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14 août 2012

Et maintenant, tu suces Gunthar !


Je savais pas. Javier en teuton ça se dit Gunthar.
Faut parler teuton, c’est sûr. Moi je parle pas teuton. Français, espagnol un peu, portugais pour la route, mais teuton, non.
Gunthar, Javier… Maintenant, tu suces Javier ! Tu suces Gunthar ! 
Pornographie teutonne, pornographie vulgaire du matin d’une nuit trop arrosée. 
Et maintenant, tu suces. Extraits… Tâches d’encre, de sang et de sperme et de tout ce que tu veux… Suce Gunthar ! 
Bukowski à côté c’est « Oui-Oui à la plage » — pauvre Charles. Kerouac à côté c’est la route vers Disneyland… Burroughs, l’overdose de Nutella… Junky de Bernard, pardon, Simon, Simon est le véritable beat. Simon est subversif, c'est certain. Simon est pornographique. Ou non ? 
La pornographie peut être ridicule, finalement, grotesque aussi… Je savais pas. 
Extraits de tâches d’encre et de tout ce que tu veux… Javier, Gunthar… 

« Javier devient un aigle noir… Légers en lents va-et-vient, mus par de discrets déclics du poignet… Il semble ne plus respirer… On en a oublié le toro qu’il a délaissé tel un vampire qui, ayant abandonné quelques instants sa proie, va, avec un nouveau désir, se coucher sur elle, l’envelopper et s’accoupler dans une folle et maudite étreinte. Le public ressent à la fois désir et gêne. Tous semblent comprendre que ce qui va se produire relève du plus intime. D’un exhibitionnisme sexuel. Javier Conde, on n’en doute plus, va faire l’amour au toro. C’est sûr… C’est impudique… C’est beau… L’aigle parade. Il défie le paon. Ses plumes à lui ne sont pas tachetées d’ocelles… Situé à trois ou quatre mètres d’un toro subjugué lui aussi par ses audaces esthétiques, il propose, en la tirant sur le sol, comme une langue qui inviterait pour un profond baiser, sa muleta… Le spectateur se fait voyeur, c’est à un coït que l’on assiste… »

 Ah, merde, j’ai oublié de vous demander d’éloigner les enfants…




10 octobre 2010

Jean-Louis


À court d'idées (et de contrats) pour son poulain, l'apoderado de Javier Conde, le taurino sévillan Manuel Álvarez Canorea, compose le numéro du gominé le plus célèbre de l'escalafón : « Allo, Javier ?
— C'est lui-même.
— J'ai une course à te proposer (il marque un temps en laissant entendre un raclement de gorge) dans la capitale.
— ...
— Allo ?
— J'écoute.
— Le jour de la fête nationale1 ! Pour la confirmation d'un Aztèque.
— Et avec ?
(nouveau raclement de gorge) Des Fraile.
(sortant de sa réserve) Oh ! mon ami Moïse !
— Heu, non, ce n'est pas Moïse...
(visiblement inquiet) Nicolas ?
— Non plus... (d'une voix basse) C'est Jean-Louis.
Bip, bip, bip, bip... »

Les apoderados d'El Fandi, El Juli, El Cid, Enrique Ponce, Alejandro Talavante, Morante de la Puebla, Daniel Luque, Sébastien Castella, Francisco Rivera Ordóñez, Rubén Pinar, Miguel Tendero, El Cordobés, César Jiménez, Cayetano, Luis Bolívar, Matías Tejela, Finito de Córdoba, Jesulín de Ubrique (vous l'aviez oublié ?), Joselito Adame, Salvador Vega, El Capea et El Cordobés hijo n'auraient pas imaginé le quart d'une seconde leur faire pareille proposition ; les médecins de Julio Aparicio, José María Manzanares et Miguel Ángel Perera auraient dit clairement non, pas question ; il se murmure que José Tomás aurait oublié, pour de bon, ce qu'est un toro, et Juan Bautista confirmé sa présence à Sangüesa ce jour-là ; Juan José Padilla, Rafaelillo, Antonio Ferrera et d'autres, grands princes mais trop nombreux à énumérer — qu'ils nous pardonnent —, auraient préféré laisser leur place à des collègues moins gâtés, et, enfin, l'inénarrable imprésario d'Alberto Aguilar aurait répondu à l'empresa madrilène qu'elle pouvait aller se faire foutre...
Au bout du compte, les noirs, costauds et fort rares Graciliano2 de Juan Luis Fraile seront passés au fil de l'épée par l'illustre inconnu Alfredo Ríos 'El Conde' (comte mexicain qui, pour confirmer à Madrid, était prêt à s'envoyer « n'importe quoi » !), Luis Vilches (avec deux contrats cette année, il aurait hésité à entamer une grève de la faim avant d'apprendre que Madrid lui offrait une occasion inespérée de relancer sa carrière) et Eduardo Gallo (l'éternelle promesse du toreo « parrainée » par César Rincón serait en proie à une profonde dépression depuis plusieurs années déjà)...

1 El Día de la Hispanidad, le 12 octobre.
2 Fossiles vivants du campo...

>>> Une fois n'est pas coutume, nous vous redirigeons vers ces portails publicitaires sans intérêt où il est beaucoup plus aisé de rencontrer un torero sur son lit d'hôpital qu'un toro sans fundas : « Toros para Madrid de Juan Luis Fraile » & « Los toros que lidiará El Conde en Madrid » (Carolina, si votre père voyait ça !).

Images Dans les corrals de Las Ventas le 23 août 2009, détail d'un Juan Luis Fraile portant la marque du fer sur le haut de la cuisse (guarismo impair), alors que l'unique guarismo pair l'a en bas... Précision Après avoir observé les photos de l'apartado des toros 2010 — le 4° montrant le flanc gauche —, les guarismos pairs portent le fer en haut de la cuisse à l'exception d'un (?), tandis que le seul guarismo impair l'a lui aussi en bas ! Si quelqu'un connait les us et coutumes de la maison... Le lot de Fraile de 2009 donc, complété par deux Ana María Cascón — l'autre devise partageant le campo des Graciliano —, fut combattu par les « seconds couteaux » Carnicerito de Úbeda (tiens, Úbeda), Francisco Javier Corpas et Serranito © Juan 'Manon' Pelegrín  Si vous souhaitez vous rendre à « Cojos de Robliza », finca des Fraile,  en provenance du Portugal sur la E-80/A-62, tenez-vous prêt à prendre la prochaine sortie, la 269 pour « Robliza de Cojos », lorsque vous apercevrez ce panneau © François Bruschet

04 juin 2010

JC : « On m'aurait menti ? »


Le pauvre JC n'en est toujours pas revenu. Quand on lui a parlé de Madrid, il a tiqué. Quitter Málaga et monter à la capitale c'est sympa pour faire les boutiques, assister à un spectacle flamenco, sortir en boîte ou participer à une séance photos, mais pour y combattre deux toros, pfff... On lui a dit qu'il serait entouré de Juan Mora et de Curro Díaz*... mais que les plus belles Madrilènes n'auraient d'yeux que pour lui — rassuré, JC s'est fendu d'un sourire ultra bright. Quand, avec insistance, on lui a annoncé qu'il allait avoir affaire à des Domecq, il s'est tout de même méfié — pourquoi diable ont-ils pris la peine de le préciser puisque JC n'a jamais accepté autre chose que des Domecq ? Le matin de l'apartado, il était bien trop occupé par ailleurs pour en être. Lorsqu'il a retrouvé sa cuadrilla au restaurant de l'hôtel, JC a ressenti comme un malaise — pourquoi diable ont-ils baissé les yeux ? Il est parti illico aux toilettes se mirer dans la glace pour constater que, oui sa gomina était impeccable, que, non ses sourcils n'étaient pas en bataille — bataille ? En revanche, il avait bien une crotte de nez qui pendouillait, ce qui a fini de le rassurer sur la vraie raison de l'accueil réservé, au propre comme au figuré. JC s'est signé. De retour à table, se voyant probablement déjà, une rose aux lèvres, sur les épaules d'un gars baraqué en train d'envoyer des baisers aux groupies en délire, il n'a pas remarqué l'interruption soudaine de la conversation... Dans le calme d'une douce et radieuse après-midi de printemps, JC s'est vêtu de noir et d'argent — tout en sobriété, le JC — et s'est longuement entretenu au téléphone avec sa muse, son étoile, la si bien nommée Estrella.

A las siete de la tarde, il n'a pas bien vu Mora, celui-ci caché par son opposant la plupart du temps, et a demandé le nom du sien, le prochain. « 'Colombino' » lui a répondu son péon de confiance à qui il aurait glissé un « très mignon » — tout en sensibilité, le JC. L'homme au panneau, dans son affreux costume, s'est avancé et a tourné, tourné et JC avait la tête qui commençait gravement à l'imiter, l'homme au panneau. JC avait chaud, affreusement chaud. JC s'est signé. « 'Colombino', de Vellosino, n° 14, 11/04, 593 kilos » affichait le panneau. 'Colombino' de Vellosino, il savait déjà ; du numéro, il s'en fichait — et puis 14 n'est pas 13. Il a calculé, recalculé et calculé encore : 5 ans et demi ! « On ne devrait pas avoir le droit », a-t-il pensé tout bas... Colorado ojo de perdiz ne précisait le panneau, pas plus que bociblanco : 'Colombino' était un pavo et JC a eu chaud, affreusement chaud. Le Domecq parlait moldave, norvégien, turc, hindi et même mongol et JC n'a rien compris — l'essentiel étant pour lui, comme toujours, de finir debout sous la bronca et non au sol les bras en croix.

A las ocho y media de la tarde, il n'a pas bien vu Díaz et Mora, ceux-là cachés par leurs ennemis aussi grands qu'ils sont petits, et a demandé le nom du sien, le prochain. « 'Guasón' » lui a répondu son peón de moins en moins de confiance à qui il aurait lancé un « je l'sens pas » plein de méfiance — tout en lucidité, le JC. L'homme au panneau, dans son affreux costume d'oiseau de mauvais augure, s'est avancé et a tourné, tourné et JC a commencé à avoir de la température. JC avait froid, terriblement froid. JC s'est signé. « 'Guasón', de Vellosino, n° 10, 08/04, 610 kilos » informait le panneau. 'Guasón' de Vellosino, il savait déjà ; du numéro, il s'en fichait — et puis 10 n'est pas 13. Il a calculé, recalculé et calculé encore : 5 ans et 9 mois ! « Ils veulent ma peau », a-t-il grommelé tout bas... Negro ne précisait le panneau, pas plus qu'astifino : 'Guasón' était con toda la barba et JC a eu froid, terriblement froid. Le Domecq a dégommé Pepillo Hijo à la pique ; il parlait tchèque, pachto, tadjik et hindi, lui aussi, et JC n'a rien compris — palmas nourries pour l'inusable 'Guasón' et almohadillas en pluie pour l'inénarrable Andalou. A las nueve y cuarto de la tarde, le beau brun ténébreux cherchait du regard son apoderado qui avait quitté les lieux depuis belle lurette...

* Il semblerait que l'Artiste ait particulièrement souffert de la comparaison avec ces deux matadors pétris de torería, eux.

Images 'Colombino' & 'Guasón' : deux des six Domecq de Vellosino (quel lot !). Y'a Domecq et Domecq... © Juan 'Manon' Pelegrín

01 avril 2010

Arte Puro

A ceux qui pensaient que le monde était passé de l'ère du papier à celle du numérique 2.0, voilà un événement pas banal qui vient prouver que sur la planète des toros, le contact voluptueux avec le papier n'est pas près de laisser la place à l'implacable et froid cliquetis des claviers. A peine sorti le livre de Campos y Ruedos, et à mesure que pleuvent les commandes (un bon crachin, pas un déluge niagaresque certes, mais largement mieux qu'un compte-gouttes et nous en profitons pour vous remercier d'ores et déjà), la rédaction a été contactée par le Maestro Javier Conde lui-même qui, au détour du livre, est tombé amoureux des clichés de nos photographes. François Bruschet et Y.O. étant engagés, c'est Laurent Larrieu qui a accepté de relever le défi et de suivre tout au long de la saison 2010 le Maestro malagueño sur les routes andalouses, les chemins de Castille et les départementales fleuries de France pour une temporada que, selon ses propres termes, le Maestro rêve "historique". Nul ouvrage n'est encore officiellement en projet pour autant, les deux parties étant convenues de la nécessité d'attendre que se forme l'idiosyncrasie nécessaire à l'accomplissement d'un ouvrage aux dimensions artistiques en rapport avec les ambitions et les niveaux d'exigence de l'art respectif des deux associés.
"Es muy importante la idiosincrasia, es lo más importante para mí, eso me lo enseño uno de sus compatriotas cuando escribía un libro sobre mi toreo", a insisté le Maestro, icône d'un ouvrage rédigé dans la langue de Molière et traitant de la Passion selon "J.C.". En période de Carême et de Pâques, voilà qui ne s'invente pas !
Ce nouveau tandem, très flamenco, s'est donné rendez-vous la semaine prochaine, dans l'intimité d'un tentadero du côté de Constantina, chez un certain Isaías V pour compter fleurette à l'ombre des encinas au duende et, qui sait ?, entamer les préliminaires d'une belle aventure. La folie douce de la soie et des pixels sera de la partie.
Isaías... encore un prophète !

Photographie Plaza de Toros de Málaga par Manfred Werner (Wikipédia).

05 mai 2008

Freed from desire


Quand il a appris la nouvelle, Benito a explosé de rire, en pensant à tous ceux qui avaient payé "de gala" pour voir Tomás et ses toritos en tournée dans la plus grande arène de la galaxie. Sympa Benito... Moi j'y vais à cette course. La faute à une corne malicieuse de Núñez del Cuvillo partie fureter entre la carotide et la jugulaire jusqu'à toucher l'oesophage de l'icône, du côté de Jerez de la Frontera. Ça doit porter malheur de partager l'affiche avec Padilla, en tout cas, la suerte de la tracheo demande à être peaufinée.
On a alors commencé à spéculer (à la baisse, forcément) sur le remplaçant possible et conclu (sur l'intervention opportune d'un neveu de futur-ganadero) que seul Morante pouvait justifier le côté "Gala"/exceptionnel de la corrida. La bonne nouvelle étant qu'il était impossible de remplacer Tomás par Conde étant donné que celui-ci était déjà au cartel !
Le lendemain, Midi Libre ne parlait pas encore de la blessure ou du remplacement de Tomás mais des atermoiements qui avaient conduit au remplacement de Joselito Adame par Castella et nous affirmait - sans rire - que la piste Morante avait été abandonnée à cause du manque de fiabilité du dépressif de la Puebla avec les aciers.
C'est finalement Juli qui remplacera Tomás et doublera son actuación lors de la féria gardoise. Raisonnement logique : puisque Juli et Castella toréent respectivement 2 et 3 fois pour Pentecôte, la notion de gala ne saurait les concerner, c'est donc à mon cher Conde qu'échoit le prestige d'incarner l'aspect "Gala" de la course. Et puis c'est vrai que Conde à l'épée est une valeur sûre ! Notez que d'une certaine façon, c'est effectivement le cas.
¡Ay! Qu'il est difficile sans le seigneur de la crevette de justifier du qualificatif "de gala" ! Bon, si Estrella venait à quitter Javier d'ici 3 jours, au moins ça finirait dans le journal éponyme... C'est bien tiré par les cheveux tout ça.

12 avril 2008

La brillantine et la vaseline... Suite sévillane (III)


Séville, 4 avril 2008, sur la terrasse du Porta Gayola

On vit souvent avec des idées reçues et il convient de régulièrement croiser son maigre savoir face aux cornes implacables de la vérité. Un exemple... Connaissez-vous les arènes de 1ère catégorie d'Espagne ?
Spontanément je donnais Madrid, Séville, Valence, Barcelone, Bilbao, Saragosse, Pamplona pour plazas de première. Je m'interrogeais sur Castellón, Grenade, Cordoue et San Sebastián puis au gré de mes recherches, j'ajoutais Salamanque à ma liste des possibles.
C'est Philippe qui vint au quite en même temps que je trouvais la réponse sur Wikipédia : d'après le décret royal 145/96 sont plazas de première catégorie : Bilbao, San Sebastián, Zaragoza, Barcelona, Madrid, Valencia, Córdoba, Sevilla y... y... Málaga (promis !). Exit Pamplona, Castellón, Granada, Salamanca...

Cette vérification puise sa source et sa nécessité dans une sombre querelle d'aficionados sur la terrasse d'un restaurant de Séville avec une sordide histoire de sous pour toile de fond.

Les conversations d'aficionados ont ceci d'étrange qu'il y est toujours question de chapelles, de points de vue, de mélanges savants de principes et d'émotions et puis de détails. Il y vient souvent un moment où l'on s'échauffe un peu même quand on entend aboutir à une conclusion similaire, ça n'est parfois qu'un détail dans le cheminement. Une semaine à Séville, une semaine à parler toros à en écoeurer les copains, poser mille questions, convoquer les souvenirs, laisser choir la main gauche quand la droite torée a calle abierta. Merveilleux moments ! A quelques jours de la course, on finit par parler de Conde, pas celui de la Maza, ni de la Corte, non, de Javier, tueur gominé et périphérique qui compose la figure des trop nombreux carteles qu'il a le privilège, un rien paradoxal, d'ouvrir pour plus figura que lui.

Comment deux amis et moi avons-nous pu finir par nous châtier le cerveau à ce si petit sujet ? Tout commençait sur un consensus autour d'une métaphore d'une finesse rare ; pour vous mettre sur la voie j'évoquerais la troublante proximité phonétique entre Javier et gravier. Bref, comme pour rendre hommage aux tournures improbables et à la disparition des oxymores, nous déjeunions sur la terrasse de la Porta Gayola où nous nous consternions d'avance de la présence du Malagueño au cartel pour ouvrir la course à Castella et Talavante (Séville, 4 avril 2008).
La seule incertitude qui vint alors troubler notre assurance de voir deux toros gâchés, concernait la sincérité de notre artiste et constitua le corps du débat : que peut-il bien se passer sous ces 100 grammes de Pento quotidiens, juste entre ces oreilles bercées par la voix d'Estrella, quand s'apprête à sortir le noir toro des chiqueros ? Mais surtout, que faut-il souhaiter qu'il puisse s'y passer ? Trouve-t-on dans la tête du comte de Málaga une grosse tartine de bêtise et d'incompétence ou un dur noyau de cynisme dispensant à la crédulité de ceux qui se laissent encore avoir, des espagnolades au tarif du duende ?

Finalement, nous finîmes par débattre du talent légendaire du drôle. Il en faut certes toujours pour s'habiller de lumières, mais peut-on assimiler le supposé don si rare de Conde à un talent à même de mettre d'accord l'escalafón entier quand Halley vient à croiser dans le ciel de la marisma ? Et si tout ceci n'était que fables, mythes, arrangements et marketing ?

Le vent venant de Plaza Nueva avait alors faibli, la présence du vin sur la table s'était raréfiée, Jean tenait un propos étrange qui me fit croire qu'il défendait Conde en admettant que le doute subsistant à toutes nos questions pouvait lui bénéficier. Alors que semblait s'installer une confusion entre nous, Jean s'écria : "Non mais attends, je suis pas en train de le défendre, j'en peux plus de ce mec. Il me doit au moins 2000 euros depuis le temps !"

Quelques jours plus tard, Javier Conde devait à chacun de nous quelques euros de plus et ni Castella ni Talavante n'étaient venus au quite pour rembourser une quelconque partie du billet : le toreo de cape s'est fait la belle avec les oxymores...

Le lendemain de la course, dans la pénombre d'un hôtel au cachet vieillot, nous commentions avec le frère de SyS la prestation de Conde et ses déclarations dans la presse (voir plus bas). Il y a un stade de la consternation au-delà duquel on se détache complètement de celle-ci pour la contempler avec amusement. "Mais il a déjà triomphé quelque part ce gars-là ? Enfin, hormis à Benidorm et Marbella, c'est-à-dire en arène de première ?" La grande question venait d'être posée.

En début de semaine, alors que seule la perspective de revoir des toros courir au campo me permettait de ne pas sombrer dans une profonde dépression, nous fîmes des pieds et des mains avec des copains pour trouver des places pour la fameuse "corrida de gala" que nous organise la Nîmes galactique avec Tomás et qui vous imaginez en ouverture. A la pensée de passer de Conde à Vic en quelques heures, mon coeur s'emplit d'une honte légitime ; c'est alors que je partis en quête de statistiques comme autant de certitudes.
Mundotoro présente l'avantage de donner à ses lecteurs curieux une mine de statistiques depuis 1999, presque une décennie à l'assaut de laquelle je m'attaquais pour enfoncer la porte ouverte de l'insignifiance "condiste".

A tout seigneur, le choix du terrain, enfin je crois : commençons donc par le fief de Málaga : depuis 1999, 7 oreilles coupées à la Malagueta en 18 courses et 42 toros dont une fois 2 oreilles.

Pour le reste des arènes de première catégorie :
1 oreille à Barcelone au soleil du 18 juillet 2004 ;
1 oreille à Saragosse en 2003.

Comme je ne suis pas vache, en élargissant à Grenade, Pamplona, Salamanca et Castellón, j'annonce :
2006 : 1 à Granada ;
2004 : 1 à Salamanca / 1+1 à Castellón ;
2003 : 2 à Salamanca / 1 à Castellón ;
2000 : 2 à Granada et
1999 : 2 +1 à Granada (¡cuuuuumbre!)

"Tu parles d'un scoop !" me rétorqueras-tu, lecteur ! Et combien tu auras raison de stigmatiser mes élucubrations profilées sur le voyage de l'évidence...
Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère, mon voisin de tendido (tribune haute à Nîmes) peut-être : à l'issue de la course du 8 mai, tu sauras que sur les 50 euros déboursés (sans les frais) pour t'asseoir juste avant les amphis, tu en auras versés 16,66 pour voir Conde.

"Tu parles d'un gala..."


Pour info Conde n'a plus toréé depuis le 17 août 2004 à Bilbao où il écouta le silence et la bronca.

On clique sur la coupure bricolée de l'ABC du 5 avril, pa' disfrutar.