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13 septembre 2012

Retour vers le futur en quelques morceaux choisis


C'est aujourd'hui avéré, Julián López ne lit pas Campos y Ruedos. Comment expliquer sinon qu'il n'ait rien reproché à la multitude de bloggeurs indépendants qui lui refont le portrait depuis quelques années maintenant (eh oui, le temps passe). En effet, pour la plupart des aficionados espagnols et français, et pour la gente taurine en particulier, la presse taurine autorisée s'est toujours résumée à peau de zob. À partir de là, comment donc s'étonner que ceux-là, et a fortiori ceux encore plus nombreux qui survolent la vie taurine seulement quand les beaux jours reviennent, n'aient eu vent jusqu'ici que des saintes écritures boucalaises et des interlignes fleuris zocatistes ? D'ailleurs, en toute honnêteté, ces derniers ne sauraient démentir, et reconnaîtraient tout haut (mais sous la torture) que ça les arrangeait un peu aussi, que l'archimonopole de la parole de l'Afición dont ils jouissaient abusivement était un privilège qui ne pouvait déplaire ni à eux-mêmes ni à leurs employeurs — fameux vendeurs de papier… Me trompe-je ?

Il est juste troublant de constater que lorsque la vie était belle pour les figuras du G10, que tous chantaient les louanges de la géniale « modernitude » et que le public se brisait les phalanges à battre des paluches pour saluer redondos inversés, « julipiés » et autres faenas médicales poncistes face à des édredons monopiqués, aucune des ces vedettes du toreo ne trouvait à redire du traitement que la fameuse presse française autorisée leur réservait. D'ailleurs, à ce moment-là aucune empresa ne s'émouvait du comportement chagrin du public, pas même au moment de gracier des toros abrutis et sans classe !

Alors, de deux choses l'une, soit Julián López vient à l'instant de découvrir l'acharnement que met André Viard dans sa quête pour l'authenticité d'une féria intègre et sincère axée sur le toro et sa lidia, soit André Viard n'a pas toujours tenu ce discours révolutionnaire et frais qu'il propage désormais depuis qu'il est urgent pour lui de surfer sur ce nouvel élan populaire, sans quoi il risquerait de creuser une irréversible faille entre les nouvelles exigences d'hypothétiques clients des opus boucalais, qui fréquentent les arènes sans avoir forcément perçu qu'on les avait floués bien des fois, et le discours fleuri en totale osmose avec le mundillo que l'homme à la toison d'argent entretenait habilement depuis si longtemps ?

Nous avons tous une claire idée de la réponse. Même si un pavé a ouvertement été lancé à la gueule du G10 par l'incontournable Dédé et sa lettre ouverte au Juli, l'on ne pourra s'empêcher de voir, au-delà là du geste désinteressé et chevaleresque en faveur d'une tauromachie forte et vraie trop longtemps bafouée, un énième calcul boucalais dont nous fûmes si souvent témoins, parfois victimes. C'est que l'on a appris à connaître l'animal !

Ainsi, il fut un temps où André Viard avait une vision plus complaisante envers ses cibles actuelles… Jugez-en par vous-même après lecture de ces quelques morceaux choisis (citations reprises telles quelles, seul le gras est à porter à notre crédit, ndlr) :

« La corrida d'hier à Dax est un parfait exemple de ce qui précède : le Juli, face au cinquième toro, a respecté à la lettre les unités d'action (sa faena ne fut en fait qu'un long muletazo tellement elle fut parfaite de ligazon), de temps (il n'y eut aucun temps mort et la progression qui menait vers le terme fut parfaitement gérée, alternant temps forts et temps faibles pour laisser le toro récupérer) et de lieu (les séries étant données dans un mouchoir de poche). 
Que manqua-t-il pour que le final soit triomphal dans la mesure où la progression dramatique avait elle aussi été respectée à la lettre au travers de la domination croissante du torero sur son adversaire ? La mort. Ou du moins, la mort donnée à la mesure de la faena, c'est à dire foudroyante et spectaculaire, digne conclusion que méritait ce long acte d'amour envers sa profession et son adversaire auquel le Juli venait de se livrer devant un public de voyeurs ravis. Public dont le OOOOh de désapointement à la vue des estocades médiocres en dit long sur le plaisir qu'il venait d'éprouver et dont ce final raté en forme de coïtus interuptus le privait par surprise, en même temps qu'il privait aussi cette corrida de son final grandiose caressé le temps de la faena : le Juli en triomphe traversant le parc Théodore Denis… »

« Mal présentée, faible, décastée, sosa, molle… La corrida de Daniel Ruiz fut habillée pour quelques hivers, et certains allèrent même jusqu'à dire que les meilleurs moments de la journée furent à mettre au crédit des banderilleros. Merci pour Ponce et surtout le Juli… »

« Le label "Feria de Dax" est une marque qui fonctionne. 90 % des entrées se vendent sur abonnement et jusqu'à cette année les clients renouvelaient leurs abonos sans même lire l'affiche, persuadés qu'ils étaient de trouver une programmation conforme à leurs goûts : Dax, depuis trente ans, c'est la feria Champagne, la cour de récréation des figuras, la scène d'Aquitaine où l'on a plus que partout ailleurs collectionné les succès. » 

• « Sera-ce toujours le cas l'an prochain ? Cela dépendra en grande partie du résultat des deux corridas qui restent : El Pilar avec Castella attendu comme le Messie, et Hoyo de la Gitana, sans le Fundi. Que ces deux tardes soient triomphales - qui ne le souhaiterait ? - et l'on oubliera le ratage inquiétant du premier jour - celui des toros de la neige - et celui moins surprenant d'hier. Faible, décastée, sans fond, ni caste ni bravoure à l'exception du quatrième qu'Ivan Vicente a laissé passer, le lot de Los Bayones, très inégalement présenté et plus léger que celui de Daniel Ruiz, n'aurait jamais du arriver à Dax. Pourquoi prendre un tel risque avec une ganaderia aussi irrégulière face à laquelle on est obligé d'aligner trois toreros individuellement respectables mais qui ensemble composent un cartel très éloigné de ce que le client attend ici ? »

• « Que dire au client ? Que l'on a cédé à la pression des prédicateurs de tertulias au risque de perdre le label de qualité ? Lorsque l'on monte une feria, l'offre doit être conforme à la demande et vouloir changer ce qui fonctionne équivaut à prendre un risque inconsidéré. »

• « Lisez l'affiche : sur sept corridas, trois seulement sont du goût des figuras. Résultat, qu'on le veuille ou pas, les autres jours ils ne viennent pas. Et s'ils ne veulent pas de Banuelos ou de Los Bayones, par exemple, c'est qu'ils savent qu'avec ces toros ils ne peuvent s'exprimer et donner au public ce qu'il attend d'eux. N'est-ce pas là, au fond, faire preuve d'un grand sens des responsabilités et la meilleure preuve du respect qu'ils portent à leur clientèle ? »

« Toutes les formes de tauromachies sont légitimes, mais on ne peut, au risque de casser le jouet, proposer à Dax des cartels de seconde zone. Qu'une affiche prestigieuse aboutisse à un fracaso, cela fait partie du jeu. Mais les corridas d'art et d'essai, il faut les laisser aux arènes qui n'ont ni les moyens ni la clientèle pour en organiser d'autres. Et il ne faut surtout pas oublier qu'il a toujours été moins facile de remplir les arènes que de les vider. »
« Dans les corrales dacquois, disais-je en ouverture de cette feria, la morphologie, malgré un excès de poids, de la corrida de Daniel Ruiz laissait augurer des qualités optimales que l'on est en droit d'attendre du toro brave moderne. Ce fut le cas. »
• « J'imagine pourtant que ces toros-là sont pour certains aficionados ce que l'antéchrist est aux croyants, mais je les invite à réfléchir sur le sens du spectacle moderne : que veut le public d'aujourd'hui ? Voir triompher les vedettes. Que veullent les vedettes d'aujourd'hui ? Comme celles de toutes les époques dans tous les domaines, se produire dans les confitions optimales pour elles afin de donner à leur public ce qu'il attend d'elles. »
• « Le toro "moderne", tant décrié, doit donc être compris comme étant l'instrument parfait qui autorise le succès de la corrida contemporaine, hormis dans le cas où, au lieu de permettre aux toreros d'exprimer leur art, il est sensé présenter les pires difficultés. »
« De la caste antique, qui est l'agressivité à l'état pur, on est parvenu à la noblesse moderne grâce au filtre de la bravoure. Celle-ci n'est autre que l'agressivité constante, voire croissante, fruit d'un patient travail de sélection qui a eu pour but, à partir des toros porteurs de la caste, de faire évoluer l'espèce dans le sens voulu par le spectateur. »

« La caste sans la bravoure, c'est le genio, lequel se traduit par une attitude défensive contraire à la nature du combat. La bravoure sans la caste, c'est la noblesse trop suave, laquelle est préjudiciable à son authenticité. Entre les deux, l'équilibre est difficile et Daniel Ruiz y est parvenu hier dans chacun de ses six toros. Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce toro "moderne" n'est pas facile à toréer. Sinon, comment expliquer que Manzanares n'y soit pas arrivé ? »

Et patati ! et patata ! Attention, vous ne remonterez pas non plus très loin dans l'archivage du site Terres taurines puisque, passée la date du 31 mai 2009, l'on vous affichera un surprenant : « Internal Server Error »…
Ainsi, vous noterez qu'en ces temps fastes l'on était loin de l'indignation collective. El Juli était un bon petit gars bien mignon, une sorte de gendre idéal dont les facéties clownesques amusaient les perchoirs. On prenait tout du petit Julián, tant dans les gradins que dans les colonnes des opus, et même que l'on trouvait ça bien puisque le public en redemandait… Alors, pourquoi se priver ? L'on remarquera qu'il n'était alors nullement question de toro de respect qu'il serait temps d'opposer au Fenómeno. Quant aux juteux et vomitifs contrats de ce dernier, ils ne posaient alors problème à personne… Surtout pas à André Viard !
Alors, que nous vaut ce soudain et énième revirement d'opinion, monsieur Viard ??? Un penchant pour le talibanisme ? Un besoin urgent de conquérir une frange de l'Afición qui buvarderait de plus en plus sur votre auditoire en pleine prise de conscience ? Une opportunité inespérée pour redorer un blason un peu terni ces derniers temps ? Une soif de sincérité et d'amour propre quant à la came que l'on distribue quotidiennement ? Ou, et ne m'en veuillez pas pour tant de suspicion, un nouveau subterfuge populiste ?
Allez, dites-nous tout…

G10 Juli dans mon étable


Avis au lecteur : cette histoire mêlant El Juli, G10 et gros sous ne nous concernerait pas, et l'on pourrait même s’en contreficher, si, malheureusement, cela ne touchait pas aussi la tauromachie que nous aimons.

Depuis quelques lunes, quand vous demandez le montant du cachet de telle ou telle figura à un décideur ès corridas, celui-ci vous envoie gentiment promener comme s'il s'agissait de ses sous, et au prétexte qu’il n’entre pas dans les bonnes pratiques commerciales, et ce pour des raisons de concurrence, de dévoiler ce mystère. Cette pratique installée a ses limites ; il est bien connu qu’à force de cachotteries on finit par se prendre les pieds dans le tapis.

Supposons que tous les organisateurs sachent exactement ce qu’ils payent quand un prestataire fournissant un plateau complet présente une facture qu’il rédigera avec flexibilité. Aujourd’hui l'on nous dit que le G7 a imposé un rabais de 20 % au G10… Oui, peut-être… C’est invérifiable. Le seul chiffre connu est zéro information — quant à la pseudo-péréquation qui profiterait aux toreros plus modestes : idem, évidemment.

Si les exigences financières sont si extravagantes, et si El Juli impose et dispose des toros à sa guise, pourquoi ne pas en informer le grand public de manière précise et concrète ? La régulation ne serait-elle pas plus immédiate avec un public dès lors plus exigeant ? Quelle serait alors l’attente de gradins réellement informés ? Et de quel droit cette information est-elle confisquée puisqu’il s’agit de notre argent ? Enfin, n’y aurait-t-il pas aussi, et en fait, un gros risque de mécontentement bien plus général à annoncer la réalité de ces cachets dans une période riquiqui ?

Dans le programme de la Féria de l’Atlantique à Bayonne, fer de lance de l’opposition au G10, on trouve, accrochez-vous : « El Juli : la suprématie […] Il règne aujourd’hui sans partage sur la tauromachie, fascinant par sa domination technique, mais surtout par la profondeur de son inspiration. Dans un véritable ensorcellement du toro, qui se retrouve aimanté au leurre, l'on suit, subjugués par les stratégies toujours adaptées à son adversaire et pleines de créativité […] Sa muleta est d’une puissance inouïe, main basse, et d’un temple languide […] » Etc. Souvenez-vous sur France Bleu Gascogne de cette phrase, peu sibylline et plusieurs fois répétée, du très peu journaliste Pierre-Albert Blain, qui aimait provoquer les filles à l’antenne : « Le Juli pratique une tauromachie éjaculatoire… » Et ça, madame, ça n’a pas de prix.

Mais, d’après le même programme, Miguel Ángel Perera peut prétendre à une augmentation : « Personne ne torée comme lui à la muleta. Avec autant de temple, de cadence, on dirait que les passes s’enchaînent, qu’elles sont cousues, ininterrompues : la rondeur du toreo dans son expression la plus absolue. (Je vous avais prévenu, c’est cucul.) Avec un placement sidérant, tout en douceur, sans que le leurre ne soit jamais effleuré, ses naturelles et derechazos sont les plus longs (c’est vrai, c’est trop long) et profonds que l’on puisse voir aujourd’hui. » Etc.

Hélas, ce machin dégoulinant n’est pas signé. Ces figuras-là sont le produit d’un système qui aujourd’hui se retourne contre elles, parce qu’elles vont un peu plus loin que leurs prédécesseurs qui en ont largement profité. Quant aux toros du Juli, on peut lire dans Sud Ouest du 11 septembre : « On se souvient de la corrida des Jandilla du 11 août, pendant la Féria de Dax, où tout le monde avait pu admirer un superbe toro jabonero dans les corrales. Sauf que ce toro couleur savon n'a jamais pu pénétrer dans l'arène. Problème aux yeux avaient indiqué les vétérinaires. Choix du Juli pour les autres. » Là encore, ça ne sent pas la rose et la sérénité. La vérité toute nue, c'est si compliqué !

Donc, pour conclure : peut-on, sans donner de chiffres, à la fois reprocher aux phénomènes d’être trop cher et expliquer au public qu’ils sont des phénomènes à ne manquer sous aucun prétexte ? Pas facile et… pas crédible.
Mario Tisné


Photographie Pleureuses en bas-reliefs à Saint-Bertrand-de-Comminges (Haute-Garonne).

11 septembre 2012

Twitter m’a flingué


Le gros avantage de Twitter c’est que y'a pas besoin de savoir écrire pour y déverser sa bile vu que le langage SMS n'y choque personne.
Donc, pour certains, c’est mieux pour flinguer facile et sans style. 
Du coup, il se passe des choses sur Twitter qui ne se passent pas ailleurs. 
Ce n’est pas franchement de la littérature, vous l’aurez compris, mais ça existe, et c’est parfois plus que révélateur. 

Là, c’est le Juli qui vient de flinguer Viard.
D’ailleurs à propos de l’inénarrable, z’aurez remarqué que nous n’en faisons plus nos choux gras, enfin, nos choux agacés, depuis jolie lurette. 
Normal, dirait Coco, il vous a piqué vos idées.
Ben ouais, Dédé nous a piqué nos idées ! Dédé aime le campo, le vrai campo sans fundas, n’aime pas le G10 et va voir, grosso modo, les mêmes corridas que nous. L’aurions-nous convaincu ? 
Est-il finalement tombé sous le charme de Campos y Ruedos ?… Allez savoir !… 

Donc Dédé il dézingue à tout va : les fundas, le G10, les élevages commerciaux, Casas, le G10 et aussi le G10. Et comme il fait traduire tout ça en espagnol, forcément ça porte. 

Et le Juli, qui, semble-t-il, s’est fait bouger à Dax le week-end dernier, ça a fini par lui faire monter la moutarde au nez. 
Car le Juli pense (oui, il pense), à tort ou à raison, que les gens ne l’aiment plus à cause d’une campagne organisée et orchestrée depuis la France par Dédé…
Alors le Juli, dans un tweet que n’aurait pas renié la Trierweiler, se laisse aller à un : « Andre viard… un torero frustado q pone en tela de juicio la integridad y honestidad de las fijuras del toreo q se juegan la vida… » 

Ça donne immédiatement une grosse érection à Gunthar Casas qui en profite pour faire son grand retour sur Twitter : « Reaparezco en Twitter para darle la enhorabuena a ‪@JLelJuli‬ por expresarse… Ha llegado el momento de que las figuras tomen el poder de la palabra. »

Le retour de Simon Casas sur Twitter : on tremble. Du coup, j’y retourne moi aussi, pour lire. Toujours Casas : « El Toreo es una "música callada" pero sus artistas se deben expresar… Enhorabuena ‪@JLelJuli‬ !! »

Viard a évidemment réagi, hier sur son site, de manière beaucoup plus sérieuse que moi. Normal.

Ça n’a l’air de rien comme ça, mais ça provoque de ces réactions Twitter… Ainsi peut-on lire le commentaire suivant sur le site d’Aplausos : « Desde joaquín Vidal, no sabia de la existencia de alguien así. Totalmente de acuerdo en todas las palabras del francés y el máximo apoyo de la afición para el. » 

Non, vous ne rêvez pas. Il n’empêche qu'on peut le tourner comme on veut, le Juli vient de donner une sacré légitimité à notre Dédé national !
Quel est l’intérêt de tout ceci ?  Ben, pff… Merde ! je viens de m’abonner aux tweets du Juli…

11 août 2012

Lu dans « Sud Ouest »


« Samedi 11 août

Toros de Jandilla (sang Juan Pedro Domecq Solís) — 2011 : 19 corridas, 95 toros, 58 oreilles, 1 queue, 2 vueltas, 2 indultos.

Enrique Ponce — 2011 : 51 corridas, 68 oreilles, 1 queue.

El Juli — 2011 : 72 corridas, 198 oreilles, 3 queues, 2 indultos.

Daniel Luque — 2011 : 65 corridas, 91 oreilles, 4 queues, 2 indultos. »


Dax, ou l'art de communiquer pour remplir les arènes et vider les campings…

25 mars 2011

En route vers l’autorégulation


Ce n’est peut-être qu’un début, mais ce n’est pas une nouveauté. Déjà un précédent, au milieu des années 1990.
Voici ce qu’en écrivait Joaquín Vidal en 1996 : "La autorregulación que pretenden los taurinos en unánime contubernio : el toro chico, el toro inválido; el novillo que parezca toro y tenga franquía para exhibir en cualquier parte su vergüenza sin que nadie ponga ninguna cortapisa. El toro que se anuncia toro — y se hace pagar como toro pero que no lo es. La corrida que se anuncia de lidia y muerte de los toros y sí, hay muerte, muerte total (el toro ya sale medio muerto, para mayor gloria de la fiesta) — pero lidia ninguna, pues nada hay que lidiar."

Traduction : "L'autorégulation à laquelle aspirent les taurins dans un rapprochement unanime c’est l’exhibition : d’un petit toro, d’un toro invalide ; d’un novillo qui paraisse toro, dispensé de dignité, dépourvu de honte et passe-partout, sans que personne ne trouve à redire. Un toro annoncé comme toro — payé comme tel — sans l'être. Une corrida annoncée comme un combat avec mise à mort ; car, certes, il y a mise à mort, une mort totale (le toro sortant déjà à moitié mort, pour la plus grande gloire de la Fiesta) — mais de combat, aucun, il n’y a rien à combattre."

La question est aujourd’hui de savoir si, après ses déclarations, le Juli  parviendra ou non à ses fins, à la fin tout court. Nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir.

Quoi qu’il en soit, souvenez-vous comment se faisaient traiter, il y a peu encore, les aficionados qui osaient prétendre que le pire danger de la Fiesta venait de l’intérieur, ce fameux ennemi de l’intérieur. No comment...

24 mars 2011

Les nettoyeurs


Voyons voir. Que reste-t-il d'authenticité à la Fiesta ?
Le campo ? Plus pollué par les fundas et les nouveaux riches que le ciel de Fukushima par les rejets radioactifs.
Le toreo ? Il va, il vient. Pour un Morante ou un José Tomás combien de produits manufacturés (toreo vertical, moderne) longs comme un jour sans pain ?

Les encastes ? Irrémédiablement en voie de disparition, sans que personne ou presque ne s'en émeuve. Croisons les doigts pour que les antis ne s'emparent pas — intelligemment — de la question.
Le public des grandes arènes ? Une illusion.
Tenez, prenez Bilbao, et suicidez — je suis certain que certains y on pensé — Matías González ; que restera-t-il de Bilbao ?
Voilà, Matías González, un des derniers bastions. Un président authentique.

Cela pourrait ne pas durer. Vous les avez sans doute lues, sur les sites espagnols, les idées lumineuses et définitives de nos deux nettoyeurs de service : Enrique Ponce et El Juli.
El Juli veut "un spectacle moins rigide, moins corseté, dans lequel le torero serait l'unique responsable de son actuación".
Ce qui voudrait dire que jusqu'à ce jour ils ne l'étaient pas. Diable... Imaginez alors un Curro Romero ou un Rafael de Paula en liberté... Qu'avons-nous donc manqué ! On en pleure.
Le Juli estime que le président d'une course ne devrait pas avoir autant de poids dans des décisions qui peuvent affecter la carrière des toreros.
Là on rêve, on se pince et on se mouche.
Alors, le Juli, dans sa grandeur, insiste et enfonce le clou en affirmant que les présidents devraient respecter les décisions du public.
"Si le public veut quelque chose, je ne comprends pas pourquoi le président doit le mettre en colère (le public)."
Populisme quand tu nous tiens. Toréer plus pour couper plus...
Et le Juli de poser une question grave, essentielle pour le devenir de la Fiesta : "Qui sanctionne le président lorsque celui-ci se trompe ?"

Frémissements. Mais qui sanctionne un président de course qui se trompe ? Eh bien personne, même pas l'ONU. Et nous avons vécu avec ça 30, 40, 50 ans, plus. Vous réalisez ?
Je ne sais pas si vous vous rendez bien compte de la portée des déclarations lumineuses du Juli. Ça y est, l'horizon s'éclaire, et cette Fiesta trop corsetée va, enfin, s'épanouir dans la foulée du printemps arabe, grâce à Ponce et au Juli. Allah akbar !
Ponce va enfin pouvoir réaliser des faenas, que dis-je, des oeuvres d'art d'une bonne demi-heure, voire d'une une heure et demie. Le Juli va enfin pouvoir couper non pas les cheveux mais les oreilles en quatre. Nous allons enfin toucher au sublime. Croyez-moi, l'orgie sera belle.
Mais arrêtons de rêver à nos lendemains qui ne vont pas tarder à chanter et continuons la réflexion présidentielle.
Donc, depuis que les présidents de course existent (faudrait vérifier depuis quand, mais ça doit faire un sacré bail) personne, absolument personne n'a été en mesure d'aller à leur encontre, et sanctionner les dérives ou les erreurs de ces inquiétants personnages.
Non, vraiment, on tremble lorsqu'on y pense. Un peu comme si nous avions eu des Kadhafi en puissance aux portes de nos maisons sans même nous en rendre compte. Nous sommes en 2011 et tout ça fait vraiment froid dans le dos. Heureusement, "Zorrojuli" est là pour sauver la Fiesta. Nous n'attendions que lui.

Et le Juli, avec cette clairvoyance qui fera date, précise son analyse, sa vision, ses visions, son grand projet, en affirmant que les présidents, les toreros et les organisateurs doivent se prendre par la main pour bien aller, tous, dans la même direction et ainsi aboutir et réaliser leurs objectifs communs.
Ça, pour moi, ce n'est pas très clair, car dans ma petitesse d'esprit, je ne vois pas très bien où ces braves gens réunis pourraient bien nous mener, sinon au fond d'un gouffre.

Heureusement, le Juli, petit scarabée, dans sa grande sagesse, dans cette analyse géniale qui marquera l'Histoire de la Fiesta (vous noterez au passage l'utilisation du H majuscule pour Histoire... faut quand même pas déconner) a une solution à proposer, un quasi miracle : le modèle français !

Et là, forcément, on pouffe de rire.

17 septembre 2010

Encore fallait-il le dire


Et c’est Jacques Durand qui le dit, dans Libé. Le genre de truc qu’on aurait aimé écrire quoi, et qui donc se passe de commentaires, sauf peut-être graphique, avec une photo d’un "julipied", pour se faire une idée en cliquant sur la photo. C’était à Arles, samedi dernier.

Depuis longtemps El Juli a épuisé le stock d'épithètes laudatives du chroniqueur et découragé son grand, petit et moyen Robert. El Juli est prodigieux, surdoué, définitif, imbattable et, pour résumer, plus fort que le roquefort. Sa muleta embarque les toros. Elle les prend tous en stop. Elle n'en abandonne aucun sur le bord de la route. El Juli est un coq de combat mais qui donne rarement la chair de poule. Trop de perfection. Elle inspire des admirations froides. Pour donner une dimension épique à son impeccable logique tauromachique, il devrait se cogner de temps en temps des toros moins convenables au caractère moins convenu.
Jacques Durand

10 septembre 2010

Arles, remplacement de Manzanares


Communiqué des arènes d'Arles

José María Manzanares, blessé le 8 septembre à Utrera, ne sera pas présent pour la corrida goyesque.

Ce samedi 11 septembre est une des journées les plus chargées en corrida de la temporada européenne. Sans parler des blessés Miguel Ángel Perera, Julio Aparicio, José María Manzanares, etc., tous les toreros importants toréent ce jour-là : El Fandi, El Cid, Enrique Ponce, Alejandro Talavante, Morante de la Puebla, Sébastien Castella, Daniel Luque, El Cordobés, Francisco Rivera Ordóñez, Antonio Ferrera, Curro Díaz, Javier Conde, Jesulín de Ubrique, Rubén Pinar, Cayetano, César Jiménez, Matías Tejela, Salvador Cortés, El Fundi...

Pour garder l’intérêt de la corrida, la direction des arènes d’Arles à décidé de la transformer en mano a mano. Le cartel définitif sera : un toro pour le rejoneador Manolo Manzanares et 6 toros de Daniel Ruiz pour El Juli et Juan Bautista.

Bien que le règlement taurin de l’UVTF ne le prévoie pas, les spectateurs désirant se faire rembourser pourront se présenter au guichet installé à cet effet, aux arènes et ce avant le samedi 11 septembre 16h, munis de leurs billets et d’un RIB.

31 août 2010

Zalduendo, Bilbao, zéro...


N'est pas Durand qui veut et écrire sur rien n'est pas à la portée du premier Tendido69 venu. Je pourrais passer le temps en parlant du Guggenheim, d'Anish Kapoor, de son canon à peinture rouge, ses excréments en béton ou ses miroirs déformants où les filles de Pepina passeraient des heures à s'élaborer des migraines. Ou bien dire qu'au-delà de Zabalburu et de la voie ferrée, la Calle de Las Cortes de l'autre côté était jalonnée de putes immigrées mais ponctuée par mon hôtel. Je dois avouer qu'aux heures indues de mes retours, je l'empruntais, mon ébriété à l'abri d'un taxi.
Je repasserai pour la frime.
La corrida de Zalduendo a commencé dans le rose confort imaginaire et ouaté d'une poitrine gonflée d'injures, et la vigueur d'un doigt dressé. Elle a fini la tête lourde de lassitude. Entre les deux, rien que trois gouttes pour faire basque et un peu de volonté d'emballer le sprint final de la part de Manzanita. Nouveau rendez-vous manqué avec ces figures que je vois rarement.

>>> Quelques clichés vous attendent sur le site, rubrique RUEDOS.

Photographie © Frédéric 'Tendido69' Bartholin

24 août 2010

A quoi rêve Álvaro Conradi ?


Dans cette énième victoire de l'homme sur la bête, il me semblait qu'on oubliait un point culminant de la mathématique taurine, un détail fondamental pour qui frétille à l'idée de l'alchimie improbable : El Juli venait de s'envoyer goulûment les terribles Santa Coloma de La Quinta, pas moins ! Mais si l'âge m'a passé de contester ce succès pour m'attirer les foudres des candides talibans thermalistes, j'observais toutefois qu'il avait manqué à cette victoire par K.O. en 6 rounds, un poil de virilité dans l'Art de poser le godillot dans l'antre du cornu, exigence burnée mais sine qua non du dominio, à condition que le monstre en question puisse se secouer suffisamment afin d'en balayer l'intrus. C'était, à mon avis, largement le cas. Mais peu importe, nous conviendrons juste qu'il en faudra toujours plus à certains publics pour daigner se gâcher le plaisir d'une victoire à domicile. Qu'il en soit ainsi. Non, non, ma question à moi venait d'ailleurs : où donc était foutu le Santa Coloma des Buendía de ce jour ?

Les "number one" de l'escalafón s'étaient parés de leurs atouts les plus rutilants pour se mesurer à des tíos que l'on pensait forts en gueule et qui furent finalement à peine moins polis que des communiants.
C'est-à-dire que loin d'être des nigauds, qu'on appelle ici et là "modernes", ces bichos avaient toutefois oublié d'être des "hils de pute" increvables, des durs à cuire de ronds de sable, des caïds redresseurs de naseaux, quitte à choper de faux airs de vieux salopards. Même qu'on ne leur en aurait pas voulu.
Où donc avaient-ils balancé ce petit coup de godasse qui vous raye le blaze quand vous clignez hâtivement de la paupière pour une blondasse "plasti-poumonée" de barrera, ce coup de teston qui vous dézingue les molaires pour un derechazo pas bien appuyé, ce "tampon-sanction" qui vous pète en travers pour une naturelle un brin superficielle, et cette déferlante de rage hurlante dans les petos ? Ahhh... la rage hurlante dans les petos... Soupir.

Bref, il manquait cette trouille permanente qu'on déconseille aux femmes enceintes, ce danger pesant auquel on n'invite pas les mamies, cette guerre sans merci où même les braves se félicitent de n'y avoir laissé qu'un bras.

Hasard ou coïncidence ?

Oui, un peu trop bien éduqué, ce Santa Coloma-là, avec le trapío du gendre idéal, en plus. On peut toujours songer à l'erreur de casting, bien entendu, mais il se trouve qu'il y a, depuis peu, un retour suspect de senteur santacolomeña dans les ruedos les plus fleuris, un Santa Coloma que les figuras s'arrachent, telles des mamans devant un tricot soldé à 50 % qui irait bien au petit, un Santa Coloma plus fréquentable que certains Parladé, figurez-vous !

Alors, les questions finissent par débarquer, comme à Omaha Beach : où donc étaient les recalés de l'escalafón résolument collés à ce genre d'après-midis prétendus douloureux ? Et que diable venait faire le gratin du toreo dans ce rendez-vous inespéré ? Y a-t-il une raison pour laquelle El Juli ou José Tomás acceptent soudainement d'affronter les Buendía de La Quinta ou d'Ana Romero, quand il se murmure en même temps qu'ils refusent certains Domecq ou Núñez ? Cela voudrait-il dire qu'il vaut mieux un Buendía d'Ana Romero plutôt qu'un Núñez d'Alcurrucén ? Alors, finalement, faut-il vraiment se réjouir que les figuras souhaitent se cogner quelques santacolomeños bien choisis ?

Curieusement, l'heure n'est pas à l'avalanche de zèle couillu, au dégueulis de pundonor chevaleresque, et la "Légende des Siècles" ne s'écrira pas deux fois. Alors non, je ne crois pas que le mundillo se soit soudainement sensibilisé à la cause taurine, et je ne crois pas à ces effets d'annonce mensongers de l'incroyable rencontre du preux chevalier et de la bête immonde. Cela ne cessera jamais de se négocier à coups d'arrangements de branleurs, de deals foireux, de conditions puantes et autres sales regards de coins de rue sombre. J'ai pourtant espéré, mais le mundillo n'a rien à y gagner, il ne changera donc pas. Nous étions venus voir les Santa Coloma cárdenos d'Álvaro Conradi, ceux-là mêmes qui ont écrit jadis une solide page taurine dans les pinèdes de Roquefort, et nous ne les vîmes pas. Du moins, pas comme on croyait... disons, pas comme on aurait voulu.

L'alchimie brava est une science qui se dose et s'ajuste tous les jours à force de convictions et de sensibilité dans la quête de la Bravoure idéale, de la Caste pure, mais qui s'offre quotidiennement aux sirènes de toutes les facilités. "Je vous mets un peu de ci, si vous m'enlevez un poil de ça", et tout me fait penser qu'il y aura désormais, chez La Quinta comme chez Ana Romero, un Buendía pour Rafaelillo, et un autre pour El Juli. Tout bien refléchi, on en viendrait, dès lors, à prier que celui-ci ne souhaite pas s'en envoyer tous les dimanches après midi, comme on se tape une gaufre au sucre sur la jetée de Capbreton, ou ce Saltillo dénaturé des ruedos festifs du Nouveau Monde. Car, intimement, on préférera toujours la gaucherie "rafaelillesque", devant un tonton râpeux à qui on ne la fait pas, à l'enchanteresse gestuelle du "Juli" face à ce petit toro éduqué auquel on apprend à se servir du couteau à poisson.

Tout est affaire de croyance, de conviction... ou d'interêts, et c'est pour cela que, soucieux, je me demande désormais à quoi rêve Álvaro Conradi ?

Photographie © Jérôme 'El Batacazo' Pradet

20 juillet 2010

Antes y después del Juli



Pamplona 2010. Une présidence, peut-être injustement, refuse une oreille à Julián López 'El Juli', qui déclare : "Lo de los presidentes cada vez me afecta menos, porque algunas de estas faenas a las que no han premiado han sido las mejores faenas de mi vida. Muchas veces hacen el ridículo (por los presidentes). Creo que estamos en manos de gente que no tiene respeto y no saben lo que es esta profesión. No me gusta en manos de quien estamos, pero imagino que será una cosa que tengamos que cambiar."

Cela n'a pas toujours existé. Par conséquent, cela n'avait pas l'importance que ça a aujourd'hui.
Une bonne centaine d’années avant le présent siècle, ce qui ne fait pas tellement vieux si on veut bien y réfléchir posément deux minutes, on ne coupait pas d'oreilles. Cela ne se faisait pas. Il faut lire l’incontournable Antes y después del Guerra de Félix Borrell Vidal (F. Bleu) pour constater que cela n’existait pas, ne poluait pas l’atmosphère et que personne ne s’en portait plus mal. Applaudissements, vueltas et pluie de cigares, comme d’étranges oiseaux noirs sans ailes. C’est ainsi que l’on fêtait les vaillants.

"Segundo toro. Diez y nueve pases, dos pinchazos en hueso y una muy buena al volapié. Muchos aplausos y cigarros.
Tercer toro. Cuatro pases de telón y dos muy arriesgados de pecho y una magnifica arrancando. Aplausos, cigarros y gavinas."

Antes y después del Guerra, un demi-siècle de toreo en 450 pages sans jamais évoquer le moindre coupage d’oreille. Pour certains, aujourd’hui, cela doit être de la science-fiction. Et pourtant, non.
Cent quarante et quelques années après Lagartijo et Frascuelo, une oreille, deux oreilles, trois oreilles, quatre oreilles : une idée fixe.
T’es chroniqueur taurin, toi, ou t’es expert-comptable ?
Les oreilles sont aujourd'hui un objectif obsessionnel chez les taurins professionnels et les gogos dans leur sillage.
Sans oreille(s) pas de presse, pas de portada Internet, pas d'Aplausos, pas de 6TOROS6, pas de publicité, pas de retombées et rien à raconter à la voisine pour les gogos.

Tout ceci est d'un vulgaire. La servilité journalistique au niveau du caniveau.

La pétition était-elle majoritaire ? L'oreille était-elle méritée ? Le président a-t-il vraiment compté tous les mouchoirs ?
Et les gens qui crient, on en fait quoi des gens qui crient ?
Et là, on fait quoi ? Fallait-il donner la seconde pour compenser celle qui ne lui a pas été donnée au toro précédent mais-que-quand-même il méritait ?
Et Menguano, qui en a coupé une un peu généreuse au premier, est-il raisonnable et juste de lui en donner deux au second ? Mais si on lui en donne deux maintenant, on fera quoi ensuite selon que Fulano...
Et machin, ça serait bien qu'on lui en donne une à machin, pour lancer sa carrière.
Cela me rappelle un toro d'alternative, ici chez nous, et le président qui refuse l'oreille au toricantano. Ni une ni deux, carrière brisée, fauchée en plein vol. La puissance de ces choses-là tout de même, et la haine dans les yeux des suiveurs. Fallait voir ça. Surréaliste.

Tout ceci est d'un vulgaire. La servilité journalistique au niveau du caniveau, je vous dis. Car, n'en doutez pas, c'est du niveau du caniveau que ces choses-là sont entretenues. Franchement, ça intéresse quel aficionado digne de ce nom les oreilles ?
On nous bassine perpétuellement avec des approximations sur l'art, la grandeur de la Fiesta, la culture taurine, la profondeur de ceci, la vérité de cela. Mais à l'heure de rendre compte, il n'y a plus de place que pour la comptabilité médiocre des oreilles coupées.
On compte les oreilles comme d'autres au football comptent les buts. Tu parles de la grandeur d'un art.
Cela doit en soulager quelques-uns remarquez. Cela leur donne l’opportunité d’insulter le président, se sentir tellement supérieur, et philosopher, oui, philosopher sur le nombre d'oreilles coupées, sur celles qui auraient dû se couper et sur celles qui auraient pu se couper. La nuance est de taille.
Tout ceci est d'un vulgaire. Les oreilles, il faudrait les supprimer, les liquider purement et simplement, qu'on n'en parle plus, qu'on nous en débarrasse le plancher. De l'air ! Hélas, il suffit de lire la presse taurine, imprimée, et surtout celle autorisée du Net, celle entre les mains de qui nous sommes, pour se rendre compte que ce n'est pas pour demain. Il faudrait pourtant supprimer les oreilles. Cela ferait du bien à tout le monde, même au Juli...

>>> F. Bleu, Antes y después del Guerra. Medio siglo de toreo, Espasa-Calpe ed., Selecciones Austral, Madrid, 1983.

07 juin 2010

Restez-y...


De retour de la novillada de Captieux au cours de laquelle deux novillos de El Freixo (élevage du Juli d'origine Daniel Ruiz) ont reçu la vuelta al ruedo, notre ami Le Hautbois mélancolique nous fait part de sa vision du triomphalisme d'époque.

Votre père qui êtes aux cieux.
J'ai peur ce soir...
J'ai peur que d'ici cinq ans la tauromachie que j'aime soit à jamais anéantie.
Parce que ce que j'ai vu ce soir à Captieux est la veille de l'Armaggedon de la fiesta brava.
Je m'explique : 6 novillotes 6 proposés à la vente par El Juli, vus par son père in situ, jolis, mignons, sans une corne, sans un défaut de comportement sauf la faiblesse (Daniel Ruiz bien sûr...), sans un coup de corne, braves pour aller se faire monopiquer, encastés comme des fous, mettant la tête plus basse que celle d'un collégien de Betharram à confesse, de charge longue, longue, d'une noblesse extraordinaire, rechargeant encore et encore, 'Desgarbado' petit joueur... Donc du caviar à la louche et l'idée que Juli est en train d'inventer l'"adversaire" idéal pour les faenas à trois oreilles de demain.
Je me suis surpris à applaudir deux arrastres. Et puis après je me suis dit : mais tu es fou, ils vont te tuer l'émotion, le combat, la lidia, la peur.
Je ne sais plus où j'en suis...
S'il vous plaît, Cuadri donc, Dolores, Cebada, Escolar, venez vite me réveiller de ce mauvais rêve.
Votre père, qui êtes aux cieux, voire aux cap cieux, restez-y...
Le Hautbois mélancolique

Illustration "Espada" © El Batacazo/Camposyruedos.com

22 avril 2010

"I had a dream..."


Cherchez, cherchez toujours, vous ne trouverez pas. C'est lui, l'élu, le NUMBER ONE. Alors oui, Torrealta hahaha, Ventorrillo hohoho, je vous répondrai que si vous avez vu la même chose que moi, vous ne pouvez continuer de vous voiler la face et chercher des prétextes pour illustrer votre mauvaise foi. N'empêche qu'à l'heure où je vous parle, le romarin se cueille dans la Sierra de Guadarrama, Séville est une banlieue madrilène et Julián López "El Juli" est le meilleur torero, même à la télé. Point barre.

Après pareille démo, je mets mes ripes à couper que même l'ami Thuriès ne trouverait pas lui-même dans son effrayant capharnaüm de ganaderías en tout genre, une seule bête à cornes potentiellement foutue de faire douter Juli, même pas du côté de Guendulain. C'est une évidence.
Ce branleur est un monstre de technique, un mammouth de poder, un Sigmund Freud des toros.
Avec lui, l'héritage de Belmonte en prend un coup, c'est sûr, et peut-être aussi l'Histoire du toreo des années 2000, car jusque-là, la corrida plongeait irrémédiablement dans une spirale résignée de l'Esthétique sans fond ni contenu, juste l'épiderme, le superflu. Juli n'aura certes jamais les poignets du Cid de Bilbao, ou l'andalouse torería de Morante, sûrement pas le déhanché de Manzanita, de moins en moins le tour de taille d'Aparicio, mais puréeeeee, quelle leçon de toreo, de Lidia et de Maîtrise de tous les paramètres !
Même Zurcidor n'aurait pas parié un kopeck qu'il aurait toutes ces passes au fond du bide ! Et puis, pas pour rire, les passes !

Qu'on se le dise, Juli descend de la branche Gallito, même si le système et l'époque en ont fait un petit con incorrigible, exigeant des faveurs, refusant les emmerdes. C'est vrai. Une tête à claques que j'aurais moi-même aimé baffer, parfois. Seulement voilà, définitivement le Juli détient un feu rouge d'avance sur les autres : il pue l'Afición a los toros, et possède un mental de warrior.

Il sait tout des toros et sait tout leur faire. Un dollar sur la table, qu'il leur susurre des mots sucrés aux oreilles. Deux dollars que les toros en redemandent.

Pourquoi faut-il alors se réjouir que Juli prenne en main les commandes du bateau ? Simplement parce que Juli prouve tous les jours que son bagage technique n'a rien d'anecdotique et que grâce à lui, il surclassera sans pitié le premier morpion au poignet velouté venu, renvoyant enfin la notion seule d'Esthétique sur la banquette arrière du camion. "Esthétique" dont beaucoup ont longtemps cru qu'elle était l'essence même de la corrida post-belmontienne. "Esthétique" dont toutes les figuras actuelles sont bien sûr garantes, chacune dans un style qui lui est propre. Sauf que Juli possède en plus l'arme ultime : la conscience de son pouvoir.
Et vues ses dernières prestations, il en a encore sous la pédale, le bonhomme !

Les sceptico-sceptiques me diront bien que pour l'instant, il ne s'est agi majoritairement que de "douceurs" vistahermoseñas. Vrai de vrai. Parfois même outrageusement amoindries... pour sûr ! Le Juli profite du système, c'est indéniable, et des faveurs que lui accorde son statut de figura, incontestablement. Mais ce drôle-là ne craint rien ni personne, et les quelques rares "actuaciones" face aux Victorino, aux La Quinta (...) me font croire que, fort d'une technique qu'on n'avait pas encore complètement mesurée (et pourtant, on le savait fort), en plus d'un savoir insondable, il aurait en plus les capacités mentales que seul l'orgueil torero peut stimuler, pour s'enfermer dans un ruedo poussiéreux avec les monstres les plus retors de la mythologie torista, si cela s'avérait nécessaire. Une carte que le madrilène garde dans sa poche arrière, et qu'il sortira le moment venu, quand il le jugera opportun.
Il suffirait alors qu'un ou deux présomptueux décident de talonner le "fenómeno" en s'arrimant à d'autres arguments que la suavité du geste, pour que de vieilles résurgences de saine rivalité que l'on nomme ici "competencia", nous reviennent à l'esprit comme un lointain souvenir d'un temps qu'on nommait "l'âge d'Or de la tauromachie".
Et quand la competencia est là, tout peut arriver, y compris les choses les plus folles, les plus inespérées, les défis les plus osés, les duels les plus inattendus, qui pourraient même aller jusqu'à un changement de terrain et de registre que beaucoup d'entre nous espèrent depuis très... trop longtemps, car si le duende, le ligazón, le temple et autres redondos inversés ne suffisaient pas à assoir la suprématie du Juli, nul doute qu'il y aurait encore la possibilité de voir ce que les tempéraments les plus rustiques de la généalogie brava ont dans les tripes. Car Juli, c'est certain, saurait de quoi leur parler, lui. Et de cela, plus personne ne peut en douter.
Si Julián López décide d'allumer le feu, il faudra être fort, TRES fort, pour lui coller aux basques, et peut-être alors se préparer à tous les sacrifices, voire toutes les folies, de la part de ses compañeros... y compris les plus "toristes" !

Ne vous prendriez-vous pas à rêver qu'un José Tomás décide soudainement de contrarier la fatalité ?...

22 mai 2008

A Granada


A Granada, une histoire de lot refusé par les vétos et deux toreros, Juli et mon cher Manzanita, qui tombent du cartel. On s’en moque. Son cosas de toros comme on dit. En temps normal, nous ne l’aurions normalement pas évoqué ici. Sauf qu’il m’est impossible de ne pas relever et attirer votre attention sur cette déclaration pertinente de Roberto Domínguez, el señor descabellador, mentor du Juli : « Se han presentado nueve toros, varios de ellos con más de 600 kg ». Des toros de plus de 600 kg ! Rendez-vous compte messieurs dames, vous avez été privés de toros de plus de 600 kg... Incorrigibles taurinos...

21 avril 2008

Objets


Il faut dire qu'il ne doit pas avoir l'habitude... Etre invité à saluer sous l'ovation par le destinataire de celle-ci, doit avoir quelque chose d'humiliant. Hier, quand José Tomás est apparu sur le sable catalan, le "run-run" de la Monumental de Barcelona s'est converti en acclamations tonitruantes. Avec Tomás, les chapelles dont je parlais la semaine dernière à propos des discussions de passionnés, semblent accrocher des écriteaux de "no hay billetes" à leur frontispice et résonnent du choeur des fidèles quand paraît l'objet de leur dévotion. La rumeur s'est convertie en acclamations, et ce n'est pas qu'une tournure à l'espagnole. Dans la competencia, il n'est pas de coup déloyal. Plutôt qu'un "¡mira Juli!" du fond des tendidos à l'occasion d'un travail de bâtonnet au sommet dispensé par l'objet de culte, l'apparition tardive de Tomás au paseo pour rejoindre Juli et Finito fit résonner les acclamations des convertis comme un "¡oye Juli!" qui aurait jailli de la gorge du maître des lieux. A l'issue du paseo, lorsque le "peuple du toro" (je ne me lasse pas de cette expression pour tribun sudiste), intima à Tomás l'ordre de leur apparaître en piste, celui-ci commença par s'extraire du burladero pour saluer avant d'inviter ses compagnons de cartel à le faire à leur tour. Une fois n'est pas coutume, en Espagne, nous avions mangé de bons desserts, Juli a eu, lui, le loisir de goûter la nuance entre un "ça a l'air bon, vas-y, goûte !" et un "moi, j'en veux plus, tiens, tu veux finir ?" Il ne desserra dès lors plus les dents, l'amertume de la pilule, certainement.

Au sommet de la Monumental, je vois trois pains de sucre recouverts de faience blanche et bleue, on peut toujours s'amuser à voir un symbole dans le fait que l'un des trois est en fait recouvert d'une bâche plastique imprimée pour donner l'illusion de faience. Chez Finito, on aime le gel élégant qui lisse le cheveu sur la superficie capillaire destinée à se couvrir de montera, pour laisser ensuite les extrémités se déchaîner en frisottis à l'air libre, on aime le geste torero en fin de passe qui imprime si joliment le papier glacé, les costumes sont superbes. On aime se souvenir de sa main gauche (il y a 14 ans, en ce qui me concerne), de ses triomphes passés et qu'on a pas vus et de la place que son talent aurait dû lui réserver à l'escalafón. De Finito, je me souviendrai, cette fois-ci, des gouttes de pluies qui vinrent diluer par deux fois le sang sur la lame du descabello, juste sous notre nez. Heureusement qu'on ne prétend pas que mal toréer fait pleuvoir, on en aurait apporté la preuve hier. "Tu crois qu'il y a vraiment un sorteo pour Finito dans ce genre de course ?" me hasardais-je pour tromper l'ennui qui n'était encore qu'attente.

Lorsque Tomás parut, le décor était en place : Tomás est à Barcelone, petit déluge en piste... qui n'a pas une anecdote à raconter sur une corrida pour le souvenir donnée sous une pluie encastée ? Mais force est de croire qu'une conjonction trop évidente de facteurs pour la légende rend l'ensemble trop convenu. L'objet de toutes nos attentions a beau inventer de l'émotion face à rien, il est évident qu'il manque quelque chose. Etrange Tomás qui parvient à nous intéresser face à si peu et donner de l'intérêt à des manoletinas, c'en est même gênant. La pluie faiblissait, j'eus alors un peu honte d'avoir consacré tant d'attention à la position d'une des baleines de mon parapluie pour éviter que les gouttes ne ruissellent sur mon siège, alors que José Tomás s'apprêtait à "manoletiner" serré. Echec à l'épée, les mouchoirs n'auront pas même droit à une vuelta. La pluie a cessé, c'est déja ça.

El Juli entreprit alors de devenir objet de culte, et face à rien s'inspira de Tomás, qu'il s'en fut chercher dans son terrain. Tremendisme face à peu, terrains réduits, pendule oppressant comme un compte à rebours, mâchoires serrées et gestes saccadés, les miettes laissées par José Tomás au paseo ne semblent toujours pas digérées.

Sans tâche, ni accroc à son beau costume, Finito expédie le meilleur 4è du lot, Garcigrande ou Domingo Hernández, blanc bonnet et bonnet blanc, comme quoi, il doit y avoir un sorteo réglo, ou alors les peones sont indignes de confiance... Ah, si jamais l'un des deux autres objets l'avait touché, peut-être aurions-nous vu quelque chose. Et encore... Tomás sort quelques gaoneras peu inspirées au 4 puis s'envoie un quinto violent en distillant quelques détails au passage. Je me souviens surtout du coup de patte de l'antérieur droit que lui asséna le bicho. Si l'on excepte les pâtisseries que nous firent déguster les señoritos catalans assis devant nous, la soirée semble fichue ; de toutes façons ça partait mal puisque dès l'entrée le dernier convive faisait la gueule. Même les statuaires prévues pour ponctuer la faena, restent à l'état d'esquisse. Aciers approximatifs et le Juli s'en va serrer la mâchoire un peu plus pour donner le bain à l'objet de son courroux face au 6. Vraiment, je n'ai pas aimé : l'approche, l'intention et le style, rien ne m'a plu.

Puisqu'il fallait triompher, Juli s'en tint à un style pueblerino égrenant des passes comme un dévôt distrait triturant son chapelet : tartufferies dans la chapelle. Muleta étouffante et saccadée, pesant autant sur le public en fin de série par grimaces et gesticulations que sur le torito pendant la faena, l'ensemble sera ponctué d'une demi-lame tendida. Une oreille. Malgré l'insistance du peón et du public, la seconde ne tombera pas. Même sous ses faux-airs de Benidorm, à la Monumental de Barcelone, on n'est quand même pas à Nîmes ! D'ailleurs, on n'y est pas encore, c'est pour ça qu'au moment du chant de sortie, on est déjà dans la voiture pour y rentrer. Expectación, decepción, la messe est dite.

Sans produits...


En nous asseyant sur les sièges confortables de la Monumental de Barcelone pour le premier paseo de José Tomás version 2008 nous avions forcément en tête les souvenirs de 2007. Deux lots de Núñez Del Cuvillo avaient été proposés. Il y eut celui du mois de juin, évidemment, pour le retour que l’on sait, puis celui de septembre pour l’émouvante despedida européenne de César Rincón. Dans les deux cas, et plus particulièrement le second, deux encierros plus qu’acceptables, avec du trapío, cinqueño celui de la Merced ; le tout agrémenté d’une petite caste piquante qui donna du relief à l’ensemble.
Hélas, les Domingo Hernández Garcigrande d’hier, très limites de présentation, aux cornes trop douteuses pour être passées sous silence, ont été en outre extrêmement sosos, sans forces, sans personnalité, tardos et ennuyeux. Et sans matière première digne de ce nom ou à ce point avariée il n’y avait pas de grandes choses à attendre. Tomás, avec son premier, a bien laissé entrevoir son aguante phénoménale mais guère plus. Ce fut, à peine, une aimable petite mise en bouche. Le Juli a tenté de l’imiter, notamment avec son premier. Il semble vouloir grossir volontairement le trait, comme pour donner à sa démarche un côté ostentatoire, et ça ne finit pas de me convaincre. J’irai même jusqu’à dire que l’on touche à la vulgarité. Ça pèse sans doute plus, ça étouffe même, et je persiste pour ma part à préférer l’original à la copie. Quant à Finito, mieux vaut ne rien en dire. Bref, un coup pour rien. Dieu merci, la veille, chez Carme Ruscalleda, ce fut grandissime. Il faut dire que pour le coup, la matière première et les produits étaient à la hauteur du savoir-faire. On n'a rien sans rien...

17 octobre 2007

6 Daniel Ruiz 6


Et pourtant j’ai une grande admiration pour le Juli, et depuis toujours. Je me souviens de ce gamin si jeune, capable de tant de choses. A cette époque, beaucoup avaient envers lui comme un mépris, le considérant plus comme un singe savant que comme un génie.
Je me souviendrai toujours de ce tentadero chez Pablo Mayoral ; le Juli, déjà le Juli, encore inconnu, seul en piste et impérial malgré le vent. Et Gregorio Sánchez, les yeux au ciel, incapable de répéter autre chose que : « c’est un élu… »
A cette époque la revue 6 Toros 6 avait rempli des pages et des pages de photographies pour témoigner du nombre impressionnant de suertes que le gamin était capable de réaliser avec un capote. Dans le tas il y avait même le Galleo del bu !
Le gamin a grandi en même temps que son répertoire à la cape s’est étriqué. Il faut dire que certains trouvaient ça pas très chic, un peu vulgaire tous ces mouvements de cape…
Aujourd’hui il est à l’aise, maîtrise son sujet, domine le panorama actuel d’une torería assez médiocre malgré quelques diestros passionnants, comme le Cid, Manzanares, hier Rincón, Morante parfois, Tomás bien sûr…
En 2008, cela fera déjà dix ans que l’enfant est devenu matador de toros, un soir de septembre, à Nîmes, encadré par José María Manzanares, le père de l’autre, et José Ortega Cano. Il va donc fêter cela, normal. Et donc, Nîmes, le théâtre de son adoubement le verra s’enfermer avec six toros… six toros… six… Patatras !!!
Je ne rêve plus depuis longtemps et je me serai étonné de le voir tuer six victorinos, comme le Cid à Bilbao par exemple. Non, avec l’âge je serais presque devenu raisonnable. Six victorinos certes non ; encore que pareil geste eut été normal et la moindre des choses, à vrai dire. On est numéro un où on ne l’est pas. Merde ! Mais six Daniel Ruiz ! Et rien de pire ?
Oh, je ne préjuge de rien notez bien, ni des paniers d’oreilles ou de queues, ni même des vueltas aux toros, voire d’un indulto… Ayez confiance en l’organisation nîmoise pour vous mijoter un truc aux petits oignons, pour que ce soit un succès, que le Midi Libre puisse se vautrer dans la confiture et que l’on fasse sonner les cloches. Mais six Daniel Ruiz, tout de même… Rien de pire ? On en viendrait même à regretter les indigestes six élevages différents généralement proposés et imposés en pareilles circonstances.

25 juillet 2007

La théorie du complot


Une équipe vétérinaire a osé refuser une corrida entière de Zalduendo qui devait être tuée en mano a mano par le Juli et Castella à Santander. Le ganadero, le même qui a fourni le matos pour la corrida d’Ávila en « défense » de la Fiesta, s’en étonne et n’y va pas par quatre chemins. Il dénonce, sur le site Burladero, un complot anti-Juli : « Personalmente creo que es una de estas que hay contra El Juli. Igual que no le dan las orejas hay como una situación contra él…». Ce refus de ses bêtes irait donc, selon le ganadero, de pair avec les manigances obscures de ceux qui refusent les oreilles au Juli. A Camposyruedos nous sommes très inquiets car nous n’avons aucune piste et le ganadero n’en donne aucune. Mais à la réflexion il a raison, il doit bien y avoir complot. Mais qui ? L’ANDA ? Les francs-maçons ? L’église de scientologie ? Ou pire... Le Hezbollah ? Affaire à suivre. En fait non. Car le fer titulaire déchu a été remplacé par bien plus "terrorifique" : Montalvo. Ouf ! L'honneur est sauf.

PS
Nous ne pouvons nous empêcher de mettre ici en exergue le truculent commentaire d'el truco : "Putain, tous ces types qui refusent des oreilles (encore un à Mont-de-Marsan dimanche), ça fait vraiment froid dans le dos..."

10 juin 2006

El Juli et les Victorino (II)


Après la vision de Joaquín Monfil, voici celle de Bastonito.

Je n’ai pas, eu égard à mon âge, connu les vieux escuderocalvos, mais les victorinos des années 70 m’ont été familiers. Je peux témoigner que de part leur trapío et leur comportement ils paraissaient sortis tout droit de l’enfer.
Ces toros, mansos ou braves imposaient toujours aux toreros de se justifier et je ne les ai pas vus fouler un ruedo depuis déjà quelques années.
Hier les alimañas ont resurgi de la nuit des temps, entre foudre, éclairs et coups de tonnerre.
Il y avait une différence cependant avec les anciens victorinos. A ceux d’hier il manquait le poder. Le poder (la puissance, le pouvoir) est fondamental pour qu’un toro puisse exprimer ce qu’il porte en lui, de bon ou de mauvais.
Le victorino d’avant recevait quatre piques - un peu plus grandes en outre que celles d’aujourd’hui - et poursuivait inlassablement les banderilleros et faisait passer un sale quart d’heure au matador au moment de la faena.
Les victorninos d’hier ont reçu une petite pique et picotazo, ils se sont arrêtés aux banderilles et sont restés très courts dans la muleta.
A ceux d’avant, un torero technique, physique et courageux leur coupait les oreilles, ce qui était pratiquement impossible avec ceux d’hier car sans poder ils manquaient de mobilité, se déplaçaient peu.

Les trois matadors se sont justifiés et se la sont jouée hier à Madrid, ce qui ne veut pas dire qu’ils ont été biens. A eux aussi il leur a manqué du poder, surtout à Encabo malgré sa bonne volonté. Esplá s’en est mieux sorti surtout avec le quatrième auquel il parvint à arracher une demie douzaine de naturelles assez estimables.
El Juli sans être à la hauteur, notamment de son second, a montré qu’il progresse et a fait preuve d’un grand courage.

La corrida n’a pas été mal, non monsieur… et il n’y a pas eu d’oreilles !
D'après Bastonito

El Juli et les victorinos


En ce final de mini-féria madrilène du 75ème anniversaire, je vous propose un extrait de la chronique de Joaquín Monfil en ligne et en VO sur le web opinionytoros concernant à la corrida de Victorino Martín lidiée le 9 juin 2006 par El Juli.
DESDE EL 7
Aujourd’hui Victorino a démontré une nouvelle fois qu’il est au-delà du reste des ganaderos bien que son neveu s’en approche chaque jour un peu plus. Parfaitement présentés, avec des cornes offensives quoique sans exagération et avec le comportement de la caste et la sensation du danger que devrait toujours avoir le toro de combat. Mais à la différence des années passées on constate chaque fois un peu moins de force, de poder et de sauvagerie. Ce sera la modernité. Il y en a même eu un qui a sauté au callejón (jamais vu chez Victorino) et un autre qui fut sur le point d’y parvenir.
Malgré tout, durs, difficiles, coriaces, en se retournant comme des chats à la moindre occasion, et certains comme le second chargeant directement l’homme en ne faisant aucun cas des leurres. En définitive ils ont demandé aux toreros leur carnet de professionnels. Et les trois, chacun dans leur style, ont fait face aux difficultés, en quittant la plaza sur leurs pieds, sains et saufs. Il est certain que les spécialistes d’il y a quelques années, comme Ruiz Miguel, Manili o Dámaso auraient peut être pu ouvrir la grande porte mais il est certain que les toreros ont aujourd’hui la vie plus facile et s’adapte aux facilités que leurs offrent la majorité des élevages actuels.
La majorité des victorinos d’aujourd’hui étaient des alimañas pour les toreros. Les spécialistes des années passées les auraient sans doute mangé « con patatas ».
Ceci dit, en cette après-midi pluvieuse, personne n’a protesté, personne ne s’est ennuyé. Les seuls qui sont partis tristes sont les « orejistas » et peut-être les organisateurs car ils n’ont pu améliorer les statistiques…
… El Juli tenait la dernière occasion de triompher sur sa terre. Mais bien qu’on ne puisse pas dire qu’il a été franchement mal, nous pensons qu’habitué aux « chochones » (douceurs) qu’il torée chaque jour, choisis avec le plus grand soin par le clan que dirige Roberto Domínguez, aujourd’hui il a croisé des toros qui en étaient de véritables et on a pu se rendre compte de son manque d’habitude.
Il a fait l’effort, y a mis sa meilleure volonté, ce dont nous lui sommes gré, mais il y avait trop de corrida pour lui. Et bien que quelques « claveleros » (spectateurs snobs de l’ombre) s’entêtaient à l’acclamer, immédiatement arrivaient les accrochages de muleta, les peurs, les erreurs de placement et sa méconnaissance des terrains et des distances, caractéristiques sans importance avec la majorité des toros-poubelle qu’il tue chaque jour mais fondamentales lorsqu’on se trouve face aux encastés victorinos, fussent-ils faibles.
En résumé une corrida digne pour ce final de mini-féria qui ne fera cependant pas oublier le désastre des jours précédents.
Joaquín Monfil

Les photographies sont de Juan Pelegrín.