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13 août 2013

Tafalla 2013


Les arènes de Tafalla, qui datent de la fin du XIXe siècle, ont un charme certain. Depuis quelques années, discrètement, on y voit sortir des élevages intéressants qui courent l’encierro matinal comme chez la grande voisine Pamplona. Achevé l’encierro, les coureurs foncent à Falces où, une heure plus tard, sont lâchées les vaches de l’époustouflant Encierro del Pilón.

Cette année, les ganaderías retenues pour combattre à Tafalla sont : Victorino Martín, Dolores Aguirre Ybarra et Cebada Gago…


>>> Retrouvez, sous la rubrique « Campos » du site, une galerie consacrée à certains des Dolores Aguirre Ybarra prévus pour Tafalla.

12 août 2013

Fools Gold


À Rebecca, qui me fit découvrir les Stone Roses entre autres merveilles.


Hier soir, chez Sissi, Zocato nous demandait de trouver un titre pour sa chronique (que nous n’avions pas lue), « accrocheur mais pas putassier ». Avis de sécheresse dans l’assistance… « L’entre-deux guerres », nous glisse-t-il, finalement. Les titres en langue étrangère étant proscrits dans la PQR1, jouissons ensemble (« Come Together » ?) de la liberté octroyée par le blog pour citer non pas les Beatles, mais les Stone Roses, étoile filante mancunienne des 90’s, faisant aujourd’hui encore danser les jeunes Anglaises.

I’m standing alone
I’m watching you all
I’m seeing you sinking
Fools gold
De l’échantillon d’or noir envoyé par Dolores, il coula de tout : une présentation desigual, du faible (1er), du manso (2e), du franchement « décasté » (4e), du brave et brusque (3e), du brave et bon (5e), du bizarre compliqué au comportement tourbillonnant (6e). Une course très diverse de comportement, assez légère, pas très jolie, mansa dans l’ensemble, mais intéressante si l’on considère le temps passé à en débattre. Le troisième accula la cavalerie aux planches (un cheval « normal » aurait certainement fini dans les andanadas), le cinquième sembla se démoraliser dans le peto du bunker à pattes envoyé par la cuadra Heyral.

I Wanna Be Adored. L’or des fous, ce sont ces paillettes jetées au visage d’une arène trop heureuse de se laisser berner. Escribano, trop blond pour être torero et sourire trop éclatant pour être honnête. Certes, je caricature. El de Gerena est en pleine période de séduction pour faire fructifier les contrats signés sur la course de Miura de Séville, en avril, et donne tout ce qu’il a : sa facilité, son sourire, une porta gaiola à chaque toro, de la variété dans son répertoire et certainement son bras aux vieilles dames, s’appliquant à briller en toutes circonstances, alternant parfois le meilleur (galleo par chicuelinas marchées, gaoneras serrées, mises en suerte faciles, faculté à baisser la main, estocade) et le pire répertoire pueblerino (banderilles à cornes passées, cites fuera de cacho en déchargeant la suerte, manoletinas de profil en regardant les tendidos). Escribano fait preuve d’une générosité de démuni pour qui veut l’accepter, s’inquiétant peu des chemins empruntés pour les triomphes.

Le cinquième Aguirre est le plus civilisé du lot, brave et fixe, sans la brutalité du troisième, l’autre brave du lot. Il vient de loin, autorise un cambio en début de faena et suit le leurre dans lequel il finit par être étouffé par un Escribano décroisé, la jambe contraire systématiquement en arrière, ayant tendance à toréer de façon codillera. Le sourire comble les manques, le public s’en contente. On change l’épée et verrouille les faveurs du public avec quelques manoletinas infâmes que le toro finit par châtier par une cogida sans dégât, mais qui fait monter la sauce. Bonne épée dans la foulée, deux oreilles pour l’enthousiasme, la faim, la parade nuptiale, la constance dans la séduction, et tant pis pour le manque de respect au toro. L’arène de Lachepaillet n’y a vu que du feu, s’est amouraché un soir d’été d’un torero, comme on choppait un vulgaire lad en baggy sous le coup d’un cacheton d’ecstasy une nuit à l’Haçienda de Manchester. Pire, ce faisant, elle l’a encouragé dans ses travers. Muy mal.

Je me tiens là, debout et seul
Je vous regarde tous
Je vous vois en train de couler
L’or des fous
« The Hardest Thing in the World ». Certainement le titre ad hoc pour un Castaño lessivé, semblant s’apercevoir course après course que les petits détails et la mise en forme soignée ne remplacent pas le fond. Malchance crasse de tomber sur le faible (1er) et la mule (4e) du lot. Ce dernier, sans un atome de caste, s’étourdit à occuper la fin de son existence dans une fuite perpétuelle de la mort et du combat, faisant suer son matador sang et eau, subissant des entrées a matar le cul aux planches et, enfin, une boucherie gore au descabello.

Don’t waste your words I don’t need
Anything from you
I don’t care where you’ve been or
What you plan to do
Si le troisième, brave, entrait vite et violemment dans la muleta d’Aguilar, qui coupa une oreille pour une prestation digne, mais, surtout — une fois n’est pas coutume —, pour un estoconazo, le sixième aurait pu hurler ce couplet de « I Am a Resurrection » (« Ne gâche pas tes mots, je n’ai besoin de rien / De ta part / Je me fous d’où tu as été ou / De ce que tu as l’intention de faire ») en plein milieu de faena… Sorti abanto, le toro se fixa, en dépit d’une lidia approximative, et encaissa quelques séries au centre avant de tout envoyer balader pour filer aux tablas. Aguilar, qui peinait à lier les passes jusque-là (placement déficient ?), fut tout surpris de donner une série pleine d’aguante et liée au fil des planches, avant que le toro ne se lasse définitivement. Naufrage à l’épée face à un toro rendu à la mansedumbre.

Atmosphère délicieuse, retrouvailles toujours émouvantes incitant à la clémence aux arènes et à la célébration de l’amitié autour de divers alcools.

1 Presse quotidienne régionale.


>>> Retrouvez, sous la rubrique « Ruedos » du site, une galerie consacrée à la corrida de Dolores Aguirre Ybarra de Bayonne.

09 août 2013

Citation (X)


« Rien ne stimule les femmes éméchées comme la douleur des bêtes, on n’a pas toujours des taureaux sous la main. » — Louis-Ferdinand Céline in Voyage au bout de la nuit.

07 août 2013

The place to be !


Il est des endroits sur terre, inattendus et enchanteurs, où il fait bon vivre. Celui-là est un petit paradis terrestre, un éden pas franchement tropical (quoique…), mais probablement le lieu le plus in de la place, envié, désiré, voulu par tous, celui où le gratin se claque le kiss à coups de chéri par-ci, chéri par-là… Celui où les patrons du CAC 40 scellent leurs deals commerciaux, celui où l’on négocie les palmes et les ballons d’or, celui où l’on se congratule et se salue à force de pipes et tapes dans le dos. Bref, tout un spectacle dans le spectacle, en somme, une sorte de Croisette ultime, moins clinquante, je vous l’accorde, plus rustique parfois, c’est bien vrai, et avec moins de nichons au mètre carré, il faut l’avouer, mais au vu de l’encombrement, assurément THE PLACE TO BE, le point ultime de l’ascension sociale, l’épicentre de la reconnaissance, l’axe de rotation du voyeurisme new-age.

Vas-y que ça pavane, que ça se trémousse, que ça tchatche, que ça déconne, que ça frôle par accident le cul de la voisine au passage et que ça picole même aussi un peu. Bref, qui s’y trouve a forcément sa bonne raison de se trouver là et d’y siéger comme un pacha, le temps de deux bonnes heures au soleil, le temps que la populace ait pris le temps de voir, de reconnaître, de revoir, d’admirer et de conclure sur un : « S’il y est, c’est que c’est quelqu’un ! » Bref, le temps de savourer pleinement les effets du privilège et de revêtir le costume des gens rares et importants. 

Tu m’étonnes, Yvonne, que je parle du callejón ! 

Initialement prévu pour les gars de la piste, les poussiéreux et les suants, les ouvriers du ruedo et les protagonistes sans qui le spectacle ne pourrait se tenir debout, il se définit visiblement de nos jours comme la récompense d’une vie héroïque de bons et loyaux services envers la société, voire le monde, et de préférence le grand, le beau, le voyant. Un Roland-Garros parallèle, où l’on ne serait même pas surpris d’y croiser la trogne ridassée de Bébel avec ses clébards, de Bruel ou Usain Bolt, tellement il va de soi que c’est là et bien là que vous trouverez le beau monde. Figurez-vous que la barrera ombre a fait son chemin… Plus vraiment people, carrément désuète et un peu has been, elle sert aujourd’hui à caser les vieux, la famille, Victorino père et fils, et les blondes à gros seins. 

Désormais, c’est dans le callejón qu’il faut se trouver, et nulle part ailleurs. D’ailleurs, vous-même, songeriez-vous une seconde qu’il soit possible de faire une photo ailleurs que depuis un callejón ? Songeriez-vous vous-même qu’il puisse être possible de rapporter l’info d’ailleurs que depuis le couloir de bois ? Songeriez-vous un instant que l’on aperçoive votre superbe chemise Paseo rigoureusement repassée par maman depuis autre part qu’un callejón ? Eh bé non, pardi ! Les vrais, les bons, les pointilleux et les soucieux du technico-technique, c’est dans le callejón que vous les trouverez. Et comme il semble en plus indispensable aux empresas de maintenir les relations au beau fixe, par le biais de la distribution intensive du Saint-Graal, eh bien ne vous étonnez pas que les uns et les autres aient fini par oublier qu’il y avait aussi des taquillas pour le commun des mortels.

— - — - —

« … Finalement, pour le coup, c’est peut-être de l’Espagne que viendra le salut, le sursaut de raison, le retour à la sagesse espéré de tous, quand on sait que, fatalement, tout finira par se régler pour de bon le jour où viendra le pépin, le gros, le lourd, l’emmerdant… Et c’est en Castilla-La Mancha que l’on s'est posé les premiers autour de la table, afin de redéfinir le rôle et l’utilisation des burladeros du callejón. 

En 1998, une ordonnance fut signée pour modifier et introduire de nouveaux articles dans le règlement taurin, afin de réguler le nombre de personnes présentes. On l’a dit, car constaté encore récemment, le rappel à l’ordre de ce côté-ci des Pyrénées n’est pas encore entré en vigueur, puisque l’on attend obstinément le jour du gros carton, celui qui fera qu’enfin on se posera les questions, qu’on pleurera, qu’on fera des gueules de réfugiés syriens et qu’on cherchera comme des morts de faim les responsables, les coupables, que dis-je, les inconscients responsables du massacre…

Sales manies, us et coutumes pour certains, l’octroi d’une place en callejón est devenu une pratique courante profondément enracinée. Aujourd’hui, l’on y trouve TROP de personnes qui n’ont rien à voir avec le déroulement du spectacle taurin, étant donné qu’elles n’interviennent en rien dans le déroulement de la lidia, qu’elles ne font pas partie non plus du personnel des arènes et qu’elles n’assurent aucune espèce de tâche auxiliaire. 

Presque toujours ces personnages y accèdent gratuitement et occupent des places considérées socialement comme des places de privilégiés, sans pouvoir démontrer que, par leur présence dans un burladero du callejón (et souvent, même, en plein milieu de la contre-piste), ils garantissent quelque geste nécessaire au bon fonctionnement du spectacle !

En Espagne, on a jugé que ces coutumes étaient fortement déconseillées, tant pour leurs incidences négatives sur les conditions de sécurité des participants à la lidia que pour le rejet populaire de situations de privilégiés non objectivement fondées. Cinq articles très complets ne permettent plus l’ombre d’une hésitation casuelle. En Andalousie, la loi oblige même à quitter le callejón les personnes consommant boissons alcoolisées ou sandwichs… et toute personne étrangère au spectacle.

L’exemple le plus frappant de cette ineptie à contre-courant des principes fondamentaux de sécurité dans une plaza de toros, où, plus que partout ailleurs, cette notion devrait être le berceau de toute réflexion, fut celui du sprint effréné de Carmen Alba, déléguée du Gouvernement, revenant de son énième pipi entre deux toros, qui s’est, par la force des choses, offert l’opportunité de juger sa pointe de vitesse dans le callejón pamplonais, avec — excusez du peu — un velu Dolores Aguirre collé au derche, bien décidé, lui, à prendre les itinéraires parallèles. L’élue n’a dû son salut qu’à l’opportuniste bras tendu qui a pu lui ouvrir une porte de secours jamais aussi bien nommée. Elle s’en est sortie avec trois cents euros d’amende, tout de même, et quelques souvenirs rigolos, ou héroïques, à raconter en famille. 

Jusqu’au jour où… »


>>> Merci à Vincent ‘Malcos’ Gaüzère pour son travail de recherche et de traduction, sa passion et son obstination… Lisez Watergolf.over-blog.com, dans lequel vous trouverez le texte original… et tant d’autres choses encore. 

22 juillet 2013

La queue levée


La ganadería de Dolores Aguirre semble arriver à la croisée des chemins. C’est en tout cas les quelques conclusions que l’on peut tirer de la course tyrossaise de ce dimanche 21 juillet 2013 — même s’il est illusoire et intellectuellement malhonnête de tirer des conclusions définitives sur l’état d’un élevage de toros au regard d’une seule course.

Depuis quelques années, les Aguirre sortent, surtout en France, avec beaucoup d’intérêt. L’aficionado n’aura qu’à remuer le saladier d’une mémoire pas si lointaine pour se rappeler au très bon souvenir de la course d’Orthez, en 2010 — la pluie avait gâché celle de 2011, encore plus poderosa à notre goût —, de celles de Pamplona, en 2009 et 2013, de celle de Saint-Martin-de-Crau, en 2013, de celle de Dax, en 2011 — dure mais très sérieuse —, voire même de celle de Vic-Fezensac, la même année, où déjà la noblesse « encastée » s’était exprimée clairement.

À Saint-Vincent-de-Tyrosse, les Aguirre étaient mal présentés : le lot était très desigual, certains toros de cinq ans paraissant de simples novillos (mention pour le 3e à ce sujet), et l’état des cornes de cinq d’entre eux ne pouvait qu’incliner les aficionados à se poser des questions sur l’intégrité de celles-ci. Arreglado de corrales ? Afeitado ? Usure de campo ?… Il est dommage que la plaza tyrossaise n’ait pas soigné cet aspect-là des choses, car, au final, il s’agit jusqu’à présent de la course la plus mal présentée de cornes, et la plus sujette à suspicion, qu’il m’ait été donné de voir cette année. L’intégrité d’un taureau de combat ne doit en rien être indexée sur la catégorie d’une arène.

Les Aguirre n’ont rien montré au cheval. Ni bravoure sèche ou brute, ni inclinaison plus moderne à « poussicoter », ni violence, ni poder, et c’est là que le bât blesse. Le premier tiers a été, ce dimanche, un aléa de la corrida, un parmi d’autres, rien de plus. Les picadors se sont bien défoulés, ont « carioqué » à l’envi, ont vrillé, ont pompé… Ils ont fait le boulot de tous les jours, comme des sagouins qu’ils sont quand le nom d’un élevage suscite pour eux quelque inquiétude. Comme d’habitude, le public a hurlé quand les lignes étaient dépassées, mais bien peu nombreux sont ceux qui se sont exprimés pour vilipender les manières iniques de ces messieurs les cavaliers.

Soyons justes ! À la décharge des toros d’Aguirre, il convient de prendre en considération la cavalerie désuète de Philippe Heyral. Si les chevaux d’Alain Bonijol ont parfois tendance à fausser notre observation de la bravoure des toros en reculant aussi vite qu’un chat détale quand il a peur ; si leur propriétaire même, prétentieux et content de lui, peut inspirer chez certains d’entre nous quelque aversion ; si l’invention de sa pique à la con pour toros gentils de Nîmes ne nous paraît être qu’une déviance de plus vers l’affadissement du taureau de combat, force est tout de même de constater que les tiers de piques avec les chevaux de Bonijol donnent au moins au toro la sensation de pouvoir faire mal, de pouvoir renverser l’obstacle, de pouvoir être fort. La cuadra Heyral est à ce sujet aux antipodes avec ses chevaux grands, peu mobiles surtout, totalement figés : des murs ! (Ces quelques lignes ne sont en rien une excuse pour relativiser le comportement anodin des Aguirre à la pique). 

Et après ? Les Aguirre ont chargé. On pourra reprocher la faiblesse des antérieurs des deux premiers en particulier, mais ils ont chargé, ils ont répété leurs charges, ils ont combattu et ont maintenu l’intérêt durant deux heures sans pour autant donner l’impression de faire peur. C’est peut-être sur ce point précis que la ganadería se trouve à la croisée des chemins. 

Les Aguirre ont gagné ces dernières années en noblesse. Certains font l’avion, étirent leur tête au maximum pour attraper le leurre et répètent avec entrain. Si cette noblesse reste encore loin des canons érigés par Mundotoro, Aplausos, 6 Toros 6, par les sites d’annonces taurines qui les copient en France, par les plumes catastrophiques de notre quotidien, il n’en demeure pas moins indéniable que le toro d’Aguirre, toujours teinté de mansedumbre la plupart du temps, est devenu un premier choix à toréer pour un torero qui en montrerait l’envie et le pundonor. À condition de maîtriser parfaitement le sitio — hier, Escribano, malgré deux oreilles, a été parfaitement baladé par son second toro —, à condition de ne pas exagérer la longueur de la faena, à condition de se croiser (oui ! cette notion existe encore), à condition de contraindre la charge tout en donnant la distance adéquate (ce que ne font plus les matadors), à condition d’entamer une série avec le bras bien tendu devant soi pour embarquer la tête de l’animal… à condition de toréer tout simplement, les Aguirre sont devenus d’excellents toros de troisième tiers !

Ceux de Saint-Vincent-de-Tyrosse permettaient le toreo malgré toutes les imperfections qu’ils pouvaient trimbaler en piste (sortie tête haute pour certains, recherche de la querencia…). À l’heure actuelle donc, l’élevage semble se trouver à cet endroit précis où la caste s’exprime encore avec fougue, avec cette queue toujours levée vers le ciel quand le toro initie sa charge. Il s’agissait pourtant, hier, d’une caste « humanisée » — réelle, vraie, omniprésente sur au moins quatre toros —, assagie par rapport à ce que certains Aguirre ont pu laisser comme souvenir. La croisée des chemins est là : savoir maintenir vivante et vibrante cette caste tout en ne tombant pas dans la recherche d’une noblesse bonasse à laquelle tant d’élevages actuels ont succombé. 

Maintenir la caste et son piquant, sauver le poder et conserver intacte cette faculté à autoriser le toreo, le vrai s’entend.


>>> Retrouvez, sous la rubrique « Ruedos » du site, une galerie consacrée à la corrida de Dña. Dolores Aguirre Ybarra de Saint-Vincent-de-Tyrosse.

16 juillet 2013

Premio


Les prix, en tauromachie comme ailleurs, sont toujours dérisoires. Mais celui-là fait plaisir, de manière totalement subjective, personnelle, irrationnelle, peut-être, mais il fait plaisir.

Premio Feria del toro 2013, remis par la Casa de Misericordia de Pamplona : Dña. Dolores Aguirre Ybarra.


Photographie Encierro des Dolores Aguirre Ybarra, Calle Estafeta © Éléonore Monguillon/Camposyruedos.com

07 juin 2013

Saint-Vincent-de-Tyrosse et Hagetmau cet été


Comme nous l’écrivions il y a quelques semaines, l’été taurin s’annonce vraiment intéressant dans le Sud-Ouest de la France, et particulièrement dans les Landes. Ces derniers jours, les plazas de Saint-Vincent-de-Tyrosse et d’Hagetmau ont dévoilé leurs carteles. La première propose une corrida de Dolores Aguirre Ybarra quand la seconde, traditionnellement pourrait-on écrire, annonce les Miura et les Cebada Gago.

Saint-Vincent-de-Tyrosse | Dimanche 21 juillet 2013 | Corrida de Dolores Aguirre Ybarra
Manuel Escribano – Alberto Aguilar – Thomas Dufau

Hagetmau | Dimanche 4 août 2013 | Novillada de Miura
Imanol Sánchez – Cayetano Ortiz – César Valencia

Hagetmau | Lundi 5 août 2013 | Novillada de Cebada Gago
Manuel Dias Gomes – Rafael Cerro – Fernando Rey


Photographie Un toro de Dolores Aguirre Ybarra qui, en juillet, fera peut-être le voyage à Saint-Vincent-de-Tyrosse © Laurent Larrieu/Camposyruedos.com

11 mai 2013

Pas plus un toro qu’un visage


La dame blonde avait un visage d’aigle. Sans raison, en la croisant çà et là aux abords des arènes, j’ai toujours imaginé qu’elle aurait pu prêter cette figure cunéiforme au pinceau d’un Modigliani qui ne se serait pas privé de l’étirer encore plus, de redessiner le saillant de ce nez à sa façon, si particulière, si à lui. On traîne des trucs bizarres dans nos têtes. 

Au début, ce fut un caprice de riche, comme tant d’autres l’avaient fait avant elle. L’aisance, la renommée, les relations et son nom sur un bout de papier accolé à côté de celui de Curro Romero. Beaucoup se lassent des caprices de ce genre, revendent ou laissent faire. Quand elle constata l’état pitoyable de ses Atanasio, elle souffleta son caprice et observa longuement dans le miroir ce visage d’angles, tendu vers l’avant comme les œuvres de Chillida à Donostia, ce faciès décidé et avec lequel elle n’avait pas d’autre choix que de s’entendre ; et elle y découvrit qu’un toro ne s’achète pas seulement, mais qu’il se fabrique, se modèle et qu’à la fin il vous ressemble. 

Comme rien n’est parfait dans la vie, pas plus un toro qu’un visage, elle éleva des toros tendus vers l’avant comme les œuvres de Chillida à Donostia. Et Madrid succomba. Parce que Madrid est imparfaite, râleuse, caractérielle, autoritaire, et parce que Madrid porte en elle cette beauté qu’il convient d’inventer, d’imaginer, qui demande un effort et qui n’est pas servie sur un plateau de blanc et d’or. Séville est le contraire, et ses toros n’y étaient pas bien. 

Reste Pamplona. Imperfection magique et agaçante, addiction envoûtante, délire époustouflant. Elle était presque chez elle. Encore une imperfection. Elle venait voir ses toros démesurés pénétrer dans les chiqueros et rendait à chacun, anonymes et dérisoires, le sourire qu’on lui tendait. Elle s’inquiétait des toreros, mais pas trop. Il y avait des cornes, c’était ainsi. Il fallait qu’ils fassent peur, ses toros. 

Cette année, Dolores Aguirre Ybarra ne verra pas combattre ses toros. Elle est décédée il y a un mois et repose dans son village biscayen de Berango. Ses toros portaient la devise noire à Saint-Martin-de-Crau et ils furent excellents. Il y a trois ans, lorsque son époux l’avait précédée, c’est à Orthez qu’on sortit la devise negro azabache, et les toros y avaient été très bons. C’est étonnant, d’ailleurs, ces concours de circonstances, ou ces coïncidences. En 1999, peu de temps après la mort de Juan Luis Fraile, le lot madrilène, arborant pavillon noir, avait raflé tous les prix de la San Isidro. La mort s’acoquinerait-elle facilement de la bravoure ? 

Le lot de Saint-Martin-de-Crau était presque parfait — cinq toros sur six. Presque parfait, ça convient tout à fait.

Rien n’est parfait, pas plus un toro qu’un visage.


>>> Retrouvez, sous la rubrique « Campos » du site, une galerie consacrée à la camada 2013 de l’élevage Dña. Dolores Aguirre Ybarra.

08 mai 2013

Un signe du ciel


Ce fut un peu un don du ciel, au moment justement où vous veniez d’y débarquer. Un juste retour des choses, un ultime cadeau, dernier témoignage de ce que peuvent donner, savamment dosées, la caste, la bravoure et la force. 

C’était à Saint-Martin-de-Crau, le mercredi premier mai 2013, jour de la fête du travail, mais pas pour les trois toreros, qui n’étaient pas à la fête et qui, malgré leur bonne volonté et, surtout, leur bagage limité, n’ont jamais pu se hisser à la hauteur de cette immense course de cinq ans. Oui, cinq ans, because cinq ans c’est beaucoup mieux.

Une « coursasse » pour le souvenir, pour se souvenir de ce qu’est un toro brave et toucher du doigt que ça existe encore, que ça n’aura pas été qu’une illusion ou un délire d’amateur plus ou moins romantique et de plus en plus perdu, marginalisé, en voie de disparition — comme pour la diversité des encastes.

Le toro moderne de troisième tiers et non piqué, ou piqué lors d’un simulacre, n’est pas une fatalité. Encore faut-il avoir les couilles de l’affirmer. Et vous les aviez. 

Cette corrida était un peu un aboutissement. La course presque parfaite, cinq toros passionnants et importants sur six, un miracle.
 Nous ne verrons rien de mieux de la saison, c’est joué d’avance j’en ai bien peur.

Il y eut d’abord le premier, simplement correct, sans plus, sorte de mise en bouche avant que ne se déverse le courant de caste. 

Les trois toreros n’étaient pas à la fête, mais ils ne furent pas non plus en perdition, car la course fut noble dans l’ensemble, sans le danger ou l’âpreté habituelle qu’exposent généralement les grandes carcasses venues de Constantina… Souvenirs madrilènes… Pepín Liria… héroïque… Miguel Rodríguez… déshabillé un soir d’octobre… C’était il y a longtemps maintenant… Il faisait très froid ce soir-là.

Nous ne vous croiserons plus, presque anonyme dans le métro au milieu de la foule des aficionados… línea dos… direction Sevilla, juste avant Sol… 

C’est un bel hommage qu’ils vous ont rendu, Madame, vos toros, ici à Saint-Martin-de-Crau — bien plus qu’un hommage : une affirmation, les points sur les « i » et les barres sur les « t ». La démonstration éblouissante que vous avez eu raison de ne jamais céder ni écouter les sirènes nauséabondes du mundillo et de ses porte-cotons rampants.

Demain, sans doute, pour une autre course, ils sortiront très couards, comme parfois, et alors là ils vous pointeront du doigt, comme ils l’ont déjà fait. Ça n’aura aucune importance. 

Un toro fort et noble, mobile et infatigable, ça existe. Il y en eut cinq à Saint-Martin, et certains, très braves, s’employant sous le fer, de toutes leurs tripes et de toute leur âme, les chairs labourées par un fer qui semblait ne rien leur faire, ne rien pouvoir atténuer.

Je n’ai pas compté, mais les chroniques annoncent vingt piques. Moi, je me souviens juste de ces queues dressées au moment de la charge, porte-drapeaux de la caste, de ces reins qui se cambrent et se tordent, de ces contorsions pour tenter de renverser l’adversité, pour lutter, exister, ne rien lâcher, jamais.

Certains furent très braves, un autre, le sixième, ressortant vite et seul mais y revenant avec puissance et sans hésitations, avant d’aller et venir, bouger et charger, attentif, empressé, pesant et répétant, « encasté »… La caste.

On se foutait bien à ce moment-là de savoir si la pique était andalouse, française, bonijolienne ou roumaine… On se foutait bien de savoir si elle était tenue à l’envers ou à l’endroit… si elle était trop derrière ou de côté. On se moquait bien de tout ça, car d’où qu’elle vienne, la pique, elle n’y pouvait rien ; vos Aguirre étaient plus forts. On se foutait bien de connaître les noms des chevaux. On aurait juste voulu les voir valdinguer.

Le débat sur la pique est une blague de mauvais goût que les taurins nous font avaler pour mieux affaiblir le toro qu’ils veulent produire. Il n’y a rien d’autre à ajouter. Ils sont les fossoyeurs de la Fiesta ; vous en aurez été une lumière.

Je ne me souviens pas avoir vu une course aussi complète, aussi globalement passionnante depuis celle des Conde de Murça, à Céret ; c’était en 1992.



Il aura manqué, ce premier mai, un Fernando Cámara transcendé, un Califa sur un nuage, comme à Madrid en 2000, ou un type dans le genre, pour accentuer plus encore le relief de cette après-midi. Qu’importe. 

Les toros étaient là. Et, subitement, nous étions à nouveau fiers d’être aficionados et pleins d’une envie régénérée de dévorer des kilomètres pour jouir une fois encore de la grandeur de la Fiesta. 

La course a duré trois heures. J’ai été étonné en l’apprenant. J’ai encore le sentiment que cette après-midi ne fut qu’un souffle ; le souffle infatigable de ces immenses toros qui se sont grandis et nous ont fait penser à vous.

Cette course, c’est un peu un doigt d’honneur, mais classieux celui-là — c’est possible —, fait au mundillo. 

Oh ! bien sûr, ce signe du ciel ne changera rien à la face de la planète des toros, il n’éclipsera rien, et les choses continueront comme si de rien n’était. Le mundillo va persister à se noyer dans la crasse médiocrité de l’adoucissement chaque jour plus irréversible du campo.

On vient de me dire qu’aux impressionnantes carcasses noires que vous aviez réservées pour Madrid, ils ont préféré des Samuel Flores… Les cons !


>>> Retrouvez, sous la rubrique « Ruedos » du site, une galerie consacrée à cette corrida de Doña Dolores Aguirre Ybarra. Les photographies sont signées Morgan Mirocolo, merci à lui.

06 mai 2013

Tous toreros



Mardi 30 avril 2013

Les toros de Dolores Aguirre Ybarra dégagent une impression de grand calme au campo. Ils vont et viennent, rejoignent leur querencia naturelle, clopin-clopant, dodelinant de la tête, grattant parfois le sol et chassant quelques mouches, qui reviennent inlassablement. L’air est frais et le soleil perce maintenant à travers les milliers d’encinas de la finca. Ils sont regroupés par lot, et, plus ou moins, chacun s’est déjà vu assigner une destination : Pamplona, Bayonne, Saint-Vincent-de-Tyrosse, Tafalla et, semble-t-il, un « pueblo de aquí », mais lequel ? 

Seule attend une grosse demi-douzaine de cuatreños initialement « réséñés » pour la San Isidro de Madrid. Las, ceux-ci ne fouleront jamais le ruedo venteño, car remplacés par six cornalones — on imagine — de Samuel Flores. Le mayoral n’est pas inquiet : Valencia en julio ou Logroño à la fin de la saison. C’est la tête de camada de l’élevage cette année, una tía con toda su barba.

Les voir là, sereins, l’air de rien, la tête au vent, le mufle au sol, les reins au soleil, on se dit que nous n’aimerions pas être torero. Ni matador, ni peón de brega, ni banderillero, ni picador, ni aucune fonction qui nous obligerait à mettre le bout du petit orteil sur le sable d’une arène.


Dimanche 28 avril 2013

Les novillos de Núñez del Cuvillo dégagent une impression de grand calme dans le ruedo. Ils vont et viennent, chassant sans trop y croire la muleta qu’on leur présente, de profil ou de trois quarts, et qui revient inlassablement. L’air est frais — glacial, selon les Sévillans — et le soleil perce parfois au-dessus de la Puerta del Príncipe. Les présents trouvent les deux premiers intéressants, les autres ennuyeux et faibles. Les novillos s’ennuient eux aussi. 

Les voir ainsi, l’air de rien, l’air de ne pas être venus pour combattre, mais seulement pour suivre gentiment un leurre qui répète le même geste sans fin, on se dit — mais c’est très présomptueux, évidemment — que nous pourrions nous aussi être torero. On accepterait sans trop d’inquiétude toute fonction qui nous obligerait à mettre le bout du petit orteil sur le sable des arènes de Séville. 


Lundi 6 mai 2013

C’est par là qu’elle disparaît, dans cet instant où les taureaux de combat qui n’en sont plus vraiment font croire que nous pourrions être tous toreros.


Photographie Un novillo de Núñez del Cuvillo, à Séville, le dimanche 28 avril 2013.

30 avril 2013

Dolores en Saint-Martin-de-Crau


En raison des intempéries de ce week-end, la corrida (5 ans la corrida, 5 ans) de la regrettée Dolores Aguirre a été reportée ; elle sera combattue demain, mercredi 1er mai, à 17 heures.


18 mars 2013

¡Manda huevos!


Huevos, pluriel de huevo, œuf en français, est une façon un tantinet grossière de désigner les testicules dans la langue de Cervantes. 

Les Espagnols accommodent les œufs à toutes les sauces, et nombreuses sont les expressions faisant référence aux attributs masculins :
— estar hasta los huevos = en avoir marre ;
— (no) salir de los huevos = (ne pas) vouloir ;
— tocar los huevos = faire chier ;
— tocarse los huevos = ne rien faire ;
— tener un par de huevos = être courageux ;
— valer un huevo = valoir cher ;
— no hay huevos = même pas capable.
Etc.

Si le synonyme cojones peut allègrement remplacer huevos, il y a bien une expression où les œufs n’ont pas leur place : hacer un frío de cojones = faire un froid de canard.

Et manda huevos, me direz-vous ; cette expression est généralement utilisée, à tort, pour susciter l’indignation ou le mécontentement. La confusion provient de la similitude phonétique entre huevos et uebos. Ce dernier vient du latin opus, au sens de chose nécessaire. Par conséquent, manda uebos signifie « chose oblige ». Petit à petit, cette expression d’origine juridique est tombée en désuétude pour être remplacée par le populaire manda huevos, né de la méconnaissance du mot uebos. L’expression manda huevos est un juron familier qui peut également se transformer, par extension, en manda cojones. La boucle est bouclée.

Tout ça pour quoi ? Eh bien, vous me croirez ou non mais le juron manda huevos est la première chose qui m’est sortie de la bouche lorsque j’ai aperçu l’arrière-train de ce toro, qui brille par l’absence d’attributs masculins.
Ce « toro » de Dolores Aguirre, aussi laid qu’un dromadaire, est le toro de la finale du Concours national de recortadores de la féria des Fallas 2013 — rien que ça ; concours qui, par-dessus le marché, sera retransmis par Canal+ Toros Espagne, le vendredi 22 mars, afin que tous les abonnés puissent profiter de la beauté de ce quadrupède…

Alors oui, je peux le dire haut et fort si j’en ai envie : « ¡Manda huevos! »

05 février 2013

Les bonnes nouvelles


Après Aire-sur-l’Adour et Céret, c’est au tour de Saint-Vincent-de-Tyrosse de titiller l’intérêt de l’aficionado a los toros en programmant, pour sa corrida du dimanche 21 juillet 2013, un lot de Dña. Dolores Aguirre Ybarra.

Le calendrier des rendez-vous toro-toro se remplit lentement, mais de plus en plus sûrement…

24 janvier 2013

Bilbo’quet (II)


Autant nous sommes habitués ici à mettre en avant les programmations d’arènes modestes, non pas tant portés par les liens qui nous unissent avec certaines d’entre elles que par l’intérêt taurin qu’elles suscitent — Parentis, Céret, Orthez, Azpeitia, pour ne citer qu’elles —, autant il convient de saluer cette année l’annonce des ganaderías qui seront combattues à Bayonne, arène de première catégorie (même si la notion de 1re catégorie en France peut prêter à sourire, en particulier quand il s’agit de la présentation des astados).

Cela fait plusieurs années que la plaza basco-gasconne cherche sa voie dans un calendrier qu’il est juste de considérer comme complexe ; car Bayonne n’a pas de féria à proprement parler comme peuvent en avoir, par exemple, les voisines de Mont-de-Marsan, Dax ou Saint-Sébastien. De plus, les arènes sont excentrées et la concurrence aoûtienne est, on le sait, très rude : Dax, Saint-Sébastien, Parentis…

Bayonne est-elle torerista ou torista ? Voici la grande question bien absurde qui fait encore couler l’encre médiocre d’un certain chroniqueur taurin du lieu. Elle n’a pas à être l’une ou l’autre, elle se doit seulement, au regard de son histoire et de sa position dans un département où la corrida est réduite à la portion congrue, de présenter des corridas dignes de ce nom.

Après avoir réduit le nombre de courses ces dernières années, Bayonne a plus ou moins réussi à mettre en place des carteles assez équilibrés dans lesquels les figuras ne bouffent pas tous les postes, et où une attention particulière est portée au choix des toros. Cette dernière partie de l’équation sera encore plus vraie en 2013 : Fuente Ymbro, Joselito/La Reina, Cebada Gago et Dolores Aguirre Ybarra. Bayonne réussit à monter un plateau dans lequel on recherche autre chose que les Miura ou les Victorino, pour sauver la face des corridas dites «dures», et l’on évite les éternels Daniel Ruiz, Núñez del Cuvillo, Victoriano del Río et autres, pour le côté «vie en rose». Le bémol vient de la novillada d’Antonio Bañuelos qui fait regretter que l’empresa n’aille pas chercher des élevages plus originaux ou moins vus.

Le retour des Dolores Aguirre Ybarra est une nouvelle particulièrement réjouissante après une année 2012 incompréhensiblement blanche (une corrida à Pampelune) pour la ganadera basque.

Le meilleur de tout cela, pour en terminer avec les atermoiements concernant la plaza de Bilbao (ceci expliquant le titre de ce texte), est que ce lot de Dolores Aguirre était, paraît-il, initialement prévu pour Bilbao. Si l’on fait le compte, la plaza biscayenne a laissé passer les Dolores et les Cuadri, alors même que c’est la photo d’un superbe Cuadri (‘Ribete’) qui ouvre l’entête du site Chopera Toros (la famille Chopera étant gestionnaire des arènes de Bilbao), photo piquée sans demande préalable aucune à Campos y Ruedos.

Bref, ne reste plus à la plaza bayonnaise qu’à confirmer la bonne tenue de cet elenco ganadero en concoctant des carteles attractifs et en arrêtant aussi les fouilles systématiques à l’entrée des gradins — les bouchons en plastique sont interdits ici.

22 décembre 2012

Féria de la Crau 2013


Saint-Martin-de-Crau prépare une très belle féria sur le papier.
Il y aura deux corridas les 27 et 28 avril 2013 :
— Corrida de competencia entre ganaderos français avec 3 Yonnet et 3 Jalabert frères.
— Corrida de Dña. Dolores Aguirre Ybarra.

Gageons qu’avec les rares sorties effectuées en 2012 par la ganadera bilbaína nous pouvons espérer y voir combattre quelques cinqueños…

16 décembre 2012

Trilogies


Le 12 octobre 1990, à Bilbao, Tomás Campuzano, Pepe Luis Martín et Juan Cuéllar combattaient six toros de Cuadri ; les derniers tués à ce jour dans les arènes de Vista Alegre. J’ai eu beau chercher, je n’ai pas trouvé sur Internet de compte rendu de cette course dans le quotidien El País.
En revanche, j’en ai découvert trois, signées Joaquín Vidal, où figurait chacun des toreros de la corrida du 12 octobre 1990. Je n’y ai pas lu le Vidal que certains considéraient sans vergogne comme un aficionado néfaste pour la Fiesta — probablement le prix à payer de l’indépendance journalistique —, car, oui, la plume taurine d’El País savait apprécier tout ce qui, dans l’arène, rendait sa grandeur à l’art de combattre les toros, et justifiait qu’il existât*.

«Tomás Campuzano sabe de miuras todo, todo, todo. Tomás Campuzano ve un Miura y nadie tiene que decirle cómo ha de citar, por dónde lo debe torear. […] Lo primero que debía hacerse con el Miura era templarle, y eso lo cumplió Tomás Campuzano con cabal ejecución de las reglas del arte. Los ayudados con que inició la faena, más que castigar sirvieron para mecer al toro en la franelilla, de la que se hizo amiga, y ya faena adelante siguió los recorridos que dictaba el maestro miurista, sin rebelión ni protesta alguna.» 

«Algunos cuestionaron su inclusión en los carteles. ¿Por qué ha de venir Pepe Luis Martín a la importante feria de Bilbao? se preguntaban. Y el propio torero les dio respuesta ejecutando un toreo hondo, interpretado con estricta sujeción al clasicismo y a la pureza. […] Pepe Luis Martín muleteó al Palha que abrió plaza presentándole la muleta para luego traérselo toreado cargando la suerte. Y entre las rectificaciones y destemplanzas que forzaban las acometidas broncas sacó pases de impecable factura. Así se torea, sí señor.» 

«En el toro anterior (le troisième, ndr) la fiesta brava hizo manifestación jubilosa de la grandeza que llegó a alcanzar en sus mejores tiempos. El toro, poderoso y encastado, […] tomó cinco varas sin perder su empuje, y llegó a los siguientes tercios con una embestida agresiva que sólo podía dominar un torero a carta cabal. Lo maravilloso del caso es que el torero a carta cabal estaba en la plaza, se trataba de Juan Cuéllar, y asumió el compromiso de dominar la embestida agresiva sin la menor vacilación, precisamente en el centro del redondel.» 

* Nous sommes dimanche, «et le dimanche maintenant, dans Campos y Ruedos, on va vous balancer un imparfait du subjonctif, comme ça, gratos, juste pour le style». 

NOTA. — Pour voir ma pauvre traduction, cliquer sur «commentaire». Pour profiter pleinement, en français, de la prose de Joaquín Vidal, se procurer, ou se faire offrir, Chroniques taurines (Les Fondeurs de briques, 2010). 


Image Joaquín Vidal, El Toreo es grandeza, Turner, 1987 via La Razón incorpórea.