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29 novembre 2011

« Bouh, quelle bande d'enfoirés… »


Randy Marsh craque © http://www.southparkstudios.com/ 

Bon ben je crois qu'on peut commencer à pleurer


Je vous traduis rapidement un post de notre ami Manon.

« Et pourquoi faisons-nous tout ça ? Pour l'Afición, pour l'Afición, pour l'Afición » déclare sans rire Simon Casas.
NDLR 1 Eh bien je ne le crois pas l'ombre d'une seconde. On dirait bien qu'il répète « l'Afición » comme pour se convaincre. Une sorte de méthode Coué pour nous convaincre nous. Ça ne marche pas, désolé. Mais on continue d'en rire.

Ensuite, il a dit qu'il faudra tenir compte de l'aficionado. De l'aficionado, oui, mais pas des idiots… Il a également évoqué la prise d'otage des arènes par quelques-uns et d'autres choses dans le genre…
NDLR 2 Ça commence vraiment très très mal.

Manon s'interroge alors sur les critères qui différencient l'aficionado du tonto, de l'idiot. Par exemple, si je veux voir sortir des courses de Saltillo à Madrid : suis-je idiot ou aficionado ? Et si je veux voir lors de la San Isidro des Cuadri combattus par El Juli, Manzanares et Fandiño : suis-je idiot ou aficionado ? Etc., etc.
NDLR 3 Je ne sais pas, vous, mais j'ai l'impression que nous avons fini de rire. Ça n'aura pas duré longtemps. C'est quand même dingue, il n'est pas encore désigné directeur qu'il commence par insulter les aficionados. C'est dingue.

NDLR suite et fin La photo de Manon est évidemment tirée du Blog (de fotos) de Manon.

Dépêchons-nous d'en rire, avant d'avoir à en pleurer


Sur Mundomachin ce jour : « Simón Casas, en su turno, ha reconocido que "humanamente entre José Antonio y yo nunca hubo conflictos personales sino conflictos de negocios. Hemos trabajado mucho juntos. Me siento compenetrado con él por su capacidad de hacer frente a las problemáticas. Hemos unido fuerzas, experiencias y profesionalidad frente a una situación difícil, una crisis sectorial". » (De son côté Simon Casas a reconnu que « humainement, entre José Antonio et moi, il n’y a jamais eu de conflits personnels sinon des conflits d’affaires. Nous avons beaucoup travaillé ensemble. Je me sens compénétré par lui par sa capacité à faire face aux problématiques. Nous avons unis nos forces et expériences, notre professionnalisme, face à une situation difficile, une crise sectorielle ».)

Rappel pas inutile : José Antonio Martínez Uranga déclarait le 1er avril 2009 : « Yo con S. Casas no me hablo, y creo que no me voy a hablar nunca en la vida. » (Moi, je ne parle pas avec Simon Casas, et je pense que je ne lui parlerai jamais de toute ma vie.)

NDLR La photo est une capture d'écran de Mundomachin. On les sent bien tous très compénétrés. 
Et dire que c'est « ça » qui prétend sauver le monde…

28 novembre 2011

Ils vont sauver le monde, pour de vrai (II)


En fait, il semblerait qu'ils vont surtout se sauver eux.
C'est le blog Toro, torero y afición qui remue un peu le cocotier à l'annonce de la surprenante union Choperita-Casas, sans oublier Matilla qui ne compte pas tenir la chandelle. 
On a vraiment les mariages qu'on peut… ou mérite.

José Antonio Martínez Uranga déclarait le 1er avril 2009 : « Yo con S. Casas no me hablo, y creo que no me voy a hablar nunca en la vida. » (Moi, je ne parle pas avec Simon Casas, et je pense que je ne lui parlerai jamais de toute ma vie.)

Aujourd'hui, ils sont sur le point de s'unir. Allez comprendre. Une possible explication est donnée sur le blog El Rincón de Ordóñez. Ça s'intitule : « Los taurinos toman la plaza de Madrid » (les taurins prennent les arènes de Madrid).

Ça commence ainsi : « Ya se habían oído rumores sobre las intenciones de los llamados G10, para que Simón entrara en Madrid, teniendo en cuenta  los comentarios que se hacían en los mentideros taurinos en torno a los problemas de tesorería del grupo de  Casas y que entrando en Madrid se solucionarían y eso a todos convencia. » En résumé, l'aficionado du Rincón raconte que l'arrivée du groupe Casas à la tête de la très rentable Las Ventas permettrait à celui-ci, qui connaît des problèmes de trésorerie et doit de l'argent à nos chers bichons du G7, de s'acquitter de ses dettes. Il raconte aussi que les Choperita ne seraient pas très flamboyants question trésorerie pour de sombres histoires de droits de télévision. Quant à la maison Matilla, étant donné qu'elle drive celui qui fut notre cher Manzanita et qui est aujourd'hui le porte-parole du G10, on imagine difficilement qu'elle puisse être laissée sur la touche sans profiter d'une part du gâteau.

Il est malgré tout étonnant de lire actuellement dans la blogosphère espagnole que cet improbable triumvirat serait finalement né sous la pression des toreros du G10. 
Les choses s'avèrent sans doute encore plus vermoulues de l'intérieur que ce qu'il nous était possible d'imaginer.

Vous remarquerez au passage que, dans toute cette histoire, personne ne parle ni du toro, ni des aficionados troglodytes… évidemment.  

Ils vont sauver le monde, pour de vrai


L'heure est grave, très grave même. La preuve, il semblerait que les deux ou trois empresas susceptibles de se partager le gâteau madrilène (pour ceux qui ne suivent pas, la direction des arènes de Las Ventas doit être renouvelée en 2012) soient sur le point d'annoncer leur fusion pour, au bout du compte, se partager le gâteau à trois — plutôt que de le voir mangé entièrement par le voisin.
Un monopole va naître. Un peu comme si SFR, Orange et Bouygues se regroupaient pour sauver le monde de la téléphonie mobile. Ça fait rêver.
Sauf que là c'est le toreo qu'ils veulent sauver. le toreo, eh ! Le toro, pour l'instant, on n'en parle pas.


L'heure est à ce point grave que Simon Casas déclare — imaginez les trémolos dans la voix et la main sur le c
œur — que l'heure est arrivée de lutter pour le bien général. Et, à ce titre, l'adjudication des arènes de Madrid représente, selon lui et aussi selon les Choperita, quelque chose qui va bien au-delà des rivalités et des problèmes de personne ou d'ambition personnelle. Cette adjudication-là porterait en elle l'avenir de la Fiesta tout entière… Vous et moi ne serions que de pauvres aficionados troglodytes bien trop arriérés pour saisir les tenants et les aboutissants de tout ceci. Comme si ce qui se tramait était trop subtil pour nous… N'empêche que lorsqu'on sait de quoi il retourne de la gestion des Choperita, on se pince pour y croire. Si le devenir de la Fiesta doit passer par leurs mains, eh bien, c'est clair, nous sommes tous déjà morts.

De toute façon, j'ai beau tourner la chose dans tous les sens dans ma petite tête, j'avoue avoir bien du mal à saisir en quoi l'avenir de la Fiesta pourrait bien dépendre de cette seule adjudication-là.

Bref, Simon Casas précise les objectifs et les enjeux en parlant de générosité, d'idées et de volonté d'être responsable. 
Ce qui revient à dire qu'avant ils étaient tous plus ou moins irresponsables. Je continue à tourner tout ça dans ma petite tête et je ne comprends toujours pas. Le seul truc, la seule chose, me dis-je, c'est que ce sera, peut-être, l'opportunité de voir fonctionner le fameux comité d'éthique made in Casas. Ça, pour le coup, ça risque d'être croustillant.

À l'heure qu'il est, la seule certitude que nous ayons tient en la prétention qu'affiche ce triumvirat improbable mais bien réel de vouloir sauver le toreo. De quoi ? On ne sait pas trop. Le toro ? Chaque chose en son temps, vous dis-je. Les aficionados troglodytes ? Après, après…

Une conférence de presse a lieu demain. Affaire à suivre, avant qu'il ne soit trop tard…

NDLR La photo provient de Google Earth ; ce sont les arènes de Las Ventas vues de haut, peut-être même de trop haut…

19 octobre 2011

And the winner is...


Gorka Azpilicueta. Imprononçable. Gorka Azpilicueta anime un blog et un site Internet avec Arsenio Ramírez. Comme nous. Un site et un blog. Gorka Azpilicueta et Arsenio Ramírez aiment, c'est une évidence quand on regarde leurs photos, photographier les taureaux de combat, particulièrement au campo. Comme nous. Au campo. Les toros. Gorka Azpilicueta et Arsenio Ramírez font de belles voire de très belles photos de taureaux de combat. Je n'ose écrire comme nous, certains vont croire qu'en plus de nous "couillemolliser" et d'écrire des textes "inutiles", on se la pète grave.
Gorka Azpilicueta vient de participer et de gagner le concours photo organisé par les arènes de Las Ventas. Il a gagné avec une photographie de toros très armés, sans fundas, au campo, pris dans une lumière basse et jaune au travers de laquelle la poussière prend les atours de l'or. Et ça fait plaisir de voir une telle photo gagner un concours de photos taurines. Alors félicitations à Gorka Azpilicueta, qu'il continue de prendre longtemps las rutas del toro.

Je ne peux m'empêcher d'accompagner la photo lauréate de celle de Fernando Palha concentré sur son bureau à la lueur de vives chandelles. Un fotón !
J'achève en me disant qu'en à peine une dizaine de lignes vous avez buté pas moins de six fois sur le nom de Gorka Azpilicueta. Sept fois maintenant.

Allez, un dernier pour la route : Gorka Azpilicueta.

Liens
Por las Rutas del Toro, le site & le blog.
Le site des arènes de Las Ventas.

Photographies La lauréate © Gorka Azpilicueta & Fernando Palha © ArseyAzpi

29 septembre 2011

Pluie sur Madrid


C'est Manon qui le dit. En automne il pleut. Mais il est plus rare qu'il pleuve sous un ciel bleu et ensoleillé.
« En otoño es normal que llueva. Es más raro que lo vaya a hacer luciendo el sol que está previsto. ¿De qué va esto? »
Pour savoir de quoi il en retourne : http://lluviadetwits.blogspot.com.


23 août 2011

Autorovia (V)


J’ai voulu profiter d’un coucher de soleil en Andalousie. Le genre d’envie que l’on peut lire dans les revues publicitaires d’agences de voyages où le bleu devient indécent et vulgaire, où il ne manque que la petite famille bien habillée de blanc autour d’un bol de chocolat au lait pour compléter le tableau idéal de vacances de rêve au bord d’une mer de bout du monde. Les photos ne montrent jamais les autres, les touristes comme vous mais que vous exécrez. Elles ne montrent pas plus les immeubles sordides de banlieue, succession de barres d’où la vie s’extrait ou pénètre, à chacun de choisir,  de paraboles géantes, les poubelles qui débordent au soleil et que fouillent des femmes dépenaillées à l’aide d’une pique grossière, à la vue de tous mais elles s’en moquent. J’avais envie d’un coucher de soleil en Andalousie et je l’ai vu tirer sa révérence sur un parking en feu de Dos Hermanas, calé au pied d’un toboggan que dévalait Loulou. Le ciel est devenu laiteux, un vent léger a glissé sur les toits des voitures encore très nombreuses et j’ai regardé ces gens, des femmes pour la plupart, rejoindre leurs pénates en se félicitant ou des achats effectués dans les outlet de leurs rêves ou de la chaleur qui était devenue supportable à mesure que le soleil n’était plus qu’un mince filet rose à l’horizon de l’autovía qui filait vers Séville. J’ai eu envie de m’en griller une mais était-ce le lieu ? Une aire de jeux pour enfants ? J’ai décidé que oui parce que je n’avais pas envie de décider que non. En allumant la cigarette, une Chesterfield parce que le distributeur de tabac du bar La Sonanta de Triana n’avait pas de Marlboro light auxquelles j’ai coutume d’être fidèle sans raison clairement définie pour autant, j’ai pris conscience que les touristes me foutaient les glandes, comme ça, sans accusé de réception ni préavis. Le touriste a une capacité inégalée pour se faire repérer partout où il passe. En Andalousie par exemple, le touriste se débrouille le plus souvent pour avoir les yeux bleus et la tignasse blonde ce qui est, et j’étais d’accord avec moi-même sur ce point, une note de singularisation à la limite de la provocation dans ce sud où il est de bon ton de ne pas marcher en Havaianas. En regardant Loulou aller et venir sur son toboggan, je me suis interrogé sur cette propension que nous avons tous à détester les autres qui nous entourent. C’est vrai, en soi rien ne me pousse à mépriser de tout mon mégot jauni que j’écraserai dans dix secondes ces gentils Européens venus chercher ici soleil et dépaysement. Je devrais m’en remuer la tong droite et me dire que depuis quelques années d’ailleurs ces gens-là sont mes concitoyens, c’est écrit dans les livres d’Education civique. Je dois avoir un rapport douloureux à la citoyenneté. Ça doit être ça car le touriste m’exaspère avec son appareil Nikon en bandoulière, matraquant de clic et de clac le bougainvillier mauve de Santa Cruz, shootant un cheval déprimé devant la cathédrale de Séville, s’étouffant de bonheur à la vue des étals de fruits et légumes du marché San Jorge de Triana. N’ont-ils donc jamais vu de près une tomate ? Une prune ? Un ananas ? Le touriste est donc insupportable parce qu’il est là où je suis. Le touriste est un ogre d’espace vital, il serait même capable de me taxer une clope. Loulou remonte sur son toboggan pour la dix millième fois et me laisse pantois devant cette persévérance qu’ont les enfants à répéter à l’infini leurs moments de bonheur simple. Je me demande si les enfants de touristes se comportent de même mais j’en doute, je le sais. J’ai remarqué que les autochtones n’étaient pas toujours très sympathiques avec les touristes. Je ne parle pas d’une agressivité franche et sans fard, non, mais plutôt d’une sorte de morgue naturelle — serait-ce inhérent à Séville ? — destinée à démontrer que l’on est autochtone et d’ici. Le regard est fier, la démarche assurée, il n’y a pas de sac à dos encombrant pour ralentir le pas ou arrondir le dos, les odieux enfants bruns et gueulards sont chez la abuela et n’entament donc en rien la suffisance de papa qui cite le passant entatané à chaque coin de rue. Bref, l’autochtone est aussi détestable que le touriste à la fin.
Sur le chemin de la fin de journée, femme et filles récupérées et commentant avec force aigus la chaleur maintenant agréable et les extraordinaires trésors de la production textile internationale que recelait ce centre commercial, je me laissais aller à cette idée qu’il y avait deux catégories d’êtres humains : les touristes et les autres. Autant dire que j’ai rapidement pris conscience que la seconde catégorie était la plus nombreuse en ce bas monde, et dans des proportions scandaleusement inégales, et je ne sais pas si cela m’a rassuré étant donné que s’ils n’étaient pas des touristes, ils devenaient par voie de conséquence des autochtones hautains, parfois gominés, parfois voleurs, parfois crevant la dalle, parfois faussement souriants, souvent trop nombreux.

J’ai doublé un camping-car Fiat Ducato d’une longueur de 6,99 m et d’un poids de 3,5 tonnes modèle 2011 immatriculé en Suisse et qui s’évertuait  à rouler en-dessous de la vitesse autorisée. Je n’ai pas pu retenir mon courroux et l’ai copieusement harassé de mots peu amènes mais que je considérais comme fort à propos. Ma femme a tourné la tête vers moi et j’ai lu dans ses yeux qu’elle ne partageait pas mon point de vue sur la Confédération helvétique moderne. Son regard s'est mué en un radieux mélange de réprobation choquée et du bonheur d’une fin d’après-midi particulièrement réussie. Elle venait de faire l’acquisition de fripes soldées, indispensable à sa garde-robe et flottaient donc dans ses yeux les restes de ce moment extatique. Je n’ai eu qu’une fraction de seconde pour me faire cette réflexion que le bonheur des femmes ne tenait qu’à un fil, de coton ou de soie.
— T’es chiant de hurler comme ça. Je te signale que tu es aussi un touriste ici !
Sur le coup, ça m’a cloué, je dois l’avouer. Mais j’ai réagi plus vite qu’un retour de Saltillo encasté.
— Non ma loutre d’amour, je ne suis pas un touriste comme eux. Eux viennent pour consommer, pour bouffer du pittoresque, des castagnettes et des couilles de toro en sauce même si ça les écœure. Moi, je fume des clopes pour être solidaire des Indignés, je n’essaye pas de sourire à tous les indigènes, je n’essaye pas non plus de leur causer deux mots d’espingouin, je reste dans l’appart' avec la climatisation et je regarde juste le ciel bleu qu’on n'a pas chez nous ! Et toc, me dis-je.
— Et tu te trimballes pas peut-être avec un Nikon en bandoulière, deux même parfois ? Et tu ne portes pas des tongs peut-être ? Et les prunes que tu as achetées ce matin en rentrant de chez Miura, elles n’étaient pas "quand même beaucoup plus savoureuses que chez nous" ?
Je déteste ça. Je me suis tu jusqu’à Triana. Le tourisme m’a écoeuré toute la soirée. A la télé, ils ont diffusé en boucle des reportages dans lesquels des touristes bavaient tout le bien qu’ils pensaient de leur vacances et de leurs hôtes. Ils ont même interviewé des Suisses. Des Suisses !
Je n’ai saisi le sens profond de la remarque de ma loutre d’amour que quelques jours plus tard à Madrid. Ce soir-là, à Séville, croquant mes Lays sans entrain, ce qui est rare chez moi, je ne savais pas encore. J’avais prévu d’aller assister à la novillada d’Alcurrucén à Las Ventas le dimanche suivant. Novillada d’août à Madrid, peu de monde, places pas chères et cacahuètes grillées.

Ils étaient tous là ! C’était fait exprès. A la taquilla : des moines, des Japonais par convoi, des Anglaises rosies, des Birmans avec un peu de chance. Sur les gradins : cris et hurlements à l’entame du paseo, applaudissements à tout rompre à la sortie du premier novillo, les Japonais étaient particulièrement en verve, sortie anticipée pour deux Danoises à la mort du second. A un moment, un indigène du tendido 7 a claqué des mains pour demander le cambio d'un utrero et tous, tous, ont repris en chœur, même les moines, j’ai regardé. On aurait pu faire indulter toute la course avec un minimum de volonté. Ils étaient tous là. Le tourisme et les JMJ me revenaient en pleine gueule. J’ai décidé de ne pas voir au début. Je me suis concentré sur la course et sur Loulou qui contemplait les "nules" et les picadors. Il était à Las Ventas, c’était sa première course. J’étais ému mais je ne l’ai pas montré. Il avait trouvé le bout du chemin des toros quelques jours auparavant, demain matin en réalité, chez Prieto de la Cal. J’ai regardé Loulou admirer les novillos et les "nules", les touristes et les locaux n’existaient plus.
En quittant les arènes, la nuit allait être lourde une fois de plus, ils sont revenus à moi dans les escaliers. J’ai senti que ma femme n’avait pas tort au fond, je portais des tongs comme eux et un Nikon se balançait sur ma panse adepte des chips Lays. Un jour un pote dans ma jeunesse m’avait dit que nous étions tous le "con" d'un autre. Je dois bien être le touriste de quelqu’un.
Demain matin, Loulou aura achevé la très très longue route des toros. En fait, elle ne fait que commencer pour lui. Les Prieto de la Cal l'attendent.

>>> Retrouvez une galerie consacrée à la novillada d'Alcurrucén lidiée à Madrid le dimanche 14 août 2011 sur le site www.camposyruedos.com, rubrique RUEDOS.

12 août 2011

3 + 3 = ½ + ½


Évoquée il y a sept mois, officielle depuis peu, la novillada « 3 Coquilla de Sánchez-Arjona + 3 Hros. de D. Alfonso Sánchez-Fabrés » promise par l'empresa Taurodelta aura bien lieu... le 21 août prochain à Las Ventas — comme je n'aime pas rabâcher, et que je n'ai rien de plus à dire que ce que j'avais écrit le 13 mars dernier, je vous renvoie volontiers à « ¿Coquilla en Madrid? ».

Image Vache Coquilla de Mariano Cifuentes © François Bruschet

21 juillet 2011

Photographie sans paroles (LX)


Mais avec du soleil ! Ah ! le soleil...


'Mamarracho', novillo de José Cruz © Juan Pelegrín

08 juin 2011

Les poser ou pas



A ceux qui les ont posées au Vive Madrid, entre les jambes ou sur le menton de filles à la vénalité sincère et quantifiable.
 

Les poser ou pas, telle est la question. Pour 'Aviador', la réponse a été claire, on peut évoquer le décollage par son patronyme et décider de poser le train central sur la piste le temps d'envoyer en orbite un groupe équestre. Sánchez, son canasson et le matelas jaune brodé de rouge de l'abuela. Parler de couilles et de les poser sur un terrain de jeu, une table ou que sais-je, dans notre vilaine langue, sonne comme une déclaration d'avant-match par un mauvais footballeur éprouvant le besoin de fleurir son langage faute de faire germer sa virilité sur le terrain. Alors désolé pour cette expression à la Jérôme Rothen mais c'est un fait, 'Aviador' a posé son énorme paire de couilles sur le sable par deux fois pour faire décoller une fois de plus ce panzer qui lui astiquait le dos. Si je prends la check-list, ça sonne bien : 'Aviador' a consciencieusement collé sa paire de cornes et ses Wayfarer de pilote dans le bas du peto, arrimé le tout, et du morrillo jusqu'au cul a raidi tout ce que ses vertèbres comptaient de muscles aux alentours pour s'arc-bouter et soulever plus d'une demie-tonne de bourrin, jockey et tout le reste. Deux fois. Ce spectacle à lui seul justifiait le prix des places à la reventa, celles de la veille, jour de sardines, l'avion, le 70-200 payés en faibles dollars à New York le cigare de Benjamin et la bouteille d'eau glacée. 'Aviador', 585 kilos de méchanceté castaña et complexe irriguée de caste. Un bravo dans le sens premier du terme. Sauvage. Pourtant, 'Aviador' est sorti au pas comme 4 des 6 toros de Cuadri de ce jour-là et s'est allumé en querencia, au cheval, etc. Il en est aussi sorti seul pour retourner au fil des planches. Manso con casta ? Si vous tenez vraiment à répertorier...
J'ai adoré 'Aviador', Alberto Aguilar beaucoup moins, et on ne lui en veut pas : bousculé, pris, repris, bugné, dépassé, le petit a encaissé des embestidas qui pesaient chacune un A380 et aguanté ce qu'il a pu. 

Dans le genre encasté, Iván Fandiño a montré à nouveau que Madrid était à sa hauteur cette année. Le meilleur lot, certes, mais on jurerait qu'avec tant de ganas il l'avait ramené lui-même depuis "Comeuñas", à la force de ses bras et de ses mâchoires serrées. Madrid a souligné d'un silence religieux le moment où toute la place pensait que la faena au quinto bueno allait décoller façon Ariane, et même si le fil s'est en fait brisé à gauche et si le labeur a plongé, une oreille est venue récompenser une entrega de gala sur deux toros, deux épées et une féria. 

Mais parlons Toros... C'est si rare. Fernando Cuadri avait amené un lot globalement dans le type de la casa, compliqué mais sans complexe de force ou d'attitude, chaque toro développant une personnalité a su aire, sans fléchir un sabot malgré les rations de fer. Un lot à faire se poser des questions à l'escalafón entier par sa présence, son danger, sa caste. Un lot qui demandait les papiers et moissonnait les coletas fragiles comme la faucheuse ratisse chez Jérôme Bosch. Mais un lot dont les quatre premiers toros sont sortis au pas et qui dans l'ensemble manqua de pétard voire même de mobilité pour certains. Deux heures et quart comme un soupir grâce à l'intérêt de la course, entre le constant peligro sordo et les grands moments de toros, le 5, 'Podador' alla a más, après avoir lui aussi rempli sa tâche aux piques sans trop se soucier des canons. Un grand toro, mobile et encasté et surtout exigeant au troisième tiers. 'Podador' et 'Aviador', deux toracos qui marqueront la saison. Laissons la conclusion à Luis Cuadri  : "¡Hay que pedirle más!" 
— ¡Olé a tu afición y tu exigencia!

>>> Retrouvez sur le site www.camposyruedos.com, rubrique RUEDOS, les photographies de la dernière course de la San Isidro 2011.

Faites moi l'honneur et le plaisir de cliquer sur la photo afin de l'agrandir et constater la mine ravie des spectateurs devant pareil spectacle !

28 mai 2011

En 2011, 5 = 6


En 2011, à l'exception de cas très particuliers et largement minoritaires, le toro adulte portera le guarismo 6.

Le lendemain de la course madrilène de feu « Juan Pedro Domecq » (corrida digne, une fois n'est pas coutume, si l'on se fie aux commentaires glanés ici et là sur Internet), Juan Pelegrín demandait : « Est-ce que quelqu'un sait pourquoi aucune figura ne s'est inscrite à cette course ? »

Après consultation de la fiche sorteo, je crois tenir un élément de réponse qui en vaut certainement bien d'autres : « C'était un encierro cinqueño... »

Image Quatrième du lot cinqueño de Carriquiri (Núñez) du 2 mai dernier à Las Ventas, 'Letrado II' avait 5 ans et demi passés (en espagnol « letrado » signifie « instruit »...) © Juan Pelegrín (muchas gracias Juan).

26 mai 2011

Campos y Ruedos 02 ya se vende en Madrid


>>> Nuestros amigos españoles pueden comprar el libro en Madrid en la Librería Rodríguez (Paseo Marqués de Zafra, 31 - 28028 Madrid / Teléfono: (34) 917 252 680).

Rappel Pour commander Campos y Ruedos 02, vous avez 2 possibilités :
— imprimer, remplir et renvoyer le bon de commande affiché en haut à gauche de cette page, ou
— l'acheter directement sur Internet via le site de l'éditeur : ATELIER  BAIE.

17 mai 2011

Cuadri, direction Madrid... (II)


Vous avez accès en rubrique CAMPOS du site camposyruedos.com à une petite galerie consacrée à la corrida de Cuadri qui doit être combattue à Madrid début juin.

Cuadri, direction Madrid...


On clique sur la photo...

03 mai 2011

Underground


À l'attention de celles et ceux qui se rendront à Madrid entre les 18 et 31 mai.

De plus en plus maltraités sur le plancher des vaches, les toros s'exposeront bientôt en grand dans le métro madrilène — terminus déplacé de Ventas à Retiro ! — où 43 photographies* camperas du duo Arse y Azpi tenteront de vous faire oublier un temps l'état déliquescent de la Fiesta — si tant est que l'on puisse encore la nommer ainsi...

* Au format compris entre 50 x 70 cm et 100 x 150 cm.

13 mars 2011

¿Coquilla en Madrid?


Au cœur de l'hiver, je lisais sur un blog :
— que quelque chose était en train de changer à Las Ventas ;
Il faudrait être à Madrid pour pouvoir en juger. Ceci dit, l'empresa Taurodelta, dirigée par José Antonio Martínez Uranga et son fils, a souhaité ouvrir la temporada (sa dernière ?), ce 13 mars 2011, par une novillada de La Dehesilla... Pour Taurodelta, hip ! hip ! hourra !
— que l'empresa de Madrid, au fait de l'actualité, aurait été sensible au sort peu enviable réservé à certains encastes, et notamment à la ligne Coquilla de Santa Coloma ;
C'est si beau et touchant que l'on en aurait presque la larme à l'œil — il n'est pas inutile de rappeler que la Comunidad de Madrid publiera dans l'année son nouvel appel d'offres pour l'adjudication de Las Ventas en 2012...
A ma connaissance, le dernier Coquilla lidié à Madrid fut un novillo de Coquilla de Sánchez-Arjona sorti comme sobrero le... 17 avril 2005 !
— qu'elle serait donc prête à programmer des novilladas de Coquilla de Sánchez-Arjona et de Sánchez-Fabrés, mais « le trapío limité » (sic) des Coquilla, vu la rigueur des vétérinaires, ...
S'il existe une raison pour expliquer la non présence des Coquilla dans le ruedo madrilène, celle-ci n'est sans doute pas à chercher du côté de leur « trapío limité »1. Un Coquilla, c'est musclé et « caillé », en un mot : sérieux. Question kilos, tâchons de garder à l'esprit : 1) que la question du poids des toros n'est qu'une tarte à la crème dont se repaît le mundillo en attribuant à une frange ultraréduite de l'Afición, pour mieux la discréditer, l'opinion qu'un toro digne de Madrid doit peser plus d'un certain poids quel que soit son encaste ; 2) que le poids minimum d'un toro dans une arène de 1re catégorie, fixé réglementairement à 460 kg, ne constitue en aucune manière un obstacle, et, 3) qu'il n'est pas rare que deux toros d'un même élevage, de même encaste, ayant le même âge et appartenant au même lot (de Madrid) affichent des poids avec un écart de près de cent kilos — ces deux toros pouvant être tous les deux con trapío, ou sans, le plus léger avec et l'autre sans, et inversement.
Concernant l'encornure, admirer à Las Ventas un Coquilla, a fortiori novillo, encorné tels que le sont ceux « en type » présents sur la photo ouvrant ce post ne saurait donner matière à polémique. Réclamer davantage de variété d'encastes au campo et dans les ruedos tout en exigeant d'un Coquilla qu'il soit « taillé » comme un Atanasio et armé comme un La Corte n'a aucun sens. En choisissant les exemplaires les mieux présentés dans un élevage donné, sans perdre de vue le type de toro voulu par l'éleveur (plus encore que le type de l'encaste), tous les élevages, absolument tous, devraient avoir l'opportunité de combattre à Madrid.

... permettrait seulement de proposer une course composée de trois exemplaires de chacun desdits élevages, et
De même qu'une corrida concours — songer que l'empresa madrilène n'est pas fichue d'en prévoir une sur les 70 dates composant sa temporada ! —, certaines courses nécessitent un soin tout particulier dans leur préparation, voire une certaine... mansuétude ? Cela va sans dire mais un élevage Coquilla ne ressemble en rien à une usine à toros où le qualificatif « extensif » ne concerne plus guère que le nombre de têtes de la camada... Que penser d'une formule bâtarde « 3 et 3 » en lieu et place d'une course complète, sinon qu'elle agace l'aficionado attaché à la notion de « lot » (3 novillos ne constituant qu'un demi-lot) ; qu'elle ne rime pas à grand-chose sur un plan strictement taurin (Sánchez-Fabrés ayant rafraîchi ses Coquilla avec du Buendía dans l'intention, si je ne m'abuse, de les faire accepter un jour par les grandes arènes...), et qu'elle marginalise un peu plus un encaste qui n'en a nul besoin — viendrait-il seulement à l'idée de Taurodelta de programmer « 3 Domecq et 3 Núñez/Domecq »2 ?
— que Taurodelta, soucieuse de ne pas torpiller son initiative et de devancer les critiques de l'Afición — si j'ai bien compris —, aurait dépêché sur place les vétérinaires venteños afin d'approuver les novillos préparés par les éleveurs.
Les vétérinaires se seraient déplacés dans les élevages histoire d'éviter tout voyage inutile aux animaux — embarquer un lot pour Las Ventas, qui le renvoie chez lui sans autre forme de procès —, ainsi que tout refus intempestif de leur part lors des reconocimientos. Ne soyons pas de mauvaise foi et admettons que l'inspection préalable des vétérinaires participe de ce soin particulier que j'évoquais dans le paragraphe précédent. A moins qu'elle ait tout simplement été exigée, comme l'affirme l'auteur du post, par l'éleveur Juan Sánchez-Fabrés...
Ce déplacement exceptionnel aurait également eu pour objectif de désamorcer une éventuellle critique de la part des soi-disant fervents du novillo-toro ou du toro-éléphant qui, le jour des Coquilla, devraient selon toute vraisemblance représenter peu ou prou une demi-louche du cinquième d'arène majoritairement occupé par des touristes japonais. Pas de quoi, franchement, vraiment pas de quoi empêcher José Antonio Martínez Uranga et son fils de dormir paisiblement sur leurs deux oreilles.

1 Pour ma part, un toro est con trapío ou sin trapío, point. Quand un toro en est démuni, je ne le précise pas ; j'écris autre chose.
2 A titre d'exemple, en 2007, ces deux encastes — sur la vingtaine que compte la cabaña brava — réunissaient 50 % des bêtes combattues à Las Ventas.

Images Superbes novillos de Coquilla de Sánchez-Arjona (mars 2008) © Laurent Larrieu Superbe semental de © Mariano Cifuentes Superbes vache et becerro de La Interrogación © Laurent Larrieu