29 septembre 2009

Arte puro


josetomasIl s’est déjà évidemment écrit beaucoup de choses sur la dernière corrida barcelonaise du 27 septembre. Tout le monde est à peu près d’accord sur la grandeur de José Tomás. Faudrait avoir des problèmes de vision de toute façon.
Le bémol en fait aura été la matière première qui, sans être à jeter, était parfois trop jeune, comme le sobrero, et souvent bien trop légère (au sens moral du terme s’entend) pour donner une autre dimension, totalement intemporelle, à ce toreo où les muletazos sont rematés comme chez personne d’autre, por debajo de la pala del pitón. Hacia dentro, et non hacia fuera… Un luxe aujourd’hui.
Javier Villán dans El Mundo est également dans cette tonalité : "Cuando José Tomás vuelva a hacer con el toro-toro lo que hizo ayer con los medios toros de Núñez del Cuvillo, volverá a ser aquel torero purísimo e intenso de los primeros años: un torero indiscutible que se pasaba los toros más cerca que nadie.
Ambas faenas carecieron de la intensidad y de la tensión que provoca el toro de lidia con todos sus atributos, pues los núñezdelcuvillo eran indigentes de algunos de ellos. Por ejemplo la casta, fuerza y temperamento. Carecieron pues las perfecciones del madrileño de ese estremecimiento carnívoro del Tomás más genuino que turba y conmueve.
"

Qu’il nous le refasse avec une corrida digne d'une plaza de première (par exemple les núñez del cuvillo cinqueños, cuajados y encastados de la despedida de César Rincón ici même pour ne pas aller chercher plus loin) et nous le statufierons, de son vivant, directement à la sortie des arènes.
Il n'empêche que, toujours pour Villán et pour beaucoup d'entre nous : "Lo que le faltó de tensión emotiva lo compensó con la variedad, la improvisación e incluso la técnica que a veces se le niega. Y, sobre todo, con el dominio de los terrenos que pisó: un lugar en el que los toros, incluso los dulces toros de Núñez del Cuvillo, no tienen más remedio que embestir. Ha terminado Tomás la temporada con la rara habilidad de convertir algunas destemplanzas en virtudes. Y ello se debe a una mayor depuración de su técnica, lo cual le ha dado seguridad y visión clara."
Enfin, pour en terminer, la vision du País par Antonio Lorca : "Fue una emocionante y preciosa tarde de toros la de ayer en Barcelona, protagonizada por un grandioso José Tomás en estado de gracia plena, transformado en un virtuoso del dominio, de los terrenos y las distancias, de la profundidad y del aroma, del toreo verdadero, grande y profundo. Torero, torero, le gritaba la plaza entera, puesta en pie, y embargada por la emoción, cuando terminó de dar la vuelta al ruedo con las dos orejas de su segundo toro.
Fue un triunfo apoteósico de este mesías nacido para revolucionar el toreo, aunque él prefiera que pase de largo ese comprometido cáliz; y una ocasión propicia, también, para comprobar con deleite la extraordinaria metamorfosis de este torero.
... José Tomás ha ganado en madurez, en concepción artística, en oficio, en gracia y en sabor torero. Su toreo ha pasado del estremecimiento al embelesamiento. Adiós al dramatismo y al morbo; bienvenido sea el arte puro.
"

Julio Aparicio


Sabido es (Valle-Inclán dixit) que nadie puede ser sublime sin interrupción; Morante de la Puebla tiene ese don de dejar inacabadas las obras de arte, igual que algunos pintores dejan inconclusos sus cuadros.
El don de Julio Aparicio es distinto al de Morante aunque algunas veces se le parezca. Aparicio, con salpicaduras sombrías de genialidad, termina planteándose el toro como un enigma sin solución, como un misterio. Lo malo es que la mayor parte de las veces no hay enigma ni misterio y aquello, naturalmente, se convierte en un contradios que cabrea al público.

Javier Villán

Julio Aparicio

28 septembre 2009

Deux questions


Les questions, c’est comme les cornes, ça marche par deux. Ça tombe bien, j’en ai deux...

1/ Si l’on considère que la noblesse est l’expression de la bravoure au dernier tiers, peut-on considérer comme noble un animal qui n’aura pas été brave lors du premier ?

2/ Avez-vous déjà vu un matador et sa cuadrilla mettre en valeur un toro tout au long de son combat ?

Image Dans les corrals de Vic © Camposyruedos

25 septembre 2009

Communiqué


François Bruschet nous prie de bien vouloir porter à la connaissance de son pléthorique lectorat qu'il sera à son grand regret dans l'incapacité de participer comme prévu au séjour On s'éclate à Marbella (sic) ; en conséquence de quoi deux packages sont disponibles à la revente. Pour la modique somme de 3.850 euros chacun (prix quasiment coûtant), vous avez accès aux activités suivantes :
- une corrida de Hermanos Tornay pour Sérafin Carafe (heu... Marín), "El Capea" (fils) et "El Cordobés" (fils aussi, le vrai de vrai !) ;
- une tertulia animée par "El Colemonte II", plus fort que le I et super déconne ;
- un repas espagnol typique avec paella Garbit, fino de la casa, Banga et Pepitos, et
- une visite de ganadería andalouse, avec danseuses de sévillanes (olé !).

Il a en effet pris des engagements par ailleurs auprès d'amis qui lui sont chers (cf. photo ci-dessus), et doit participer avec eux au grand concours annuel "Pipi et Cacahuètes" organisé par la localité de La Fuente de San Estebán. Pour ceux que ça intéresse, la règle du jeu est simple et parfaitement reproductible dans n'importe quel patelin : vous absorbez la plus grande quantité possible de bière, vous sortez sur le parking, vous urinez tout en marchant (il est interdit de courir) ; celui qui parcourt la distance la plus grande a gagné le droit de bouffer le contenu d'une sous-tasse à café remplie de cacahuètes (sans se laver les mains). C'est pas super distingué, mais chacun ses choix. Le jeu se fait en équipe et par roulement : une équipe sur le parking, l'autre au bar, et ensuite on change.
La marge appliquée autorisera notre cher patron à financer l'acquisition d'un objectif hors de prix, rigoureusement inutile et dépourvu d'auto-focus (ça promet...), et lui permettra ainsi de parader dans les rues de Nîmes en agressant les vieux pour faire genre je suis un street photographer.

Faites un geste, soyez sympas.

Mou ! rou ! bé !


Murube ! Prononcer "mouroubé". Ça fait toujours son petit effet de le mâcher comme eux, la bouche fermée comme handicapée, en insistant bien sur chaque syllabe, un peu comme si elle pesait un double quintal la syllabe : « Mou ! rou ! bé ! »
Et question quintal, et barbaque, ça s’y connaît le murube, rectangle mal arrondi tracé grossièrement, noir tout entier, même l’œil il est noir, y’a que ça quasiment en boutique*.
La boutique, d’évidence, elle va mettre la clef sous la porte un de ces quatre parce que, vilaine rengaine, faut bien que ceux-là crèvent pour que ceux-ci respirent, s’étalent, se répandent. C’est la Loi, c’est comme ça, ça fout les jetons parce qu’on est un de ceux-là un jour. Et le murube, il est crevé ou c’est comme si, il sue le mal de tous les pores de son bide trop bas, il bave sa rage par les creux sombres de ses yeux mais il crève, en sursis, il agonise comme une civilisation, ce qu’il fut, il meurt là comme une courtisane oubliée que le corps abandonne un jour de grand beau temps, et qui pleure de ne plus plaire, maintenant, qu’aux souvenirs de ses amants d’avant.
Parce qu’être toro de lidia d’encaste Murube en 2009, pour sûr que ça renifle le sapin, l’encens, l’haleine du calotin ou celle des pissenlits à force de tendre le mufle vers le trou de balle de grands bourrins presque gymnastes, d’une potence aux relents de crottin. Pour un qui veut se battre, crever le nez dans la merde, c’est crever deux fois plus mais c’est crever quand même, y’a aucun doute.
Mou ! rou ! bé !
- « Le murube, il combat comme il sort. S’il sort bon, il sera bon tout le combat. S’il sort mauvais, il reste mauvais ! »
Il a lâché ça, sûr de lui, sans hésiter, droit et raide. C’est ça qu’il voulait dire. Le murube, il est comme ça, c’est pas autre chose, c’est bon ou c’est mauvais, ça finasse pas le murube, ça se prend comme c’est le murube, bon ou mauvais, noir tout entier, du rustre, du mal dégrossi, un bloc… et toc !

C’est tout ça qu’il a voulu dire, le mayoral, et on l’a cru qu’à moitié son histoire tout droit et raide qu’il était, tout sûr de ce qu’il balançait. On l’a cru qu’à moitié, comme si on avait été absent, à regarder dehors par la fenêtre, à rêver d’autre chose. Le murube, ça colle pas le rêve en plein hiver ! On l’a pas cru, ou alors qu’à moitié, mais c’est peut-être pour ça, pour ce qu’il racontait, qu’il expire le murube ou peut-être à cause de sa faiblesse récurrente ou peut-être aussi, va savoir, qu’il est entré dans le cercle trop grand de ces autres, ces ceux-là qui trimballent leur race jusqu’à la lie, dans la certitude de n’être déjà plus qu’ombre et poussière, ceux-là qu’on ne voit plus, ou presque plus parce que les modernes ont le vent en poupe et se répandent, mais qu’on aimerait bien voir demain parce que l’hiver, le rêve... Ça vaut un feu de cheminée !

* Le pelage noir est le pelage ultra dominant de l'encaste Murube. Cependant, il est possible d'y trouver aussi des castaños, des tostados et encore plus rarement des colorados. De même, il semblerait que certains élevages d'encaste Murube voient, de manière sporadique, surgir des animaux avec une partie du pelage blanc. C'est le cas en particulier dans la ganadería de La Castilleja (Cordoue) comme ce fut le cas aussi chez Niño de la Capea. A ce sujet, vous pouvez lire l'article paru dans la revue 6Toros6 en 2004 (n° 523), "Los murubes blancos".

>>> Retrouvez la galerie consacrée aux Murube de Castillejo de Huebra dans la rubrique CAMPOS du site. Et comme ces gens-là aiment la difficulté, ils élèvent aussi, sous l'appellation Sánchez Cobaleda, du Vega-Villar ainsi que du Santa Coloma (ligne Buendía) sous le fer de Terrubias. Vous trouverez également les galeries de ces deux élevages dans la rubrique CAMPOS ainsi que les fiches techniques de chaque élevage sur www.terredetoros.com.

Photographies Deux exemplaires de Castillejo de Huebra, 2009 © Campos y Ruedos

24 septembre 2009

La noix d'honneur


Accrochée aux pompons de la chaquetilla (remisée dans le placard) de Frédéric Pascal, torero retraité et revistero éclairé. Empêtré dans sa reseña de la corrida nîmoise de Yonnet due au « phare de Vieux-Boucau » (19 septembre), il s’évertue à décrire, non sans un malin plaisir, les manières (surtout les mauvaises) du troisième toro de l’après-midi. De quoi laisser perplexes aussi bien le non initié que l’aficionado.
Caressant ses boules, le Madame Soleil des ruedos nous raconte que « pattes en avant le troisième crocheta des deux cornes dans les capes » et qu’il « tenta », par la suite, « de soulever le groupe équestre sans pousser, ce qui est précurseur d'une propension aux appuis défensifs sur les antérieurs, donc de charges sans course. » Et, jubile-t-il tout à sa révélation, « cette attente ne fut pas déçue » car « au troisième tiers, il resta statique n'allongeant que le cou pour tenter de saisir l'homme. » Imaginez la scène ! Inutile de vous dire qu’à ce moment précis du récit, l’ex-torero ne voyait pas seulement s’allonger le cou du toro...
Quand on pense que certains ont râlé de ne pouvoir se libérer jeudi dernier, rendons grâce à l'éminent Pascal de leur avoir ôté tout regret.

Le titre est emprunté au Canard enchaîné. Quel dommage que le volatile n’utilise jamais son bec (antitaurin) pour piquer au vif les têtes à claques de notre mundillo national...

Image © Santos Saavedra (1903 – 1977)

Retour au campo


La temporada 2009 s'achevant lentement, c'est un retour au campo que nous propose un "site ami" comme l'écrit souvent Philippe, c'est-à-dire Terre de toros. Il nous présente deux petits élevages, tout petits petits, éloignés des circuits habituels de l'afición, lidiant surtout leur camada en spectacles non piqués ; deux petites ganaderías donc mais qui, chacune à sa manière (un croisement Santa Coloma-Veragua pour Sánchez Hernando et la beauté du campo pour Hernández Núñez), ne peuvent que susciter l'intérêt des quelques dinosaures qui s'intéressent encore aux taureaux de combat.

>>> Rendez-vous donc en terre de toros : c'est par là pour Sánchez Hernando et par ici pour Hernández Núñez. Bon retour au campo !

Photographies 1/ Chez Sánchez Hernando et 2/ Chez Hernández Núñez © Camposyruedos

23 septembre 2009

Je me marre !


8h30, je sors du métro. Entre 3 coups d'épaules et une sortie encombrée par 2 vieilles qui stagnent dans l'escalier pour échanger leurs points de vue respectifs après l'acquisition du très opportun dentier "new generation" toujours bienvenu, je me dirige vers la lumière. Place de la République, je prends l'air, lourd et malsain, mais c'est mieux que rien, et là, on me tend généreusement le 20 minutes. En temps normal, je zappe les dix premières pages et je file à la rubrique "Sports", avant de balancer le tout par-dessus bord, mais pas aujourd'hui. Et non, pas aujourd'hui, parce que j'y ai juste trouvé cette phrase flambante comme un enjoliveur dans son emballage :

"La Société Protectrice des Animaux compromet sa mission de protection animale et trahit la confiance de ses donateurs. Jamais encore la Cour n'a été confontée à un tel cas" dixit Philippe Seguin himself qui ajoutait : "Cela fait plus de huit ans que nous critiquons la gestion de la SPA et nous ne constatons pas d'amélioration. Elle n'a pas su redresser la barre, contrairement à d'autres, comme l'Association pour la Recherche sur le Cancer qui avait été épinglée en 1993." Ah oui ! Tout de même...

Et puis "Sherry on the cake", "la Cour révèle des fraudes financières dont certaines font l'objet d'enquêtes judiciaires. D'ailleurs, la gravité de la situation a poussé la Cour à alerter ses ministères de tutelle... des faits passibles de poursuites pénales avaient pu être commis" et blablabli et blablabla... Conclusion : c'est bien connu, les gens biens ne se privent de rien !
Gratinée, la bafouille du sieur Seguin, tout de même ! Il doit pas aimer nos amis les animaux...
Enfin, moi , je dis ça, je dis rien... mais JE ME MARRE... un peu quand même !!!

Photo Humour-canin.com, un site d'amoureux des animaux qui manifestent leur affection pour les bêtes en leur donnant l'air le plus con possible...

21 septembre 2009

Arles, encre et lumière


Après la journée du patrimoine, retour sur une course pour l’histoire…

La lumière était blanche et dure comme la pierre. Le soleil cognait fort les casques des cohortes éparses des spectateurs. Une vengeance astrale pour faire oublier le grelottement de l’an passé. Les gradins se sont garnis. Une travée pleine, l’autre creuse, noircie par-ci, vide par-là... et là... et encore là... Une carte perforée de piano mécanique. Allez, musique et paseo !
Blanche l’arène, noires les lunettes.

Partido de ResinaGris le toro, un de Partido de Resina de 580 kg, rond comme un patapon, fond sous le cagnard en moins de temps qu’il ne faut pour tirer un trait sur les illustres pablorromeros. Il entre plein d’envie et mord la poussière avant la pique, à la sortie d’un capotazo. Les déplacements deviennent difficiles. Dès le second puyazo, la bouche s’ouvre largement, la langue pendouille à la recherche d’un second souffle. Volontaire, il retourne une troisième fois au cheval, ressort exsangue, saigné à blanc mais conserve une qualité de charge toute en douceur. Une noblesse dont López Chaves ne tire aucun avantage. Un bajonazo conclut le face à face. Déception !


PalcoAgitation soudaine sous le palco. Que se passe-t-il ? Conduit à l'infirmerie sans avoir toréé, Sánchez-Vara ne reviendra pas. Un problème médical l'empêche de poursuivre. Perplexité dans l'amphithéâtre. Quand on se sait diminué, pourquoi prendre le risque de mettre tout le monde devant un désagréable fait accompli, organisateurs, compagnons de cartel et spectateurs ? Surprenant interlude que cette fin sans début ! Sur les travées, les voix qui expriment leur étonnement déclencheront les foudres de la critique. Ce 11 septembre 2009 personne n’osera employer l’habituel qualificatif de taliban ou d’ayatollah. Juste quelques perfidies, de simples allégations frisant le ridicule. Elles sont où les hordes "toristas" ? Les bataillons de braillards qui réclament du toro-toro, où qu'ils sont ? Ah ! Ça pour beugler...

Des aficionados, sur les tendidos, il y en avait. Certes, pas autant qu’on aurait pu le souhaiter, un vendredi à 17h 30... Outre le fait qu’à pareille heure, un jour ouvré, certains... œuvrent, d’autres, pour arriver à temps, ont bien tenté la téléportation. Ils se sont heurtés à la vénalité du passeur, Monsieur Spock. Excédés par son intransigeance, ils lui ont taillé les oreilles en pointe. Et pour la féria des Vendanges ? Qui est libre un jeudi soir à 17h30 pour fêter dignement les 150 ans de la ganadería française la plus prestigieuse ? Et vendredi matin à 11h, qui assistera à la novillada de La Quinta ? Les "toristas" ? Comment ça pas dispos ? Vous le faites exprès ! Faudra pas venir se plaindre. Ça, pour beugler...

Conde de la CorteRendons à César ce qui appartient aux Consuls. Les empresas qui désirent se débarrasser de spectacles encombrants ne s'y prendraient pas autrement. Pourquoi blâmer une partie de l’afición en évitant d’égratigner ceux qui décident ? Le courage consiste-t-il à culpabiliser ceux qui subissent en épargnant ceux qui choisissent ? Que chacun assume ses responsabilités et les vaches braves seront bien gardées. Colère noire !

Noir aussi, le toro du Conde de la Corte qui bouscule l’ordre de préséance de la corrida concours. Au diable l’ancienneté à Madrid ! Adaptons-nous au mano a mano. The show must go on !
Un toro haut, allègrement charcuté le long de l’épine dorsale par une pique incertaine. Trois fois dans l’échine, trois ! Un traitement de faveur qui n’entame en rien sa vaillance face aux banderilleros. Un des subalternes vient saluer en piste. Fernando Cruz débute sa faena aux planches, en gagnant le centre, laissant entrevoir de bonnes dispositions. Il cherche à donner de la distance, ne trouve pas le rythme et perd pied devant un animal qui finit par accuser le coup en réduisant sa charge. Au second pinchazo, l'affaire est entendue. Dommage ! Il y avait mieux à faire sur les deux cornes.

Clavel BlancoLe panneau annonce 'Clavel Blanco' du fer de María Luisa Domínguez Pérez de Vargas. Attention, concentration ! On revient à l’ordre de sortie initial. 'Clavel Blanco', un grand échalas de 610 kg, noir de jais. Le guardiola se moque de son patronyme. Il hésite, part au centre, freine, observe, repart en traçant dans la poussière les brusques arabesques d'une calligraphie récalcitrante. López Chaves, entre pleins et déliés, compose à la cape une trajectoire zigzaguante qui s'arrête net devant la cavalerie, loin.
¡Dejálo! Crie-t-on dans les tribunes.

Clavel Blanco'Clavel Blanco', ni fleur ni blanc, cet œillet-là vient faire sa révolution. A la charge ! Il gicle droit sur Quince. ¡Batacazo! Juan Luis Rivas marque le sol de son empreinte. Dégommé le canasson, plié, couché, balayé. Le toro insiste, s’éloigne subitement direction le toril, se ravise, d’un coup sec se retourne, observe les dégâts et repart au combat. Surprenant, à ne juger ni sur le nom ni sur la mine. Une mine de plomb. Cinq assauts. Cinq traits vifs, directs, fougueux, rageurs, grandioses. Cinq zébrures, cinq déchirures. Du grand art !

Clavel BlancoDe la caste à revendre, constamment sur la brèche, poursuivant bouche close ceux qui passent sous son mufle. Il entre avec envie dans la muleta de López Chaves sans pardonner la moindre erreur. Le torero se cramponne ne parvenant pas à hisser sa tauromachie. Une estocade entière.
Le toro reste là, droit, bouche fermée, sans une plainte, à lutter jusqu’à la fin, jusqu’à ce qu’on retire la lame. Alors, lentement, pas à pas, il s’avance et vient mourir au centre. Un frisson parcourt l’arène. Mouchoir bleu et mouchoir blanc. Arles debout, s’incline devant un Señor Toro. Respect ! L’arrastre accélère, passe la porte dessinant l’ultime trace sur le sable de la mémoire... Les yeux brillent.

YonnetDifficile pour 'Blanquet' d’assurer la succession. Il trottine, indécis, smoking blanc et bottes noires. Quel poids pour un toro ! 150 ans. Toute l’histoire de l’élevage repose sur ses épaules. Plus qu’un fer, une famille, une institution. Chapeau Monsieur Yonnet !
'Blanquet' tente de tenir son rang. Un peu trop rude au goût des cuadrillas et du torero. Rien ne lui sera épargné. Massacré à la pique où il ne se montre pas très brave. La terrible correction déclenche trois broncas consécutives. Le lamentable tercio de banderilles provoque à son tour l’irritation sur les gradins. Et pour finir Fernando Cruz, échaudé par la vivacité encore intacte de l’animal, escamote la faena. Désolant ! Applaudissements pour ce toro qui aurait dû, normalement, boucler l’après-midi.

Prieto de la CalC’est le hasard qui donne tout son sens au dicton. Prieto de la Cal, no hay quinto malo. 'Aguardentero', 605 kg, un veragua clair comme une bulle de savon. Un jabonero de La Ruiza, la maison mère, là-bas, au fin fond de l'Andalousie. Lui aussi est venu faire parler la poudre. Si l’on en croit la poussière qu’il soulève, il tient promesse. Quatre puyas. En venant de loin, de très loin, en poussant, en mettant et les reins et le coeur. Quatre impacts, deux batacazos. Changement de tiers. Pour ceux qui ont vu son ainé, 'Farolero', traverser quatre fois le ruedo de Saragosse lors d’un tercio de piques mémorable, la décision de la présidence reste définitivement incompréhensible.

Prieto de la CalEn quittant les arènes, Tomás Prieto de la Cal ne cache pas sa frustration. Ce furent les plus belles piques de l’après-midi et de tant d’autres tardes. Nous ne devions plus voir grand-chose. López Chaves offre quelques séries latérales qui finissent par exaspérer l’assistance et conclut laborieusement après plusieurs tentatives calamiteuses et un descabello. Navrant !

Celestino CuadriLa malédiction plane actuellement sur l’élevage de Cuadri. Sombre présage pour le numéro 48. L’animal entre pourtant de la plus fracassante des maniéres, cognant les burladeros à chaque appel. Il prend les trois piques réglementaires, sans conviction. Décasté. Fernando Cruz rompt le combat et range la muleta rapidement. ¡Una pena! De la peine, oui ! Pour Cuadri et pour Cruz. Atones.

Une corrida concours pour se souvenir en refermant les yeux comme on garde les rêves. 'Clavel Blanco', un toro noir d’encre qui lançait des éclairs, "obscure clarté qui tombe des étoiles" (Corneille in Le Cid - l’autre, pas le torero...).

La suerte o la muerte


Encore Flickr...

C’est taurin mais présenté par un photographe totalement étranger à ce monde là : Artamir.

Flickr
offre depuis peu la possibilité d’organiser ce genre d’exposition.

Artamir propose un choix de photographies taurines et parle de la tauromachie, qu’il ne connaît pas, mais qui visiblement l’attire.

Ça s’appelle La suerte o la muerte...

20 septembre 2009

Julio Aparicio


En rubrique RUEDOS du site, une galerie est consacrée à "Julito" Aparicio.

julitoaparicio

Toros y vinos... à Mirandilla (V et fin)


Septembre est évidemment la période des vendanges et l’occasion pour nous de conclure avec Fabrice Torrito la série Toros y Vinos à Mirandilla. Avec Fabrice mais également avec la maison Krug qui est descendu en Andalousie pour y déguster rien de moins que le Clos du Mesnil 1995. Nous laissons la parole à Fabrice qui va nous parler d’une légende champenoise.

Sur la photographie ci-contre, Fabrice est en compagnie de l’œnologue de la maison Krug.

• c’est un champagne « pur sang », sans assemblage. Même parcelle de vigne, même cépage, même millésime, ce qui est très rare dans l’élaboration d’un champagne. Peut-être comparable à la consanguinité normalement pratiquée dans une ganadería, en mesurant tout de même ses effets pour éviter une dégénérescence de la race ;
• c’est un produit hors-norme. On a l’habitude de dire en parlant des produits de Krug que ce n’est pas du champagne. Des personnes n’aimant pas le champagne, peuvent apprécier du Krug. C’est un produit à contre courant commercial, comparable à un éleveur de bravos qui fait du toro encasté, puissant et avec beaucoup de tête. Ces bêtes ne sont pas facilement vendables, mais un public d’aficionados connaisseurs les recherchent ;
• la part du marché de Krug, est une goutte de champagne dans la production totale ;
• c’est un produit très typé, reconnaissable entre tous, très facile pour une dégustation à l’aveugle ;
• les méthodes de production, d’élaboration et d’élevage sont traditionnelles (élevage en fûts de chêne). C’est le taureau « de toute la vie », né de la monte d’une vache par un étalon, en pleine nature. Pas de techniques modernes ;
• Krug possède des réserves de « vins clairs », qui est la substance régulatrice qui permet d’uniformiser le goût des produits de la maison. Cela peut se comparer à un étalon qui « transmet » bien, ou une lignée (reata) bien définie qui assurent la continuité des caractéristiques morphologiques et de comportement des toros d’un élevage
• le palais de la maison est assuré par Olivier Krug, cinquième génération d’éleveur, qui continue d’assurer le « goût » et la griffe Krug. Dans un élevage de taureaux, la décision de sélection ne peut appartenir qu’à une seule et unique personne, le ganadero, qui appliquera ses convictions. On pourrait discuter longtemps sans jamais se mettre d’accord sur le comportement d’une génisse en tentadero

Conclusion :
• il semble que c’est bien le consommateur qui régule le marché du vin, alors que le marché de la corrida est totalement aux mains des figuras et de leurs managers. Le public aficionado, dans le choix des élevages n’a que très peu de poids, exception faite de programmations rares et originales comme à Céret ;
• un vin élevé de manière traditionnelle, avec une philosophie de qualité, de caractère bien trempé et de rareté, parvient à se monnayer très cher, ce qui n’est le cas semble-t-il que chez Miura et surtout Victorino (quoique la rareté du produit chez ce dernier est aujourd’hui relative, avec 25 corridas lidiées par temporada) ;
• un éleveur de vin ou de toro doit-il s’adapter aux lois du marché de consommation ou garder sa ligne directrice de sélection ? Doit-on faire du taureau ou du vin pour vendre ou pour se faire plaisir ? Les deux aspects sont-ils compatibles ?

19 septembre 2009

Nîchmes (II)


Ce matin à Nîchmes, s’il met une épée à son second toro, peu importe où du moment que l’effet en soit rapide, Enrique Ponce coupe deux oreilles, la queue, et allez savoir quoi d’autre. C’est un fait, annonce mon voisin, Enrique est un monstre. Un monstre dites-vous. Voyons ce que nous dit à ce propos Le Petit Robert.

Monstre : être, animal fantastique et terrible (des légendes, mythologies). Voir chimère, dragon, etc. Animal réel gigantesque ou effrayant. Ensuite Robert nous parle de cétacés, de poulpes et de monstres marins.

Je ne suis pas franchement convaincu. Pour ma part, je tendrais plutôt à considérer le señor Ponce comme un alchimiste, soit un type capable de transformer de la merde… en caniche.
Allons donc voir ce que nous dit Robert sur l’alchimie. L’alchimie nous vient de l’arabe. Il s’agit d’une science occulte, née de la fusion de techniques chimiques gardées secrètes et de spéculations mystiques, tendant à la réalisation du grand œuvre. Robert nous signale qu’il existe également « l’alchimie du verbe » de Rimbaud. Mais là, il me faudrait Hélène Galtier.

Donc oui, plutôt qu’un monstre, Don Enrique est un grand alchimiste, capable, nous venons de le voir, de transformer une merde en caniche. C’est cela, la grande œuvre du toreo moderne et contemporain.
Le toro ne sort plus pour être combattu, lidié, et encore moins piqué. Il sort pour être rassuré, cajolé, mis en confiance, avant d’être transformé… en caniche. Alchimie taurine à laquelle quelques vieux cons demeurent obstinément hermétiques. Encore que le mot soit mal choisi puisque Robert nous explique que l’hermétisme est l’ensemble des doctrines ésotériques des alchimistes. Alors nous serons juste vieux et cons, même pas hermétiques. Si c’est pas la misère ça...

Rrubenn


Si Flickr n’existait pas, c’est clair, il faudrait l’inventer. Evidemment, comme tout ce qui nous vient des nouvelles technologies, il y a du bon, et du moins bon, voire du mauvais. A nous, à vous, d’avoir l’intelligence de trier.

Je suis souvent assez étonné par le degré d’incompréhension et de mépris dont ces nouvelles technologies font l’objet chez certains. Un peu comme si on voulait interdire ou déconsidérer les grands vins sous prétexte qu’il existe par ailleurs d’infâmes piquettes. C’est comme tout. Il faut trier.

Du côté de Flickr un nouveau contact rrubenn, et ce cliché, superbe.

18 septembre 2009

Nîchmes


Ils sont quand même très forts à Nîchmes. Ce matin, sur des gradins plus que clairsemés, nous étions tous de très bonne humeur. Même pas l’esprit contrarié, ni contrariant. Nous subissions sans mot dire une assez quelconque novillada de La Quinta. Nous regardions, perplexes et sans broncher, Thomas Duffau peguer des passes, des passes, et encore des passes. Le pegapasisme dans toute sa plénitude appliquée. Et nous, même pas énervés. A peine un peu agacés par les hurlements dudit Duffau. Je hurle, je pegue, je hurle, je pegue. Et nous on subit. Morne litanie. Nous étions même résignés à le voir couper deux oreilles après que Lechuga en ait coupé une, nous ne saurions dire pourquoi. A la vérité on s’en foutait. Et puis on se disait qu’un vendredi matin de feria on était mieux là qu’au boulot. Pas de pluie, temps un peu lourd mais très agréable de fin de saison. Juste ce Thomas Duffau qui crie un peu trop fort. Pero no pasa nada. Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici tout va bien jusqu’au moment où, allez savoir pourquoi, l’encravaté du palco, sur les sollicitations pourtant pas très violentes de tres indocumentados, nous sort un mouchoir bleu pour un torito juste potable, juste acceptable, surtout noble. Le minimum du minimum, rien de rare. Rien qui ne vaille pareil étalage. Ils ont tout de même fini par nous énerver à la fin. Ils sont quand même très forts à Nîchmes.

17 septembre 2009

Des Yonnet mous, et faibles


Nîmes, 17 septembre 2009. Des Yonnet faibles, mous, sans étincelle, sans personnalité. Le plus marquant aura été sans aucun doute cette faiblesse, le manque d’allant. Même pas méchants. Le tempérament, la sauvagerie sont restés au campo. Une peine de corrida, l’inverse total de ce que l’on peu attendre de cette devise. Une peine, oui.

Yonnet 2009

Photographie sans paroles (XIV)



16 septembre 2009

Une corrida concours pour le souvenir


Laurent Giner, ex-président de l’ANDA, nous a transmis le texte suivant.

9 piques en 2 toros. 3 ou 4 batacazos vrais, explosifs. Des piques, nous aurions pu, nous aurions dû en voir 2 ou 3 de plus au prieto de la cal, mais le palco… Pour une fois que nous avions un concours de piques plutôt qu’un concours de muletazos
Bref, au réveil le samedi nous étions quelques-uns à n’être toujours pas descendus de notre nuage. Nous nous sommes téléphonés afin de nous assurer de ne pas avoir rêvé, d’en parler et en reparler, comme pour retenir ces souvenirs et les faire revivre.

Le Tío Pepe disait : « Aussi, m’adressant plus particulièrement aux jeunes aficionados, je leur dis simplement : à toutes les époques, il y a eu des gens qui ont perdu l’afición, et toujours sous le même prétexte : qu’il n’y avait plus de toros ! Pour ma part, j’en ai connu dans ma jeunesse, et je pourrais en citer aujourd’hui. Je ne suis pas d’accord. Et c’est pourquoi je dis aux jeunes aficionados d’âges ou de vocation : « soyez toujours vigilants, mais gardez confiance. Il y a encore de beaux jours pour la fiesta brava ! Seulement, ne vous trompez pas : cela dépend en partie de vous ! » Conférence de 1976 « De l’aurochs à la corrida moderne ».

Ces deux toros ont sauvé la programmation de la corrida concours. Ce concours qui gêne la direction des arènes d’Arles depuis longtemps et dont l’enterrement était prévu vendredi dernier. Car pourquoi programmer un concours le vendredi après-midi sans aucune tête d’affiche avec 3 bouche-trous quasi inconnus aux arènes d’Arles ? Si ça n’est pas un homicide cela y ressemble fortement, j’en suis personnellement convaincu et beaucoup d’aficionados arlésiens aussi. Comme le soulignait le phare de Vieux-Boucau (attaché de presse informel) dans son édito de samedi : « Mais on retiendra aussi malheureusement, au vue de l'entrée, que l'aficion torista assure de moins en moins la recette dans les spectacles montés selon ses voeux. Faut-il en conclure que la saison a été trop longue - ce serait un moindre mal -, ou que ce public se réduit ? »
La mise en scène était donc préparée mais la caste, la force et la puissance ont tout chamboulé. La corrida concours reviendra certainement le dimanche, aux prochaines prémices du Riz.
Comme quoi le Tío Pepe savait voir loin. Vive les toros puissants, méchants, poderosos, intègres, farcis de caste et de bravoure. Que cessent les faenas de 100 passes. 20 bien rématées suffiront et comme disait Antoñete : « Il y a des faenas qui durent 4 minutes et trop qui en durent 10 ; mais dans aucune faena il y a plus de 20 muletazos parfaits. »
Laurent Giner

14 septembre 2009

Arles, 13 septembre 2009


>>> En rubrique RUEDOS du site, une galerie consacrée à la corrida du 13 septembre 2009 à Arles.

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13 septembre 2009

Au fer rouge


Sur le point de mettre bas, la mère s’est mise à l’écart au fond du pré sous des arbrisseaux, là où l’air frais du Tage caresse la peau, effleure les naseaux, fait trembler les roseaux. À la fraîche, le petit mâle est sorti. Quelques heures ou jours plus tard, un vacher choisira le moment opportun pour lui « agrafer » deux boucles d’identification (crotales en espagnol), une à chaque oreille. Des boucles de plastique orangé qu’il portera — a priori moins d’une année — jusqu’à l’herradero où elles lui seront retirées... mais soigneusement conservées. Et à « Monte Adema », c’est peu dire que les jeunes Palha le sentent passer leur baptème du feu ! Pas moins de sept marques au fer rouge leur seront apposées sur le cuir du flanc droit. Sept, pas une de plus, pas une de moins.

Sur le cuir de cette paroi de chair et d’os qu’est le flanc droit d’un Palha, on y déchiffre — tout un programme :
en bas à gauche, sur le « gîte à la noix », le P surmonté de sa croix, le fer de la ganadería ;
au-dessus, à la pointe du « rumsteak », le U de la Unión de criadores de toros de lidia ;
en bas à droite, sur le « jumeau à bifteck », le dernier chiffre de l’année ganadera, le guarismo ;
en haut à droite, sur le « collier », un autre P, sans sa croix celui-là, le fer de l’Associação portuguesa de criadores de toiros de lide, enfin,
en haut au milieu, sur le « faux-filet » et la « côte », un nombre à trois chiffres. Pas un, pas deux, trois. Pourquoi trois ? Parce que si l’on en croît l’aficionado Luis Miguel Parrado, du blog Los caminos del toro1 — et pourquoi ne le croirait-on pas ? —, Palha marque(rait) ses toros des trois derniers chiffres du numéro d’identification de l’animal inscrit sur la boucle2.

Voilà, je n’irai pas jusqu’à laisser entendre que ces multiples brûlures au fer rouge puissent avoir un quelconque lien avec la bravoure, la force ou bien encore le poder... D’ailleurs, s’il est vrai qu’en braves et en bons Palha ‘Camarito’ et ses frères de la San Isidro arboraient leurs sept marques, ‘Clavel Blanco’ et ‘Diano’, deux grands braves parmi les braves, n’en affichaient quant à eux que cinq et quatre.

Sept sillons crayeux comme autant de mystérieux graffitis, sept larges traces aux contours imparfaits, sept imposants tatouages en guise de signes distinctifs, sept cicatrices renforçant l’impression de sérieux émanant des redoutables et ténébreux guerriers portugais de Palha.

1 Post né de l’interrogation de Manon au sujet des numéros des Palha — les deux posts affichant la même date.
2 Au Portugal, le n° d’identification proprement dit comporte six chiffres : petits, les deux premiers se situent au-dessus du code barre et les quatre gros derniers en-dessous — ce semental de Palha (© David Cordero) porte(rait) donc, en toute logique, le n° 650. En Espagne, le n° d’identification en compte huit : quatre petits au-dessus du code barre et quatre gros en-dessous. En France, dix : six petits au-dessus et quatre gros où vous savez. Source : ministerio de Medio ambiente y medio rural y marino.

Images 642, le n° d’‘Atormentado’, lidié le 27 mai 2009 à Las Ventas, et la légende de cette superbe photographie de © Juan ‘Manon’ Pelegrín Y’a pas à dire, de ce Palha au campo, il se dégage un je ne sais quoi de rustique et de sauvage. Un je ne sais quoi qui fascine et nous fait remonter loin, très loin, très très loin dans le temps © Francisco Romeiras, avec l’aimable autorisation des Amigos de Palha.

12 septembre 2009

Adiós Maestro


Willy Ronis s’est éteint ce matin du samedi 12 septembre. Les RIP avaient eu le bon goût de lui consacrer cette année une rétrospective absolument époustouflante.
Sans transition et puisque nous en sommes à évoquer la photographie, voici le site de Steve McCurry qui nous a été déniché par JotaC. McCurry fait partie de la célébrissime agence Magnum dont le site est une véritable mine, mais où hélas les photographies ne sont pas franchement mises en valeur. A l’inverse, le site personnel de Steve McCurry est un véritable plaisir pour les yeux.

Sinon, et sans aucun rapport, en rubrique RUEDOS du site vous avez une galerie consacrée à Julio Aparicio.

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'Clavel Blanco'


Au fond de son corral, isolé des autres, il ne nous plaisait pas. Et puis 'Clavel Blanco', ce n’est pas un nom pour un toro ça. Et puis María Luisa, ça fait combien d’années ?
Panneau. Pérez de Vargas. Numéro 38. 610 kilos. Né en septembre 2004.
610 kilos. Tu es certain qu’elle fonctionne la balance ? Un maría luisa de 610 kilos. Ça existe ça ?
Et puis de tout façon les taurins te l’ont dit et répété. 610 kilos, c’est trop gros, bien trop lourd. Ça ne peut pas charger 610 kilos, impossible.

Il est sorti avec ses cinq ans et des idées très arrêtées, complètement arrêtées même. On s’est dit que c’était peut-être un manso perdu, plus certainement un corralero.
On s’est dit aussi que ce genre de vieux briscard risquait fort de dessouder la cavalerie au premier assaut, partir en ruant et s’éteindre doucement.
Nous avions presque raison, et encore, pour le début des pronostics. Pour la suite, je ne te raconte même pas.
Cinq piques et une vingtaine de minutes plus tard je me disais que dans cette temporada marquée par une médiocrité générale et sans frontières nous avons eu l’immense chance de croiser la route de 'Diano' à Carcassonne, puis celle de ce 'Clavel Blanco', tout noir, ici à Arles.
Il fallait les entendre les mayorales, agglutinés dans leur burladero.
- "¡Otra! ¡Otra! ¡Cláro que puede!"

Je me demande ce que ça aurait pu donner si López Chaves avait été à la hauteur, s’il lui avait laissé la possibilité de s’élancer de loin, au lieu de l’étouffer. Nous ne le saurons jamais. Nous nous contenterons de méditer sur la grandeur de ce 'Clavel Blanco', qui a dû se débrouiller tout seul pour nous la faire partager.
Hier soir avec JotaC on se disait que nous mettions 'Diano' devant 'Clavel Blanco'. Ceci dit, toutes proportions gardées évidemment, puisque 'Diano' n’était qu’un novillo. Débat inutile. Juste un prétexte pour mélanger nos souvenirs. 'Diano', 'Clavel Blanco'. Caviar y caviar.

'Diano' et 'Clavel Blanco', le genre de toros que l’on comptabilise à la fin d’une vie d’aficionado, alors dans une même saison... Si ça ne relève pas du miracle, en tout cas ça y ressemble.

>>> Retrouvez une galerie en rubrique RUEDOS du site.

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11 septembre 2009

Fils de Gascogne


A Fifine, à Eric...

Tête de pioche, le coffre large comme la calandre d'un John Deere devant 25 hectares à sillonner, des paluches comme des rames, et le cou épais comme un mât de goélette au large de la Pointe-du-Raz, avec un don inouï pour la déconne, voici le "Guit"... de Montfort... en Chalosse. Quand je dis le "Guit", imagine les Landes, imagine la Gascogne. Lève le blaire, respire, hume, et regarde autour de toi... Là, le vieux chêne, la vieille pierre, la brûme fraiche de septembre ou le lourd soleil de l'été, les tumades dans l'arène, les "cad-debs" des Boniface, la résine plus au nord, la graisse de canard dans le toupin... Imagine... Tout est là, le clocher de Gamardes, les pépinières de Mugron, ou le bar des Deslous, où j'allais chercher papa, sur la petite place de Préchacq, autrefois arène, aujourd'hui parking... Le petit lézard sur le mur chaud, les géraniums qui ont bien pris cette année, les collines jusqu'au ciel, le maïs partout, et tout au fond qui veille posément sur son Sud, de la ténébreuse haute-Landes jusqu'au Gers teigneux comme une bourrique, la chaîne des Pyrénées, superbe et tranquille, la plus majestueuse des grandes feignasses répandue comme une "maja desnuda" sur son sofa velouté. C'est la Gascogne, la belle Gascogne...

Le "Guit", il est paysan et puis gascon. Paysan dans ses mains, gascon dans son coeur, gascon dans ses rêves. Quand il ouvre le bec, le "Guit" - et Dieu sait qu'il l'ouvre - ça sonne fort comme une grosse caisse de "Copleros", et ça raisonne comme les rebonds des beuchigues de basket, discipline chalossaise avant d'être yankee, s'teuplait... T'entends l'accent qui roule de tout un peuple, celui des pets de mailloche et des coups de trombones, celui des pantzer de la première ligne et des pianistes de derrière qui font chanter le cuir, celui de "l'escalot" et des fiers à moustache, le béret vissé sur la caboche, l'épaule osseuse et l'oeil qui pétille d'orgueil, bras au ciel, aguantant la vache avisée qui va se faire un malin plaisir de t'exploser les costiches sur le passage et te chercher ensuite au sol, si par mégarde elle était pas encordée, la salope ! Et puis il est généreux, entier, le "Guit", un peu brut de décoffrage, certes, avec une gueule comme ça, mais toujours la gouaille chaude et souriante. D'ailleurs, même les droites, il les colle avec le sourire. Faut dire qu'il est pas avare, le type ! Il te décollerait la tronche d'une mûle à coup de patte velue. Un solide , je vous dis ! Un solidassss, même, comme on dirait par chez nous... mais on l'aime bien, le "Guit". On l'aime même beaucoup.

Bref, tu l'as compris, le "Guit", c'est les Landes, et les Landes, c'est le "Guit". D'ailleurs, tu peux bien te douter qui si on l'appelle le "Guit", au "Guit", c'est parce que justement, les canards, c'est son métier.
A la ferme de Guimont, tu zappes le bordel de ta vie d'ailleurs. Ici, on avance dans la vie au rythme d'un vol de palombes, d'une paire de vaches à traire, d'une armée de canards enflés comme ma voisine qui ne demandent qu'à s'en mettre dans le gosier puisque de toutes façons, ils savent faire que ça (comme ma voisine...), bref, on avance au rythme du temps qu'il fait, d'une pluie trop précoce, d'un soleil qui la ramène un peu trop, d'un orage qu'on sentait venir, ou d'une putain de grêle qu'on n'avait pas prévu... Allez va, t'affole pas, laisse faire, et attends que ça passe. Et puis c'est tout.
Le "Guit", c'est pas Boudha, la sagesse et la philo, ça lui colle pas aux artères. Lui, il aime la bonne vie, les fonds de marmites et les effluves tursannisées, quelques espagnolades et les haltes inopinées mais toujours opportunes, de quelques lurons, toujours bienvenus. Signe de réussite ? Son quillet de 6... cherche pas la piscine. C'est pour ces "connards de bourges", il te dirait. Pardi....
Et puis, ça fait faire du sport aux copains à l'heure de l'apéro, alors si ça rend service, pourquoi s'en priver ? Trois compères, un pion de jaune, pas trop de glace, et puis tè ! Un pet de douceur "jambonnisée" fraîchement coupée par la douce Fifine, et là, qui arrive, royal, lumineux, dans la splendeur de la douce clarté qui perce à travers les charpentes trois fois centenaires, sa Majesté le foie gras, sans lequel, tout passage dans le fameux estanquet montfortois n'aurait plus aucun sens. C'est la vie, celle du "Guit", et c'est pas plus compliqué. La mamie qui a claqué, le tracteur tout neuf du voisin, et le patac dans la mêlée relevée de dimanche dernier, on aborde tous les sujets. Et si ça vole pas haut, c'est quand même toujours bien...

Autour, les hirondelles qui gueulent leur bonheur, les photos des amis et du bon temps qui passe, et puis, les toros, et les souvenirs d'aficionados. Ah ça oui, le "Guit" est aficionado. Comme tout Landais qui se respecte, ma foi. Les vaches, les toros, les tumades, la corne, un intérieur, Jacky Lanot et Fédérale, c'est dans le sang, c'est dans le ciel, c'est dans la terre, c'est dans l'air que chacun respire goulûment ici depuis toujours. Rachou, les écarteurs gitans, Morante ou Fundi, c'est pareil. Braves jusqu'à l'inconscience, ils mériteraient d'être tous Landais, tè ! Sur les murs jaunis, des "Ducasse", la tronche d'Ojeda, de Mendes et de Joseph Coran, des histoires d'arènes, un bout de corne de machin, des bouquins poussiéreux, et des "trastos". Si, si, des "trastos", avec une vraie épée de mort, et même un "traje" vaguement trouvé dans un grenier, dont l'histoire n'appartient qu'à lui. Il aime les vaches, le "Guit", il aime les toros, et tout ce qui va autour, avec le pion avant, pendant et après. La corrida, la course landaise, c'est la fête des Braves, de tous les Braves... "Guit", il est pas du genre à batailler. Pour lui, c'est simple, un bel intérieur en concours ou des tercios respectés, et tout va bien. Lui salope pas les piques, ça va me le foutre en rogne ! Il te dira qu'un toro, ça se respecte, et qu'une vache, ça "fule", et basta ! De toute façon, on va pas à la course pour voir des danseuses. Pas chez nous ! Alors, oui, d'abord, la bestiole. Et si ça peut foutre quelques pets de testons par-là, et ben tant mieux ! Faut que ça envoie, là au milieu. Ah oui, c'est un rude, le "Guit"... Il aime la poussière, il aime le patac, les hils de pute qui en veulent, les yeux dans les yeux, les poings dans le pif, à la landaise, quoi. Apre et généreux. Bref, "Guit", il aime la Fiesta Brava, en vrai bon Landais, en vrai bon Gascon, il aime la bringue qui va autour (ah ça oui, il l'aime, la bringue !) en vrai bon Landais, en vrai bon Gascon... autant que la délicieuse petite brûlure de l'Armagnac au fond de la gorge...

Séville, les Andalouses précieuses et les culs pointus à la tignasse huilée, c'est pas son monde. Lui, c'est Dax, Bayonne, Montfort et Pampelune plus que tout, et le reste, à la rigueur, peut-être, mais faut voir... C'est qu'il a aussi les bêtes à soigner, le "Guit", et qu'il en vit, de ses bestioles... mais elles lui enlèveront quand même pas SA sacro-sainte semaine de Sanfermines, son Las Vegas à lui, son Saint-Tropez, son Graal de juillettiste... Ah ça non ! Ils peuvent toujours gueuler, les palmipèdes, ça lui fera pas passer le goût unique et savoureux d'une course de Dolores, de Gago ou de Miura avec 30 grosses caisses dans les oreilles, 543 trompettes et 428 trombones, accompagnés de quelques kilos de potchas finement préparées, les txuletas délicatement braisées, et puis le foie, Grand Seigneur de Chalosse, que la douce Fifine lui aura mis dans la besace avant de partir "à la fête"... et du rouge, aussi... un peu, au cas où il en manquerait.

Voilà, c'est ça, le "Guit", un aficionado gascon, rude et tendre à la fois, attachant comme sa terre, pour qui les vaches, les toros, la fête, la fête, les toros, les vaches... et la joyeuse compagnie qui va avec. Un vrai, de chez nous... de ces Landes qu'on aime, de mes Landes que j'aime. Tout un joli monde, en fait...

10 septembre 2009

Palhas para Otoño


Pour ceux qui sont intéressés – et comment ne pas l’être !? – vous avez sur le blog de Rosa Jiménez Cano un reportage photographique sur les toros portugais de Palha qui seront combattus à la fin du mois à Madrid, pour le premier week-end de la féria d’automne. Ça en devient même émouvant en les contemplant que de se dire qu’il s’agit d’un des derniers élevages, avec Dolorès Aguirre, à être capable d’encaisser régulièrement des tercios de varas dignes de ce nom. Vive les piques ! N’en déplaise aux modernistes dégénérés. Y ojalá…

09.09.2009


Il y a des dates à la con comme ça. Des dates qui ne correspondent à rien, juste des prétextes. Le 09.09.2009 China Moses au Bar le 9, et aux platines, juste pour le fun. Happy Birthday le 9.
Le 09.09.2009, Leica a aussi présenté à la terre entière son nouveau M, le M9, forcément. Drôle de prétexte, et de prix, bluuuurp. Tu vois Laurent, tous les "bluuuurp" ne se valent pas, surtout chez Leica. Le 09.09.2009, nous sommes allé écouter China, nous avons croisé Raphaël à la porte du 9, sous la lumière atrocement blafarde d’un vieux lampadaire. C’est décidé, je ne fais plus rien jusqu’au 13.13.2013.

raphael9

09 septembre 2009

Toro de Yonnet


Ce superbe n° 567, choisi par Hubert Yonnet pour représenter son illustre fer à la corrida concours d’Arles, je savais pouvoir le retrouver au campo, dans les marais, capté par l’objectif (japonais) intrigué et pourtant familier de Solysombra. Détonnant sur les terres humides de La Bélugue, son pelage enrichit de fort belle manière la palette chromatique des toros appelés à combattre, ce vendredi, dans l’amphithéâtre : trois negros, un jabonero, un cárdeno et un... un de la couleur des salins (de Giraud) qui aurait mis ses chaussettes à l’envers, peint ses lèvres de noir puis enfilé une cagoule à visière (?) et qui aurait passé sa vie à promener sur ses épaules une (très) fidèle colonie de mouches près des rives du Fangassier...

Entre Crau et Méditerranée. Entre Beauduc et Le Paradis. Dans les bras du Rhône.

Image 'Blanquet', toro ensabanado capirote mosqueado lucero bocinegro et botinero © Camposyruedos

08 septembre 2009

Bluuuuuurp


Lu dans Sud Ouest ces derniers jours, sous la plume d'un certain Guy Lagorce :
"Aimer la corrida, c'est vivre dans l'inquiétude, cette fameuse inquiétude sans laquelle l'Art n'existerait pas. La grâce de 'Desgarbado', ce « petit toro au coeur de cathédrale » (Zocato), nous avait pour une fois éloigné de cet état d'angoisse et plongé dans une belle euphorie qu'une partie du mundillo s'empressa aussitôt de descendre en flammes. Car ce monde si minuscule, si menacé en cette époque où le progrès et la bonne conscience font rage, a le don, plutôt que de s'unir pour résister, de se déchirer, de s'attraper aux cheveux et de s'excommunier en querelles byzantines, alors que les barbares frappent à la porte... Il est d'une méchanceté pire que celle du milieu littéraire. C'est dire ! Donc, des docteurs en tauromachie auto-proclamés (le genre pullule) décidèrent sans avoir réfléchi (ils n'en ont pas besoin, car ils « savent ») que nous avions assisté à un attentat contre l' « Esprit », le « Dogme », la « Vraie Foi ». Seigneur ! J'avais cru voir une muleta dérouler d'admirables rubans avec un temple rare, un torero cambré comme une lettre arabe donner des liaisons ininterrompues à un toro brave et noble. J'avais cru voir fleurir des roses inconnues, s'envoler des éventails de passes rares et pures... Eh bien non ! Pas assez de piques ! Sans doute... Mais Miguel Angel Perera le maestro n'est-il pas meilleur juge ? Ne pouvait-on pas pour une fois entrer de plain-pied dans une clairière ocre où l'on serait presque heureux ? Non, monsieur ! Bien. Peut-on alors évoquer la corrida de 1999, avec Enrique Ponce, Miguel Abellán, Morante de la Puebla, onze oreilles et une queue ? À la rigueur ! Mais c'était très exagéré. Je vous trouve, monsieur, une gueule de touriste.
Ainsi sont nos ayatollahs tauromachiques. Si vous prenez du plaisir à une corrida « artiste », c'est que vous êtes idiot, inculte et incompétent, même si vous appréciez aussi les corridas dures.
Aimer la corrida, c'est pendant 10, 20, 30, 40 ans, porter à chaque fois une croix et en éprouver du bonheur. La corrida est un MYSTÈRE. Les inquisiteurs nous percent le flanc et nous haïssent de ne pas aimer à leur façon. Nous ne répondrons pas. Nous nous contenterons de les laisser à leur douleur, à leur venin, à leurs caves obscures, à leur fanatisme tragique. Et nous irons même jusqu'à les aimer, puisqu'ils font partie d'un monde dans lequel nous avons choisi d'être.
Sur ce sujet, Jean Cau m'avait prévenu il y a longtemps de cela..."
Guy Lagorce est écrivain, ancien journaliste et ancien athlète international. Il a obtenu le Goncourt de la nouvelle, le prix Cazes et le prix des libraires pour ses divers romans.

Oups, glurp... Bluuuuuuuuuuurp !!! La gastro est passée mais la gerbe persiste ! Et le "prix con" ? Ils ne lui ont jamais filé ?

07 septembre 2009

MoMA... Final de trayecto...


Salies-de-Béarn, juillet 2009. Place du Temple, rue du Sanglier. Des espadrilles, catalanes. Adolfo, la pandilla, Santa Coloma, le Pesqué. Septembre 2009. Un mois dix jours et sept heures d’avions plus tard. New York, le MoMA. Les espadrilles, toujours catalanes, en plein Manhattan. Zapateo, tablao new-yorkais. Toreo de salon. Ruedo ricain. Tu ne le sais pas, mais à New York il y a un bar qui s'appelle La Boquería et un autre Pamplona. Et moi je ne sais pas si on y cause toros. Courir, marcher, la tête dans les gratte-ciel, toréer les taxis jaunes, de la pointe de l’espadrille. Du pico de l’espadrille, catalane du Béarn, de Salies. Salies, New York, Manhattan. Otro loco. La noche de Nueva York los colecciona a puñados. Y a los idiotas como yo tambien. Asunto de faldas… ¡Olé! Y hasta muy pronto.

MOMA

Adieu, ma belle...


Y'avait Marie-paul, y'avait Robert, y'avait Jean-Louis, Bernard, Simone, Martine, et même Christine, un moustachu, deux barbus et quelques chevelus, plus un clébard pommé et quelques puces, des fous, des rêveurs, des idéalistes, des branques et des bourrins, tous étaient là.

A l'image de celui qui a fermé le ban, Mario Tisné, l'ANDA est donc partie tout doucement, sans faire de bruit, à pas de velours, et on ne la voyait pas partir autrement, parce que pendant 30 et quelques balais qu'elle a vécu, elle a toujours avancé comme ça, l'ANDA, et ça n'aura pourtant pas manqué de faire parler d'elle. Elle a fermé les yeux là où elle les avait ouverts quelques années plus tôt, un beau jour d'Aste Nagusia 1976, et ça, les gars y tenaient.

Alors voilà, c'est fait. Adieu les gars, on vous aimait bien. Rendues les armes, perdue la bataille, bon vent le « García Campos » dans sa nouvelle vitrine taurine bilbaína (enfin, j'imagine...). Les autres, ils pourront bien ricaner maintenant, penser ce qu'ils veulent penser et conclure ce qu'ils voudront également. Bref, pour l'heure, l'Association Nationale Des Aficionados a plié boutique, et on se souviendra qu'il faisait chaud, qu'on aurait bien pris un godet et trois cacahuètes si on nous les avait offerts, que ça sentait pas fort l'enthousiasme dans les coeurs fripés et chancelants de ceux qui recevaient l'offrande, mais qu'on a chanté l'hymne brésilien, ce jour-là, que le joyeux arrastre se portait bien, à l'heure du txacoli, que la victorinada de clôture sortit "mouais mouais" mais qu'on a été heureux de se voir, tous autant qu'on était, parce qu'il y a des mecs pour qui l'ANDA, et puis rien d'autre, pour qui l'ANDA, c'était tout ça, pour qui l'ANDA... et puis voilà.

Comment est mort ‘Desgarbado’


Une dizaine de jours avant « sa » Madeleine, la peña Escalier 6 me proposa de réfléchir à un court texte pour son Petit journal du Plumaçon du 18 juillet. Ce jour, certains d’entre vous l’ont peut-être eu entre leurs mains...

Il me fallait respecter deux contraintes : 1/ Causer de Victoriano del Río et de sa lubie pour le clonage ; 2/ Ne pas dépasser 2 000 caractères, espaces compris ! Sympas, les Montois…

Prisonnier de ma profonde vanité, j’ai pensé que ce petit papier pouvait être partagé avec d’autres… le jour même du premier anniversaire de l’indulto de ‘Desgarbado’.


L’élevage de Victoriano del Río est un laboratoire. L’objectif est clair : reproduire à l’infini le même toro. Deux piques et quatre-vingts passes. Une mentalité de becerro. Un cauchemar pour l’aficionado.

La menace Victoriano

Le plan était cousu de fil blanc. Emballé dans ce même tissu immaculé nécessaire à la confection des mouchoirs qu’on agite pour faire tomber les trophées, accéder à la gloire. Du jour où une incroyable ferveur populaire promit à ‘Desgarbado’ le repos éternel, Don Victoriano del Río, le proprio, se promit une fois encore et à grand renfort de billets verts de tout mettre en œuvre pour profiter de cette poule aux œufs d’or. Si trop belle fut l’occasion, irrépressible sera la folle tentation de cloner la bestiole1.

Cinq ans plus tard.

Dès sa sortie du
toril, ‘Desgarbado II’ impressionna l’assistance par son exceptionnelle présence — un frisson d’effroi parcourut les travées à la vue de cette forte tête finement armée. Sans jamais fléchir, il livra au cheval une fantastique bataille en cinq actes et fit mordre la poussière à une cuadrilla pourtant héroïque. Vendant chèrement sa peau tout au long du combat — quel manque de classe ! —, il s’appliqua sans relâche à casser autant le moral de son adversaire que l’ambiance avant de recevoir... une épée dans le cou.

Dépité, déshonoré par l’improbable prestation de son clone triste
2, c’est avec la queue entre les jambes et la nette sensation d’avoir été floué que Don Victoriano quitta précocement son tendido. Trahi par la Science, notre « Victorien de la Rivière » en voulait à la terre entière et plus particulièrement à quelques Amerloques et des milliers de Dacsois. Rien de moins qu’une tenace envie de meurtre lui chatouillait les doigts.

Sierra de Guadarrama (Madrid).

L’aube attendrait. On enfile bottes et veste en silence. On se saisit du canon et des munitions ainsi que de la casquette, sans quoi tout ne serait qu’opérette. Un grincement de porte. Les membres gourds, on sort comme dans un rêve. Pleine est la lune. Souffle court et fumée blanche, on s’avance lentement sur le sol gelé. Là, le 67. PAN !!!

Il allait sur ses dix ans.


1 En 2008, la société texane ViaGen assura le processus de clonage du semental ‘Alcalde’ de VDR.
2 © Laurent Larrieu.


Image tirée de la galerie consacrée au Marqués de Albaserrada, rubrique « Campos » du site. © Campos y Ruedos

06 septembre 2009

Arles - Corrida concours 2009


Vous avez en page RUEDOS du site une galerie de photographies réalisées aujourd’hui aux corrales de la ville d’Arles. Vous y trouverez quelques clichés des six toros qui sortiront en piste vendredi prochain. Vous verrez qu’ils sont aisément reconnaissables à l’exception du yonnet eu égard au pelage arboré, rare chez Hubert. Mais le fer est très lisible. Les élevages participants à cette corrida sont : Partido de Resina « antes Pablo Romero », María Luisa Dominguez y Pérez de Vargas, Tomás Prieto de la Cal, Hubert Yonnet, Héritiers de Celestino Cuadri Vides et Conde de la Corte. Sur le papier de nos souvenirs, c’est évidemment alléchant.

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Concurso de fotografía taurina villa de Colmenar Viejo


1. Podrán participar todos los fotógrafos que lo deseen, profesionales o no. El tema será el mundo del Toro y el Toreo, en cualquiera de su múltiples manifestaciones y entendido libremente por los autores.

2. Se establecen dos modalidades, con los siguientes premios:

Modalidad de FOTO ÚNICA : MEJOR FOTOGRAFÍA TAURINA : Premio: 1.000 €.

Modalidad REPORTAJE:
Se presentarán un máximo de 6 y un mínimo de 4 fotografías. Los reportajes deberán llevar título e ir acompañadas de un texto como pie de foto. Se valorarán la unidad temática y el texto como hilo conductor. La extensión máxima del conjunto de los textos del reportaje será de DIN A4 y se presentarán mecanografiados.
En casos especiales, el Jurado podrá reducir el número de fotos presentadas hasta el mínimo establecido, intentando siempre mantener y respetar la intención del autor.
Premio: 1.500 €

Premio Especial MEJOR FOTOGRAFÍA PUBLICADA EN PRENSA.
El Ayuntamiento de Colmenar Viejo a través de los representantes del Museo Taurino otorgará este premio a cualquier fotografía publicada en prensa en el año 2009.
Los autores no tendrán que presentar fotografías en éste premio. Se otorgará directamente, siendo elegida la fotografía ganadora entre las publicadas a lo largo del año en cualquier formato de prensa. Premio: 1.000 €

El fallo de los tres premios se hará público conjuntamente. En ningún caso podrán recaer más de dos premios en metálico en un mismo participante.
Todas las fotografías premiadas pasarán a formar parte del archivo fotográfico de este Ayuntamiento, reservándose éste el derecho de su reproducción o publicación sin fines comerciales, manteniendo el autor todos los derechos sobre su obra y sobre la propiedad intelectual de la misma.

3. Las fotografías se presentarán exclusivamente en papel, sin ningún tipo de montaje o soporte.
Quedan excluidas las diapositivas, CD’s y otros soportes. Las dimensiones de las fotografías originales presentadas serán de 20 X 25 cm. (mínimo hasta 40 X 50 cm. (máximo) y podrán ser en blanco y negro o color en cualquier tipo de técnica fotográfica. En el reverso de las fotografías deberán consignarse los siguientes datos personales:
nombre y apellidos, domicilio, teléfono, NIF y modalidad en la que se presenta.
Si una fotografía se presentara en más de una modalidad, el Autor deberá enviar tantas copias de la misma como a premios se presenta la fotografía, indicando en cada una de ellas la opción elegida.

4. Todas las fotografías se presentarán en el Centro Cultural Picasso, C/ de la Iglesia, 12.- 28770 Colmenar Viejo (Madrid). Tlf: 91 845 60 78, hasta las 21 h del día 30 de octubre de 2009. Los trabajos podrán presentarse directamente, en cuyo caso se expedirá recibo, o enviados libres de cargos, por correo, servicio de mensajería u otro transporte. Las obras no recepcionadas dentro de la fecha límite quedarán excluidas. La organización, en caso de presentación masiva de trabajos, considerará la posibilidad de realizar una preselección de las obras.

5. Con las fotografías seleccionadas se montará una exposición en el Centro Cultural Picasso, que se realizará, salvo casos de fuerza mayor, en diciembre de 2009.

6. El fallo de Jurado será inapelable y se hará público durante la exposición.
7. La devolución de fotografías no premiadas se realizará en la Centro Cultural Picasso, quince días después de la clausura de la exposición, previa solicitud del autor y entrega del justificante, siendo el plazo de entrega hasta el 5 de marzo de 2010, pasado el cual, el Ayuntamiento quedará eximido de toda responsabilidad sobre las obras
no reclamadas. Para la devolución de las obras recibidas por correo será preciso adjuntar un sobre o embalaje franqueado. (La Organización no puede responsabilizarse de que los envíos por correo ordinario lleguen a sus destinos). En ningún caso la Organización correrá con los gastos de los envíos de devolución de obras.

8. La simple participación supone la aceptación total de sus bases. La organización se reserva el derecho a tomar decisiones no reflejadas en las presentes Bases, así como solucionar cualquier tipo de conflicto en la interpretación de las mismas.

9. El Jurado podrá declarar los premios desiertos.

10. El importe de estos premios quedará sujeto a las retenciones fiscales que marque la Ley.

04 septembre 2009

Et autres menus travaux


À une époque, Campos y Ruedos (la version préhistorique de Campos y Ruedos) avait présenté des œuvres picturales touchant d’assez près à la tauromachie.
Cela faisait un moment que nous ne nous étions pas penchés sur le sujet, occupés que nous étions tous à lire et à censurer vos commentaires... (Il convient toutefois de mentionner, au sujet de la peinture, un certain nombre de contributions, de haute volée, de Philippe.)

Bref, sachez que la peinture s’ouvre au Net, ou l’inverse, c’est comme vous voudrez, et que l’on peut y faire de sympathiques rencontres.

C’est ainsi qu’en allant fureter sur le blog italien de notre pote Luigi, nous avons découvert qu’un de nos commentateurs, Alain Lagorce pour ne pas le citer, venait de créer son blog dans lequel il présente ses œuvres (accompagnées parfois par des poèmes de José Lagorce — son frère, peut-être ?), qui, pour certaines d’entre elles, touchent de plein fouet le monde des torosNous vous souhaitons donc une excellente visite sur ce blog (lien ci-après) qu’Alain Lagorce a intitulé Mes peintures et autres menus travaux.


Illustrations Flamenco & Catin, peintures © Alain Lagorce

02 septembre 2009

Peajes (II)


Séville, avril 2009. Le séjour tire à sa fin tandis que de fines gouttes de pluie viennent brouiller les vitres du seul café ouvert où nous avons trouvé refuge. Sous la lumière crue des néons qui éclairent le matin gris, assis sur le bord des sièges recouverts de molesquine, les clients s’affairent autour de leur petit-déjeuner, indifférents à la nostalgie qui déjà nous étreint.
Pepina sort de son sac une vingtaine de feuilles plastifiées de format A4, rassemblées dans un classeur d’écolière. Au même moment, détournant le regard vers la rue, j’aperçois Matthieu derrière la glace, le visage défait des réveils sans sommeil, planté debout devant le taxi qui l’accompagne à l’aéroport ; il agite doucement et tristement sa main en signe d’adieu ; je n’aurai pas droit au récit de sa nuit d’ivresse.

Un silence attentif vient s’installer au milieu de nous, facilité par la fatigue et la torpeur des fins de vacances. Je connais déjà quelques-uns des travaux de Pepina. Que ce soit dans les pages glacées des magazines ou sur les grandes affiches placardées dans les rues, on n’échappe pas à ses images glamour empreintes de cette beauté plastifiée qui fait vendre et rêver. Pour qui sait se montrer attentif, on discerne pourtant nettement, dans ses travaux plus personnels, une âme qui affleure, une sensibilité à fleur de peau, cette profondeur et cette rêverie émanant d’un monde intérieur riche et délicat que la photographe ne parvient pas totalement à cacher derrière une exubérance protectrice. Pour franchir le rempart, il faut accepter de plonger dans cet esprit où l’homme se tapit, refusant toute compromission avec les apparences trompeuses et l’esthétique facile.

Joséphine Douet est photographe mais aussi aficionada, comme François le signalait à l’occasion de l’annonce de l’exposition d’Alicante. Une aficionada qui, comme chacun d’entre nous, a sa propre histoire avec les toros et vient chercher dans la lumière et la chaleur des ruedos une part supplémentaire d’humanité ; de l’essence d’humain, en quelque sorte. Nos gros plans de toros, nos photographies mettant la bête sauvage au centre de tout, ne l’intéressent pas. Elle ne s’en cache pas.
Les photographies de Joséphine Douet touchent à l’intime et se présentent nues, dépouillées d’artifices, sans le fard qui se dépose généreusement sur le visage des modèles qu’elle a l’habitude de photographier. Ce parti pris audacieux est indubitablement risqué : la valeur artistique et humaine des photographies de Joséphine Douet demeurera peut-être ignorée du grand public, des consommateurs d’image à outrance vivant au sein d’une société qui en est saturée. La plupart de ses clichés sont sans concession à la facilité. L’impact a lieu après quelques secondes d’observation attentive ; on est d’abord séduit par une composition harmonieuse, l’œil vaguement attiré par tel ou tel détail, avant de ressentir toute la puissance du cliché.

La pluie continue de tomber, plus abondamment, et forme des rigoles qui serpentent dans les rues pavées du baratillo. Je referme doucement le classeur d’écolière. Pepina regarde ailleurs. Frédéric reste silencieux, plongé dans la contemplation de ses pieds ; il connaît déjà les photos et n’a pas besoin de croiser mon regard pour connaître mon sentiment.

Pepina s’éclipse et reprend la route de Madrid. Sans sa petite pomme. Quelques jours, semaines, mois de travail acharné plus tard, le livre sera là. Le 5 novembre 2009. Il sera bientôt sur la table basse du salon, projetant dans tout le séjour le regard de José María tourné vers lui-même. Je ne les ai pas revues ; rassemblées dans leur bel écrin, les photographies de Joséphine Douet continueront sans doute de m’apparaître sous leurs feuilles plastifiées, un matin d’avril blême, à Séville.

Peralta 2009


Un rendez-vous très intéressant pour les aficionados ce week-end. Le pueblo de Peralta (Navarre) entame comme chaque année ses fêtes patronales (du 5 au 13 septembre 2009) au cours desquelles seront lidiées trois novilladas piquées ainsi qu'une novillada de rejón.
A retenir en particulier que dimanche 6 septembre 2009, à 18h, ce seront les astados de Doña Dolores Aguirre Ybarra qui combattront.

Voici les carteles de la féria :
6/09/2009 - Novillos de Dolores Aguirre Ybarra pour Fernando Tendero, Juan José Varela et Ignacio Gonzalez ;
12/09/2009 - Novillos des Hnos. Garzón pour Moura, Gómez del Pilar et Diego Silveti ;
13/09/2009 - Novillos de Gerardo Ortega pour Julio Parejo, Carlos Durán et Miguel Hidalgo.

Plus de renseignements sur ces fêtes (encierros, sueltas de vacas, etc.) très taurines sur : http://www.peralta.es/.