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23 avril 2013
22 décembre 2011
Autorovia (XIV)
En coupant le contact dans la terre fumeuse de « Mirandilla », j’ai pensé que Fabrice n’était pas encore là et c’était le cas. Une femme du personnel nous a expliqué qu’il était au village (Gerena) faire réparer un tracteur. Je me suis dit : « tiens, c’est ça aussi son boulot de mayoral » et j’ai allumé une clope. Loulou court à pleins poumons. Fumer une clope pour endurer l’attente. Ça ne m’évite pas les cent pas, les réflexions à deux balles, les plans sur la comète et l’œil sur la lune que je vois là en plein jour. Sans Fabrice, tout paraît vide ici, comme si le temps avait anticipé une œuvre néfaste annoncée depuis longtemps. Je regarde Loulou qui gambade avec ses sœurs et je me dis qu’il ne reviendra peut-être jamais à « Mirandilla », parce qu’ici plus qu’ailleurs l’incertitude le dispute à l’oubli. Il y aurait de quoi s’interroger sans détour sur sa propre afición. La fumée, de moi, s’échappe en une étreinte grise sur le tronc d’un eucalyptus et je la regarde se perdre à hauteur des premiers feuillages. Finalement, Loulou et ses sœurs auront fait le tour des vieilles baraques qui ne font plus rêver (et encore) que quelques olibrius : Miura, Prieto, Cuadri et Albaserrada. Au moins, les auront-ils vus. Les souvenirs de jeunesses ne s’éteignent jamais complètement. Le tracteur vert a tout de suite épaté Loulou. Loulou aime les tracteurs, tous les tracteurs. Fabrice va s’excuser du retard, j’en suis certain en écrasant mon mégot, mais il ne devrait pas, il bosse. Fabrice nous accueille à la manière de Fabrice. En lui serrant la main, je sais que je suis venu aussi pour cela, pour ce bonjour à nul autre pareil, imperceptible, suave, léger comme le vent du soir agite à peine la cime d’un champ de blé, un bonjour délicat sous les frissons d’eucalyptus. Fabrice Torrito parle bas et doux. Il a dans ses mots le sud mais un sud sans forfanterie, apaisé et fragile. Un sud délectable d’où la délicatesse affleure sans le vouloir parce qu’elle est là, réelle et mélodique. Je l’observe contempler son pré de fleurs d’origine Pedrajas. Les vieilles vaches Pedrajas de chez le Marquis d’Albaserrada. Fabrice ne les élève pas (en vérité, si), il les admire, il les dévore de ses yeux protecteurs, même celle qui est morte parce que la vie s’arrête aussi pour les vaches braves. Elle s’éloigne mourir comme pour donner la vie ; elle laisse une place qu’elles sont de moins en moins nombreuses à prendre. Fabrice raconte aux enfants ce qu’elle fut et, du flot sucré de ses mots, les enfants comprennent que la mort fait partie de la vie et que même s’il ne reste qu’une peau dure et sèche sous leurs yeux, une peau qui fait résonner le vide au-dedans d’elle, cette peau mérite d’être là où elle a vécu, au milieu des herbes qui la cachent et sous la lune qui l’éclaire. Fabrice m’explique que le travail de récupération de l’élevage sera long et que les incertitudes et les turpitudes seront, elles, infinies. « À part Tulio, tu veux aller chez qui pour rafraîchir ? » Yerbabuena ? Guardiola (ce qu’il en reste) ? Je ne sais quoi répondre. Je repense à mon dernier passage chez Tulio l’an dernier. Tulio et José. Tulio, autre vieille baraque que j’ai contemplée de mon chemin. L’an dernier, j’avais une boule dans la gorge, même les belles choses du campo n’avaient pu me l’ôter. Fabrice a raison après tout. Il faut qu’il tienne ne serait-ce que parce qu’il est là. Ne serait-ce que parce qu’avec toute sa délicatesse d’un sud fragile et apaisé, il les emmerde tous à élever du Pedrajas. Ne serait-ce que parce qu’un Tulio, un Pedrajas, un Albaserrada, c’est beau et ça fait peur. Mets du Tulio ! Nous irons voir leur peau faire résonner le vide de ce monde taurin qui tweete mais ne tue plus.
À la fin, Fabrice s’est tu et nous allions partir. Dans la grange, dans la pénombre, Éléonore a photographié sa sœur. Au premier plan, il y a une tête de toro mort. Derrière elle, Fabrice marchait le long du gigantesque mur blanc et son ombre s’étirait avec douceur, comme ses mots, vers le bout d’un tunnel qu’il creusera de ses ongles s’il le faut. Mets du Tulio Fabrice.
>>> Retrouvez une galerie consacrée à la ganadería du Marqués de Albaserrada sur le site www.camposyruedos.com, rubrique CAMPOS.
23 octobre 2010
Comme ils disent
Aller au campo le matin et voir les toros avec des fundas, ça donne envie de rentrer à la maison et de se consacrer à autre chose. Fernando Cuadri
L'origine de l'utilisation des fundas est un problème juridique : les ganaderos ont dû se défendre de la permanente présomption de culpabilité de manipuler les cornes. L'inénarrable Borja Domecq (Jandilla) lors du dernier Congrès mondial des éleveurs de taureaux de combat, organisé aux Açores (Portugal) du 21 au 23 octobre 2010.
. . . . . . . . .
Vous pouvez aller lire, accessible en page d'accueil du site de la FSTF depuis au moins trois semaines, le rapport d'activité sur les travaux de recherche INRA - AFVT1 : « La faiblesse musculaire et les chutes des taureaux de combat pendant la corrida, nutrition des taureaux et stress oxydant. » Prenez le temps car sa lecture est non seulement intéressante mais aisée. Et pour vous remercier d'avoir atteint la dernière des quinze pages de leur « rapport », nos scientifiques à la pointe de la recherche et du progrès vous offrent in fine ce morceau de bravoure (parenthèses maison) : « La préparation alimentaire des taureaux de combat telle que nous l’avons définie doit s’intégrer dans les techniques modernes (...) d’élevage au même titre que les rations mélangées « unefeed » (bon appétit), la mise en place des « fundas » (boouuuh !!!), l’application rigoureuse des programmes sanitaires (un casse-tête), l’entraînement (!?), l’amélioration du confort (sic) durant le transport et le séjour (re-sic) dans les corrals, pour que le taureau sorte dans l’arène avec toute son intégrité physique (ben voyons !). »2
Moi... qui pensais qu'à vouloir s'occuper du toro comme ils préconisent de s'en occuper n'était pas la meilleure des garanties de le voir sortir « dans l’arène avec toute son intégrité physique »...
Toi... qui viens d'avoir la furtive et désagréable impression de lire un de ces propos lénifiants sur la notion de « bien-être animal » dont on te rebat les oreilles depuis deux ou trois ans...
Vous... qui vous imaginiez l'élevage du toro comme le dernier refuge où les « innovations » profitant à des marchands au service d'une logique productiviste ne passeraient jamais...
Moi, toi, vous... nous quoi, en naïfs invétérés, en indécrottables romantiques, en éternels ignorants, en affreux réactionnaires, nous pouvons aller nous rhabiller !
1 Institut national de la recherche agronomique – Association française des vétérinaires taurins. Cette dernière a récemment octroyé son prix 2010 (le premier) à l'ADAC — des mauvaises langues (mais lesquelles ?) prétendent que l'association cérétane l'aurait reçu pour avoir réussi la performance de présenter trois ganaderías con fundas sur quatre courses...
2 Messieurs, quand on s'adresse à des aficionados, le choix des mots, ça compte.
Image Des Tulio pas « modernes » © Laurent Larrieu/Campos y Ruedos
21 septembre 2010
Blanc
La page blanche. Celle qui ne se remplit pas. Celle sur qui les mots ne se posent pas. Le blanc du rien, le vide du blanc. La page que l’on n’arrive pas à écrire. Le blanc, le linceul. Seul le blanc. Avec un "c" le blanc. Comme Tulio avec Isaías. Comme Isaías avec Tulio. La page blanche qui laisse songer au noir de l’encre. Le bout de la corne. Le noir. Rien. Blanc de chez blanc. La blanche tue, le blanc te sniffe. Vers rien. Tulio c’est fini. Rideau. Linceul. Page blanche sans demain.Tulio avec Isaías comme le blanc avec un "c".
>>> Retrouvez sur le site www.camposyruedos.com une galerie consacrée à la ganadería de Tulio, rubrique CAMPOS.
Photographie Un novillo de Tulio en noir et... blanc © Laurent Larrieu/Camposyruedos.com
Libellés :
Campo Andalousie,
Isaías y Tulio Vázquez,
Laurent Larrieu
25 mai 2010
Tout doit disparaître
Au fin fond du campo, en Extrémadure, ou en Andalousie, le nom de Carcassonne raisonne.Amusez-vous, l'air de rien, à prononcer le nom de la cité audoise devant quelques taurins en train de se préparer pour un tentadero, et vous verrez. Le résultat est immédiat. Les visages se figent, les yeux s'arrondissent, les regards se font soupçonneux, presque inquisiteurs.
— Carcassonne, tu es de Carcassonne toi ?
— Moi non, lui oui…
Silence.
— Moi non, lui oui…
Silence.
— Ça sort fort là-bas…
— Ben ouais… Mais rassure-toi, c'est fini !
— Ben ouais… Mais rassure-toi, c'est fini !
Carcassonne, Moreno de Silva, 'Diano', la caste, tout ça c'est fini. Tout doit disparaître.
Une bonne partie du mundillo n'en veut plus, et les politiques s'en foutent. Un changement de municipalité et les choses se meurent dans l'indifférence générale. Place à la douceur. Nous n'irons plus à Carcassonne.
Madrid, lundi 17 mai 2010. Arènes de Las Ventas.
Dans les chiqueros, six novillos de Joaquín Moreno de Silva attendent trois inconnus.
Les habitués des lieux se partagent entre gourmandise et contrariété.
Trois des novillos prévus font juste trois ans. Les années passées, ils approchaient plutôt les quatre. Il se murmure que le ganadero serait inquiet des conséquences de tant de caste face à des novilleros trop inexpérimentés. Vérité ou simple rumeur, ça crée l'ambiance, ça écrit un peu l'histoire, et ça fait parler.
Trois ans tout juste pour trois d'entre eux mais une allure irréprochable, typique de la maison. C'est du sérieux. Les craintes et contrariétés d'avant-course sont immédiatement balayées par la caste de ces Saltillo. Ça commence fort : trois avis pour Paco Chaves dès le premier novillo, puis trois autres pour Miguel Hidalgo au cinquième. Ça avance pied au plancher. La caste parle. La acorazada de picar agit. Il y a longtemps que nous n'avions pas vu une course se faire piquer à ce point.
C'est excessif, destructeur et rageant, mais quelque part ça justifie que tout cela existe. Lidias inexistantes, chaotiques, catastrophiques. Seul Domingo Navarro, en ange gardien salvateur, survole l'après-midi. Et c'est tout.
Les novilleros sont impuissants, incapables, ballotés d'un bout à l'autre de la grande piste que les novillos ne se fatiguent pas de parcourir dans tous les sens.
A la fin du spectacle, Paco Chaves, pas mécontent de lui, se laissera aller à déclarer que pareils élevages ne devraient même pas exister.
Je ne lui en veux même pas à Chaves. Je l'imagine juste assez stupide pour aller oser répéter tout haut ce qu'il doit entendre dire tout bas à longueur de journées dans les milieux autorisés.
L'ennemi de l'intérieur. Si vous aviez un doute, en voilà une démonstration par l'absurde tristement évidente, à défaut d'être éclatante.
Qu'avait-elle de si terrible cette novillada ? Eh bien rien justement, juste de la caste, de la mobilité. Rien de terrorifique, d'assassin ou de malsain. C'était simplement une course variée, brave ou mansa, souvent noble, et toujours animée de cette fameuse mobilité et de ce souffle devenus denrées rares.
Les habitués des lieux se partagent entre gourmandise et contrariété.
Trois des novillos prévus font juste trois ans. Les années passées, ils approchaient plutôt les quatre. Il se murmure que le ganadero serait inquiet des conséquences de tant de caste face à des novilleros trop inexpérimentés. Vérité ou simple rumeur, ça crée l'ambiance, ça écrit un peu l'histoire, et ça fait parler.
Trois ans tout juste pour trois d'entre eux mais une allure irréprochable, typique de la maison. C'est du sérieux. Les craintes et contrariétés d'avant-course sont immédiatement balayées par la caste de ces Saltillo. Ça commence fort : trois avis pour Paco Chaves dès le premier novillo, puis trois autres pour Miguel Hidalgo au cinquième. Ça avance pied au plancher. La caste parle. La acorazada de picar agit. Il y a longtemps que nous n'avions pas vu une course se faire piquer à ce point.
C'est excessif, destructeur et rageant, mais quelque part ça justifie que tout cela existe. Lidias inexistantes, chaotiques, catastrophiques. Seul Domingo Navarro, en ange gardien salvateur, survole l'après-midi. Et c'est tout.
Les novilleros sont impuissants, incapables, ballotés d'un bout à l'autre de la grande piste que les novillos ne se fatiguent pas de parcourir dans tous les sens.
A la fin du spectacle, Paco Chaves, pas mécontent de lui, se laissera aller à déclarer que pareils élevages ne devraient même pas exister.
Je ne lui en veux même pas à Chaves. Je l'imagine juste assez stupide pour aller oser répéter tout haut ce qu'il doit entendre dire tout bas à longueur de journées dans les milieux autorisés.
L'ennemi de l'intérieur. Si vous aviez un doute, en voilà une démonstration par l'absurde tristement évidente, à défaut d'être éclatante.
Qu'avait-elle de si terrible cette novillada ? Eh bien rien justement, juste de la caste, de la mobilité. Rien de terrorifique, d'assassin ou de malsain. C'était simplement une course variée, brave ou mansa, souvent noble, et toujours animée de cette fameuse mobilité et de ce souffle devenus denrées rares.
Après la course, sur le parvis des arènes, au pied de la grande porte, une ganadera vient nous saluer. A voix basse, comme un secret un peu honteux, elle nous ouvre sa main, nous montre quatre doigts.
— Quatre. Des six j'en ai aimé quatre… mais je parle à voix basse car je suis accompagnée de la fiancée d'un des novilleros…
— Et nous, señora ganadera, nous avons aimé les six, même les deux mansos !
Villanueva del Río y Minas, quelques jours plus tôt. Finca Valdevacas.
Le contraste est saisissant. Le sentiment que dans ce campo exubérant se meurt en silence un morceau d'histoire : Isaías y Tulio Vázquez.
On se demande même si le vieux gardien, pas si vieux que cela au demeurant, qui prend le frais avec ses chiens à l'ombre du cortijo a encore quelque chose à faire de ses journées.
Dans le 4x4 qui nous ballotte d'un bout à l'autre d'un campo aussi superbe que désespérément vide de toros tels qu'on les rêve, je me risque à demander au mayoral qui n'appelle plus les sementales que par leur numéro pourquoi le nombre de vaches est si limité et pourquoi la camada de l'année est aussi modeste.
— Hombre… porque eso va muy mal…
Je ne sais pas trop s'il parlait de Tulio en particulier, ou de la Fiesta en général. Peut-être un peu des deux.
— Quatre. Des six j'en ai aimé quatre… mais je parle à voix basse car je suis accompagnée de la fiancée d'un des novilleros…
— Et nous, señora ganadera, nous avons aimé les six, même les deux mansos !
Villanueva del Río y Minas, quelques jours plus tôt. Finca Valdevacas.
Le contraste est saisissant. Le sentiment que dans ce campo exubérant se meurt en silence un morceau d'histoire : Isaías y Tulio Vázquez.
On se demande même si le vieux gardien, pas si vieux que cela au demeurant, qui prend le frais avec ses chiens à l'ombre du cortijo a encore quelque chose à faire de ses journées.
Dans le 4x4 qui nous ballotte d'un bout à l'autre d'un campo aussi superbe que désespérément vide de toros tels qu'on les rêve, je me risque à demander au mayoral qui n'appelle plus les sementales que par leur numéro pourquoi le nombre de vaches est si limité et pourquoi la camada de l'année est aussi modeste.
— Hombre… porque eso va muy mal…
Je ne sais pas trop s'il parlait de Tulio en particulier, ou de la Fiesta en général. Peut-être un peu des deux.
05 février 2010
'Numismático' par Salva
Ce jour d'octobre 2003 à Madrid, à l'ombre des briques neomudéjar de Las Ventas, mon cœur a cogné fort — j'en suis certain — lorsque je découvrais dans les bacs d'un bouquiniste ces photographies signées Salva. Mes yeux se mirent à briller de mille feux et un étrange silence enveloppa tout mon être qui se retrouva — je m'y revois — seul au monde à contempler les tirages : des estampes issues d'élevages prestigieux et saisies dans leur campo par un photographe aficionado... a los toros.Je caressais du regard des prietos, des murteiras, des condesos, de la Maza ou de la Corte, des palhas, des valverdes, des cuadris ou des tulios — j'en oublie. Emerveillé je l'étais mais indécis je puis vous assurer que je l'étais plus encore, car lequel prendre ? Devant cette magnifique galerie de toros-toros, il me fallait en choisir un ou les emporter tous... Les cornus une nouvelle fois passés en revue, je décidais finalement d'acquérir celui que j'avais reconnu : 'Numismático', un tulio armé long et fin vu en photo quelques mois plus tôt de l'autre côté de ce mur de briques, dans le ruedo. D'après Salva, 'Numismático' et ses frères, outre le fait qu'ils accusèrent la chaleur caniculaire jusqu'au point de perdre chacun un nombre conséquent de kilos, « seguramente por el viaje »1, composèrent une « corrida vareada y musculada, muy ofensiva y astifina, sobre todo el cuarto. » Le quatrième c'était lui, 'Numismático', numéro 9. Et Salva de conclure sa reseña2, « Trapío », par ces mots qui se passent autant de traduction que de commentaires : « Hubo en la plaza casta e integridad. Los dos pilares fundamentales de la Fiesta. »
1 Le lot affichait des poids compris entre 464 et 485 kilos.
2 Voir le lien. A noter que Salva vit en 'Isleño' un grand tulio malgré la négligence du président Lamarca : « Les aficionados protestèrent suite à la décision du président de ne pas proposer au toro une troisième pique qu'il aurait sûrement prise avec la même bravoure que les précédentes. »
Image Sorti de son cadre... 'Numismático' de Isaías y Tulio Vázquez lidié le 3 août 2003 à Madrid par Manolo Sánchez © Salvador 'Salva' Valverde
14 janvier 2010
02 janvier 2010
25 septembre 2007
"Rustre" un toro...
En ces temps de bilans malsains de fin de temporada, où certains tirent sur d'autres des mois après les faits, où ceux-ci pleurent le manque de confort d'un callejón (!), où, enfin, l'on ne cause que de faenas et de triomphes et où le toro n'existe plus ou si peu (en tant que collaborateur uniquement), j'avais juste envie de voir un bon toro à la tronche bien rustre ! Un tulio ! Voilà, c'est fait...
19 juin 2006
Le murmure d'hier
José,Tu n'étais pas là. Je ne t'ai pas vu derrière le burladero, et avec toi manquait un peu d'Andalousie. Un peu trop même. J'étais assis sur du bois doux et sombre, poli par cent ans de fesses basques et de vieux persifleurs aux rides douloureuses.
Ce bois n'est qu'un murmure aujourd'hui, un presque silence de ce que fut jadis ce coin de Pays Basque. L'Oria file toujours et se meurt là-bas, au loin du pont, aspiré par le gris du temple de Santa María. Tolosa murmure son passé comme bouffée par la modernité laide, urbaine et industrielle de cette vallée surnommée la "vallée de l'ETA".
Ils avaient dessiné un grand A, en plein au milieu de ce murmure rustique, un grand A rouge orienté vers le sud, vers toi qui n'étais pas là.
José, tes toros aussi ne sont plus qu'un murmure et l'habit, malheureusement, ne fait plus le moine. Ils étaient mignons tes toros. Armés en pointe, sans une once de graisse, bajitos comme le sont les García Pedrajas. Ils ont une "tronche" étrange tes toros. La tête est courte et leurs yeux sont gonflés par des rides en rond. On dirait des "gremlins".
- "Eso es un tulio!". C'était facile à dire à leur entrée en piste. Pourtant, sous leurs airs de jouets, sous la belle apparence, rien, rien de plus qu'un terrorisme sourd, un quasi nihilisme. Ni cause à défendre, ni éthique, des brutes sans foi ni loi tout au plus. Murmurent-ils encore d'ailleurs leur grandiose passé ? Certains l'ont bafouillé. Pas de bravoure aux piques, ils tapaient tête en l'air, ils découpaient le vent sans jamais mettre les reins. Ils furent distraits, José, fuyards et assassins. Leur manque de caste et leurs mauvaises manières ne furent pas aidés. Les trois "humbles" du jour furent en tout lamentables. A leur décharge, ce n'est pas le nombre de contrats qu'ils signent qui en fera des figuras. Sánchez Vara, Iker Lara et Iván Fandiño construisirent un néant.
Personne ne s’occupa de les conduire correctement au cheval et dans cet exercice, Iván Fandiño, pourtant le plus abouti des trois, peut faire campagne. Pourtant, les medios étaient plus espacés que de coutume et l’on aurait pu voir des tercios de varas. Il n’en fut rien, au contraire. Ni tes toros, ni ces mauvaises pioches ne surent nous régaler.
Les faenas furent à cette image. Quand la distance s’imposait, la muleta se collait sous le mufle, stupidement, et les couilles narguaient le diamant des pitones. De profil, toujours.
Trois de tes bêtes eussent méritées un sort plus juste mais il était dit que tout irait de travers. A l’ultime, les quelques présents demandèrent une oreille pour se venger d’être venus peut-être. Une oreille pour les tableaux de fin de saison.
Des gaitas, néanmoins, aigües aux quatre vents, accueillaient tes toros. Ils s’en moquaient pas mal ces copies de tulio.
Les faenas furent à cette image. Quand la distance s’imposait, la muleta se collait sous le mufle, stupidement, et les couilles narguaient le diamant des pitones. De profil, toujours.Trois de tes bêtes eussent méritées un sort plus juste mais il était dit que tout irait de travers. A l’ultime, les quelques présents demandèrent une oreille pour se venger d’être venus peut-être. Une oreille pour les tableaux de fin de saison.
Des gaitas, néanmoins, aigües aux quatre vents, accueillaient tes toros. Ils s’en moquaient pas mal ces copies de tulio.
José, ne m’en veux pas d’être aussi dur. J’étais venu voir des tulios, les Isaías y Tulio Vázquez. Je savais que tout n’allait pas bien, que les temps étaient difficiles mais j’ai été déçu.
Ce qui est certain, c’est qu’ils ont tenu dur le combat, sans un pousse de faiblesse. C’est déjà ça de pris.
Ce qui est certain aussi, c’est que je reviendrai voir tes toros dans une arène nostalgique ou un pueblo plein de poussière. Je reviendrai voir tes toros en avril ou en mai, dans les herbes hautes de la finca, et toi au fond, qui marche en sifflant. Je reviendrai à "Los Guaperales" entendre le ciel devenir un cri rauque, un ronflement inquiet quand le combat s’annonce. Personne ne le sait, José, mais sous les fleurs violettes, les cailloux ont des cornes, le toro est partout dans ce bout d’Espagne que Dolores partage.
Je reviendrai enfin voir tes tulios car ils doivent survivre. Ils ne sont peut-être que le murmure d’hier mais le bruit ne s’entend que de milliers de murmures distincts.
Ce qui est certain, c’est qu’ils ont tenu dur le combat, sans un pousse de faiblesse. C’est déjà ça de pris.
Ce qui est certain aussi, c’est que je reviendrai voir tes toros dans une arène nostalgique ou un pueblo plein de poussière. Je reviendrai voir tes toros en avril ou en mai, dans les herbes hautes de la finca, et toi au fond, qui marche en sifflant. Je reviendrai à "Los Guaperales" entendre le ciel devenir un cri rauque, un ronflement inquiet quand le combat s’annonce. Personne ne le sait, José, mais sous les fleurs violettes, les cailloux ont des cornes, le toro est partout dans ce bout d’Espagne que Dolores partage.
Je reviendrai enfin voir tes tulios car ils doivent survivre. Ils ne sont peut-être que le murmure d’hier mais le bruit ne s’entend que de milliers de murmures distincts.
Caresse 'Bruto'.
08 novembre 2005
Trapío (II)
Le terme de trapío vit ses derniers jours en Andalousie, comme le soulignait Solysombra dans un précédent message. Pourtant, le mot ne date pas d'hier, jugez-en plutôt : "Para que un toro sea fino, -dice-, ha de reunir el pelo luciente, espeso, sentado y suave al tacto, las piernas secas y nerviosas, con las articulaciones bien pronunciadas y movibles, la pezuña pequeña, corta y redonda; los cuernos fuertes, pequeños, iguales y negros; la cola larga, espesa y fina; los ojos negros y vivos; las orejas vellosas y movibles. Esto es lo que se conoce por buen trapío." Francisco Montes 'Paquiro' (1805-1851)
J'adjoins seulement cette photographie d'un tulio, prise au campo en 2004. Le "poids des mots, le choc des photos" diraient certains... Le pedrajas dans toute sa splendeur.
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