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01 septembre 2013

Veragua or not Veragua ?


Si la rentrée vous met le blues, et que vous trouvez la jetée de Capbreton trop bucolique, il ne vous reste plus qu’à vous rendre à la controversée novillada que donne Aurelio Hernando, aujourd’hui, à Las Ventas, en ouverture du « cycle des encastes minoritaires ». Un événement en soi puisque la polémique enfle sur l’origine à confirmer de ces toros annoncés Veragua qui ne le seraient peut-être pas autant que le prétend le charmant Aurelio, et puis aussi parce qu’il s’agit tout simplement d’une novillada complète d’un encaste devenu pièce de musée — jusqu’à ce qu’on nous démontre le contraire.


OrdenGanaderíaNúmeroGuarismoNac.NombreCapaPesoNovilleros
1
Aurelio Hernando
16
0
2/10
Bombonero
Negro
506
Jorge Escudero
2
Aurelio Hernando
17
0
1/10
Algarrobo
Jabonero
460
Diego Fernández
3
Aurelio Hernando
13
0
4/10
Extremeño
Negro bragado
490
Jesús Duque
4
Aurelio Hernando
4
0
4/10
Vieira
Negro salpicado
487
Jorge Escudero
5
Aurelio Hernando
14
0
4/10
Secretario
Jabonero
492
Diego Fernández
6
Aurelio Hernando
27
0
10/09
Casero
Jabonero
505
Jesús Duque
Sob.
Toros de Mollalta
8
0
10/09
Tremendo
Castaño
468
Sob.
Toros de Mollalta
20
0
5/10
Escandaloso
Negro listón
526







Alors, Aurelio, Veragua or not Veragua ? Affaire à suivre…


>>> Sorteo et photographies (de Juan ‘Manon’ Pelegrín) extraits du site Las-ventas.com.

22 mars 2013

J’ai parlé à ma sœur


Dimanche, 10 heures du matin

Depuis la veille au soir, ça s’était décidé sur les coups de 22 heures, nous avions deux ou trois choses à lui dire. Il était évident que nous prendrions des gants et que tout se passerait avec la délicatesse attendue en de telles occasions, car nous étions ses hôtes, après tout, mais elle saurait tout le mal que nous pensions de ses projets, que cela lui plaise ou non.

Elle est entrée par la porte de la cuisine. C’est en tout cas ce que nous avons imaginé se trouver derrière le mur. Elle esquissait ce sourire que nous lui connaissions ; un sourire franc et direct, et, on se plaisait à l’imaginer, sincère. Sincère dans le contentement de nous revoir, et c’était réciproque, sincère dans la joie fière de montrer ses toros à des gars qui venaient de se cogner pas loin d’un millier de bornes pour constater que le poil d’hiver n’était pas encore tombé, que personne n’était venu émettre la frêle idée de lui acheter une novillada, que son père persévérait dans sa passion quoiqu’il se remît très lentement d’une rupture de l’aorte qui l’avait vidé de son sang, il y avait plus d’un an maintenant.

Malgré le sourire et les « ¿Qué tal? » de circonstance, on ne voyait que ça. Elle avait beau tout tenter pour tourner la tête, esquiver nos regards, il lui eût été impossible de dissimuler cet œil gauche ciel d’orage, tuméfié, rougi, mâché, jauni. Un cocard de première à rendre jaloux un cadet de rugby qui aurait vu là l’occasion d’épater la copine, la future, la probable, la rêvée. Macarena avait pris cher, cela ne faisait aucun de doute.

Le temps d’un silence trop long, la discussion de la veille au soir entre son père, son frère et nous s’est rappelée à l’inconscient de chacun ; c’est-à-dire qu’à l’instant précis où l’œil mauve de Macarena a révélé son existence, tout le monde a pensé la même chose. Enrique, le frère, nous a regardés tous, un par un, et a compris de suite.
— ¡No, que no, la culpa no la tengo yo, joder!
Tous, d’un même élan, d’une même voix qui aurait été éraillée par l’angoisse d’avoir à se confronter à une réalité plus noire encore que le cocard de la demoiselle, on a éclaté d’un rire libérateur qui nous rassurait sur les relations saines entretenues par un frère et sa sœur.

La veille au soir, fin de repas…
— Enrique… les fundas, c’est une connerie !
— Bah, je le sais bien. Je déteste ces trucs, mais la véto c’est ma sœur et elle a décidé qu’il fallait en poser. Alors on les a posées !
— N’importe quoi, demain, je ne fais aucune photographie !
— Mais tu comprends, après avoir été accusés d’afeitado, on s’est dit — enfin, Macarena —  qu’il valait mieux ça. Ça donnait une assurance… même si ça ne sert à rien d’autre, finalement, parce que ça provoque des blessures internes qu’on ne voit pas, et les bestiaux ils meurent quand même sans avoir pu être soignés. C’est de la merde ces trucs, et je suis contre, vous le savez, et je n’« aféite » pas non plus… mais c’est Macarena, elle est véto, alors elle décide.
— Et puis, s’ils veulent se tuer les Veragua, ils se tuent ! ¡Son criminales los Veragua!
— Pfft…

En quittant le troquet de don Benito, à Brazatortas (Ciudad Real), l’humeur était en joie, mais les perspectives matinales rabougries par les aveux d’Enrique et de Javier. Nous allions causer deux mots à la Macarena, c’était décidé !
— Buenas noches, Enrique. ¡Tienes diez horas para sacar a las fundas!
Nous nous sommes couchés en imaginant le père et le fils, au clair de lune, enlever les fundas de leurs Veragua dans un flot d’injures et de récriminations à l’encontre de leur fille et sœur.


Dimanche, 8 heures du matin

Les premiers Veragua sont là, sous nos yeux. Les novillos de l’année, encore maigres, encore velus, meuglant au vent froid du matin.
— J’ai parlé à ma sœur. Je lui ai dit qu’à partir de l’an prochain, ses fundas, elle pouvait toujours les mettre sur les Domecq (un lot d’origine Las Ramblas), mais que pour les Veragua, c’était fini. Les Veragua, je veux les voir comme ils sont : beaux et forts et fiers !

La visite, même malgré les fundas, fut remarquable et doucereuse. Enrique et Javier contemplaient autant que nous le lot d’erales qui jouaient à se cogner dessus. ¡Criminales!
Le vent glacial était oublié ; les vaches étaient belles, les pelages superbes et, l’an prochain, les Veragua seraient à nouveau des Veragua.


Dimanche, 10 heures du matin

Quand on a découvert l’œil de Macarena, les mots qu’Enrique avait prononcés la veille et le matin — « J’ai parlé à ma sœur » — ont pris une résonance particulière et inquiétante. C’est ça qu’il appelle « parlé à ma sœur » ? Il a du sang Veragua dans les veines, ou quoi ? Il y est peut-être allé un peu fort. Certes, le sujet est sérieux : les toros et les fundas, mais cela valait-il la peine d’employer des maux si forts ? Manque pas de vocabulaire, le bougre ! Le style est concis et direct, de l’anti-Proust en somme.

Enrique a compris ce qui nous passait par la tête, Macarena aussi.
— ¡La culpa no la tengo yo, joder ! s’est-il défendu.
Macarena a continué de sourire ; elle a même éclaté de rire.
— Je sais pour les fundas… sur les Veragua. On va arrêter. Et ça, je me le suis fait vendredi lors d’un saneamineto… Même le docteur a cru que c’était quelqu’un qui me l’avait fait…

30 janvier 2013

Prieto à Aire


Si l’on en croit la revue Semana grande, n° 825 du lundi 28 janvier 2013, ainsi que certains édiles locaux qui s’investissent dans l’organisation des corridas à Aire-sur-l’Adour, l’année 2013 devrait apporter son lot d’aficíon sur les bords du «plus beau fleuve du monde».

En effet, un lot de Tomás Prieto de la Cal est annoncé, le dimanche 16 juin 2013, à Aire. C’est sincèrement une excellente nouvelle après la bonne course cinqueña sortie à Céret en septembre dernier. Les Veragua sont rares et les dernières apparitions de l’encaste ont eu lieu à Céret (Prieto de la Cal) et Orthez (Fernando Palha et Aurelio Hernando), et ont souvent laissé de bons, voire de très bons, souvenirs (Palha à Orthez).

La nouvelle de cette venue de Prieto de la Cal à Aire est corrélative d’une évolution perceptible depuis plusieurs années dans la cité aturine. Ainsi, il semble qu’une poignée de passionnés ait décidé d’avancer la jambe pour proposer des lots de toros dignes d’intéresser les aficionados a los toros. Le chemin, comme partout, est long, qui plus est à Aire, qui n’a jamais brillé par une politique taurine du long terme. Néanmoins, les courses des pensionnaires d’Hubert Yonnet, de Baltasar Ibán et de Charlotte Yonnet témoignent d’un changement dans le bon sens et vers plus de toro.

Il ne reste plus qu’à souhaiter que les Aturins portent leur choix sur les quelques magnifiques cinqueños, que nous avons pu admirer sur photo, qui attendent à «La Ruiza» ; et dans ces conditions, nous serons nombreux à espérer avec impatience leur entrée en piste le 16 juin. 

¡Enhorabuena Aire!


Photographie Un berrendo en melocotón (chose rare) de Prieto de la Cal photographié en 2011 © Laurent Larrieu

15 septembre 2012

SF sans JT


Fer de Prieto de la Cal — Céret 2012 — JotaC

SF sans JT, référence au post de François Bruschet.

Imaginez une course pour le retour de la corrida à Barcelone, en défense de la tauromachie catalane, organisée à Céret, pour la fête votive, avec des toros de Prieto de la Cal et… José Tomás. Énorme !

« Du Veragua, qu'est-ce que c'est ? », aurait peut-être dit JT en grande discussion avec E.T. Pure Science-Fiction !

Cet après-midi, à 17 heures, aura lieu le paseíllo de la corrida de Sant Ferriol, sans José Tomás… et nombreux sont ceux qui le regrettent, sans doute. 

Alors, comme d'habitude pour ce type de course, le cartel est composé des belluaires de service : Marc Serrano, Javier Castaño et Serafín Marín. ¡Suerte toreros! 

Demain, à Nîchmes, il y aura du Domecq. ¡Suerte artista!


>>> Une galerie photo des Veragua dans les corrals cérétans vous attend sous la rubrique « Ruedos » du site.

10 août 2012

De la relativité de la pureté des encastes


Eral d'Aurelio Hernando — Laurent Larrieu/Campos y Ruedos
À lire l'article très intéressant écrit par Rafael Cabrera Bonet sur la relativité de la pureté des encastes des taureaux de combat dans son blog Recortes y Galleos.

Un extrait : « En lo tocante a los cruces, que todos han realizado alguna vez (más cuando hablamos de ganaderías cuyo origen puede remontarse a casi dos siglos o más de existencia), hay que ser conscientes de que sabemos mucho menos de lo que en realidad está escrito. Nada hay puro en definitiva; los ganaderos a lo largo de siglos habrán hecho y echado lo que hayan querido en cada momento, sin que los aficionados — y el resto de los criadores, los críticos o historiadores e incluso sus descendientes lejanos — tengamos ni la más mínima memoria de ello, ni la más remota idea. Eso de los encastes puros puede ser un atractivo comercial, sin duda es romántico, pero no deja de tener los pies de barro… en la mayor parte de las ocasiones. Por eso quizá sería mejor hablar de procedencias — término más vago pero que permite nadar con mayor libertad — o de la historia de cada vacada en particular. Ni yo, ni nadie, lógicamente, sabemos qué hizo el duque de Veragua, por las noches y durante décadas, en su ganadería — entiéndanme la forma de hablar. »

21 juillet 2011

Pattes blanches


 Patas blancas en negro y rojo © José 'JotaC' Angulo 2011

Quand on longeait la route, là-bas, entre Salamanque et Ciudad Rodrigo, elles attendaient posées sur l’herbe tendre, les vaches blanches et noires, comme les touches d'un vaste piano champêtre.
C’était une symphonie bicolore du Campo Charro qui valait le déplacement, qui régalait l'œil et relançait les rêveries taurines pour toute une temporada. Quand elles étaient suivies par un añojo, c’était une faena entière qui se déplaçait, un combat épique qui germait dans la tête du moindre observateur à peine aficionado. Désormais il ne reste que la prasine de l'herbe au milieu des chênes ancestraux. Les toros ont déserté les lieux comme ils désertent l’arène.
En novembre dernier, l’éleveur a dû se résoudre à conduire ses bêtes à l'abattoir. Il l'a fait pour des raisons diverses. Pour des problèmes sanitaires, bien sûr, mais aussi à cause du désintérêt total des organisateurs pour ce type de bétail que les toreros refusent d'affronter. On entrevoit encore, de loin en loin, la pointe d'une patte de patas blancas lors d’une course de rejón, guère plus.
Exit Los Majadales. Justo Nieto a rendu son tablier, Sánchez-Cobaleda vient de jeter l’éponge. Il ne reste, pour maintenir la lignée, que les Paco Galache, les Barcial ou les Monteviejo de chez Victorino. C’est bien peu. Les Vega-Villar vont disparaître du paysage. Seule subsistera leur légende centenaire, résultat du croisement mythique entre le sang des illustres Veragua et celui des fougueux Santa Coloma. Ces toros comptaient pourtant parmi les préférés des vedettes, Manolete les réclamaient et ils étaient incontournables lors des grandes férias... d'autrefois.
Aujourd'hui, on multiplie les programmations aseptisées, démagogiques et répétitives. On se complaît dans un faux-semblant de bon aloi. On tente de nous faire prendre des vessies plus ou moins "domecqstiquées" pour les lanternes magiques d'une tauromachie de pacotille. C'est consternant. Nous sommes entrés dans l'ère de l'artifice et du régime dissocié : du Vega-Villar, pourquoi pas, mais fragmenté en plusieurs courses, un indigeste carpaccio de pièces très détachées !
Dans ce registre, l'insipide Madeleine qui s’est achevée mardi par une soupe à la grimace est un modèle du genre. Elle proposait, pour commencer, des Garcigrande. Une sorte de gaspacho léger, relevé par quelques micro-gouttes de Veragua, diluées à dose homéopathique dans du jus de Juan PedrO. Un vague rappel des origines qui permettent encore à ces bestioles de tenir en piste sans s’avachir complètement. Pour conclure, un plat dit de résistance : La Quinta, fade, édulcoré, sans gras ni couenne, désossé. Du Santa Coloma ultra-light, des Buendía rachitiques, commodes de pied en cap, gentiment compréhensifs, ineptes collaborateurs.
De la camelote de bout en bout !
Les temps changent. Autres temps, autres mœurs, à vaincre avec peu de péril... on évite bien des dangers.
Heureusement, il reste çà et là des organisations fidèles à des valeurs d'indépendance qui défendent la diversité des encastes et qui offrent leur place aux élevages marginalisés ou minoritaires.
Les temps changent. Lentement, les noirs et blancs s'effacent du campo... Autres goûts, autres couleurs.

Puisque la mode est au réchauffé, permettez que je vous présente un plat encore tiède, un texte qui abordait la dernière course montoise dans Le Petit Journal du Plumaçon.


La Quinta, le goût des autres...
Non monsieur, non ! La Quinta n’a jamais été fabriquée à Aulnay-sous-Bois. Non ! La Quinta n’est pas l’épouse de Charles Quint. Non, non et non ! Rien à voir avec le loto sportif ibérique et les paris "fôteubollistiques". Perdu ! Ça, c’est la Quiniela. Non ! Monsieur, vous faites fausse route. Ne vous obstinez pas. En classe, c’est sûr, vous n’écoutiez déjà que d’une oreja. Distraite et sélective, l’oreja. Vous êtes convaincu depuis toujours que l’espagnol est une langue facile : au masculin, ça finit en "o", au féminin tout se termine par "a". Et voilà, un apprentissage rapide, vingt ans de lacunes : aujourd’hui, on contemple les dégâts.
Heureusement qu’il vous reste les souvenirs d’enfance et les vacances sur la Costa... ?
— Euh... Bravo ? Comme les toros...
— Non, Brava, comme la vaca !
— Brava, c’est ça... La Costa, féminin, Brava.
— Bravo !
Et surtout, la paella. Vous vous rappelez ? Le couple, au bas de l’avenue, la Casa Chopero (je crois)... C’est si loin tout ça... Un vieux bonhomme rabougri, fripé, tordu et sans âge, sec comme un coup de trique. Antonio, Pablo, Luis Mariano ? C’est si loin tout ça... Et sa femme ? Comment déjà ? María, Conchita, Carmencita ? Rosa, c’est ça ! Elle s’appelait Rosa.
C’est elle qui vous gardait le mercredi. Le mercredi, chez Rosa, c’était paella.
— ¡Hola, muy bonitas! 
Rosa souriait. Votre usage de la langue d'El Cordobés lui semblait surréaliste et poétique. Elle adorait.
— Buenos días, répondait-elle en avançant le premier plat. ¿Quieres zumo? Elle attendait pour se délecter d’un double sourire. Ah ! la jota !
— De narranrra por favor.
La paella, jusque-là, vous n’en aviez mâché qu’à la cantoche. Une sorte de pâté jaune et gluant avec des petits bouts de caoutchouc planqués à l’intérieur qui collaient aux dents et vous restaient sur l’estomac. Bizarre tout de même que ça s’appelle pareil !
— Suculenta, "excelenta", enfin bref, super buena ta paella, Rosa !
— Muchas gracias. Une fois vous en avez repris cinq fois. Rosa n’en revenait pas, elle a juste dit à Pablo : "Es la quinta."
Il y a peu, par nostalgie, vous êtes repassé par là. C’est devenu un restaurant branché, "La casa de Simón y Mari". Service impeccable, trois garçons très stylés : Curro, Julián et Thomas. La paella, c’est le mardi, une sorte de pâté jaune et gluant avec des petits bouts de caoutchouc planqués à l’intérieur qui collent aux dents et vous restent sur l’estomac. Parfois, pour le piquant, il y a une tranche de chorizo très très fine, mais c’est rare. Bizarre que ça s’appelle pareil !
La Quinta, m’étonnerait beaucoup que vous en repreniez cinq fois ! 

03 mars 2011

Aurelio sous la neige


Le périph' sous la neige, Colmenar sous la neige, Soto del Real ensevelie. Rendez-vous au bar du restaurant à l'entrée du bled, comme toujours ou presque. Ici Madrid, pas loin, mars 2010, il neige comme vache qui chierait du coton. Et toutes les dimensions ont changé : le bruit, les distances, la perspective même d'un retour, de la suite du voyage. Il neige et la côte qui mène aux cercados devient vertigineuse au camion et les toros hypothétiques. Nous passons tout de même. Les jeunes sont agglutinés, au loin, les vieux éparpillés ici et là, calmes, comme patients. La neige qui tombe colle à tout ce qu'elle trouve, la pierre des murs, les branches, les clôtures, le premier plan de l'autofocus parfois. Tout est blanc, unanimement. Seuls les Veraguas d'Aurelio Hernando résistent encore. Au froid, à la pensée monochrome du jour : negros, colorados, et tous les savons sont sales ce jour. Le long poil d'hiver colle en mèches mouillées à la peau des novillos, il fait aussi froid entre les quatre murs de la salle de réception où l'on expose les souvenirs de la ganadería. C'est insolite mais pas plus pour Aurelio et son fils, viscéralement liés à ce campo et ces toros, à leur miracle "Veragua puro". Un lien sans l'ombre d'un doute, difficile mais obstiné. Les añojos ne sont pas plus rassurés que leurs aînés dans leur cercado enneigé, ils hésitent même à courir quand on le leur demande. Nous partons pour la deuxième finca, celle de Colmenar, plus bas, où nous attendent les vaches. La neige est plus anecdotique, la colline au loin semble simplement givrée et, sous les roues, la boue est familière. Le jour a légèrement bleui, tout va bien. Le poil humide dessine des arabesques sur les vaches, la végétation buissonneuse éclôt toujours çà et là, les branches noircissent les pensées torturées des arbres.
Sur la voie rapide qui monte le long de Colmenar, la silhouette de la ville décrit un arc de cercle dont seule la plaza de toros semble rompre l'harmonie. Devant le restaurant où m'attend ma voiture, Aurelio regarde son volant, l'air un peu grave et admet dans un haussement d'épaule qu'il rêve d'une opportunité sur le marché français.

Les rêves deviennent parfois réalité et Aurelio Hernando se présentera en novillada à Orthez en juillet 2011. ¡Suerte!

>>> Retrouvez sur www.camposyruedos.com, rubrique CAMPOS, une galerie consacrée à l'élevage.

01 décembre 2010

Prieto de la Cal


Tout a été écrit sur Prieto de la Cal. Si tant est qu’il se puisse écrire tout sur un quelconque sujet.
Les derniers Veragua (idée certainement fausse), le pelage jabonero, le trapío de brute, le pectoral gonflé, l’œil peu amène du gangster en cavale.
Entrer chez Prieto de la Cal à "La Ruiza", c’est pénétrer un musée, et de la ganadería, et de la dévotion d’une famille à une époque dont l’Espagne actuelle tente de panser les plaies. Ici, il n’est nul besoin d’être agrégé d’histoire pour prendre tout de suite le pouls de l’atmosphère des lieux. Tomás Prieto de la Cal était ganadero à neuf ans et reste séducteur à quarante. Son passé et sa vie sont accrochés au mur du grand salon ou posés sur les imposants meubles de bois sculpté, le tout disposé de-ci de-là comme dans un livre sans index. Pour qui sait lire donc, Papa était Tomás Prieto de la Cal, proche de Franco, et maman était dieu dissimulé sous les traits certainement plein de charme d’une jeune fille de "bonne" et "grande" famille qui a réussi, durant ses années de veuvage, à maintenir debout à la fois l’élevage (pourtant voué à l’index par les figurettes actuelles) et cette coiffure parfaitement et remarquablement géniale. Ici, comme chez tant d’autres ganaderos dont les grands salons sont emplis de portraits solennels, la nostalgie d’un pan de l’histoire de l’Espagne est palpable (1939-1975). C’est d’ailleurs toujours un exercice intellectuellement et culturellement troublant que de se rendre dans ces maisons où le roi avait sa table, où chassait le Caudillo, où la couleur rouge n’était autorisée que comme teinte des muletas lors des tientas.
— Tenez, dans ce lit a dormi Franco !
Tomás Prieto de la Cal est un homme fort sympathique et qu’on dirait sorti de vacances perpétuelles tant son bronzage paraît parfait et travaillé. Il vit à "La Ruiza" et non pas à Séville. Il garde donc un œil constant sur ses toros de derrière une paire de lunettes de soleil plus noires encore que le regard perçant et fier de son fils, Tomás Prieto de la Cal hijo, troisième génération. Tomás Prieto de la Cal (padre donc) est partout accompagné de sa mère, marquise ou comtesse ou duchesse de Soanes, qui ajoute à son élégance clinquante la classe de la discrétion au profit d’un fils qu’elle adore d’un regard vif et lumineux. La marquise de Soanes regarde dans la même direction que Tomás Prieto de la Cal. Elle regarde vers les toros de Prieto de la Cal qui sont à la cabaña brava ce que les berrendos en negro apajerados sont au toro de lidia actuel : le souvenir d’un lointain passé. Mais dans la famille, il semblerait que l’on soit devenu expert dans la survivance du souvenir. Alors les combats à venir ne font pas peur, ni à Tomás ni à sa maman, même si, dans l’actuelle "guerre civile" qui déchire le campo bravo, il n’est pas certain que cette fois-ci, et malheureusement, les Prieto de la Cal se trouvent du bon côté.

>>> Retrouvez sur le site www.camposyruedos.com deux galeries consacrées à la ganadería de Tomás Prieto de la Cal, rubrique CAMPOS.

Photographie Un toro de Prieto de la Cal pour 2011 © Laurent Larrieu/Camposyruedos.com

22 septembre 2010

Par là-bas


Comme passe le temps. Mourrait octobre à la fêtes des morts. L’Espagne se saoulait d’un soleil bas ; le soir, la fraîcheur de la nuit à venir s’annonçait du pas léger de l’élégance.
Baignée de soleil bas, la province de Jaén se diluait dans les bleus horizon. Il fallait plisser les yeux pour se l’imaginer, là, sous nous, devant nous, jusqu’aux montagnes bleu foncé, elle parmi l’infini de chênes verts ou lièges et de creux de la terre.
Mais la nuit avait-il dit, un silence solennel avait précédé, la nuit, la province se voit. On l’embrasse des yeux la nuit la province de Jaén, pas qu’un bout, pas qu’un sein, elle, une, de Baños jusqu’à Linares, même Jaén s’abandonne... la nuit.
La nuit.
La nuit, on ne voit pas les toros. Sauf si la lune. Mais la lune n’est pas là. La nuit les toros se cachent. Que font-ils la nuit les toros ? Se battent-ils ? Regardent-ils s’alanguir la province de Jaén sous leurs sabots de rustres ? La nuit, on ne voit pas les toros et la lune n’est pas là.
Le jour non plus. En tout cas pas ici. Le jour non plus on ne voit pas les toros... chez Jacinto Ortega.
Ils sont par là. Ils sont loin a-t-il baragouiné en chargeant le fusil qui indiquait les collines touffues. Par là. Nous venions de le saluer. Il achevait de charger le fusil. Vous comprenez, la semaine dernière on cherchait un toro par là-bas (chez eux le "par là-bas" est extrêmement vague) et tout d’un coup il a surgi de derrière un arbre et a foncé sur le 4x4. Il a fini par monter dessus. Il voulait le détruire. Alors depuis, on part par là-bas avec un fusil. Je le charge et le mayoral va venir le récupérer. Il est à cheval le mayoral mais c’est mieux avec un fusil tout de même. Vous comprenez ?

Ici les barbelés sont l’horizon. C’est à croire en tout cas. Attendez-moi à la maison. Vous verrez c’est joli de là.
La maison est jaune et regarde par là-bas comme si elle cherchait les frontières de son monde mais l’horizon n’est pas une frontière. Les toros sont par là-bas. Un chien gentil se fout des frontières à l’ombre d’un muret.
Qu’est-ce que vous faites ici ? Qui êtes-vous ? Mal rasé, mal attifé, la mine hirsute, il doit être fou. Un pec cloîtré dans un monde sans limite, il a dû grandir ici, il devra y mourir. Le chien le suit. Sans attendre de réponse, il se poste, le chien le suit, l’œil hagard surveille les mamelons fleuris d’arbres et ce qu’il y a dessous. Les toros. Les toros ne se voient pas d’ici. Lui peut-être les voit. Il est fou. Il observe. Il reste là de longues minutes, le soleil dans la gueule, des mots que lui seul entend déforment son visage, le chien au pied, les toros par là-bas.
La maison est vide. Personne n’y vit plus. La vaisselle verte envahit les étagères. La poussière leur donne une dernière utilité. Le fer est gravé dessus. Un O sur un J ou un J sur un O. Jacinto Ortega.
Le mayoral est revenu. Le fusil n’a pas servi. Les toros sont par là-bas. Des restes de Veragua mélangés à d’autres bizarreries du campo de Jaén. Des bestioles invisibles sans frontière de sang surveillées par un fou du bout d’un fusil bien chargé. Et Jaén pour royaume...

>>> Retrouvez sur le site www.camposyruedos.com une galerie consacrée à la ganadería des Herederos de Jacinto Ortega Casado, rubrique CAMPOS.
>>> Pour en savoir plus sur les origines troubles de cet élevage, rendez-vous sur www.terredetoros.com.

Photographies Un toro de Jacinto Ortega par là-bas et la vue de la placita de tienta © Laurent Larrieu/Camposyruedos.com

24 juillet 2010

Aurelio Hernando


Quelques petites nouvelles d'Aurelio Hernando, l’ex-associé de Javier Gallego qui vient de faire sa présentation à Céret. Les Veragua d’Aurelio subissent la crise, comme tous, donc pas de corrida pour cette année où ses toros « tan bonitos » sont partis pour les rues de la région de Castellón. Il y aura tout de même une novillada qui sortira à Cercedilla le 11 septembre. Et une autre, moins charpentée, reste à vendre.

Et pour compléter les informations sur cette jeune ganadería vous pourrez vous référer à son tout nouveau site Internet : http://www.ganaderiaaureliohernando.com/.

08 mai 2008

Les anciens Veragua de don Tomás

En consultant le site Campos y Ruedos, dans la rubrique CAMPOS, vous pourrez découvrir une galerie consacrée aux anciens Veragua de Tomás Prieto de la Cal. Une devise chère au coeur des aficionados qui peuvent fonder quelques légitimes espoirs dans son renouveau au vu des prestations des toutes dernières années.
Les pensionnaires de "La Ruiza" fouleront le sable des arènes de Vic-Fezensac, Céret et La Brède ; autant d'occasions, il faut le souhaiter, de s'en rendre compte par nous-mêmes dans les ruedos français.
Après les élevages d'Aurelio Hernando et de Javier Gallego, et avant de conclure (momentanément, espérons-le) notre cycle Vázquez-Veragua par un dernier élevage, nous souhaitions partager avec vous ces quelques clichés des célèbres jaboneros. Nous y reviendrons bientôt.
Bonne visite.

>>> Retrouvez aussi la fiche de la ganadería sur Terre de toros.

Photographie Un Prieto au campo en avril 2008 © Camposyruedos

10 avril 2008

Feria de Abril 2008 - Campos


Bientôt sur Campos y Ruedos, les splendides Veragua de Prieto de la Cal, que l’on verra enfin fouler le sable des arènes françaises après de trop nombreuses années d’absence, en espérant qu’ils nous procureront beaucoup d’émotions, notamment lors du premier tiers ;

les Vázquez de Concha y Sierra, offrant à la vue leurs lourdes silhouettes au milieu de l’un des campos les plus splendides qui puisse nous être donné de voir, là-bas près de Huelva, et malgré le soleil implacable, dont certains exemplaires viendront enfin montrer le bout de leur corne ailleurs que dans les pueblos et les arènes de recorte ;

les Domecq-Osborne de Los Recitales (qui a dit que nous étions sectaires ?), qui viendront nous démontrer, pour ceux qui en doutaient encore, que les taureaux de cet encaste peuvent ressembler à autre chose qu’à des chèvres, et nous faire nous exclamer : « Tiens, ça ressemble à ça une corne de Domecq non aféitée ?! » ;

et plein d’autres surprises que vous retrouverez au fil des semaines à venir sur Campos y Ruedos et Terre de toros.

L’avantage de l’Andalousie c’est aussi cela : même s’il ne se passe rien dans le ruedo, il reste toujours le campo si proche et si envoûtant, qui s’offre à ceux qui ont le courage de se lever après les excès de la belle et tentatrice Séville.

Photographies Campos de Andalucía 2008 © Campos y Ruedos

13 mars 2008

De Prieto de la Cal à Aurelio Hernando


Pour alimenter le débat de la robe « desconocida » du torito de Prieto de la Cal, j’ajouterais qu’il est classique de voir chez les vaches d’encaste Veragua des taches similaires mais de moindre importance. Vous pouvez le constater sur la photo ci-contre d’une vache de Aurelio Hernando, élevage présenté ici même tout récemment. Les taches sombres y sont multiples avec une présence toute particulière sur le museau. Cette dernière étant classique dans cette vacada et sur toutes les variantes des jaboneros, même les plus clairs virant sur le blanc. Cette remarque peut être étendue à d’autres vacadas de caste Veragua, je pense notamment à Wenceslada de Paz, devenu propriété des Fraguas.

Pour conclure, Aurelio Hernando nous expliquait récemment qu’une fois mouillés, les pigments inférieurs de certains pelages clairs se foncent, virant parfois au rouge. Ainsi, lorsqu’il pleut, certaines bêtes changent totalement de couleur, donnant naissance à un curieux jabonero en rojo. Une autre particularité troublante des pelages Veragua.

21 février 2008

"Aleas, ni los veas"… Campos de Castilla (II)


A en juger par l’accoutrement de nos deux hôtes, mari et femme, sur le bord de cette route de Castille quelque part à portée de vue des tours de la Castellana, tous deux revêtus de leurs plus beaux atours et nonchalamment accoudés à la portière de leur tout-terrain rutilant, nous ne misions pas une peseta sur notre rencontre. Et pourtant...
Et pourtant, nous allions au devant de l’un de ces après-midis commencés de façon anodine et qui se transforment, sans que l’on s’en rende vraiment compte dans l’instant, trop accaparés par un présent intense et profond, en une histoire marquée au fer rouge, de celles dans le délice desquelles on peut replonger tout à loisir, une fois le recul suffisant acquis.
Lui, la gora de tweed vissée sur le cap, bottes d’équitation cirées de près, cinglé dans un pardessus que ne renierait pas un lord anglais à feue la chasse au renard ; elle, les traits fins, les yeux bleus, les cheveux délicatement retenus en arrière, vêtue d’une tenue à mi-chemin entre le vestido campero de bon aloi et l’habit de week-end de la gentry « OxBridge ». Rien là de désagréable, bien sûr, bien sûr. Seulement voilà, lorsque l’on vient de parcourir un nombre de kilomètres dont on a perdu depuis longtemps le compte, à la recherche d’élevages oubliés aux origines certes prestigieuses mais considérées aujourd’hui comme rustiques, il y a de quoi être surpris. Et pourtant...
Et pourtant, avec sa dégaine de madrilène upper class de passage sur ses terres avant le retour dans les bureaux feutrés d’un immeuble cossu que l’on croit pouvoir deviner, là, à quelques kilomètres à vol d’oiseau, il nous conduit, l’air enchanté, vers sont petit élevage composé d’une quarantaine de vaches de ventre. Des vaches donnant naissance à ces taureaux vazqueños dont la seule origine suffit à faire fuir les novilleros les plus modestes. Car notre éleveur, malgré les apparences décidément trompeuses, n’a pas le profil du señorito qui a voulu s’offrir sa danseuse, comme d’autres, vivant à Paris, se payeraient un haras. Non, c’est bien un homme du campo qui nous reçoit, et il suffit pour s’en convaincre de quelques paroles échangées, d’un peu de confiance mutuelle gagnée.
Aurelio Hernando ne vit pas de l’élevage de ses taureaux de combat. Il possède et dirige un centre d’équitation à Soto del Real, fait commerce d’étalons, et ne semble pas avoir à se plaindre de son activité. Il ne s’en plaint pas d’ailleurs. Seulement voilà, au lieu de se contenter de cette passion dévorante, il a fallu qu’il en contracte une autre. Aurelio Hernando est aficionado, aime passionnément l’élevage et le campo, et dispose de quelques liquidités. C’est donc tout naturellement, et néanmoins en toute irrationalité, qu’il décide d’élever ces jaboneros dont personne ne veut plus, et ce depuis belle lurette quand il se lance dans l’aventure. Mais Aurelio s’en fout ; c’est la passion qui le guide. Et passion et raison... Bref, il s’en fout. Et pourtant...
Et pourtant, il verrait bien ses Veragua fouler le sable de toutes les plazas, et ne snoberait pas celles d’outre-monts. C’est la première fois que des Français (autant dire des extraterrestres) lui rendaient visite. Alors, face au spectacle fascinant de ses taureaux blancs, il nous conte les heurs de son trésor historique, faits davantage de tentaderos encourageants que de lidias intégrales dans la glorieuse plaza de toros. Mais la ganadería est récente, et tous les espoirs sont donc encore permis malgré le caractère pour le moins hasardeux du pari. Aurelio Hernando fait sa présentation en 2004, à Soto del Real, à l’occasion d’une novillada sans picadors ; en 2007, on coupe la queue de l’un de ses protégés. Aurelio veut y croire. La simple contemplation de ses estampes, le matin, avant de rejoindre le centre équestre, pourrait suffire à son bonheur. Mais tout de même, quand on élève des toros, et que l’on croit deviner en eux la bravoure et la puissance qui font les grands tercios de piques, comment ne pas espérer ? Comment ne pas vouloir y croire ? Et pourtant...
Et pourtant, une fois passée l’exaltation de la découverte, une fois bues avec délectation les paroles du ganadero, une fois imaginés en rêve les combats épiques que ces torrents de caste pourraient, peut-être, déverser dans le ruedo, il faut revenir à la triste et morne réalité. Nous ne verrons sans doute jamais s’élancer fièrement face à la cavalerie les trésors que Don Hernando et sa jolie épouse couvent encore de leurs yeux, rieurs et plein d’espoir, au moment où nous les quittons. Malgré les promesses que leur gardien nous répète comme une litanie sans fin, ses taureaux et les chevaux, Aurelio pourra continuer de les admirer, mais peut-être pas tout de suite dans leur rencontre. A moins que...
A moins qu’un organisateur un peu romantique, dont la passion dépasserait pour une fois la raison, décide de les faire se rejoindre dans ses arènes. Pour que les taureaux d’Aurelio Hernando ne soient pas seulement ces images presque irréelles que seuls quelques aficionados un peu fous peuvent admirer dans la placidité champêtre d’un cercado castillan, avant qu’ils n’aillent finir leur vie « al matadero ». Abandonnés là, morts, froids et roides, dans l’ombre sordide et anonyme.
Avant de reprendre la route de Castille, nous jetons un dernier coup d’œil en direction de la placita de tienta, celle-là même qu’avait érigée José Aleas, à une autre époque, dans un autre monde. « Aleas, ni los veas ».
Ne jamais oublier, l’odeur des endroits où nous irons.

>>> Retrouvez les galeries de photos consacrées à l’élevage d’Aurelio Hernando sur Campos y Ruedos & la fiche de l’élevage sur Terre de toros.

14 février 2008

"Sugar baby"... Campos de Castilla (I)

Il a goûté de tout mais du bout des papilles, seulement, comme de loin.
-"Allez-y, resservez-vous" lui a-t-on dit, voyant qu'il apréciait ce qui s'offrait sur cette table de plaisirs simples plantée à deux pas de l'embarcadero. Il nous a confié être diabétique, qu'il devait faire attention même s'il adorait ce que nous avions apporté. Il aimait, il ne pouvait pas.
Clin d'oeil ou masochisme, Javier Gallego García élève des toros sucre de canne. Et l'Afición, diabétique à ses heures, en use avec parcimonie, du bout des papilles, seulement, comme de loin. Ça colle le diabète ces vieux machins de Veragua et les taurinos, après la chuleta d'un kilomètre "que viene con patatas" et le Bacardi-Limón, n'ont pas besoin de ça, en plus.
Juan Pedro Domecq de Villavicencio, délicatement, très délicatement, en déposa de fines gouttelettes dans son café La Corte puis détourna le ruisseau loin de lui comme effrayé d'une peste assassine pour un sang "bleu" aujourd'hui vendu "sin azúcar". Putain d'aspartame !
Le papy de Javier Gallego, Enrique García González, aimait le sucre et méprisait ses artères. Un suicidé au long cours pour ainsi dire. Quoique, acheter du Veragua de José Enrique Calderón via le Duc de Gandía y Osuna en 1951 n'avait pas un caractère aussi désespéré qu'il n'y paraît actuellement. Les toros jaboneros, petit-fillots de ceux de la lignée des Cristobal Colón, étaient encore des friandises pour certaines figuras qui s'en remuaient les globules rouges de devoir affronter ce sucre en cannes.
Javier Gallego, sérieux provocateur, a tout gardé du papy, instinct de survie et surtout d'afición. Il en faut un montón par litre de sang pour tenter de conserver en pureza le bétail de la casa. A croire qu'en lui se joue un combat gigantesque entre afición et glucose pour sauver ses toros sucre de canne. Tant qu'il sera en vie, eux seront là et le campo de Colmenar Viejo abritera de ses rocailles rondes et grises les cousins des musculeux Prieto. Javier Gallego était sûr de lui, aussi sûr qu'il savait qu'il ne reprendrait pas de rillettes. Nous l'avons cru, ses enfants également semblaient le croire...
En quittant l'anodin chemin de terre qui mène à la finca, on prend à gauche vers Soto del Real. Immédiatement sur la droite surgissent, peut-être du passé, les formes lourdes et anguleuses de chars d'assaut de l'armée espagnole. Ils sont exposés là, dans ce cimetière de ferraille bruyante, et, autour, pousse la vie d'une laide urbanización dans laquelle même des murs coulent les larmes de la monotonie d'une époque. Dans le creux des collines, deux traits noirs se débattent dans les volutes rosées d'un ciel urbain... Madrid est là, après, déjà ici.
Mais tant qu'il sera en vie, eux seront là, aussi... Il nous l'a dit.

>>> Retrouvez la galerie de photos sur Camposyruedos & la fiche de la ganadería sur Terre de toros.