31 octobre 2011

Ils ne font rien



Nous l'avions écrit pour annoncer la manifestation. Ça fait un peu bouffon de se citer mais tant pis : « Il faudra bien un jour se résoudre à demander sérieusement des comptes aux autorités compétentes (mairie et préfecture) qui laissent se dérouler, sans rien faire et sous nos yeux, pareilles provocations, en pleine féria, au risque qu'un jour cela dégénère… Il est aujourd'hui souhaitable et urgent que des gens nourris par nos impôts et nos votes fassent en sorte de nous protéger du hooliganisme animalier en prenant les mesures qui s'imposent. »

Nous avions écrit ceci pour annoncer la manifestation silencieuse et nocturne qui se déroula le 21 octobre dernier au pied de la statue de Nimeño II.

Parmi les photos qui ont circulé on a pu vu voir quelques écharpes tricolores. Jusqu'ici tout va bien. Enfin pas si bien. Car on se doutait bien qu'il ne se passerait rien. Pas plus tard que ce matin l'inénarrable de Vieux-Boucau met enfin le doigt là où ça fait mal. Et à ma connaissance, c'est la première fois qu'un média autorisé met le doigt là où ça fait vraiment mal : la passivité des élus, c'est-à-dire le maire de Rodilhan et Jean-Paul Fournier, président de l'agglo et accessoirement maire de Nîchmes.

André Viard (pour une fois que je peux lui emboîter le pas, je ne vais pas me priver !) se lance dans un parallèle avec ce qui se passe actuellement à Paris où des intégristes catholiques tentent d'empêcher une représentation théâtrale dans laquelle la représentation du Christ les contrarie (sic) : « [...] à Paris, on poursuit les agresseurs, à Rodilhan on porte plainte contre les provoqués. Et la différence entre le Théâtre de la Ville et les arènes de Rodilhan, c'est que le maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, a exprimé sa "consternation" et son "inquiétude" face à ces tentatives de perturbation et prévenu que la Ville de Paris et le Théâtre de la Ville déposent "systématiquement" plainte contre toute personne qui tente d'empêcher les représentations de la pièce, alors qu'à Rodilhan règne toujours un silence assourdissant... »

Et « le phare de Vieux-Boucau » de conclure son édito du jour de la sorte : « Seuls les organisateurs du spectacle taurin et le maire de Rodilhan sont fondés à porter plainte sur la base des arguments développés par le Préfet. Il ne serait pas inutile que les aficionados leur fassent savoir qu'ils attendent d'eux cette démarche indispensable si l'on ne veut pas que d'autres commandos récidivent et que la situation dégénère.
L'adresse de la mairie de Rodilhan, celle du président de Nîmes Métropole. »

Autrement dit, ils ne font rien, à part aller manifester en catimini, et dans la pénombre, en toute discrétion malgré leurs écharpes.
Agir en justice, prendre des mesures réelles et concrètes, ce serait beaucoup mieux. C'est même urgemment nécessaire.
Il est vrai que les  « zantis » sont aussi des électeurs. Il ne faudrait pas que le syndrome du Midi Libre touche également nos élus. Notons pour finir, et dans un souci d'équité, que l'on entend pas beaucoup plus l'opposition sur la question...

30 octobre 2011

Photo volée par Mundotoro (II)


Un petit mail et ils ont enlevé la photo, sans explication, sans mot d’excuse, sans rien, juste du mépris.

Entre-temps ils ont volé une autre photo, ailleurs, chez Manon. Un petit mail et la photo a été retirée, sans un mot, sans explication, sans rien, juste du mépris.

Entre-temps Laurent Larrieu s’est rendu compte que la photo de Campos y Ruedos était encore utilisée sur "Mundochoto", dans une autre galerie. Un petit mail, enfin... pas si petit le mail... Je crois qu’il s’est autorisé à les conspuer. Il a bien fait car los de "Mundochoto" son unos impresentables, absolutamente y totalmente impresentables.

Sur la capture d’écran on distingue clairement la manipulation pour camoufler, supprimer la signature. Nous ne sommes clairement pas dans le malentendu ou l’ignorance ; nous sommes bien face à un comportement de voyous...

Des sinvergüenzas je vous dis. Totalement et irrémédiablement imprésentables et infréquentables.

11/11/11


Saint-Sever, le lundi 1er janvier 2011 au soir.

Il est tôt, pourtant la nuit est déjà là. Une brume mélancolique bien caractéristique de cette période de l’année s'est emparée de la cité. Le silence renforce encore cette impression étrange des soirs bien particuliers où la chaleur humaine se mélange à la fatigue, donnant un sentiment de joie dans une ambiance triste qui s'allie à la fraîcheur hivernale. Les branches s’agitent sous la petite bise et un corbeau s'envole, sans troubler toutefois la résonance du silence qui règne autour du cloître des Jacobins. Soudain, à quelques pas, un bruit rompt ce vide étourdissant. Le bruit devient pluriel, des sons qui à leur tour deviennent des mots. Des mots pour des phrases, des idées, un événement, un rêve.
« Eh, Jojo ! T'as vu on est le 01/01/2011. Ça fait beaucoup de 0 et de de 1 !
― Depuis quand tu t'y connais, toi, en informatique ? Tu "beugues" ?
― Je ne suis peut-être pas informaticien, mais on est le 01/01/2011 et, en 2011, notre jour c'est le 11/11/2011. 11/11/11 ! C’est quand même pas tous les jours. Faudrait faire quelque chose. Moi, c'est c'que j'dis ! »

Jojo et Beber sont là, dans le vide landais à palabrer. D’ailleurs, Jojo et Beber ils sont toujours là, même quand ils ne sont pas là. Ils sont membres de la Peña Jeune Aficion, Jojo et Beber. Les plus vieux, ou peut-être bien les plus jeunes, qu'importe. En tout cas, ils ont de l'afición et sont de Saint-Sever. Et si Jojo et Beber lancent des paroles en l'air, leurs mots ne s’envolent pas pour autant. Ils retombent.
Jojo, il aime le fino et a l'habitude de le siroter avec Beber, le soir, dans leur bonne petite ville de Saint-Sever. C'est leur petit moment à eux, le sirotage, et à chaque fois le sirop est accompagné de toro. Il y a d'abord cet Osborne noir gravé sur leur verre. Mais le Juan PedrO, chez Beber et Jojo, ça s'arrête là. À eux, leur truc, c'est plutôt l'irréel, ce qui n'existe pas. Enfin, ce qui n'existe pas chez les autres, mais qui existe chez eux et pas seulement dans leurs têtes.

Jojo et Beber ils ont des rêves, trop de rêves ; c’est ça en fait leur problème à Jojo et Beber, c’est qu’ils ont trop de rêves et n’ont qu’une peur : ne pas pouvoir tous les réaliser. Alors ils sirotent. Mais plus ils sirotent et plus ils ont de rêves. Foutu esprit ! En plus, siroter ils adorent ça, faut bien l’avouer. Alors que d’autres feraient tout pour avoir des idées, comme organiser des colloques, des réunions de travail ou des séminaires, payer des penseurs : rien ne prend ni ne pousse. Alors que, chez Jojo et Beber, à la moindre gorgée tout prend. Foutu sirop ! Jojo et Beber ils les donneraient bien leurs idées car ils n’en tirent aucune gloire, c’est juste qu’ils en ont trop. Mais leurs idées à eux, ça ne les fait pas rêver les autres, ceux qui sirotent jamais parce que ça leur ôte les idées qu’ils n’ont pas. Vous avouerez qu’il est bizarre ce sirop.

« 11/11/11 tout de même !
― Il faut faire quelque chose, quelque chose de...
― 11 novillos !
― Chiche !
― Oui, mais 11 novillos de 11 élevages différents !
― 11 novillos, 11 élevages et 11 encastes. 11/11/11 !
― Et pas de Juan PedrO !
― Tope là ! »
Jojo et Beber ils balancent pas des paroles en l’air. Leurs rêves ils les réalisent. Ils sont comme ça Jojo et Beber.
Texte de Thomas Thuriès

Liens Le programme de la semaine taurino-culturelle de Saint-Sever sur le site de la Peña Jeune Aficion & la présentation des élevages de la Fête des encastes du 11/11/11 par Thomas Thuriès.

Images Affiche de la journée des encastes © Mathieu Sodore & photographie d'un exemplaire de l'élevage Valrubio (Vega-Villar) qui sera tienté le matin © Peña Jeune Aficion

28 octobre 2011

Six ans


On a oublié d'y penser… C'était le 21 octobre 2011… Six ans !

27 octobre 2011

Méfiez-vous des observatoires !


J’ai lu, je ne sais plus où, dans un encart, en bas de page, qu’un tué de la route coûte de l'argent à la société, beaucoup d'argent. Ça peut même se chiffrer.
Alors, avant d’avoir l’idée saugrenue d’aller rencontrer un platane, un camion, ou une 2CV, songez que vous allez nous coûter du fric. Agissez en connaissance de cause, sinon ce n’est pas du jeu. Car c’est du lourd, et même du très lourd.
Le coût d’un tué de la route a été évalué à la somme effrayante de 1,2 millions d’euros. Ce n’est évidemment pas moi qui le dis, c’est l’Observatoire interministériel de la sécurité routière qui l’a calculé.
L’Observatoire, décidément... L’Observatoire donc, il dit que, suivez le guide : "Pour obtenir cette estimation sont pris en compte les coûts médicaux et sociaux (premiers secours, convalescence, etc.), les coûts matériels (dommages des véhicules, etc.), les frais généraux (frais d'expertise, de justice, etc.) mais aussi la perte de production future des tués, et la perte de production potentielle de la descendance potentielle des accidentés sont pris en compte, tout comme les préjudices moraux."

Ça ne s’invente pas : "la perte de production future du tué, et la perte de production potentielle de sa descendance". En d’autres termes, pour ceux qui ne suivent pas, si ma tante en avait, ça serait mon oncle.
Donc vous admettrez, oui vous admettrez, que vos petits points du permis de conduire à côté de la perte de production potentielle de votre descendance (l’Observatoire ne dit pas si les enfants adultérins entrent dans les statistiques, ce qui pourrait considérablement aggraver le chiffre), vos petits points de permis c’est de la gnognote.

Eh bien moi je dis que c’est du grand n’importe quoi.
Malgré la perte de production potentielle de votre descendance, enfants cachés compris, je ne suis pas d’accord. L’Observatoire, il observe peut-être, mais à moitié.  Car si on y réfléchit bien, un tué sur la route ça peut aussi rapporter du fric : aux fleuristes, aux notaires, aux croquemorts, aux avocats en cas de litige, à la veuve qui va toucher l’assurance vie, ou au concessionnaire automobile qui va vendre des véhicules neufs aux éventuels survivants de l’accident dont le véhicule aura été rendu inutilisable par le choc avec le véhicule du tué. Sans compter que ça ramène du monde dans les églises qui en ont bien besoin. Et je passe sur les agents immobiliers et autres experts en tous genres qui vont revendre la maison.
L’Observatoire, il observe peut-être, mais mal. Je vous le dis. Méfiez-vous des observatoires !

PS 1 Pour ce qui est des préjudices moraux, je pense que l’Observatoire à oublié de prendre en considération l’humeur de la veuve joyeuse qui va, enfin, pouvoir s’envoyer en l’air avec son ou ses amants, sans craintes et sans remords.
PS 2 Sinon, à part ça, Simon Casas a décidé de créer un comité d'éthique pour sa future gestion des arènes de Madrid.

NDLR – En désespoir de cause, Campos y Ruedos n’ayant aucune photo de tué sur la route, nous vous offrons une photographie de l’Observatoire (catalan) du cul et du tourisme (OCT). Ce qui nous fait penser qu'un tué de la route est aussi susceptible de faire baisser le chiffre d'affaire des ronds-points de La Junquera...

Yonnet à Aire-sur-l'Adour


En octobre, on n'attend plus beaucoup des toros. La saison est derrière nous, pour d'autres elle est devant. En octobre, passée la Feria del Pilar de Saragosse, passés les "indispensables" congrès ou assemblées générales de fin de saison, passées les premières palombes et les prémices du froid, on n'attend pas beaucoup des toros. C'est peut-être mieux ainsi d'ailleurs. On apprécie de revoir les copains (même rapidement), on profite d'un soleil aux abois, on se satisfait de la bonne demi-entrée de cette corrida de la dernière heure en un pays pour lequel on conserve de l'affection. Et puis, comme on n'attend rien des toros en octobre, on a tendance à se montrer moins intraitable dans ses jugements — mis à part un gueulard de barrera qui voulait faire savoir à tout le monde que lui connaissait les toros, Madame, Monsieur, et même qu'il portait un pin's "Nada tiene importancia si no hay toro".

On a donc regardé combattre et mourir les Yonnet, l'un après l'autre en constatant un fond de faiblesse (le 1 particulièrement), un manque de bravoure mais des signes de caste tout de même, surtout les derniers de la course. Une corrida mi-figue, mi-raisin, gentillette, sans histoire sauf une présentation vraiment desigual (le 3 était très laid), sauf un peón qui dit au revoir à la carrière et il doit être ému, sauf Mehdi Savalli moins alerte qu'avant, sauf des chevaux de la cuadra Pimpi beaucoup trop grands et difficiles à bouger, sauf Tito Sandoval qui cite bien, sauf Hubert Yonnet, fragile dans l'âge mais toujours là pour accompagner ses toros à la mort. Le sobrero se nommait 'Adour' et coule, pour l'instant, des jours heureux avant de se rendre à l'abattoir...

>>> Retrouvez une galerie de cette corrida sur le site www.camposyruedos.com, rubrique RUEDOS.

Photographie Un Yonnet qui a évité l'abattoir © Laurent Larrieu / Camposyruedos.com

24 octobre 2011

Photographies sans paroles (LXXIII)


Antoñete par Joséphine Douet

Photo volée par Mundotoro


Foto robada por Mundotoro

Manque de respect total et sens de l'éthique nul : sinvergüenzas...
Nous avons écrit ; nous attendons la réponse.


19 octobre 2011

And the winner is...


Gorka Azpilicueta. Imprononçable. Gorka Azpilicueta anime un blog et un site Internet avec Arsenio Ramírez. Comme nous. Un site et un blog. Gorka Azpilicueta et Arsenio Ramírez aiment, c'est une évidence quand on regarde leurs photos, photographier les taureaux de combat, particulièrement au campo. Comme nous. Au campo. Les toros. Gorka Azpilicueta et Arsenio Ramírez font de belles voire de très belles photos de taureaux de combat. Je n'ose écrire comme nous, certains vont croire qu'en plus de nous "couillemolliser" et d'écrire des textes "inutiles", on se la pète grave.
Gorka Azpilicueta vient de participer et de gagner le concours photo organisé par les arènes de Las Ventas. Il a gagné avec une photographie de toros très armés, sans fundas, au campo, pris dans une lumière basse et jaune au travers de laquelle la poussière prend les atours de l'or. Et ça fait plaisir de voir une telle photo gagner un concours de photos taurines. Alors félicitations à Gorka Azpilicueta, qu'il continue de prendre longtemps las rutas del toro.

Je ne peux m'empêcher d'accompagner la photo lauréate de celle de Fernando Palha concentré sur son bureau à la lueur de vives chandelles. Un fotón !
J'achève en me disant qu'en à peine une dizaine de lignes vous avez buté pas moins de six fois sur le nom de Gorka Azpilicueta. Sept fois maintenant.

Allez, un dernier pour la route : Gorka Azpilicueta.

Liens
Por las Rutas del Toro, le site & le blog.
Le site des arènes de Las Ventas.

Photographies La lauréate © Gorka Azpilicueta & Fernando Palha © ArseyAzpi

18 octobre 2011

Matías González sur l'Adour


Dimanche 23 octobre 2011, à 16 h, aura lieu à Aire-sur-l'Adour (40) une corrida organisée par la "Junta des peñas aturines" en association (semble-t-il) avec le trio Yonnet, Pilès, Pascal Mailhan. Pour l'occasion, les toros porteront les fers de Hubert et Françoise Yonnet, et, au regard des photographies qui annoncent l'événement, il semblerait que le plumage soit fort intéressant. Le cartel est constitué par les matadors Javier Castaño, Manuel Escribano et Mehdi Savalli. Au-delà de l'envie évidente de voir combattre les astados de "La Bélugue", au-delà du charme automnal de la date, au-delà d'un lieu, Aire-sur-l'Adour, qui se cherche en afición depuis des années et qui multiplie les prestataires pour attirer un public difficile à appâter, au-delà de tout cela, il y a Matías González. Car c'est lui, l'emblématique et renfrogné président des courses bilbaínas, qui officiera à la présidence du palco aturin ce 23 octobre 2011. La nouvelle est réjouissante même si Aire n'est pas bilbao, évidemment. Le seul problème avec Matías González, c'est qu'il risque de trimballer avec lui le txirrimirri.


Matías González vu par Jérôme 'El Batacazo' Pradet © Camposyruedos.com

Rassemblement à Nîmes


Nous avons reçu ce qui suit appelant à manifester dignement auprès de la statut de Nimeño II, ce vendredi à Nîmes.

Appel au rassemblement de l'Afición, à Nîmes, vendredi 21 octobre à 19h30, devant la statue de Nimeño II.
Après la profanation de la statue de Nimeño II le 18 septembre dernier par des groupuscules antitaurins, les événements du 8 octobre à Rodihan renforcent la volonté de tous les aficionados, de toutes les entités taurines françaises, et plus généralement tous ceux qui sont attachés à leurs libertés démocratiques, à leurs cultures locales et à leurs traditions, de se réunir en masse devant la statue de Nimeño II.
Ce rassemblement sans cortège ni discours sera silencieux, digne et recueilli dans un hommage unanime au grand torero nîmois. Tous ceux qui le désirent pourront déposer une fleur, œillet rouge de préférence, au pied de la statue avant la dispersion du rassemblement.
Les cosignataires du présent appel demandent instamment à tous les participants de manifester dans le calme et le respect de l’ordre, et de ne céder en aucun cas à d’éventuelles provocations d’où qu’elles viennent.

C'est bien, ça ne mange pas de pain, et entre aficionados et sans les "zantis", qui ne devraient pas être là, les risques de débordements sont vraiment infimes. On peut même dire qu'il n'y en a pas.
Ceci étant, il faudra bien un jour se résoudre à demander sérieusement des comptes aux autorités compétentes (mairie et préfecture) qui laissent se dérouler, sans rien faire et sous nos yeux, pareilles provocations, en pleine féria, au risque qu'un jour cela dégénère.
Je crois savoir que les autorités footballistiques font en sorte de neutraliser les hooligans. Il est aujourd'hui souhaitable et urgent que des gens nourris par nos impôts et nos votes fassent en sorte de nous protéger du hooliganisme animalier en prenant les mesures qui s'imposent.

17 octobre 2011

Moun (suite)


Le « Collectif Madeleine 2012 » s’organise : une trentaine de sympathisants, joyeux mélange de jeunes et de vieux qui n’a pas l’intention de compter pour du beurre dans les mois qui viennent et qui suivent de près l’appel d’offres que lance la municipalité en direction de prestataires en charge de l’organisation à venir des férias de Mont-de-Marsan.
Ils étaient exactement trente-trois aficionadas et aficonados affiliés ou non aux peñas de la cité. Six clubs taurins représentés, rejoints par des bloggeurs, des abonnés, des aficionados divers et variés qui n’ont pas l’intention de se tenir à l’écart des choix qui les concernent. Ils sont impliqués dans cette ville et dans cette féria qui ne peut être seulement l’affaire d’un maire, d’un président de CTM et d’un prestataire.
Leur projet ?
RÉÉQUILIBRER LA FÉRIA : alterner les types de corridas, réinsérer la corrida concours et la novillada piquée. Il n’y a rien là de sulfureux, et l’élémentaire bon sens voudrait que soient entendus des gens qui ont vu défiler tant de paseos et qui sont la base stable et immuable qui remplit les gradins depuis tant d’années et pour tant d’années encore. Impossible de les éviter ou de les promener par le bout du nez, il faudra faire avec. Mieux, il faudra être avec.
Ils proposent une charte, bien raisonnable ma foi, qui les liera à leur maire et aux candidats prestataires à décrocher un pompon quelque peu délavé à force de tirer dessus.
Réunir des aficionadas et des aficionados autour d’un projet est toujours un challenge. Dégager une unanimité est un exploit. L’objectif étant raisonnable et le besoin impérieux, ils ont réalisé l’exploit. Ils ont dégagé une stratégie, choisi des représentants, élaboré un calendrier. Ils comptent sur votre soutien.
En moins de deux heures les aficionadas et aficionados du Moun se sont réinstallés au cœur de la féria, ce samedi à 12h15.
Mario Tisné

>>> collectif.madeleine2012@gmail.com | http://collectif-madeleine2012.blogspot.com

Balada Flamenca


Ce jeudi 20 novembre sortira officiellement le bébé de l’ami Ludo, sa Balada Flamenca. Nous en reparlerons, évidemment, lorsque nous l'aurons en main.
Pour l’heure, Ludo nous offre cet extrait sur Rocío Molina avec la photo de son compère Jean-Louis Duzert.

FRAGMENT, Rocío Molina
Quand on aperçoit Rocío Molina pour la première fois, on est sidéré par sa plastique. Elle paraît née du pinceau de Diego Velázquez qui aurait fait voler les jupons et ses arceaux. Car si Carmen Amaya osa le pantalon — non pas celui du boléro, mais le masculin, droit, austère, pli impeccable tranchant dans le vestiaire des bailaoras — Rocío Molina suspend robe de cuir et bikini sur les cintres d’une présence presque chimique : elle semble le précipité de sa propre technique, élevée à sa plus haute expérimentation. Mais elle n’en joue pas. Au contraire, elle poursuit le sens nécessaire pour que la forme impitoyable qu’est l’apprentissage de la maîtrise des codes métamorphose en sensualité la jonction de ses doutes, de sa mélancolie, de son rapport à l’altérité. De fait, dans le miroir contemporain qu’elle nous tend, elle paraît inclassable : une énergie transcende la lumière intérieure qu’elle projette pour mieux accéder aux valeurs du temps qui passe. Sa force défie les équilibres, et, acrobate, intègre la patine des écoles classiques, toute l’histoire de la danse flamenca, à une démarche qui embrasse les horizons d’autres espaces.
Sur scène, Rocío allume un cigarillo et souffle la fumée ; elle suit les courbes des volutes qui soulignent, mieux qu’un braceo alambiqué, sa liberté et son ingénuité puisées au flamenco minéral et ancestral. Elle pense — peut-être — vouloir connaître « autant de figures de danse / que la mer dans la nuit a de flots orageux »*.
Alors, inspirée, elle repart. Rocío danse avec son destin.
Ludovic Pautier

* Alexandrins de Phrynichos, dans une traduction de Marguerite Yourcenar.

>>> Jean-Louis Duzert (photographies), Ludovic Pautier (textes), Balada Flamenca, Éditions de l'Atelier in8, 2011, 216 p., 30 €.

Le jabonero de Mariano (II)


Embarque © Albert de Juan 
Marqué au fer prestigieux de Don Félix Gómez, dont l'ancienneté remonte au 3 octobre 1831, le jabonero de Mariano est jabonero parce qu'il a hérité d'un des deux Núñez del Cuvillo que le ganadero Mariano Sanz Jiménez1 avait, il y a quelques années, laissés à ses vaches. Soit dit en passant, si vous vous étonnez de rencontrer des jaboneros chez Palha, vous avez là l'explication — en remplaçant toutefois Núñez del Cuvillo par Fuente Ymbro.
À l'instar des élevages Peñajara de Casta Jijona, Montalvo et Jara del Retamar, la ganadería D. Mariano Sanz Giménez (Linares, Jaén) figure parmi les plus dignes d'intérêt pour l'association Casta Jijona, qui, dans un campo génétiquement métissé, traque inlassablement toute bête présentant des caractéristiques morphologiques du « type » Jijón, aussi modestes soient-elles — ici un colorado encendido, là un aleonado, ailleurs un corniabierto, et cetera.

1 Même dans l'annuaire de l'UCTL ce nom commence parfois par un « J », parfois par un « G »...

À voir Le reportage d'Albert de Juan sur son blog, Passió i Tradició, où apparaît le déjà fameux jabonero de Mariano.

12 octobre 2011

1 euro 80


À Gerena, non loin de Séville, il existe un bar qui n’existe pas vraiment. Il n’est ni indiqué, ni annoncé. Il y a juste une porte à trouver au milieu d'une rue quelconque, pour se plonger dans un univers très andalou.
J’ai oublié le nom du bar, mais si vous allez à Gerena Fabrice vous y conduira sans doute.
Parce que, de toute façon, vous n’irez pas à Gerena sans rendre visite à Fabrice, sur la route d’Aznalcóllar, pour y voir ses Albaserrada, que vous ne confondrez pas avec les Albaserrada. Car ça n’a évidemment rien à voir.
Il existe un autre bar à Gerena, qui a pignon sur rue celui-là, mais qui est tout aussi improbable que l’autre, dans un autre genre.
Le patron déjà est un voyage à lui tout seul. Ce n’est pas qu’il parle beaucoup le patron, mais dès la porte passée, on a l’impression de dire bonjour à Picasso, ou Luis Buñuel, ou les deux.
Du coup on remarque à peine l’addition inscrite à la craie sur le comptoir, à l’ancienne.
Un euro quatre-vingts. Six verres de vin pour un euro quatre-vingts.
Ça s’appelle la Bodega Rociana. Et le vin c’est Vinos Rociana del Condado, de Huelva. Ça sonne bien.
On dirait qu’ici on ne leur a pas expliqué que l’euro avait généré une hausse des prix très supérieure aux affirmations délirantes de ceux qui prétendent nous gouverner.
1,80 euros pour six verres de blanc, pas mauvais en plus. 30 centimes le verre, servi par Picasso, ou Buñuel. Si c’est pas un voyage ça...

11 octobre 2011

Photographie sans paroles (LXXII)


Le jabonero de Mariano


Il en rêvait Albert de ce jabonero. Il a insisté pour que je vienne ce jour-là. 
Le suspens dure. Il ne sortira qu’en troisième.
Les deux premiers ont vite pris la fuite, je n’ai pas vu grand-chose. Une sorte de frustration.
Albert est mauvais. Il voulait tellement plus. Forcément.
Lorsque les choses se passent bien, le toro reste plus ou moins dans la zone «sablée» et les valents jouent avec lui, l’écartent... Ça peut durer. Aujourd’hui, rien. Sortie, écart al alimón et puis c’est tout. Un mauvais jour.
J’en profite pour descendre du cajón et m’installer dans la rue, protégé par le burladero du local de la peña, pour assister à la sortie du troisième, le fameux jabonero.
Pas évident dans ces conditions d’y voir grand-chose, encore moins de faire une photo. Question contraintes, j'étais servi...
Je vois à peine la porte du cajón s’ouvrir, le toro jaillir, l’écart al alimón, avant qu'il ne vienne s’écraser lourdement contre notre burladero, repartir, et puis plus rien. Disparu dans les ruelles étroites ou sur la place.
Ça peut être rapide et frustrant, parfois, le bous al carrer.
Quelques instants plus tard apparaît Hector, les larmes aux yeux. Le jabonero était descoordinado («décoordonné»... je ne suis pas certain que le mot existe en français), alors ils l’ont rentré, sans attendre, afin de l’économiser pour le soir, pour le toro de fuego. Et Hector n’a pu l’écarter car on ne l’a pas laissé, d’où sa rage...

Maigre consolation


Le caripintado de l'affiche en mars 2010 (novillo) © Laurent Larrieu
Le 12 mars 2010, entre Vila Franca de Xira et Porto Alto, après avoir traversé le Tage, tendu le bras par la portière pour indiquer son intention de tourner et effectué une visite obligée au cercado des sementales, Don Fernando Pereira Palha fonça vers ses novillos en s'excusant presque d'avoir accepté de nous les présenter à une période si peu favorable — fin de l'hiver et campo arrosé de trombes d'eau durant plusieurs jours. Il s'arrêta net et se tut, puis, de son français parfait aux charmants accents portugais, il nous confia avec des trémolos dans la voix qu'il avait reçu une proposition pour l'achat de sa camada de novillos ; celle que nous avions précisément sous les yeux et dont la beauté nous emplissait de joie. La perspective de la vente ne l'emballait pas outre mesure (euphémisme), son interlocuteur lui ayant confié que les cornes de ses novillos seraient pourvues de fundas le moment venu — je le revois comme si c'était hier s'adresser à nous non pas tant pour avoir un avis que pour être rassuré... Consolé.

Quelques semaines plus tard, Don Fernando vendit ses bêtes, parce qu'il faut bien vendre, pardi ! Elles atterrirent du côté d'Alfaro (La Rioja) dans un campo lunaire rempli de pierres et de poussière, soit l'exact contraire du paysage de leur finca d'origine. Acquis par l'empresa Toropasión, les premiers novillos devenus toros sortirent en recorte le 3 avril dernier à Castellón ; les autres, toujours en recorte, créeront l'événement dans les arènes de Saragosse demain mercredi 12 octobre en matinée. Que dire sinon qu'il est encore une fois regrettable de voir de si beaux bestiaux se rendre à des rendez-vous pour lesquels leur éleveur ne les a pas destinés, puisque personne, tant en France qu'en Espagne, n'aura fait le choix de les proposer en corrida. Quand, temporada après temporada, l'aficionado a los toros doit subir l'indigence de neuf programmations sur dix, la rage le gagne... Le 12 mars 2010, au Portugal, Don Fernando de Castro Van Zeller Pereira Palha nous montra son musée et le bureau, le rosier de Maria et ses animaux. Il nous ouvrit son cœur, aussi.

Viva San Fermín


Aujourd'hui 11 octobre, San Fermín ! Ya falta menos...

10 octobre 2011

Collectif Madeleine 2012


    
© Laurent Larrieu
Je lui dirai des « je t'aime » / Madeleine elle aime tant ça. Jacques Brel

La fin de l'été aura eu un goût amer pour le sémillant couple de « Nîchmois » qui a vu l'année de prolongation à la tête des arènes de Mont-de-Marsan lui filer d'entre ses mains molles et moites.
Après trois temporadas où les remugles d'une tauromachie en phase de dégénérescence active ont totalement chassé les dernières odeurs de toro qui émanaient encore du Plumaçon, un nouvel appel d'offres pour l'organisation des corridas de la Madeleine a été lancé le 23 septembre dernier (clôture le 27 octobre prochain à midi).

Cette décision n'aurait pu être qu'une banale info dans l'actualité taurine — un appel d'offres de plus, quoi — si la frange « pénible » de l'Afición montoise ne s'était pas invitée de manière ambitieuse et constructive en créant le Collectif Madeleine 20121, à savoir « une force de proposition et de soutien unique dont l'objectif clairement affiché est d'établir un partenariat avec le candidat le plus à même de comprendre les attentes de l'Afición de Mont-de-Marsan » (cf. Charte des signataires).
Est-il nécessaire de préciser que la mobilisation de simples aficionados pour la défense de la partie « toros » d'un bien commun aussi populaire que les fêtes de la ville fait chaud au cœur ? Oui, car les exemples ne sont pas légion, et l'implication militante rarement démentie ainsi que la vigilance soutenue de l'Afición montoise dans la vie taurine de sa cité forcent le respect.

Cela dit, le prestataire de services sortant désormais sorti — rien ne l'empêchant de participer au nouvel appel d'offres —, la beuchigue apparaît plus que jamais clairement dans le camp de la mairie, à qui reviendra la décision (en même temps que la lourde responsabilité) d'attribuer le marché, si elle souhaite voir à nouveau ses belles arènes du Plumaçon sentir le toro2... et beaucoup moins le parfum.
Une mairie d'ores et déjà sous pression — un des mérites de la création du collectif — qui va sans doute devoir apprendre l'humilité en arrêtant de se tartiner le corps de crème « autosatisfaisante » trop riche en foutage de gueule (cf. la réaction bien sentie — on a ri ! — de la Peña Los Pechos aux propos tenus par l'impayable président de la commission taurine montoise dans un article de Sud Ouest).

La lutte promettant d'être rude, aussi n'est-il pas vain, comme Campos y Ruedos et d'autres croient bon et utile de le faire, de soutenir la chouette et salutaire initiative « Collectif Madeleine 2012 ». ¡Suerte!

1 « Le Collectif Madeleine 2012 est un regroupement d’associations taurines de Mont-de-Marsan et des alentours, d’aficionados locaux et de personnalités diverses, créé dans le cadre de l’appel d’offres pour l’organisation des corridas de la Madeleine (octobre 2011) » (cf. lien « Charte » ci-dessus).

Pour tout savoir et suivre en temps et en heure l'évolution de la situation :

El Puig (III)



09 octobre 2011

« La Fiesta al natural »


Je n’ai pas assisté à la dernière Mercè. Je lui ai préféré la découverte d’un monde qui m’était jusqu’alors inconnu et où je comptais trouver l’afición qui fait défaut dans la cité condale, et dans bien d’autres endroits en vérité. Le Levante n’est pas la Catalogne, soit, mais ce n’est pas loin.
Nous savons bien que les pleins de la Monumental de ses fins de saisons étaient totalement artificiels, liés à la présence de José Tomás, et significatifs de rien. Les « antis » avaient déjà gagné, depuis longtemps.
Alors à quoi bon ? Si c’était juste pour pouvoir dire « j’y étais », je me foutais bien d’y être.
Plus loin, une paire d’heures de voiture plus au sud, je suis allé chercher dans ces ruelles étroites ce qui fait cruellement défaut à la fête actuelle : l’émotion et la vérité du toro.
Bien sûr, il n’y a pas de piques, d’habits de lumières, de paillettes, de mise en scène, et ces activités sont bien souvent décriées jusque dans nos rangs. Mais je voulais voir, juger sur pièces, toucher du doigt et vivre quelques jours au cœur de ce monde-là.
Et j’ai vu, j’ai approché la passion qui anime ces populations, des plus jeunes aux plus vieux. Il n’y a rien ici de moribond, rien à remettre en cause, rien à discuter. Les choses se déroulent naturellement, avec toutes les générations, avec ceux qui regardent et ceux qui osent s’y mettre devant.
Quinze jours à peine après mon voyage, alors que je fouine dans mes planches-contacts, encore déconnecté du monde qui m’entoure, nous arrivent de Zaragoza les images terribles de Juan José Padilla.
Certains se refusent à les diffuser sous prétexte de je ne sais quel voyeurisme malsain. C’est curieux. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus. Une autre fois peut-être.
Padilla, bien malgré lui, vient de faire un cadeau énorme à la fête des toros. Il vient de la justifier, mille fois plus que ne le feront jamais les vedettes du G10.
Le drame de Padilla vient rappeler la dureté de la Fiesta, sa grandeur aussi, son anachronisme.
Les toros sont des fauves, puissants et sauvages. C’est ce qu’ils devraient être pour que cet anachronisme puisse se justifier et perdurer, en piste, ou dans les rues des villages.

Sur la tragédie de Juan José Padilla, sur les larmes de Miguel Abellán peut-être, il va s’écrire sans doute beaucoup de choses. Je vous engage à lire « La Fiesta al natural » sous la plume de Francisco Callejo.

El Toro de Salamanca


195 pages qui ne sont finalement qu’une photographie de famille. Une photographie sur laquelle on est enfin arrivé à réunir tout le monde, un jour de mariage peut-être, de baptême pourquoi pas ou d’enterrement. Mais on ne prend pas de photos les jours d’enterrement. Ils sont tous là, ils posent, cousins, frères, sœurs, grands-parents, parents, tante qui pique, nouveau-né "trop mignon", pépé qui vibre sur une chaise, les dents longues du beau-frère qui vous rayent le cuir de godasses achetées à prix d’or pour l’occasion. Il fait beau et on prend trois fois la photo pour être sûr, pour en avoir au moins une à l’arrivée. À l’arrivée, c’est un pan d’histoire figée à jamais. Une histoire de famille avec ses rires, ses déchirements, ses secrets et ses morts. Une histoire de famille, rien de plus, rien de moins. C’est important dans une vie les histoires de famille. Vicente Sánchez López est un aficionado d’Alba de Yeltes. Son livre, El Toro de Salamanca. Pasado, presente y futuro del campo charro, est une photographie de famille du Campo Charro. C’est par la famille qu’on y entre et qu’on en sort ; ce sont les familles charras qui sont les guides de cette saga campera. Finalement, quoi de plus logique pour une activité (la ganadería) si intimement liée à la terre ? Quand on regarde une photo de famille, on pense toujours, c’est inévitable, à ceux et celles qui ne sont pas dessus mais pas loin, au cimetière, et qui persistent à insuffler un bout d’eux-mêmes dans ceux qui restent. Vicente Sánchez López raconte les vivants et les morts de ces dynasties charras, navigue entre images sépias et le gris vert des encinas qui, elles, pourraient conter le temps jadis car elles l’ont vu.
Les familles ne meurent pas, ou lentement. Il persiste des noms, des titres, par le père, par la mère. On transmet, on hérite, on est un Fraile, un Tabernero, un Madrazo, un Cobaleda, un Clairac. Le Campo Charro survit bon an mal an sous les nuages que souffle le Portugal voisin, sous la neige l’hiver et la poussière d’été, le long des ríos et sous les nids de cigognes. Mais les toros d’ici sont partis pour beaucoup. Sur la photo, ils manquent. On le savait, on l’écrivait déjà, mais ce livre, cette photo de famille d’un bout d’Espagne des toros, fige pour demain une réalité contre laquelle aucun logiciel de retouche ne pourra rien. Pour faire croire, pour combler les vides sur les bancs, on y met du Domecq, du racine carrée de Domecq, de l’extrait de Domecq, de l’aspartame de Domecq, du Domecq made in China.
Au milieu du livre, il y a le fer de Joaquín Matías Bernardos, un point d’interrogation à l’envers. Ça aurait fait une jolie couverture.

À lire Vicente Sánchez López, El Toro de Salamanca. Pasado, presente y futuro del campo charro, Genoves Libros, Salamanca, 2011.

Vicente Sánchez López viendra présenter son livre à Saint-Sever (40) lors de la 27e Semaine taurino-culturelle qui se déroulera du 4 au 11 novembre 2011 et dont vous pouvez découvrir le programme ici : Semaine taurine 2011. Il sera présent le jeudi 10 novembre en soirée aux côtés de ganaderos comme Fernando Madrazo, Mariano Cifuentes ou Juan Sánchez-Fabrés, mais également aux côtés de Thomas Thuriès (collaborateur de www.camposyruedos.com et animateur du site www.terredetoros.com) qui présentera les 11 encastes qui seront combattus à Saint-Sever le vendredi 11/11/2011.

>>> Le blog de Vicente Sánchez López : Albaserrada.

El Puig (II)



Apparences trompeuses


Des dizaines, des centaines, peut-être pas des milliers, mais des centaines de toros sont lâchés chaque année dans les rues et les places des villages du Levante.
Ici les toros ne sont jamais assez gros, jamais assez armés, jamais assez agressifs.
Il y a deux ans de cela, Charlotte Yonnet m’avait demandé de lui faire quelques photos de toros invendus, des toros armés, lourds, impressionnants, et qui commençaient à se faire vieux. Ces photos étaient destinées aux décideurs du Levante avant qu’ils ne viennent juger sur place et finalement les embarquer.
Quelques mois plus tard, lorsque je demandai à Charlotte si ses toros avaient été appréciés, je m’étais entendu répondre que question trapío ça avait été mais que question moral ils les avaient trouvés trop gentils, trop nobles, pas assez agressifs...
Des morts ? Il y en a, quatre ou cinq par an, semble-t-il. Souvent des incultes ou des ignorants de la chose, s’empresse-t-on de me préciser.
Pas forcément. Cinq morts c'est à la fois beaucoup mais pas tant que ça au regard de tout ce qui se passe ici dans la plus totale et la plus joyeuse anarchie.
À se contenter de regarder les chiffres on pourrait penser qu’il est moins dangereux, d’un point de vue purement statistique, de s’adonner au bous al carrer que de prendre l’autoroute un jour de grand départ.
Il ne faut pas se fier aux chiffres et les choses sont évidemment bien plus subtiles. Il suffit d’observer quelques instants le comportement de ceux qui ont suffisamment de testostérone pour rester dans ces rues étroites pour comprendre à quel point ils savent, à quel point ils anticipent le toro et la crainte qu'il leur inspire. Ça ne s’improvise pas. Et il ne faut certainement pas se fier à des apparences très trompeuses, car les choses vont vite, très vite, et le moindre petit grain de sable peut avoir des conséquences immédiatement tragiques.

08 octobre 2011

Zaragoza 2011 avec Top Évasion

À Campos y Ruedos, nous n’avons pas l’habitude de faire de la pub pour les uns ou pour les autres, encore moins quand il s’agit d’entreprises liées au monde des toros... Une fois n’est pas coutume, donc, l’exception à la règle pourrait-on argumenter, nous voulions porter à votre connaissance l’existence d’un séjour organisé à la Feria del Pilar de Saragosse par la jeune entreprise madrilène Top Évasion. Parce que c’est un ami, parce que l’afición le dévore et parce que les corridas proposées sont celles de Prieto et de Cuadri. ¡Ànimo Patxi!

>>> Pour plus de renseignements, vous pouvez le joindre par mail (topevasion@yahoo.com) ou par téléphone (0034 606 355 279 & 0034 915 310 446).

* * * * * *

À l'heure où nous écrivons ces lignes, nous apprenons que Juan José Padilla a subi hier à Saragosse une terrible cornada à la sortie d'une paire de banderilles face à un toro d'Ana Romero (Santa Coloma - Buendía). Il semblerait, à lire les différents médias taurins, que la blessure soit très grave : paralysie d'un côté du visage et probablement perte de la vision sur un œil. On ne peut que lui souhaiter de se remettre.

07 octobre 2011

Jovens però valents


Les trois toros ont été embarqués dans ce corral, au milieu de rien.
Il y a des mois qu’Albert me parle du jabonero de Mariano Sanz. Il en rêve Albert de ce jabonero.
Les trois cajones arrivent, en camion, à La Pobla de Farnals. Il sont ensuite tirés par un petit tracteur, attachés les uns aux autres, accompagnés par la fanfare et les jovens i valents qui chantent, dansent, boivent.
Dans les cages les toros tapent, bougent, cognent.
Ça me fait déjà peur... Je me demande pour quelle raison et par quel miracle cette cage résiste à tant de folie furieuse.
Un museau dépasse, de la bave coule. Un bout de corne par-ci, un museau par-là. Le souffle chaud. Mugissements. C’est déjà puissant. Ça bouge. Ça fait déjà peur.
La fanfare joue fort, les toros cognent fort. Ici tout est fort.
Un des toros s'est retourné dans sa cage. Comment ? Personne ne le sait. Mais c'est l'évènement. 
Comment un tel animal peut-il parvenir à se retourner dans si peu d'espace ? Et sans pulvériser cette foutue cage ? Mystère. Ça fait parler. 
Albert se crispe. Albert change, se raidit. Il m’avoue son stress et son angoisse subite.
Ces toros, il les a choisis voilà des mois. Aujourd’hui, c’est l’heure de vérité.
Albert, au fond, n’y est pas pour grand-chose, mais les toros seront bons, ou pas, et c’est pour dans quelques minutes. Albert se ferme, pour quelques instants.
L’enjeu est de taille pour les jovens i valents, car ce n’est pas rien d’organiser ces instants, cette journée.
Il y a là du travail, des heures de travail, et de l’argent aussi.
Il y a l’assureur à payer, l’ambulance, le sable qu’il faut apporter puis enlever, et les toros évidemment.
L’afición a un prix. Être membre des jovens però valents, c’est une cotisation de 600 euros par an. 600 euros dans ces contrées touchées peut-être plus qu’ailleurs par la crise et le chômage, ce n’est pas rien. C’est même énorme.
Le bous al carrer ça se mérite ; la camiseta bleue, on ne la porte pas comme ça. Assister au spectacle juché sur un cajón ça se mérite, réservé à ceux de la peña, pas tous. Tout le monde ne va pas aux corrals assister à l’embarquement. Alors oui, je mesure tout l’honneur qu’ils m’ont fait de m’accueillir comme ils l’ont fait, de me monter sur le cajón, insistant pour m’offrir la meilleure place, alors que je préférais rester en retrait, pour me régaler de les voir aimer le toro comme ils l’aiment : fort.
Ici tout est fort, authentique et véritable. Le toro est respecté, adulé, admiré, rêvé, désiré, discuté, commenté, jusqu’au prochain.
L’Afición d’ici ne sera jamais à la mode. Les mondains ne viendront jamais à La Pobla de Farnals, ni au Puig ni à Massamagrell.
Mais l’afición et les toros d’ici sont authentiques et populaires, seuls véritables remparts face aux "antis" et à la prohibition. Peut-être...

La Catalogne, ce paradis


Le Levante n'est pas la Catalogne, soit.
De chez moi à La Pobla de Farnals, il y a exactement 721 kilomètres, que j'ai avalés tranquillement, par étapes, en m'arrêtant d'abord du côté de Gérone pour y boire du bourgogne, puis dans le Priorat pour y boire plus logiquement du priorat.
Ça peut paraître incroyable, mais la carte des vins de Bourgogne la plus fabuleuse, la plus variée, la plus fournie, la plus délirante et à prix très sages, ce n'est pas en France que vous la trouverez mais dans un restaurant de bord de mer, sur une plage catalane.
Ils sont fous ces Catalans.
En 2011, la Catalogne a mis un terme à sa tradition taurine. Ça fera date, ça fera tache, peut-être pas tache d'huile, mais tache tout de même. La Fiesta en pleine crise, en pleine déliquescence, interdite, définitivement interdite en Catalogne.
En 2011, la Catalogne a connu une autre fermeture tout aussi symbolique. Du fond de sa crique, Ferran Adrià a fermé ce qui restera comme le restaurant le plus important, le plus inventif et le plus révolutionnaire du siècle dernier et du début du présent.
On aime ou pas, on peut même détester, mais le chef catalan, de L'Hospitalet de Llobregat, aura marqué de manière indélébile le monde de la gastronomie.
C'est en pleine gloire qu'Adrià a décidé de mettre la clef sous la porte la même année que la fermeture de la Monumental, mais dans un contexte totalement opposé.
La Catalogne est donc un paradis gastronomique, incontournable.
En continuant après Barcelone vous arrivez à Tarragona, le pays de la chartreuse et des grands rouges du Priorat. Là, on bifurque en direction de l'intérieur des terres.
Autre adresse hallucinante et improbable, à Falset, juste avant Gratallops, en plein vignoble : El Celler de l'Àspic.
Le chef Toni est un ami d’Alain Graillot, la star de Crozes-Hermitage qui vient conseiller ici un domaine local : le Clos Figueras. Ça donne une idée du niveau.
Chez Toni aussi les prix des vins sont tellement sages que l'on ose en abuser. Dans l’assiette rien d'inventif ou de délirant, mais une cuisine du marché très nette, savoureuse, en parfaite adéquation avec les grands vins d'ici, servis au verre très copieusement. Ça devrait enchanter François Simon un endroit pareil, généreux, accueillant, au final jouissif de simplicité.
Et il faut bien se rendre à l’évidence, ce type d’adresse n'a pas d'équivalent en France.
La Catalogne est donc un paradis, gastronomique à défaut d’être un paradis taurin, un paradis sur la route du Levante et des bous al carrer.

El Celler de l'Àspic :: Toni Bru | Clos Figueras | Domaine Graillot | El Bulli :: Ferran Adrià

El Puig



06 octobre 2011

36


En Catalogne ça s'appelle correbus, dans le Levante bous al carrer.
Le Levante n'est pas la Catalogne, même si vu de loin ça peut y ressembler.
Et lorsque je fais remarquer que le valencien et le catalan, eh bien ma foi, c'est un peu du pareil au même, Florent m'arrête tout net.
— Ça, François, ici, tu as le droit de le penser, mais certainement pas de le dire.

Il paraît que la Catalogne voudrait bien annexer le Levante, si j'ai bien tout pigé. Mais comme je m'en fous un peu...
Albert de Juan en rigole et le prend très à son aise. Il s'en moque Albert de ces considérations.
Albert est ici incontournable. Albert est une sorte de clef, qui peut vous ouvrir l’univers du bous al carrer. Car même si le bous al carrer est quelque chose de totalement gratuit et libre, mieux vaut débarquer ici avec quelques clefs.
Mais, sinon, c’est libre, totalement libre. Vous pouvez y venir le plus tranquillement du monde vous y jouer la vie, gratuitement.

— Albert, il y a des élevages qui ont plus la cote que d’autres pour la rue ?
— Oui, bien sûr. Cuadri par exemple est très coté.
— Ah bon... Cuadri ?
— Oui, les Cuadri. Ils sortent très braves, agressifs, infatigables.
— Braves dans la rue ? La bravoure dans la rue, tu m’excuseras, mais...
— Oui, oui, braves ! Tu verras vite les toros qui sont bons et les autres. Et tu comprendras.

Hector acquiesce. Cuadri, oui, Cuadri.
Hector, c’est Hector Orobal Martín, dix-sept ans à peine, élève de l’école taurine de Valencia et fondu de bous al carrer. Je demande à Hector de me confirmer qu’il adore bien Cuadri, et je m’étonne de tant d’enthousiasme pour les toracos de Fernando — un élève d’une école taurine qui adore Cuadri, ce n’est pas commun. Éclat de rire général : c’est qu’il ne s’y est pas encore mis devant !

Albert me regarde dubitativement changer de film, étonné.
— Tu fais combien de photos avec ça ?
— 36. Ce sont des pellicules de 36.
— 36 ! Moi, je fais ça en une minute. Et ça n’existe pas des pellicules de plus de 36 pauses ?
Albert est loin d’être idiot. Il va prochainement intégrer une école prestigieuse pour devenir photographe. Albert a juste vingt ans de moins que moi.