29 novembre 2011

« Bouh, quelle bande d'enfoirés… »


Randy Marsh craque © http://www.southparkstudios.com/ 

Bon ben je crois qu'on peut commencer à pleurer


Je vous traduis rapidement un post de notre ami Manon.

« Et pourquoi faisons-nous tout ça ? Pour l'Afición, pour l'Afición, pour l'Afición » déclare sans rire Simon Casas.
NDLR 1 Eh bien je ne le crois pas l'ombre d'une seconde. On dirait bien qu'il répète « l'Afición » comme pour se convaincre. Une sorte de méthode Coué pour nous convaincre nous. Ça ne marche pas, désolé. Mais on continue d'en rire.

Ensuite, il a dit qu'il faudra tenir compte de l'aficionado. De l'aficionado, oui, mais pas des idiots… Il a également évoqué la prise d'otage des arènes par quelques-uns et d'autres choses dans le genre…
NDLR 2 Ça commence vraiment très très mal.

Manon s'interroge alors sur les critères qui différencient l'aficionado du tonto, de l'idiot. Par exemple, si je veux voir sortir des courses de Saltillo à Madrid : suis-je idiot ou aficionado ? Et si je veux voir lors de la San Isidro des Cuadri combattus par El Juli, Manzanares et Fandiño : suis-je idiot ou aficionado ? Etc., etc.
NDLR 3 Je ne sais pas, vous, mais j'ai l'impression que nous avons fini de rire. Ça n'aura pas duré longtemps. C'est quand même dingue, il n'est pas encore désigné directeur qu'il commence par insulter les aficionados. C'est dingue.

NDLR suite et fin La photo de Manon est évidemment tirée du Blog (de fotos) de Manon.

Dépêchons-nous d'en rire, avant d'avoir à en pleurer


Sur Mundomachin ce jour : « Simón Casas, en su turno, ha reconocido que "humanamente entre José Antonio y yo nunca hubo conflictos personales sino conflictos de negocios. Hemos trabajado mucho juntos. Me siento compenetrado con él por su capacidad de hacer frente a las problemáticas. Hemos unido fuerzas, experiencias y profesionalidad frente a una situación difícil, una crisis sectorial". » (De son côté Simon Casas a reconnu que « humainement, entre José Antonio et moi, il n’y a jamais eu de conflits personnels sinon des conflits d’affaires. Nous avons beaucoup travaillé ensemble. Je me sens compénétré par lui par sa capacité à faire face aux problématiques. Nous avons unis nos forces et expériences, notre professionnalisme, face à une situation difficile, une crise sectorielle ».)

Rappel pas inutile : José Antonio Martínez Uranga déclarait le 1er avril 2009 : « Yo con S. Casas no me hablo, y creo que no me voy a hablar nunca en la vida. » (Moi, je ne parle pas avec Simon Casas, et je pense que je ne lui parlerai jamais de toute ma vie.)

NDLR La photo est une capture d'écran de Mundomachin. On les sent bien tous très compénétrés. 
Et dire que c'est « ça » qui prétend sauver le monde…

28 novembre 2011

Ils vont sauver le monde, pour de vrai (II)


En fait, il semblerait qu'ils vont surtout se sauver eux.
C'est le blog Toro, torero y afición qui remue un peu le cocotier à l'annonce de la surprenante union Choperita-Casas, sans oublier Matilla qui ne compte pas tenir la chandelle. 
On a vraiment les mariages qu'on peut… ou mérite.

José Antonio Martínez Uranga déclarait le 1er avril 2009 : « Yo con S. Casas no me hablo, y creo que no me voy a hablar nunca en la vida. » (Moi, je ne parle pas avec Simon Casas, et je pense que je ne lui parlerai jamais de toute ma vie.)

Aujourd'hui, ils sont sur le point de s'unir. Allez comprendre. Une possible explication est donnée sur le blog El Rincón de Ordóñez. Ça s'intitule : « Los taurinos toman la plaza de Madrid » (les taurins prennent les arènes de Madrid).

Ça commence ainsi : « Ya se habían oído rumores sobre las intenciones de los llamados G10, para que Simón entrara en Madrid, teniendo en cuenta  los comentarios que se hacían en los mentideros taurinos en torno a los problemas de tesorería del grupo de  Casas y que entrando en Madrid se solucionarían y eso a todos convencia. » En résumé, l'aficionado du Rincón raconte que l'arrivée du groupe Casas à la tête de la très rentable Las Ventas permettrait à celui-ci, qui connaît des problèmes de trésorerie et doit de l'argent à nos chers bichons du G7, de s'acquitter de ses dettes. Il raconte aussi que les Choperita ne seraient pas très flamboyants question trésorerie pour de sombres histoires de droits de télévision. Quant à la maison Matilla, étant donné qu'elle drive celui qui fut notre cher Manzanita et qui est aujourd'hui le porte-parole du G10, on imagine difficilement qu'elle puisse être laissée sur la touche sans profiter d'une part du gâteau.

Il est malgré tout étonnant de lire actuellement dans la blogosphère espagnole que cet improbable triumvirat serait finalement né sous la pression des toreros du G10. 
Les choses s'avèrent sans doute encore plus vermoulues de l'intérieur que ce qu'il nous était possible d'imaginer.

Vous remarquerez au passage que, dans toute cette histoire, personne ne parle ni du toro, ni des aficionados troglodytes… évidemment.  

Ils vont sauver le monde, pour de vrai


L'heure est grave, très grave même. La preuve, il semblerait que les deux ou trois empresas susceptibles de se partager le gâteau madrilène (pour ceux qui ne suivent pas, la direction des arènes de Las Ventas doit être renouvelée en 2012) soient sur le point d'annoncer leur fusion pour, au bout du compte, se partager le gâteau à trois — plutôt que de le voir mangé entièrement par le voisin.
Un monopole va naître. Un peu comme si SFR, Orange et Bouygues se regroupaient pour sauver le monde de la téléphonie mobile. Ça fait rêver.
Sauf que là c'est le toreo qu'ils veulent sauver. le toreo, eh ! Le toro, pour l'instant, on n'en parle pas.


L'heure est à ce point grave que Simon Casas déclare — imaginez les trémolos dans la voix et la main sur le c
œur — que l'heure est arrivée de lutter pour le bien général. Et, à ce titre, l'adjudication des arènes de Madrid représente, selon lui et aussi selon les Choperita, quelque chose qui va bien au-delà des rivalités et des problèmes de personne ou d'ambition personnelle. Cette adjudication-là porterait en elle l'avenir de la Fiesta tout entière… Vous et moi ne serions que de pauvres aficionados troglodytes bien trop arriérés pour saisir les tenants et les aboutissants de tout ceci. Comme si ce qui se tramait était trop subtil pour nous… N'empêche que lorsqu'on sait de quoi il retourne de la gestion des Choperita, on se pince pour y croire. Si le devenir de la Fiesta doit passer par leurs mains, eh bien, c'est clair, nous sommes tous déjà morts.

De toute façon, j'ai beau tourner la chose dans tous les sens dans ma petite tête, j'avoue avoir bien du mal à saisir en quoi l'avenir de la Fiesta pourrait bien dépendre de cette seule adjudication-là.

Bref, Simon Casas précise les objectifs et les enjeux en parlant de générosité, d'idées et de volonté d'être responsable. 
Ce qui revient à dire qu'avant ils étaient tous plus ou moins irresponsables. Je continue à tourner tout ça dans ma petite tête et je ne comprends toujours pas. Le seul truc, la seule chose, me dis-je, c'est que ce sera, peut-être, l'opportunité de voir fonctionner le fameux comité d'éthique made in Casas. Ça, pour le coup, ça risque d'être croustillant.

À l'heure qu'il est, la seule certitude que nous ayons tient en la prétention qu'affiche ce triumvirat improbable mais bien réel de vouloir sauver le toreo. De quoi ? On ne sait pas trop. Le toro ? Chaque chose en son temps, vous dis-je. Les aficionados troglodytes ? Après, après…

Une conférence de presse a lieu demain. Affaire à suivre, avant qu'il ne soit trop tard…

NDLR La photo provient de Google Earth ; ce sont les arènes de Las Ventas vues de haut, peut-être même de trop haut…

27 novembre 2011

Núñez del Tontillo


Ça vient d’être publié sur Mundochoto.com. Álvaro Núñez Benjumea, «ganadero» et fils de D. Joaquín, non, pas Vidal… et fils de D. Joaquín Núñez del Tontillo, Álvaro Núñez Benjumea, donc, il dit des choses… mais vraiment, des choses… Par exemple : «Los encastes que funcionan, que embisten los siguen matando las figuras: La Quinta, Victorino, Cuadri… Creo que el mercado es más sabio que los aficionados y que están las que ahora mismo deben estar.» Soit : «Les encastes qui "fonctionnent", qui chargent, les figuras continuent des les tuer : La Quinta, Victorino, Cuadri… Je crois que le marché est plus savant que les aficionados…»

Déjà, on est vraiment content d’apprendre que les figuras tuent les corridas de Cuadri. Ensuite, il ne doit pas voir beaucoup de corridas de Cuadri le señor de Núñez del Tontillo… Enfin, dans le cas où les figuras en tueraient, serait-ce réellement un critère qualitatif ? Franchement… Et puis, entre nous, à l’époque de Ruiz Miguel, les Victorino ne devaient pas charger, ou alors très mal.

Mais le pompon, c'est bel et bien ceci : «Je crois que le marché est plus savant que les aficionados…» Autrement dit, laissons Wall Street et les agences de notation diriger la planète. Ben voyons ! Indignez-vous ! Non mais, pour de vrai, indignez-vous ! Vraiment !

Je sais, je sais… Les «Oui-Oui à la plage de la planète taurine» ne manqueront pas de dire que nous prétendons avoir la science infuse à oser contester pareils propos. Qu’importe. Les «Oui-Oui à la plage de la planète taurine» ne sont que des «collabos», de vils «collabos» du mundillo. Pas plus. Ça ne pisse pas bien loin et ce sont déjà trois lignes de trop.

Et il continue le fils Núñez del Tontillo : «Je crois qu’un toro doit peser moins de 500 kg.» Bon, là c’est certain, le fils Núñez del Tontillo n’a jamais vu un Cuadri de sa vie… Je ne vais pas vous faire l’insulte de développer que chaque encaste doit sortir, etc., etc. Je suis convaincu que vous le savez mieux que le fils Núñez del Tontillo.

Sinon, à part ça, aujourd’hui, aux halles de Nîmes, il y avait des cèpes très tardifs, un truc fort rare pour une fin de mois de novembre. Et vous savez quoi ? En omelette avec un pic Saint-Loup d’une dizaine d’années, ça le faisait parfaitement.

23 novembre 2011

Un oxymore à lui seul


Nos lecteurs sont formidables. Enfin, pas tous.

Le 14 janvier 2008, c’est-à-dire il y a presque quatre ans, nous évoquions un problème d'afeitado à Nîmes — un problème d'afeitado à Nîmes, ah ah ah !
Presque quatre ans après, donc, un de nos lecteurs réagit dans un commentaire qui serait passé totalement inaperçu si je ne vous le reproduisais ci-après, in extenso, orthographe comprise — Philippe, surtout tu ne changes rien, c’est trop bon comme ça : « On ce demande qui sont les "mange m*rde" a en voir vos très courageux commentaires. Le journaliste fais au moins un article pour vous en informer et contrairement a une partie d'entre vous, il bosse LUI. Ahah, "collabos du petit mundillo local" C'en était presque drole. Si vous avez envie de vous défouler, allez taper dans un ballon au lieu de vous défouler avec lacheté sur le journaliste. »

De son côté, JotaC, qui n’en manque pas une, nous commente ainsi le commentaire : « Bon bé, ça, c'est quelqu'un qui comprend pas vite-vite ; il doit être de Lent-Sargues ou de Baillargues-aux-Corneilles ou de Dans-la-Lune el Viejo. Enfin, bref, c'est pas un rapide mais il a la rancune tenace. Finalement, il doit être de Congénies, un oxymore à lui seul… Vous bise. »

José, je t’adore !

18 novembre 2011

Improbable born2monk


Comme bien souvent, c’est Yannick qui nous a déniché ça. Ça doit faire deux ans. En plus, le photographe, c’est un collègue à lui, mais pas vraiment d’ici. Mexico, de l’autre côté de la grande mer. Yaya nous a dégoté sur Flickr un avocat mexicain dont on imagine aisément, à la vue de quelques clichés, que ses affaires courantes lui permettent de fréquenter des endroits où ni vous ni moi ne seront jamais autorisés à mettre les pieds, et encore moins l’œil dans un viseur d’appareil photo. Deux ans. Deux ans que Yannick doit nous pondre un truc sur born2monk, le pseudo de l’avocat mexicain sur Flickr. Putain… deux ans… Ce n’est pas que je vais vous en dire grand-chose, mais au moins vous saurez, et vous irez fouiner chez born2monk. 

La première photo qui attire l’œil met en scène une sorte de travelo avec chaquetilla et un ahuri au cigare… La photo est légendée ainsi : « El Güero y Maribel de Torer@, atrás Los Dorados de Villa (izq.) y Pancho Villa con unos amigos. Noche de luchas, toros y otras cosas. Puro artista de catego… Fotos: Pato_Garza y born2monk ». (Nuit de lutte, toros et autres choses en compagnie de Pancho Villa scotché au mur.) Ils n’ont pas dû sucer que des glaçons…

Une seconde photo. Elle est moins spectaculaire que la première, mais plus puissante, profonde, évocatrice. On devine que la nuit pèse, que les têtes sont lourdes, très lourdes. Ça sent vraiment le glauque, l’alcool et le reste, et la nuit aussi. La photo est légendée ainsi : « Jackie Botasmiadas le cuenta un secreto al oído a la Rossy, Rey Imagen mira desafiante a la cámara y Maribel se asombra viendo la faena de Enrique Ponce en la Plaza de Toros de México por la televisión ».

Vous irez donc fouiner sur  la page Flickr de born2monk pour y trouver des choses étonnantes, des gens curieux, des taurins, des travestis, des danseurs, des catcheurs et des jazzmans. Il y a aussi un vieux torero qui ressemble à Dubout. Je crois même que j’y ai croisé Jesulín de Ubrique, c'est tout dire.

16 novembre 2011

Cosas de toros


L'idée était bonne et pétrie d'afición. Tienter en public 5 machos de 5 encastes différents. Le public, assez nombreux pour un lancement des hostilités à 9 h 30, était cantonné dans un coin de l'arène pour ne pas déconcentrer la lidia des bichos. Le callejón n'était occupé que par ceux qui avaient quelque chose à y faire en de telles circonstances, c'est-à-dire les cuadrillas, les ganaderos et quelques membres de l'organisation. Tout était donc préparé pour un spectacle sérieux dans lequel le toro aurait la première place. À peu de choses près c'est ce qui se passa. À peu de choses près malheureusement car au final nous avions plus le sentiment d'avoir assisté à un festival gentillet qu'à une sélection de futurs sementales. La faiblesse quasi généralisée des novillos, la très mauvaise manière de donner les piques — cheval placé perpendiculairement, piques traseras, trop longues sur la première rencontre, sortie fermée de manière systématique —, la longueur des faenas de toreros désirant être vus, le nombre trop important de capotazos de réception — parfois destructeurs — et les applaudissements du public rappelaient trop ce que l'on rencontre tout au long d'une temporada en corrida formelle. Nous avions vécu la même chose à Orthez en avril pour la tienta des Saltillo de Pérez-Escudero.
Mais ne boudons pas cependant cette belle initiative car il faisait plaisir de revoir les amis et de savourer une journée d'automne particulièrement ensoleillée. La Peña Jeune Aficion a bien mené son affaire, le reste n'est que cosas de toros.

>>> Retrouvez sur le site, rubrique RUEDOS, une courte galerie de photos consacrée à cette matinée de tienta.

15 novembre 2011

Rincón taurin chez Les Amis de Pablo Romero


Vendredi 18 novembre à 19 h 30 à la bodega Pablo Romero (12, rue Émile-Jamais à Nîmes).

Pour notre première soirée de la saison 2011-2012, nous recevrons Robert Piles. Nous parlerons de son livre Profession Torero, mais aussi de ses différentes carrières (toreros d’une autre époque, banderillero de catégorie) ainsi que de son actualité d’apoderado et d’organisateur avec, toujours, son regard décalé sur le mundillo.

Entrée libre. Tapas et vins seront servis avant et après les débats.

Prochaines soirées
Vendredi 16 décembre 2011. Un encaste et un ganadero particuliers : Cuadri.
Vendredi 27 janvier 2012. Les férias de novilladas : une tauromachie en perdition, avec la Peña El Quite de Calasparra (Murcie) et l'Association des aficionados de Parentis.

14 novembre 2011

L'Oreille d'or selon Manon


C'est Juan Pelegrín qui a publié ça aujourd'hui sur son blog. Je l'ai sans doute traduit de façon médiocre mais assez fidèlement pour vous faire dresser l'oreille, je pense.

« Manzanares s'est vu attribuer l'Oreille d'or de Radio Nacional de España.

Samedi, je suis tombé par hasard sur un morceau de son interview sur Tendido Cero. Je n'ai pas réussi à m'intéresser à ce qu'il a pu dire. Rien.

Logiquement, lui non plus ne sera pas intéressé par ce que je peux dire.

À un moment, dans cette interview, il a assuré que le G10 se battait "pour l'intégrité". Je vous jure que j'ai fait un bond dans le sofa en pensant qu'à la fin il allait dire "du toro"Non. Il a dit "du torero". Mais, évidemment, en entendant "intégrité" je me suis réveillé…

J'assume le fait d'être un aficionado épouvantable (si je le suis à un grade quelconque) mais suivre la voie que nous montrent le promu et beaucoup d'autres vedettes me semble annoncer le suicide de la Fiesta. Pour l'heure cela a déjà provoqué la mort de quelques encastes.  

Je préfère, pour la survie de tout ça, voir gagner le 20N, un parti antitaurin, plutôt que de distribuer dans les écoles les temporadas complètes du G10. 
J'insiste, je suis un aficionado épouvantable.

Non, je pense qu'il n'y a pas de retour en arrière possible. »

L'Espagne


Vous aimez l'Espagne, la peinture et Paris.
En cliquant sur cette main puis sur « nouvelle exposition » vous accéderez à la présentation de l'expo « L'Espagne entre deux siècles (1890-1920), de Zuloaga à Picasso » des musées d'Orsay et de l'Orangerie.

*  *  *  *  *  *

Vous aimez l'Espagne, la lecture mais vous ne connaissez pas Cognac.
En cliquant sur cette autre main vous consulterez le programme des Littératures européennes où l'Espagne est à l'honneur du 17 au 20 novembre.


Affiche
 Un chouïa trop bleue, elle reprend le tableau Granadina (vers 1914) du peintre catalan Hermenegildo Anglada Camarasa (1871-1959) © MNAC - Museu nacional d'art de Catalunya de Barcelone.

08 novembre 2011

Fête des encastes


Saint-Sever, présentation des élevages du 11 novembre 2011

La diversité génétique des taureaux de combat est très importante, si bien que l’on parle dans le jargon tauromachique d’encaste, véritable « sous-race » de la famille du taureau de combat. Le terme de « sous-race » est particulièrement bien choisi puisqu’une étude récente1 a démontré que la distance génétique entre deux taureaux braves est en moyenne trois fois plus importante que celle existant entre deux bêtes de races bovines européennes. Concrètement, ceci revient à dire que la différence entre un toro d’Atanasio Fernández et un de Carlos Núñez est trois fois plus importante que celle existant entre une vache limousine et une vache Aubrac.

La même étude a quantifié le nombre des encastes : 29 ! Pourtant, au quotidien, bien peu de ces 29 encastes sont proposés aux aficionados. À vrai dire seule une petite poignée d’encastes écrase, par sa représentation excessive, tous les autres, et par la même la diversité. La Peña Jeune Aficion propose aux aficionados d'en découvrir 11 en une seule journée, soit presque la moitié du capital génétique actuel de la cabaña brava ; ce qui fait du 11 novembre 2011 une journée véritablement exceptionnelle sur le plan de la diversité des encastes. Habituellement, il faut attendre une temporada pour trouver un tel éventail, en n’omettant toutefois pas de préciser que celui-ci se cantonne aux encastes dits classiques, dont le porte-drapeau n’est autre que le sempiternel Domecq. Mais la Peña Jeune Aficion a choisi d’aller au bout de son extravagante idée en ne cédant pas à la facilité. Ainsi, nul Domecq en ce 11 novembre, pas plus que de Núñez ou autres mélanges habituels de ces deux sangs, mais des encastes rares, singuliers, qui renforcent le caractère exceptionnel de cette journée... tout en nécessitant quelques explications.

Pour choisir les 11 élevages, la Peña Jeune Aficion a donc puisé dans les races les moins communes. Il était alors impératif de retenir un élevage de race Vazqueña pour contrecarrer l’omniprésence du toro de la rame Vistahermosa, qui représente 99 % du « marché ». Le choix s’est porté sur la devise Pablo Mayoral. Un choix qui peut surprendre, vu que cet élevage n’appartient pas à la traditionnelle liste des représentants de l’encaste Vázquez, mais plutôt à celle des Santa Coloma. Cependant, l’idée, certes originale, n’est pas totalement saugrenue puisque Pablo Mayoral Herranz, grand-père du ganadero actuel, avait fondé son élevage dans les années 1950 en regroupant du bétail des encastes Martínez, Santa Coloma et Vázquez. Même si l’élevage s’est clairement orienté sur l’origine Santa Coloma et que le métissage des lignes anciennes s’est avéré inévitable, l’origine Vázquez conserve dans sa ganadería les caractéristiques qui lui sont propres. La finca se situe dans la province de Madrid, au pied de la demeure royale El Escorial. Les photographies des jaboneros vazqueños de Pablo Mayoral avec en second plan El Escorial constituent à la fois un classique du campo madrilène et un clin d’œil à l’histoire — l’élevage de Vázquez fut un temps l’élevage royal de Fernando VII.

Outre Vistahermosa et Vázquez, les autres castes fondamentales, comme il est habituel de les nommer, ont toutes disparu. Presque toutes car lorsque l’on conte l’histoire des fameux Jijón, ces toros imposants aux robes marron et aux armures d’aurochs, on ne peut s’empêcher de citer l’élevage Martínez. En injectant le sang andalou dans les gênes de ses toros de Castille, Vicente Martínez avait su donner une seconde vie à cette caste, même si ses negros et berrendos (mélange de larges taches blanches avec une autre couleur) n’avaient plus rien de commun avec leurs ancêtres Jijón. Les fers revendiquant l’héritage des Martínez ne sont pas rares, mais peu nombreux sont les ganaderos ayant réussi à préserver ce sang. Le plus connu est celui de Montalvo, la base de l’élevage Cruz Madruga. Installé dans le Campo Charro, Ángel Cruz Bermejo maintient avec beaucoup de nostalgie cet encaste aux pelages typiques (berrendo en negro ou berrendo en colorado).
L’élevage de Fernando Madrazo El Gustal de Campocerrado tient lui aussi de l’origine Martínez via Montalvo. Mais lorsque ce sang était la propriété de Manuel Arranz, un étalon de son voisin Graciliano Pérez-Tabernero influença fortement cette origine, au point de créer un nouvel encaste. Encore donné pour mort il y a peu, Fernando a comme ressuscité cet encaste en faisant de nouveau parler de ses « arranes », les toros de son grand-père. Installé dans un coin reculé de la vaste finca de « Campocerrado », il soigne avec grande attention son petit trésor en n’espérant qu’une chose : en faire profiter les aficionados.

Avant d’attaquer le large chapitre des Vistahermosa, arrêtons-nous un instant sur le compromis créé par José Vega au début du siècle dernier, et repris ensuite par les frères Villar : les fameux Vega-Villar. Mieux connus sous le nom de patas blancas, les toros de cet encaste proviennent d’un croisement de vaches Veragua (Vázquez) avec un étalon Santa Coloma (Vistahermosa). Le mélange donne l’un des plus beaux taureaux de combat que l’on puisse voir au campo. Bas, ramassé, charpenté et muni de larges armures, le Vega-Villar est lui aussi habillé d’une robe berrenda. Parmi les grands éleveurs de cette race figure Arturo Cobaleda qui l’a essaimée dans tout le Campo Charro. De cette source découle en cascade, via Miguel del Coral, les patas blancas de José Luis Rodríguez, propriétaire de la devise Valrubio.

Vistahermosa. Aujourd’hui, à quelques rares exceptions, tout est Vistahermosa. Cela dit, l’élevage du Conde de Vistahermosa fut divisé il y a plus de deux siècles, et l’isolement génétique ajouté à la puissance du génome de la race du taureau de combat a permis la création de nouveaux encastes. La filiation de Vistahermosa tient aujourd’hui en deux rames : schématiquement, Murube et Saltillo.
Étrangement, pour cette journée des 11 encastes, aucun élevage de la rame Saltillo et de ses cousines n’est présent, même si l’encaste Santa Coloma, mélange des rames Saltillo et Murube, sera représenté par deux de ses lignes : Dionisio Rodríguez et Coquilla — toutes deux d’ascendance Murube.
L’encaste Coquilla ne peut guère mieux être défini que par la célèbre phrase : « Un toro de peu de contenant mais de beaucoup de contenu. » Son développement s’est centré sur les noms de Sánchez-Fabrés, Sánchez-Arjona et du célèbre « Raboso », duquel Mariano Cifuentes détient ses Coquilla. Installées près de Plasencia dans un cadre idyllique, les 300 vaches de ventre de don Mariano forment un cheptel plus important que celui de tous les autres éleveurs de l’encaste Coquilla réunis !
L’encaste Dionisio Rodríguez est quant à lui difficile à cerner. Bien que d’origine Buendía, c’est-à-dire d’ascendance Saltillo, c’est la rame Murube qui a finalement pris le pas. Dionisio Rodríguez fut lui aussi un des éleveurs emblématiques du Campo Charro, et sa descendance se retrouve encore dans de multiples petites devises de la zone, parmi lesquelles on trouve le fer Andrés Celestino García Martín, qui a très récemment (2004) reconstitué son troupeau avec des bêtes provenant directement de la maison mère. Il est bien sûr trop tôt pour émettre un avis sur cet élevage, mais on donne le bétail acquis comme issu de la meilleure origine.

La rame Murube, comme celle de Vistahermosa, a subi de fortes évolutions qui ont donné de nombreuses versions. Certaines restent proches de la version originale tandis que d’autres présentent des mutations spectaculaires.
Les encastes Murube et Contreras demeurent très proches, le second découlant directement du premier. Il s’agit là d’un toro ramassé, bien rempli, aux formes arrondies et à l’armure peu agressive. Si les robes sont variées dans la version Contreras, le noir est l’unique cape du Murube. La famille Murube appliquant durant de nombreuses années le célèbre dicton « le noir est le plus brave » a, par conséquent, éliminé impitoyablement toute les bêtes possédant le moindre poil blanc. Le galop allègre (à la classe inégalée) continue de faire la réputation du toro de Murube. Typiquement andalou, cet encaste sera pourtant représenté ce 11 novembre par une ganadería de Salamanque : Castillejo de Huebra — propriété de José Manuel Sánchez, qui détient également les devises Sánchez-Cobaleda et Terrubias. Côté Contreras, l’organisation a fixé son choix sur l’« élevage-encaste » Baltasar Ibán. Bien que du sang d’origine Domecq ait (trop) largement été injecté dans les années 1980, la devise madrilène reste le meilleur élevage d’ascendance Contreras. On ne compte plus ses succès, même si, actuellement, les novillos offrent davantage de satisfaction au ganadero et aux aficionados que les toros.

L’encaste Urcola est un cas particulier souvent oublié. De pure souche Vistahermosa, il demeure un encaste génétiquement isolé — sa dérivation étant antérieure aux Murube — qu’il est néanmoins assez logique d’apparenter à la rame Murube, et ce pour deux raisons : tout d’abord parce qu’il s’agit de la même branche de Vistahermosa, celle du Barbero de Utrera ; ensuite parce qu’il y a eu un rafraîchissement de sang par le Conde de la Corte, qui dérive de la rame Murube. L’un des élevages phare de l’encaste Urcola est celui de la famille Galache, dont Victorino Martín a acquis un lot inscrit au nom on ne peut plus explicite de Ganadería de Urcola. Il voit dans cette entreprise la réhabilitation d’un encaste oublié ; l’œuvre de toute une vie, avoue-t-il en toute sincérité.

Venons-en, pour finir, au Parladé qui provient des Murube par Ibarra. Nous sommes ici en présence d’une version mutante du Murube ayant bien peu de ressemblance avec l'originale. Ultraprésente dans les ruedos (sangs Domecq et Núñez), la Peña Jeune Afición a opté, et cela ne vous étonnera guère, pour sa version la plus marginale : Pedrajas — toro rustique, fort et armé, assez fidèle au toro ancestral de Parladé. La famille Guardiola a tenu très longtemps cet encaste au plus haut, avant que celui-ci ne perde, ces derniers temps, quelque peu de sa superbe. En 1992, Jean-Louis Darré acheta à son ami Jean Riboulet un lot de Guardiola « français » qu’il installa à Bars, dans le Gers ; en une vingtaine d’années sa Ganadería de l’Astarac a franchi tous les échelons pour finir par se présenter en corrida à Vic-Fezensac — plus aucun aficionado français n’ignore désormais son existence.

Enfin, petite concession aux encastes en vogue avec la présence des Atanasio Fernández. Depuis la fin de l’embargo dû à la langue bleue, le qualificatif « en vogue » peut paraître discutable, d’autant plus qu’il est question ici d’un « plat » plutôt pimenté grâce à la présence du sang Conde de la Corte — cette ligne, via Antonio Ordóñez, a alimenté l’élevage d’El Palmeral avant de donner naissance à la ganadería locale de Malabat. Mené par Pascal Fosolo, ce jeune fer sera une découverte pour la plupart des aficionados ayant fait le déplacement à Saint-Sever à l’occasion de cette Fête des encastes.

1 « Estudio de los encastes y ganaderías utilizando marcadores ADN », par le professeur Javier Cañón.

Illustration Représentation graphique des encastes proportionnelle à leur présence dans les ruedos. La ligne du bas représente les encastes présents à Saint-Sever ce 11 novembre 2011.

07 novembre 2011

Où l'on reparle des fundas


À Laurent Giner,

Lors de la dernière Feria del Pilar de Saragosse, les aficionados aragonais ont eu la chance de voir six toros de Fernando Pereira Palha fouler le sable du coso de la calle Pignatelli non pour une corrida mais pour un concours de recortadores. Cela fait bien longtemps que les veragüeños multicolores de Fernando Palha n'intéressent plus la soldatesque de l'escalafón ainsi que nombre de personnes qui ne vont aux arènes qu'à l'unique fin d'applaudir des figuras indignes de leur surnom. Bref... Ce concours de recortadores était organisé par l'empresa Toropasión et l'événement fut communiqué comme tel : un événement. « Le retour des légendaires Palha » était annoncé sur le Net et l'affiche du spectacle permettait de savourer la fachada inquiétante d'un superbe ensabanado capirote très en pointe, extrêmement en pointe même. Sauf que ! Sauf qu'à y regarder de très près, les pitones de ce magnifique animal paraissaient bien trop développés et bien trop aigus pour être bios. Pour avoir eu la chance de photographier ce toro un an auparavant du côté de Porto Alto, le doute n'en était que plus pregnant et certains aficionados avisés ne se privèrent pas pour nous faire savoir par e-mail qu'ils trouvaient que sur les terres riojanaises de l'empresa Toropasión (empresa qui avait acheté l'intégralité de la camada de novillos en 2010) les cornes poussaient vitesse grand V. En vérité, et après fouille minutieuse, il semble établi que La Rioja ne soit pas un terroir plus prompt à la pousse de cornes démesurées que d'autres en Espagne, ou au Portugal. Par contre, il est totalement clair que l'interface de Photoshop fasse, en ce domaine, des miracles. Expliquons-nous : les toros de Fernando Palha étaient affublés de fundas avant leur rendez-vous aragonais. Prions Dieu ou Shiva que le maître d'« Areias » n'ait pas vu ces clichés ! L'empresa a d'ailleurs publié sur son site une vidéo sur laquelle on voit les Palha « enfundés », de même qu'elle a cédé certaines photos à d'autres blogs comme celui-ci, photos qui témoignent clairement de l'usage odieux de ces fundas sur de telles bestioles. Dans cette série de photos apparaissent tous les exemplaires de Saragosse mais, sur les dernières, aucun ne porte de fundas. Peut-être l'empresa les avait-elle ôtées avant la prise de vue ? Peut-être y a-t-il eu plusieurs prises de vue à des moments différents ? Il est difficile de vérifier mais, à se pencher de très près sur les photos sans fundas, la manipulation informatique ne peut être qu'envisagée tant il semble qu'on ait rajouté un pitón sur le bout de la corne pour dissimuler les fundas.
Il est douloureux de constater, d'autant plus s'agissant de toros rares et précieux comme ceux de Fernando Palha, que l'on en arrive à de telles pratiques frauduleuses et irrespectueuses de l'aficionado, de l'éleveur et du toro.
Concernant les fundas, nous ne pouvons que vous conseiller la lecture du résumé d’une conférence donnée le 10 mars 2011 par le vétérinaire Francisco Salamanca (professeur vétérinaire à l’Université complutense de Madrid). Cette conférence avait pour thème « L’influence des fundas sur les taureaux de combat » (El rincón de Ordóñez).

Le professeur présentait là un premier bilan de trois années d’étude entamées en 2007-2008 portant sur 2664 reses de lidia allant de l’utrero (comprendre novillo) au cinqueño et principalement lidiées dans des plazas de Castilla y León. L’objectif de cette démarche scientifique était de déceler ou non des différences au niveau de la dureté de la corne selon que les toros portaient des fundas ou pas. Francisco Salamanca présente en préambule le jeune historique des fundas (une dizaine d’années) et rappelle que celles-ci peuvent prendre différentes formes et être élaborées avec divers matériaux (fibre de verre, plâtre...). De même il affirme d’entrée de jeu que les fundas abîment la kératine de la corne en empêchant une bonne circulation de l’oxygène et renchérit sur ce thème en déclarant que lors de la pause des dites protections le processus d’endurcissement du matériau (il évoque particulièrement les matériaux à base de plâtre — escayolas) provoque une réaction de chaleur et brûle l’extérieur de la corne affectant par là même le processus naturel de kératisation de l’ensemble du pitón. Il semblerait que des expériences utilisant des produits plus poreux et moins agressifs pour la corne soient actuellement menées au campo, ce que présente par exemple le blog Toros y sanfermines.
L’étude du professeur Salamanca et de ses collègues a été conduite avec duromètre sur trois parties de la corne : le pitón (partie la plus dure), la pala et la cepa (base de la corne) ainsi que sur les parties externes et internes de la corne.
Le premier constat qu’il dresse est qu’il n’y a pas de différence de dureté naturelle des cornes entre les différents encastes, pas plus qu’il n’y en a entre les variétés des robes. Partant de là, il explique que l’analyse de 42 cuatreños et 36 utreros a permis d’estimer la dureté moyenne des cornes des toros élevés sans fundas à 89-90 Shore pour les cuatreños (le professeur note qu’il y a une différence significative de dureté des cornes entre un cuatreño et un utrero, ce qui peut paraître logique étant donné qu’un utrero n’est pas arrivé au terme de sa croissance). Cette dureté correspondrait à une traction de 220 kilos par mm2. L’analyse des toros « enfundés » donne un résultat qui oscille entre 78 et 82 Shore (sans prendre en considération le moment où ont été enlevées les fundas — 15 jours avant ou juste au moment de l’embarquement). Le vétérinaire en conclut donc que les toros qui subissent les fundas présentent dans le ruedo des cornes moins dures que celles des toros élevés sans cette manipulation. Il précise que leur étude les a également amenés à interroger les mayorales de ganaderías dans lesquelles les fundas étaient utilisées. Selon Francisco Salamanca, 96 des 132 sondés ont affirmé que les pertes de toros ou les blessures de campo étaient les mêmes qu’auparavant et que les fundas n’avaient rien bouleversé en ce domaine. Néanmoins, il avoue que ce sondage a ses limites puisque les ganaderos — ayant présenté d’autres chiffres pour justifier l’usage des fundas ont amené les vétérinaires à stopper leur enquête.
Au final, que penser ? Les arguments avancés par ce vétérinaire sont contredits par d’autres vétérinaires et par nombre de ganaderos utilisateurs de fundas (lien Toros y sanfermines). D’aucuns nous invitent à avoir confiance dans les ganaderos car ce sont eux qui vivent pour le toro et par le toro — encore faudrait-il savoir ce que l’on entend par ganadero. D’autres s’en moquent, les plus nombreux, tout comme le grand public et une frange non négligeable d’aficionados. Peut-être ont-ils raison de s'en moquer, après tout, de n'avoir que faire de ce qui se passe en cuisine ? Pour autant, à partir du moment où l’utilisation des fundas engendre plusieurs manipulations qui affaiblissent et dénaturent un animal peu enclin à se laisser naturellement faire, on pourrait penser que cela devrait non seulement les intéresser mais les inquiéter.

Photographies Un Palha con fundas dans la finca de Toropasión, photo empruntée au blog Aragontaurino.net mais propriété de Toropasión & un novillo de Partido de Resina à moitié « fundé »... © Laurent Larrieu / Camposyruedos.com

El maestro Esplá pierde los papeles


Esto se publicó en el tiwtter de Simon Casas... ¡Impresionante!

Esplá: "[...] años atrás S.C. advirtió que había que tener cuidado con los encastes, que se podían perder. Acertó."

Esplá: "El modelo que cambió el concepto de afición francesa fue el de Nimes y eso es obra de Casas."

Por supuesto, no tardaremos en comentar todo esto.


NDLR La journaliste madrilène Rosa Jiménez Cano nos comunica el enlace de la entrevista integral publicada por el diario La Verdad.

Smartphones


Le blog est désormais paramétré pour les smartphones. Vous pouvez donc tranquillement et plus aisément nous lire depuis votre téléphone.

Nous précisons toutefois, pour ceux qui auraient quelques difficultés avec les nouvelles technologies, que cette application n'est compatible ni avec le minitel ni avec le fax. Inutile par conséquent de nous écrire si vous constatez quelques incompatibilités avec ces deux outils.

Bon surf !

05 novembre 2011

C'est Pierre qui le dit


Vous l’avez lu, ou peut-être pas. Les membres du G10 n’ont pas goûté la décision des principales arènes françaises de diminuer leur rémunération d'environ vingt pour cent.
En Espagne, le fils Zabala... Oui, je dis le fils, car d’une part on n’a jamais oublié le père, et d’autre part, le fils, s’il n’était pas le fils... Enfin, le fils s’est penché sur la question du problème français des honoraires de 10 types surpayés pour des campagnes de dératisation auxquelles ils... Non, je m’égare là.
Pour la France, le fils Zabala a une source : Pierre Guillemon, qu’ici, à Campos y Ruedos, personne ne connaît... On ne peut pas connaître tout le monde.
Mais Dieu merci, Pierre Guillemon, sans doute une éminence grise du mundillo français, ou une pure invention du fils Zabala, allez savoir, est là pour nous pimenter une sauce bien fade.
Il faut dire que les problèmes de fin de mois de Manzanita, comme dirait Larrieu, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre.
Donc, Pierre Guillemon est interviewé par le quotidien El Mundo pour donner son avis sur la crise du G10. Ah, la crise du G10 ! Franchement, je me marre.
Et monsieur Guillemon d’expliquer à El Mundo que Simon Casas a perdu de l’argent à Nîmes, et même des quantités abyssales d’argent. Là, c’est le contribuable nîmois que je suis qui commence à transpirer. Car le côté abyssal du truc, franchement, ça fait froid dans le dos. Il ne faut pas perdre de vue qu'à Nîchmes nous avons déjà les trous à reboucher. Et ce n'est pas qu'une image. Si Midi Libre me lit... Non, je plaisante.
À Arles, il y a eu des pertes cette année aussi, mais l’empresa Jalabert est très saine. C'est toujours Guillemon qui parle. Moi, je n'en sais rien.
Ce qui voudrait dire (lisez un peu entre les lignes s'il vous plait) que celle de Nîmes ne le serait pas. Là, on est vraiment étonné.
Monsieur Guillemon parle aussi de Béziers et de Dax mais, visiblement, c’est moins chaud. Bayonne, quant à elle, aurait perdu 200 000 euros. C’est net, précis et sans bavure. Bref, ça coince. Le gâteau n’est plus assez gros.

Mais il y a autre chose que dit Monsieur Guillemon, un truc vraiment étonnant : « No se puede repartir más de lo que hay. Llevan años estos toreros, o más bien sus apoderados, haciendo oídos sordos a lo que se les dice. No han querido entender los argumentos de unas empresas que a nivel de honorarios siempre los han tratado igual o mejor que en las plazas de primera categoría españolas, matando toros de segunda y a veces de tercera. »
Ce que l’on peut traduire par : « On ne peut pas partager plus que ce qu’il y a. Cela fait des années que ces toreros, ou leurs représentants, font la sourde oreille à ce qu’on leur dit. Ils ne veulent pas écouter les arguments d’organisateurs qui les ont toujours très bien payés, et même mieux que dans des arènes de première catégorie espagnole, pour tuer des toros du niveau d’arènes de seconde catégorie voire même, parfois, de troisième. »

C’est Pierre qui le dit.

NDLR Pierre, si vous existez vraiment, prenez garde à ce que vous dites ; ils pourraient bien vous passer par la fenêtre.

01 novembre 2011

Te parler de Barcelone


S'il fallait te parler de Barcelone et de ses derniers moments, s'il fallait t'en dire trois choses, rapidement, je te dirais Morante, j'essaierais de te dire le quite du pardon et la demie de l'absolution, la décomposition de sa face vert pâle et mort, descabello en main, sous le tonnerre du dépit amoureux qui s'abattait alors sur son être à bout de souffle, je te décrirais l'attente d'un septième, assis sur l'estribo et la possibilité du mensonge découvert, du sol rouillé et mité se dérobant sous ses pieds fragiles, l'éventualité du fracas d'un décor s'écroulant pour de bon dans un nuage de poussière. S'il fallait vraiment t'en dire quelque chose, peut-être me faudrait-il te conter ce mensonge avéré qu'était ce septième, l'évocation du soupçon de complot pour expliquer ce frêle novillo et la ferveur amoureuse avec laquelle le public transi de colère mi-feinte et mi-sincère s'est engouffré dans ce sursaut inattendu, dans cette dernière nuit, s'abandonnant pareil à qui aurait déjà tout donné et tout perdu, jusqu'à l'espoir et presque la vie. Il n'y avait plus de barrière alors, plus de statut, rien qu'une dernière fois, qu'un beau souvenir à se construire avant d'en finir avec Barcelone et ses toros qui n'en sont déjà plus, ses arènes destinées à l'anecdote de lieu vaguement canaille vendu à quelque projet à la rentabilité soigneusement chiffrée, tel un bordel devenu banque privée. 
Vois-tu, ce moment fut exceptionnel, par sa sincérité et la conscience de chacun, ce n'était pas José Tomás ouvrant le ciel de Catalogne et rendant la vie à un toro dans un délire hystérique quelques années plus tôt, mais la voluptueuse volonté de goûter chaque goutte s'écoulant du capote de Morante, de sentir entre ses doigts fuir le sable de ces avant-derniers instants. Le public était conscient, te dis-je, conscient dans son abandon et la célébration... et plein de ce désir de vieux jouisseur hors d'haleine soufflant sur les dernières braises à l'âge où les austères et les abstinents de toujours sont déjà morts en soupirant que ce n'était plus raisonnable. J'ai d'abord cru à un mensonge de plus, à une variation supplémentaire du coup du duende tombé sur commande après l'exceptionnelle technique d'un El Juli professoral et tout-puissant ou l'orgie de lenteur de ce Manzanares prêt à briser et fondre tous les canons dans sa quête d'une passe à la distance infinie. Mais s'il fallait tenter de te faire imaginer quoi que ce soit qui ait pu se passer ce soir-là, je te parlerais de ces véroniques, qu'une arène entière semblait donner en cadence, de ces remates tenant à bout de bras un public au bord de la lévitation. Ou bien te parlerais-je de cette jambe contraire, opposée, lourde de ce corps, inamovible, puissante et si fragile, ancrée dans le sable orangé. De cette jambe qui fait toute la différence et qui lorsque l'on cite est un embarquement pour le Nouveau Monde autant qu'un navire qu'on brûle derrière soi pour ne plus se laisser le choix. Peut-être, me faudrait-il singer cette moue, ces joues qui gonflent dans la difficulté, enfoncer le menton dans la poitrine, mimer une aidée par le haut. Ou bien, énervé et à bout d'imagination, faire défiler sous tes yeux en trois secondes les pages du Cossio, les gravures et les estampes des siècles passés d'un geste ample et ridicule tel un accordéoniste déployant les soufflets de son instrument, et puis, pour que tu comprennes, peut-être, jeter au loin ce savoir vaniteux et te laisser hausser les épaules en soupirant de découragement.

Autorovia (XII)


Vendredi
J'ai mal dormi et la nuit fut farouche. Mon visage bouffi me dégoûte. On ne devrait s'autoriser la contemplation de soi qu'après une certaine heure de la journée. C'est lâche mais peut-être en serait-il mieux ainsi. Je prends le petit déjeuner de loin, enceint par les bruits de la table, esclave d'un éveil forcé pour lequel chaque déglutition, chaque gorgée de chocolat chaud, chaque cliquetis de langue sur le palais déchire ma pesante torpeur comme un claquement de fouet. Dans ces instants-là, je suis heureux que ma femme soit ma femme. Je mesure depuis la profondeur de mon abattement matutinal à quel point il est doux d'être l'époux d'une femme si délicate. Elle a cette courtoisie langoureuse de transformer une torgnole de knout en partage du matin, prostrée dans un silence infaillible auquel la fumée du café donne un relief flexueux et féminin, d’un bleu de soie. L’âme ainsi flagellée je traîne mon corps comme une vieille savate s’arrime au bout du pied, une vieille savate qu’on se refuse à jeter, qu’on garde malgré tout. Si j’étais célèbre et people et Brad Pitt et si un journaliste venait m’interviewer sur le bord de ma piscine à fond gris anthracite (c’est moins commun que le bleu des prolos), parce qu’étant célèbre et people et Brad Pitt ce que j’aurais à dire serait éminemment intéressant voire indispensable à l’avancement sans fin de la pensée humaine, je répondrais ceci, la main posée, code barre charnel, sur la fesse gauche et gélatineuse de ma future ex-femme :
Well, you know (ça fait hyper bien de commencer comme ça quand on est célèbre et people et Brad Pitt) well, tu me demandes (quand on est célèbre et people et Brad Pitt on tutoie le journaliste) ce que je déteste vraiment dans ce monde ? (toujours reformuler la question pour être certain de l’avoir bien comprise quand on est célèbre et people et Brad Pitt) Well, you know, ce que je déteste réellement, ce qui me choque c’est la guerre, les enfants qui souffrent, l’injustice, you know, tous ces trucs qui sont pas bien (ne jamais oublier quand on est célèbre et people et Brad Pitt d’être manichéen) et aussi ceux qui ne respectent pas les femmes. Là je passerais l’autre main sur mon moule-bite rouge avec un sourire vicieux, dévisageant, sadique et conscient de l’être, le journaliste tout entier consacré à se dire que je suis un gros con et qu’il furèterait bien entre les cuisses immenses du morceau de barbaque aux longs cheveux soyeux, parce qu’elle le vaut bien, duquel je me refuse à ôter mon code barre de phalanges. Question de traçabilité, question d’époque !
Voilà, je dirais tout ça si j’étais célèbre et people et Brad Pitt mais je ne suis pas ça ! Il est neuf heures du matin, dans la glace de la salle de bain, un hamster cortisoné me dévisage et mes cheveux griffonnent un "M" sur mon crâne pelliculé d’anonymat. Mais moi l’inconnu qu’il vienne me voir le scribe qui veut savoir ce que je déteste dans ce monde. Ma liste elle est là sur le bord du lavabo, un catalogue que c’est même ma liste, un codex de détestation, une Bible de haines, une encyclopédie d’exécrations que je lui tiens à disposition à l’emplumé. Sers-toi, fais des photocopies et rêve ! La douche qui n’a pas assez de pression ; se cogner le petit doigt de pied contre le coin du canapé ; se lever de ce même canapé pour répondre à une voix inintelligible qui veut te vendre des fenêtres rondes (t’as que des fenêtres rectangulaires chez toi bordel !) ; se rendre compte qu’il n’y a plus de chips Lays, se relever (alors que tu viens juste de te vautrer de nouveau sur ton canapé qui t’a défoncé le petit doigt de pied) pour décrocher le combiné et entendre une autre voix inintelligible mais plus au sud et qui cette fois te propose de venir chercher un extraordinaire cadeau chez Jardiland à quinze bornes de chez toi (tu viens de découvrir que tu es l’heureux gagnant d’une bêche électrique à double injection et cette conne qui bosse à dix mille kilomètres de ton Jardiland elle sait même pas que t’as pas de jardin... J’ai pas de jardin !) ; un bouton rouge sur le nez ; changer une ampoule à trois mètres de hauteur ; se rendre compte trop tard que personne n’a pensé à racheter du papier hygiénique ; faire le plein ; ramasser une souris morte et répondre "non" quand la caissière te demande si tu as la carte fidélité du magasin. NON, j’en ai pas de carte fidélité ! Et elle te regarde comme si tu étais le dernier des demeurés à ne pas encore avoir ta carte fidélité. Et NON j’en ai pas, j’en veux pas de ta carte, je veux pas accumuler des points pour acheter trois poireaux, je veux juste pouvoir me dire que demain j’irai faire mes courses ailleurs, juste ce semblant de liberté-là. Fais des photocopies, je te dis.
Je me sens mieux après la douche. Comme plus léger, ouvert au jour.
Séville n’attend pas au mois d’août. Il faut faire vite avant qu’elle ne s’échappe. Le jour gambade, file et je lui cours après, Loulou sur les épaules. Les petits vieux et les femmes entrent dans les églises, d’autres en sortent. En les croisant, je me rends compte que mon genou droit me fait mal et que je serais bien en peine d’aller me coller à la prière derrière une mamie fraîchement permanentée. De toute façon je n’ai rien à demander, on a fait les courses hier. Je n’ai jamais saisi (en fait si, j’ai saisi) comment il était possible d’autant causer du ciel quand on passe le plus clair de son temps la tête inclinée vers de grandes dalles de marbres ? À croire que les voies du Seigneur sont à ce point impénétrables qu’on préfère s’embringuer sur l’itinéraire bis, sait-on jamais. La jupe courte est reine, sur elle se retournent les plis bien repassés de vaillantes cravates. Le marché est ouvert et tout est trop rangé. Ça sent le propre, ça crisse du balai, personne ne cause fort. Sur le pont il faut marcher à droite, suivre les traces au sol. Les vélos par-ci, les piétons par-là. J’obéis. Je marche, Loulou sur les épaules. Le blanc de la Maestranza me guide comme un mirador dans la nuit. C’est rouge. Il faut attendre. Ils attendent tous, rangés, patients, alignés. Au bruit, j’avance. Le bruit c’est pour les aveugles, pour qu’ils puissent survivre. Au bruit, j’avance. J’obéis. Tiens, les chiens ont le droit de chier par terre. Des chiens pour aveugles peut-être, sardoniques et blagueurs. J’avance. Je cours après le jour. Loulou pèse. Il est content là-haut. J’avance. Reyes Católicos. Plaza Nueva. Casa del libro. Je suis à l’heure. Je sue à grosses gouttes. J’ai bien fait d’accélérer, ils ferment dans moins de deux heures.
J’explique à Loulou que je veux regarder les livres de toros. Il ne me répond pas et me suit de bon cœur, sa petite main douce glissée dans l’excessive moiteur de la mienne. D’un coup d’épaule gauche puis droite j’essuie mon visage empourpré et j’expire sans discrétion pour mobiliser toute ma concentration. Je déteste la sueur. Celle des autres, c’est une évidence, mais la mienne aussi. Je suis toujours pris de cette angoisse que je considère existentielle que des regards moqueurs puissent railler l’auréole humide qui se révèle tel un polaroïd sur la couture arrière de mon short. À chaque fois, et août à Séville m’a offert de nombreuses occasions d’en arriver à ce point de réflexion, je me dis que la pilosité de l’homme est un sujet bien trop sous-estimé dans les diverses études sur les troubles psychiatriques contemporains. J’écrivais je ne sais plus quand que les rayons taurins des librairies généralistes de Séville ressemblaient à ceux de celles de Madrid et j’avais raison. J’aime me donner raison et j’essaye, autant que faire se peut, de me donner raison le plus souvent possible. Cayetano m’observe, ses yeux bleus d’héritier emplissent l’étagère principale et s’effilent comme s’il souriait, comme s’il se payait la tête de mon cul. Je te mettrais bien deux gifles Cayetano mais je suis surveillé, et tu les vois ces gens, toutes ces billes qui tournent autour de moi et qui se gaussent aussi. Ponce ne semble avoir rien remarqué, lui. Eté comme hiver Enrique Ponce a le visage d'un supplicié, la mine en phase terminale de joie. Il a déjà trop à souffrir pour partager ma gêne. Je montre à Loulou un livre de campo. Il aime les toros tout noirs qui sont couchés dans l’"herbe rose". J’aime quand il dit "herbe" et j’aime quand il dit "rose". J’aime quand il dit "toro". Je tourne les pages pour trouver d’autres toros couchés dans l’"herbe rose". Loulou est content. Ces rayonnages taurins ont pris le pli de la tauromachie. Je me répète ça à chaque fois mais c’est sans appel. Le toro disparaît, bâfré par le regard démultiplié d’un torero sans carrière pour lequel on a osé couper des arbres — autant j’aime être d’accord avec moi, autant je ne suis d’accord avec Yann Arthus-Bertrand que quand cela m’arrange et c’est le cas ici. Je ne peux en vouloir à Ponce, il souffre. Je décide qu’il faut partir. Je rejoins les caisses d'une démarche qui tient du crabe pétrifié, je sens que la pile de Cayetano poursuit son œuvre dédaigneuse et narquoise à l’égard de la couture arrière de mon short bleu. Je choisis de ne pas relever ; l’indifférence est un mépris. La caissière ne peut pas s’empêcher de faire des papouilles verbales à Loulou. Il ne comprend rien et elle me regarde interloquée. Je ne réponds rien, plongé de tout mon moi dans une paranoïa bien mal placée. Saloperie de Cayetano. Elle me demande si j’ai la carte de fidélité. Sur l’instant, j’interroge Loulou du regard pour vérifier que lui aussi a bien compris ce que je viens d’entendre. Je voudrais qu’il réponde à ma place, qu’il m’évite de me montrer désagréable et impoli. Mais Loulou veut des bonbons et ce n’est pas le moment de lui demander un service. Les enfants peuvent se montrer d’un égoïsme, me dis-je. Je fais non de la tête et je lui dis que de toute façon je n’achète rien. ¡Hasta luego!

La climatisation tourne à plein. Je lui voue un culte de plus en plus sincère sans toutefois éprouver le besoin de me mettre à genou sans quoi je ne sentirais pas l’air frais qu’expire le plafond. Je feuillette le Salcedo acheté l’autre jour. Veinte toros de Martínez. Je le lirai un jour, de temps en temps, comme j’ai lu les Cuentos del viejo mayoral. Quatre cent cinquante pages de toros. Chaque chapitre porte un nom de toro. Chaque lettre est faite du noir d’où naissent les toros. Tous les points, toutes les virgules, tous les guillemets exhalent l’arôme rauque, indéfriché, solaire du taureau de combat. Le livre s’ouvre sur une étrange phrase d’où s’échappe, mais c’est moi qui imagine, une photo de Salcedo. Les associations de pensée sont de redoutables perditions, me dis-je, en relisant la phrase. "Memorias de un ganadero... que no llego a serlo". La phrase est belle et triste, intranquille et paisible, un oxymore sans ressentiment d’une nostalgie consumée. Il lui coule des larmes qui glissent sur les joues comme on s’échappe sur la pointe des pieds. J’allume une clope. Il en reste et puis j’en ai racheté. Je repense à ces mots, je les écris dans le ciel, ma page blanche sur laquelle je colle la photo de cette phrase belle et triste, où il marche de profil, c’est bien lui que je vois, tourné vers la droite, courbé légèrement comme le sont les vieux, le poids de l’âge et de l’exil. Oui de l’exil ! Luis Fernández Salcedo était un homme en exil. Pas un apatride notez bien. Pas un errant. Pas un vagabond. Un exilé ! De toute façon, j’imagine une valise à la main que le cadre a coupée, une petite valise de cuir ridé, le parfait achèvement d’un corps vieilli. De sa valise, je la sais mal fermée, tentent de s’évader des pointes de cornes noires, des toupillons de queues, des râles sous la lune et le souffle froid des encinas l’hiver. En exil, on s’emporte soi-même. Je tourne la page en tirant sur ma clope. Constantinople est là, ou Byzance. L’exil sans départ, l’oxymore suprême. Salcedo et sa valise ne sont plus qu’un mirage lointain mais des voix montent à moi, des "r" qu’on maltraite. Le bateau tangue et, venu de si loin, le brouhaha s’immisce, rampe et m’enlace. La ville grouille d’eux, vibre de leur écho. Les Russes blancs de Constantinople, aussi aristos que Salcedo était une écriture élégante et polie. Tous, lui, eux, valises de cuir ridé comme uniques frontières ; tous s’emportent en exil.
Saloperie de téléphone portable de sa putain-de-race-maudite !!! Faut qu’il sonne là, à l’instant même où je divague au gré du clapotis moelleux des eaux de la Corne d’Or. Saloperie. Je devrais penser à télécharger une application spéciale vacances — "Mon répondeur est ton ami, moi pas". Je ne pourrais même pas, la seule application que supporte mon portable est un répertoire... et sonner quand je rêvasse.
Sur l’écran, par réflexe, je m’enquiers du nom de ce monstre qui m’a forcé au sacrifice de mes divagations taurines et extrataurines. La page blanche est froissée maintenant, rien ne subsiste dans ses torsions de Salcedo et de l’exil.
Fabrice Torrito. C’est écrit : "Fabrice Torrito". Je décroche. "Je ne te dérange pas ? — Bah, tu penses, merci de rappeler..."