29 juin 2012

The « Simon International Tour »




On aurait pu leur envoyer BHL, on leur a donné Simon... Et en plus ils se plaignent.

25 juin 2012

À hurler


Hier, 6 novillos de Montealto sont morts dans les arènes de Saint-Sever. Ils n'avaient rien de fantastiques, ni dans leur présentation très desigual, voire limite pour les numéros 2 et 3, ni dans leurs armures escobillées pour certains, ni dans leur comportement somme toute dans l'air du temps, sans fanfare ni trompette donc. Question trompette, d'ailleurs, ce fut calamiteux du côté des clarines, mais ceci est une autre histoire.

Bref, un lot comme on en voit très souvent et que l'on oublie sur la route du retour en s'émerveillant devant la beauté des Pyrénées au soleil couchant.

Cela étant écrit, on ne peut que faire une fois de plus le constat affligeant, agaçant et usant des errements conjoints de l'incapacité notoire des novilleros à mener correctement une lidia, à la penser même, des mauvaises manières de picadors assassins, et du manque de vista et d'esprit d'une présidence atone et sans critère aucun. Pour donner un exemple, les tiers de piques furent changés sans considération aucune des potentialités de bravoure de l'animal, et le 3, par exemple, laissait entrevoir de belles qualités en ce domaine. 

Les actuels novilleros sont formatés au-delà du raisonnable. C'est à pleurer. Leur obsession est d'entendre tonner la musique, de lier vingt séries de derechazos, peu leur important le terrain dans lequel ils sont donnés, et d'achever leur œuvre par ces infâmes et vulgaires redondos inversés, popularisés entre autres par El Juli. Des trois, seul le jeune Cerro démontra des qualités certaines malgré une tendance avérée à la verticalité et au toreo profilé.

Pour le reste, passons, il faisait très beau et les Pyrénées sont belles à hurler quand on rentre chez soi.


>>> Retrouvez une galerie de cette novillada sur le site sous la rubrique « Ruedos ».

24 juin 2012

Badajoz, Huelva, Nîmes… Cherchez l'erreur


Sans le vouloir, ou en le voulant, allez savoir, José Tomás vient de « puntiller » assez définitivement la supposée première catégorie des arènes de Nîmes.

Badajoz, Huelva, Nîmes... Cherchez l'erreur. On aurait pu aussi écrire Benidorm, Plasencia, Cercedilla que ça n'aurait pas fait une grosse différence. Mais non, ce sera donc Badajoz, Huelva et Nîmes, en en matinée, s'il vous plaît, pour cette dernière.

Nîmes, supposée arène de première catégorie, dont on sait bien que l'on a plus de chance d'y croiser les petits rats d'arènes de troisième que les toros de Madrid, Bilbao, ou même Séville... Ça aurait pu être ça d'ailleurs : Madrid, Bilbao et Séville. Mais non, ce sera Badajoz, Huelva et Nîmes, comme ça aurait pu être Benidorm, Plasencia et Cercedilla. Cherchez l'erreur.

Nous ne sommes pas soupçonnables, ici, de ne pas avoir aimé José Tomás, de ne pas l'avoir suivi. Mais une saison limitée à trois courses — Badajoz, Huelva et Nîmes, en matinée —, voilà qui sent la misère. Boix ne s'y est d'ailleurs pas trompé, qui a déclaré qu'il fallait relancer l'intérêt du public. Autrement dit, la côte de Tomás était en train de faiblir suite à un retour en demie teinte après la terrible cornada qui faillit bien lui coûter la vie.

Le coup n'est pas à attribuer à la star internationale nîmoise. Non. Même lui ne le revendique pas. C'est, dit-il, José Tomás qui est venu le chercher et qui a choisi Nîmes en septembre, et en matinée s'il vous plaît. On la devinerait même gênée, la star internationale, car il est évidemment impossible de dire non au messie, mais il faut aussi le payer, et on se demande dans la foulée si une arène de Nîmes, même pleine, y suffira.

Vous me rétorquerez que nous nous en moquons. Certes, mais tout de même... On n'est donc pas certain que le coup soit vraiment un cadeau pour la star aux nerfs fragiles. Bref, Benidorm, Plasencia, Cercedilla... Non, Badajoz, Huelva, Nîmes... C'est du pareil au même. « Billete grande y toro pequeño », comme l'a écrit Antonio Lorca dans El País« Los fantasmas de José Tomás ».

« Campos y Ruedos 03 » bientôt dans les bacs !


Ils sont comme des vaisseaux en partance dans l’espace indécis et gris de l’horizon. Comme des mâts provoquent le vent, leurs cornes agacent le blanc du ciel.
Des gosses ont dû rêver sur les quais andalous en observant la ligne incertaine sur laquelle s’évanouissaient caravelles et fantasmes d’ailleurs. C’était il y a des siècles et les gosses rêvent toujours, encore, et c’est heureux. Ils veulent devenir toreros, et la nuit ce sont ces cornes démesurées qui les attendent à l’horizon de leur sommeil. Ils se réveillent dans la sueur et tremblent aux premières lueurs du jour.
Certains décident de ne plus rêver car les toros font peur. Ceux-là c’est sûr !
On continue d’être des mômes, d’y croire et d’en rêver. On continue d’écrire, de prendre des photos, de traverser l’Espagne et même le Portugal. On continue d’en faire des livres, c’est le troisième, « parce qu'un livre »,  mais on connaît l’histoire.
On continue de regarder poindre à l’horizon d’immenses cornes sans fundas ; on continue d’espérer que le tiers de piques sera bien exécuté ; on continue de penser que chaque toro a sa lidia… On continue de constater qu’il y a de moins en moins de gosses autour de nous pour voir dans un toro un vaisseau amiral !

Si tout cela ne vous suffit pas pour acheter le troisième numéro de Campos y Ruedos, sachez que nous sommes neuf depuis quelques mois, que nous avons beaucoup d’enfants à nourrir, que le Portugal n’est pas proche, que le gasoil est de plus en plus cher, que notre éditeur nous presse comme des citrons pour que trois gouttes de notre génie puissent remplir chaque année le papier que son imprimeur lui facture à un prix indécent, que le livre n’est pas très lourd, que la lecture rend intelligent, parfois, que vous devrez vous occuper cet été quand votre patron vous aura gracieusement accordé la dernière semaine du mois d’août, celle où il pleut toujours, que, si vous n’aimez pas lire, nous avons choisi un papier outrageusement cher mais qui allume parfaitement les barbecues et le feu l’hiver.
Sachez enfin que votre achat nous permettra de nous convaincre du caractère indispensable (au moins !) de notre existence sur le Web et dans les rayonnages, ne serait-ce que pour continuer de rêver de toros avec vous mais aussi pour donner du bonheur à tous ceux qui nous aiment tellement parce que nous sommes « snobs, bobos, "callejonistes", intellos, hermétiques, couilles-molles depuis l’an dernier, prétentieux… »

Aficionados a los toros de tous les pays, Campos y Ruedos 03 arrive ! Ne le ratez pas ! Les autres non plus !

En peu de mots #12


Il fait froid

Alpes italiennes (Trentin - Haut-Adige)
Des mains épaisses. Un bol de soupe. Des yeux bleus injectés de sang. Le silence. La caméra suit un homme au travail, un fardeau de paille jeté sur l'épaule. Il fait froid. Et gris. Cinquante ans à cultiver un lopin de terre ingrate, nourrir des poules, élever trois bêtes. Il est seul — sur la montagne, sous les sommets, face à lui-même. Il marque un temps d'arrêt, regarde la vallée. Il relève la casquette. Il va parler… Il parle : « Avant, il y avait trois familles. Là, là et là-bas. L'une après l'autre elles sont parties. Un jour, j'ai dit à mon père que j'allais partir moi aussi. Il m'a dit : “En voilà une manière de me remercier de t'avoir élevé ici.” Vous savez… la vie est dure par ici. » Les mots ricochent sur les rochers. Il fait froid. Il est le dernier.

Les photographies de Christophe Agou présentées au musée d'art Roger-Quilliot de Clermont-Ferrand1 ne montrent pas autre chose que cette séquence du film Alpi projeté lors du festival du cinéma de Brive : un monde oublié qui se meurt, « celui des petits paysans reclus sur leurs terres, guidés par le seul rythme de la nature2. » C'est triste, et beau. 

1 Exposition prolongée jusqu'au 19 août 2012.
2 Vidéo Arte.

21 juin 2012

Game over !


Les corridas concours sont assez rares pour qu'on leur sacrifie un peu de notre temps et un peu d'écriture. C'est d'autant plus vrai quand la corrida concours dont il est question se déroule dans une arène de première catégorie espagnole (il faut préciser) considérée comme un des temples du taureau de combat : Bilbao.

Passons tout de suite sur les prix décernés à l’issue de cette corrida : le Torrestrella gagne, et alors ? Pas de prix pour le meilleur tercio de piques ? What else ? Les prix ne sont pas des souvenirs, ils s’oublient, et celui octroyé au Domecq d’Alvarito ne se gravera certainement pas dans les mémoires.

Cette corrida concours a été pour moi fidèle à l’image que je me fais — à tort peut-être et de manière exagérée certainement — de la corrida actuellement : elle manque de tout et surtout de toro. On aura beau s’échiner à commenter la faena donnée au La Quinta, au Victorino ou au Torrestrella, s’entêter à regretter le manque de quites et de variété proposés par Iván Fandiño, le constat restera le même : il a manqué du toro ce samedi sous le xirrimirri. Entendons-nous bien : il n’a pas manqué de quoi toréer pour le maestro, il n’a pas manqué de caste pour certains, d’envie ou d’intérêt pour d’autres, mais, au final, nous n’avons eu qu’un étalage bien mou de ce que produit actuellement une bonne partie de l’élevage brave. Après tout, me direz-vous, c’est peut-être le rôle d’une corrida concours que de donner un petit aperçu un tant soit peu réaliste de l’état du toro de lidia dans la diversité des encastes. Alors, si tel est le cas, le bilan est bien faible.

Trapío Deux toros seulement étaient présentés con trapío. Le Partido de Resina et l’Alcurrucén, qui tirait vers l’avacado mais dont les allures et les manières imposaient le respect. Les autres étaient certes respectueux du type de leur encaste mais de trapío ils n’en avaient point. Le trapío moyen n’existe pas ! Un toro a du trapío ou n’en a pas ; entre le ying et le yang, il n’y a rien ! Pour le coup, le Victorino n’avait rien à faire là.

Bravoure Le hic, pas chic ni choc, le hoquet généralisé. La bravoure s’exprime avant tout au premier tiers et les corridas concours ont pour but, entre autres, de mettre en valeur ce moment de la corrida. À ce sujet, les concours de ganaderías ne devraient plus exister car elles incitent le public à penser que des tercios de piques menés à peu près correctement sont des exceptions qu’il est impensable de revoir dans des courses classiques. Tous les toros devraient avoir la chance d’être piqués avec la même attention que lors d’une corrida concours.
Ce samedi à Vista Alegre les toros n’ont pas été braves. Ils ont démarré, ils ont chargé de loin, ils ont couru vers le cheval — sauf l’âne qui portait le fer de Victorino Martín —, mais aucun n’a réellement poussé en mettant correctement les reins, en se fixant et en montrant l’envie de foutre en l’air les chevaux de Monsieur Bonijol qui passe son temps à sauter le burladero pendant le tiers de piques. L’on pourrait nuancer le propos concernant le Torrestrella et l’Alcurrucén même si leurs peleas respectives n’eurent rien de transcendant.
Last but not least, il n’y a plus de poder ! Game over ! Car la bravoure doit être puissante, furieuse, tempétueuse et ravageuse. On l’oublie. Les toros de cette concours étaient donc dans la veine du produit actuel — oui, « produit » ! —, dégonflé, bravito mais pas trop, toro mais pas trop non plus, et piqués dès la troisième rencontre avec la puya de tienta !

Noblesse Ils ont tous chargé à leur manière et, comme je l’écrivais plus haut, il y avait de quoi toréer. Certains voisins se sont emballés sur la bourrique inutile de Victorino parce qu’elle mettait la tête bien en bas. Le toreo par le bas, érigé aujourd'hui en système, dictatorial, est en train — en vérité ça fait longtemps que cela dure — de pourrir les analyses de nombre d’amateurs de corridas. Il conviendrait selon eux que tous les toros sortissent en mettant la tête au ras du sol et chargeassent lors du troisième tiers le mufle dans le sable. Foutre dieu que l’ennui serait grand de ne plus rencontrer de bestiole, comme ce sobrero d'El Cortijillo manso perdido querencioso, âpre mais tout à fait possible à « lidier » ! Et Fandiño le prouva d’ailleurs dans sa meilleure faena de l’après-midi.
Bref, ils ont tous chargé et nous nous en fûmes en nos chaumières sans que de grands souvenirs ne viennent bercer nos nuits.

La faute à quoi ? à qui ?
Fandiño était prêt mais froid. Incomplet comme les toros, parfois décentré, tout d’un coup remarquablement croisé, la jambe en avant, la main tendue vers l’œil contraire.
Le ciel était prêt, « bilbaïnesque » à souhait, dans le tempo de l’événement.
Le sable était prêt ; prêt à recevoir ce ciel adapté.
Tout était prêt sauf le public. Il n’était pas là. C’est aussi simple que cela. Il serait là le lendemain mais il n’était pas venu aujourd’hui. On pourra le tourner dans tous les sens, mais c’est foutu pour le toro. Même Matías González n’y croyait pas ; il a été mauvais, très mauvais.

En sortant, Fandiño souriait.


>>> Retrouvez une galerie de cette course sur le site sous la rubrique « Ruedos ».

Photographie Le toro d'Alcurrucén © Laurent Larrieu/Camposyruedos.com

20 juin 2012

Remember


À Richard,

Alicante, 20 juin 2010 — Esplá, dernière estocade.

C'était le 20 juin 2010, deux ans jour pour jour, et, quasiment à la même heure, nous quittions à regret les arènes d'Alicante.
'Hosco', c'était le nom de son dernier torO. Un numéro 8 tout noir de 494 kg, né en février 2006 dans l'élevage de… Jean-PedrO le ganaderonron Dadou Ron Ron.
Bon, ça va ! Quand on aime, ça ne compte pas. 
Depuis, dans les gradins, c'est souvent qu'il nous manque le Maestro.
Le 20 juin est devenu une sorte d'événement qui marque un avant et un après.  La Despide… C'est ainsi que ça s'appelle… Ne cherchez pas, c'est du fragnol. Désormais, en tauromachie, on doit calculer à partir de cette date. Nous sommes donc en l'an 2 après la Despide et, forcément, plus rien n'est comme avant !

19 juin 2012

« La page taurine de Jacques Durand » à l'Atelier Baie


Communiqué des éditions Atelier Baie

« La chronique taurine de Jacques Durand dans Libération (édition "Sud") s’arrête fin juin. En pleine saison tauromachique. Nous proposons de continuer la fameuse "page" de Jacques les jeudis. Même rythme et même volume à peu près. Hebdo pendant six mois et mensuel hors saison. Vous pourrez la lire dès le jeudi ou la télécharger à votre guise, le samedi matin par exemple.
Cette entreprise nécessite un engagement financier pour donner les moyens à Jacques de travailler sereinement, et pour l’Atelier Baie d’éditer une lettre à la hauteur de la qualité d’écriture de notre rédacteur préféré : montage d’un site sécurisé et diffusion de la lettre, par courrier le cas échéant. D’où cet appel aux lecteurs !

Vous pouvez dès aujourd'hui accéder à notre site pour vous abonner à "La page taurine de Jacques Durand". Plusieurs possibilités :
– Un abonnement Internet d’un an pour le prix de 34 €.
– Un abonnement Internet d’un an avec l'envoi de la page par courrier (format A3 recto verso, plié en deux) pour le coût de 60 €.
– Un abonnement de soutien pour le prix de 100 €, les éditions Atelier Baie offrant en retour l’ouvrage de Jacques Durand Carnets taurins. Chroniques inédites, souvenirs et gourmandises, 20 ans de périple tauromachique. »

17 juin 2012

« Retour d'Espagne »


À Frédéric,



Jean Paul Riopelle (Montréal 1923 - Saint-Antoine-de-l'Isle-aux-Grues 2002)
Retour d'Espagne, 1952
Huile sur toile, 89 x 130 cm
© Galerie Applicat-Prazan, Paris

>>> Le catalogue raisonné de Jean Paul Riopelle.

16 juin 2012

Le rock est mort




J’ai aimé Iggy Pop, j’ai vénéré José Tomás.

En 2012, Iggy Pop chante des chansons de Joe Dassin, « La Vie en rose », et José Tomás va tuer six toros (enfin… six toros…) à Nîchmes, en matinée… Je fais quoi ? Je me suicide ?

Nîchmes…16 juin 2012… 12 h 30… Neuf jours avant le 25 juin 2012…

75 cl de grenache plus tard :
— Tu comprends, cette féria de septembre ça va être vraiment bien. Parce que Pentecôte c’était pas ça. Tu comprends, à Pentecôte les gens y z'étaient limite agressifs. À Pentecôte y'avait rien, y'avait pas José Tomás. Ils buvaient même pas de vin les mecs ! Du pichet ! Et dans la rue y'avait plus de flics que de fêtards. Remarque, les flics ils picolent aussi, mais pas chez moi. Mais en septembre ça va être différent. En septembre y'a José Tomás. Tu connais ça, toi, José Tomás ? Tu y connais quelques chose, toi, en toros ?
— Euh… non.
— Eh ben José Tomás, tu vois… c’est un magicien. C’est LE magicien… C'est un magicien ce type. Et en septembre, le magicien, il sera là… Enfin… s’il est pas mort ! Parce que tu vois, les toreros… bon, toi-t’y-connais-rien… mais les toreros ça meurt ! Alors s’ils sont pas morts les toreros, en septembre, moi je vais voir José Tomás… Surtout s’il est pas mort, tu comprends ?

Le type à la table d'à côté, qui semble aussi en connaître un rayon, en rajoute deux couches :
— Et vous savez pas quoi ? José Tomás cette année il va faire que trois corridas.
Faut entendre le type comment il insiste sur le « trois », en détachant bien les lettres :
— T-R-O-I-S, oui, T-R-O-I-S corridas… Bon, surtout s’il est pas mort ! Putain, trois corridas… Ben ouais… 
— Mais t’auras des places toi ? 
— Des places !? Ah oui ! Moi je connais un type… Je vais au callejón direct !
— Ah… Où ça ? 
— Au callejón En bas, direct ! C’est vrai, toi-t’y-connais-rien. Mais moi je serai en bas… pour voir le magicien… Enfin, surtout s’il est pas mort…

En 2012, Iggy Pop chante des chansons de Joe Dassin et José Tomás va tuer six toros à Nîchmes, en matinée. 

Le rock est mort.

15 juin 2012

Iván Fandiño est un chic type



Le cheveu noir azabache parfaitement ramené en arrière et le profil abrupt et franc qu'ont les gens de Biscaye, sur une peau sombre venant incontestablement d'un temps où l'Espagne était un peu africaine, la gueule d'Iván Fandiño évoque à elle seule le drame, et la gloire. Ne serait-ce qu'en foulant le sol de Ventas en souriant, torse en avant, et l'œil de Pizarro, Iván Fandiño évoque ces vieilles gueules qui écrivaient la tauromachie héroïque, souriante, arrogante et machiste. On lui prêterait le panache romantique de Mazzantini ou la sauvage témérité du Cocherito de Bilbao…
C'est en entreprenant ce second Adolfo que l'on comprit qu'il pouvait se passer quelque chose à Ventas, même un jour sans toro. Jalabert nous ouvrait des perspectives festives bleu-blanc-rouge qu'on n'espérait pas, en quelques quites soignés et opportuns sur un bicho ô combien lourdingue, quand, dans le murmure vibrant de Madrid qu'il faut avoir entendu une fois dans sa vie, s'approchait en conquérant ce mioche à la gueule de pelotari basané. Pim ! pam ! déhanché, j'ouvre les bras et j'envoie au large, mouvement sec du poignet, je ramène tout à la hanche et je m'éloigne. Jean-Baptiste lui-même comprenait que la cuite à l'ombre des Cibeles s'évaporait, mais on s'en foutait parce que revenait à nous cette vieille notion parfaitement désuette du « parler » du milieu, qui valait pourtant bien tous les triomphes du monde : la competencia ! On jubilait un instant, le petit temps que les mecs se tirent la bourre, le menton en avant planté dans le jabot, et décident de défoncer le  « bestiau » à coups de charges dorées et de déboussolages fuchsias, avant que le brun vizcaíno d'Orduña ne lâche l'affaire et que le blond provençal d'Arles ne laisse sa baudruche se dégonfler totalement au soleil de Castille. Pchhht…
Et puis, déboula 'Mulillero', que le plus célèbre tendido du monde accueillait avec du tissu vert et des noms de volailles. 515 plombes de pas grand-chose, boitillant mais avec la politesse de répondre aux deux invitations de Pepe Aguado, ce qui n'était déjà pas mal. Ceci dit, il boitait… alors ça gueulait. Et comme ça gueulait et que personne ne voulait voir 'Mulillero', Iván Fandiño décida de nous inventer un toro. Comme ça, sans raison, juste parce qu'il était matador et qu'il l'avait décidé ainsi. Réveil brutal, sieste interrompue, brouhaha madrilène : mais nom de Dieu, que compte-t il-faire à ce « bestiau » ?
Fandiño court au centre de Ventas et se plante là. Et quand Madrid ne comprend pas, Madrid gronde. 'Mulillero', aux tablas, regarde, gueule en l'air, tête de nœud farouchement conne, le mufle baveux et fumant.

                                                                Entre eux, trente mètres.

Tonnerre madrilène. Ça s'agite, ça s'interroge, ça veut comprendre. Je rentre le cul, jambe gauche avancée, main à la taille, talons sous terre, et pansa de la muleta bien visible, évidente, là. La bouche en cul de poule et le regard du guerrier qui t'en promet, Fandiño appelle et « toque ». La foule doute. Impossible, 'Mulillero' ne viendra pas… il n'a rien dans les couilles… si loin… il ne peut pas venir…c'est impossible. Re-« toque ». La patte gauche frémit… Rien. Puis la droite, sans doute une mouche… soubresaut, croupe courbée, pattes arrières enfoncées dans le sable… Impensable. Devinez quoi ? La lourde machine Albasserrada se met en branle et s'élance. Stupeur. Madrid n'avait pas vu… C'était pourtant tout à fait impossible… Je le jure, à partir de là, la corne droite d'or et de platine de 'Mulillero' planait sur Ventas chaque fois qu'elle s'enveloppait dans le leurre de Fandiño, seul et unique à avoir vu quand le reste du monde fermait les yeux et s'excusait de l'avoir fait. Par la seule volonté d'un homme, ce toro passait par le périf', remontait la Castellana jusqu'à Alcalá, visitait trois fois les chambres royales du Palacio et s'enquillait un tinto de verano à La Latina avant de reprendre una tripa à Atocha, et finir sa course dans les plis de la muleta du torero qui s'amusait et emmerdait superbement le monde de son bonheur magistral. Définitivement, Fandiño tenait 'Mulillero' par les burnes et quand Rosco et ses frères, revenant à eux après l'avoir trop longtemps ovationné, lui rappelaient qu'ici on ne quitte pas les lieux sans un passage à gauche, il leur offrait un large sourire « émail diamant » qui voulait dire « branleurs ! », et rassasiait finalement le peuple de ce qu'il lui réclamait connement pour le prix d'un billet en temps de crise : la série de la gauche qui fit tressaillir tous les rêves. Patatras, merde, et dix fois merde : l'alchimie avait donc fini d'opérer, par ce trop plein de pragmatisme du plus célèbre tendido du monde qui ne saura donc jamais s'évader onctueusement le temps d'un songe cotonneux. Tant pis et, au fond, tant mieux. La quille de champagne s'était vidée de son jus, et les quelques tentatives al recibir qui suivirent avalaient définitivement nos espoirs. 'Mulillero' avait tout donné du peu qu'il possédait, en fait. Adieu souffle, adieu pattes et adieu rate. Vous n'existiez déjà pas, et l'on vous a inventés. Les pouvoirs de Fandiño avaient suffisamment fait merveille sur cette carne boitillante transformée en brave combattant juste par sa seule volonté d'en faire ce que bon lui semblait, et cela était déjà tellement ! Minuit sonné, il redevint citrouille et Iván Fandiño, roi de Biscaye, demeurait seul prince en Madrid, sans peur ni reproche, ni autre contrainte que d'irradier le monde de son bonheur d'être là, torero et libre.

14 juin 2012

Newton au campo


C'est au campo que Newton a eu la révélation de la gravité ; vous en voyez beaucoup des pommiers en ville ? Quelques siècles plus tard, son homonyme photographe a un jour délaissé ses troupeaux de filles inquiétantes pour aller photographier un taureau écossais quelque part dans un campo des Highlands. Le « bestiau », dépourvu de cornes, s'appelle Fred. C'est ce que dit la légende.

Pour terminer en beauté l'exposition du Grand Palais sur cette touche de tauromachie (générée à 90 % au moins par votre cerveau maniaque et pervers), entrez par la salle de droite et gardez celle de gauche (la verte) pour la fin. Sillonnez l'expo au gré des formats et des styles, au milieu des chiens et des filles, des stars et des couturiers ; prenez donc votre temps : c'est riche !

Une fois parvenus à Le Pen, Deneuve, Hockney, Wilder, Huppert, et renoncé à attendre que se vide la salle de projection, repartez vers la boutique, laissez traîner un œil en passant sur ces immenses formats de nu(e)s, sur la droite, ou ces digressions nues/habillées, sur la gauche, souriez en revoyant le clin d'œil à « La Mort aux trousses » et finissez donc par la fameuse salle verte (à droite maintenant). Profitez de « En attendant le séisme » et n'oubliez pas de saluer Fred the bull

Dans la boutique, prenez votre temps : vous aurez peut-être la chance d'entendre Caetano Veloso et Sergio Mendes. 

Coup de bol, le site du Grand Palais annonce : « En raison de son succès, l'exposition "Helmut Newton" est prolongée jusqu'au 30 juillet 2012 ! »

Michel Volle on the Web


J'ai découvert ce site aujourd'hui et je ne sais pas depuis combien de temps il existe. Mieux vaut tard que jamais après tout.
Il s'agit du site de Michel Volle dont on aime beaucoup le travail photographique ici.
Nous ne pouvons donc que vous conseiller d'aller vous plonger dans ses clichés. Y'a des toros mais pas que, c'est ça qui est bien.

>>> Le site de Michel Volle.

13 juin 2012

Invités


Les invités du troisième livre de Campos y Ruedos sont :
Adolfo Rodríguez Montesinos 
Philippe Caubère
Carlos Cazalis
Julien Cros
Joséphine Douet 
Albert de Juan
Éléonore Monguillon
Carlos Salgado

Je crois que je n'ai oublié personne.

11 juin 2012

Soyez sympas, rendez les cornes !




Drame à l’UVTF !
Les cornes des toros lidiés en 2011 ont été perdues ! (C’est à croire en tout cas.)
Toutes les cornes, pas seulement celles de Mont-de-Marsan, non, toutes ! de Nîmes à Bayonne en passant par Arles. De mauvais esprits, il y en a toujours dans ces moments-là, objectent déjà qu’il ne s’agit nullement d’une perte, mais plutôt d’un vol caractérisé. Permettez-nous, chers lecteurs, de ne pas prêter le flanc à cette thèse du complot dont on se repaît trop facilement en période électorale.
Néanmoins, l’affaire est grave.
La présidente de l’UVTF, Madame Darrieussecq, ne décolère pas. Monsieur Guillaume, le cartable de madame la mairesse, ne compte pas ses heures pour remettre la main sur ce stock disparu. À sa décharge, gageons que les cornes prélevées à Nîmes ou à Dax ne doivent pas prendre trop de place, et peuvent donc être facilement dissimulées.
Convenons-en, il y a de quoi être inquiet, car si l’UVTF ne peut même plus communiquer sur l’intégrité parfaite de toutes les cornes analysées en 2011, que lui reste-t-il pour exister ?
Il convient de dresser la liste des actions menées par la digne institution pour prendre l’insondable mesure de sa totale et parfaite inutilité en 2012.

« Assainir le monde taurin
Il faut étendre les possibilités de prélèvements de cornes ; aléatoire dans un nombre limité d’arènes de seconde catégorie annuellement tirées au sort, et maintien du caractère obligatoire et systématique dans les arènes de première catégorie. Les sanctions règlementaires doivent être réformées pour être justes, dissuasives, tout en favorisant le spectacle. » = cornes perdues, question assainissement on ne pouvait pas imaginer mieux !

« La grande réflexion lancée il y a plus d’un an sur les modifications éventuelles à apporter au 1er tercio doit aboutir, dans un large consensus, pour arriver à une spécificité française de ce tercio primordial. » = premier enseignement : les membres de l’UVTF sont de grands penseurs ! Pas des petits cerveaux de caniveau, non bougresse d’ânesse, les gars ils poussent de « grandes réflexions », ça chauffe, ça fume, ça consume du neurone ! Résultat de la partouze mentale : le premier tercio est toujours aussi nul mais, en revanche, ça y est, on a réussi à instituer une spécificité française en organisant une sorte de concours d’élevages français tout au long duquel la FSTF décernera des prix aux meilleurs picadors de l'après-midi, si ceux-ci piquent avec des puyas montées à l’endroit (intégrité quand tu nous tiens !) Grâce à cela, Vic a enfin organisé une corrida formelle (et non concours) pendant laquelle il n’y eut qu’un picador en piste. Les toros français sont donc choyés, même les mansos les plus couards. Les autres arènes n’ont qu’à organiser français après tout, c’est la crise nom d’une grecque, faut bouffer français, boire français, conduire français, s’habiller français et se cogner des toros français dont l’immense majorité a été achetée dans des succursales Domecq ou Núñez au fin fond de l’Andalousie. Con, c’est français ?
On se demande aussi ce qu’il advient aujourd’hui de l’autre « grande réflexion » lancée — a priori, elle n’a toujours pas atterri — par l’UVTF concernant l’utilisation de la révolutionnaire pique à ressorts de maître Bonijol himself, l’autre star internationale de la tauromachie française. On devait faire des tests, des mesures, on devait comparer, on devait essayer, expérimenter, chercher et trouver finalement que c’était la meilleure pique du monde, ce qui était une évidence étant donné qu’elle avait été élaborée par maître Bonijol himself, autoproclamé best of le monde par himself lui-même. Le dossier était en charge d’un certain M. Guillaume François, ou François Guillaume, et, à l’heure où s’écrivent ces lignes, il semblerait qu’on pompe encore chez le Shadocks.

« Financer les écoles taurines, qui sont le berceau des futurs toreros professionnels mais qui doivent aussi être un centre de formation de bons aficionados. » = chaque année, l’ACOSO (organisateurs du Sud-Ouest) essaye de faire obtenir une subvention à l’école taurine d’un ancien matador de toros âpres et dangereux établi dans les Landes, et qui mène une école de tauromachie. Chaque année, ce monsieur refuse des contrats pour certains de ses élèves car le bétail, trop dangereux, n’est pas à son goût. Il est merveilleux de s’imaginer que ce genre de lieu pourrait en outre servir à la formation des aficionados.

« En ces temps de crise financière, de crise institutionnelle que connaît le monde taurin et d’attaques violentes des lobbys animalistes, le temps est plutôt à l’union sacrée en cherchant une transversalité contenue dans notre culture, qui doit être plus que jamais commune pour offrir une image soudée de tous les acteurs. » : évidemment, si on nous prend par les sentiments ! Nous sommes pour l’union sacrée et, à bien y réfléchir, nous pouvons affirmer que dans nos différences existe un point commun qui pourrait souder la communauté : nous avons tous un jour fait un énooorme doigt à quelqu’un, dans le respect, évidemment, de la « transversalité » culturelle qui nous anime. Un whisky ? Merci, juste un doigt ! Non mais vous ne voulez pas un whisky, avant ?

« Moderniser
Création d’un service communication afin de rendre lisible et diffuser les informations sur les actions concrètes de l’UVTF auprès de la presse spécialisée taurine, mais aussi des médias généralistes en général. Le site Internet doit être modernisé et vivant. » = en ce domaine, la réussite est indéniable ! Le site de l’UVTF respire la mise à jour, tout y est : l’expertise des cornes 2011 ? Non. Un bilan de l’année 2011 ? Non. Les premiers résultats, voire les premières pistes de réflexion au sujet des tests sur la pique de maître Bonijol himself lui-même ? Rien, que dalle !

Quelle conclusion tirer de tout cela ?
L’UVTF ne sert à rien ! Oh bonne mère, la nouvelle ! Elle sodomise les diptères, enfile les perles, réunit des représentants qui ne sont même pas ceux qui organisent ou participent à l'organisation, lance de « grandes réflexions » qui traversent le Pacifique en ce moment même, bouffe des cocardes bleu blanc rouge en astiquant le jonc fierot de groupements d’aficionados qui feraient mieux de faire un pot commun digne de ce nom pour remettre des prix qui aient du sens à la fin d’une saison (remarquez, chers lecteurs, que les prix on s'en balance), plutôt que de se faire remuer la puya par une institution politique moribonde et ridicule.

Il est 22 h 02. Quiconque croise un convoi de cornes 2011 serait fort aimable de joindre d’urgence le cartable de Mme Darrieussecq, mairesse de Mont-de-Marsan. Elle cherche, aidez-la !


Vidéo Chanson pour le soldat Moralès par Didier Benureau.

Citation (VI)


« Nous allons faire trois corridas de moins, mais plus sauvages. Sortir du soft. »
Déclaration d'Olivier Baratchart, directeur des arènes de Bayonne, à propos de la réduction du nombre de corridas à Bayonne en 2012.
Ces propos ont été publiés le 25 mai 2012 sur le site du quotidien gratuit 20 minutes. Nous préférons en rire.

07 juin 2012

Prévenir ou guérir ?


Mesdames et Messieurs de la FSTF et du CTV,

Suite à la réponse apportée à notre article concernant cette curieuse annonce de fin de course vicoise d'appellation  « Toros de France » contrôlée du dimanche 27 mai, révélant des piques montées à l'envers, sachez que si je vous accorde le crédit d'avoir dénoncé la supercherie, je dois vous avouer que je reste toutefois perplexe sur bien des points. La réception de votre courrier, qui, je le regrette, ne m'a pas convaincu une seconde, me donne donc l'opportunité de vous faire part de mes sentiments de client  « pas bêtement consommateur »  que je fus ce jour-là, et qui, espérons-le, pourrait vous faire voir les choses comme on les a ressenties depuis le tendido ; sentiments qui, vous le savez, sont et resteront la base des succès prochains de votre généreuse idée de corrida à la française, soucieuse, si j'en crois l'intitulé et la démarche, de se démarquer de ce qui se fait généralement avec le toro espagnol…

1. D'abord, vous avez manqué l'occasion de faire prendre conscience à la foule présente du véritable et sérieux concept de corrida à la française. En ayant assimilé tout cela — peut-être n'ai-je pas bien perçu l'ampleur d'une communication particulièrement ciblée à destination de l'évènement ? —, l'opportunité vous était donnée de mieux éduquer les gens sur cette épreuve. Tout le monde ne sachant pas ce qu'est une pique montée à l'envers, certains ont cru que des toros avaient été piqués al regatón (si, si…) ! Allez donc leur expliquer où se situe la faute, quand, au moment choisi d'annoncer les faits, une bonne partie de la foule, n'ayant pas compris qu'il s'agissait d'un concours de tercio de varas, se trouvait déjà sous les platanes rafraîchissants de la buvette.

2. Ensuite, imaginez que le grand Tito Sandoval  nous ait gratifiés d'un tercio de piques d'anthologie avec une puya montée à l'envers ?… Quelle aurait été la morale de l'histoire ? D'où, peut-être, l'annonce délibérément faite à la fin du spectacle, sans prise de risque de perte de crédit, mais avec l'honneur sauf… Me trompe-je ? C'est ainsi que j'affirme et confirme que le délégué aux piques m'a semblé bien inutile ce jour-là, et que votre annonce faite en fin de spectacle, en plus d'avoir totalement désavoué le pauvre bougre, a définitivement révélé l'incapacité des organisateurs à imposer leur point de vue sur la question, y compris, et c'est fâcheux, lors d'un concours de piques.
De deux choses l'une, soit il y a eu fraude et vous n'avez rien vu, ce à quoi je réponds : « Comment cela se fait-il que vous n'ayez rien vu alors qu'il s'agit là du point essentiel du concept que vous vendez ? » Soit il y a eu fraude mais vous n'avez rien pu faire, ce à quoi je réponds : « Alors, à quoi bon toute cette mise en scène ? »

3. Enfin, depuis le temps que l'on s'offusque de la présence d'un deuxième picador dans cette enceinte définitivement trop petite pour accueillir tout ce beau monde, et que le CTV persiste et signe dans son idée de maintenir cette étouffante présence qui, avouons-le, fausse totalement le vrai bon déroulement du premier tiers, comment se fait-il que le seul concept de  « Toros de France »  parvienne, lui, à convaincre les organisateurs gersois — le temps d'un concept, donc, le temps de deux heures à peine — sans que cela ne modifie radicalement leur vision des choses quant à cette désormais évidente ineptie, pourtant remise en selle dès le lendemain matin ?

Bref, rien n'est jamais parfait pour l'aficionado, vous le savez, mais si je vous assure que mon objectif n'est pas d'attaquer tête baissée votre démarche, comprenez tout de même qu'aux yeux des spectateurs avertis, elle souffre encore de quelques ajustements qui mériteraient d'être débattus. Je vous laisse libre de penser que tout cela est bas, facile, gratuit et sans fondement, mais il me semble que quand on a retiré le caillou de la chaussure, on avance mieux.

Citation (V)


« Sinceramente, me molesta que haya quien diga, con todos mis respetos y mi admiración a todos los toreros que hay, que hoy se torea mejor que nunca. Que hoy se le hacen al toro más cosas que nunca, por supuesto que sí porque también el toro lo permite. Se ha llegado a una “perfección” de la embestida del toro. Hemos buscado una toreabilidad tan grande que quizá el toro haya perdido esa agresividad, que era lo que hacía que pudieses intentar quebrar a ese toro. Quebrar rompiéndolo, obligándolo. » Emilio Muñoz (2012)

06 juin 2012

25 000 imbéciles


Vous ne trouverez pas de bafouille acide concernant la vie de « Comeuñas » sur ce site. Mauvaise foi ? Peut-être, mais on s'en fout, parce que tout nous inspire l'afición rêche et solide dans cette bourgade de Huelva : les gens, la terre, les toros et la maniere dont tout cela s'agite naturellement pour, nous le croyons fermement, le plus grand bonheur de l'aficionado. 
N'allez pas croire pour autant que nous avons été dupes toutes ces longues années où Fernando et ses bestiaux partageaient un ciel bas et lourd comme un édito de Zemmour sur des horizons brumeux et inquiétants comme un édito de Zemmour. C'est la vie des toros, le bache, comme on dit. Et chez Cuadri, il dura.
Mais, malgré cela, on persistait à arroser le pienso à coups d'afición, et l'on en versait aussi quelques gouttes dans chaque abreuvoir, car Fernando croyait, et José Escobar aussi. Voilà pourquoi l'Afición doit se réjouir de voir le toro de Cuadri flamber comme il le fait ces jours-ci.
Un tonton lourd, puissant, fort et ras du front comme une bavaroise, exigeant comme un nouveau riche, spectaculaire comme un 14-Juillet, un ténor du patac, un orphèvre du coup de tronche, un genre d'Inspecteur Harry qui, pour un coup de pétoire envoyé vous en rendra cent. Les imagineriez-vous plutôt façon Comtesse de Sévigné, vous ? À partir de là, il va de soi que les toreros chics ne pensent pas aux toros de Trigueros dans leurs rêves de gloire...

Ainsi donc, vendredi, jour de poisson, le wagon pesait et ça rayait le plafond, car, de tout temps à jamais, un Cuadri fin et poli c'est comme un oranger sur le sol irlandais...
Pour autant, c'est vrai qu'il n'y eut ni de 'Aviador' ni de frangin du genre de celui qui descendit à la station Ventas. C'est ma manière à moi d'abonder dans le sens de ceux qui auraient vu la course comme on assiste à un Paris-Roubaix depuis Chiberta, mais ça s'arrête là car il fallait être sacrément endormi pour ne pas avoir craint, le cul serré sur les tendidos de Madrid, cette fijeza qui jaillissait du moindre regard de conquistadors de ces bestiaux fous dingues. De la rage plein l'entre deux cornes, prête à tempêter au moindre vol de poussière. Un toque et badaboum ! 300 000 megatonnes de fureur qui déboulent plein fer sur votre cloison nasale. Des courses tête au ras du sable, oui, plein ! Des retours de tigre du Bengale, autant que tu en voulais ! Du pet et des pums, comme dans la Somme ! Voyez le pauvre Castaño qui regardait passer la mouche...
Assurément, on en connut de plus braves, de plus nobles, de plus souriants, de plus éduqués, ou simplement de meilleurs... Pardi ! Mais de plus fiers d'être toros, de plus orgueilleux d'être guerriers racés, soldats insatiables et rugueux, des plus soucieux de laisser brûler dans les yeux et la chair de l'adversaire le diabolique blason de leur clan, je ne crois pas.
Sans aucun doute, ce furent bien les toros de Don Fernando et Don José que l'on vît semer le trouble Plaza de Toros de Las Ventas del Espíritu Santo, vendredi, jour de poisson. Voilà pourquoi 25 000 imbéciles ignorants sortirent de là avec l'envie de faire péter les montagnes à coups de tromblon, pendant que les autres regrettaient que l'on ne puisse pas tourner joliment en rond avec tous les toros.


>>> Retrouvez une galerie de la course de Cuadri sous la rubrique « Ruedos » du site.

03 juin 2012

Merci, adieu


Monsieur Cuadri, merci !
Merci pour vos toros que je n’ai pas vus se battre — car un toro doit se battre, non ? —, à Las Ventas ce vendredi. Merci non pas tant pour la tauromachie, qui a bien besoin de toros qui se battent, mais surtout parce que, grâce à vous, il se pourrait que la personne qui commet tous les jours ou presque des textes dans lesquels l’espagnolade grotesque le dispute à des opinions politiques de comptoir totalement hors de propos sur un site soi-disant taurin décide de mettre — enfin ! — un terme à ses élucubrations, écrites derrière un poste de télévision la plupart du temps, c'est-à-dire quand il n’y a pas course à Bayonne et « nulle place ailleurs », comme ils disaient autrefois. D’ailleurs, il l’a écrit aujourd‘hui même à propos de votre corrida de Madrid que lui seul a su voir : « 2 Juin: Plus je vois… plus je constate… plus je me dis que je vais m’arrêter ! M’arrêter d’écrire de Toros ! M’arrêter d’aller aux toros ! » Il l’a écrit !
Alors, merci Monsieur Cuadri, et puissiez-vous encore longtemps élever des taureaux de combat — y’a encore beaucoup de boulot question séchage de plume.

Sur les sites d'annonces taurines et sur leurs méthodes


>>> Lu sur Burladero.com, le 1er juin 2012, quelques minutes après la corrida de Cuadri :
« Plaza de toros de Las Ventas. 23ª de San Isidro. Sol y calor. Más de tres cuartos de aforo. Seis toros de Herederos de D. Celestino Cuadri, muy bien presentados, aunque disparejos de romana y volumen, enrazados, con clase pero poco fondo. Todos aplaudidos en el arrastre. Parte Médico de Javier Castaño: Traumatismo craneal y cervical. Conmoción cerebral. Pendiente de estudio radiológico. Pronóstico reservado que le impide continuar la lidia. Fdo. Dr. García Padrós. 
"Rafaelillo", silencio tras aviso, pitos y silencio en el que mató por Castaño. 
Javier Castaño, palmas y pasa a enfermería. 
Luís Bolívar, silencio y silencio.
Incidencias: Javier Castaño cogido por el se segundo pasa a enfermería después de matar y no sale al quinto, y es remitido a clínica por trauma cráneo-cervical. Al final del festejo saludó José Escobar Huertas, mayoral de la ganadería. »

>>> Lu sur Corridasi.com, le 3 juin 2012 vers 8 h 30, à propos de la même course :
« Plaza de toros de Las Ventas. Vendt(redi. 23ème de San Isidro. Sol y calor. Plus de 3/4 d'arène. Six toros de Herederos de D. Celestino Cuadri, très bien présentés, avec de la race et de la classe bien que sans fond. Tous applaudis à l'arrastre. 
"Rafaelillo", silence après avis, pitos et silence à celui tué à la place de Castaño. 
Javier Castaño, palmas et passage à l'infirmerie. 
Luís Bolívar, silence et silence.
Parte Médico de Javier Castaño: Traumatisme cranien et cervical. Conmotion cérébrale. En attente d'examen raiologique. Pronóstico reservado qui interdit de poursuivre la lidia. Dr. García Padrós. »

De la grandeur du journalisme !!!

En peu de mots #11


© Juan 'Manon' Pelegrín
Le colosse

« J'ai perdu contre le colosse
Pas assez de masse, pas assez d'os
Tout contre lui j'ai plié
Et je t'ai perdu en sus
Acculé que j'étais sous la marmule1
Sous son poids, sous sa masse
Sous le sirocco de son râle
[…]
J'ai perdu contre le colosse
Pas d'armes, pas d'armée
Pas de quoi étouffer sa démence
Pas de gouttes ni de danses
Suppliant que j'étais sur les rotules
Sur la fin, dans l'impasse
Sous le sirocco de son râle
[…] »

1 Le costaud.

Paroles de Bertrand Belin.

>>> Chanson « Le Colosse » in Bertrand Belin, Hypernuit, Cinq 7/Wagram Music, 2011.

02 juin 2012

Salut !


José Escobar saluant le public de Las Ventas en 1993
© Laurent Larrieu/Camposyruedos.com