28 août 2007

"Un homme seul..." Bilbao 2007

En lui collant la bise au bas du tendido 8 ( à chaque tour de piste du maestro), la minette blonde enrouleuse de tissu bleu a sans cesse soigneusement évité de le serrer de trop. Non par pudeur ni souci de courtoisie, mais tout simplement pour ne pas peindre de sang noir le haut de sa tenue vert pomme de midinette blonde. C’est ce ventre rouge noir, sali de toros et craint par une blondinette bien mise, qui fait de Manuel « Jésus » El Cid ce qu’il fut ce samedi 25 août à Vista Alegre…un maestro. L’affiche de l’ « Aste Nagusia 2007 » annonçait 6toros6 de la ganaderia de Victorino Martin Andres et El Cid, unico espada. A 20h30 ou 40, il eut fallu taguer un erratum, en rouge noir comme son ventre peint, « 6faenas6 » de El Cid. Mais on ne sait jamais à l’avance ces détails essentiels…
Car pour se badigeonner ainsi un ventre sans relief, il faut être boucher et manier la tripaille ou être torero, comme on dit, « de verdad ». Lui est torero et maître en la matière. Unico espada à Bilbao, une solitude d’évidence torera l’habilla de 18 heures à 20h30. El Cid se chargea de tout dans le ruedo, il guida seul les pupilles du paleto vers les chevaux, les reçut également seul, les vit mourir seul, une fois encore. Les larmes creusaient encore plus des joues de fatigue, les bras vers la multitude, un chef d’orchestre sans orchestre, seul parmi les notes, le bas du ventre peint de sang noir. Au cœur de la mythique ( quoique le mythe s’effrite fortement ces dernières années) et rude aficion bilbaina, il composa six faenas, de la sortie du toril au crochet de l’arrastre. Tout seul, comme un grand. De sobres gestes de la main ( le plus souvent la gauche) suffisaient à réduire au silence les conseils discrets du péonage.
Il y eut donc six faenas, six leçons. Parfois, les circonstances de la vie font qu’un ami néophyte vous accompagne à une corrida. Les questions s’enchaînent et les réponses sont parfois difficiles à mettre en mot. « - Ca veut dire quoi se croiser ? - Regarde le gars sur le gris, il est en train de t’apprendre. - Regarde, tu vas comprendre de toi-même ». Et tout le monde, des gosses buveurs de Coca-Cola aux pimpantes mamies de sortie, a compris ce que « se croiser » devant un toro signifiait, en quoi cela pouvait être essentiel pour combattre un toro de combat. Aucun aficionado ne l’expliqua à son voisin, tous se turent car il fallait se contenter d’observer pour comprendre. Six leçons de lidia ! Point.
Evidemment la main gauche, évidemment et toujours…El Cid était chef d’orchestre, professeur, torero, péon de brega et simple mec ému de faire tout ça dans une bienheureuse solitude.
Face à lui, six Victorino Martin Andres…tout le monde le savait, nous venions aussi pour cela, finalement. Ils furent les Victorinos que le mundillo espérait, Victorinos d’aujourd’hui, sans poder, sans bravoure et incessamment à la limite de la faiblesse avérée. Au troisième tiers, ils furent bien-sûr les collaborateurs attendus avec ce soupçon de piquant qui les rend encore intéressants. Ils ne leur reste quasiment plus que cela pour se démarquer du commun médiocre des toros de combat. Un matin, Victorino Martin Garcia, qui semble toujours très satisfait de ses bestiaux, se lèvera avec l’idée foireuse d’assassiner définitivement cette pointe sournoise de piment qui fait encore frissonner les figuras. Ce matin-là , il pourra pleuvoir, faire beau ou neiger à Las Tiesas de Santa Maria, l’aficion pourra s’étreindre de noir et penser à l’ancien temps. Les Victorinos n’ont peut-être jamais été au cours de leur histoire de grands braves aux piques ( c’est la thèse de certains) mais nous sommes cependant contraints de constater à quel point il leur manque un élément fondamental dans la constitution comportementale du toro de combat : la bravoure ! Ce qu’ils font au cheval ( et je prends en compte les mauvaises et laides piques administrées toute l’après-midi = en arrière, cariocas, dans l’épaule…) est proprement insignifiant et relève actuellement de la plus pure statistique d’en-tête de reseña de critiques taurins «autorisés » et «dignes de foi»: « Le lot a reçu 12 piques » et point. Les Victorinos chargent le cheval et poussent sur deux mètres et…s’est terminé. Nada mas ! Seconde mise en suerte et rebelote, mais cette fois-ci sans pousser pour recevoir un léger picotazo destiné à éviter qu’ils ne s’effondrent au troisième tiers. Ils leur restent donc ce fonds de caste un poil aigrelette qui les empêche encore de se mettre à genou pour se confondre avec le sable. Mais de nos jours, et même à Bilbao, le public, debout, applaudit deux hommes qui fabriquent ces toros et il y a même une peña taurine landaise, parée de foulards roses, qui rêvait de vuelta au toro…Même les grandes corridas offrent leur lot d’étrange.
De cette course qualifiée d’ « historique » à 20h40 ( tout va trop vite de nos jours), les souvenirs de tous raconteront seulement, dans bien longtemps, qu’un homme seul a fait, du mieux qu’il a pu et du mieux que l’on pouvait l’espérer, son métier de torero, de matador et surtout de lidiador. Les toros seront oubliés malgré les prix et les léchouilles habituelles du mundillo admiratif d’un ganadero en perte de repères.
Main dans la main avec la solitude émue de Manuel « Jésus » El Cid, 20 000 personnes ont pour une fois ovationné celle, solennelle et bougonne, du président Matias à qui l’on doit attribuer le second grand geste taurin de la journée.( l’octroi tout-à-fait justifié de la seconde oreille au 5ème toro, et ce, malgré une première entrée a matar conclue d’un pinchazo mais donné avec engagement et dans les canons). Ne goûtons pas pourtant notre plaisir, El Cid nous a remis, pour un temps, les yeux vers l'espoir.

7 commentaires:

Frédéric a dit…

Très intéréssant commentaire, surtout en ce qui concerne l'évolution de la ganaderia. Pour remonter au dernier grand toro de Victorino, il faut, selon moi, retourner en 2001 à Mont de Marsan, ce toro s'appelait "Botador" et toujours selon ma modeste opinion, les naturelles d'El Tato restent les plus belles qu'il m'ait été donné de voir jusqu'à ce jour. Les toros de Victorino correspondent, hélas, aux désirs du public d'aujourd'hui qui se fiche complétement du tercio de pique et qui ne vient aux arénes que pour voir couper des oreilles. Personnellement, je prèfére assister à des courses comme les Escolar à Cennicientos, qui sont un ilot de bonheur dans la médiocrité actuelle, dont malheureusement Victorino fait partie intégrante.

Anonyme a dit…

..... correspondent aux désirs du public d'aujourd'hui ..... HUM!!! A ceci près que ces "désirs" sont imposés par le ou les mundillos et mundillitos qui ne voient pas plus loin que le bout de leur compte en banque. Et quand on lit par ailleurs sous la plume des deux "revisteros" ennemis de sites voisins qui s'étripent à longueur d'année, les mêmes noms d'oiseaux empruntés aux abolitionnistes, dont ils affublent DE CONCERT les aficionados exigents parce que clairvoyants,on peut être inquiets
Goûtons donc les trop rares vrais moments de tauromachie lorsqu'ils se présentent, et continuons d'envoyer nos coups de gueule aux journaleux véreux qui font d'une gesticulation de trente protectards une info, sans accorder la même importance et le même respect aux milliers d'aficionados présents aux arènes.
Les mystères de la "démocratie" !!!

Anonyme a dit…

Attention à ne pas tout confondre tout de même. Les Victorinos ont certes manqués de bravoure, ont été le plus souvent sur la réserve mais ont aussi et surtout développés de la caste. Une grande caste, plus souvent mauvaise que bonne, mais de la caste tout de même. Et je ne suis pas persuadé que celle-ci soit dans les idéaux du mundillo.

En conclusion les Victorinos sont actuellement loin des canons du toro bravo mais restent très intéressant sur le dernier tiers, non par une noblesse fade mais par leur caste piquante, résultant pour le plus souvent difficile.

Sans un grand Cid, à Bilbao nous sortions à Vide !

laurent a dit…

Je me permets de répondre à ce dernier commentaire. Je n'ai jamais écrit que les Victorinos avaient "une noblesse fade" mais il me semble avoir insisté sur le piquant de leur caste révélée au seul 3ème tiers.J'ai seulement rajouté que si le ganadero leur enlève cela, il en sera réellement fini des Victorinos car,je signe et je resigne, les Victorinos manquent cruellement de bravoure et cela ne date pas de ce samedi 25 âoût 2007. Quant à la caste développée samedi, je n'irai pas jusqu'à écrire qu'elle fut "grande". Alors, en conclusion, oui, ils sont intéressants au 3ème tiers mais une lidia s'entame dès la sortie du toril...ce qui fait un manque important à mon goût.

Peio Athané a dit…

Galactique de la "Ciditude".

Bilbo 25 aout 2007.

..A tous ceux qui y étaient et à tous ceux qui n'y étaient pas...

Quand à moi.. j'y suis encore ..et ce n'est que petit à petit que je regagne notre atmosphére en planant sur mon tapis volant qui ne se fait pas prier pour ne pas atterir.
Une Tarde Totale comme celle là ne peut pas s'analyser,se peut pas se dissequer froidement.
Quelle plénitude,quel conjunto perfecto,quelle totalité taurissime,enfin quel(s) pied(s) !!
*Un homme,un lidiador,un matador,un pedazo de torerazo nous a,nous les hommes et eux les toros,subjugués et embarqués dans une galaxie que je n'osais espérer atteindre..!
*Six toros (6) de V.Martin qui n'étaient pas inintéressants mais qui n'ont pas "rompu",trés quelconques au cheval (mal piqués pour la plupart,au fait à quand une grue pour catapulter ces bandits équestres ?!).
Six toros manquant de bravitude évidente et de cette "fiereza" fondamentale qui n'est plus du tout au gout du jour pour l'aficionnement-correct..
Six toros présentant cependant plus ou moins de qualités certaines au 3è tiers.
Et LA (oui là) Manuel Jesus EL CID torero de Salteras (fort peu apprécié dans certains cercles bien(s) pensants jusqu'alors) a TOUT FAIT. PUNTOO .
El Alcalareno nous a mis debout(de chez debout ) aprés deux pares de palos comme on en voit peu..
El Presidente Matias a été réélu facile.
La Banda Musical a été de lujo.
Un recuerdo por toda la vida...y mas.
Finalement c'est ce qu'il faut partager et peut etre montrer aux anti taurins ..de fuera y ..de dentro.

P.S : 2007 est pour moi actuellement une grande cuvée:
_Rafaelillo et les Dolorés A à Madrid.
-Morante(!!) le 6 juin débarque(!) à Madrid.
-Dolorés A en Pamplona y otros toros..
-Manzanares énorme en plusieurs tardes.
-Ce samedi de gloria en Bilbo !
QUE LUJO!
..Au fait un autre grand recuerdo aussi...celui de José Tomas asséchant naturellement le sable de sa muleta magique à Dax le...8 Septembre 2002.!!..le temps passe mais le souvenir..
Pour en terminer:.un abrazo fuerte à Paco RUIZ MIGUEL qui vient de perdre son "Confianza" "JUAN de TRIANA"(qep).

Pardon d'avoir été si long.

Peio.

Anonyme a dit…

Desde 2001 hasta Bilbao 2007 si que ha lidiado Victorino toros importantes, basta recordar a "Borgoñes" en Sevilla este mismo año, lidiado por este mismo torero.
Para refrescar la memoria dejo este enlace:
http://toroprensa.blogspot.com/2007/04/borgos-me-rindo-ante-tu-fulgor.html
Puntillero.

Anonyme a dit…

Bueno.. y tambien en toroprensa PG Mancha, en cuanto a la corrida de Victorino del Cid en Bilbao pone lo que sigue... para resfrescar la memoria : "Tuvo suerte Victorino y un buen amigo en el tendido espetó: "El Cid indultó a Victorino". Y qué verdad porque incomprensiblemente una parte de la plaza casi hace saludar a un ganadero que sigue viviendo de una leyenda mítica que poco o nada se parece a la actualidad."