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01 septembre 2013

Citation (X)


« Un lecteur me reproche d’être “négatif” et toujours “en train de critiquer”. Le fait est que nous vivons à une époque où les raisons de se réjouir ne sont pas nombreuses. Pourtant, j’aime faire des éloges quand il y a quelque chose à louer. Aussi voudrais-je écrire ici quelques lignes — rétrospectives, malheureusement — à la louange des rosiers de chez Woolworth. » — George Orwell


Photographie Fer de l’élevage Hijos de D. Celestino Cuadri Vides, finca « Comeuñas », province de Huelva. — Laurent Larrieu

H, huitième lettre et sixième consonne de l’alphabet latin : h capitale (H), h bas de casse (h).
« Lettre qui ne correspond à aucun son en français […], sauf dans certaines interjections où elle note un bruit de souffle produit par une friction glottale de l’air expiré (ha, ha, ha !) ou parfois de l’air aspiré dans le soupir. » (Le Petit Robert.) Dans les mots commençant par h, celui-ci peut être muet (l’herbe) ou aspiré (le haschich — trois h !).

S’il n’est pas indispensable de se rappeler que Hiroshima, sur l’île de Honshū, est jumelée avec Honolulu, sur l’île de Hawaii, n’oublions pas, bien que les références datent un peu, que c’est le héros grec Héraclès qui captura le Taureau de Crète et qui aurait tué Hippolyte ; que ce sont les Romains qui nommèrent la péninsule ibérique Hispanie ; que la déesse égyptienne de la joie, de la musique et de l’amour (rien que ça), Hathor, est représentée sous la forme d’un visage de femme, ou d’une tête de vache, avec le disque solaire entre ses cornes ; que les Huns emmerdèrent sérieusement le monde dans la première moitié du Ier siècle ; que Hannibal était carthaginois et Hamlet, danois.

Enfin, vous pourrez dire bonjour en espagnol (hola) ou en anglais (hello) sans crainte du ridicule, mais vous éviterez, je vous en conjure, de dire au revoir en gallois (hwyl fawr — « Crache tout, on triera. »).

21 août 2013

« Avec les mots on ne se méfie jamais suffisamment »


Louis-Ferdinand Céline avait bien raison lorsqu’il écrivait qu’« avec les mots on ne se méfie jamais suffisamment ». 

Un des débats de l’été est de savoir si le toro ‘Vidente’, de la famille Cuadri, combattu à Dax, était brave ou pas.


Pour Laurent Larrieu, ici, il s’agissait d’un « grand brave » ; pour beaucoup de taurins, il s’agissait d’un toro essentiellement puissant, mais pas vraiment brave.


En ce qui concerne ma pomme — pour n’avoir rien vu, ni en vrai et encore moins en vidéo —, je n’en ai évidemment aucune idée. 

Pour notre ami André Viard… oui, oui, Viard est notre ami, eh bien… il ne semble pas en penser grand-chose de la bravoure de ce toro, si ce n’est que, pour la première pique, il trouva que le « choc fut terrible et, après un instant d’immobilité, le convoi se mit en branle vers les planches, le cheval pivota sur les postérieurs et la citadelle s’écroula, renversée à la loyale. » 

C’est tout. À la loyale, donc. 

Voilà qui plaide cependant en faveur du toro, puis, pas une ligne pour la suite et pas davantage dans le compte rendu du site. 

On ne saura donc jamais si, pour Terres taurines, cet animal était brave ou pas. 

L’opinion la plus étonnante qu’il m’ait été donné de lire sur ce toro vient d’un des principaux intéressés de cette lidia épique, et pas le moindre, Placido Sandoval, sérieusement remué et menacé par le Cuadri. Sandoval de déclarer que « le toro n'était pas brave, mais qu’il était haut et abusait de sa force, qu’il paraissait déterminé en début de course, puis freinait dans les derniers instants en cherchant à contourner la pique, se retrouvant ainsi devant la monture et la déséquilibrant à deux reprises. »

Pas vraiment à la loyale pour le picador, et certainement pas brave. C’est clairement niet. Chacun des présents en pensera ce que bon lui semble.



Ce qui me laisserait ici presque sans voix, c’est la notion, pour un toro, d’« abuser de sa force ». Voilà encore une nouveauté.
 Un toro ne devrait donc pas « abuser de sa force ». 

Nous connaissons tous l’expression « abus de faiblesse », qui renvoie immédiatement à la notion de tribunal et autres procédures judiciaires, mais « abus de force », c’est nouveau. 

C’est très étrange. Ceci induit l’idée assez confuse, mais bien réelle, que le toro a une conscience presque humaine qu’il doit savoir user de sa force, qu’il ne doit pas aller trop loin, qu’il ne doit pas dépasser les limites d’un certain raisonnable. 


Le toro aurait une conscience de son comportement. Le toro aurait des devoirs. Voilà qui va faire plaisir aux « zantis ». 
On pourrait même étendre le concept et imaginer Morante de la Puebla déclarer, du fond de son lit : « Ah, le con ! Il m’en a mis trente centimètres. Il n’était pas vraiment noble, il a abusé de ses cornes. » Hypothèse évidemment farfelue.

C’est nouveau mais ça n’a rien de réjouissant, à la vérité, car ceci suggère surtout que la force chez un toro doit être mesurée, qu’il y a des limites à ne pas dépasser, et que le « torisme » de luxe (sic), c’est bien mais jusqu’à un certain point ; il faut que ça reste raisonnable. C’est quand même mieux sous forme de simulacre, comme en juin dernier à Madrid, que les quatre fers en l’air comme à Dax. 

Ceci étant, c’est une nouveauté sans l’être, car les taurins, Placido Sandoval compris, d’un toro fort ils n’en veulent pas, et lorsqu’il en sort un, cette force et cette puissance sont mises à l’index, d’une façon ou d’une autre. Excès de force… Abus de force, triste concept.

17 août 2013

« La visée du meilleur ne peut passer que par une sorte de férocité »


Pierre Michon, Le Roi vient quand il veut, Albin Michel, 2007.

‘Vidente’, de Cuadri, piqué par Placido Sandoval. — Laurent Larrieu

09 août 2013

Citation (X)


« Rien ne stimule les femmes éméchées comme la douleur des bêtes, on n’a pas toujours des taureaux sous la main. » — Louis-Ferdinand Céline in Voyage au bout de la nuit.

06 juillet 2013

Citation (IX)


« Robert Capa, notre père à tous, disait que si la photo n’est pas bonne c’est que tu n’étais pas assez près. Moi, il m’arrive de faire un pas en arrière pour introduire du silence dans mes photographies. » — Klavdij Sluban, Arles, juillet 2013.

02 juillet 2013

Taurophilie


« La cinéphilie, même tenue dans les réseaux les plus laïques, est empreinte d’une grande religiosité dans ses cérémonies. Sans doute est-ce là l’identité même de cette pratique : comment voit-on les films, à quelle place dans la salle, dans quelle position, suivant quel cadrage intime, comment anime-t-on une séance, comment se déplace-t-on en bande, comment partage-t-on ce journal intime du regard par la conversation, par la correspondance, par l’écriture ? » — Antoine de Baecque et Thierry Frémaux

Image Piazza Grande, Locarno (Suisse) — Wikipédia/Festival del film Locarno. Du 7 au 17 août 2013, lors de la 66e édition du festival tessinois, le Léopard d’honneur sera remis au réalisateur allemand Werner Herzog.

22 juin 2013

Oberlé sans modération


Gérard Oberlé est politiquement très incorrect.

Oh… rien de rare ni de bien grave. Il est juste cultivé, écrivain, libraire de livres anciens, il parle le grec ancien et le latin, il est amateur, véritable amateur, de grands vins. Il est épicurien, un vrai… et il est à consommer sans modération, notamment dans ce Grand Entretien avec François Busnel, sur France Inter... 

« Je ne crois pas à cette fumisterie que les gens appellent le bonheur. Ça n’existe pas, ce truc absurde. La condition humaine, en général, telle que moi je la vois, je la vis ou je la ressens, n’est pas un état de félicité permanente. Et donc, ce qui est bien, ce sont les moments de joie. Et ces moments de joie il faut se les décider soi-même. On peut les trouver grâce aux poètes, aux musiciens, aux vignerons, aux cuisiniers, à la sexualité, aux maîtresses, aux amants, aux satires, à tout ce qu’on veut… Il m’est arrivé souvent… enfin, pas souvent non quand même, car je ne cherche pas ça, mais il m’est arrivé de rencontrer des gens qui ne boivent pas de vin du tout, qui ne savent pas ce que c’est. Et en général, je trouve que ce sont des gens pas tout à fait finis… » — Gérard Oberlé


>>> La peinture est de l’ami Alain Lagorce. Enjoy…

07 mai 2013

Tchou-tchou


« On reconnaît la vache brave au fait qu’elle ne regarde pas passer le train ; c’est le train qui la regarde. » José ‘JotaC’ Angulo

24 décembre 2012

Ben ouais, c'est Noël quoi…


« Noël : nom donné par les chrétiens à l’ensemble des festivités commémoratives de l’anniversaire de la naissance de Jésus-Christ, dit “le Nazaréen”, célèbre illusionniste palestinien de la première année du premier siècle pendant lui-même.
Chez le chrétien moyen, les festivités de Noël s’étalent du 24 décembre au soir au 25 décembre au crépuscule.
Ces festivités sont : le dîner, la messe de minuit (facultative), le réveillon, le vomi du réveillon, la remise des cadeaux, le déjeuner de Noël, le vomi du déjeuner de Noël et la bise à la tante qui pique.

Le dîner : généralement frugal ; rillettes, pâté, coup de rouge, poulet froid, coup de rouge, coup de rouge. Il n’a d’autre fonction que de “caler” l’estomac chrétien afin de lui permettre d’attendre l’heure tardive du réveillon sans souffrir de la faim.

La messe de minuit : c’est une messe comme les autres, sauf qu’elle a lieu à vingt-deux heures, et que la nature exceptionnellement joviale de l’événement fêté apporte à la liturgie traditionnelle un je-ne-sais-quoi de guilleret qu’on ne retrouve pas dans la messe des morts.
Au cours de ce rituel, le prêtre, de son ample voix ponctuée de grands gestes vides de cormoran timide, exalte en d’eunuquiens aigus à faire vibrer le temple, la liesse béate et parfumée des bergers cruciphiles descendus des hauteurs du Golan pour s’éclater le surmoi dans la contemplation agricole d’un improbable dieu de paille vagissant dans le foin entre une viande rouge sur pied et un porte-misère borné, pour le rachat à long terme des âmes des employés de bureau adultères, des notaires luxurieux, des filles de ferme fouille-tiroir, des chefs de cabinet pédophiles, des collecteurs d’impôts impies, des tourneurs-fraiseurs parjures, des O.S. orgueilleux, des putains colériques, des éboueurs avares, des équarrisseurs grossiers, des préfets fourbes, des militaires indélicats, des manipulateurs-vérificateurs méchants, des informaticiens louches, j’en passe et de plus humains.
À la fin de l’office, il n’est pas rare que le prêtre larmoie sur la misère du monde, le non-respect des cessez-le-feu et la détresse des enfants affamés, singulièrement intolérable en cette nuit de l’Enfant.

Le réveillon : c’est le moment familial où la fête de Noël prend tout son sens. Il s’agit de saluer l’événement du Christ en ingurgitant, à dose limite avant éclatement, suffisamment de victuailles hypercaloriques pour épuiser en un soir le budget mensuel d’un ménage moyen. 
D’après les chiffres de l’UNICEF, l’équivalent en riz complet de l’ensemble foie gras-pâté en croûte-bûche au beurre englouti par chaque chrétien au cours du réveillon permettrait de sauver de la faim pendant un an un enfant du Tiers Monde sur le point de crever le ventre caverneux, le squelette à fleur de peau, et le regard innommable de ses yeux brûlants levé vers rien sans que Dieu s’en émeuve, occupé qu’Il est à compter les siens éructant dans la graisse de Noël et flatulant dans la soie floue de leurs caleçons communs, sans que leur cœur jamais ne s’ouvre que pour roter.

La remise des cadeaux : après avoir vomi son réveillon, le chrétien s’endort l’âme en paix. Au matin, il mange du bicarbonate de soude et rote épanoui tandis que ses enfants gras cueillent sur un sapin mort des tanks et des poupées molles à tête revêche comme on fait maintenant.

Le déjeuner du réveillon : la panse ulcérée et le foie sur les genoux, le chrétien néanmoins se rempiffre à plein groin, se revautre en couinant de plaisir dans les saindoux compacts, les tripailles sculptées de son cousin cochon et les pâtisseries immondes, indécemment ouvragées en bois mort bouffi. Ô bûches de Noël, indécents mandrins innervés de pistache infamante et cloqués de multicolores gluances hyperglycémiques, plus douillettement couchées dans la crème que Jésus sur la paille, vous êtes le vrai symbole de Noël. »
Pierre Desproges


>>> Extrait tiré du Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis (Points/Seuil, 1977).

28 novembre 2012

Citation (VIII)


« Quand le citoyen-écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant : “Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?”, il évite de poser cette autre question, réellement inquiétante : “À quels enfants allons-nous laisser le monde ?” » Jaime Semprun in L'Abîme se repeuple, L'Encyclopédie des nuisances, Paris, 1997. 



05 novembre 2012

Film is not dead


« Ce qui manque à la photographie numérique est un sentiment de “gravité”. » Elliott Erwitt

 


Toujours en argentique, mercredi soir sur Arte : Le Siècle de Cartier-Bresson de Pierre Assouline.


12 octobre 2012

Philosophie argentique


« Il nous est décidément impossible, dès lors que nous savons qui se trouve derrière l'objectif, de lire les photographies à la seule aune de nos regards. Et cela confirme une fois de plus que, dès lors que nous regardons une image, nous reconstruisons des mondes imaginaires à partir des éléments, des sélections et des propositions que nous offrent les faiseurs d'images. » — Christian Caujolle 

J'aurais aimé pouvoir vous parler mieux des photographies de François et de Yannick… Je m'étais mis en tête que ce post serait le trois centième de l'année ; j'en suis encore à chercher mes mots, désespérément.
Du Campo Charro à Porto, de Beauduc aux Émirats arabes unis, de Capestang à la Californie, du noir au blanc, nos amis se baladent avec leurs boîtiers allemands en quête de lignes et de lumière, de présences et d'atmosphères, et, sans vouloir faire cliché, d'eux-mêmes. Enlevez-leur la photographie argentique — sa proximité, sa mécanique, son exigence, sa vérité —, et leurs vies s'en trouveraient toute chamboulées. 



Image Scan d'une page du catalogue Henri Cartier-Bresson. Photographies, Galerie Claude-Bernard, Paris, 1999. La citation de Christian Caujolle est tirée du catalogue Claude Simon photographe, Galerie du Château d'Eau, Toulouse, 1992. 

30 septembre 2012

Musée des beaux-arts de Pau (III & fin)


Jules Worms (1832 – 1924), Novillada dans la province de Valence, 1866, huile sur toile, 130 x 210 cm
© Musée des beaux-arts de Pau  © Direction des musées de France, 2003  © Patrick Ségura, photographie 

« La postérité n'a retenu de Jules Worms que le nom de quelques grands tableaux versant dans l'anecdote parfois mordante. Cette facilité, qui se teinte de temps à autre de versatilité — qui plus est servie par un métier un peu trop fignolé —, n'a pas aidé à la reconnaissance de son œuvre. Fort heureusement, cette Novillada dans la province de Valence est là pour nous rappeler le rôle éminent qu'a joué l'artiste dans la découverte de l'Espagne. […] 
Cette grande Novillada, fourmillant de détails, apparaît comme l'une des meilleures transpositions d'un univers pittoresque et bigarré auquel il a été particulièrement sensible. Ainsi, la traduction de la ferveur populaire qui accompagne ces joutes tauromachiques est transcrite avec un souci de précision tout à fait remarquable. On ne se lasse pas d'observer tel homme coupant une pastèque, tel autre se hissant à un mât et, plus encore, tous ces étonnants costumes régionaux, gages d'un exotisme recherché. Jules Worms réussit là où il s'est parfois égaré : pour être complètement descriptive et narrative, sa composition complexe n'en est pourtant pas moins unifiée par la lumière crue et légèrement décolorée qui baigne l'ensemble de son œuvre. Ce faisant, le peintre nous prouve son imprégnation et, surtout, sa compréhension du milieu naturel de la province de Valence et encourage une formule qui n'est pas sans évoquer le travail d'Eugène Fromentin. » Guillaume Ambroise 

>>> Guillaume Ambroise, Patrick Ségura, Dominique Vazquez, Peintures du XIXe siècle. Musée des beaux-arts de Pau, Le Festin, Bordeaux, 2007, p. 126. 

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28 septembre 2012

Musée des beaux-arts de Pau (II)


Alfred Déhodencq (1822 – 1882), Course de taureaux en Espagne, 1850, huile sur toile, 149 x 208 cm
© Musée des beaux-arts de Pau  © Direction des musées de France, 2009  © Patrick Ségura, photographie

« Élève du rigoureux Léon Cogniet, Alfred Déhodencq affirme très tôt des qualités d'exécution hors du commun. Il débute au Salon de 1844 avec des portraits et des scènes religieuses, mais son imagination l'entraîne par-dessus tout vers des paysages baignés de lumière. En effet, transporté par l'œuvre de Byron et profondément marqué par une rencontre avec Chateaubriand, Déhodencq développe dès son plus jeune âge des rêves d'Orient. 
À 26 ans, il est déjà un portraitiste reconnu lorsq'une blessure l'oblige à se rendre en cure dans les Pyrénées, si proche de cette frontière qui l'attire tant… L'idée d'un départ pour l'Espagne est bien ancrée, mais il attend encore une année avant de franchir le cap. En 1849, il se rend à Madrid et, deux jours après son arrivée dans la capitale, il assiste à son premier combat de taureaux. Le sujet de son prochain tableau s'impose ainsi naturellement. 
Il choisit une novillada à L'Escurial. La scène se déroule sur la place du village qui tient lieu d'arène de circonstance. L'œuvre, qui évoque avec une rare acuité les coutumes espagnoles, connaît un vériatble succès à Madrid. Les journaux sont dithyrambiques et l'un deux, La Patria, s'émeut, trouvant honteux pour les Espagnols qu'un peintre étranger s'empare de leurs sujets et les traite avec plus de justesse que leurs propres artistes. 
Dans cette explosion de couleurs, l'artiste saisit remarquablement les expressions et les physiques des combattants. Le rythme est donné par la grande agitation qui règne autour de l'animal blessé et les gestes appuyés du public exalté. 
Alfred Déhodencq réalise dans cette composition à la lumière resplendissante une magistrale étude de mœurs qui décrit toute la passion qu'il partage avec ce peuple. En 1850, après l'accueil chaleureux des Madrilènes, le tableau quitte l'Espagne pour Paris où il reçoit un accueil enthousiaste au Salon. 
Loin des codes académiques, cet artiste libre, baptisé avec quelque condescendance “le dernier des romantiques”, signe une œuvre magnanime qui a juste décrit la vérité. » Dominique Vazquez 

>>> Guillaume Ambroise, Patrick Ségura, Dominique Vazquez, Peintures du XIXe siècle. Musée des beaux-arts de Pau, Le Festin, Bordeaux, 2007, p. 64. 

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27 septembre 2012

Musée des beaux-arts de Pau (I)


Gustave Colin (1828 – 1910), Novillada en Biscaye, 1888, huile sur toile, 158 x 200 cm
© Musée des beaux-arts de Pau  © Direction des musées de France, 2003  © Patrick Ségura, photographie

« Après un premier séjour au Pays basque en 1858, Gustave Colin s'installe à Ciboure en 1860. Séduit par le quotidien de ce peuple, il s'attache à en décrire les coutumes des deux côtés de la frontière. 
Dans les provinces de Biscaye et de Guipúzcoa, l'artiste, d'origine arrageoise, inspiré par le spectacle tauromachique, développe son engouement pour la novillada, corrida où de jeunes toreros non confirmés affrontent des taureaux de moins de quatre ans. 
À la fin du XIXe siècle, alors que de nombreuses cités se dotent de véritables arènes circulaires, l'enceinte conserve ici l'aspect provisoire des plazas de toros qui occupent le centre des villages. Seul l'encrage des tribunes au pâté de maisons qui la bordent lui ôte toutes les apparences des corridas improvisées. 
L'agitation qui s'empare de la foule bigarrée répond à la tragédie qui se joue dans l'arène. Les peones accourent vers le malheureux combattant déjà vidé d'une grande partie de son sang. Le rythme est accentué par les mouvements amples des muletas censées attirer le taureau qui, hermétique à ce tourbillon, trône au-dessus de sa victime. 
Dans ce tableau, Gustave Colin restitue toute l'authenticité de ces scènes de vie, parfois de mort, qui enflamment ce peuple. Pour amplifier la dramaturgie, le matador exsangue s'éteint dans la lumière déclinante d'une fin d'après-midi, tandis qu'au premier plan un personnage semble implorer le ciel. 
Des effets de matière rouge plus ou moins denses, allusion au combat, jalonnent l'œuvre et en rappellent l'intensité dramatique. Le travail de la matière, la touche et l'exécution, notamment dans l'évocation du public, ne sont pas sans rappeler les liens étroits qu'unissait Gustave Colin au mouvement impressionniste. » Dominique Vazquez

>>> Guillaume Ambroise, Patrick Ségura, Dominique Vazquez, Peintures du XIXe siècle. Musée des beaux-arts de Pau, Le Festin, Bordeaux, 2007, p. 52.

Liens 
La fiche du musée | Le livre | La notice du tableau | L'initiative du conseil général du Pas-de-Calais, en octobre 2010, autour d'une autre Novillada en Biscaye (1887) de Gustave Colin 

03 septembre 2012

Ta bourse, et ta gueule !


À propos de ses penchants taurins, un éminent penseur déclarait dernièrement, dans une relative intimité : « Moi, je n'aime pas les corridas toristas, alors je n'y vais pas. » Façon de dire aux empêcheurs de Juli de tourner en rond que, plutôt que de déranger la masse et l'artiste, mieux vaut pour les goujats qu'ils restent à l'abreuvoir, car chacun sait désormais qu'une corrida « torerista » se supporte, s'accepte et se cautionne dans les excès, fantaisies et autres défauts auxquels elle invite habituellement.
Hé ! hé ! hé !… Pardi, fastoche !!!
D'ordinaire, je m'inclinerais devant tant de sagesse, mais il se trouve que ce personnage oublie de préciser qu'il est surtout à la tête d'une CTEM qui se targue depuis des années de remplir grassement ses arènes et de boucler sa temporada quasi exclusivement grâce la vente d'abonos, laquelle limite voire interdit la possibilité d'acheter des billets isolés, excluant de ce fait le libre choix éthique et financier aux aficionados et autres amateurs de tous bords d'aller aux corridas qui les concernent tout en évitant l'achat superflu de places pour les spectacles qui ne les intéressent pas.

La philosophie de comptoir me fait généralement marrer, mais quand on la destine à donner des leçons au con de payeur qui n'a d'autres choix que de s'asseoir sur sa propre liberté de consommation à une époque où une place de corrida est plus que jamais un luxe dans le budget quotidien du consommateur moyen, alors là je ne me marre plus du tout. Et si en plus on m'explique dédaigneusement que cela oblige à fermer sa gueule devant l'indéfendable, alors là j'explose !

L'éminent penseur aurait dû demander aux huit mille et quelques couillons qui remplissent habituellement sa plaza uniquement par abonos ce qu'ils pensent du fait que le bonhomme ne sait plus depuis longtemps ce que coûte réellement un abono d'un cycle de six ou sept corridas, tellement il est figé depuis perpette dans le béton des privilèges.

Chère ou pas, une place de corrida se trouve affublée d'un petit chiffre très anodin, en bas au coin du papier, qui fait pourtant toute la différence entre l'imbécile pas toujours heureux détenteur du Graal et celui qui le regarde de façon menaçante ou méprisante, du coin de l'œil, là-bas, dans l'obscurité de son callejón.

Ainsi, le jour où le spectacle que vous proposez sera gratuit, libre d'accès et ouvert à tous les vents, l'on comprendra que vous vous offusquiez des larmoiements du public, mais en attendant, messieurs les organisateurs, veuillez en prendre compte un peu plus dignement. Voilà pourquoi, quand les reproches fusent du haut des tendidos, c'est bien à vous de vous remettre en cause et non pas à celui qui s'est délesté de quelques euros pour assister au spectacle dont vous détenez l'entière et totale responsabilité, tant dans les succès que les échecs. Que cela vous plaise ou non, c'est la loi universelle du marché, qui marque la différence entre celui qui propose et celui qui dispose, et l'on sait tout le mal que certains se sont donnés pour s'asseoir sur l'honorable siège de celui qui propose, sans parler de ceux qui tueraient père et mère pour y rester accrochés encore longtemps.

02 septembre 2012

En attendant les toros


« Est-ce possible que tu aies oublié déjà ?
— Je suis comme ça. Ou j'oublie tout de suite ou je n'oublie jamais. »

Samuel Beckett, En attendant Godot, Les Éditions de Minuit, 1952. 


Pour mémoire

Banda dans les arènes de Carcassonne, 2009 — JotaC

10 août 2012

Le saviez-vous ?


« Dax aime les toros bien présentés, harmonieux, bien proportionnés, pas trop grands et bien armés. »
Alberto Encinas, veedor

Qu'on se le dise !…

13 juillet 2012

La nuit la plus courte


À Marc,

« Tout portrait se situe au confluent d'un rêve et d'une réalité. » Georges Perec

Toros de José Escolar Gil dans les corrals — Céret, lundi 9 juillet 2012 — JotaC

À les voir là, posant tranquillement pour l'objectif, apaisés, le flanc de l'un fraternellement collé contre l'épaule de l'autre, prévenants et attentionnés, difficile d'imaginer qu'il y a quelques heures, quelques instants à peine, ici, c'était la foire d'empoigne : un foin de tous les diables, une baston mémorable, une rixe colossale, une phénoménale algarade, emphatique et barbare, en un mot une sauvagerie.
— Ça a pété tout de suite, dès la sortie du camion, nous confiait, ébranlé, un membre de l'ADAC encore sous tension. Après, ça n'en finissait plus. Impossible de les arrêter. Je n'avais jamais vu un bazar pareil pour un débarquement… Quelle pétaudière !
— Pire que le débarquement en Normandie ?
En homme d'expérience, il a encaissé la boutade sans broncher avant de reprendre le cours de son épique récit. Joignant l'éloquence du geste à la concision de la parole, il a vivement secoué la main dans l'air frais du petit matin, de haut en bas et de bas en haut, par saccades, de haut en bas et de bas en haut comme s'il se brûlait.
 — C'était chaud bouillant !
Le mutisme qui suivit en disait long sur l'âpreté de l'assaut. Puis le silence fut à nouveau troublé par le mouvement fébrile d'une main battant l'espace, de haut en bas et de bas en haut.
 — Les flammes de l'enfer !
La nuit avait été rude pour les braves.
Épuisé, le soldat du feu s'était assis à califourchon sur la selle de son fougueux destrier. Un casque protecteur vissé sur le crâne, ses imposantes paluches gantées d'un épais cuir noir caressaient tendrement l'encolure poussiéreuse d'un scooter 125 customisé, sagement attelé près du mur. Absorbé par ses rêves, absent, le cavalier éclectique revivait son épopée nocturne, lâchant de temps à autre des commentaires incrédules.
— Incroyable… Qu'est-ce qu'ils se sont mis… Une avoinée pareille, ça ne se conçoit pas ! D'habitude, les deux premiers s'accrochent… La chaleur, le stress du voyage, la faim, la soif, les nerfs, qui sait ? Ils s'expliquent, se talochent, se torgnolent, se bourre-piffent à l'envi… Selon le tempérament, ça castagnent plus ou moins fort ! Quand se pointe le troisième, quand il ramène son mufle, parfois ça dérouille encore, mais, en règle générale, ça se calme assez vite. Après ça roule ! Cette fois, rien à faire. Sept Escolar, sept têtes de lard ! Autant de larrons, autant de marrons… Un foutoir !
Marqué par l'intensité des luttes de la veille, le vétéran belluaire sentait la lassitude l'envahir et la confusion le gagner. Il prit une courte pause pour remettre un peu d'ordre dans son esprit embrouillé.
— Du jamais vu… On a mis les deux lances en action… On les a arrosés pendant des plombes ! À la fin, c'était plus un corral, c'était une rizière. C'était Diên Biên Phu. On a frôlé le drame.
Le souffle court, inondé de sueur, Lancelot de l'ADAC s'est encore interrompu quelques secondes, consterné.
— Quelle faute grossière !  Fallait pas qu'il entre… Pas comme ça, pas à ce moment-là… Après, c'était trop tard, forcément trop tard… Quelle erreur d'appréciation ! 
— Qui ça ? C'est qui qui devait pas entrer ?
— L'autre bestiasse ! Un baraqué bourru taillé dans la mauvaise foi, un poivre et sel ombrageux, plutôt poivre que sel, chaud comme la braise. C'est lui qui a foutu le feu !
— Faut pas vous en vouloir… Vous pouviez pas prévoir, la nuit, tous les cárdenos sont aigris !
— T'as fini de dire des conneries ! Tu crois qu'on s'est marré ? Ce toro, c'était une plaie à quatre pattes, la réincarnation animale de Monsieur Beretto. Tu sais qui c'est Monsieur Beretto ? Tu le connais Monsieur Beretto ?
— Non. 
Brusquement, véhément, excédé par la plaisanterie, il s'est cabré. Son bourrin mécanique aussi. 
 — Si tu sais pas qui est Monsieur Beretto, t'as qu'à demander au mayoral, c'est lui qui est avec les toros.
Il a mis les gaz et s'est tiré à fond de train. On entendait dans le lointain le run run d'une conversation.
— Mon pauvre amigo, vous êtes la perpétuelle victime de l'esprit querelleur de vos contemporains, hein ? On vous cherche, on vous provoque, on vous persécute… Une sorte de fatalidad, c'est bien ça ?
Sí señor.
— Il est donc vrai, Señor Berettoro, que c'est la troisième fois cette année, et la dernière j'espère, que vous êtes poursuivi pour coups et blessures.
— À qui la faute, Señor mayoral, hein ? Moi je roulais tranquillement des mécaniques, doucement, et ces messieurs qui me brûlent la politesse et m'emplâtrent ! Je dis stop. Bon, je souligne, courtoisement, l'infraction. Je souris, quand cet espèce de possédé commence à me dire un tas de gros mots que je n'ose même pas vous répéter, Señor mayoral ! Il a traité ma mère de grosse vache ! Bon, j'ai peut-être eu tort de lui retourner une petite droite, mais c'est tout, Señor mayoral.
— Et, c'est ainsi que vous lui avez fendu la couenne et ouvert l'arcade sourcilière ?
— Eh bien, on vient tout juste de m'enlever les fundas et j'ai oublié que je ne les avais plus, voilà.
— Hum… Mais, dites-moi, les cinq autres, les témoins ?
— Mais, ils m'ont traité de brute, Señor mayoral !

Surréaliste !

>>> Libre adaptation des dialogues de Michel Audiard… Alors, ne nous fâchons pas, et profitons pour l'heure d'une galerie photos sous la rubrique « Ruedos » du site, en attendant l'arrivée, dimanche, du véritable héros de cette histoire : Fernando Robleño.



12 juillet 2012

En peu de mots #13


Michonienne réflexion

À Sol y Moscas,

« Et j'ai envie de dire à ceux qui veulent pacifier la Bible, ce que Confucius répondait à une belle âme qui se plaignait de voir immoler les agneaux. Ce représentant de la SPA de l'époque s'indignait : “Mais pourquoi sacrifier encore un être vivant ?” Et Confucius lui avait fait cette réponse souriante : “Vous aimez les moutons, et moi, la cérémonie.” » Pierre Michon


Photographie de Ramón Masats (Caldes de Montbui, Barcelone 1931) issue de la série « Sanfermines » (1957-1960), actuellement exposée à Haro (La Rioja). Quarante-six ans après sa première édition (Espasa Calpe, 1963), « Sanfermines » a fait l'objet d'une seconde publication enrichie de cinquante clichés inédits choisis par Masats lui-même (La Fábrica, 2009).