produire deux fois... Même si, évidemment, ne rêvons pas, ces Saltillo-là, même présents, auraient été soigneusement évités.

Todo apunta a que ambos novilleros, los dos que mas alto apuntan de un desangelado escalafón del que pocos mas se salvan estarán dos tardes cada uno en la Feria de San Isidro, rumores y mas rumores, lo cierto es que si esto se hace realidad seria algo que no ha ocurrido nunca (que yo sepa) y  estoy seguro que bien acogido por todos los aficionados sin distinción alguna, otra cosa es que se pongan de acuerdo si se enfrentan solo una tarde o dos y con que ganado. Este asunto el de las ganaderías es el que trae al entorno del novillero salmantino de cabeza, si bien  el segoviano ya tiene pedida la de “Flor de Jara”, su compañero no lo tiene claro, bueno si, quiere dos de procedencia “Domecq” que pueden ser “Pedraza de Yeltes” o “Guadaira”, la primera aun sin contrastar y la otra una fija en San Isidro y con garantías de embestir. Hay un tercer hierro que es el de El Ventorrillo” pero como tercera en discordia. Victor Barrio estoy seguro que a ninguna dirá que no, a ver si el apoderado de Juan se aclara. Si a mi me piden mi opinión, elegiría la de “Guadaira” para su posible enfrentamiento en la que dicen primera plaza del mundo, todo ello con vistas a la que dicen próxima alternativa del novillero charro, a mi paisano le diría que se espere al año que viene pero...
Javier Salamanca