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26 juin 2013

Acosar y derribar


Cataclop

Acosar : action consistant à poursuivre le ou les toro(s).
Dans ce type de circonstances, il est fortement recommandé de se munir d’un quadrupède ongulé communément appelé cheval.
Il est aussi fortement conseillé de savoir monter dessus.



Cataclop, cataclop 




Acosar, c’est bien…



Cataclop, cataclop, cataclop


Derribar, c’est mieux !

17 avril 2013

Tienta à Orthez


Entrevu sur le blog de la commission taurine d’Orthez : comme chaque année depuis maintenant trois ans, la commission taurine d’Orthez et les peñas taurines locales s’unissent pour organiser une tienta de vaches en public (entrée gratuite).

La démarche est intéressante, d’autant plus qu’elle entre parfaitement dans la ligne éditoriale de cette commission taurine en ne choisissant que des élevages ou des encastes que nous n’avons pas l’habitude de voir (2011 : Pérez Escudero, Saltillo ; 2012 : Aurelio Hernando, Veragua).

Pour cette année, il s’agira de vaches de l’élevage aragonais Los Maños, d’origine Santa Coloma.

07 avril 2013

Les pieds dans le bac à sable


« Tiempo de tienta », a lâché quelqu’un au passage.

Cela voulait sans doute dire « froid devant ! », ou peut-être « l’hiver se rebiffe ! », ou encore « malgré l’heure qui s’avance et la lueur qui monte, on va sévèrement se cailler les miches, car le fond de l’air est frais, ce matin. N’est-il pas ? » Machinalement, les cols se sont relevés et les têtes ont suivi la course des nuages dans un ciel tourmenté. 

Debout pognes en poches, l’assistance s’est vite regroupée autour de la petite arène. Momentanément réchauffés par cet élan grégaire, tous se sont rangés à l’abri du vent, certes, mais à l’ombre. Seul, le vieux ganadero occupait son siège habituel au soleil. Le cavalier était en piste, les subalternes derrière les planches, le parterre de pingouins aficionados derrière le muret et les vaches derrière la porte. Tous derrière, tous derrière et personne devant. Au-dessus du toril, l’éleveur sur son trône tonnait. Il triturait un carnet de notes défraîchi, mâchouillait convulsivement un trognon de stylo, grognant à intervalles réguliers : « Mais qu’est-ce qu’ils font ?… Ils n’ont pas bientôt fini de se pomponner ! » Décidément, le vieil homme ne comprenait rien aux manières de la nouvelle génération. De tempérament paisible, cette attente interminable dans la froidure l’exaspérait. « Mes bêtes n’ont pas besoin de chichiteux malpolis et attardés. » Il est vrai que, d’ordinaire, son bétail était réservé à de rudes titis, pas aux gominés. Ils ont fini par se montrer…

« ¡Puerta! » Deux apprentis « torerrasses », deux novices parés pour le chic, pas pour les chocs. Verts comme l’espérance d’un printemps tauromachique que l’on nous vante constamment mais qui n’est pas prêt d’arriver. J’ai songé à tous les Fuente Ymbro que ces deux-là ne manqueraient pas d’« indulter »… Fatalement. Le froid est devenu mordant, la pluie pénétrante, la nostalgie insidieuse. J’ai pensé aux toros, au soleil, à Navalón, qui aurait eu quatre-vingts ans ces jours-ci. Et, je suis parti. 

« “Écrire et toréer”
Hier soir, en quittant l’arène de tienta de “Terrones”, j’ai senti le froid qui me saisissait par la plante des pieds en s’engouffrant directement depuis la terre. Mes bottes de baroudeur venaient de rendre l’âme, crevées d’avoir longtemps buté sous les chênes, d’avoir parcouru tant d’enclos, d’avoir surtout autant piétiné pendant les bregas et les tentaderos quand les pieds atteignent cette incroyable mobilité qui naît de la peur, de l’impatience ou de l’ardeur d’un combat obstiné avec une vache accrocheuse. Ce fut hier la première belle journée de campos. Le sol de la piste commençait à sécher et un soleil quasi printanier nous laissait toréer en bras de chemise. Jusque-là, nous avions connu vingt jours de vents porteurs de pluies et même une matinée neigeuse. Le froid engourdissait nos doigts qui agrippaient la muleta lors des faenas, et nous les réchauffions en soufflant dans nos mains pour éviter qu’ils ne gèlent. » Extrait de Viaje a los toros del sol, Alfonso Navalón, Alianza Editorial, Madrid, 2005, p. 19.

À quoi bon ressasser le passé quand l’avenir tapote le baromètre. Il est grand temps que le sable séchauffe.

02 mai 2012

Les choses rares


Un eral d'Aurelio Hernando à Orthez © Laurent Larrieu
Chose rare en ce mois d'avril, il fit beau. Chose rare dans cet entre-deux d'une élection présidentielle, la bonne humeur était palpable. Chose rare en ces temps difficiles pour la tauromachie, les vaches eurent de l'intérêt. Chose rare aussi, c'était gratuit.

>>> Retrouvez une galerie de cette tienta (vaches et erales de l'élevage Aurelio Hernando) sur le site à la rubrique « Ruedos ».

12 avril 2012

Prochainement, tienta à Orthez


À la fin du mois, les arènes du Pesqué d'Orthez seront le théâtre d'une première journée taurine à l'entrée gratuite heureusement terminée par une tienta de vaches d'Aurelio Hernando (origine Veragua).

Comment le sais-je ? Certainement pas après avoir visité le blog de la commission taurine de la ville d'Orthez — coorganisatrice avec les peñas La Lidia, Sol et Los Dos — puisqu'il n'en dit rien de rien…

Comment cela se fait-il ? Allez savoir !


>>>
Orthez Arènes du Pesqué /// Dimanche 29 avril 2012 14h30 /// Tienta de vaches d'Aurelio Hernando (Soto del Real, Madrid) pour Paúl Abadía 'Serranito', Juan Ortiz, Sergio Sánchez et Fabio Castañeda.


Photographie
Soto del Real, 2008 © Campos y Ruedos

27 mars 2012

In Memoriam


Page extraite du très beau livre Torerías dans lequel les photographies sont l'œuvre de Gabriel Martínez et les textes signés Roger Dumont.
Roger Dumont fut chroniqueur à Toros, entre autres, écrivain, amoureux du toro brave et, même, il y a fort longtemps, en charge de la programmation orthézienne…

>>> Gabriel Martínez & Roger Dumont, Torerías, J&D Éditions, Biarritz, 1994.

16 novembre 2011

Cosas de toros


L'idée était bonne et pétrie d'afición. Tienter en public 5 machos de 5 encastes différents. Le public, assez nombreux pour un lancement des hostilités à 9 h 30, était cantonné dans un coin de l'arène pour ne pas déconcentrer la lidia des bichos. Le callejón n'était occupé que par ceux qui avaient quelque chose à y faire en de telles circonstances, c'est-à-dire les cuadrillas, les ganaderos et quelques membres de l'organisation. Tout était donc préparé pour un spectacle sérieux dans lequel le toro aurait la première place. À peu de choses près c'est ce qui se passa. À peu de choses près malheureusement car au final nous avions plus le sentiment d'avoir assisté à un festival gentillet qu'à une sélection de futurs sementales. La faiblesse quasi généralisée des novillos, la très mauvaise manière de donner les piques — cheval placé perpendiculairement, piques traseras, trop longues sur la première rencontre, sortie fermée de manière systématique —, la longueur des faenas de toreros désirant être vus, le nombre trop important de capotazos de réception — parfois destructeurs — et les applaudissements du public rappelaient trop ce que l'on rencontre tout au long d'une temporada en corrida formelle. Nous avions vécu la même chose à Orthez en avril pour la tienta des Saltillo de Pérez-Escudero.
Mais ne boudons pas cependant cette belle initiative car il faisait plaisir de revoir les amis et de savourer une journée d'automne particulièrement ensoleillée. La Peña Jeune Aficion a bien mené son affaire, le reste n'est que cosas de toros.

>>> Retrouvez sur le site, rubrique RUEDOS, une courte galerie de photos consacrée à cette matinée de tienta.

27 juin 2011

Javi


Entre les 26 branleurs de Millas et la dizaine d'apprentis apeurés par les pointes, force est de constater que le "jeune" n'a pas été à la fête ces jours-ci sur CyR. Passons un coup de fil à Céret et Parentis, on pourra rallonger la liste d'exemples pénibles, j'en suis persuadé ! (Non, j'appelle pas Klein, il va me pondre deux pages !!)
Alors le "jeune" ? C'est un branleur, par définition, parce que les filles, elles, veulent pas et qu'il sait pas trop y faire, enfin, il y a 15 ans de ça, c'était mon cas. Passons... Il y a 15 ans, j'avais vu trois tientas maximum chez Yonnet, je n'avais pas eu la chance d'aller chez Cuadri (quoi, encore ?! ben oui, pardi !). 
Parce que les vaches qui chargent 28 fois, OK... Le mayoral qui parle âcre dans sa fumée avec des critères pas croyables, OK... La famille avec l'afición dans le coeur et le coeur sur la main, OK... L'Urcola, le Santa Coloma, le "Comeuñas" parsemé de galets, OK, OK, OK !! Encore ? Oui, mille fois merci, j'arrive...
Mais non, rassure-toi, ô jeune qui passe par là les yeux cernés et le poignet fatigué de ta session d'onanisme par youporn inspirée ce soir, c'est un être plein de compassion qui va te raconter une belle histoire dont tu es le héros. 
Nous tientions alors en ce début mai chez Cuadri, dans la lumière mielleuse de fin de journée, dans les herbes claires. Nous tientions, dans le respect, la simplicité et le sérieux sans chichi. Nous tientions dans le bonheur liquide... Enfin, quand je dis que nous tientions... évidemment nous ne faisions pas grand-chose, nous autres, à part regarder, photographier, changer les péloches, changer de poste, etc. Après les trois inconnus professionnels qui se sont succédés ce soir-là, passaient des jeunes de l'école taurine de Huelva, et quand 'Berreona' eut fini d'écoeurer un Rafael de Julia (je crois) incapable de trouver la mesure, la distance et le reste, mais soucieux de ne pas trop perdre le sitio et la confiance, nous avons tous pensé que la tienta s'en tiendrait là. 'Berreona' était un morceau de vache, prenant trouze-mille piques et posant des difficultés à la muleta. On n'a pas proposé aux jeunes, on allait boucler, quand Javi est arrivé en demandant la permission. Javi avait toréé l'une des vaches précédentes, et comme la plupart de ses copains, il avait montré pas mal de décision, de volonté, et l'envie de ne pas en laisser une miette. Alors Javi s'est planté là, face à 'Berreona', et à force d'insister, l'a fait passer à gauche, mais aussi à droite à force de se planter devant dans un valeureux numéro de porfia. Javi a mis du temps et de la sueur et plein d'autres choses... La famille Cuadri, incrédule puis séduite, a salué la prestation sans ménager ses encouragements : "¡Bien Javiii! ¡Bieeeen!". Le matador desconfiado semblait moins sincère dans les siens. Cosas de toros
A la fin de la tienta, nous avions vu le soleil mielleux, les herbes folles, 'Berreona' et des piques, et des critères. Nous avons aussi vu Javi prouver qu'il était à la hauteur des exigences maison. Le grand bonheur !

23 mai 2011

'Berreona'


Luis Cuadri Vega est le neveu de Fernando Cuadri et le fils de feu Luis Cuadri.
Luis est un type épatant, campero, entier, Andalou de Trigueros. Un type qui ne se raconte pas d’histoires, ni à lui ni aux autres, un type comme il en faudrait plus. Bref, un type que l'on est heureux de connaître.

— Tu l’avais trouvée comment la course de Céret ?
— Ben... Luis... franchement... mauvaise...

Dans ces cas-là, c’est bien pratique de répondre « mauvaise ». C’est suffisamment franc pour être clair, et ça dispense d'un terme taurin trop abrupt.

Luis, lui, il tranche : « décastée ». Elle était décastée la course de Céret. C’est net, direct, définitif. Luis ne se raconte pas d’histoires, ni à lui ni à vous ni à personne. Pas d’excuses à la noix ou de raisonnements foireux mais une explication : l’ancien semental leur a donné une descendance calamiteuse. C’est assez simple finalement. Pas d’histoires.
Ce n’est pas la faute à l’herbe, un coup trop grasse, un coup pas assez. Ce n’est pas non plus la faute au sable de la piste — un coup trop mou, un coup trop dur — ni la faute du climat — trop sec ou trop humide. Non, c’est juste ce semental qui leur a brouillé les cartes.
Luis ne se raconte pas d’histoires.
A « Comeuñas », les seules histoires qui se racontent sont celles, intemporelles, de José Escobar.

Pour les tientas, c’est la même chose ; pas de tangentes, mais des critères éternels et sans concession que l'on met sur la table et que l'on discute en famille, en direct, sans éclats de voix, sans hausser le ton, mais avec convictions.
Il y a ici un respect qui plane, une cohérence et une unité : une grandeur au bout du compte. La décision est immédiate et collective, même si José Escobar a de toute évidence une voix prépondérante.

Ce jour-là sont présents Rafael de Julia et deux inconnus dont j’ai oublié les noms. Les vedettes du « G10 » ne viennent pas tienter chez Cuadri. Personne ne s'en plaint.

Un tentadero chez Cuadri a ceci de rare qu'il mélange simplicité, solennité et sérénité — sauf peut-être pour ceux qui se mettent devant. Ça se passe en comité forcément restreint et dans le respect le plus absolu.
Après un chemin de terre interminable, que l'on prend au cortijo Juan Vides, la placita apparaît enfin, au milieu des arbres. Nous sommes à la troisième finca des Cuadri : « Cabecilla Pelá », juste après la fin du bout du monde. Les vaqueros arrivés avant nous ont déjà tout préparé. Il n'y a pas d'attente. Il suffit de prendre place.
Dès l'entrée, un palco accueille les quelques invités présents. A leur droite, un peu plus loin, tío Fernando se prépare à piquer. Derrière lui se regroupent José Escobar, Luis et Antonio Cuadri, Fernando Cuadri hijo et quelques très proches. A leurs pieds attendent les toreros et les gamins qui, tout à l’heure, demanderont poliment à Fernando l’autorisation d’aller donner quelques passes.

A gauche des invités se situe le toril, où se poste le vaquero chargé du maniement de la porte. Les vaches sont annoncées à haute et grave voix, dans un silence absolu. Une sorte de Bilbao campero.

Vaca 'Berreona', número 196.
Ouverture de la porte.
¡La vaca va!

C’est à la fois simple et solennel. Et ça donne une idée assez précise de la grandeur du campo.
¡La vaca va! Deux ans la vache. Elle en paraît trois. Elle déboule comme une furie, inspecte la piste comme un avion de chasse survole un territoire ennemi. Une fusée. Fernando junior évoque sa lignée, et la probabilité d’un grain de folie chez 'Berreona'.

Sous nos pieds, c’est le feu. Rafael de Julia transpire à grosses gouttes, se fait déborder et ne parvient pas à canaliser cette charge vive et pesante.
— Elle est folle ! Ça vient de cette branche. Elle est folle !
Sur son cheval, l’oncle Fernando se retourne lentement, nous regarde, et d’une voix douce et calme rectifie :
— Non, elle est encastée.

A l’autre bout de la piste, 'Berreona' se cambre, tête levée, hume l’air et regarde, défiante, le picador. Elle s’élance et, dans un nuage de poussière, vient s’écraser lourdement dans le matelas de protection.
Une fois, deux fois, trois fois. Jusqu’à cinq fois, sans hésitation, la queue dressée, bouillante de rage. Il y a de la sauvagerie, de la violence dans sa façon d'attaquer le cheval. A côté de moi, Luis exulte.
Josééé... Con ésta tenemos una reserva de carbón. ¡Pero es que esta loca!
José sourit et évoque déjà le semental qu’il choisira pour obtenir ce qu’il pense être le plus conforme à la philosophie de l’élevage. Nous en sommes à la cinquième pique.

— Rafael ! Pour la sixième pique, amène-là au bout de la piste, encore plus loin tout au bout. Colle-la au burladero d’en face.
Rafael de Julia se bat, enchaîne les tentatives, mais il ne peut pas. La vache a pris le dessus. Une fois, deux fois, trois fois. La vache ne veut pas aller jusqu’à ce maudit burladero. Encore trois mètres, deux mètres cinquante. Pas plus loin. Elle n'ira pas plus loin.
—  Rafaeee... Non, plus loin, encore plus loin.
Pour la sixième pique, 'Berreona' grattera deux fois et montrera un soupçon d’hésitation.
Josééé... Elle a gratté, tu penses que...
¡Hombre! ¡Ya está aproba'a!

Chez Cuadri, les vaches sont approuvées, ou refusées, dès l'épreuve de la pique, avant même de révéler leur comportement à la muleta. Un concept aujourd’hui rare et désuet. Pour nous, simples témoins, des instants précieux et inoubliables.

>>> Vous avez accès, en rubrique CAMPOS du site camposyruedos.com, à une galerie consacrée à cette journée passée en compagnie de la famille Cuadri.

* * * * * * * * 

Vache : 'Berreona', numéro 196.
Père : 'Montero'.
Mère : 'Llorona'.
Notes de la mère : 6/6 A.

Et on peut lire sur le livre de l'élevage : 
Sortie : Sale con pies y se para con ganas.
Cheval : 
1.1/2 - Du centre, pronta, andarina, cabecea.
2.1/2 - Du centre, fija, andarina, cumple.
3.1/2 - Du centre, fija, andarina, cumple
4.1/2 - Du centre, fija, alegra, con galope, cumple.
5.1/2 - Burladero, alegra, con galope, cumple.
6.1/2 - Burladero, le cuesta más, escarba, pero viene a matarse, se estrella.
Muleta : Dura, con muchos carzones. No humilla mucho, pero esta encastada. Muchísimo motor. Fiereza. Buena vaca.
Note : 7/6.

02 avril 2011

Aujourd'hui


À Orthez, tienta de vaches de Jesús Pérez Escudero. Campos y Ruedos avait visité l'élévage quand il se trouvait encore du côté de Tenebrón dans le Campo Charro ; c'est par là.

Va faire beau et y aura Frascuelo, tiens ça rime...
Va faire beau et y aura Velasco, tiens ça rime...
Va faire beau et y aura Marco, tiens ça rime...
Va faire beau et y aura Lamelas... tiens ça rime pas, sa race...
Va faire beau et y aura Ortiz... à Orthezzzzz !

Orthez, ville de poésie !

08 mars 2011

Orthez 2011 : mise en bouche


>>> Pour parcourir le dossier de presse, cliquer sur ce lien.

29 septembre 2010

Le cheval portugais


— Oh ! regarde le beau cheval. Il est beauuuuu !
— Je te l’ai déjà dit et je vais le répéter une dernière fois. Les seuls chevaux pour lesquels il vaut la peine de jeter un regard, ils ont un caparaçon et y’a un gros monsieur planté dessus et ce gros monsieur il a une grande lance en bois avec un bout en fer pour puyasser les toros et il parle avec une grosse voix comme çaaaa.
— Oui je sais tu me l’as déjà dit tout ça. Mais il est beau, non ?
— Il est à poil ton bourrin ! Tout nu, perdu, sans but, sans destin ! On dirait une pub pour un savon sans femme nue dedans. Y’a un manque, un vide. C’est un concept, tu peux pas comprendre, t’es trop petit.

Le problème du Portugal, c’est le cheval. Le problème du cheval portugais, c’est son endurance et le fait qu’il déteste porter le caparaçon. Il fait sa sainte nitouche, il prend des pauses, des airs de rien, secoue le crin pour se remettre la mèche et discute des derniers potins qu’il a entendus chez son maréchal-ferrant. Le cheval portugais regarde la vache de haut et la trouve toute crottée. Il ne souffre pas la boue, ne goûte que de loin le charme campagnard, mais pour lui suranné, du bleu de la placita de tienta et ne daigne même pas faire caca sur le sable blanc sale où la vache épuisée le poursuit.
Le cheval portugais déteste le premier tiers et lit 6toros6. Le soir, avant de se coucher, le cheval portugais se connecte au réseau, discute sur Facebook avec d’autres fans de la frange de travers (c’est la mode) et feuillette l’édito du président de l’OCT pour savoir comment Morante a été Dieu, Ponce une grosse merde et Juan Bautista génial le jour où il devait toréer à Sangüesa.

— Putain, tu comprends maintenant ???

>>> Retrouvez une galerie consacrée à une tienta chez Ribeiro Telles sur le site www.camposyruedos.com, rubrique CAMPOS.

Photographie
Le dernier Ribeiro Telles de la dynastie © Laurent Larrieu/Camposyruedos.com

16 juin 2009

Tentadero chez Hermanos Rubio Martínez

A la lecture du titre du présent post, vous avez certainement pensé très fort : "Mais bon sang, qu'est-ce qu'ils sont allés fabriquer là-bas ?!" Et si j'ajoute que celui qui officiait trastos en main, sous la direction du torero honoraire devenu éleveur, n'était autre qu'Antonio Ferrera, votre étonnement n'en sera sans doute que plus grand.

La ganadería "Hermanos Rubio Martínez", dirigée par Antonio Rubio "Macandro", fut formée au tout début des années 1990 avec des bêtes Tornay Maldonado ; en 1993, les frères acquièrent auprès de Joaquín Barral un lot de vaches portant les fers de Manuel González et González Sánchez-Dalp, ajoutant des reproducteurs d'origine Martín Berrocal. Bref, rien de très excitant, et pour tout avouer nous n'avons même pas fait le tour des enclos, un regard circulaire sans quitter le bord de la route ayant suffi à satisfaire une curiosité mesurée.

Non, nous ne sommes pas soudainement tombés amoureux de l'encaste Domecq, à l'encontre de laquelle nous n'avons toutefois aucun a priori négatif, il n'est sans doute pas inutile de le souligner de temps à autre. C'est seulement que ce jour-là il y a avait tentadero, et que ma foi un tentadero c'est rarement ennuyeux. Et c'était d'autant moins ennuyeux que ce jour-là, notre cher Tendido69 himself, en chair et en os (surtout en chair, au bout de quelques jours de goinfrerie sévillane), mèche au vent et lèvres en avant, devait quitter le charme douillet et protecteur du burladero pour se lancer à l'assaut de l'une des vaches soumises au test. Oui, Tendido69 !

Pour le photographe, la difficulté majeure de ce genre d'exercice, c'est de parvenir à étouffer ses éclats de rire afin de réussir à déclencher en gardant le sujet dans le cadre mouvant du viseur. C'est pas facile, croyez-en mon expérience ; essayez de prendre une photographie avec les épaules prises de soubresauts, et vous le constaterez par vous-mêmes.

Et c'est là que ô surprise ! ô stupéfaction !, notre cher chroniqueur se met à nous tirer des passes sur les deux cornes, courant la main, pecho gonflé et en mettant la jambe. Si, si ! L'assistance, y compris l'éleveur lui-même, en fut interloquée, la surprise le disputant au ravissement ; ce dernier alla même jusqu'à proposer à notre práctico de s'essayer face au novillo prévu par la suite (refus poli, pour des raisons qu'il conviendra de découvrir).

D'aucuns pourront chipoter en prétendant que le jeans et la mèche, ça fait pas trop torero. Certes, certes... Mais avouez qu'entre ladite tenue, que nous qualifierons pudiquement de civile, et l'affreux traje de luces de Ferrera, dont même un maletilla des sixties n'aurait pas voulu, ça se discute.

Bref, venons en au fait ; c'est donc officiel : il y a désormais dans les rangs de Camposyruedos un torero. Un vrai de vrai. Un qui risque sa vie au fil des cornes, qui en découd avec les bêtes et tout et tout. Ça pourrait nous faire une belle jambe. Sauf que c'est très important, figurez-vous, pour un site taurin, de compter parmi ses collaborateurs fidèles un torero. En effet, comme on nous le répète à satiété, c'est même la condition indispensable pour jouir de la légitimité nécessaire pour parler de toros.

Eh bien maintenant, c'est fait. Voilà. Nous pourrons donc ouvrir notre gueule quand bon nous semblera. Sous réserve bien sûr de s'en être préalablement entretenu avec notre caution technique, notre éminence ès bébêtes à cornes.

Vous trouverez la galerie consacrée aux faits d'armes de Tendido69, et accessoirement à ceux d'Antonio Ferrera, dans la rubrique CAMPOS du site.

Encore bravo, Fred. Va por ti.

12 mai 2009

Tienta chez El Palmeral


Sur le site, rubrique CAMPOS, retrouvez quelques photographies prises lors d'une tienta organisée vendredi 8 mai dans la ganadería El Palmeral.

Moment fort sympathique, éducatif, et mené avec le plus grand sérieux par Jean-François Majesté aux commandes de cet élevage d'origine Atanasio-La Corte et rafraîchi dernièrement avec de l'Atanasio.

Nous en profitons pour le remercier de son invitation et lui souhaitons bon courage pour la suite de ses aventures taurines. Au cartel : Julien Lescarret, Diego Urdiales et les menaces d'un ciel basque...

21 mars 2007

"Somethin'else" Campo Charro (VI )

Dix fois, au bas mot, il s’est confondu en excuses. Ce n’était pas le jour, c’était seulement cela. Avec un pinceau fin, on aurait pu passer le ciel au bleu profond pour partir plus au sud, le cul collé sur ces murs blancs traînés de rouge sombre. Avec des si... Il s’est encore excusé au pied de l’escalier, au coin du feu peut-être. Nous ne verrons pas les Coquilla aujourd’hui. Ce n’était pas le jour, c’était seulement cela. Bonhomme en diable mais presque timide, Javier Sánchez-Arjona palabre gentiment au milieu de cette placita estampillée carte postale.

Tout ce petit monde s’affaire, du mozo de espada qui déplie les trastos aux vaqueros de la casa qui surveillent, de loin, les quelques vaquillas terrorisées dans les corrales attenants.
Ça tiente aujourd’hui chez Sánchez-Arjona, nous ne verrons donc pas ces survivances santacolomeñas labelisées Coquilla. Ce n’était pas le jour, c’était seulement cela.
José Ignacio Uceda Leal, long comme un pin tout fier, attend les petites, l’œil abyssal, son pantalon en ombre portée du regard. La marron lui plaît a-t-il dit tout bas à son apoderado, "en el tipo". En el tipo Domecq, direct de chez Jean Pierre depuis 1983. Faut bien vivre ma bonne dame !
José est amusé une petite heure avec deux ou trois mangeuses de flanelle, sa cour gueulait "Biiiiiiiiiieeeeeeeeeeeeeeennn, Ignacio, biiiiiiiiiiieeeeeeeeennnnnn" et le campo mangeait l’écho, indifférent à cette hypocrisie. Comme quoi, certaines cuadrillas s’entraînent vraiment dur pendant l’hiver…
Quand le ciel a lancé ses premiers au-revoir, trois "fashion victimes" se sont posées au coin du feu, sur la terrasse de la placita. Ils ont déballé des caméras, des micros, des trucs comme ça, des trucs improbables dans ce trou de campo. Ils venaient pour filmer le grand pin, un reportage pour le vanter dans le tube. Ça passe par ça aussi la tauromachie, se regarder toréer derrière un écran et dire qu’on existe... Faut bien vivre ma bonne dame !
Ce n’était donc pas une tienta comme l’on peut – peut-être naïvement – se l’imaginer, lourde de silences, de sentences de vieux ganaderos, d’air libre et de bravoure à l’épreuve. Ici, des passes et des passes, peu d’indications, peu de piques et beaucoup de communication par caméra interposée.
Ce n’était donc pas une tienta, c’était quelque chose d’autre, un anti "Somethin'Else".
En quittant la carte postale d’"El collado", c’est cet album des dieux qui courait d'encinas en murets de pierres mortes, des notes bleues, infinies, lancées dans une nostalgique nuit en quête de cet "autre chose" idéalisé...
Et puis, vous avouerez, Cannonball Adderley, ça en jette un max à côté de Domecq…

>>> Retrouvez des clichés de cette "tienta" dans la rubrique CAMPOS du site.