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10 mai 2013

Toro rouge et haines noires


Les toros sont « racistes » !

Les mayorales et autres vaqueros en sont persuadés. Il n’y a chez les toros, évidemment, aucun fondement idéologico-culturo-religio-couillono-frontiste qui puisse expliquer cette tendance assurée à la discrimination. Néanmoins, il est souvent facile de constater dans les troupeaux un comportement peu amène à l’égard de certains congénères, comportement qui pourrait être classé en deux catégories : un racisme d’encaste, qui relèverait plus d’un communautarisme assez obtus, et un racisme de pelage, assez proche du bon vieux « t’as vu le bougnoul ? »

Pour étayer la démonstration, citons le cas des erales Veragua de Javier Gallego, qui ne supportent pas leurs confrères d’origine Las Ramblas (Domecq). Ils ne jouent jamais avec. Idem entre les Urcola et les Vega-Villar de la famille Galache. Même constat autrefois chez Zaballos entre les Saltillo et les Clairac.

Chez Cuadri, les toros marrons (castaños) sont rares. Il se raconte qu’à l’origine le fondateur de la ganadería, qui ne les aimait pas, tenta de les éliminer. Hélas — pour lui —, la génétique en a voulu autrement, et, depuis quelques années, la casa Cuadri présente de magnifiques — et souvent très « encastés » — toros castaños, en particulier à Madrid. Pour cette année 2013, un castaño seulement pourra défendre les couleurs de la devise. Il ronchonne dans le cercado du lot de Céret et déteste se faire photographier. Selon le mayoral, les autres le malmènent et font tout pour lui pourrir la vie pour la simple raison qu’il serait castaño, et que les autres n’ont pas l’habitude d’en voir. Et d’ajouter que, pour cette raison, la famille préférerait envoyer ce toro à Madrid plutôt qu’à Céret, où l’exiguïté des corrales risquerait de lui coûter la vie.

Longtemps a été répétée cette idée que le rouge comptait peu en tauromachie, car les toros ne le percevaient pas. C’est faux.
Les toros, comme la majorité des bovins, perçoivent des couleurs avec plus ou moins de définition. Des études très sérieuses ont montré que « la vision des couleurs pose une grande question dans le monde animal ; en effet, il est très difficile d’obtenir des informations exactes sur ce problème. Étant donné la pauvreté de la rétine des bovins en cônes, eux-seuls responsables des impressions chromatiques, nous pouvons concevoir une déficience de la vision des couleurs. Néanmoins, la simple présence des cônes prouve qu’ils distinguent les couleurs. […] Les résultats de toutes les expériences convergent. Ils indiquent que les bovins perçoivent et différencient correctement les couleurs de longueurs d’onde moyenne et longue, c’est-à-dire proche du rouge. En revanche, ils discernent mal les couleurs de faible longueur d’onde, c’est-à-dire proche du bleu. De plus, l’orange est souvent confondu avec le jaune*. »

Rien d’étonnant, à la lecture de ce court extrait, que le toro rouge chez Cuadri soit considéré comme un paria par tous les autres, uniformément noirs… À moins que les toros ne rejouent une pièce sombre de l’histoire nationale durant laquelle le rouge n’était pas en odeur de sainteté.

* Entre autres sources possibles, il convient de parcourir la thèse de pharmacie de Renaud Valette soutenue en mai 2002 à l’université Nancy I et intitulée « La vision chez les bovidés, cas particulier du taureau de combat ».


>>> Retrouvez, sous la rubrique « Campos » du site, une galerie consacrée aux toros de Cuadri prévus pour la San Isidro de Madrid 2013.

30 janvier 2013

Prieto à Aire


Si l’on en croit la revue Semana grande, n° 825 du lundi 28 janvier 2013, ainsi que certains édiles locaux qui s’investissent dans l’organisation des corridas à Aire-sur-l’Adour, l’année 2013 devrait apporter son lot d’aficíon sur les bords du «plus beau fleuve du monde».

En effet, un lot de Tomás Prieto de la Cal est annoncé, le dimanche 16 juin 2013, à Aire. C’est sincèrement une excellente nouvelle après la bonne course cinqueña sortie à Céret en septembre dernier. Les Veragua sont rares et les dernières apparitions de l’encaste ont eu lieu à Céret (Prieto de la Cal) et Orthez (Fernando Palha et Aurelio Hernando), et ont souvent laissé de bons, voire de très bons, souvenirs (Palha à Orthez).

La nouvelle de cette venue de Prieto de la Cal à Aire est corrélative d’une évolution perceptible depuis plusieurs années dans la cité aturine. Ainsi, il semble qu’une poignée de passionnés ait décidé d’avancer la jambe pour proposer des lots de toros dignes d’intéresser les aficionados a los toros. Le chemin, comme partout, est long, qui plus est à Aire, qui n’a jamais brillé par une politique taurine du long terme. Néanmoins, les courses des pensionnaires d’Hubert Yonnet, de Baltasar Ibán et de Charlotte Yonnet témoignent d’un changement dans le bon sens et vers plus de toro.

Il ne reste plus qu’à souhaiter que les Aturins portent leur choix sur les quelques magnifiques cinqueños, que nous avons pu admirer sur photo, qui attendent à «La Ruiza» ; et dans ces conditions, nous serons nombreux à espérer avec impatience leur entrée en piste le 16 juin. 

¡Enhorabuena Aire!


Photographie Un berrendo en melocotón (chose rare) de Prieto de la Cal photographié en 2011 © Laurent Larrieu

16 septembre 2012

Sables mouvants


Un jabonero de Prieto de la Cal — Céret, 15 septembre 2012 — JotaC

14 septembre 2012

Oreilles


Les Prieto de la Cal ont de drôles d'oreilles, à gauche en feuille de figuier, à droite en pointe de lance, mais elles sont bien accrochées… d'habitude.

Un jabonero de Prieto de la Cal — Céret, 14 septembre 2012 — JotaC


13 septembre 2012

Castaño tostao


Toro de Prieto de la Cal dans les corrals des arènes de Céret.
Un toro castaño peut-être pour Javier… Castaño, qui sait ?  En attendant la suite…

Prieto de la Cal — Céret, 13 septembre 2012 — JotaC   

17 octobre 2011

Le jabonero de Mariano (II)


Embarque © Albert de Juan 
Marqué au fer prestigieux de Don Félix Gómez, dont l'ancienneté remonte au 3 octobre 1831, le jabonero de Mariano est jabonero parce qu'il a hérité d'un des deux Núñez del Cuvillo que le ganadero Mariano Sanz Jiménez1 avait, il y a quelques années, laissés à ses vaches. Soit dit en passant, si vous vous étonnez de rencontrer des jaboneros chez Palha, vous avez là l'explication — en remplaçant toutefois Núñez del Cuvillo par Fuente Ymbro.
À l'instar des élevages Peñajara de Casta Jijona, Montalvo et Jara del Retamar, la ganadería D. Mariano Sanz Giménez (Linares, Jaén) figure parmi les plus dignes d'intérêt pour l'association Casta Jijona, qui, dans un campo génétiquement métissé, traque inlassablement toute bête présentant des caractéristiques morphologiques du « type » Jijón, aussi modestes soient-elles — ici un colorado encendido, là un aleonado, ailleurs un corniabierto, et cetera.

1 Même dans l'annuaire de l'UCTL ce nom commence parfois par un « J », parfois par un « G »...

À voir Le reportage d'Albert de Juan sur son blog, Passió i Tradició, où apparaît le déjà fameux jabonero de Mariano.

11 octobre 2011

Maigre consolation


Le caripintado de l'affiche en mars 2010 (novillo) © Laurent Larrieu
Le 12 mars 2010, entre Vila Franca de Xira et Porto Alto, après avoir traversé le Tage, tendu le bras par la portière pour indiquer son intention de tourner et effectué une visite obligée au cercado des sementales, Don Fernando Pereira Palha fonça vers ses novillos en s'excusant presque d'avoir accepté de nous les présenter à une période si peu favorable — fin de l'hiver et campo arrosé de trombes d'eau durant plusieurs jours. Il s'arrêta net et se tut, puis, de son français parfait aux charmants accents portugais, il nous confia avec des trémolos dans la voix qu'il avait reçu une proposition pour l'achat de sa camada de novillos ; celle que nous avions précisément sous les yeux et dont la beauté nous emplissait de joie. La perspective de la vente ne l'emballait pas outre mesure (euphémisme), son interlocuteur lui ayant confié que les cornes de ses novillos seraient pourvues de fundas le moment venu — je le revois comme si c'était hier s'adresser à nous non pas tant pour avoir un avis que pour être rassuré... Consolé.

Quelques semaines plus tard, Don Fernando vendit ses bêtes, parce qu'il faut bien vendre, pardi ! Elles atterrirent du côté d'Alfaro (La Rioja) dans un campo lunaire rempli de pierres et de poussière, soit l'exact contraire du paysage de leur finca d'origine. Acquis par l'empresa Toropasión, les premiers novillos devenus toros sortirent en recorte le 3 avril dernier à Castellón ; les autres, toujours en recorte, créeront l'événement dans les arènes de Saragosse demain mercredi 12 octobre en matinée. Que dire sinon qu'il est encore une fois regrettable de voir de si beaux bestiaux se rendre à des rendez-vous pour lesquels leur éleveur ne les a pas destinés, puisque personne, tant en France qu'en Espagne, n'aura fait le choix de les proposer en corrida. Quand, temporada après temporada, l'aficionado a los toros doit subir l'indigence de neuf programmations sur dix, la rage le gagne... Le 12 mars 2010, au Portugal, Don Fernando de Castro Van Zeller Pereira Palha nous montra son musée et le bureau, le rosier de Maria et ses animaux. Il nous ouvrit son cœur, aussi.

03 octobre 2010

Foire d'automne à Madrid


Ce samedi 2 octobre, 'Fumador' s'invita à la « corrida del arte » de Torrealta. Corralero depuis un bon bout de temps, il en savait beaucoup trop — par les portes entrebâillées et autres bruits de couloir. Cuajado, il pesait 580 kilos et il les portait bien — comme son toupillon fourni. Il avait une allure furieusement inquiétante avec ses yeux de perdrix et son regard de braise, son museau baveux rosé-blanchi et son morrillo saigné, ses oreilles entières et en alerte, son armure dirigée vers l'arrière et couleur caramel. Il était rouge, colorado, mais d'un rouge intense et brillant, de feu... ¡Batacazo! Marqué du guarismo cinq, 'Fumador' avait l'âge de son numéro moins un mois, et un tío de six ans, même de Martín Lorca, ça impressionne.

J'aime la Feria de Otoño madrilène car elle réserve toujours son lot de surprises et d'étrangetés : ce sobrero de quasiment six ans donc, le capirote et ce « faux girón » de Pereda, le jabonero sucio de Torrealta, ces deux utreros adelantados du Puerto de San Lorenzo (guarismo 7, nés en septembre 2006) dont l'un sortira avec ses boucles d'identification (!), ou bien encore l'écart de poids plus que conséquent (139 kilos) entre le second de ces jeunots (649 kilos !) et un de ses frères aînés (510 kilos)... Sans parler d'un Juan Mora qui aurait toréé par naturelles (pléonasme ou redondance, à vous de choisir) avec l'instrument ayant servi à faire rouler sur le sable la bête d'un coup d'estoc loyal et efficace. Et d'aucuns de titrer : « El toreo es grandeza ». J'aurais aimé voir ça.

Images 'Fumador' © Juan 'Manon' Pelegrín pour Las-Ventas.com (y compris les liens ci-dessus).

01 octobre 2010

Capirote, entre autres


Novillo ensabanado, capirote en castaño, alunarado, mosqueado, ojalado, bocidorado et botinero.

Ensabanado (pelage blanc), capirote en castaño (pelage de la tête de couleur châtain, mélange de poils rouges et noirs), alunarado (présence de taches rondes plus ou moins grandes), mosqueado (présence de petites taches aux contours imprécis), ojalado (halo clair autour de l'œil, à ne pas confondre avec le ojo de perdiz valable uniquement pour les bêtes coloradas), bocidorado (museau entouré d'un halo de poils « dorés », et non blancs) et botinero (extrémités des pattes d'une couleur différente du reste du corps).

Subtilité À noter que le qualificatif de berrendo en castaño serait, dans le cas présent et à en croire les spécialistes, impropre vu la couleur a priori non intégralement blanche de la queue (cf. dernière photo de la série du lien proposé ci-dessous). Qu'il soit remendado, aparejado ou capirote, le berrendo est coliblanco. Précision Après être tombé sur une photo montrant une queue plus sale que blanche, mais blanche quand même, je continue toutefois de pencher pour ensabanado capirote en castaño étant donné le faible nombre et la petitesse des taches (à l'exception de celles de la croupe — aux contours trop irréguliers — et, bien entendu, de la tête).

>>> Adolfo Rodríguez Montesinos, Pelajes y Encornaduras del Toro de Lidia, Co-édition Consejo General de Colegios Veterinarios de España (Madrid) et Ibercaja (Zaragoza), 1994.

Image 'Maravillo' (...), sixième novillo de José Luis Pereda combattu hier à Las Ventas © Juan 'Manon' Pelegrín (en cliquant sur ce lien vous profiterez d'autres vues). Merci Juan !

27 septembre 2010

« Extra-large »



Depuis le temps que l'armada Nikon de Campos y Ruedos lui réclamait la possibilité d'afficher en grand, voire en très grand format, ses clichés sans devoir systématiquement passer par Flickr, Blogger s'est enfin exécuté en proposant une nouvelle interface utilisateur pour la mise en forme des posts en vue de leur publication. Bon, O.K., ça ne s'est pas réellement passé comme cela — à dire vrai nous ne savons rien du pourquoi de ce changement —, mais nous ne comptons pas nous gêner pour vous en faire profiter...

Après le Miura du 24 septembre dernier saisi lors de sa toilette, ce Domecq cornalón se ménageant un moment de détente méritait bien un affichage « extra-large ».

Image Un colorado ojo de perdiz bocidorado astiacaramelado dans les Corrales del Gas de Pamplona © Laurent Larrieu/Campos y Ruedos

14 juillet 2010

Le capucino n'est pas un café


Retour de Céret.
Direction le Pelajes y Encornaduras del Toro de Lidia de notre ami Adolfo Rodríguez Montesinos pour tenter d’en savoir un peu plus sur le pelage de l’Escolar Gil qui a clôturé la féria.
J’ai interrogé le mayoral qui n’avait pas grande idée sur la question. Il m’a seulement répondu : « On dit qu’il est gris... »
Bon, jusque-là...
Il est gris, ça c’est certain. Mais gris, gris... d’accord ! Mais la tête, et cette traînée noire ?

Le mayoral me précise que le toro est né tout noir, puis a changé. On pense alors à un problème de dépigmentation, pas forcément à un pelage en tant que tel.
Mais on cherche tout de même, pour le plaisir. Et on apprend que l’on trouve des toros capirotes même chez les cárdenos claros ce qui ne doit pas courir les rues tout de même, ou plutôt le campo. Le cárdeno claro capirote est donc un toro gris clair avec une tête plus foncée.

Dans la foulée, Adolfo évoque le capuchino, un cas spécial de capirote chez lequel la tache obscure de la tête se prolonge en forme de pic vers l’arrière, donnant l’impression qu’il s’agit d’une capuche. Il semblerait que la chose soit extrêmement rare. Dans le cas présent, le prolongement de la tache noire ferait plutôt penser à du listón qu’à une capuche, sauf que ça ne fonctionne pas non plus. Ou alors il s'agit d'un capuchino tendance pénitent andalou...


Le listón est un toro qui présente sur le haut du dos et sur tout son long, jusqu’à la queue, une fine bande de couleur différente du reste du pelage, laquelle bande peut apparaître soit comme une décoloration, soit comme une intensification du pelage de base.
Dans le cas présent l’Escolar pose deux problèmes : l’épaisseur de la bande qui n’a rien d’étroit et le fait qu’elle soit très courte, même s’il existe des listón cortado ou listón interrumpido qui sont évidemment rarissimes, sinon ce ne serait pas amusant. Les débats sont ouverts, mais j'ai bien peur que ce pelage n'existe pas.

Petite parenthèse concernant le pelage du toro de Yonnet qui sera combattu à Vic-Fezensac. Ce toro présentant des poils noirs, blancs et rouges, il ne fait guère de doute à mes yeux qu’il est sardo, même si les poils rouges sont peu nombreux...

20 juin 2010

Et pourtant ils sont beaux (II)


Dans le jargon taurin, l'expression « aller chez le coiffeur » concerne habituellement l'animal suspecté d'avoir été aféité, ou arréglé ce qui revient grosso modo au même. Chez Partido de Resina, outre le fait que la pose des fundas soit monnaie courante, l'expression citée ci-dessus ne revêt aucun caractère métaphorique : les novillos de Partido de Resina vont chez le coiffeur se refaire une beauté capillaire, comme vous et moi. Enfin, surtout comme vous parce que moi, le coiffeur, bref... Le jeune Partido de Resina n'est pas à proprement parler ce qu'on pourrait appeler un jeune « dans le coup ». Sont-ce ses lointaines origines chrétiennes qui le poussent, génération après génération, à opter pour cette frange* si chère aux moines ? Possible... À défaut d'être « heureuse » et du goût des aînés Gallardo, d'où son extrême rareté au sein de la cabaña brava, cette coupe porte un nom : meleno.

* Droite ou avec un petit effet de vague (cf. photo).

Image Fréquente chez le colorado, le salinero, le melocotón ou le jabonero, la dépigmentation (partielle ici) du museau n'est peut-être pas sans rapport avec la tache blanche de la tête, et/ou vice-versa. Novillo cárdeno oscuro chorreado bragado corrido careto gargantillo rebarbo et meleno © Laurent Larrieu/Camposyruedos.com

19 novembre 2009

Toro estrellado


Le 18 octobre dernier à Las Ventas, les quelques aficionados qui, en désespoir de cause ?, s’infligèrent une novillada pour le moins accidentée* de Mercedes Figueroa (!), eurent tout de même la chance — et c’était moins une après le renvoi de l’ultime novillo avant la tombée du rideau sur la temporada — d’apprécier la présence rarissime d’un toro estrellado scintillant dans l’antre madrilène...

Dans le cercle fermé des toros possédant une tache blanche sur le front :
● le lucero (étoile) l’a relativement imposante et en forme de triangle (la base en haut) ;
● le facado (en référence à la lame d’un grand couteau, faca en esp.) l'exhibe sous l’aspect d’une « barrette » horizontale ;
● l’estrellado (étoilé) l’affiche plus modeste que son cousin lucero et, détail important, avec des contours fort irréguliers.

Attirer le regard pour le faire glisser jusqu’aux yeux de la bête qui l’a d’autant plus sérieux : là résiderait le pouvoir mystérieux de l’étoile...

* Quatre novillos du fer titulaire, deux de Pablo Mayoral pour compléter le lot, et la sortie de deux sobreros, l’un d’Hato Blanco, l’autre de José María Escobar.

Image ‘Caleño’, novillo negro entrepelado bragado meano estrellado rebarbo du fer santacolomeño des Héritiers de José María Escobar © Juan ‘Manon’ Pelegrín pour Las-ventas.com.

09 septembre 2009

Toro de Yonnet


Ce superbe n° 567, choisi par Hubert Yonnet pour représenter son illustre fer à la corrida concours d’Arles, je savais pouvoir le retrouver au campo, dans les marais, capté par l’objectif (japonais) intrigué et pourtant familier de Solysombra. Détonnant sur les terres humides de La Bélugue, son pelage enrichit de fort belle manière la palette chromatique des toros appelés à combattre, ce vendredi, dans l’amphithéâtre : trois negros, un jabonero, un cárdeno et un... un de la couleur des salins (de Giraud) qui aurait mis ses chaussettes à l’envers, peint ses lèvres de noir puis enfilé une cagoule à visière (?) et qui aurait passé sa vie à promener sur ses épaules une (très) fidèle colonie de mouches près des rives du Fangassier...

Entre Crau et Méditerranée. Entre Beauduc et Le Paradis. Dans les bras du Rhône.

Image 'Blanquet', toro ensabanado capirote mosqueado lucero bocinegro et botinero © Camposyruedos

27 mai 2009

No sólo castaño


Occupé à rentrer des données pour un site ami, je suis tombé en arrêt sur un pelage, etc.
Non, en fait ce n’est pas vraiment le pelage castaño qui m’intrigua de prime abord mais une tête, une tête sérieuse ; plus exactement le regard mystérieux qui en sortait. Une tête avec deux taches claires parfaitement symétriques à la place des yeux : « 'Opresor', le toro qui n’avait pas d’yeux ! ». Brrr !!! Afin de saisir toute la subtilité du propos, on clique sur le lien1.
Ne cherchez pas, 'Opresor' de Guadaira n’était ni llorón (tache claire sous l’œil pareille à une larme) ni zarco (tache blanche dans l’œil) ni ojalado (auréole décolorée entourant l’œil) ni « bien évidemment » ojo de perdiz (particularité rattachée au seul pelage colorado)... Et il avait des yeux !
Bien, maintenant vous savez ce que l’on va faire ? Non, vous ne savez pas, alors je vais vous le dire. Nous allons soumettre ce cas exceptionnel à la sagacité de, de... d’Adolfo Rodríguez Montesinos ! En attendant — nous vous tiendrons au courant —, comme nous nous permettons à peu près tout à Campos y Ruedos, je me suis permis de qualifier 'Opresor' de cejado2.
— Si cela te fait plaisir...
— Ben ouais, ça m’fait plaisir.

Bon, ceci dit, l’empresa Taurodelta jouant la carte de l’économie... même en ce qui concerne les reseñas des toros, 'Opresor' était ni plus ni moins annoncé castaño. Et c’est vrai qu’il l’était, mais pas seulement. Il était aussi bociblanco (plus clair que bocidorado) ET carifosco.
Selon l’incontournable Adolfo3 est carifosco « le toro de n’importe quelle robe présentant en abondance des poils frisés sur la tête et le front4 [...] contribuant à doter ces exemplaires d’un air fier et sérieux. Cette particularité influence de manière positive leur trapío. Anciennement, les toros carifoscos étaient dénommés foscos ou de cara seria. » Sérieux de tête donc, et à voir 'Opresor' on comprend mieux pourquoi...

1 'Opresor', castaño carifosco et bociblanco. Avouez qu’il y avait de quoi être intrigué...
2 De ceja qui signifie sourcil. Ah, ils ne sont pas là les sourcils ? Tant pis, ça sonne bien cejado...
3 In Pelajes y Encornaduras del Toro de Lidia, Co-édition Consejo General de Colegios Veterinarios de España (Madrid) et Ibercaja (Zaragoza), 1994.
4 Est astracanado le toro présentant un morrillo et un cou frisés.

Rappel Retrouvez El Batacazo & l’élevage de Guadaira en lisant
Le campo aux mille drôles et en visitant la galerie.

Image Le 25 mai dernier à Las Ventas, 'Opresor' qui, quelques minutes avant d’être ovationné à l’arrastre, n’entendait pas (ou ne voulait pas entendre) Manon lui demandant d’arrêter de bouger deux secondes ! Sur cette photo, 'Opresor' me donne l’impression d’avoir un groin (caricerdo ?!) © Juan 'Manon' Pelegrín. ¡Gracias Juan!

18 mai 2009

Cárdeno chorreado


Occupé à rentrer des données pour un site ami, je suis tombé en arrêt sur un pelage, etc. Bon, n’allez pas vous imaginer non plus que je passe mon temps à vérifier, corriger ou compléter toutes les reseñas des toros combattus à Las Ventas.

À dire vrai, j’attendais avec quelque impatience la course de José Escolar lidiée ce samedi à Madrid afin de pouvoir éventuellement rencontrer un détail que j’avais déjà eu l’occasion de repérer sur le moreno silva de la « concours » madrilène du 30 avril dernier. D’après Adolfo Rodríguez Montesinos1, « quand l’accident chorreado apparaît sur un pelage cárdeno », il se présente sous la forme d’« un trait très fin et d’un noir intense qui tend à passer inaperçu à l’heure de réaliser la reseña. »

Et en effet, il convenait de regarder avec beaucoup d’attention certains toros d’Escolar pour distinguer sur leurs flancs ces traits propres aux chorreados en verdugo. Avec d’autant plus d’attention que les pelages cárdenos, « dans n’importe quel cas, absorbent la totalité des ondes lumineuses par l’intermédiaire de leurs poils noirs et les réfléchissent totalement par l’intermédiaire des blancs. » Ce qui, en fonction du lieu, du moment de la journée, de la position, que sais-je encore ?, peut modifier sensiblement l’aspect du pelage et rendre compliqué le choix entre le cárdeno oscuro, le cárdeno claro et le cárdeno tout court ; sans compter les éventuels accidents du type chorreado et autres particularités qui ne manquent pas. Du coup, n’ayant rien trouvé de franchement probant à vous montrer chez José Escolar, je me suis rabattu sur ‘Artesano’ de Moreno Silva qui, lui, les affichaient fièrement ces fameux traits fins d’un noir intense...

Alors pourquoi cet accident n’apparaît-il jamais dans la reseña des cárdenos ? Sans doute parce que si discret il ne mérite pas d’être mentionné ? Ou parce que « chorreado en verdugo » c’est comme « ça dépend » ?, ça dépasse... Si ça dépasse, on pourra éliminer « en verdugo », dans la mesure où l’autre chorreado, le morcillo (dégradation pigmentaire), concerne principalement les sujets negros et tostados. Le verdugo (« intensification pigmentaire de la couleur de base du pelage » — le noir chez les cárdenos) s’appliquant à tous les autres, hormis bien évidemment les toros noirs.

Non, en fait si, contrairement à ‘Bullanguero’2 et ‘Lagunero’ (photo du bas), ‘Artesano’ et certains toros d’Escolar n’étaient pas chorreados, c’est pour la simple et bonne raison que leurs fines bandes noires, si elles couvraient le ventre, ne partaient pas de l’épine dorsale3 — condition indispensable pour recevoir le qualificatif de chorreado, à en croire Adolfo. Ceci dit, pas plus ‘Lagunero’ que ‘Bullanguero’ n’avaient été en leur temps définis comme cárdeno chorreado...

1 Adolfo Rodríguez Montesinos, Pelajes y Encornaduras del Toro de Lidia, Co-édition Consejo General de Colegios Veterinarios de España (Madrid) et Ibercaja (Zaragoza), 1994. Toutes les citations entre guillemets en sont issues.
2 Le 6 septembre 2008, ‘Bullanguero’, novillo cárdeno chorreado (en verdugo) algo gargantillo bragado et axiblanco de Partido de Resina (© Juan Pelegrín).
3 Ou ne remontaient pas assez haut pour l’atteindre.

En plus Puisque je vous ai parlé de la course d'Escolar, j’en profite pour vous diriger vers l’iconoclaste et mystérieux ‘Sol y Moscas’ qui rend un hommage décalé des plus salutaire à ‘Cerillero’.

Images © Juan ‘Manon’ Pelegrín pour las-ventas.com / Le 19 avril dernier, ‘Artesano’, toro cárdeno oscuro meano caribello (?) de José Joaquín Moreno Silva ● Le 10 août 2008, ‘Lagunero’, toro cárdeno chorreado (en verdugo) bragado corrido de Araúz de Robles.

23 mars 2009

Noir mais pas seulement


Occupé à rentrer des données pour un site ami, je suis tombé en arrêt sur un pelage, ou tout au moins une particularité, qu’il n’est pas si fréquent de rencontrer. ‘Tiradoro’, novillo de Juan Pérez Tabernero d’encaste Atanasio Fernández et combattu dimanche dernier à Madrid, ‘Tiradoro’ donc affichait une reseña à rendre jaloux 99,19 % de ses compères de la cabaña brava ! Il était officiellement « negro bragado corrido gargantillo girón coletero lucero ». Rien que ça.

Issue de gargantilla (collier), l’appellation gargantillo concerne, selon Adolfo Rodríguez Montesinos, seulement 0,81 % des bravos, ceux-là arborant « une tache blanche, nette ou constituée d’une multitude de petites faisant l’effet d’éclaboussures (salpicaduras en espagnol), située dans la partie inférieure du cou et qui le remonte sans aller jusqu’à l’entourer complètement, simulant ainsi une espèce de collerette ou de collier. »1

En plus d’avoir été, entre autres, negro et gargantillo, ‘Tiradoro’ aurait été girón. Toujours d’après Montesinos, le girón (ou jirón) « présente sur le fond de son pelage plus ou moins foncé une — ou plusieurs — tache blanche irrégulière, qui va généralement des flancs au grasset2, bien qu’elle puisse se situer à n’importe quel autre endroit du corps, à l’exception de la tête, du ventre et des extrémités, auquel cas la reseña sera enrichie des dénominations correspondantes. » Quand notre auteur, au sujet du salpicado cette fois-ci et après avoir précisé qu’il s’agissait d'un « toro au pelage foncé qui présente des taches blanches, petites et grandes, de formes irrégulières et qui ressemblent à des éclaboussures, lesdites taches se situant de préférence sur la partie postérieure et inférieure du corps de l’animal », poursuit en affirmant que le port du « collier » constitue l’accident le plus fréquent chez le toro « éclaboussé », tandis que le qualificatif gargantillo va (presque) systématiquement de pair avec celui de salpicado, il finit de vous convaincre que peut-être ‘Tiradoro’ aurait pu être salpicado ! Et si quelques-unes de ces petites taches apparaissent sur la partie supérieure du corps, c’est précisément parce qu’il s’agit d’éclaboussures...

Negro salpicado3 et gargantillo mais également coletero ! Là, si je peux me permettre, il y a erreur. Comme l’extrémité de sa queue ne comportait que quelques poils blancs, ‘Tiradoro’ était rebarbo. Et lucero !? Oui, il l’était et pour un atanasio c’est plus que rare, c’est très très rare voire très très très rare pour ne pas dire irréel. Sans compter qu’avec ses poils blancs (toro caribello ?), ‘Tiradoro’ possédait une bonne tronche de santacoloma... et constituait un parfait modèle de toro corniapretado.

Enfin — et parce qu’il faut bien conclure — ‘Tiradoro’ était officieusement negro salpicado gargantillo bragado corrido lucero et rebarbo.

1 Adolfo Rodríguez Montesinos, Pelajes y Encornaduras del Toro de Lidia, Co-édition Consejo General de Colegios Veterinarios de España (Madrid) et Ibercaja (Zaragoza), 1994.
2 « Région du membre postérieur du bœuf, du cheval, comprenant la rotule et les parties molles environnantes. » Le Petit Robert.
3 Et non burraco vu la faible quantité d’éclaboussures.

Images 'Tiradoro' dans les corrals de Las Ventas le 23 mars 2009 ● 'Mete-Pata' de Guardiola Fantoni, toro negro girón lucero. Où l’on voit clairement que la tache blanche, au contour irrégulier, est relativement importante et nette, uniforme. Sans éclaboussures... © Manon