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21 octobre 2013

Une photo de passe (!)



Combien de jours, de semaines sans une photo de passe ?

Oui, une passe, souvenez-vous : un gugusse habillé de doré qui fait passer un toro avec un morceau de tissu… Vous voyez le concept ? Pendant que certains d’entre nous promènent leur afición dans des rues, sur des étals de boucheries et, bientôt, sur une chaîne de réfrigération chez Charal, je me suis dit que, ce soir, au cul du scanner, ça ferait peut-être plaisir à quelques lecteurs précieux de voir une photo de passe — un torero, un toro, du sable et quelques mètres carrés d’étoffe. Bien sûr, ce n’est pas Javier Conde en festival ; le dérapage reste sous contrôle. Il s’agit du grand Fernando Robleño, aka. ‘Fernandazo Robleñazo el torerazo’ avec un mauvais toro d’Escolar Gil, cette année, à Céret.

Ce n’est pas grand-chose : un cadrage basique, une media, avec la queue qui s’enroule autour du torero, l’anus bien visible (oui, c’est important) et la belle richesse de gris qu’offre le F100 combiné à la TriX. J’ai hésité à l’obscurcir davantage, pour donner du mystère ou je ne sais quoi, mais, finalement, je la trouve pas mal comme ça. Et puis juillet, Céret, Robleño…

16 septembre 2013

Théorème


Oui, c’est sûr, les mathématiques c’est un peu compliqué, mais faites un effort sinon vous ne comprendrez rien à toute cette alchimie qui préside à la beauté taurine.

Théorème d’Archimiura : « Tout toro qui décolle de quelques centimètres au-dessus de la piste ensablée de l’arène subit, de la part de l’atmosphère, une poussée exercée du bas vers le haut, et égale, en intensité, au poids du vide intersidéral de la caste qu’il vient de déplacer, qui le conduit inexorablement à s’écraser au sol comme une bouse molle, jusqu’à ce que l’on sorte enfin un cinquième sur six… et encore. »


Photographie Premier « miurasse » de la course de Nîchmes du dimanche 15 septembre 2013. — JotaC

15 juillet 2013

Estocada


Ce toro fut aussi mal piqué que tous les autres, mais Fernando Robleño sut tirer parti de sa noblesse lors d’une faena vibrante, surtout à gauche, qui rappela les meilleurs moments de son encerrona du 15 juillet 2012.

Fidèle au dicton, l’histoire n’a pas bégayé. Cette faena, conclue par un estoconazo et un descabello magistral, fut un des rares instants d’émotion de l’après-midi.

Le reste, nous le devons essentiellement à la Cobla Mil.lenària. Visca !


Photographie ‘Camorrista’, toro de José Escolar Gil de 490 kg, né en octobre 2008 — JotaC

13 juillet 2013

Volver


Fernando Robleño, encerrona 2012 — JotaC

Y volver, volver, volver a tus brazos otra vez…

23 mars 2013

Orthez 2013, corrida


La journée taurine d’Orthez, qui, comme vous le savez, aura lieu le dimanche 28 juillet 2013, verra sortir du toril les toros de Raso de Portillo (Santa Coloma par Dionisio Rodríguez) et les novillos de Miguel Zaballos (Saltillo).

D’après La République des Pyrénées, ce sont les matadors Fernando Robleño, Morenito de Aranda et Oliva Soto qui feront le paseíllo dans les arènes du Pesqué à l’occasion de la corrida. Toujours selon le journal local, le cartel de la novillada (laquelle sera cette année complète, avec six novillos) sera connu la semaine prochaine et devrait compter Iván Abasalo.


Photographie Toro de Raso de Portillo — Toros Orthez

12 décembre 2012

Des Cuadri et des hommes


L’autre jour, je parlais du retour des Cuadri à Vista Alegre comme d’un « événement » ; les vingt-deux ans et dix mois qui, en août 2013, nous sépareront du 12 octobre 1990, date de leur dernière apparition à Bilbao, justifient à eux seuls l’emploi du mot. 

En décembre 2010, je demandais à mes camarades de blog de donner leur cartel pour une hypothétique course de Cuadri à Bilbao. Maintenant que la corrida est annoncée, qui pour l’affronter ?
N’ayant nulle envie de réorganiser un vote — vu les statuts de Campos y Ruedos ça prendrait au moins six mois… —, reprenons, si vous le voulez bien, le résultat des « primaires » d’il y a deux ans :
— Cité cinq fois, Diego Urdiales était arrivé en tête, mais une vingtaine de mois a passé et Diego ferait désormais la fine bouche, déclinerait des offres, etc.
— Classé deuxième, Sergio Aguilar avait attendu ce moment sans jamais y croire vraiment.
— Avec trois citations, José Tomás avait décroché le poste de chef de lidia. (En visite à « Comeuñas », j’imagine l’apoderado de « l’homme qui a superé le mythe » se lancer dans son numéro de charme favori, puis devoir quitter les lieux après n’avoir vu que les canaris.) 

Le refus de José Tomás entraînant celui de Diego Urdiales, deux places resteraient à pourvoir. Parmi ceux cités à deux reprises (Curro Díaz, El Cid, Fernando Robleño et Morante de la Puebla), seul le Madrilène accepterait la proposition des Basques. Quant à Luis Bolívar, cité une fois, celui-ci serait blessé (eh, c’est pas d’pot) et l’honneur de se mesurer aux Cuadri de Bilbao reviendrait finalement à Morenito de Aranda — aussi enthousiaste que ses futurs compagnons de cartel. 

À Bilbao en août prochain, à défaut d’avoir « 6 toros de Cuadri pour José Tomás, Diego Urdiales et Sergio Aguilar », nous aurions « 6 toros de Cuadri, choisis et certifiés limpios par le ganadero, pour Fernando Robleño, Sergio Aguilar et Morenito de Aranda »… et cela m’irait tout à fait. 

À suivre. 


Photographie Plaza de toros de Vista Alegre, Bilbao 2009 — Laurent Larrieu/Camposyruedos.com 

10 octobre 2012

13 août 2012

Frontera


Quand j’étais enfant, les frontières étaient des lieux fascinants : une séparation nette entre deux mondes différents. En franchissant le poste frontière, l’aventure commençait.
Désormais, il n’y a bien souvent plus de poste frontière et plus de policier moustachu pour vous toiser à l’abri de Ray-Ban fumées dans l’espoir de deviner quelque mauvaise intention, ou de déceler quelque marchandise interdite. Maintenant, la douane est volante et le charme de la frontière s’est définitivement envolé. Il ne reste qu’un vulgaire panneau bleu serti d’étoiles pour mollement annoncer que vous entrez dans un nouveau pays. Rien que ça, deux pays, deux cultures, deux langues, franchis à la vitesse de quatre-vingt-dix kilomètres par heure.

La Jonquera, porte d’entrée de l’Espagne, y a tout gagné dans cette évolution et a vendu son âme au diable. Elle est le paradis de la débauche, de l’alcool et des cigarettes. Dans la première ville antitaurine de Catalogne, il y a pourtant un lieu qui mérite une pause, véritable petite oasis pour un aficionado perdu : l’hôtel Frontera. Simple à retenir. Il aurait été encore plus original de l’appeler le Jonquera, mais le nom était déjà pris. Ce lieu n’est pas ce que l’on peut appeler un lieu taurin au sens propre du terme, mais il y souffle un vent du sud, un mélange bien dosé de la botifarra à la sauce andalouse.

Coincé entre une station-service et un bureau de tabac digne d’une supérette, le Frontera est un lieu surréaliste, un mélange hallucinant à l’image de La Jonquera. On y croise de tout : des Français accrochés au bandit manchot comme s’il s’agissait du Graal, des Allemands en short, des Anglais rôtis au soleil du Levante, des Marocains en route pour le bled, des camionneurs russes, et j’en passe. On a peine à croire que cet hôtel puisse être un refuge de torero. Et pourtant. La patronne y a même dressé son « hall of fame », véritable mur dédié à la gloire d’une poignée de toreros vaillants qui ont séjourné ici.
Au Frontera, il faut s’y arrêter lors de la féria de Céret. Le cartel y figure en bonne place sur la vitrine, à la vue de tous, comme un signe de ralliement. La patronne, c’est Dulce. Originaire de Córdoba, elle présente des hechuras de Moreno de Silva cérétan et des cheveux courts cárdenos entrepelados.
Lors du deuxième week-end de juillet, Dulce est sur son trente et un. Point de chute des toreros engagés pour la féria de Céret, le Frontera passe une année entière à les attendre avec impatience. C’est Noël au mois de juillet, et le père Noël s’appelle Fernando Robleño.

Quand, le samedi 14 juillet, le fourgon de la cuadrilla estampillé du « R » couronné stoppe devant l’hôtel, Dulce jaillit du bar comme un Escolar du toril et cueille son homme à la sortie du véhicule. La charge est brutale et le torero pris. Je crois entendre les côtes du pauvre homme se briser sous l’étreinte et voir sa joue arrachée par le baiser fougueux. Soulevé de terre, Fernando semble subir une cogida terrible. Au moment où l’étreinte se relâche et le torero retrouve le plancher des vaches, il n’en est rien. Aucune séquelle. La féria de Céret est sauvée et Robleño sera bien au cartel le lendemain après-midi pour une journée historique. Espérons qu’il aura gagné le droit de revenir l’année prochaine. Dulce l’attend déjà. 

D'axe pour homme...


À Isa, Coco et José, enfin dépucelés


... sur le sable, et « Eau de Guerlain » dans les gradins, perlimpinpin — ça rime.

J’ai eu peur de l’avoir perdu. Durant deux toros j’ai cru que le public de Dax n’était plus lui. J’avais lu les comptes rendus de la corrida d’hier (des jandillasses de troisième catégorie), et vas-y que tous nos génies de la dialyse taurine s’inscrivaient en faux avec ce public râleur, mécontent et injuste envers certains toreros (Luque et Díaz). Fichtre ! Quand ceux-ci bavent sur le public, c’est que tout n’est pas foutu, m’étais-je lancé à moi-même comme un clin d’œil de connivence — je suis souvent de connivence avec moi-même. J’ai même écouté la tertulia de midi sur la radio locale de service public (ils ont tendance à oublier qu’ils sont un service dédié au public) en coupant mes premières tomates du jardin bien rouges du jardin, quoique non certaines étaient jaunes parce qu’il existe des tomates qui ne sont pas rouges — oui, il en existe des jaunes, des noires aussi. À la tertulia, j’ai pas entendu grand-chose mis à part la respiration de plus en plus saccadée d’un des deux chroniqueurs. En préparant la vinaigrette à la moutarde à l’ancienne, bienveillant, humain, un rien souriant, j’ai trouvé qu’après tout si ça lui faisait plaisir de venir souffreter (je sais, ce n'est pas français) en direct fallait pas le priver le bougre, et puis ça donne un tempo un brin cadencé à l’autre qui déblatère des métaphores « Arlequin » à la vitesse de la lumière. J’ai rien appris de plus sur ce méchant public dacquois à la tertulia et j’ai becqueté mes fruits de toutes les couleurs, car les tomates sont des fruits et non pas des légumes.

Pendant deux toros, j’ai eu peur de l’avoir perdu. Au fond de moi, loin quand même, j’ai ressenti ce goût amer de la déception. L’avait foutu le camp mon cher public de Dax. Absent, on me l’avait changé en bon public de toros attentif aux piques, que Robleño et Castaño prirent soin de mettre en valeur par des mises en suerte à distance, sifflant juste, reconnaissant le toro quand il y avait lieu de le reconnaître. Pourtant, je sentais que ça montait, que ça voulait, que ça allait revenir. Une atmosphère, une fragrance de femme qu’on reconnaît en marchant dans la rue. « Eau de Guerlain » parce que j’aime beaucoup les publicités « Eau de Guerlain ». Alors Castaño a mis son toro à distance, le 5, ‘Milagroso’, et en trois rencontres il était aux anges, mon cher public. Trois rencontres de loin, la dernière al regatón, mains en transe et debout, mon public, redevenu lui, gobant et heureux de gober. Regatón ? Mais il faut choisir ! On pique ou pas, on ne triche pas avec un regatón pour une troisième pique, serait-ce dans le but louable de faire briller un toro brave ; on choisit, on pique ou pas. C’est noir ou blanc, le gris c’est le dosage ! Après ça, il était prêt mon public de Dax. Prêt à se pâmer pour une faena de redondos inversés, pour des passes de peu, de loin, de moins ou plutôt de trop. Et pschitt, l’oreille, et pschitt et pschitt je t’en remets une dose, deux petits coups encore et la vuelta au toro de deux piques et de charge molle. Ça sentait bon l’« Eau de Guerlain ».

C’était pas fini, faut pas croire, comme enivré de son odeur retrouvée, fallait que le petit Aguilar sorte en triomphe et qu’on termine saoulé de ses propres effluves. Deux oreilles pour une faena mi-figue, mi-raisin, excitée mais parfois inspirée comme dans deux séries de naturelles fort bien exécutées. Le nez plein de soi, de sa joie, de son temps retrouvé, mon cher public oubliait l’assassinat aux piques contrôlé et voulu par le petit bonhomme Aguilar, trois piques dans les reins, carioquées à un toro brave et armé à faire peur, un toro qui portait son grand âge (cinq ans et demi) en bandoulière d’une patte arrière gauche laide d’où essayait de s’extraire un œdème ou les scories d’une patte cassée, mal réparée. La tête ne fait pas tout et l’on ne présente pas ça dans une arène de première catégorie. J’aime bien les pubs de Guerlain, mais je n’étais pas saoul.

À la fin, le pschitt de trop, celui qui fait passer la femme de désirable à odorante : sortie a hombros de Monsieur Escolar Gil en compagnie d’Alberto Aguilar. Le parfum, c’est difficile à doser mais mon cher public de Dax exagère toujours, comme une bonne vieille femme fardée de bijoux lourds et jaunes, la peau mitée des traces du soleil et des excès d’« Eau de Guerlain ».

Les toros ne pipent rien aux exhalaisons immodérées des vieilles bourgeoises grimées de trop — les Escolar Gil assez peu et hier encore moins. Et pourtant, pourtant, la vieille peau a aimé les fauves, leur suc martial, leur remugle mâle. Superbe lot de toros, bêtes brutes de combat, ardents mauvais coucheurs qu’un coin de rue la nuit eût choisi pour bretteurs, cape grise de mise, œil noir aussi piquant que la pointe des cornes. Face à eux, il convenait de rester dans l’axe, jambe avancée, main devant, œil contraire. Ô trilogie, en garde, parade et coup d’estoc. Y revenir, se replacer, s’y remettre et avoir peur. À ce jeu du toreo de domination, Fernando Robleño est capitaine de la troupe. À son premier toro, il entame sa faena en voulant lier les passes à droite mais se rend vite compte de son erreur. Leçon de tauromachie : changer de terrain (imperceptible), se croiser, tendre la main bien devant et tirer la passe loin derrière. Le toro tourne, se contorsionne, a mal. Le coin de rue s’éclaire un peu. Ne pas lier. Se replacer, refaire le même geste pour le plier, le chiffonner. De l’après-midi, et sans idolâtrie aucune pour cet homme au sommet, c’est lui, Robleño, qui, à cet instant-là, montra à la vieille peau mitée ce qu’était le toreo d’un taureau de combat.

En quittant la vieille dame, me restaient Robleño et ‘Mislito’, sobrero estampe, fauve d’entre les fauves, agressif et mordant, chien sauvage de rue, tigre et lionne. L’axe de la peur. Puissant, insatiable, bondissant, un toro comme on n’en voit plus et dont l’image rude surgira de nulle part dans l’inconscient de Castaño lorsqu’il entamera ses atroces redondos inversés pour plaire aux vieilles dames.

Il aura peur alors.

12 août 2012

Lu dans « Sud Ouest » (2)


« Dimanche 12 août

Toros de D. José Escolar Gil (sang Marqués de Albaserrada) — 2011 : 4 corridas, 23 toros, 7 oreilles, 2 vueltas.

Fernando Robleño — 2011 : 14 corridas, 25 oreilles, 1 queue.

Javier Castaño — 2011 : 24 corridas, 23 oreilles.

Alberto Aguilar — 2011 : 23 corridas, 12 oreilles. »


Pas beaucoup d'indultos ni de queues coupées au programme… Ça m'inquiète.

26 juillet 2012

Le détail et le geste : una tarde con Fernando Robleño


« Au delà du possible, au delà du connu »La Voix, Charles Baudelaire


Je déplore que les (fines) allusions bilingues perdent toute leur saveur lorsqu'elles sont expliquées en long, en large ou en travers… En espagnol, le terme « detalle » signifie, au sens figuré, une attention pour quelqu'un. Un geste élégant et gratuit. Si certains toreros bâtissent une carrière sur des détails rares, voire même sur l'intarissable excitation jaillissant de l'attente de ceux-ci, nul ne peut à cette heure dire si la carrière de Fernando Robleño se trouvera relancée par le monumental detalle de s'envoyer un lot plus que sérieux d'Escolar Gil sur le sable cérétan, mais nombreux nous sommes à le souhaiter depuis le 15 juillet 2012.

Filons plus avant la métaphore et la sémantique. En décidant de tuer six toros dans le ruedo de Céret, le torero a transcendé et revisité le terme de « geste », outrepassé son acception moderne, bousculé les genres et renversé l'étymologie (du latin gestus) en accomplissant l'exploit, l'acte véritablement héroïque, que le latin désignait par gesta, puis qui devint la geste, soit le récit médiéval relatant les hauts faits d'un personnage historique. Voici donc ce terme aussi essoré qu'un lot cárdeno d'Albaserrada en cette fin de week-end. Le geste pur et total, quand d'ordinaire le mundillo et sa valetaille de rimeurs s'épuisent en effets de manche.
Naturellement, le tour de force fut tout autre qu'une une pirouette linguistique, Fernando Robleño pesa toute la corrida durant sur le destin de cette après-midi, de son entrée en piste jusqu'au descabello final, et imposa à tous la décision de son esprit et la fermeté de son attitude par la plénitude d'un toreo technique, engagé et sincère, tel qu'il ne semblait exister que dans les livres, les comptes rendus de corridas inédites ou les souvenirs des grands moments d'un maestro colombien.

Si l'exploit lui-même mériterait l'édition d'une épopée en bonne et due forme — en in-folio et enluminures, et chants immémoriaux de trouvères et d'aèdes —, la simplicité de la démarche et le toreo épuré incitent autant à la rigueur qu'à la modestie et à la justesse dans l'éloge. La richesse du moment, en faits bruts comme en émotions et sentiments générés, mine dangereusement le chemin de l'écriture. Si le torero culmina en deux faenas extraordinaires et différentes, celle qui lança la corrida face à 'Calerito' et celle qui la clôtura face au somptueux 'Caloroso', son entrega et sa décision ne faiblirent jamais, tant à la cape qu'à la muleta, dans la lidia et l'engagement à porter l'estocade.

L'homme pénétra dans le ruedo le visage peint d'une volonté criante et refusa de céder un pouce à l'un de ces six toros. La mesure de l'attitude contrastait avec ce visage déterminé, venu pour remporter chaque bataille d'une guerre qu'il avait lui-même déclarée. Seule, peut-être, l'impatience d'obtenir l'autorisation de la présidence d'entamer les hostilités pour la première faena trahit dans ses gestes l'état d'esprit dans lequel se trouvait le torero. Il existe un néologisme hérité du jargon taurin espagnol pour désigner cet état d'esprit : mentalisé, comme si toute sa vie avait tendu vers ce rendez-vous. Dès les premières passes de muleta, la sincérité entrevue à la cape, cette détermination teintant le regard de folie, transparurent dans la précision des trajectoires et la proximité du toro. Ce fut alors le moment le plus riche en art, dans ce sens généralement galvaudé par les taurins de faire joliment les choses. 'Calerito' n'ayant d'autre choix que de se rendre à la puissance de la muleta.

Ainsi commença le cycle…

Au fur et à mesure des toros, le visage du torero se grisa de fatigue, sans se départir de cette lueur furieuse et précise dans le ciel livide de son regard, à même de faire perdre le sommeil à des camadas entières de toros. Il n'y eut guère de clarté dans le comportement du lot, nul toro ne fut véritablement brave au cheval en dépit des conditions parfaites de mises en suerte, nul toro ne fut terriblement manso mais chacun développa une personnalité propre, riche comme un rapport d'autopsie et plus opaque qu'une psalmodie coranique. De toro en toro, Robleño s'employa à défaire ou trancher des nœuds gordiens, psychanalyser des demi-tonnes de muscles, faire s'inféoder des guérillas, éteindre des incendies, ranimer des braises ou faire marcher des colonnes récalcitrantes, usant pour cela non pas de ficelles mais d'une technique à la fois pléthorique et rayonnante de sincérité s'épanouissant dans un toreo corto et intemporel. Ce ne fut pas un mince exploit que celui d'avoir tenu en haleine quatre mille personnes pendant deux heures et demie avec pour seule fantaisie une magnifique réception à la cape en quelques véroniques genou ployé. Pas un quite superflu, pas un afarolado, ni même un molinete, mais un souci permanent du placement et du replacement, de la perfection du cite, du ligazón et du dominio face à un lot pour lequel ces termes prennent tout leur sens. La variété, nous l'avons vu, se trouvait, non pas dans les « figures » (quel terme misérable !) mais dans la lidia, le toreo et « les tout puissants accords de leur riche musique ». Jamais, je crois, ne flotta dans l'arène la fétide et gênante impression qu'il y avait en piste plus à prendre ou à donner.

Cependant, à mesure qu'avançait la course et que se creusaient les traits, les rascladors prenaient plus de temps entre chaque toro et la « Santa Espina » fut durant deux minutes une véritable bénédiction. Quand, telle une bombe, et ainsi que ses frères, sortit 'Caloroso', estampe de six cents kilos qui manqua s'assommer à un pilier des tablas, le frisson du « grand » toro parcourut le public, mais, quand débuta la faena, ce n'était plus que l'amère conviction de voir un toro éteint qui s'était emparée des mêmes gradins. Au fil des planches et à l'abri du vent, Robleño dicta à son adversaire les passes et les séries que celui-ci ne semblait ni vouloir ni pouvoir permettre. Et, de fait, il ne permit ni ne donna rien, mais dut se rendre au pundonor d'un torero qui n'entendait pas remater son exploit autrement qu'en apothéose. La faena et l'épée firent tomber en toute justice deux oreilles qu'aurait justifiée la seule répétition des efforts, mais la paire de mouchoirs qui tomba instantanément ne devait sa prompte sortie à rien d'autre qu'à cet ultime combat. J'avais douté avant la corrida, j'étais à ce moment-là incrédule à l'idée d'avoir vécu pareil moment.

Fernando Robleño laissa alors tomber le masque de poussière, de fatigue et de volonté pour célébrer avec une humble et humide sincérité ce moment d'exception. Le public, quant à lui, désespérait de ne pouvoir faire plus de bruit. Les arènes ne se vidèrent que très longtemps après…

À suivre.


Photographie Florent Lucas

21 juillet 2012

La guerre


Donnez-m'en 6, donnez m'en 100 ou 1 000, je les briserai d'un coup de ma lame, et vous chanterez pendant des siècles ce jour de bataille où tous furent de fiers et rudes combattants. Que les âmes des vaincus soient glorifiées à jamais et que mon nom évoque à chacun le souvenir de ce jour de sueur, de terreur et de sang. C'était la guerre, et je l'ai gagnée. 








20 juillet 2012

Fernando Robleño (II)


Aujourd’hui sur Mundomachin.

Un aficionado — ¿Ha tenido ya alguna repercusión el éxito cosechado? ¿Has recibido la llamada de algún empresario? 
Fernando Robleño — Siento decirte que no, que no me ha llamado nadie aún. He recibido miles de llamadas de todo el mundo, de aficionados, de profesionales, de periodistas, pero de empresarios ninguno. 

(Un aficionado — Est-ce que ton succès a déjà eu des répercussions ? As-tu été contacté par un imprésario ? Fernando Robleño — J'ai le regret de te dire que non, personne ne m’a appellé. J’ai reçu mille appels de tout le monde : des aficionados, des professionnels, des journalistes, mais aucun imprésario.)


Photographie Florent Lucas

19 juillet 2012

Tertulia por WhatsApp


Au milieu d'un dialogue :

Fred — J'essaie d'écrire quelque chose au sujet de la corrida de dimanche, mais c'est pas très facile.

Bego — Pues sí, es complicado. Yo me quedo con la supervivencia de un torero, con el afán de ser y estar en torero a pesar de todas las vicisitudes que ha pasado fuera y dentro de la plaza, antes y después de Céret. A pesar de que sabe que su futuro no va a cambiar y de que los empresarios lo seguirán relegando a cuatro carteles al año y a corridas duras, Fernando se sobrepuso a todo eso y demostró que con ganas, valentía y pundonor se puede todo en esta vida. Creo que la corrida del domingo fue una lección de vida más que de torero. De lidia también, por supuesto, pero yo capté un mensaje que va más allá de los toros. Es lo que yo sentí. Por eso sus compañeros corrieron a sacarlo a hombros, porque quisieron reconocerle toda la lucha de años y años. Yo creo que vieron reflejado en él sus propias luchas personales.
(Oui, bien sûr, c'est compliqué. Je garde l'image de la survie d'un torero avec la soif d'être torero, aujourd'hui et toujours, malgré toutes les vicissitudes qu'il a pu connaître dans et en dehors des arènes, avant et après Céret. Même s'il sait que son avenir ne changera pas et que les imprésarios continueront à le cantonner à quatre carteles chaque année et à des corridas dures, Fernando a dépassé tout cela et a prouvé qu'avec de l'envie, du courage et du pundonor, tout est possible dans cette vie. Je crois que la corrida de dimanche a été une leçon de vie plus qu'une leçon de torero. Une leçon de lidia aussi, bien sûr, mais j'ai perçu un message qui va bien au-delà des toros. C'est ce que j'ai ressenti. C'est pour cela que ses compagnons ont accouru pour le porter en triomphe, en reconnaissance de la lutte qu'il a menée des années durant. Je crois qu'ils ont vu en lui le reflet de leur propres combats personnels.)


Photographie Fernando Robleño saluant lors de la corrida d'Escolar Gil, Céret 2011. 

16 juillet 2012

Un peu plus qu'un rêve


Ça a vraiment existé. 
Ça a eu lieu, un dimanche de juillet. Fernando Robleño a vraiment tué 6 toros d’Escolar Gil, comme dans un rêve, sauf que ce n’était pas un rêve. C’était pour de vrai… 

Lundi.
Je suis vaporeux, tant mieux. J’ai l’impression que le rêve continue. Surtout ne pas redescendre, surtout rester sur les hauteurs où ce petit bonhomme, immense hier, nous a menés, avec sa détermination, sa volonté et ses couilles. 

Fernando Robleño, Céret, Escolar, seul contre 6… Émotion, vérité, authenticité, grandeur de la Fiesta. Tout cela restera, pour toujours, gravé dans nos mémoires, nos rétines et nos souvenirs. 

Il n’y aurait presque rien à en dire tellement ce fut émouvant et authentique, jusque dans les imperfections, comme l’a écrit si justement Bernard. C’était vrai, on l’a vu, et il l’a fait. 
Je me le répète, comme pour me convaincre. Ça nous est tombé dessus, sans prévenir. 
On aurait presque envie de ne pas écrire après « ça ». Juste lui dire merci, à lui et à tous les autres qui nous ont offert « ça ». Spectacle total, lidia totale, du début à la fin… Respect. 

Il est des moments, rares, où les circonstances n’ont plus rien à dicter. Fernando Robleño était hier très au-delà des circonstances, plus fort, plus haut. Il l’a juste voulu. Il a décidé de vouloir et il a pu. 
Hier, Fernando Robleño s’est grandi en écrivant une des plus belles pages de l’histoire de ces arènes, qui nous sont si chères depuis déjà si longtemps. Simplement merci. Merci Monsieur Fernando Robleño de tant de bonheur. 

Photographie Florent Lucas

Fernando Robleño, la bande-son


En attendant que viennent les images, que nous viennent les mots...
(Faites abstraction de l'illustration du disque, du film...)



Tout n'est pas encore fini


On va laisser les choses tranquillement décanter.
On va savourer ce bonheur béat, et rare. Si rare.
On va essayer de dormir un peu, aussi.

Merci Fernando. Merci Céret.

On va en reparler.

Tout n'est donc pas encore fini ? Patience, on va y revenir.