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25 juillet 2013

Patti Smith taurina


On vous l’a déjà dit, Campos y Ruedos a un côté punk. Et la corrida, finalement, c’est peut-être plus rock qu’on ne le pense.

Le 17 juillet, Patti Smith était en concert dans les arènes de Nîmes. Quelques jours avant, les « zantis » attendaient de l’idole des jeunes une déclaration antitaurine qui n’est jamais venue ; et ils n’auront pas vu venir la déclaration de la rockeuse (lire ci-contre). Étonnant, non ?

La photo et la note proviennent de la Page taurine de Jacques Durand, distribuée par Atelier Baie comme chacun sait…

12 mars 2013

Bas les masques, Jacques Durand !


Vous saviez depuis quelques mois déjà que certains voyaient en nous l’incarnation du punk dans le Landerneau taurin français, mais sachez que loin de s’attendrir et de s’enfermer dans le confort de la contestation et de l’épingle à nourrice, l’équipe de Campos y Ruedos garde le cap éditorial d’une main ferme, toujours habitée par une morale et une rigueur inflexibles. 

D’aucuns disent que du côté de notre blog, ça se couille-mollise de la burne gauche, voire même que ça se tripote le nombril en se regardant la nouille, ou peut-être l’inverse… Alors, chers contempteurs, chers déçus, cher Purédur, mains sur les oreilles, les lignes qui suivent vont dynamiter sévère ! 

Voici bien longtemps que, chaque année, vous vous offrez à juste titre un recueil de Jacques Durand, publié de préférence chez Atelier Baie, réconciliant ainsi votre farouche instinct taurin avec votre goût approximatif de la littérature. À l’occasion, vous vous êtes même indignés de voir ce talentueux chroniqueur éjecté manu militari de Libé sans voir dans cette décision autre chose que le sacrifice d’un partisan d’une cause noble et violente sur l’autel de la bien-pensance ambiante. Braves naïfs que vous êtes… Allez, je ne vous hais point, tout juste éprouvé-je un sentiment de compassion envers cette candeur qui vous caractérise au sujet de Jacques Durand. Oui, Jacques Durand, le conteur, le chroniqueur, l’homme qui murmurait à vos oreilles ces alternatives mexicaines des temps héroïques d’Eisenstein, de Tina Modotti ou de Budd Boetticher.

Mais ce journaliste, capable de vous tirer des larmes parfumées de mescal au fil d’un article sur le répertoire de capote aztèque, s’avère en fait être à la tauromachie ce que Ramón Mercader fut à l’alpinisme mexicano-trotskiste : un agent-double, un scélérat infiltré, un chronotachygraphe dans une Lamborghini, que dis-je ? un authentique Claude Puel dans le vestiaire ! 

Monsieur Durand, je m’adresse à vous. Sachez que si le mundillo, par la complicité de je ne sais quel fossoyeur, a accepté d’enterrer ce dossier, la Bibliothèque nationale de France, elle, n’a rien oublié, et la preuve irréfutable de votre double jeu se cache dans ses arcanes aussi sûrement que l’unique exemplaire de la Poétique d’Aristote est assaisonnée d’arsenic. Vous, préfet du Saint-Office taurin, tenant les rênes du dogme, les clés de l’histoire et la poudre du canon tauromachique, n’êtes qu’un imposteur pernicieux dont je révèle ici la vraie nature. Votre profession de foi authentique, Monsieur, vous la publiâtes dans votre jeunesse, en 1853, du côté de Bordeaux, et Campos y Ruedos, ce jour, la reproduit in extenso. 

Que les masques tombent !


On clique sur l'image. 



15 août 2012

Durand dans « Libé »


Jean-Marcel Bouguereau, rédacteur en chef de Libération de 1981 à 1987 et créateur de la rubrique « Tauromachie » (nationale à l'époque, cf. « la mercière de Roubaix »), a publié dans l'édition de Libé datée du 14 août un article réclamant la grâce de Jacques Durand. Vous connaissez déjà l'histoire…
Le texte n'est pas transcendant à proprement parler, mais, bien entendu, il est surtout regrettable que Demorand ait donné l'occasion à son prédécesseur de l'écrire en virant la chronique des éditions de Libé du Sud de la France.
Forcément, quand surgit pareil thème les commentaires qui suivent sont aussi pénibles qu'attendus, à la notable exception de celui-ci, par un certain « Filitose », que je m'autorise à reproduire ci-dessous : 

* * *


Je n'entrerai pas dans le débat stérile « Pour ou contre la corrida ? », mais je me contenterai de relever le manque d'élégance de Nicolas Demorand à l'égard de Jacques Durand. Il semblerait que la seule explication donnée à l'intéressé par le rédacteur en chef soit que la suppression était due à une raison technique. Promesse aurait également été faite qu'une explication serait donnée dans Libé par Demorand lui-même. Rien de tout cela…

Permettez que je cite, à ce propos, un extrait de la lettre que j'ai envoyée à Nicolas Demorand le 2 juillet dernier :
« Lecteur fidèle de Libération depuis 1981, je vous ai déjà écrit à propos de cette décision qui n’a, pour l’instant, été ni expliquée, encore moins justifiée. 
Cette forme de mépris à l’égard d’une partie de votre lectorat va à l’encontre de toutes les valeurs de transparence, de clarté et d’indépendance d’esprit qui ont fait la qualité du journal que vous dirigez depuis peu. […] 
Aurez-vous le courage intellectuel d’exposer les raisons de cette mise à l’écart aux nombreux lecteurs de votre journal qui ont “dégusté” pendant des années la prose remarquable de votre futur ex-collaborateur ? 
Sans faire de procès d’intention, j’en doute puisque vous n’avez répondu à aucune des lettres, pétitions et demandes qui vous ont été adressées depuis un mois et demi, ce qui témoigne pour le moins d’un certain manque d’égards, voire d'une absence certaine de politesse élémentaire. 
Quel exemple donnez-vous ainsi, alors que vous ne cessez, à longueur d’éditoriaux, de réclamer des débats, des mises au point, des mises à plat ? De quelle cohérence faites-vous preuve alors que, aujourd’hui même dans votre éditorial, vous réclamez du président de votre République et de son Premier ministre de la “transparence et la fin d’une forme infantilisante de communication ?” » 

À quand donc une explication claire de Libé ?

* * *

>>> Je profite de l'occasion pour rappeler que, moyennant quelques euros par an, vous pouvez retrouver la plume de Jacques Durand chez Atelier Baie. Il s'agit même d'un investissement recommandé. 

Photographie Un Fernando Palha d'Orthez ne s'en laissant pas compter.

19 juin 2012

« La page taurine de Jacques Durand » à l'Atelier Baie


Communiqué des éditions Atelier Baie

« La chronique taurine de Jacques Durand dans Libération (édition "Sud") s’arrête fin juin. En pleine saison tauromachique. Nous proposons de continuer la fameuse "page" de Jacques les jeudis. Même rythme et même volume à peu près. Hebdo pendant six mois et mensuel hors saison. Vous pourrez la lire dès le jeudi ou la télécharger à votre guise, le samedi matin par exemple.
Cette entreprise nécessite un engagement financier pour donner les moyens à Jacques de travailler sereinement, et pour l’Atelier Baie d’éditer une lettre à la hauteur de la qualité d’écriture de notre rédacteur préféré : montage d’un site sécurisé et diffusion de la lettre, par courrier le cas échéant. D’où cet appel aux lecteurs !

Vous pouvez dès aujourd'hui accéder à notre site pour vous abonner à "La page taurine de Jacques Durand". Plusieurs possibilités :
– Un abonnement Internet d’un an pour le prix de 34 €.
– Un abonnement Internet d’un an avec l'envoi de la page par courrier (format A3 recto verso, plié en deux) pour le coût de 60 €.
– Un abonnement de soutien pour le prix de 100 €, les éditions Atelier Baie offrant en retour l’ouvrage de Jacques Durand Carnets taurins. Chroniques inédites, souvenirs et gourmandises, 20 ans de périple tauromachique. »

10 mai 2012

« Libé ne se croise plus »


Libération c’est fini ! À partir du 1er juillet, la page de Jacques Durand disparaît.

La rigueur ? Pas assez people ? Pas assez vendeur ? Trop politiquement incorrect ? La pression de trois antis ? Pas assez pour tout le monde ? D'ici à ce que l'on nous sorte la raison du communautarisme… On peut tout craindre. Notamment que les critiques dont fait l’objet Nicolas Demorand depuis quelque temps, par certains collaborateurs du quotidien, soient effectivement avérées. Pour l’heure, nous n’en savons rien.

La disparition de la chronique de Jacques est une décision de la direction de Libération ; c’est Jacques lui-même qui (nous) le dit : « François, tu vas rigoler. Libé m’a sucré avec la page des mots croisés ! Bref, Libé ne se croise plus. »

Ben Jacques, ça nous fait pas franchement poiler tout ça. Le seul truc qui m’a fait marrer aujourd’hui, c’est de voir traîner sur Internet une photo où l’on voit, côte à côte, Roselyne Bachelot et Iggy Pop hilares. Pour vous dire jusqu’où l'on peut aller dans le grand n’importe quoi.


>>> Pour la page de Libération, si ça bouge, évidemment, on vous sonnera. Ah ! ça bouge sur Internet :
Une pétition en ligne pour Nicolas Demorand et
Une adresse pour se plaindre directement au journal.

30 janvier 2012

Cuadri « à » Libé


C'est évidemment sous la plume de Jacques Durand qui nous dit aussi : « Tu peux préciser que ni le titre ni le chapô (ça peut s'écrire comme ça) ni la légende de l'illustration ne sont de moi… »

On clique ici pour pouvoir le lire.

01 décembre 2011

'Ratón'


C'est dans Libération que Jacques Durand a écrit un article sur le plus que célèbre toro 'Ratón'.

Sur Flickr, on peut voir le phénomène (de foire) en action, ou partager le repos du vénérable animal grâce à Albert de Juan.

16 septembre 2011

31 décembre 2010

« Chaque 31 décembre à minuit »


À Campos y Ruedos, quand l'envie nous prend de publier une photographie sans que nous ayons spécialement quelque chose à dire, nous titrons « Photographie sans paroles », et le tour est joué. Avant-hier soir, alors que je m'apprêtais à enrichir d'une unité romaine le libellé susnommé, je me laissai aller à « noircir du papier », avant de réaliser, trop tard, que la photo seule suffisait.
Lorsque ce contre-jour d'école a atterri dans ma boîte mail, j'ai su de suite, sans l'ombre d'un doute, qu'il illustrerait le texte de Jacques Durand sur la mort du Yiyo. Si « Le cœur ouvert comme un livre » était une commande pour la revue1 dans laquelle je l'ai découvert, il y a plus de dix ans, il n'est pas totalement exagéré, vu la probable confidentialité de cette publication, de le considérer comme un « inédit ».
Ce 31 décembre à minuit…

« Le cœur ouvert comme un livre  par Jacques Durand
Dans la nuit du 29 au 30 août 1985 la Guardia Civil recherchait le torero José Cubero 'Yiyo' et son apoderado Tomás Redondo qui étaient sur la route entre Calahorra et Madrid. La Guardia Civil les cherchait pour leur dire que Yiyo était engagé le lendemain à Colmenar Viejo, pour toréer à la place de Curro Romero. Le lendemain, à Colmenar Viejo, le taureau 'Burlero' tuait Yiyo d'un coup de corne dans la poitrine en même temps que Yiyo l'estoquait. Mort en miroir. Yiyo a juste eu le temps de courir à la barrière et de souffler à son péon El Pali : « Pali, ce taureau m'a tué. » Le chirurgien des arènes dira : « Il avait le cœur ouvert comme un livre. » José Cubero 'Yiyo' sera enterré dans son habit grenat et noir au cimetière de la Almudena à Madrid après que son cercueil vitré eut fait, a hombros, une vuelta dans les arènes de Madrid quasiment pleines. Tomás Redondo, de chagrin, se suicidera quelques années plus tard. C'est Yiyo qui, l'année précédente à Pozoblanco, le 26 septembre, avait tué le taureau 'Avispado' qui venait d'encorner mortellement Paquirri dans une corrida dont on apprendra par la suite, avis de décès après avis de décès, qu'elle suait le malheur. Paquirri mort. Yiyo mort. Montoliu banderillero d'El Soro et présent à Pozoblanco ce 26 septembre, mort, tué par un taureau à Séville en 92. Mort le picador d'El Soro, accident de voiture. Mort l'éleveur de 'Avispado', assassiné chez lui. Mort l'anesthésiste des arènes et mort le cameraman qui avait filmé l'accident de Paquirri. À Pozoblanco, Paquirri avait occupé la chambre 103 de l'hôtel Los Godos. Le 30 août 85 au matin Yiyo dormait dans la chambre 103 de l'hôtel Palmi, à Miraflores près de Colmenar. No comment. Yiyo avait 21 ans. Chaque 31 décembre à minuit, les hommes de sa famille, son père, Juan et Miguel, ses deux frères banderilleros, viennent déposer une coupe de champagne sur le monument qui lui est consacré devant Las Ventas, à Madrid…
À propos, ce pseudonyme de Yiyo est la traduction de son gazouillis d'enfant, lorsqu'il essayait de dire son prénom : Joselito. »

1 Revue Auteurs en scène, théâtres d'oc… et d'ailleurs, « Bernard Manciet : la voix d'une œuvre », Numéro 2, Les Presses du Languedoc/Théâtre des Treize Vents, Montpellier, 1997. Concernant Manciet, on peut tout à fait commencer par lire Los Pinchos del Ciego, puis chercher à se procurer son Per el Yiyo aux éditions de L'Escampette (1996).


Image La statue en hommage à El Yiyo sur le parvis de Las Ventas © François Bruschet

17 septembre 2010

Encore fallait-il le dire


Et c’est Jacques Durand qui le dit, dans Libé. Le genre de truc qu’on aurait aimé écrire quoi, et qui donc se passe de commentaires, sauf peut-être graphique, avec une photo d’un "julipied", pour se faire une idée en cliquant sur la photo. C’était à Arles, samedi dernier.

Depuis longtemps El Juli a épuisé le stock d'épithètes laudatives du chroniqueur et découragé son grand, petit et moyen Robert. El Juli est prodigieux, surdoué, définitif, imbattable et, pour résumer, plus fort que le roquefort. Sa muleta embarque les toros. Elle les prend tous en stop. Elle n'en abandonne aucun sur le bord de la route. El Juli est un coq de combat mais qui donne rarement la chair de poule. Trop de perfection. Elle inspire des admirations froides. Pour donner une dimension épique à son impeccable logique tauromachique, il devrait se cogner de temps en temps des toros moins convenables au caractère moins convenu.
Jacques Durand

06 mai 2010

Joaquín Vidal par Jacques Durand


On clique sur l'article pour le lire tranquillement puis on peut se connecter sur le site des Fondeurs de Briques : Joaquín Vidal, Chroniques taurines, Les Fondeurs de Briques, 2010, 14 €.

20 mai 2009

Quand Alès en pinçait pour les bêtes du curé


Vous n’êtes pas sans savoir que, samedi prochain, les toros de Dolores Aguirre Ybarra fouleront le sable alésien après l’avoir honoré en 2008. En vingt ans — 1989 marquant la réouverture sans interruption des arènes du Tempéras —, le nombre d’élevages programmés deux années consécutives en corrida1 s’élève à cinq : Valverde, bien sûr, en 1990 & 1991 ainsi qu’en 1994 & 1995, Palha en 2003 & 2004, Tardieu Frères en 2004 & 2005, Héritiers de Christophe Yonnet en 2007 & 2008 et Dolores Aguirre Ybarra en 2008 & 2009.
En revanche, pas une seule ganadería n’a réussi le tour de force de faire combattre ses toros trois ans d’affilée — à moins que ceux de Dolores rééditent la course de leurs grands frères —, pas même celle de Valverde, emblématique dans les Cévennes, qui n'aura envoyé QUE quarante et quelques toros et novillos2 pour bien rappeler à ceux qui avaient oublié ce que poder et genio veulent dire...

Quand, en 1998, Jacques Durand écrit son article, le curé s’en est allé quatre ans auparavant mais son esprit plane encore un peu au-dessus des cercados — la flamme brillant assez pour permettre aux héritiers de voir où ils mettent les pieds. Aujourd’hui, du côté d'Horcajo Medianero, le cierge ne semble éclairer qu’un morceau de table et un journal froissé, des lunettes rafistolées, un cendrier froid ; qu’un pan de mur blanchi à la chaux supportant non sans mal le portrait jauni de Don Cesareo au campo fumant un cigare sur fond de « toros néolithiques aux cornes démesurées. »3

1 En novillada, Granier Frères en 1993 & 1994.
2 Six corridas en 1990, 1991, 1994, 1995, 1998 & 2002 ; une novillada en 1999 ; deux toros en corrida concours en 1992 & 1996.
3 Citation tirée de la légende de la photo illustrant le texte de Jacques Durand.

En plus
Sur le site de la Feria 2008, deux historiques : celui (expéditif) des arènes et celui (approximatif) des carteles... Approximatif car, comme le fait justement remarquer Florent dans son commentaire, ce sont les novillos de Quinta da Foz (Fernando Palha), et non les toros de Hnos. Frías, qui ouvraient le cycle en 1998.
Pour le souvenir, voici les noms des hommes — une pensée pour José Pedro — qui ont affronté les toros de Valverde à Alès : Dimanche 13 mai 1990 - Paco Alcalde, José Luis Galloso et José Antonio Campuzano /// Dimanche 9 mai 1991 - Richard Milian et El Fundi /// Dimanche 15 mai 1994 - José Manrique, El Fundi et Domingo Valderrama /// Dimanche 28 mai 1995 - José Antonio Campuzano, Richard Milian et Domingo Valderrama /// Dimanche 24 mai 1998 - El Fundi, Stéphane Fernández Meca et Ruiz Manuel /// Dimanche 12 mai 2002 - El Fundi, José Ignacio Ramos et José Antonio Iniesta.

Image L’article de Jacques Durand, illustré par une photo de Michel Volle, a paru dans © Libération des 23 & 24 mai 1998. Pour passer un excellent moment de lecture, on clique sur l’image.

24 février 2009

Figures de toreros (III)


Quand un homme ou une femme du monde des toros vient de s’en aller, la dépêche1 ne tarde pas à tomber comme un couperet. Elle commence toujours par « Fallece a los... » et les derniers mots qu’elle nous donne à lire finissent de résumer, souvent de manière expéditive, la trajectoire du défunt. Le 13 février dernier, je reçus la nouvelle du décès de la ganadera charra Amelia Pérez Tabernero — le 9 à 95 ans — avec une pointe de surprise. Je me répétais : « Amelia Pérez Tabernero, Amelia... ». Le nom me disait quelque chose mais, précédé de ce joli et doux prénom, il me parlait plus encore. « Amelia Pérez Tabernero, Amelia... » : où diable avais-je déjà lu ce nom ? À quelle histoire renvoyait-il ?

Quelques moments de réflexion et quelques « Amelia Pérez Tabernero, Amelia... » plus tard, refit surface un article de Jacques Durand consacré au grand Antonio Bienvenida ‘Antoñito’. La fin de ce beau papier en contait une autre, tragique : le 5 octobre 1975 à « El Campillo », ‘Conocida’, une vache d’Amelia, cueille et renverse Antoñito qui, les vertèbres brisées, « décède le 7. Son cercueil est porté en triomphe à Las Ventas. Les arènes sont pleines. » (J. D.).

« En mi concepto hay unas prioridades absolutas hacia el toro, con la clara intención de exaltar sus valores »

Ces mots sortis de la bouche sincère de Luis Francisco Esplá, Antonio Bienvenida aurait tout aussi bien pu les tenir. Sans doute les a-t-il tenus un jour... Bienvenida, Esplá, Esplá, Bienvenida : l’un, maître et père spirituel de l’autre, l’autre, disciple de l’un. Le toro et sa lidia pour objets d’étude. Las Ventas pour terrain d’expérimentation — avec près de 90 paseíllos à Madrid, Esplá est le matador en comptabilisant le plus grand nombre... derrière Bienvenida et ses 107 !

Selon toute vraisemblance, c’est à l’automne prochain que Luis Francisco Esplá tirera sa révérance à l’Afición madrilène. Il reste à souhaiter à cette dernière qu’il ne « ratera » pas sa sortie en la gratifiant d’un cartel aussi improbable et vulgaire que celui du 2 mai à Séville2 : toros d’El Pilar pour Esplá donc, accompagné de Manuel Díaz ‘El Cordobés’ et Javier Conde themselves ! Seulement, il y a fort à craindre qu’il en ira de même — à un ou deux détails de casting près —, Esplá l’ayant voulu ainsi tout en désirant, ce qui n’est pas la moindre de ses contradictions, rester « fidèle à 32 ans de toreo »3 ; trente-deux années au cours desquelles il aura dignement, et avec style, affronté tout ce que la planète des toros compte de combattants sérieux...

1 La plus « complète », celle de l’agence EFE.
2 Carteles de Sevilla (temporada 2009).
3 Conférence de presse d’Esplá (04.12.2008) où il présentait son nouvel et dernier apoderado — l’actuel gestionnaire de Las Ventas —, qui fut également son premier... La boucle est bouclée.

Images Article de Jacques Durand paru dans © Libération le 7 juin 2000, illustré d'une photo de Diego — quelle classe ce Bienvenida ! On clique et, si l’on veut, on lit... Lors de sa conférence de presse de décembre dernier (voir lien ci-dessus), Luis Francisco Esplá, au travers de cette inimitable mimique que nous lui connaissons tous, donne l'impression de prendre durement conscience que 2009 serait pour lui l’année de trop... et qu’il en est désolé © Manon

08 avril 2008

A porta gayola


Il faut bien le reconnaître, nous sommes tous atteints d’une même névrose — certains à un stade plus avancé que d’autres — qui nous pousse à conserver dans la tête, dans des tiroirs, dans des classeurs, dans des boîtes, dans des bibliothèques, dans des ordinateurs ou dans je ne sais trop quoi d’autre tout ce qu’une tête, des tiroirs, des classeurs, des boîtes, des bibliothèques, des ordinateurs et je ne sais trop quoi d’autre peut renfermer. À savoir, dans le désordre, des programmes, des photos, des billets, des livres, des foulards et des éventails (?), des cartes postales, des revues, des toros en plastique et des autocollants, des disques, des suppléments de quotidiens locaux, des notes, des adresses, des coupures de journaux…

Le journal, c’est Libération. Un vieux Libé qui noircit les doigts dans la seconde où ceux-ci l’empoignent. L’auteur, c’est Jacques Durand. Jacques Durand en reportage à Séville pendant la Feria de Abril. Et le sujet, grave, porte un accent aigu* : Jesús Franco Cardeño, matador de toros. En mai 2000 dans Libération, on pouvait apprécier la belle plume de Jacques Durand, on pouvait admirer la belle gueule du Hernández Pla, on pouvait lire la belle et tragique histoire de Jesús embrassant un ange aux ailes déployées — Ángel à Las Ventas face à un Santa Coloma, et non Jesús à la Maestranza face à un Veragua.

C’est une histoire vieille de onze ans. C’était un mardi 8 avril, comme aujourd’hui, et cette conne de mort rôdait sous la pluie sur les berges du Guadalquivir. ‘Hocicón’, toro noir, très noir, de Prieto de la Cal, était son messager et, depuis que la terre est ronde, quand la conne envoie l’un des siens, on la trouve invariablement au bout du chemin. Mais la Maestranza n’est pas ronde et ‘Hocicón’ n’en savait rien.
Le siècle présent commence à peine en ce jour d’avril lorsque Jacques Durand, écrivain et envoyé spécial de Libération, s’engouffre dans la Calle Santander et pousse une porte, celle d’un bar dont le propriétaire est Jesús Franco Cardeño. Le siècle précédent n’en finit plus de finir en ce jour d’avril lorsque Franco Cardeño, maçon et matador de toros trianero, saisit sa cape et s’avance en direction d’une porte, celle du toril d’où ‘Hocicón’ s’apprête à surgir…

‘Hocicón’ est passé de l’ombre à la lumière en se posant des questions, Franco Cardeño admis en urgence dans un hôpital sévillan où une cuadrilla d’exception l’y attend. Un ophtalmologue, un oto-rhino-laryngologiste, un neurochirurgien, un chirurgien maxillo-facial et un chirurgien plastique sont prêts à intervenir. Ce n’était manifestement pas beau à voir ; ce n’est pas forcément plaisant à lire, le communiqué médical disant à peu près ceci : « Blessure en scalp qui déchire le côté droit du visage, du menton jusqu’à la zone oculaire, laissant à découvert les muscles angulaires et canins, avec arrachement du conduit de Stenon et déchirure de la paupière inférieure. Rupture des artères angulaires et des artères musculaires. Perforation de la fosse nasale droite et probable fracture de la mâchoire. Il a été procédé à une anesthésie avec intubation. Une hémostase des vaisseaux artériels a été réalisée. »

‘Hocicón’ n’a pas tué Jesús et Franco Cardeño n’a pas tué ‘Hocicón’… mais il a eu sa tête…

* Que ce soit Jésus ou Jesús, il y a un accent aigu quelque part.

En plus À défaut d’avoir des images de l’extraordinaire cogida de Franco Cardeño, voici un tryptique de Juan Pelegrín sur celle, sans gravité, de Gómez Escorial (encore lui !) face à ‘Ortigoso I’ d’Escolar Gil.

Image Page « Tauromachie » de Libération du mercredi 17 mai 2000. ‘Azulejo’ d’Hernández Pla défiant du regard un autre stakhanoviste de la porta gayola : Ángel Gómez Escorial, à Madrid le 13 mai 2000 en ouverture de la San Isidro. On clique sur l’image et on lit le papier de Jacques Durand. Photo © Chema Tejada pour El Mundo.

28 mai 2007

La sensation du velours


Il fut un temps où des hommes portant nœuds papillons et moustaches en croc maniaient la plume comme d’autres le couteau. Parmi eux, un certain Laurent Tailhade, poète et pamphlétaire anarchiste né à Tarbes en 1854, qui semblait prendre un malin plaisir à collectionner les inimitiés et à enrichir sa collection. Un drôle de zig assurément, attachant aussi avec son goût prononcé pour la castagne sous toutes ses formes — il aurait participé à une trentaine de duels ! —, sa culture que l’on disait encyclopédique et sa passion pour les combats de taureaux à laquelle il a consacré un ouvrage, La corne et l’épée (1908). Ce dernier emprunte son titre au texte principal et en propose cinq autres, tous taurins, tous ciselés dans une langue incroyablement étoffée.

À la page 55 de la réédition de 1994, Laurent Tailhade s’essaie, non sans filet, à un exercice littéraire périlleux s’il en est, donner une définition du mot trapío : « Un taureau a le trapio (écrit ainsi et traduit par "élégance" en note de bas de page) lorsque son poil dru et luisant procure au toucher la sensation du velours. Il faut que les extrémités soient sèches, les tendons et les articulations d’un beau relief, le sabot court petit et rond, les cornes en demi-lune, fortes à la base, aiguës et noires à l’extrémité, la queue longue, svelte et bien fournie, les yeux noirs et vifs, les oreilles palpitantes et velues. »

Dans sa préface inspirée, Jacques Durand a beau nous rappeler que cette définition, « naturellement minimaliste » (p. 29), s’inspire très largement de celle de Paquiro (1836), il n’empêche qu’elle a le mérite de commencer par ces mots, « Un taureau a le trapio... ». Le procédé va vous paraître facile mais j’en profite pour re-prendre quelques "vérités", les miennes, comme ça en catimini : un toro aurait du trapío ou il n’en aurait pas, il sortirait avec ou il sortirait sans* (c’est le "novillo-toro" du lien précédent), trapío se suffirait à lui-même et sa traduction littérale n’existerait pas. Aussi, à quoi bon utiliser des expressions telles que "de grand trapío", "de trapío insuffisant", "d'un bon trapío", etc., quand on juge isolément un toro, sinon à entretenir la confusion, à exprimer la redondance ou à pousser l’aficionado dans un abîme de perplexité ? Un abîme pas si impressionnant que cela comparé à celui, sans fond, que notre poète découvre en se persuadant, dans un élan baroque, que le poil du toro avec du trapío procurerait « au toucher la sensation du velours » ! Mesdames et messieurs approchez, admirez et venez caresser ce splendide toro-toro de Dolores Aguirre !

* Exemple type du toro qui peut, à la rigueur, faire illusion au corral mais qui, une fois la porte du toril franchie, ne ressemble plus à rien. Le toro con trapío est rare, certes... mais faudrait voir à pas abuser !

Image Photo con trapío d’un Dolores Aguirre © Laurent Larrieu