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23 avril 2012

« Ivoire brisé » sur fond orange


L'oubli. Il ne nous en voudra pas le Ciego. Oublier, s'oublier, ça va bien au flamenco, non ? À la poésie aussi, ça fait pas un pli… de page. Nous avions oublié. Pourtant, il trône sur ma bibliothèque au centre, au milieu, orange parmi le blanc, orange sur les tranches de livres. Je le vois tous les jours, je le lis souvent, je m'y oublie facilement.

Il faut ouvrir ce livre parce que « de l'autre côté de la porte / le temps comptait la vie / et la mort dans la vulve de l'horloge Coppel ».

Ludovic Pautier a écrit ces poèmes ; j'aime.


>>>
Ludovic Pautier, Ivoire brisé. Poésie & flamenco, Éditions Atelier Baie, 2012, 10,14 €.

Lien Le blog du Ciego : Los pinchos del Ciego.

17 octobre 2011

Balada Flamenca


Ce jeudi 20 novembre sortira officiellement le bébé de l’ami Ludo, sa Balada Flamenca. Nous en reparlerons, évidemment, lorsque nous l'aurons en main.
Pour l’heure, Ludo nous offre cet extrait sur Rocío Molina avec la photo de son compère Jean-Louis Duzert.

FRAGMENT, Rocío Molina
Quand on aperçoit Rocío Molina pour la première fois, on est sidéré par sa plastique. Elle paraît née du pinceau de Diego Velázquez qui aurait fait voler les jupons et ses arceaux. Car si Carmen Amaya osa le pantalon — non pas celui du boléro, mais le masculin, droit, austère, pli impeccable tranchant dans le vestiaire des bailaoras — Rocío Molina suspend robe de cuir et bikini sur les cintres d’une présence presque chimique : elle semble le précipité de sa propre technique, élevée à sa plus haute expérimentation. Mais elle n’en joue pas. Au contraire, elle poursuit le sens nécessaire pour que la forme impitoyable qu’est l’apprentissage de la maîtrise des codes métamorphose en sensualité la jonction de ses doutes, de sa mélancolie, de son rapport à l’altérité. De fait, dans le miroir contemporain qu’elle nous tend, elle paraît inclassable : une énergie transcende la lumière intérieure qu’elle projette pour mieux accéder aux valeurs du temps qui passe. Sa force défie les équilibres, et, acrobate, intègre la patine des écoles classiques, toute l’histoire de la danse flamenca, à une démarche qui embrasse les horizons d’autres espaces.
Sur scène, Rocío allume un cigarillo et souffle la fumée ; elle suit les courbes des volutes qui soulignent, mieux qu’un braceo alambiqué, sa liberté et son ingénuité puisées au flamenco minéral et ancestral. Elle pense — peut-être — vouloir connaître « autant de figures de danse / que la mer dans la nuit a de flots orageux »*.
Alors, inspirée, elle repart. Rocío danse avec son destin.
Ludovic Pautier

* Alexandrins de Phrynichos, dans une traduction de Marguerite Yourcenar.

>>> Jean-Louis Duzert (photographies), Ludovic Pautier (textes), Balada Flamenca, Éditions de l'Atelier in8, 2011, 216 p., 30 €.

01 juillet 2011

Du beau monde au Moun


Mont-de-Marsan accueille depuis le 24 juin et jusqu'au 17 septembre prochain une quarantaine de toiles du peintre vicois Jean-Paul Chambas1. Cette exposition de grands formats est accompagnée d'une autre, itinérante celle-ci2, composée de « 70 dessins, croquis, études, petits formats et photos qui plongent dans l'univers de Chambas et de ses passions : portraits, poésie, littérature, tauromachie, théâtre, etc. ».

À évoquer Chambas et ses passions, on ne peut pas ne pas mentionner la musique et son talent d'affichiste. Auteur de nombreuses affiches (Théâtre Nanterre-Amandiers, Festival d'Avignon...), Jean-Paul Chambas réalisa à plusieurs reprises celle du festival de salsa Tempo Latino qui, chaque année en plein été, fait vibrer les arènes de Vic au son des cuivres et des congas... Dites, les gars, l'année prochaine, je le réserve pour mai ou pour juillet le gîte ?

À citer une des dates du programme estival de Mont-de-Marsan, on doit oublier la programmation taurine de la Madeleine (et se concentrer sur la fête), mais il serait plus que dommage de passer sous silence les expositions proposées dans le cadre d'Arte Flamenco (Les Mauvais garçons, l'exposition Balada Flamenca se poursuivent jusqu'au 29 juillet), ainsi que le concert-performance (nocturne & gratuit) donné par Agujetas et son guitariste sur les berges de la Midouze en clôture du festival...

1 Au Centre d'art contemporain Raymond Farbos (05 58 75 55 84).
2 À Uchacq-et-Parentis du 1er au 20 juillet (05 55 75 46 46), puis à Bougue du 22 juillet au 14 août (05 58 52 92 13).

Affiche © Jean-Paul Chambas

24 juin 2011

Balada Flamenca


Ludo, Ludovic Pautier, le Ciego. Vous le connaissez, évidemment. Un trublion incontournable de la blogosphère taurine et flamenca.
Eh bien le Ciego, avec Jean Louis Duzert, photographe, est en train de nous commettre une Balada Flamenca.
Pour l’instant nous n’en savons guère plus. Mais nous y reviendrons, assurément, en temps et en heure. En attendant, et pour vous mettre l’eau à la bouche, vous cliquez sur la photo... La couverture, déjà...
Affaire à suivre, de très près, bien sûr.
¡Enhorabuena Ludo!

19 juin 2010

Trait flamenco


Malgré une chaleur étouffante, et parce que vous avez deux lettres à poster en urgence, vous décidez de faire prendre l'air à votre chère petite tête blonde qui n'en demandait pas tant. La poste centrale, en retrait du boulevard circulaire, offre un excellent point de départ pour une excursion dans l'hyper-centre ; vous abandonnez les joueurs de boules à l'ombre des platanes et du monument aux morts, visez le Café (branché) de la Poste et vous engouffrez rue Gambetta dont l'agitation piétonne et automobile vous ferait presque oublier que vous vivez dans une sous-préfecture. Arrivé à l'angle de la massive et romane collégiale Saint-Martin (appelé Martin l'Espagnol car né en Espagne et lapidé à Brive au Ve siècle), vous prenez la rue du Docteur-Massénat et ses trottoirs pavés où vous ne tardez pas à croiser une jeune fille au violoncelle et un jeune homme à la guitare. Vous poussez la porte du conservatoire qui met à votre disposition une salle d'attente fraîche, clinique et déserte que votre bambin s'empresse de réagencer à sa guise — attention, ça déménage ! Vous avez juste le temps de saisir un programme du Festival d'Avignon et un autre d'Arte Flamenco de Mont-de-Marsan, sans oublier le bras du « petit monstre », que vous rejoignez vite fait la poussette garée dans la cour et fuyez... De retour (au calme), tandis que le minot dévore sa compote pommes-bananes (une orgie), vous consultez votre maigre récolte. Vu l'épaisseur du programme de la cité des Papes, vous retardez sa lecture en soirée.

Mont-de-Marsan, donc, et « 3 sourires 3 » : un pour la qualité du visuel du festival 2010 que l'on doit à l'illustratrice Amélie Fontaine, élève de l'École nationale supérieure des arts décoratifs (Ensad), et qui devrait consoler ceux chagrinés par celui offert à cette pauvre Madeleine ; un autre pour la présence le jeudi 8 juillet du guitariste Moraíto Chico, fidèle d'entre les fidèles de notre cantaor préféré, j'ai nommé Agujetas1 — ce soir-là, c'est La Macanita de Jerez, comme Agujetas, et du quartier Santiago, comme Moraíto, qui fera gronder l'orage dans le ciel montois ; et un dernier pour la tenue d'une exposition2 réunissant pas moins de 150 photographies de plus de 70 photographes parmi lesquels Brassaï, Capa, Cartier-Bresson, et cetera.

Mon fiston aussi est tout sourire, il vient de balancer son reste de compote sur le parquet que je n'ai pas encore eu le temps de vitrifier. Pff...

1 S'il vous plaît, (re)lisez ce « Agujetas ».
2 Promise par le Ciego il y a déjà deux mois. À noter également la résidence de Christophe Dabitch et de Benjamin Flao — Mauvais Garçons, Solea 1 & Solea 2, Futuropolis, 2009 — avec lesquels rendez-vous est pris pour l'édition 2011 du festival.

Exposition Prohibido el cante. Flamenco y Fotografía au musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan, du 5 au 30 juillet 2010, de 10 h à 19 h du 5 au 9 juillet, de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h les autres jours.

Image Amélie Fontaine © Arte Flamenco

24 novembre 2009

Ida y vuelta, correspondance flamenca y madrileña... (III)


Nous continuons nos pérégrinations flamencas en compagnie du Ciego, qui revient sur Juan Ramírez, pour commencer...

« François,

Comme l’a si bien rappelé Yannick, Juan Ramírez est camelot, ou le fut. Il vend des chemises ce qui n’a rien d’étonnant pour un gitan car il y a une expression chez eux, « partirse la camisa », dont l’emploi correspond à cette acmé où un cantaor, un danseur, réussissent à atteindre les marges où se tient ce détraqué de duende. Il faut bien les remplacer, ensuite, ces chemises saccagées ! Alors un des leurs qui en vend, c’est une aubaine, non ? Lors du rite du mariage, les proches des époux n’hésitent pas non plus à mettre en morceaux leurs liquettes sous le coup de l’émotion incontenable que peut engendrer un moment si important pour la communauté.
Liens, rites, commnauté.
C‘est certainement ce que tu as senti en allant flâner dans les à-côtés de Casa Patas.
Tiens, il y a cette letra que chante Camarón qui surgit, évidente. Elle dit :
« Soy gitano / y vengo a tu casamiento / a partirme la camisa / que es la unica que tengo ». Il enregistra en 1989, soit quatre ans avant sa disparition, ce cante por tango avec le Royal Philarmonic Orchestra de Londres. Hérésie ? Jacques Bacarisse disait toujours que le plus beau disque de pasos taurins que sa mélomane oreille avait entendu, était né des instruments de ces mêmes musiciens perfides et d’Albion. Comme quoi…
Soy gitano n’est pas le dernier album qu’enregistra le blond de La Isla de San Fernando. L’ultime s’intitule Potro de rabia y miel et pour celui-là, Paco et Tomatito s’étaient donnés le mot, celui de la nécessité des nécessités, car ils soupçonnaient déjà qu’il n’y aurait peut-être pas d’autre occasion de réunir ce cercle intime et somptueux autour de la figure qui relevait déjà du mythe mais que le mal taraudait.
Potro… fut enregistré à Barcelone en 1991. Le 25 janvier de l’année suivante Camarón donnait son ultime concert au San Juan Evangelista (c’est une salle de l’université de Madrid, les fidèles de l’endroit l’appellent « El Johnny »). Le 4 juillet il s’éteignait.
Douleur de bronze et d’osier quand j’y repense.
Sur Potro… il y a quelques morceaux où on entend un zapateado. C’est presque un orage crépusculaire. Sur la pochette intérieure on lit : « Baile : Ramírez ». Oui, François, Juan Ramírez el grande, celui que vous avez vu de vos yeux vus.
Au fait, j’ai relu le post des pinchos où je parlais du bar Candela. S’y lisait un grain de nostalgie. « Es que somos antiguos » m’a confié l’autre jour mon cher Sol y Moscas.
Peut-être. Je ne sais pas.
Mais depuis ce temps j’ai réussi à percer un mystère : l’homme à la doudoune bleue, l’arpenteur compulsif comme j’aime à l’appeler, un peu « lolo » et te demandant à tout bout de champ si tu as du feu, qui t’engueule parfois et qui semble être chez lui telle une ablette dans un trou d’eau, eh bien je sais qui c’est : c’est « El Molilo » alias Pepito Carbonell, le frère du guitariste « El Bola » qui, amoureux fou d’une Heredia - La Manuela -, se vit délaissé par cette dernière parce qu’elle était amoureuse d’un « primo hermano ». Depuis le Molilo déraisonne, c’est certain, mais chacun, dans ce monde où la maladie et les afflictions sont terriblement redoutées, respecte son égarement.
La Manuela, c’est la fille du « Farruco » né dans la banlieue de Madrid à Pozuelo de Alarcón. Lui, c’est ce bailaor génial qu’on voit dans le Flamenco de Carlos Saura sur une solea chantée par le « Chocolate ». « Farruco », que d’aucuns pourraient qualifier de laid et difforme, quand il mettait sa « pataita », c’est-à-dire son coup de jambe gitan pour un défi au temps et à l’espace, il en finissait pourtant avec tout le monde. « Acababa con todos ».
On pouvait continuer la juerga pendant des jours, son passage était gravé à jamais dans les rétines.
Note qu’on a failli le perdre puisqu’il avait décidé de ne plus jamais danser suite au décès d’un de ses fils « El Farruquito ».
Il garda pendant très longtemps le deuil a lo gitano : sans se couper les cheveux ni la barbe, pas plus que les ongles. Ce sont ses filles qui réussirent à le convaincre en lui montrant que le petit-fils, Juan, avait le talent pour reprendre le flambeau. C’est lui aujourd’hui qui danse sous l’apodo de « Farruquito ». Antonio, son grand-père, est allé rejoindre l’enfant bien-aimé et trop tôt ravi en 1997. Il reste encore aujourd’hui l’archétype du danseur d’instinct, presque animal. Un bicho.

Tu vois, François, dès qu’on s’enfonce dans les mythes et les morts chez les flamencos, on n’en sort plus. C’est que cet art sans alphabet a besoin d’énormément se raconter et se souvenir pour survivre.
Alors on peut se dire que, modestement, avec cette correspondance virtuelle, nous perpétuons une tradition.

Bien à toi,
Ludo »

14 octobre 2009

Ida y vuelta, correspondance flamenca y madrileña... (II)


Mon Cher Ludo,

Je t’envoie quelques photos de Juan Ramírez dont nous a si bien parlé Yannick. Bien sûr, tu m’avais dit sa grandeur, sa personnalité et son talent. Begoña également s’était réjouit que nous ayons cette opportunité de le voir danser. Bego le compare, un peu, à Luis de Pauloba.
Pour le grand public Luis de Pauloba est un inconnu, mais pour les aficionados évidemment… Muchas cosas.
Juan Ramírez. Finalement, en tout cas pour moi, c’est un peu comme les grands vins. On a beau t’expliquer que c’est grand, que c’est ceci ou cela, tant que tu ne l’as pas goûté et appréhendé toi-même, cela demeure une émotion par procuration, trop virtuelle.
A propos du « personal » du Patas actuel comme tu dis, c’est encore Yannick qui a eu cette idée si évidente qu’un jour il nous faudra présenter ici Bego. Comment n’y ai-je pas pensé avant ?
Bego, il faut voir. Il faut la voir avec les "artistas" comme elle les appelle. Tu as l’impression qu'elle est un peu leur seconde mère. Au départ, ils te regardent curieusement. On les devine même méfiants. Mais dès qu’on te présente comme un ami de la Bego, alors là un monde s’ouvre.
Le samedi, j’ai passé la matinée dans les entrailles du Patas, ces salles des étages qui ne sont pas ouvertes ou public. J'adore y écouter les danseurs qui répètent. Oui, écouter les danseurs. Martín en rigole et me traite de guiri.
Il y a avait là Juan de Juan, avec pour spectateur très particulier Fran Rivera et son actuelle, ou sa nouvelle ou je ne sais trop quoi qui ne doit pas encore trop se savoir. Il paraît que le niño de las bombas, lorsqu'il m’a vu sortir le Nikon, il a eu plus peur que si un miura avait débarqué. L’espace d’un instant je me suis senti paparazzi. Une drôle de sensation… Tu shootes, ça sera mauvais, mais le banquier sera content.
Je n’ai évidemment pas osé. Pas l’envie de toute façon et pas d’intérêt pour Fran Rivera comme ils l’appellent ici.
Plus intéressant, j’y ai croisé Luismi Manzano, ce guitariste avec lequel nous avions pratiqué le callejeo l’an passé avant de finir la nuit chez Bego. J’ai pu photographier le bout de ses doigts. Il se préparait pour une soirée "Sangre Nueva - Jovenes Flamencos". Ce sera au Teatro Español, plaza de Santa Ana, le samedi 23 octobre prochain.
Il doit y jouer pour une jeune danseuse, Miryam Reimúndez Rodrigo, « La Arquilleja ». Ils m’ont invité mais je ne pourrai hélas en être. J’ai passé la matinée avec eux et j’ai pu photographier à loisir. Un bonheur. A très bientôt.

13 octobre 2009

À Saint-Sever, en novembre


Le programme est long ! Il est même écrit en tout petit sur leur site mais y'a soirée relâche le jeudi 12 novembre. Ça va causer de toros parce que ça s'appelle la Semaine taurino-culturelle (la 25e paraît-il) mais la culture taurine a bon dos quand il ne s'agit ni plus ni moins que de rassembler des copains vieux de toujours autour d'une glutte (ne t'énerve pas Ciego, je sais que vous boirez aussi du vin...) d'arrière saison. Alors les conférences, les rastros taurins et autres vernissages, ce n'est pas à nous que vous la ferez les gars !
En lisant les toutes petites lettres, on découvre qu'il y aura une soirée débat avec Juan Sánchez-Fabrés, María Jesús Gualda (El Añadío) et Mariano Cifuentes, débat évidemment tourné autour de l'encaste Coquilla. Ce sera d'ailleurs une novillada non piquée de Mariano Cifuentes qui sera lidiée le mercredi 11 novembre à 16 heures aux arènes de Morlanne.
En s'approchant encore des petites lettres, ils vont se faire du cinéma avec le film La main bleue de Floreal Peleato qui, dixit le synopsis, "décrit le processus créatif chez Mathieu Sodore lors de la réalisation d’une série de grands formats inspirés par certains chants flamencos". Et c'est justement une oeuvre de Mathieu Sodore qu'on a volontairement emprunté sur le blog du Ciego... On salue les deux et les autres !

Ça se passera à Saint-Sever du 5 au 14 novembre 2009, organisé par la Peña Jeune Aficion avec la présence des habituels buveurs de gluttes d'arrière-saison... À la vôtre !

12 octobre 2009

Ida y vuelta, correspondance flamenca y madrileña...


Avant de partir pour Madrid j’ai écrit au Ciego pour une Ida y Vuelta madrilène. Je lui annonçais que nous allions y voir danser Juan Ramírez. Je ne savais pas encore que nous allions être à ce point subjugués par la puissance de Paloma Fantoba. Yannick nous en a parlé dans son ¡Viva la casta y el flamenco!. Et moi j’ai perdu mon texte, périmé sans doute. Nous sommes allés à Madrid et Ludo nous y a suivis, par la pensée. Inutile de toute façon de s’étendre… inutilement. Laissons plutôt la parole à Ludo.

« Cher François,

J’ai pris un peu de retard pour te répondre.
Le samedi 3 octobre j’ai allumé l’ordi, j’ai acheté la course de Núñez del Cuvillo en « tu paies-pour-voir » et j’ai cliqué sur le lien vers 17 h et des miettes.
A l’apparition venteña dans l’écran, comme à chaque fois j’ai pris un coup dans les bas morceaux : la foule jusqu’aux drapeaux, ce ciel sans égal, la précision du soleil et de l’ombre, le run run de Madrid… J’ai fermé les yeux…
J’étais au bar de Tony à manger des mollejas et des zarajos. Je pensais : loin le temps où ensuite on partait en métro Barrio de Legazpi, calle Canarias. Là, dans un sotano qui sentait la ducados dès le trottoir on venait écouter les plus grands et les plus humbles du cante.
Deux chaises canées, pas de micro. Ton voisin au bar qui laissait précipitamment sa bière, qui s’approchait et qui s’installait à côté d’« El Mami », le tocaor de la casa. Ce type en pantalon de toile et en bottines, avec sa chemise ouverte et ses mains pleines de cals, il se mettait à dire la solea. Ou la taranta. Deux, trois chants, pas plus. Un filet de voix, des aptitudes vocales réduites, mais un savoir, une profondeur et la grandeur dans sa sécheresse. Puis le même revenait finir sa San Miguel un peu tiède.
Ensuite passaient les plus grands. Qui venait à Madrid pour enregistrer ou donner un concert ne pouvait faillir à la peña Chaquetón. Tout ça c’est bien fini. Mais les socios sont toujours là, disséminés mais parvenant à faire perdurer l’esprit de cette époque en organisant des noches de cante à la sala El Juglar , calle del Olmo, à Lavapiés. Je t’en reparlerai.
Lavapiés, calle del Olmo… Tiens, c’est justement là où on finissait ensuite. Au bar Candela, du nom de son proprio, Miguel Candela, décédé il y un an et demi, dans des circonstances un peu mystérieuses, son corps retrouvé sans vie au petit matin, lui, le granadino, ami d’enrique Morente et de tant d’autres, qui accueillit toute une génération d’artistes quand la movida de Tierno Galván offrait un vrai souffle , un appel d’air (mais j’avais déjà parlé du Candela dans un post des pinchos) .
En ce temps-là les « fundas » des guitaristes occupaient plus de place le long du bar que les consommateurs de bibine.
Miguel, qui fermait la place sans jamais oublier de lancer à la cantonade « Señores, vamos a acostarnos, que nada es eterno », jouissait de l’amitié des plus grands et des plus humbles. Parce qu’ils les a tous, un jour ou l’autre, réconfortés, nourris et fait rire un bon coup : de Camarón au Cigala en passant par les sœurs d’Utrera, La Fernanda y La Bernarda.
Il faisait partie des « catalyseurs invisibles » du flamenco comme le rappelait Miguel Mora dans la nécro d'El País

J’ouvre les yeux.
Aparicio tente un quite sur le sixième taureau, le dernier, le second de Castella. Aparicio, le fils de Malena Loreto, gitana y bailaora, est conspué. Madrid ! Es-tu devenue folle, ou pire, idiote ?
La retransmission s’achève. J’imagine que vous vous préparez pour aller à Casa Patas.
C’était quoi le « patas » avant d’être ce lieu où se mélangent avec élégance et bonhomie, les sabios et les guiris ?
C'était il y a plus de 30 ans, je crois, une bodega qui avait tout du vieux rafiot se préparant à partir à la casse avec à sa tête un galicien, El Rufo, plus dangereux que la mer elle-même. Ceci expliquant certainement cela.
Mais il sut prendre le virage du « cante ». Les premiers artistes qui investirent le local furent ceux de la famille Carbonell avec dans leur besace Zaira, jeune, belle et prometteuse chanteuse mais qui a malheureusement fini sous les sabots du « cheval » des excès.
Puis ce furent « los Pelaos », grande famille originaire de Jerez et installée à Madrid depuis plus d’un siècle et qui a donné ses lettres de noblesse au baile por farruca jusqu’à Antonio Gades. Au milieu de tout cela, un cantaor , plus connu pour ses dons de négociations avec le monde si libre et si compliqué de la « flamencura andante » : Antonio Benamargo.
Et puis aujourd’hui… Eh bien aujourd’hui tu connais mieux que moi « el personal » !

Mais je ne dirais pas la vérité si à travers ce petit, tout petit balayage, de la tradition jonda dans la villa y corte, je ne mentionnais pas une des sources de toutes ces histoires parce qu’elle a participé à l’émergence de ce haut lieu. C’est mon amie Carmen Esteban, celle-là même qui a écrit ce si beau livre sur Lupe Sino l’amante de Manolete, proche de José Tomás et de Sabina, qui m’a dernièrement raconté, justement, cette anecdote sur « los Pelaos » : Un matin , Plaza Tirso De Molina, elle et Juan Verdu rencontrent El Fati, un des fils de « Pelao el viejo » qui fut guitariste de l’incommensurable danseuse Carmen Amaya (c’est elle qui lui donna son apodo de Pelao parce qu’il avait… beaucoup de cheveux !). El Fati avait un penchant pour la bouteille et, ce jour-là, en sortant un flacon de dessous le manteau qui prouvait qu’il avait passé « la noche en vela » en faisant la ronda de juergas nocturnes de la capitale, il leur dit, superbement et avec l’air de celui qui a la formule définitive : « Sobrinos, el baile se ha 'acabao', ahora los gitanos bailan que parecen máquinas de cosé ». (« les amis, el baile c’est "foutu", maintenant les gitans dansent d’une telle façon qu’on dirait des machines à coudre. »)

Allez, je vais aller chercher un verre et brindar à Madrid, Chaquetón, Candela, los Carbonell, Aparicio y su madre, Morante de la Puebla Del Río, Carmen, Benamargo, Verdu, los Pelaos et à vous qui devaient faire, veinards !, de même à La Venencia avec une petite douche de manzanilla.

Bien à toi,
Ludo »

PS Une galerie est consacrée à Paloma Fantoba sur la page Flickr de ma pomme. Je vous parlerai du reste une autre fois.

07 octobre 2009

¡Viva la casta y el flamenco!


L'incongruité de ce cri du cœur, en plein milieu d’un tablao totalement renversé par le talent, le don de soi, l’art et, oui, la caste d’une danseuse et d’un danseur de flamenco, ne m’est apparue que tardivement, dans le taxi battu par un torrent de pluie qui me ramenait de l’aéroport. Il devait être aux alentours d’une heure du matin, et le malaise ressenti en promenant nos pas calle de Alcalá avait fini de s’estomper et de se dissoudre lentement dans le chant inspiré, le frottement des cordes et le martellement convulsif d’un sol de bois usé déjà de tant d’outrages. Le sable de Las Ventas n’était plus qu’un lointain et dérangeant souvenir, entièrement recouvert par le parquet de cette salle dans le quartier de Lavapiés.

Six toros de Núñez del Cuvillo venaient d’offrir leur silhouette anovillada et leur bonté enjouée à trois matadors dont ce type d’adversaires forme le quotidien, faisant varier le nôtre du pensum pour aficionado à l’enthousiasme mesuré. Deux artistes ou supposés tels, et un torero moderne. Ce jour-là, les deux premiers ne firent pas briller leur corps – épuisé sans doute par de lointains affrontements pour l’un, aboulique allez savoir pourquoi pour l’autre – de ces étincelles d’art précieuses qui émaillent parfois leurs apparitions. Le dernier gratifia un public venu nombreux sous un soleil de plomb d’une faena techniquement parfaite, comprenant deux séries gauchères dotées d’une profondeur que nous ne lui connaissions pas, et que beaucoup parmi nous contestèrent d’ailleurs.

La routine, sans doute. Sauf que dans notre imaginaire naïf, Madrid demeurait cette place où la présentation du taureau de combat est superlative, où l’on ne fait pas tomber les mouchoirs comme les feuilles l’automne venu après une mise à mort défectueuse, où l’on ne réclame pas à cors et à cris la vuelta al ruedo pour un toro tel ce troisième. Quelques contestations s’élevèrent bien ici et là, vite étouffées par des applaudissements frénétiques qui contribuèrent bien plus à notre vague à l’âme que l’octroi certes excessif de trophées récompensant une prestation finalement bonne, à mon très humble avis.

Madrid es mucho Madrid. Oui, sans doute. Mais il fallut pour nous en convaincre bien plus que cette tarde irrémédiablement vouée à l’oubli, dénotant un virage dont plus d’un voit déjà se dessiner le caractère inéluctable.

Il fallut que la nuit panse nos plaies, et que la dégaine improbable de Juan Ramírez surgisse de derrière le rideau. Costume de tergal rose Haribo, chemise verte, une fraise tout droit sortie du jardin de papi. Le danseur traine son âme d’artiste sur les marchés poussiéreux où il vend des chemises, peut-être semblables à celles qu’il arbore lorsqu’il monte sur scène. Quelques sourires se dessinent sur les lèvres, quelques regards moqueurs s’échangent, le temps pour Juan de prendre ses marques et de s’installer dans un monde dont on devine au premier regard, la surprise passée, qu’il nous sera à jamais inaccessible. Une poignée de minutes se sont écoulées, et personne ne songe plus à railler qui que ce soit. Chacun se sent plus riche de quelque chose, sans trop savoir de quoi. Tenter de décrire les émotions communiquées par le bailaor serait un pis-aller, bien au-delà de mes maigres connaissances et de toute façon parfaitement inutile.

Auxi Fernández et Paloma Fantoba distillent à leur tour, doucement d’abord, puis de façon quasi-incommensurable, toute l’étendue de leur talent. Autant le reconnaître, c’est la violence inouïe de Paloma qui a fini de nous subjuguer. C’est quand celle-ci eut achevé de nous faire basculer dans une intériorité confinant au jadis que ce spectateur, comme pour faire exploser des sentiments d’une force trop grande pour les contenir plus longtemps, se mit à hurler pour les partager avec tous.

¡Viva la casta y el flamenco!

Et soudain Madrid redevint Madrid. Juan et Paloma ont accompagné notre callejeo dans les rues du quartier, ont donné du goût aux verres que nous buvions, ont fait taire la musique que l’on diffusait dans les bars, et se sont même invités chez Begoña, leur visage trempé de sueur apparaissant tel un spectre sur le petit-écran de l’appareil photo.

Et ils nous ont redonné espoir jusqu’à ce que celui-ci vienne se fracasser contre quatre carcasses vides, moches, et deux sobreros. Instruits de nos récentes expériences, nous attendions peu de ces victorinos, mais tout de même, quand on a tant aimé, il faut bien passer par la haine, avant que n’arrive l’oubli. Face à eux, trois torerazos donnèrent tout ce qu’ils avaient, eux aussi. Tout. L’engagement, le classicisme et la toreria de Diego Urdiales demeureront, je veux le croire, imprimés sur la rétine des spectateurs qui remplissaient Ventas en ce jour jusqu’aux drapeaux. Je veux le croire malgré l’invitation incompréhensiblement timide à faire le tour du rond. Mais ensuite ?

Ensuite, Diego Urdiales continuera sans doute de se jouer la peau devant ces toros que d’autres, plus fortunés, ne veulent pas même voir en photo. Ignoré du grand public, si la chance ne lui sourit pas un jour, il poursuivra son chemin sur cette route de sang, de sueur et de larmes, pendant que Juan Ramírez vendra ses chemises, dans quelque village perdu.

A moins, bien sûr, que Madrid joue son rôle de faiseuse et défaiseuse de destins. En est-elle encore capable ?

22 mars 2009

Ida y vuelta, correspondance flamenca (V)


François,
Tu t'interroges sur les rapports entre afición a los toros et afición al flamenco.
Souvent on pense à la danse. Ce que je t'ai dit sur Javier Conde. Mais écoute ceci. C'est une anecdote et pourtant elle regorge d'échos qui peuvent expliquer pourquoi, intrinsèquement, le toreo est lié au cante. Il se trouve qu'Antoñete, Curro et Gitanillo de Triana décidèrent un jour d'enregistrer pour le montepio de toreros un disque de villancicos toreros. Les villancicos ce sont ces chants de Noël mais qu'on peut « cantar » por bulerías cadencées par le compas des palmas et de la zambomba. La zambomba c'est une sorte de « toupin » en terre cuite et recouverte d'une membrane qu'on fait vibrer en agitant un bout de bois passé par son centre. La rusticité magnifiée, avec un son de « voum voum » presque chamanique.
Donc nos trois compadres décident de se retrouver en studio pour graver des chants de nochebuena.
Gitanillo de Triana était en fait le frère du grand Gitanillo, mort de la gangrène laissée par la corne de 'Fandanguero' de Graciliano, et ce, dans d'atroces souffrances. Leur grand-père s'appelait Curro Puya (quel apodo !), cantaor qui dirigea, selon la légende populaire, les révoltes dans le barrio trianero car il était aussi réputé pour son cante que pour sa vaillance. Une letra le magnifie : "me llamo curro puya/por la tierra y por el mar/y en llegando a la taberna/la piedra fundamental".

On la trouve aussi sous cette forme :
" En el barrio de Triana
se han echao a temblar
cuando yegó Curro Puya,
la piedra .fundamental."


En tout les cas c'est une tona. Un chant a palo seco, sans guitare, un des plus archaïques, un de ceux qui préexistent à tout accompagnement instrumental autre que celui des pauvres d'entre les dépenaillés : "los nudillos" (compas, rythme donné par les coups des doigts repliés sur la table du café, du bistro, de la taverne, de l'arrière-cour familiale...).
La légende attachée à ce nom se perpétua puisque le fameux Gitanillo ("Est-ce que ton coeur s'arrête aussi quand tu torées Gitanillo ?" lui écrivit Corrochano) portait aussi le surnom de Curro Puya.
Donc, tous les matins, Antoñete passait chercher Gitanillo qui invariablement depuis le premier jour lui disait :"monte, on va boire un machaco (anis Machaquito, cépage matalahuga, mortal pero buenísimoooo !) comme doivent le faire les bons avant de commencer à chanter".
On imagine la suite... ainsi, invariablement, ils arrivaient complètement "moraos", calcinés (tiens on dit aussi "ciego") au studio où un Curro Romero imperturbable (il avait promis de ne plus boire par amour paraît-il) les attendait pour finalement reporter au lendemain le même inextinguible scénario.
Au bout d'un mois et demi l'enregistrement vit enfin le jour. Et le disque existe. En voici la portada . Cette entreprise bohème mais tenace, laisse voir la trame de cette union picaresque et viscérale entre los flamencos et los del toreo qui s'est toujours tissée depuis les origines.
Tu vois, je crois que, quand Antoñete tourna sa demi-véronique historique au toro blanc de Madrid, il y mit certainement tout l'arrondi des verres qu'il éclusa avec Gitanillo en l'écoutant, j'imagine, lui raconter la légende de Curro Puya dans l'histoire commune entre taureaux et chant.
Cette histoire fut narrée par Chenel lui-même dans un numéro spécial de la défunte revue "La Caña". Un numéro "Toros y Flamenco". Sur la couverture on voyait la version colorisée de maolo caracol (famille des Ortega, parent des Gallos, sa tante c'était la Gabriela, la mère de Joselito) toréant de salon sous l'œil de Paco Camino. ¿Pedazo de foto, no, fotógrafo?
Bien à toi,
Ludo

16 mars 2009

Ida y vuelta, correspondance flamenca (IV)


Ludo, tu trouveras en pièce jointe une nouvelle série de photographies. Ce coup-ci c'est Antonio Rey. L’autre fois, j'ai oublié de te dire, Diego Carrasco a rendu hommage à Ramón de Algeciras (frère aîné de Paco de Lucia) décédé le jour même. Antonio Rey en a fait de même.
Lorsqu'ils ont annoncé la disparition d'un grand de la famille du flamenco j'ai d'abord pensé à Chano Lobato qui est, parait-il, très malade. Je l'avais vu l'an passé à Nîmes et ça avait été très émouvant. J'ai pensé à lui car je venais d'en discuter avec
Paco Sánchez un photographe espagnol habitué du festival de Nîmes. Je ne sais pas si tu le connais. Il est très gentil. Nous avons pas mal discuté. Il est de Séville mais il n'aime pas les corridas figure-toi. Par contre, lorsque je lui ai dit que nous allions peut-être avoir la possibilité de photographier Agujetas, alors là son visage s'est éclairé et il m'a sorti un truc dans le genre : «Ah oui, mais là, Agujetas, c'est un peu comme si on parlait d'Antoñete tu vois.».
Je ne sais pas trop si on peut établir un parallèle entre Antoñete et Agujetas. Tu me diras. D'ailleurs, il n'a peut-être pas voulu établir un véritable parallèle, simplement évoquer deux personnalités hors du commun.
Un abrazo.

François,
Je connaissais le travail de Paco Sánchez et je me suis déjà servi de photos tirées de son site (en le citant bien sûr) pour los pinchos. Ce qui est extraordinaire c'est la galerie de portraits qu'il a mise en ligne. Je ne parle pas de la qualité, je ne suis pas assez calé en photo, mais il a cadré des visages qui sont les incarnations de "personnages" du mundillo flamenco dont tu lis les noms dans les pochettes d'albums depuis ou qui circulent dans les cercles de "cabales", et ce depuis mille ans, des sortes de familiers sans visage, mais dont personnellement, je ne n'avais aucune idée pour te dire s'ils étaient borgnes ou barbichus, replètes ou élancées. Je me souviens qu'avant Internet, pendant très longtemps, je fus obligé d'imaginer la tête qu'avait Joaquín Vidal et figure-toi qu'une nuit je rêvais qu'il était... noir. Sa condition de critique passée à la moulinette de la vindicte des taurinos, son statut de paria flamboyant et puis cette écriture extraordinaire en avaient fait dans mon imagination l'égal d'un Edouard Glissant (pas Césaire, je savais qu'il ne pouvait y avoir corrélation d'âge, même dans mon subconscient !).
Sinon, Antonio Rey, de lui je sais peu. Alors je vais te parler d'un autre guitariste, cher au coeur des aficionados al flamenco, cher à leur coeur blessé, puisque celui dont j'évoque la mémoire a disparu, brutalement, sur une route en rentrant d'un récital. Je veux parler de Pedro Bacán. Bacán c'est Lebrija. Lebrija c'est un des tirants du triangle fondamental : Séville, Jerez y los puertos. Lebrija c'est un chant qui oscille entre l'envoûtement monocorde et l'improvisation festive sans éviter et sans oublier, voire revendiquer, les écueils de la non modernité. A savoir du figé, du "pringao", et de la personnalité. De l'identitaire et de l'ampleur, Bacán avait ressenti cela. Le carcan et ce qu'il devait à la tradition. Il était né sous l'étoile de l'émotion qui se nourrit des rencontres et des affects. Il tenait à clamer sa "lebrijanité" et en même temps il ne cessait, les doigts sur la guitare, d'en appeler aux bienfaits et aux respirations de l'ouverture, de la connaissance de l'altérité. Un homme de sagesse et de savoir, de certitude entouré de doutes, et inversement. Mais le dieu de bonté et d'amour du prochain n'existe que dans les évangiles, les tartuferies et les letras. La béance laissée par la disparition de Pedro Bacán n'est pas aisée à combler, à perpétuer et encore moins à fructifier. Reste son toque subtil de robe blanche ajourée pour laisser la chaleur, la lumière et les larmes des autres se faufiler entre ses doigts de corne de gazelle. Reste l'héritage à travers le flambeau de la voix de sa soeur, Ines. Penser à Pedro Bacán c'est mouiller l'arbre du chant. Parce que son influence devient empreinte liquide aujourd'hui. Sans crier gare, son album "Aluricán" laisse un frisson. C’est un testament novateur, un canevas pour écouter et sursauter de plaisir. Te hecho de menos Pedro. Va por ti.
Ludo

28 février 2009

Ida y vuelta, correspondance flamenca (III)


On en aurait presque honte à force. Un peu comme ces sites à la petite semaine qui passent le plus clair de leur temps à vous expliquer qu’un ennui technique les a empêchés de vous diffuser leurs infos pertinentes pendant les quinze derniers jours, que leur connexion WIFI, que leur petite santé, que leur maîtresse, que la voisine, etc., etc. Tout est bon pour justifier de l’irrégularité, logique au bout du compte, à mettre à jour un site lorsqu'on a le courage et l’ambition de le maintenir tout seul. Eh bien moi, c’est un peu pareil. Régulièrement un fracaso numérique vient contrarier mon quotidien. Mon disque dur portable, l’an passé à Vic, mon disque dur tout court il y a quelques semaines. Du coup, envolé le texte que j’avais écrit à Ludo quant à la prestation de Luís de Almería... Envolées mes impressions volatiles écrites sur le vif. Je me souviens avoir évoqué la difficulté de Luis avec sa voix. Un Luís de Almería en manque de sitio, mais avec un timbre et une puissance malgré tout impressionnants. Et Ludo m’avait répondu ce qui suit.

Tu m'envoies, cher François, des photos émouvantes de la noche qui a rassemblé La Rubia, bailaora de Marseille partie à Jerez, et Luis de Almería, Luis de la grande famille des Cortés dont les ancêtres émigrèrent de la ville dont l'adage dit : "Quand Almería était Almería, Grenade était sa métairie." En contrepoint on imagine en disant cela quelle misère ont dû quitter ceux qui déjà à l'époque s'obligeaient au déracinement. Comme Brice Hortefeux n'était pas encore né, pour une partie des Cortés, la sortie du miroir (c'est l'étymologie arabo-andalouse d'Almería « l-mariyat ») s'arrêta à Marseille, via l'Algérie, pour une partie d'entre eux. À Port-de-Bouc exactement. Et Luis est l'aîné des enfants, le grand frère. Celui qui le premier hérita du précipité de chant profond qui irrigue la voix des cinq frères Cortés qui aiment avec démesure s'asseoir sur une chaise et fermer les yeux mais ne tombent pas, ouvrent la main qui part chercher le coeur qui bat sous la chemise blanche et l'offre en morceaux en ouvrant l'éventail de leurs doigts à l'assistance qui suit la sinuosité de leurs lèvres agitées par une petite houle qu'on perçoit habiter quelque part entre le ventre et la gorge. La Piriñaca, La tía Anica, gitane de tablier aux mains de vaisselle et au chignon de névé, disait « cuando canto a gusto, me sabe la boca a sangre ». Ce petit goût de sang, Luis le cherche encore comme à chaque fois. Hier, il l'a sans doute laissé venir quand derrière ses yeux clos il a peut-être aperçu l'image floue de la route entre Almería et Port-de-Bouc. La joie et la peine montaient des talus et des môles. Si tu le croises, dis-lui que j'ai pensé à tout cela en le voyant sur tes photos.

26 février 2009

Agujetas


Il est venu, finalement. C’était improbable, presque incongru, mais il était bien là. Fébrilement, notre attente à peine trompée par la guitare virtuose d’une sorte d’Enrique Ponce de la musique flamenca, nous l’avions attendu.

Sa silhouette à la fois longue et massive a brusquement surgi de la pénombre de l’arrière-scène. En un instant, il était là, assis face à nous, sur sa chaise, un verre maladroitement posé à ses pieds finissant de répandre la moitié de son contenu sur le sol. A peine le temps de grommeler une blague, de lancer un grand rire gêné, comme pour tenter un peu gauchement de briser la glace entre lui et ce public tapi dans le noir, invisible, froid, saisi, presque hostile.

Son long visage taillé à grands coups de serpe — beau, d’une splendeur sauvage, animale atemporelle — s’est dessiné en demi-lune dans la pénombre, scrutant l’espace devant lui, deux secondes, peut-être trois, peut-être plus. Puis il l’a annoncé, d’une voix sèche et brève : « Bon, je vais chanter por solea. »

Une plainte rauque s’est élevée dans la nuit froide de Villejuif ; une voix forte, une voix puissante qui vous saisit avec brutalité, vous soulève en l’air comme une poupée de chiffon et vous balance sans ménagement au fond de votre siège. Vous restez pétrifié, hagard, hésitant entre la peur, l’angoisse et le ravissement. Puis les larmes montent. Inexorablement. Vous n’avez pas eu le temps de sortir de votre hébètement que déjà la solea s’achève dans un claquement.

Les applaudissements crépitent et l’on risque un œil vers le voisin : bon ok, il est aussi comme une serpillière ; c’est normal ; tout va bien. Un rire idiot, on souffle, deux monosyllabes tentent péniblement de trouver la porte de sortie.

La voix bourrue et maladroite, soudain sortie de sa fureur, tente de nous tirer la tête hors de l’eau. De nous dire que ce n’est rien, qu’il ne faut pas nous mettre dans un état pareil. Elle annonce à nouveau à la va-vite une seguiriya, un martinete, je ne sais plus dans quel ordre ; je m’en fous un peu beaucoup. Et ça repart. Ça recommence. Ça ne s’arrête pas. Combien de fois ?

Qu’étions-nous venus chercher au Théâtre Romain-Rolland, à Villejuif, dans le Val-de-Marne ? A-t-on idée d’aller là-bas en plein hiver, frémir de froid en déambulant entre les immeubles de brique, là-bas, ou là-haut, c’est selon, au bout de la ligne de métro ?
Je n’y ai jamais foutu les pieds, moi, à Villejuif, alors pour faire quoi, au juste ? Y retrouver un peu de chaleur au milieu de l’hiver roide ? Un peu d’Andalousie ? Et qu’est-ce que j’y connais, moi, au juste, au cante jondo ? Un refrain de Camarón sortant du poste de la voiture de Laurent, sur la route du campoAï como el aaaaa-agua, Aï como el aaaaa-a-agua… » et la Marisma défile, j’ai envie d’une clope, vision cinémascope) ; un roucoulement de la Niña de Los Peines entre deux grésillements ; le rugissement de Terremoto de Jerez surgissant des entrailles d’un enregistrement déglingué ; quelques minutes de duende au milieu de la vulgarité, dans un bar enfumé de Triana (dixième whisky-coca, j’ai plus envie de fumer mais je me force, ma jambe me fait souffrir, où est mon hôtel ?).

Alors quoi ? Peut-être une fois encore tenter la gageure du champ profond dans le Grand Nord, perdu dans l’anonymat d’une grande salle bien proprette. C’est sans doute ça.

Sauf que là, Manuel nous a montré son âme à nu, sortie tout droit de sa poitrine offerte au travers de sa chemise blanche immaculée, ouverte à tous, et surtout à chacun. Sait-il seulement chanter autrement, Manuel ? Sait-il seulement pousser la chansonnette, pour mettre un peu l’ambiance, faire danser la douairière en robe sévillane, sans trop forcer, là, à la cool, avec Paco plaquant trois accords mille fois éculés ?

« Je t’ai écrit une lettre. »

Manuel Agujetas ne sait ni lire ni écrire. Tapez « Agujetas » dans Google, et vous tomberez immanquablement sur je ne sais combien d’articles consacrés au bonhomme, qui vous raconteront tous la même histoire : la forge familiale, la maison construite de ses mains, etc., et surtout — pas moyen d’y couper —, qu’il ne sait ni lire ni écrire ; qu’il est obligé de répéter ses coplas jusqu’à ce qu’il les connaisse par cœur parce qu’il ne sait pas les écrire sur un bout de papier avec un crayon. Ça fait typique. Ça fait authentique. Si c’est pas flamenco, ça ! De plus, avec sa gueule de manouche, ses yeux asiatiques, sa crinière, putain, on le tient, le personnage ! Dommage que sa femme soit un peu austère dans sa façon de danser et qu’elle ne joue pas des castagnettes ; en plus, franchement, avec sa tronche de Soleil Levant, celle-là, ça le fait moyen, on aurait préféré une Andalouse à forte poitrine toute pomponnée, comme on en croise au campo de feria ou en barrera sombra. Mais bon, ça fera l’affaire.

Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, qu’il ne sache pas lire, Agujetas ?!

« Je t’ai écrit une lettre », dit-il, et cette lettre, c’est à chacun d’entre nous qu’il l’a écrite. Elle est allé se lover entre nos tripes, tout au fond, là où on ne pourra pas l’enlever.

Agujetas ne sait pas écrire, soi-disant, et pourtant nous sommes tous repartis dans la nuit froide avec un petit bout de papier marqué d’encre et de sang, jalousement conservé au fond de notre âme que le chanteur avait su atteindre en un tournemain.

Agujetas ne sait pas lire, soi-disant, et pourtant, quand il s’est déplié comme un ressort, tel un diable sortant de sa boîte, il a plongé son regard noir, aigu, mortifère, directement tout au fond de nous, sans passer par le cœur, sans passer par la tête : dans l’estomac. Il a plongé sa main noueuse, par la plaie béante, au fond de notre ventre. Et ne nous a plus lâché.

Puis il a quitté la scène. Il s’est refondu dans la nuit noire, aussi libre et troublant qu’une bête sauvage. Nous étions blessés, meurtris, effondrés, apeurés. Nos pas nous ont péniblement guidés vers une brasserie parisienne inondée de lumière crue et blafarde, de musique de merde ; le retour au quotidien, aux contingences, a été impuissant à nous sortir de notre stupeur, de notre effroi, de ce renvoi au jadis et à l’être du balbutiement.

Ça fait peur, un homme libre.

30 janvier 2009

Ida y vuelta, correspondance flamenca (II)


Diego Carrasco

Bonsoir Ludo,

Je te "maile" les premières photos du concert de Diego Carrasco, un grand moment, de guitare, mais, pour le néophyte que je suis, surtout de chant. Sur l’une d’entre elles on le voit toréer de salon. J’étais trop proche de la scène et n’ai pu en faire qu’une seule d’acceptable. Mais il a donné trois ou quatre passes, vraiment bien tu sais, cargando la suerte, corriendo la mano et avec un vrai empaque ! D'ailleurs ça m’a fait penser que j'avais été très surpris par Juan Andrés Maya à la Casa Patas. Il avait toréé de salon également… Pero muy mal ! Malísimo !
Diego Carrasco, lui, a beaucoup plus de planta torera que Juan Andrés. Déjà il s'appuie sur la bonne jambe. Alors forcément ça prend immédiatement une toute autre dimension.
Au cours du concert il y a eu une autre génialité. Le maestro a demandé à boire, mais pas une vulgaire bouteille d'eau minérale. Il a demandé un verre de rouge figures toi. Un tinto qu'il a partagé avec son fils qui l'accompagnait. Nous avons tous adoré cet instant. Et le public a applaudi, ravi. C'était bien de le voir boire un verre de rouge, comme ça, juste pour le plaisir, sur scène. Il s'en est presque excusé en disant que normalement ça ne se faisait pas de boire du vin ainsi, mais que là, on était en famille, alors il se le permettait. Il a bien fait ! Tu connais mes sentiments sur la période hygiéniste que nous traversons.
Diego Carrasco en a profité pour nous présenter son fils et nous a dit son bonheur de pouvoir se produire avec lui. On le comprend. Et sur scène, leur complicité saute aux yeux.
Le fils Carrasco, il a des airs de José Tomás, avec des cheveux longs, et en plus il sourit. Je ne sais pas trop si les gens s'en sont rendu compte. Lui, il n'a pas toréé de salon et c’est bien dommage. J’aurai été curieux de voir jusqu’où pouvait aller la ressemblance avec Tomás. Pour la soirée avec la Rubia et Luis de Almería sur laquelle je vais revenir je te disais que la lumière était la pire que je n’avais jamais eu. Il faut vraiment que j'arrête d'écrire des choses pareilles, car aujourd'hui c'était... pire. Je ne sais pas jusqu'où on va aller comme ça. D’ici qu’ils nous finissent à la bougie…

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François,

Bon, tu sais, l'autre soir, après ta reseña de la soirée où Diego Carrasco fit fumer dans sa guitare un revuelto de duendes asados sur la scène du théâtre il m'est revenu quelque chose, comme une rétro-olfaction. Je m'explique. Tu me dis que Diego est sorti sur scène avec un verre de vin à la main, pour honorer son autoconsécration :
"Me llamo Diego Carrasco de Nîmes de la Frontera" (tu corriges si je me trompe). C'est drôle mais il y a de cela quelques années le cantaor Paco el Lobo, parrain de la peña Jeune Afición de St-Sever, flamenco au verbe de titi parigot et homme de bien, nous racontait qu'il voulait concourir à la lampara minera de la unión (ancienne ville minière de la province d'Almería qui accueille chaque année un concours national de cante, un des plus prisés) mais qu'il n'était pas question qu'il monte sur scène avec un vasito de fino ou de "güiski" et qu'il avait l'intention de "brindar" au public un joli ballon de pomerol. L'histoire ne s'écrivit pas comme cela mais finalement c'est un hommage inconscient que Carrasco fit au Lobo. En tout cas c'est comme cela qu'il m'a touché.

29 janvier 2009

Ida y vuelta, correspondance Flamenca (I)


Je vous avais annoncé une bonne surprise dans la foulée du festival Flamenco de Nîmes. Voici, Ludovic Pautier 'Le Ciego' sera notre complice sur Camposyruedos le temps de vous entretenir de ce que nous avons vécu ici. Ludo n’était pas à Nîmes. Alors je lui ai fait parvenir au fil des jours quelques photographies, en lui faisant part de mon ressentiment très personnel sur ce que j’ai pu photographier. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Ludo c’est Le Ciego de Los Pinchos del ciego, un fondu de flamenco, de cante jondo et de baile. Un fondu qui, à notre différence, possède une véritable culture de la chose qu’il a bien voulu nous faire partager...

Rocío Molina

Bonsoir Ludo,
Voilà, nous venons d’achever notre festival Flamenco nîmois, avec « Mujeres » qui nous a offert trois générations de danseuses : Merche Esmeralda, Belén Maya et Rocío Molina. Je regrette simplement de ne pas avoir eu l’occasion de voir Israel Galván la veille. Tous les échos que j’ai pu en avoir ont été très enthousiastes.
Comme tu le sais j’ai un immense faible pour Rocío Molina après l’avoir découverte l’an passé ici même. En 2009, bis repetita, j’ai été littéralement scotché. A mes yeux et à mes sens elle éclipse tout le reste.
Je suis définitivement et irrémédiablement amoureux de Rocío Molina ! Ce soir j'étais avec Manuela qui en plus adore la danse contemporaine. Et pour elle aussi, comme pour la première fois ce fut un choc. Arriver à moderniser ainsi et conserver cette émotion intense et profonde, c'est hallucinant. Evidemment je regrette de ne pas avoir pu photographier. Otra vez… En contrepartie j’étais confortablement installé, avec plusieurs fois cette envie de gueuler "Ooooolé !" Mais gueuler tu sais ! Vraiment gueuler, comme à Las ventas. Pas le "Olé" chuchoté et raffiné des flamenkitos pendant leurs actuations. Non, un "Ooooolé" puissant et brutal qui te sors des tripes, un "olé" de sauvage que je dois être ! ¡Viva Rocío Molina! Ensuite, tu as vu, sur le blog un intervenant de passage, d’un ton un tantinet condescendant, a laissé entendre que c’est du « commercial ». Peut-être, mais franchement je m’en fous. Tu me diras.
Ah, une dernière chose. J’ai croisé très peu de gens du monde des toros pendant ce festival. Plus le temps passe et plus je constate que les deux univers ne sont pas aussi intimement liés que ce que nous pourrions le penser.

Un abrazo,
François

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François,
Personnellement, pour avoir vu Rocío à Mont-de-Marsan, elle m' a impressionné. Elle est dans la lignée de ceux qui veulent "rompre les moules". Alors peut-être que certains tenants de la pureza, ne sachant comment appréhender cela, la taxent de commerciale. Je n'y crois pas un seul instant. Elle est de la trempe des Israel Galván, bien que je considère ce type comme un génie. (Il a réussi à retourner tout le monde ou presque. Ce qui n'était pas gagné. Tu sais, les mêmes tenants d'une même pureza ont fermé leur bouche quand ils ont vu que ce type était considéré par le fils du grand Terremoto de Jerez. L'hérésie ne pouvait se trouver au sein du temple. Les pharisiens tombèrent les masques. Et Diego Carrasco, et l'immense bobote qui l'adoube en jouant sur scène avec lui ! C'est grandiose.)
Ensuite il faudra voir comment elle évolue. Israel a fait avec "La edad de oro" un grand pas en maintenant son "discours", sa faena, tout en l'incluant dans un dispositif et un respect des codes les plus traditionnels . Aucun artifice, cante devant, guitare et danse. Et lui qui balance son baile à faire hurler les pseudos puristes ! ¡Ole sus cojones!
Donc pour moi, Rocío est de la rosée du matin qui vient. Puisse-t-elle ne pas s'évaporer.
Quant aux gens des toros... Beaucoup voient un baile et disent "Javier Conde". Alors évidemment, le chant est tellement hors de la sphère des canons binaires de la musique occidentale qu’on peut concevoir qu'ils n'y entendent que fausseté et distorsion. Il y a pourtant beaucoup de parentés (réelles d’ailleurs, voir Cagancho ou Gitanillo de Triana), je te laisse un lien.
Et il y aussi un livre de Jean-Marie Lemogodeuc (épuisé et ancien hélas) et un nouveau qui vient de sortir chez L'harmattan. Et je m'en voudrais de ne pas citer mon ami Mathieu Sodore, puits de savoir dans les deux arts.

Un abrazo
,
Ludo

PS : un lien vers Jean-Marie dont le livre a en fait été édité en 2002. C'est chez Atlantica :
http://www.priceminister.com/offer/buy/1058457/Lemogodeuc-Jean-Marie-Flamenco-Et-Tauromachie-Catharsis-Et-Discours-Amoureux-Livre.html
L'ouvrage auquel je faisais référence était un vieux Puf (sur le flamenco) dans lequel il abordait déjà flamenco et toros :
http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/lemogodeuc-moyano/le-flamenco,877567.aspx
Chez L'harmattan c'est Sandra Alvárez qui a écrit sur le thème. Je ne l'ai pas lu, je compte le commander mais en cherchant sur Internet, regarde ce que j'ai trouvé :
http://crec.univ-paris3.fr/membre.php?membre=ALVAREZ%20Sandra

24 janvier 2009

Rocío Molina


Après Almario en 2008, Rocío Molina confirme en 2009 avec Mujeres... Alors, euh, c’est tout simplement époustouflant, fabuleux. A la vérité je n'ai pas les mots et serais bien incapable de vous en parler, comme l'an passé. Finalement, rien ne change, sauf le plaisir et l'émotion de la voir danser. Cette fille est un OVNI. Alors, simplement vous dire d’y courir si vous en avez l’opportunité...

20 janvier 2009

Peor que en el Patas


¡Manon! Dile a Bego que una luz peor que en el Patas es posible...
Es que no me lo creía...
Alors on a fait ce qu’on a pu, coincés entre le petit escalier d’accès à la scène et une salle comble et surchauffée.
Juste vous dire que le festival Flamenco de Nîmes a débuté, et bien débuté. Nous allons le vivre, tranquillement, et nous y reviendrons ensuite, avec une jolie surprise. Bon festival.