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23 septembre 2013

‘Santanero’


‘Santanero’, de l’élevage El Solivo (pure caste Navarra), propriété de Juan Bautista Giménez Martín et marqué du numéro 76, sortira dans le quartier Carbonaire de la Vall d’Uixó à la mi-octobre.

Félicitations à la peña Victorino, de la Vall d’Uixó, pour son acquisition et pour apporter de la variété dans nos rues. ¡Suerte ganadero!

05 février 2013

Les toros de Goya


Juan est désolé. En ce samedi de fin septembre, il n’y a plus grand-chose à voir. Quelques cuatreños ont été lidiés dans des villages de Castellón ; les autres sont partis à l’abattoir approvisionner la boucherie familiale. Et pour compliquer la visite, des trombes d’eau s’abattent sur la région de Valence depuis la veille au soir. Afin de nous mettre quelque chose sous la dent, notre hôte a réussi à séparer quelques vaches et leurs rejetons, qui pataugent dans la boue de leur enclos. Ils semblent nous implorer de les relâcher pour rejoindre les flancs de la montagne où ils pourront mettre leurs sabots au sec.

La visite ne fut pas vaine. Bien au contraire. Juan Bautista Giménez Martín n’est pas avare de son temps et, durant quelques heures, il nous raconta l’aventure de sa famille en nous abreuvant d’afición et de sa passion pour la casta Navarra. Il y a plus de trente ans, son père tombe amoureux des petits toros de Navarre et ramène dans le Levant un troupeau de José Nogué pure casta Navarra pour démarrer une véritable aventure. Diminué par la maladie, son jeune fils reprend le flambeau et installe l’élevage dans les montagnes de La Vall d’Uixó*. Juan nous raconte que, pendant des années, il a dû tout faire tout seul : chaque mur il a dû monter, chaque porte il a dû poser ; les poteaux et les traverses de voie ferrée, il les a tous portés sur ses épaules. Tout ce que notre regard embrasse il l’a fait de ses mains, qu’il nous montre grandes ouvertes comme une preuve de son sacrifice. Son élevage, c’est sa vie, et la seule chose qu’il demande en retour est de pouvoir le poursuivre. Mais les temps sont durs. Juan a du caractère et les idées claires, et il y a des chemins qu’il refuse d’emprunter. Ses vaches ne fouleront jamais les places des villages en «location», comme le font les autres éleveurs du Levant. Pour ses toros, il réclame la même place que l’on réserve aux fers de prestige. Une petite place dans les rues : un minimum pour pouvoir continuer.



À pas de loup, nous nous approchons d’un enclos et distinguons trois erales. Deux d’entre eux se chamaillent, entremêlant leurs cornes et mesurant leurs forces respectives. À sentir notre présence, les hostilités stoppent et les regards convergent vers nous. Juan soupire. L’été a été terrible. Les toros n’ont pas cessé de se battre et les pertes ont été nombreuses. C’est une caractéristique de cet encaste, nous explique-t-il. La montagne est pourtant grande, et le terrain propice à se cacher et à se faire oublier, mais, rien à faire, ses toros aiment la castagne jusqu’à ce que mort s’en suive.

Nous reprenons le petit chemin vers un autre cercado : le pensionnat pour toro blessé, la résidence définitive des vaincus ayant échappé à la mort promise sous la corne de leurs frères. En réalité, au bout de ce chemin, ce sont les toros de Goya qui nous attendent. Un castaño et un negro sortis d’un autre siècle, comme peints par l’artiste aragonais sur la montagne, ou expulsés des gravues de La Tauromaquia ou des lithographies des Toros de Burdeos. Des petits toros roux au regard de feu. Des toros bas, courts et musculeux, au poitrail large et profond, carifoscos, aux cornes courtes et veletas pour certains, terriblement fines et astifinas. Mais le plus terrifiant, ce sont leurs yeux : grands, saillants et vifs, où brûle le feu de mille enfers. Au dire de l’éleveur, ses toros sont nobles ; et il nous invite à pénétrer dans l’enclos pour mieux les admirer. Niet, pas question ! On est très bien derrière le muret et à l’abri — incertain — de cette petite porte en bois dont les gonds ne manqueraient pas de sauter sous la pichenette d’un de ces monstres. D’ailleurs, les deux soldats immobiles ne nous perdent pas du regard, le morrillo gonflé, les muscles tendus. Ils n’ont pas besoin d’une déclaration pour engager la guerre. Hiroshima, ce sont eux ; ça couve, ça mijote, un geste brusque et ce sera l’hallali.

Nous enterrons rapidement la hache de guerre et redescendons le chemin, conscients que, dans ce morceau de montagne, se cache un véritable petit trésor, une pépite génétique. Juan aussi le sait, lui qui ne cesse de repousser les assauts des intéressés, originaires du nord de l’Espagne et à la recherche de la source et de l’authenticité de cet encaste. Les toros ne sont pas à vendre. Les rêves, la sueur et les sacrifices ne se marchandent pas. Si un jour il n’est plus possible de continuer, si personne ne veut acheter ses petits toros roux pour les lâcher dans les villages de Castellón, ils termineront irrémédiablement sur l’étal de la boucherie. Le temps de la discussion, nous arrivons à la placita de tienta. Point de torero pour fouler le sable ; les vaches, Juan les «tiente» seul avec quelques amis tant que leur jeune âge le permet. Ici, le toreo bonito n’existe pas ; il faut dominer l’animal et jouer des jambes. Certaines se laissent faire tandis que d’autres sautent par-dessus le capote. Et lorsqu’on lui demande quelles vaches il préfère, il se fend d’un sourire et déclare choisir clairement les plus féroces et les moins dociles. 

Poignées de main, remerciements et promesses de revenir aux beaux jours ; quand notre voiture descend la montagne pour rejoindre les quartiers de La Vall d’Uixó, je repense aux toros de Goya et imagine un instant la fureur et la caste d’antan dans un village perdu de l’intérieur de Castellón. On y sera.


* En valencien (Vall de Uxó en castillan).

11 mars 2011

¡De casta Navarra!


Pour Richard,

Il n’y a pas de campo bravo. Il y a des campos bravos. Le pluriel est essentiel. La Navarre est brava mais en marge. Elle est un campo bravo parmi d’autres plus communs, plus connus, plus propices aux rêveries. Le campo navarrais ressemble aux vaches qui lui trottent dessus. Il est couleur terre, il est âpre et il ne s’embarrasse pas de détails superflus. Ici, point d’encinas centenaires, le violet n’est pas inscrit dans le cahier des charges des lieux et Monet n’est qu’un peintre de livre d’art.
Miguel Reta vit dans ce campo et de ce campo. Il élève des vaches d’origine navarraise dans un pueblecito (Grocin) embrassé par la culture du blé. Au loin les contreforts pyrénéens tracent une douce ligne bleue.
Miguel Reta s’est servi un tinto de verano et s’est assis face à nous. Dehors il fait chaud, dedans les mouches s’activent. Miguel Reta a quelque chose de doux dans le visage et dans le verbe. Les mots sont pesés et les phrases distillées avec la même lenteur qu’il met à avaler les gorgées rafraîchissantes de son verre. Oui, il est en train de tienter une partie de ses vaches navarraises dans l’espoir de redonner à cette caste une place dans la tauromachie à pied. Donner un masculin à ce féminin qui ne connaît que le tumulte des rues et le pavé. Il se tait et se tourne vers la porte d’entrée ouverte sur le paysage de blé. Il y arrivera. Il mettra le temps car tout cela demande beaucoup de temps. Alors il tiente. Il essaye. Il sélectionne. Il boit une nouvelle gorgée du bout des lèvres. Il nous regarde à nouveau. Il pique. Il envoie au matadero. Victorino Martín hijo lui donne des conseils. Ça l’aide bien, avoue-t-il. Il construit un futur sur cette terre sans fioriture.
En attendant, pour un millier d’euros, une dizaine de vaches attendent d’aller battre le pavé dans un pueblecito égaré sur un rocher de la Navarre. Ce sont elles qui nourrissent le rêve au masculin et qui permettent de perdre son regard dans le paysage de blé derrière la porte d’entrée entrouverte. La Navarre est une fête.

>>> Retrouvez une galerie consacrée à la ganadería (désormais inscrite à l'UCTL) de Miguel Reta sur www.camposyruedos.com, rubrique CAMPOS.

Photographie Détail d'une vache de Miguel Reta © Laurent Larrieu

16 janvier 2011

Navarra(rissime)


Les occasions de regretter la disparition de ganaderías, ou de se lamenter sur le déclin d'autres, ou de rappeler les fortes menaces d'extinction pesant sur certains encastes (et castes) sont actuellement trop fréquentes pour ne pas évoquer l'intégration — une exception — de la caste Navarra au sein de l'hégémonique et conservatrice UCTL. Miguel Reta, ganadero navarro y pastor sanferminero, s'est récemment porté acquéreur du fer1 des frères Peralta, qui ne recouvrait plus d'animaux depuis 2005 après un sacrifice complet pour cause de tuberculose, en le rebaptisant Reta de Casta Navarra. Fin connaisseur des navarrais2, Reta tiente avec pour objectif de voir un jour prochain ses toros roux défier de leur caste picadors, banderilleros et matadors, tout en espérant pouvoir compter, en dehors de la seule reconnaissance et le moment venu, sur les appuis de la Unión — à peu près aussi forts que sont faibles la plupart des bêtes arborant le U.

Oui, par les temps qui courent, entendre rimer casta Navarra avec corrida n'est pas pour nous déplaire — pas vrai les gars ?

1 Le W couronné de Viento Verde, cela ne vous rappelle rien ? Abattage décidé par les services vétérinaires français puisque le bétail paissait dans l'Indre (36).
2 Il a notamment participé à l'ouvrage Cuatro siglos de casta Navarra.

Image Toupillon navarrais chez Miguel Reta © Laurent Larrieu

12 décembre 2007

Casta Navarra


En complément des liens fournis par Laurent dans son article ci-dessous consacré à l'élevage de Aranda, vous pouvez également consulter le site de l'association culturelle "Amigos de la Casta Navarra".

09 décembre 2007

"Loin des ruedos..." Ganadería El Ruedo


On a du campo bravo, comme de tout ce dont on rêve en hiver et plus tard, une image idéalisée. De garrochistas lancinants fuyant loin le regard en toros sapés de violettes, d’alcornoques toqués de vent en encinas centenaires, la tête est pleine d’un voyage qui déteste l’attente. On a du campo bravo ce sentiment que l’Espagne est un infini où l’on chercherait les toros de l’oeil, du tympan, de la peau. Quand on en rêve, le campo bravo, ça parle comme Gabin disait la Chine à Bebel dans un « Singe en hiver ». Ça en jette, c’est bat ! Et puis au campo, ben y’a les toros, on y va pour eux et c’est d’eux qu’on rêve, en hiver, plus tard. Et le campo sans les toros... c’est « une paella sans coquillage, un gigot sans ail, un escroc sans rosette : quelque chose qui déplaît à Dieu ! ». Ça existe ça, le campo sans les toros ? Oui ma mie, et pas loin même (de chez moi en tout cas), quelque part le long d’un fleuve qui n’est pas le Yang-Tsé-Kiang et qui traverse pépère l’austère buste de l’Ibérie. Sur les cartes et dans les têtes géographes, ça s’appelle la Ribera del Ebro. En vérité, il ne s’agit rien moins que d’un monde sur lequel règnent de courtes amazones aux cornes torturées. Une légende réelle version bovine. Y’a que des vaches ici, petites comme leur enclos, rouges comme une terre mouillée, entassées ; des cailloux les occupent.
Les descriptions morphologiques des toros de combat que l’on trouve dans de nombreux ouvrages évoquent souvent les caractéristiques du regard. On peut y lire que tel encaste a un regard vif, provocateur. C’est difficile de traduire un regard, d’en donner un rendu intelligible. Les toreros y font souvent référence mais comme un ressenti fulgurant qu’eux seuls peuvent percevoir finalement. Au campo, le regard des toros est dans la majorité des cas indifférent ; parfois clairement agacé par la présence d’observateurs. Ils ont l’expression de la curiosité quelques instants puis ils foutent le camp pour qu’on les laisse en paix ; ils partent l’œil bas, ils passent leur chemin. La vivacité supposée de leur regard qui permettrait de les identifier à un encaste propre n’est finalement que la conséquence de leur réaction à l’autre, l’inconnu.
A Villafranca (sud Navarre), chez Jesús Aranda (fils de Nicolas, fondateur de la ganadería), les vaches rouges ont le sang vieux mais chaud. A 10 mètres, à 50 mètres, à 2 kilomètres, elles vous matent droit devant, le cou tendu, en ébullition. Elles ont dans leurs rétines l’envie de cogner clairement affichée.

Le sang navarrais existe-il encore ? Evidemment Jesús Aranda nous a soutenu que oui et que son élevage était à 85 % marqué par cette origine qui semble remonter à la nuit des temps tauromachiques. Toujours est-il que ces petites choses furieuses sont d’un type bien à part dans la cabaña brava actuelle et qu’il est sympathique de les imaginer descendre, presque directement, d’un XVII° siècle au cours duquel un certain Marquis de Santa Cara entama l’édifice de l’encaste navarrais.
Vous ne verrez pourtant pas les fils de ces "petites brutes" d'El Ruedo jouer leur vie dans une arène. Jesús Aranda ne sélectionne ses animaux que dans l’optique de ce que l’Espagne nomme les "festejos populares" (encierros, recorte...). A travers ses mots, l’on sent tout de suite que cela lui plairait de voir ses mâles combattre en corrida mais, et il ne le sait que trop bien, le monde taurin actuel (et passé, il faut aussi le souligner) ne veut pas de cette fougue rouge. Seuls les Cérétans tentèrent il y a quelques années l’expérience du navarrais en novillada non piquée (El Ruedo, La Bomba)... Les souvenirs de ceux qui en furent ce matin-là sont pleins, encore aujourd’hui, des couleurs de l’effroi...

- Pour éclairer quelque peu vos lanternes sur l'encaste navarrais, rendez-vous sur le site de La Cabaña Brava : http://populares.toroszgz.org/Castanavarra/indicecastanavarra.htm.
- Rendez-vous également sur le site Terre de toros pour découvrir plus en détails la ganadería El Ruedo de Jesús Aranda : http://tthuries.free.fr.
- Enfin, vous pouvez aller consulter sur le site récemment mis à jour de l'ADAC une vidéo présentant les novillos (il s'agissait d'une non piquée !) de la ganadería El Ruedo combattus à Céret en 2003 : http://www.ceret-de-toros.com/historique/hist03/videos2003.htm.

Evidemment, retrouvez sur Camposyruedos la galerie de notre visite chez Jesús Aranda...

05 octobre 2007

Afición à Zaragoza


Nous ne dirons jamais ici tout le bien que nous pensons du travail effectué par l'association culturelle La Cabaña Brava de Zaragoza. Un travail bénévole, de grande qualité, accompli par de jeunes aficionados indépendants mettant à la disposition de tous le fruit de leur passion pour la Fiesta Brava.
Le lecture de leur profession de foi vous donnera une idée des raisons pour lesquelles nous nous sentons, bien modestement, si proches de leurs convictions et de leurs idéaux.
Le 26ème numéro de la revue que l'association publie gratuitement sur son site vient d'être mis en ligne et, comme à l'accoutumée, je vous en conseille vivement la lecture. Vous y découvrirez notamment un article relatif aux avancées du collectif "Manifiesto de aficionados por una fiesta íntegra, auténtica y justa", qui mène un combat à la pointe duquel se positionne La Cabaña Brava. Vous pourrez également y lire une enquête consacrée à la blogosphère taurine, dans le cadre de laquelle il est question de notre blog, ce dont bien sûr nous nous sentons extrêmement flattés. N'en déplaise à certains (et ils sont manifestement nombreux, pour des raisons diverses et variées souvent peu avouables), les nouvelles technologies permettent aux aficionados d'investir un champ de liberté jusqu'alors inédit.
Ne manquez pas non plus de profiter de votre passage sur le site de l'association pour y voir les photographies prises par Emilio des erales de la ganadería La Bomba (origine Nicasio Casas par José María Arnillas, de pure casta Navarra). A la fin du paseíllo, la "Plataforma de Aficicionados de Zaragoza" rendra hommage à Jesús Fraguas, propriétaire du fer de La Bomba, décédé au mois de mai des suites des blessures que lui a infligé un toro de son élevage dans sa finca de Villafranca. Ceux qui le peuvent auront tout intérêt à se rendre à cette course qui promet d'être fort originale et intéressante ; on ne vous promet pas de voir des derechazos à la pelle, mais ça risque fort de bouger !

07 mai 2007

La mort est rouge et blanche...


Jesús Fraguas est décédé il y a deux jours des suites de cornadas reçues au campo. Les toros tuent!

Ce n'est pas qu'on le connaissait spécialement à Camposyruedos mais c'est surtout que ce type était un "fada" comme on n'en fait plus, et ça, ça nous plaît ici.

Franchement, vous avouerez, il faut être "fada" ou "perché" grave, comme disent les jeunes, pour oser élever ce qui n'est plus aujourd'hui qu'un souvenir jurassique, un anachronisme presque malsain aux yeux du monde taurin.

Pensez donc, faire pousser en terre navarraise des bêtes rouges sous les cornes d'autres bien blanches, fallait le faire, le rêver (navarrais et vázqueño). Il le fit, afición pura ! Démence quichotienne...

Alors voilà, Jesús Fraguas est décédé il y a deux jours des suites de cornadas reçues au campo. Les toros tuent !

A Pamplona, quand meurent d'autres "fadas" à 8h du matin, une peña pleure un llanto au paseo, même les foulards rouges baissent leurs yeux humides sur le blanc effondré. Ça s'appelle "El Silencio"...