29 juillet 2013

L’ombre de lui-même


‘Manzanillo’, marqué du numéro 40, portant le fer de l’élevage Raso de Portillo, sortit en cinquième position.
Les toreros n’en voulaient pas. Les aficionados, oui ; on leur a toujours dit : « No hay quinto malo. »

Morenito de Aranda ne voulut pas le voir et, donc, on ne le vit pas…

27 juillet 2013

Bernadette


Dans Le Monde du 27 juillet, Jacques Mandelbaum rend hommage à Bernadette Lafont, « la petite Nîmoise » : « Très triste matinée pour le cinéma français. C’est qu’elle était diablement attachante, Bernadette Lafont, qui incarnait une liberté, une insolence, un goût du risque et un mépris de la bienséance dont on sent bien à quel point ils manquent aujourd’hui, dans une époque à la fois vendue et pudibonde. »

Jeanloup Sieff lui avait déjà rendu hommage du temps de sa jeunesse, avec un inoubliable portrait que vous retrouverez dans la monographie du photographe, Demain le temps sera plus vieux.

25 juillet 2013

¿Parlévu Francé?



C’est la question que l’on pourrait se poser. Depuis plus de deux ans qu’ils résident dans la plaine de la Crau, parlent-ils français ? Et si oui, qu’est-ce que ça change ? Peut-être disent-ils désormais : « Meuh, ooooh con ! » à la fin de chaque phrase, avec l’accent.

Ces toros qui autrefois possédaient le latin des arènes jusqu’au bout du bout de la pointe pointue de leurs cornes, ces toros que don Cesareo, le fameux curé de Valverde, connaissait sans doute mieux que ses ouailles, ces toros qui ont poussé au blasphème plus d’un torero seront en piste, à Beaucaire, le 27 juillet 2013.

Ce sont beaucoup d’émotion et de nombreux souvenirs qui entreront dans le ruedo ce samedi. De Madrid à Logroño ou Bilbao en passant par Vic, Alès ou Céret, on aura sans doute un pincement au cœur et pas mal de nostalgie. ¡Suerte!


Photographie Toros de Valverde au Campo Charro, hiver 2005 — JotaC 


NOTA. — En 2005, les neveux de don Cesareo, Juan et Leopoldo Mateos, tentaient de sauver l’élevage en suivant le précepte militaire : « Peinture sur merde égale propreté. » On sait ce qu’il en est advenu. Certes, les deux piliers de l’entrée de la finca furent redressés — ôtant tout le charme de celui qui penchait comme la tour de Pise —, mais c’est toute la ganadería qui s’est effondrée… Finalement, ça tient à peu de chose un élevage… Allez, tè, terminons en chanson !

Patti Smith taurina


On vous l’a déjà dit, Campos y Ruedos a un côté punk. Et la corrida, finalement, c’est peut-être plus rock qu’on ne le pense.

Le 17 juillet, Patti Smith était en concert dans les arènes de Nîmes. Quelques jours avant, les « zantis » attendaient de l’idole des jeunes une déclaration antitaurine qui n’est jamais venue ; et ils n’auront pas vu venir la déclaration de la rockeuse (lire ci-contre). Étonnant, non ?

La photo et la note proviennent de la Page taurine de Jacques Durand, distribuée par Atelier Baie comme chacun sait…

23 juillet 2013

RIP, Juan Carlos de los Ríos ‘El Formidable’


Madrid un soir d’été, très chaud, comme aujourd’hui, des amis communs, une soirée après la corrida du 15 août. 

Je ne me rappelle plus de l’élevage, mais je me souviens qu’il y avait Pepín Jiménez et, dans les cuadrillas, Juan Carlos de los Ríos, le fils Formidable. La veille, nous l’avions déjà vu, à Cenicientos.

Madrid et sa chaleur d’été, un hôtel taurin. Pepín, svelte dans sa tenue de ville, avait été médiocre à ses deux toros. Il descendit saluer son monde, courtoisement, mais sans s’attarder.

Formi, lui, prenait tout son temps. Deux heures du matin.
— Tu vois, il est deux heures du matin, je bois du jus de fruit pendant que les autres… et nous parlons de toros. Je ne te connais pas, et nous parlons de toros. Et on en parlera jusqu’à avoir trop sommeil pour continuer. Parce que c’est comme ça l’afición…

C’était à Madrid un soir d’été, le fils du Formidable nous parlait de toros, et nous, on l’écoutait. Nous étions quatre, et il a passé la moitié de la nuit à nous raconter sa vie, juste comme ça, par afición. Hasard des rencontres. Des rencontres qui se font peut-être parce qu’on ne les cherche pas, justement.

Aujourd’hui, mardi 23 juillet 2013, Juan Carlos de los Ríos s’est éteint, là-bas, à Cádiz.


Descanse en paz.

Photographie sans paroles (CVI)


Nous joignons à cette photographie de deux toros de Raso de Portillo dans les corrals de Bayonne un communiqué de la commission taurine d’Orthez concernant le rare et triste accident de la route qui a contraint la Guardia Civil à tuer tous les novillos de Miguel Zaballos :


« Cette nuit, alors que le camion qui transportait toros et novillos depuis Valladolid vers Orthez se trouvait aux abords de Vitoria, la remorque, dans laquelle avaient été placés les novillos de Miguel Zaballos, s’est détachée soudainement et, sans explication, s’est renversée sur la route détrempée par les orages de la nuit. Le conducteur et le mayoral de l’élevage Zaballos sont sortis indemnes de cet accident, et c’est là, bien évidemment, le plus important. En arrivant à Bayonne, ce matin, le mayoral déclarait qu’il “était né une seconde fois”. Arrivée sur les lieux, la Guardia Civil n’a pu que constater le sinistre et, par mesure de précaution bien compréhensible, les agents de la force publique ont été contraints de tuer tous les novillos (8) présents dans la remorque. Après les investigations d’usage, le camion a pu repartir vers Bayonne où ont été débarqués les toros de Raso de Portillo, qui n’ont pas donné l’impression d’avoir accusé les conséquences de cet accident.

La commision taurine d’Orthez a aussitôt joint l’éleveur, qui a proposé de fournir huit autres novillos dont la majorité faisait partie d’un lot réservé par les arènes de Madrid. Au regard des relations de confiance et d’amitié qui unissent la commission à Miguel Zaballos, et dans l’optique de faire sortir quand même des novillos de cet encaste, la commission taurine a tout de suite accepté la proposition du ganadero, et ce même si le “nouveau” lot de novillos n’a pas été choisi par elle. En effet, la commission avait élu les novillos qui paraissaient les plus typés Saltillo, préférant privilégier le type plutôt que le tamaño. Les novillos qui arriveront demain à Bayonne seront donc certainement plus “forts” que ceux initialement prévus, mais l’éleveur a mentionné qu’ils appartenaient eux aussi à de très bonnes familles de son élevage.

Nous espérons que les aficionados et le grand public sauront comprendre cet aléa de dernière minute, et qu’ils viendront nombreux voir combattre les frères des accidentés pour soutenir un éleveur amoureux de ses toros et de cet encaste unique qu’est Saltillo.

Pour finir, nos pensées vont évidemment au chauffeur du camion et au mayoral de Zaballos, qui reviennent d’une nuit noire, et pour qui, ce matin, le lever du soleil avait une saveur unique. »

La commission taurine d’Orthez

Le règlement


Almassora est un village de Castellón, et qui dit Castellón dit bous al carrer, évidemment. Juste en guise de rappel, le bous al carrer est une fête taurine populaire dont une des modalités consiste en un lâcher de taureaux de combat au beau milieu du village pour le simple divertissement des autochtones et des gens de passage. Un truc sans importance, une tradition tauromachique populaire, locale et primitive.

Figurez-vous que ce village compte à peu près une quarantaine de peñas taurines dévouées aux bous al carrer. Pour ces peñas, un des moments forts de l’année a lieu, au mois d’octobre, lors de la célébration des fêtes de la Virgen del Rosario. Une excuse pour lâcher une bonne quinzaine de toros pendant une semaine de fête. Un truc de sauvages, une barbarie je vous dis.

Toutes ces petites peñas se regroupent au sein de l’Association des peñas taurines d’Almassora, qui garantit le bon déroulement et la correcte organisation des fêtes. Rien d’étonnant ni de très original, me direz-vous. Sauf que cette association a un règlement plutôt particulier qui veille à la bonne présentation du roi de la fête : le toro. L’article de journal que vous pouvez lire ici explique que diverses peñas s’exposent à une sanction pour avoir exhibé des toros laids lors des fêtes qui se sont déroulées en octobre 2012. Le toro ‘Tonadillero’, de Jacinto Ortega, acquis par la peña All i Oli, avait le défaut de ne pas avoir de queue. On reproche à ‘Romperejas’, de Rocío de la Cámara, qui fut acheté par six peñas, d’être plus petit que ce que la photographie du cartel ne semble présager. Quant à ‘Albertito’, exemplaire de Torremilla, de la peña El Porrat, il n’a pas convaincu le jury du comité des fêtes, qui n’a pas donné d’autres explications que sa médiocre présentation dans un cartel taurin aussi important.

Selon le règlement, les peñas qui exhibent un toro mal présenté sont sanctionnées sans pouvoir lâcher de toro pendant une année. Si elles récidivent, elles seront écartées deux ans de suite sans pouvoir montrer leur toro. À la troisième sanction, elles seront définitivement exclues et ne pourront plus acquérir d’animal. 

Quand vous faites partie d’une peña d’Almassora et que vous économisez tous vos petits sous pendant une année pour vous payer un toro à prix d’or dans un élevage important du sud de l’Espagne, vous avez intérêt à le regarder sous toutes les coutures, votre toro. Parce qu’on se fout pas de la gueule de la vierge du Rosario, à Almassora, ni de ses habitants ni de leur afición. C’est comme ça, c’est le règlement.

Pour vous donner un exemple concret, le genre de toro que l’on voit sur la photographie qui ouvre ce post ne serait pas sorti dans les rues d’Almassora. Il aurait fait honte à sa peña, à son éleveur, à l’organisation et aux aficionados. Ce genre de toros, on n’en veut même pas dans les rues, avec ou sans règlement. Et si, par hasard, le règlement permet de sortir ce genre d’animal dans des arènes garantes de l’intégrité du toro, eh bien il est préférable de le changer, ou de le faire sauter, ledit règlement.


Photographie ‘Churrero’, toro n° 40 de D. José Escolar Gil, sorti le 14 juillet 2013 dans les arènes de Céret — Florent Lucas

22 juillet 2013

La queue levée


La ganadería de Dolores Aguirre semble arriver à la croisée des chemins. C’est en tout cas les quelques conclusions que l’on peut tirer de la course tyrossaise de ce dimanche 21 juillet 2013 — même s’il est illusoire et intellectuellement malhonnête de tirer des conclusions définitives sur l’état d’un élevage de toros au regard d’une seule course.

Depuis quelques années, les Aguirre sortent, surtout en France, avec beaucoup d’intérêt. L’aficionado n’aura qu’à remuer le saladier d’une mémoire pas si lointaine pour se rappeler au très bon souvenir de la course d’Orthez, en 2010 — la pluie avait gâché celle de 2011, encore plus poderosa à notre goût —, de celles de Pamplona, en 2009 et 2013, de celle de Saint-Martin-de-Crau, en 2013, de celle de Dax, en 2011 — dure mais très sérieuse —, voire même de celle de Vic-Fezensac, la même année, où déjà la noblesse « encastée » s’était exprimée clairement.

À Saint-Vincent-de-Tyrosse, les Aguirre étaient mal présentés : le lot était très desigual, certains toros de cinq ans paraissant de simples novillos (mention pour le 3e à ce sujet), et l’état des cornes de cinq d’entre eux ne pouvait qu’incliner les aficionados à se poser des questions sur l’intégrité de celles-ci. Arreglado de corrales ? Afeitado ? Usure de campo ?… Il est dommage que la plaza tyrossaise n’ait pas soigné cet aspect-là des choses, car, au final, il s’agit jusqu’à présent de la course la plus mal présentée de cornes, et la plus sujette à suspicion, qu’il m’ait été donné de voir cette année. L’intégrité d’un taureau de combat ne doit en rien être indexée sur la catégorie d’une arène.

Les Aguirre n’ont rien montré au cheval. Ni bravoure sèche ou brute, ni inclinaison plus moderne à « poussicoter », ni violence, ni poder, et c’est là que le bât blesse. Le premier tiers a été, ce dimanche, un aléa de la corrida, un parmi d’autres, rien de plus. Les picadors se sont bien défoulés, ont « carioqué » à l’envi, ont vrillé, ont pompé… Ils ont fait le boulot de tous les jours, comme des sagouins qu’ils sont quand le nom d’un élevage suscite pour eux quelque inquiétude. Comme d’habitude, le public a hurlé quand les lignes étaient dépassées, mais bien peu nombreux sont ceux qui se sont exprimés pour vilipender les manières iniques de ces messieurs les cavaliers.

Soyons justes ! À la décharge des toros d’Aguirre, il convient de prendre en considération la cavalerie désuète de Philippe Heyral. Si les chevaux d’Alain Bonijol ont parfois tendance à fausser notre observation de la bravoure des toros en reculant aussi vite qu’un chat détale quand il a peur ; si leur propriétaire même, prétentieux et content de lui, peut inspirer chez certains d’entre nous quelque aversion ; si l’invention de sa pique à la con pour toros gentils de Nîmes ne nous paraît être qu’une déviance de plus vers l’affadissement du taureau de combat, force est tout de même de constater que les tiers de piques avec les chevaux de Bonijol donnent au moins au toro la sensation de pouvoir faire mal, de pouvoir renverser l’obstacle, de pouvoir être fort. La cuadra Heyral est à ce sujet aux antipodes avec ses chevaux grands, peu mobiles surtout, totalement figés : des murs ! (Ces quelques lignes ne sont en rien une excuse pour relativiser le comportement anodin des Aguirre à la pique). 

Et après ? Les Aguirre ont chargé. On pourra reprocher la faiblesse des antérieurs des deux premiers en particulier, mais ils ont chargé, ils ont répété leurs charges, ils ont combattu et ont maintenu l’intérêt durant deux heures sans pour autant donner l’impression de faire peur. C’est peut-être sur ce point précis que la ganadería se trouve à la croisée des chemins. 

Les Aguirre ont gagné ces dernières années en noblesse. Certains font l’avion, étirent leur tête au maximum pour attraper le leurre et répètent avec entrain. Si cette noblesse reste encore loin des canons érigés par Mundotoro, Aplausos, 6 Toros 6, par les sites d’annonces taurines qui les copient en France, par les plumes catastrophiques de notre quotidien, il n’en demeure pas moins indéniable que le toro d’Aguirre, toujours teinté de mansedumbre la plupart du temps, est devenu un premier choix à toréer pour un torero qui en montrerait l’envie et le pundonor. À condition de maîtriser parfaitement le sitio — hier, Escribano, malgré deux oreilles, a été parfaitement baladé par son second toro —, à condition de ne pas exagérer la longueur de la faena, à condition de se croiser (oui ! cette notion existe encore), à condition de contraindre la charge tout en donnant la distance adéquate (ce que ne font plus les matadors), à condition d’entamer une série avec le bras bien tendu devant soi pour embarquer la tête de l’animal… à condition de toréer tout simplement, les Aguirre sont devenus d’excellents toros de troisième tiers !

Ceux de Saint-Vincent-de-Tyrosse permettaient le toreo malgré toutes les imperfections qu’ils pouvaient trimbaler en piste (sortie tête haute pour certains, recherche de la querencia…). À l’heure actuelle donc, l’élevage semble se trouver à cet endroit précis où la caste s’exprime encore avec fougue, avec cette queue toujours levée vers le ciel quand le toro initie sa charge. Il s’agissait pourtant, hier, d’une caste « humanisée » — réelle, vraie, omniprésente sur au moins quatre toros —, assagie par rapport à ce que certains Aguirre ont pu laisser comme souvenir. La croisée des chemins est là : savoir maintenir vivante et vibrante cette caste tout en ne tombant pas dans la recherche d’une noblesse bonasse à laquelle tant d’élevages actuels ont succombé. 

Maintenir la caste et son piquant, sauver le poder et conserver intacte cette faculté à autoriser le toreo, le vrai s’entend.


>>> Retrouvez, sous la rubrique « Ruedos » du site, une galerie consacrée à la corrida de Dña. Dolores Aguirre Ybarra de Saint-Vincent-de-Tyrosse.

Noms d’oiseaux


C’était il y a un an, et après ‘Mirlito’ venait ‘Canario’. ‘Mirlito’ s’éloignait, emporté par les mulets lustrés de l’arrastre, pendant que Fernando Robleño entamait une vuelta bruyamment fêtée. Le torero songeait, avec regrets, au triomphe qui venait de lui échapper. Sa féria montoise était terminée. ‘Mirlito’ était son dernier adversaire, un dur à cuire qu’il avait su dominer, mais qu’il avait mal tué. C’était il y a un an, tout juste, le dimanche 22 juillet 2012. ‘Mirlito’, un drôle de petit merle âpre et rude, quittait la scène et laissait place à ‘Canario’, le cinquième toro de l’après-midi de l’élevage D. José Escolar Gil.

‘Canario’ s'envolait vers la postérité, gagnant en un instant les plus hauts sommets du panthéon des souvenirs aficionados. En quittant le toril, il s’était déployé d’un seul mouvement, comme un éventail qui s’ouvre, et avait rempli le ruedo tout entier, fondant sur ceux qui avaient l’outrecuidance de s’aventurer sous son mufle. Au premier appel, ‘Canario’ avait tapé violemment contre les planches, sans remords, avant de se jeter à corps perdu dans la cape de Javier Castaño, et, sans la moindre rancune, il avait envoyé valdinguer le diestro dans les airs comme un vulgaire fétu de paillettes.

‘Canario’ avait pris de vitesse le maestro. Il l’avait dépassé, terrassé et blessé en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Terrifiant !

La panique s’était alors emparée de l’arène. Le Moun tout entier retenait son souffle. Désormais, chacun retiendrait son souffle tant que ce toro n’aurait pas rendu le sien. Du simple spectateur du dernier rang au plus modeste des areneros du callejón, jusqu’à la fin, le Moun ne serait plus qu’un spasme. Et du simple spectateur du dernier rang au plus modeste des areneros, toute la plaza, sans exception, allait toréer à l’unisson. Tous toreros !

Fernando Robleño et Julien Lescarret étaient entrés ensemble en action, se chargeant d’assurer une brega commune pour le moins complexe. Ils tentaient de rassurer des cuadrillas en déroute et de remettre de l’ordre dans la lidia. On avait vu, à plusieurs reprises, des grappes de peones sauter simultanément dans le callejón pour se mettre à l’abri. Il fallait ramener le calme dans les esprits, et ce n’était pas une mince affaire, car le toro ne faiblissait pas. Il suivait et poursuivait le moindre de ses opposants sans rechigner. Cinq fois il s’était élancé au cheval. Cinq fois il avait poussé fort, venant de loin et revenant à la charge violemment. Il revenait chaque fois et chaque fois plus loin jusqu’à traverser le ruedo, complètement. L’arène s’était alors levée, droite comme un seul homme, dans un cri unique entre l’angoisse et l’admiration. 

Le toro ne faiblissait toujours pas, bouche close et dents serrées. Chaque banderillero était bousculé à son tour, pourchassé, traqué, repoussé, suivi jusqu’à la barrière. L’arène, parfois assise, souvent debout, puis à nouveau assise et encore debout, séchée, desséchée, saisie et scotchée était aussi lessivée que les toreros, pleine mais vidée. 

Lorsque le petit bonhomme s’était avancé, muleta en main, l’arène entière n’était qu’un souffle, mais l'arène entière n’attendait rien. Le Plumaçon n’y croyait pas. Ce toro n’a pas une passe, pensait-on. Il va tout emporter sur son passage, comme le tourbillon, l’ouragan, la tempête qu’il est.

Le toro ne faiblissait jamais, gardant toujours la bouche close, la rage au ventre et le cœur serré. Mais Robleño, lui non plus, ne renonçait pas. Il s’accrochait, luttant sans cesse, pliant la jambe, tendant le bras, se replaçant constamment, sans rompre d’un pas. Il était comme suspendu au bord d’un gouffre, un poignard plaqué sous la gorge, l’autre sur le cœur, mais il était toujours là. Lui aussi tenait tête et serrait les dents. Il résistait sans faiblir, et chaque passe était un combat. Il a fini par cadrer le toro et, enfin, lentement, il a levé le bras. Alors, sept mille poitrines se sont arrêtées. Sept mille paires d’yeux ont fixé la pointe de la lame, en même temps, puis son corps a basculé dans le vide et sept mille autres ont suivi, en même temps. Toute une arène a plongé derrière l’épée. Il y eut une explosion. L’estocade était à fendre la pierre. La lame s’était enfoncée, entièrement. ‘Canario’ n’avait pas bronché. Il retenait son souffle. Bouche close et dents serrées. Il a retenu son dernier souffle, jusqu’au bout. Jusqu’à un énième descabello. Bouche close et dents serrées.

Un frisson a parcouru les tendidos et, à fleur de peau, la caste s’est envolée.


>>> Escolar Gil 2013, c’était ça !

20 juillet 2013

Génétique


Toro de Fuente de Gnugne del Tajo, génétiquement modifié pour pouvoir participer à la féria de la Madeleine.

Vous pouvez suivre le déroulement des courses montoises sur le blog de la peña Escalier 6 de Mont-de-Marsan.

Parce que brailler dans une arène, ça ne suffit pas…

Tout bien réfléchi


Un texte de Laurent Giner nous parvient…

Céret 2013… La réussite tient à peu de choses. Après les férias de 2010, 2011 et 2012, nous pensions que l’avenir était assuré. Le niveau des courses cérétanes dépassait toutes nos espérances. Nous avions l’impression d’assister tous les jours à une corrida concours. Les maestros et les picadors jouaient le jeu. Hormis quelques varas mal placées, le niveau était largement au-dessus de la moyenne, beaucoup plus élevé que dans les autres plazas françaises ou espagnoles. Que s’est-il donc passé lors de l’édition 2013 ? Pourquoi des premiers tiers aussi mauvais alors que 50 % des picadors étaient présents en 2011 et 2012 ? Sont-ils tous devenus mauvais, subitement ?

Personne ne peut y croire, mais tout le monde l’a constaté. Pour preuve, nous observerons que la majorité des prix dévolus aux picadors sont restés desiertos. 

Pour comprendre ce qui va suivre, il faut savoir que l’Adac exige, depuis toujours, que ses toros soient piqués avec des piques espagnoles réglementaires, celles fabriquées par le puyero García. Ce qui oblige la cuadra de caballos engagée à Céret, à louer les caisses de piques au fabriquant espagnol.

Lors de la dernière tertulia, dimanche soir dans les arènes, c’est Bernard Raviglione, président de l’Adac, qui a ouvert la réflexion.

Pendant la discussion, nous avons appris que des picadors étaient montés au créneau, dès le matin, afin de pouvoir piquer avec la pique Bonijol. Après recherche et investigation rapides, il s’agirait notamment de Gabin Réhabi, le picador arlésien. Étonnant de la part de ce garçon réservé, presque timide, de vouloir imposer sa loi aux organisateurs cérétans. Ou alors peut-on imaginer que d’autres personnes l’aient poussé à se rebeller.

Mais, au fait, Gabin n’est-il pas le plus beau fruit de la cuadra Bonijol ? Et là tout s’enchaîne, tout s’explique. Les picadors ne sont-ils pas devenus les moyens de pression des fabricants de puyas, qui les utiliseraient pour conserver leurs parts de marché ? Céret en a été le meilleur exemple. Pression du puyero García via certains picadors face à la pression du puyero Bonijol et de ses amis proches. Résultat pour nous, aficionados, et pour l’Adac : une très mauvaise féria au regard du premier tiers.

L’Afición n’a pas à subir les problèmes des marchands du temple taurin, et les aficionados organisateurs méritent un plus grand respect.

L’ANDA, qui s’était réveillée en décembre dernier afin de faire réagir l’UVTF , ne s’était pas trompée. Qu’a fait cette dernière depuis ? Nada. Pourtant, il ne lui coûterait rien de mener une analyse comparative des différentes piques. Si ce n’est la volonté de le faire…

Après l’utilisation de la pique espagnole, de la pique andalouse, de la pique Bonijol ou de la pique Heyral, nous avons eu droit, ce week-end, à la « pique cérétane ». En effet, cerise sur le gâteau, afin de satisfaire son client, M. Bonijol a équipé ses propres piques du cordage dont elles sont habituellement dépourvues pour les rendre semblables aux piques officielles. En tant qu’assesseur au palco, dimanche après-midi, j’ai pu le constater moi-même en procédant à l’ouverture de la caisse des piques. En termes polis, on appelle cela « pousser le bouchon un peu trop loin ».

Ceci dit, Bonijol et García ont raison. N’étant pas des philanthropes, ils profitent d’un vide réglementaire. Celui qui effectue le meilleur lobbying décroche la timbale ! Pour l’instant, les empresas Bonijol et Heyral ont l’avantage, car elles fournissent aussi la cavalerie.

Le drame, c’est que personne ne met en place les analyses comparatives. Même l’ADA de Parentis, alors que son représentant à l’UVTF était contre, s’affiche maintenant pour la pique Bonijol. 

L’UVTF, grâce à son président convaincu, laissera pourrir la situation jusqu’à ce que soit validé un état de fait quasi généralisé.

Si les petites arènes comme Céret, Vic-Fezensac, Orthez, Parentis-en-Born, Roquefort, Saint-Martin-de-Crau, Alès… ne se mobilisent pas, il ne faudra rien attendre des grandes plazas.

Messieurs les organisateurs aficionados, prenez les choses en main. L’Afición compte sur vous. Nous voulons des analyses concrètes afin de pouvoir remettre à l’UVTF un rapport complet.

Laurent Giner


Photographie Gabin Réhabi, Céret de toros 2013 — JotaC

17 juillet 2013

Le jeu des « Une erreur »


Un intrus s’est glissé dans ce palco, saurez-vous le retrouver en moins de temps qu’il n’en faut à un manchot empereur pour sortir de sa poche un mouchoir bleu que personne ne réclame ?

Un indice : ce n’est pas un musicien, et pourtant c’est un as du pipeau !

À suivre…

16 juillet 2013

Après eux, personne, et après personne, sans doute personne


La critique taurine est morte. Ce n’est pas une nouvelle. Ça n’existe plus, et ça fait déjà un moment.
Aujourd’hui, pour savoir ce qui s’est passé, ou plutôt combien il s’est coupé d’oreilles, tout le monde, moi le premier, va sur Mundomachin pour avoir l’info.

La critique taurine, telle que nous l’avons connue, a disparu, totalement, avec Joaquín Vidal et Alfonso Navalón. Les deux derniers.
Le père Zabala les avait précédés quelque temps avant dans un tragique accident d’avion. 
Il y a bien la Lirio, sans domicile fixe, qui se morfond dans son coin de blog, mais c’est tellement de mauvaise foi que cela en est pathétique, et depuis longtemps. 

Aujourd’hui rien, rien de critique, rien en opposition. On avale tout, on lustre et on fait briller. 
Pas besoin non plus de remonter au déluge. Qui s’indigne encore qu’un toro, normalement piqué, simplement normal, soit gracié ? 

Quand j’évoque la normalité d’un toro, c’est aux piques que je fais allusion. Car un toro simplement normal devrait en recevoir trois. Alors pour être gracié…
La normalité, finalement, c’est la médiocrité, une sorte de douce décadence, à peine visible mais bien réelle. 

Ah si… il y a une chose qui, parfois, peut être source de violente polémique. C’est lorsqu’un président de course refuse de distribuer les oreilles aux vedettes. Ça peut sembler étonnant, mais c’est le seul cas. En même temps, ça donne une idée du niveau actuel de la « critique ».

La « tauromafia », ainsi que la nommait Navalón, est aux commandes, et on n’imagine pas un retour en arrière.
Heureusement, il y a Internet, quelques blogs ou sites, noyés dans un fatras hétérogène. Ce sont désormais les seuls endroits où l’on peut lire à rebrousse-poil de l’opinion formatée et largement diffusée.

À ce stade de ces quatre lignes d’humeur, j’ouvre une parenthèse. Il n’est pas une semaine sans que l’on s’entende dire qu’à Campos y Ruedos nous ne polémiquons plus, nous non plus… avec Viard s’entend. Ben c’est normal, il a piqué nos idées ! Nous pourrions même sérieusement lui proposer d'écrire ici.
La question que se posent beaucoup est de savoir si ce retournement de veste est conjoncturel ? sincère ? opportuniste ? Très franchement, comme dirait l’autre, ça m’en bouge une sans faire remuer l’autre. Mais, évidemment, je le lis, parfois, le sourire aux lèvres.
Putain ! et si Dédé était le dernier critique taurin ? Trop tard diront certains. Sans doute. Peut-être le dernier train ? Résistant de la dernière heure ? Allez savoir. Il faut au moins lui reconnaître d’avoir fait disjoncter El Juli.

J’en reviens à mes moutons, ou plutôt à mes Domecq. Ouais, j’aime pas Domecq… et alors ? Enfin, ce qu’ils ont fait des Domecq, pas ce qu’ils furent ou le sang qu’ils portent, ni l’histoire qu’ils peuvent représenter. Mais là on entre dans les subtilités. Et je n’ai pas sous la main la photo de la pique de Jerez à côté de la bouteille de fino… Et Navalón, dans sa tombe, un jour d’octobre d’il y a longtemps, ça a de la gueule, je trouve, pour parler de la mort de la critique taurine. 

Pour finir, un peu d’air frais, respiré sur le Net à propos des figuras actuelles et de ce qu’elles ont fait à Pamplona. C’est de saison : « Eux… les figuras qui imposent cette misère et l’éleveur qui l’élève pour la vendre à prix d’or sont les coupables de l’état de cette fête moribonde. Ils sont les coupables, oui, mais la Casa de Misericordia est responsable du spectacle lamentable auquel l’on assiste à Pamplona. Pamplona n’a pas besoin de cela. Et vous savez pourquoi ? Parce qu’à Pamplona on aime le toro, le matin et l’après-midi. Parce que les abonnements sont vendus quel que soit le programme. Parce que le prestige de cette arène est très supérieur aux caprices de ce genre d’individus. »

Ces quelques lignes, signées Eneko Andueza, sont tirées du site El Chofre, et font suite à la corrida de Victoriano del Río tuée par El Juli, Morante de la Puebla et je ne sais plus qui. Le site Toro, torero y afición, qui a attiré notre attention là-dessus, précise que l’éleveur a déclaré : « Nuestra corrida es muy torera. » 

Voilà, la boucle est bouclée.


Photographie Gilles Gal

Dans Gascon, il y a con, mais pas que


Entre le tournoi de pétanque patati-patata et le concours de pêche à la ligne tagada-tsoin-tsoin, j’apprends au détour de l’info po-po-poh Sud Ouets ts-ts-ts, que quatre toros de Núñez del Cuvillo « Aïe aïe aïe ! Ouille ! Aïe aïe aïe !* » sur six, se sont retrouvés par hasard, ce matin glin-glin, dans les corrals de la préfecture landaise, aux senteurs de féria la-la-la, sans y avoir été invités… « Crac boum huuuuuu* » ! 

On y dit que dame Guenièvre a, d’un coup, pour soulager son courroux, réexpédié sans attendre le convoi et les présents pas souhaités au marchand de bétail peu soigneux dans ses bons de commande, et l’on découvre au passage que deux ou trois noms glorieux et de grande lignée pourraient ainsi avoir convaincu le maquignon de procéder à quelques revirements anodins dans le menu, préférant, aux kilos et aux armes, des camarades plus festifs.

On devine un peu les termes de la rançon et de l’échange, et l’on imagine alors d’autant mieux aisément que dame Guenièvre n’ait que peu goûté au fameux sens de l’humour de nos trois ou quatre compères ibères et de leurs visions des choses plus « sociales », mais on soupire fort à l’idée que ces trois-là aient finalement dû abdiquer et admettre qu’ils auront donc bien à palabrer avec les invités initiaux sinon rien, leurs quatre remplaçants n’étant ni du goût de la baronne ni de celui de ses conseillers, encore moins de celui de ses sujets.

De cette anecdote, il fut entendu que la valeur d’un individu ne se mesure pas seulement aux broderies d’or cousues sur le revers de son veston et, bien que l’on sache déjà qu’il ne se fût agi là que d’un bête malentendu, d’une banale mégarde ou d’un inopportun moment d’inattention, nous nous associons vivement à la démarche des élus locaux et espérons d’ores et déjà que le peuple du fief en question aura pris acte de l’événement, et qu’il saura se souvenir de cette tentative de surpercherie au moment où les trois zozos défileront, de toute leur morgue et de toute leur fierté combattante, sur le sable du champ de bataille landais. 

Et tiens, tant que j’y suis, si cela peut aider ces quelques sagouins à se souvenir que, même si l’on est des couillons de Gascons, on ne l’est pas tant que ça non plus, NOUS VOUS PRENONS AU MOT DE LES ACCUEILLIR EN LEUR TOURNANT LE DOS, SUR L’AIR DE PAN Y TOROS, DEPUIS LES TENDIDOS, LE TEMPS D’UN PASEÍLLO !… Poil au dos !


* Extraits, respectivement, des chansons Les Cactus et Les Play-boys, de Jacques Dutronc. 

Premio


Les prix, en tauromachie comme ailleurs, sont toujours dérisoires. Mais celui-là fait plaisir, de manière totalement subjective, personnelle, irrationnelle, peut-être, mais il fait plaisir.

Premio Feria del toro 2013, remis par la Casa de Misericordia de Pamplona : Dña. Dolores Aguirre Ybarra.


Photographie Encierro des Dolores Aguirre Ybarra, Calle Estafeta © Éléonore Monguillon/Camposyruedos.com

15 juillet 2013

Estocada


Ce toro fut aussi mal piqué que tous les autres, mais Fernando Robleño sut tirer parti de sa noblesse lors d’une faena vibrante, surtout à gauche, qui rappela les meilleurs moments de son encerrona du 15 juillet 2012.

Fidèle au dicton, l’histoire n’a pas bégayé. Cette faena, conclue par un estoconazo et un descabello magistral, fut un des rares instants d’émotion de l’après-midi.

Le reste, nous le devons essentiellement à la Cobla Mil.lenària. Visca !


Photographie ‘Camorrista’, toro de José Escolar Gil de 490 kg, né en octobre 2008 — JotaC

Les pas là !


Pas toujours là, les Palha… mais quand même un peu, parfois !

Corrida de Palha, Céret de toros 2013 — JotaC

14 juillet 2013

Petite conne




Tu verras, tu finiras par ne plus y penser… après tout. La vie fait son affaire, et le temps passe, même s’il est vrai que les choses sont ainsi faites, que l’on ne maîtrise rien, ou presque, et qu’il faudra que tu affrontes ce moment, tôt ou tard, tout au long de ta vie qui te verra devenir femme, mère et grand-mère. Je te le souhaite d’ailleurs, quelque part. Ça voudra dire que t’es restée jolie, et attirante. Et pourtant, d’évidence, dans ton intimité, on ne manquera pas de te le rappeler. Parce que ces choses-là ne s’effacent pas… Elles sont là, sur ta peau, dans ta chair, comme une brûlure au fer rouge, comme une morsure terrible, comme un coup de corne de Miura dans la poitrine, un dimanche matin ensoleillé, à l’autre bout de la planète.

Tu te rappelleras alors ce moment où ta mère, impuissante, bercée entre colère et angoisse, s’est mise à pleurer, là-bas, sanglot lointain à travers le téléphone de ton Queensland natal… Te reviendra en tête cet instant de ta vie où tu as réalisé en un quart de seconde que tout allait peut-être basculer dans le néant, toi qui préparais si impatiemment cet agréable petit bagpacker trip navarrais, à l’autre bout du monde, chez ces fous d’Espagnols qui font la bringue comme personne et qui ont l’amusante manie de se lever tôt pour courir devant des toros…

Des toros ? Oui, des bulls si tu préfères… Une tradition un peu dingue avec des animaux, une fantaisie rigolote qui fait marrer tout le monde… Aujourd’hui, tu es certes bien vivante, grâce au santo bendito (mais ça, comment pourrais-tu le savoir ?), mais cette plaie béante dans ton cœur, là, sous ton sein, cette affreuse cicatrice recousue dans l’urgence aux urgences d’un hôpital aux abois sept jours par an qui n’avait que foutre de savoir si tu aurais cette année encore les plus beaux nichons du campus ; celle-là, tu ne pourras plus jamais la refermer, elle fait partie de toi, comme un tatouage rageur d’adolescent ; et, désormais, tout ceux qui la verront ne pourront faire autrement que de te demander : « Mais, putain ! qu’est-ce que t’es allée foutre là-dedans ?… »

Alors, tu ne pourras t’empêcher de baisser les yeux, et à jamais réentendre les sanglots matinaux de ta mère, impuissante, bercée entre colère et angoisse… petite conne. 


Photographie Begoña Dang/Sanfermin.com

Trompe-l’œil


Ah, s’il suffisait d’être beau !…

Novillo de Yonnet, Céret de toros 2013 — JotaC



Toro de Cuadri, Céret de toros 2013 — JotaC



Emperador



13 juillet 2013

Montones


1957…



2013.


Volver


Fernando Robleño, encerrona 2012 — JotaC

Y volver, volver, volver a tus brazos otra vez…

12 juillet 2013

El día del Pirata


Les voix du campo


« Tu vois, lui, il leur parle… Il parle à ses toros. Comme si c’étaient des enfants… »

Pour l’instant, c’est Thierry qui parle. Il me montre le mayoral de Cuadri, celui qui a la difficile tâche de remplacer José Escobar, le mythique cigar hero de « Comeuñas ». Personne ne connaît le nom du nouveau maître ès toros, mais il était déjà là avant. C’est comme ça que les choses se font chez Cuadri, avec respect, dans le calme et la continuité. La maison est bien tenue, le campo aussi. On ne court pas dans une arène. Ici non plus. C’est l’éloge permanent de la lenteur et de la sérénité. Du temple, rien que du temple. Le temple du temple.

Thierry reprend. Il a besoin de raconter comme on raconte les rêves, pour les revivre et s’en convaincre. Il est à deux doigts de se pincer : « Nous avons assisté à trois faenas de campo différentes. » Il faisait partie de l’équipe qui est allée embarquer les toros, leurs toros, ceux qu’ils ont attendus pendant un an. Ils ont roulé plusieurs jours, traversé l’Espagne de part en part en passant par le Portugal, et se sont dépêchés de rentrer pour entrapercevoir, dans la pénombre, la lourde masse des Cuadri qui tombent du camion. Le voyage est fini, mission accomplie, au lit !

Thierry raconte, encore et encore. On sent qu’il n’en revient toujours pas. Ses yeux brillent comme des calots. C’est pour vivre ces moments-là qu’il est entré à l’Adac, comme on entre en religion. En français, ça s’appelle l’afición.

« Tu vois, ça, mon poulet, ça vaut tout l’or du monde ! Dans chaque élevage, ils travaillent à l’ancienne. Ils font tout à cheval, une vraie faena campera chaque fois. D’abord, chez Escolar. Cette année, on a embarqué dans l’ordre inverse de la sortie en piste, les derniers en premiers et les premiers, les novillos de Yonnet, arriveront les derniers… au dernier moment. Tu me suis ?
— Oui, bien sûr ! Continue.
— Chez Escolar, donc, c’est Julián, le mayoral, qui bouge les toros, tout seul sur son cheval. Tout seul au milieu du campo avec ses cabestros. Il les dirige d’un côté, de l’autre. Il faut voir ça, c’est superbe ! Et chez Palha, ils ont construit un nouvel embarcadero. Ils l’ont construit sur un sol sableux, trop meuble… Pas bon, ça… pas bon du tout... Et ça n’a pas tenu. Un groupe de cavaliers est arrivé, poussant la camada plein gaz et, quand ils sont entrés dans la manga, l’entonnoir avant le corral, tu vois ? ça n’a pas fait un pli. Enfin, si, les toros ont tout plié. Plus de clôture… Un trou, mon pauvre ! Heureusement qu’il n’y avait que de bons cavaliers, sinon… Faut dire qu’avec ce foutu 802 et l’autre, là, le 98, ça ne rigole pas… Tu les a vus ?
— Oui, bien sûr !
— Alors, le mayoral a préféré changer d’endroit. Il nous a dit que les toros ne passeraient plus parce qu’ils avaient vu la faille, et que ce serait trop risqué. On s’est déplacé jusqu’à l’ancien embarcadero. Un endroit magnifique, une véritable carte postale ! Un paysage de toute beauté, près d’un lac, à l’abri des chênes-lièges… Là, mon poulet, c’est que du bonheur ! Tu imagines ?
— Oh, oui… j’imagine très bien. Continue, s’il te plaît.
— Et on a fini par Cuadri. C’est vraiment un Monsieur, Fernando. Simple, courtois, agréable, prévenant… Comme d’habitude, il a été parfait. Un grand monsieur ! Il est entré à cheval dans le cercado. Le mayoral l’a rejoint avec une parade de cabestros à couper le souffle… Faut voir ça ! Il faut vraiment voir ça… Et tout s’est passé tranquillement, à la voix et au pas, sans soulever un grain de poussière… Pas de gestes brusques, pas de cris… Juste à la voix. Le mayoral parle. Il parle à ses toros. Il leur dit des choses du genre : « Ces gens sont venus de loin pour vous voir, alors, du sérieux ! » ou bien : « Allez ! allez ! Et qu’on soit fier de vous, montrez-vous à votre avantage. » Tout ça avec un accent andalou rempli de grumeaux gros comme des olives… Que du bonheur ! Tu imagines ? Je me suis “bardé”, mon poulet… “bardé”* !
— J’imagine… j’imagine très bien ! Merci. »


* « Se barder » : expression typiquement typique, utilisée dans le vocabulaire courant des tribus autochtones du sud du pays vivant dans un triangle compris entre Arles, Beaucaire et Caissargues, grosso modo. Le sens profond de la formule varie peu. Il s’agit essentiellement de mettre en évidence un état de plaisir extrême. Souvent elle s’accompagne d’une interjection telle que « Oooooooh ! » immédiatement suivie de la ponctuation de circonstance « con », ce qui signale l’imminence du nirvana tauromachique. Exemple : « Oooooooh ! con, hier, aux arènes de Bouillargues (au hasard), on s’est bardé ! » Pour les circonspects, une traduction en français de France s’impose : « Hier, voyez-vous, mon ami, dans la Monumental de Bouillargues (toujours au hasard), je vous prie de bien vouloir excuser la trivialité de mon propos, nous avons pris notre pied ! » Capito ?


>>> Vous pouvez imaginer à votre tour les corrals de Céret de toros 2013 en cliquant sur « Ruedos ».

Image Les mayorales dans les corrals de Céret, juillet 2013 — JotaC

San Fermín 1952


Rituel : tous les matins, 8 heures, encierro de Pampelune. Mais on ne voit plus les toros ! On les cherche, on les sent dévorés par la foule qui n’est plus une foule, qui n’est plus qu’un ogre aux couleurs chamarrées et criantes. Alors on tombe sur cette vidéo de 1952, et l’on y voit la fête, la fête simple, musicale, dansante et taurine.

Massamagrell



Des Cuadri longs comme des trains















Et cette fois le train sifflera six fois…

09 juillet 2013

À vendre… (II)


Trois places pour les trois corridas de Céret.

>>> 3 x « Rang 5 - Ombre - 75 € », soit 225 € les 3 places.

Écrivez à contact@camposyruedos.com, et nous transmettrons.

Jeu de regards


Célia avait déjà vérifié, à plusieurs reprises, posant son nez contre la vitre, et puis rien, toujours rien. Peut-être n’étaient-ils pas encore arrivés ? Alors, pourquoi tout ce branle-bas, tous ces va-et-vient ? Les corrals demeuraient désespérément vides, mais elle sentait que ça n’allait pas durer.

























Une fois encore, elle est revenue sur ses pas, pour réexaminer les lieux. Comme elle l’avait fait quelques instants plus tôt, elle s’est approchée de l’embrasure creusée dans le mur, la plus basse, celle qui se trouvait à sa hauteur, une poignée de centimètres au-dessus du sol à peine, juste trois pommes. Elle pouvait l’atteindre facilement, seule.

























Soudain…

























Ils sont là ! Les toros sont là ! Tout à l’heure ils n’y étaient pas, mais, maintenant, ils sont là, les Palha. Les Palha sont là, et les autres aussi. Les Escolar sont dans le corral d’à côté et les Cuadri, arrivés dans la nuit, derrière.




















Nous ne manquerons pas de vous tenir plus amplement informés par la suite ; pour l’heure, l’actualité de la plaza cérétane est ici.

Insípido



Pamplona sans ses Cebada, se acaba la historia,
Pamplona sans ses « Gago », y al lomo le falta el pimiento.

Photographie sans paroles (CIV)


07 juillet 2013

Le Cheval dans l’arbre


Pour celles et ceux qui n’auraient pas encore découvert le troisième livre de Campos y Ruedos, ils pourront le faire le week-end prochain, dans l’enceinte des arènes de Céret, au stand de la librairie Le Cheval dans l’arbre.


Pour celles et ceux qui ne seront pas à Céret, ils peuvent commander le livre en passant par le site de l’Atelier Baie, ou en nous renvoyant le bon de commande


>>> Librairie Le Cheval dans l’arbre – 26, boulevard Maréchal-Joffre – 66400 Céret.

06 juillet 2013

Citation (IX)


« Robert Capa, notre père à tous, disait que si la photo n’est pas bonne c’est que tu n’étais pas assez près. Moi, il m’arrive de faire un pas en arrière pour introduire du silence dans mes photographies. » — Klavdij Sluban, Arles, juillet 2013.

05 juillet 2013

« Pourquoi ils vont voir des corridas »


« Pourquoi vont-ils voir des corridas ? C’est une question que l’on avait tout simplement oublié de poser. Autant les motivations du cinéphile ou celles du mélomane ne font guère de mystère et ne se trouvent jamais discutées, autant la foule des arènes semble être sans visage, sans raison(s) et même sans cœur à tous ceux qui ne s’y sont jamais mêlés.
Étrange époque où l’on remet en cause un spectacle sans jamais interroger son public, où la vigueur d’interdire dépasse la liberté d’aimer, où la vie d’un canard engraissé serait aussi estimable que celle de son gastronome. 
Il était donc temps de connaître les motivations obscures ou rationnelles qui poussent chaque année deux millions de personnes vers des arènes françaises. Car il y a là une véritable société, aussi diverse que celle des amphithéâtres de droit commun. »


Les éditions Atlantica publient un recueil de textes d’aficionados, — vous, moi, tout le monde —, qui répondent à cette question à laquelle il paraît de prime abord simple de répondre : pourquoi allez-vous voir des corridas ? J’avoue ne me l’être jamais posée. J’avoue même, alors qu’elle est là, sous mon nez, ne pas avoir envie d’y répondre. Il y a des choses (habitudes, manies, passions) que je préfère laisser aller comme elles vont, sans me poser de questions, sans chercher à en connaître la cause ou l’origine.

La lecture de ce recueil ne s’en révèle pas moins passionnante et variée, tant sur le fond que sur la forme. Elle nous éclaire non seulement sur le fond du sujet (« les motivations obscures ou rationnelles qui poussent chaque année deux millions de personnes vers des arènes françaises »), mais également sur la façon, tout aussi éclectique, dont nos contemporains appréhendent l’écriture. Quelques plumes célèbres côtoient le péquin lambda, et les surprises, bonnes et mauvaises, ne sont pas toujours où l’on croit. Il y a de petites pépites que je vous laisse apprécier et découvrir par vous-mêmes.

On a parfois aussi, un peu, le sentiment de pénétrer comme par effraction dans la psyché de son voisin de tendido tant le goût pour la chose taurine relève de l’intimité la plus profonde. Alors même que notre passion pour la tauromachie se nourrit des mille discussions, débats, engueulades et à-côtés qui l’entourent, il arrive toujours un moment, que ce soit au cœur de l’ennui le plus profond ou dans les altitudes auxquelles ce « spectacle » nous conduit de temps à autre, il arrive toujours un moment, donc, pendant lequel on se retrouve seul avec (et face à) soi-même. Et que voit-on dans le miroir ? car c’est bien souvent d’un miroir dont il s’agit. Quelques pages du recueil permettent de répondre à cette question. D’autres, sans aller aussi loin dans l’introspection, font ressurgir des souvenirs d’enfance que l’on devine ressortis de l’enfouissement dans lequel ils dormaient depuis des lustres ; d’autres encore évoquent une figure disparue ou tutélaire ; d’autres enfin communiquent la joie simple d’« aller aux toros », comme accomplissant un rituel familial, amical ou solitaire.

Pourquoi ils vont voir des corridas nous donne un aperçu des motifs qui sous-tendent la passion que nous partageons (c’est aussi une occasion supplémentaire de se rendre compte que ladite passion n’est pas vécue ni même conçue de la même manière chez tout le monde). Le livre permettra aussi aux hypothétiques curieux de se forger une opinion un tantinet plus objective sur ces personnes qui peuplent les arènes. Ce n’est pas la moindre de ses vertus.

03 juillet 2013

Photographie sans paroles (CII)



La route du toro




La saison s’accélère et le tournant de juillet est déjà là. Les San Fermín pointent le bout de leur nez, ce 6 juillet à midi pétante ; suivront Céret, Saint-Vincent-de-Tyrosse, Orthez, Azpeitia, Hagetmau, Parentis-en-Born, Bayonne, Vic-Fezensac, Tafalla et bien d’autres encore. La communication de chacune de ces arènes va bon train, — ce qui est plutôt une bonne chose, en particulier pour les « petites » arènes qui défendent avec force leur place —, et il devient complexe de rendre compte de tout à moins de se transformer en site de petites annonces, ce que d’autres font bien mieux que nous à longueur d’année.

Ainsi, nous ne pouvons que conseiller aux aficionados qui nous lisent de jeter un coup d’œil aux vidéos des toros de Dolores Aguirre retenus pour Saint-Vincent-de-Tyrosse (un lot de cinqueños apparemment) ; de se rendre sur le blog de la commission taurine d’Orthez, où les espèrent les lots de Miguel Zaballos et de Raso de Portillo ; de lire avec attention le bilan de l’enquête d’opinion menée par l’ADA Parentis (au passage, vous aurez droit aux vidéos des lots de novillos de la féria 2013) ; de taper sur leur clavier l’adresse de la commission taurine d’Hagetmau, où les novillos de Miura et de Cebada Gago sont en photos, et, enfin, de faire un tour du côté du site du Club taurin vicois pour y découvrir les hommes qui combattront les novillos de Valdellán le 9 août au soir.

Pour achever cette route du toro, revenons à l’étape d’ouverture, qui se tiendra à Céret. Le site de l’Adac n’est plus à présenter et fourmille d’informations visuelles sur les lots de la féria 2013. Tout semble y être présenté selon les attentes et les goûts du lieu, mais le lot de Cuadri est réellement impressionnant, comme vous pourrez vous en rendre compte dans la galerie présentée sur notre site.

Bonne balade taurine.


>>> Retrouvez, sous la rubrique « Campos » du site, une galerie consacrée aux toros de Cuadri prévus pour Céret de toros 2013.

02 juillet 2013

Les Rencontres d’Arles 2013


Ça commence comme ça, par une citation de Victor Hugo : « L’homme qui ne médite pas vit dans l’aveuglement. L’homme qui médite vit dans l’obscurité. Nous n’avons que le choix du noir. »

Lue comme ça, la chose peut paraître pessimiste, mais, vue au travers de l’objectif et des tirages argentiques de Klavdij Sluban, elle devient toute lumineuse. Je n’ai pas encore parcouru les cinquante expositions des Rencontres 2013. Je me suis pour l’heure seulement attardé dans les jardins de l’hôtel d’Arlatan, pour y découvrir la maison de Victor Hugo, pas celle de la place des Vosges, mais celle de Guernesey. On n’est pas déçu. 

Le travail de Sluban est, comme on l’espérait, lourd, délicieusement et lumineusement noir, envoûtant, presque entêtant. Il y a déjà cette expo, immanquable, gratuite, ce qui est rare ici. 

Et puis il y a aussi une autre exposition, très attendue, la rétrospective de l’œuvre de Sergio Larrain, à l’église Sainte-Anne, sur laquelle nous allons nous précipiter sans attendre. Larrain, photographe culte, photographe des photographes, photographe rare et dont les éditions Xavier Barral viennent de publier la monographie de ses dix ans de travail. On ne fera pas non plus l'impasse sur le travail de Daido Moriyama, plus contemporain mais d’une puissance rare.

Arles, pour encore quelques jours, c’est la quinzaine d’ouverture et des off, qui disparaîtront trop vite, et puis ce sera plus calme. Il ne me reste plus que quarante-neuf expositions à découvrir, sans oublier le off.

La quinzaine d’ouverture n’est pas forcément le moment le plus apaisé pour aller se rincer l’œil. En 2010, pour le magazine Prosper, l’Arlésienne Sophie Aubert s’en était agacée dans une chronique grinçante… Cette année-là, la mascotte des Rencontres était un rhinocéros. En 2013, c’est un oiseau, une sorte de flamant bleu, ou de pélican, je ne sais pas. 

Attention, lâcher de rhino !…


* * * * *

« “Ah, bientôt les RIP !” (Rencontres internationales de la photographie) me suis-je exclamée l’autre jour en voyant les nouveaux programmes fleurir dans les boutiques. Soixante expos à découvrir, de nouvelles images, de nouveaux regards, même ce bon vieux Mick (Jagger) sera de la partie cette année. 

Donc, durant un bref instant, je me suis réjouie que ma ville délaisse son costume traditionnel pour revêtir son habit culturel. Mais c’était sans compter sur cette angoisse insidieuse qui naissait en moi : “Le safari-photo”. Je sens l’incompréhension poindre à ce stade de votre lecture ; un instant, je développe. 

Ce que je nomme “safari-photo” se déroule durant la première quinzaine d’ouverture des RIP. La ville se remplie d’une faune étrange, badgée à l’effigie de l’affiche annuelle (cette cuvée est un rhinocéros rose aux cornes vertes), appareil photo en bandoulière, magazine artistique sous le bras et téléphone dernier cri vissé à l’oreille. Ce sont les “pro”. 

Les pros se divisent en plusieurs castes.

“L’argentique baroudeur badgé”, repérable de loin à sa veste saharienne, dont les multitudes petites poches contiennent des “cartouches à images”. Armé de la sorte, l’argentique baroudeur badgé erre et traque sa proie : l’autochtone ! En bas des maisons, à l’angle du minimarché de quartier, à la sortie de votre voiture, l’argentique est là, prêt à tirer, pointant son arme en mode rafale sur vous, ou votre chien, même votre poisson rouge…

“Le numérique badgé” est plus vicieux, sournois, moins détectable vestimentairement parlant. Il se fond dans la masse, s’assoie aux terrasses des cafés (c’est justement sa posture statique, sa main greffée à un petit appareil photo, le plus souvent camouflée sous la table, qui le rend repérable) et attend sa proie. Il guette, épie, scrute et tire… Coriace à éviter, celui-là !

Il y a aussi, et j’avoue que ce sont mes préférés, les addicts du “shooting de macadam”. Pour les trouver, rien de plus simple. Ils sont souvent dans une posture particulière, à quatre pattes, tournant autour de 4 cm2 de bitume surchauffé en plein milieu d’une route ou d’une rue. Le shooteur de macadam vous fera un signe autoritaire de la main afin que vous arrêtiez votre véhicule le temps qu’il immortalise ce bout d’asphalte… 

Comme cette attitude est assez récurrente, je me questionne : “Et si le macadam arlésien était une sorte de terre promise ignorée de ses usagés ?…”

Les badgés, toutes castes confondues, ont pour doctrine de toujours arborer de manière nonchalante leur laissez-passer. Vous les croisez dans les soirées, à une heure du matin, quand toutes les expos et conférences de la journée sont terminées, un verre à la main, rhinocéros roses à cornes vertes autour du cou comme s’ils étaient nés avec ! Vous finissez même par vous dire : “Mince, je n’aurais pas autant d’assurance avec un rhino en guise de collier !” 

Du 3 au 13 juillet, je vais donc rentrer dans une phase de paranoïa aiguë, la peur du flashage intempestif va m’envahir. Mais cette année, c’est juré, on ne m’y reprendra plus. Je ne vais donc plus enfiler le premier vêtement qui traîne au pied de mon lit, je n’aurai plus le cheveu hirsute et le regard bovin pour aller acheter ma baguette matinale ! Poses étudiées pour boire mon café en terrasse, démarche aérienne, port de tête remarquable : voilà le quotidien qui m’attend pour ne pas risquer l’horreur photographique. Je vous abandonne donc vite pour m’entraîner. Les expos de cette 41e édition des RIP ? Je les découvrirai après le 13 juillet, sereinement, en tongs et cheveux rebelles… J’espère vous y croiser, chers lecteurs, mais sans appareil photo ! Par pitié… » — Sophie Aubert, juin 2010.